Rapports de Mission

Rapport de la mission de promotion dans la Republique du Cabo Verde 16 au 20 septembre 2024

FR.Report of Promotion Mission to Cabo Verde.pdf
RAPPORT DE LA MISSION DE PROMOTION DANS LA REPUBLIQUE DU CABO VERDE PAR L’HONORABLE COMMISSAIRE MARIA TERESA MANUELA et L’HONORABLE COMMISSAIRE HATEM ESSAIEM 16 au 20 septembre 2024 Examiné lors de la 84ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples tenue à Banjul, Gambie 1|Page
TABLE DES MATIERES REMERCIEMENTS RESUME ANALYTIQUE 1.0 INTRODUCTION 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 Composition de la Délégation Termes de référence Engagements antérieurs entre la Commission et le Cabo Verde Profil du pays Méthodologie 2.0 CONCLUSIONS 2.1 2.4 2.5 2.7 2.12 2.13 2.14 Mesures législatives et autres pour mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine Prisons, conditions de détention et la Police Accès à la justice Réfugiés, migrants, personnes déplacées Droits de l’enfant Personnes handicapées Personnes âgées 3.0 RECOMMANDATIONS ANNEXE • Annexe 1 : Programme de la Mission 2|Page
REMERCIEMENTS La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) tient à exprimer sa gratitude au gouvernement de la République du Cabo Verde pour avoir autorisé la présente Mission de promotion, et mis à la disposition de sa Délégation les installations et le personnel nécessaires pour en assurer le succès. La Commission remercie particulièrement les Points focaux du Ministère de la Justice qui ont accompagné la Délégation tout au long de sa mission, pour les dispositions mises en place qui ont permis à la Délégation de rencontrer divers représentants du gouvernement et d’autres acteurs, en lui permettant ainsi d’avoir une vision assez représentative de la situation des droits de l’homme dans le pays. La Commission tient également à remercier tous les représentants de divers Ministères gouvernementaux, d’institutions statutaires indépendantes et les autres personnes rencontrées par sa Délégation. 3|Page
RESUME ANALYTIQUE La Commission a entrepris une mission de cinq (5) jours au Cabo Verde, du 16 au 20 septembre 2024, et a rencontré diverses autorités gouvernementales et des représentants d’organisations intergouvernementales et de la société civile (OSC). Cette mission a été entreprise conformément à l’Article 45(1) de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine), lu conjointement avec l’Article 76(1) du Règlement intérieur de la Commission, qui donne mandat à la Commission de promouvoir les droits de l’homme et des peuples sur le continent, dans le cadre de missions de promotion auprès des États parties à la Charte africaine. La Mission était dirigée par la Rapporteure de pays pour la République du Cabo Verde, l’Honorable Commissaire Maria Teresa Manuela. Au cours de la mission, la Délégation a pris note de la volonté politique affichée par le gouvernement d’assurer la réalisation des droits et des libertés consacrés dans la Charte africaine. À cet égard, l’effort louable pour mettre en place une couverture sociale efficace pour la population non contributive a été noté. En outre, des initiatives louables d’inclusion des femmes dans la gouvernance à tous les niveaux, avec des femmes aux postes de décision, et la mise en place d’un système de conseil et de couverture sociale pour les migrants ont également été notées. Dans le présent rapport, un certain nombre de sujets de préoccupation ont été relevés pour lesquels la Commission propose un certain nombre de recommandations. Il s’agit notamment de la non-ratification de certains instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits de l’homme, en particulier la Convention relative au statut des réfugiés, le Protocole portant création de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, le Protocole relatif aux droits des personnes âgées et le Protocole relatif droits des personnes handicapées. 4|Page
1.0 INTRODUCTION 1.1 Composition de la Délégation 1. La Délégation de la Commission était composée des membres suivants : • L’Honorable Commissaire Maria Teresa Manuela, Commissaire Rapporteure sur la situation des droits de l’homme au Cabo Verde et Rapporteure spéciale de la Commission sur la Liberté d’expression et l’Accès à l’information en Afrique (Cheffe de la Délégation). L’Honorable Commissaire Hatem Essaiem, Président du Comité pour la Prévention de la torture en Afrique. M. Maulo Nfinda Dombaxi, du Secrétariat de la Commission, en appui à la Mission. • • 1.2 Termes de référence 2. Les Termes de référence de la Mission au Cabo Verde étaient les suivants : i. ii. iii. iv. v. vi. vii. Renforcer les relations entre la Commission africaine et la République du Cabo Verde dans le domaine de la promotion et de la protection des droits garantis par la Charte africaine et d’autres instruments juridiques nationaux, régionaux et universels pertinents ; Promouvoir la Charte africaine, le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme (Protocole de Maputo) et tous les autres instruments régionaux et universels relatifs aux droits de l’homme ; Exhorter la République du Cabo Verde à adopter et ratifier, dès que possible, le Protocole à la Charte africaine relative aux droits des personnes âgées, le Protocole à la Charte africaine relative aux droits des personnes handicapées, ainsi que d’autres instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme non encore ratifiés par le pays ; Engager un dialogue avec le gouvernement du Cabo Verde sur les mesures législatives et autres prises pour donner pleinement effet aux dispositions de la Charte africaine, du Protocole de Maputo et d’autres instruments dûment ratifies ; Échanger des points de vue et partager des expériences avec le gouvernement du Cabo Verde, ainsi qu’avec d’autres acteurs intervenant dans le domaine des droits de l’homme dans le pays, sur les stratégies visant à améliorer la jouissance de ces droits ; Échanger des points de vue et évaluer le degré de connaissance des instruments régionaux des droits de l’homme par la communauté académique, plus précisément avec les étudiants du secondaire et des universités ; Recueillir des informations pertinentes sur la situation des droits des femmes et des enfants et identifier les bonnes pratiques et les mesures de discrimination positive, ainsi que, le cas échéant, les défis persistants ;
viii. ix. x. xi. xii. xiii. Évaluer le niveau de jouissance des droits économiques, sociaux et culturels par les citoyens cap-verdiens, ainsi que les mesures prises par le gouvernement pour la mise en œuvre de ces droits ; Recueillir des informations sur la situation des défenseurs des droits de l’homme dans la République du Cabo Verde, en impliquant les différentes parties prenantes pour comprendre les problèmes entravant, le cas échéant, l’exercice effectif de leurs droits ; Échanger des opinions et recueillir des informations sur le secteur de l’industrie du tourisme et évaluer son impact sur la vie des citoyens et l’environnement, en mettant davantage l’accent sur la vie des femmes et des filles ; Recueillir des informations sur la question du VIH/sida et s’enquérir des mesures et politiques mises en place par le gouvernement pour la prévention de cette pandémie, ainsi que la protection des droits des personnes vivant avec le virus et des personnes à risque, vulnérables et affectées par la maladie ; Rencontrer tous les acteurs impliqués dans le domaine des droits de l’homme pour discuter, notamment, de leurs programmes, de leur évaluation de la situation des droits de l’homme dans le pays et des difficultés rencontrées dans l’exercice de leurs activités ; Visiter les prisons et autres centres de détention afin d’en apprendre davantage sur les conditions de détention des personnes incarcérées. 1.3 Engagements antérieurs entre la Commission et le Cabo Verde 3. Cette mission était la seconde Mission de promotion de la Commission au Cabo Verde. La Commission avait auparavant effectué la Mission de promotion suivante au Cabo Verde : • Mission de promotion Mission dans la République du Cabo Verde, effectuée par l’Honorable Reine Alapini Gansou et l’Honorable Soyata Maïga, du 6 au 10 juillet 2015. 1.4 Profil du pays 4. Le Cabo Verde, une nation insulaire dans l’océan Atlantique, située à environ 570 km au large des côtes du Sénégal, se compose de dix îles volcaniques divisées en groupes Barlavento et Sotavento. D’une superficie de 4033 km2, il est un des plus petits pays du monde, avec sa capitale, Praia, située sur l’île de Santiago. Avec une population d’environ 568 883 habitants en 2022, le Cabo Verde a un taux d’alphabétisation de 87 % et un indice de développement humain de 0,665. Le portugais est la langue officielle et le créole capverdien (Kabuverdianu) y est largement parlé. 5. L’économie, classée « en développement », repose fortement sur les services, notamment le commerce, les transports et le tourisme, qui représentaient près de 20 % du PIB avant une grave récession provoquée par la pandémie de COVID-19. 6|Page
La nation fait également face à des difficultés économiques en raison de crises externes comme la guerre en Ukraine, avec pour conséquence une insécurité alimentaire et une instabilité financière accrues. Malgré ces défis, le Cabo Verde continue de travailler à une reprise économique grâce au tourisme, aux investissements étrangers et aux initiatives de développement. 6. Le Cabo Verde est une démocratie représentative avec un système de gouvernement républicain semi-présidentiel. La Constitution, adoptée en 1980 et révisée à plusieurs reprises, établit une structure de pouvoir centralisée tout en maintenant une séparation et une interdépendance des pouvoirs entre le Président, l’Assemblée nationale, le gouvernement et les tribunaux. Le Président, élu pour un mandat de cinq ans renouvelable, est Chef de l’État et Commandant en chef des Forces armées, assurant le respect de la Constitution et l’unité nationale. Il nomme le Premier Ministre sur la base des résultats des élections et de consultations avec les partis politiques. Le Premier Ministre, en tant que Chef du gouvernement, dirige le Conseil des Ministres, nomme les ministres et est responsable devant l’Assemblée nationale. Le gouvernement détient à la fois des pouvoirs législatifs et administratifs, et est responsable de la définition et de l’exécution des politiques nationales. D’autres institutions, telles que le Conseil de la République, conseillent le Président mais ne prennent pas de décisions contraignantes. 7. Le Cabo Verde suit une approche moniste du droit international, ce qui signifie que les traités et accords internationaux deviennent partie intégrante du système juridique national une fois ratifiés et publiés. Le pays défend les principes d’indépendance nationale, de respect des droits de l’homme, de non-ingérence et de coopération pacifique dans sa politique étrangère. En tant que démocratie stable, le Cabo Verde organise des élections compétitives, avec un transfert de pouvoir périodique entre partis rivaux. Le Président peut exercer jusqu’à deux mandats consécutifs et le Premier Ministre est nommé par l’Assemblée nationale et officiellement désigné par le Président. La dernière élection présidentielle a eu lieu en 2021, et le gouvernement actuel est dirigé par le Président José Maria Neves et le Premier Ministre José Ulisses Correia e Silva, ainsi que les ministres et secrétaires supervisant les différents ministères. 1.5 Méthodologie 8. Au cours de la Mission, la Délégation a rencontré diverses parties prenantes du gouvernement, des médias, des organisations de la société civile (OSC), ainsi que d’autres acteurs impliqués dans la promotion et la protection des droits de l’homme au Cabo Verde. 9. La Délégation a effectué une visite à la prison centrale de Praia, où elle a eu un contact direct avec les détenus internés, tant en détention provisoire que déjà condamnés. 7|Page
10. La Délégation a également visité le Centre d’urgence pour enfants de Praia (CEIP), où sont hospitalisés des mineurs et des adolescents vulnérables et à risque, sous la tutelle de l’ICCA (Institut cap-verdien pour l'enfance et l'adolescence). 11. La Délégation a également participé à une émission de radio en direct sur la Radio nationale du Cabo Verde. 12. La Délégation a rendu une visite de courtoisie à la Secrétaire d’État aux Affaires étrangères – le Docteur Miryan Vieira. 13. La Mission s’est terminée par une conférence de presse. 8|Page
2.0 FINDINGS 14. Au cours de la Mission, qui a duré cinq (5) jours, la Délégation a constaté, à l’occasion des rencontres, que son interaction avec les différents représentants du gouvernement et d’autres parties prenantes était assez étendue, ce qui lui a permis d’évaluer la situation des droits de l’homme dans le pays. 15. La Délégation a rendu une visite de courtoisie au Premier Ministre de la République du Cabo Verde, suivie de réunions de travail avec des membres du Gouvernement, dont Son Excellence la Ministre de la Justice, Son Excellence le Ministre d’Etat à la Défense Nationale, à la Cohésion territoriale, et Président du Conseil des Ministres et des Affaires parlementaires, le Ministre d’État à la famille, à l’inclusion et au développement social, et le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, à la Coopération et à l’Intégration régionale. 16. Une réunion technique a eu lieu avec le Président de la Commission nationale des droits de l’homme et de la citoyenneté, avec la participation du Secrétaire exécutif de la Commission interministérielle pour l’élaboration des rapports nationaux sur les droits de l’homme. D’autres réunions de courtoisie et de travail ont eu lieu avec des entités de haut niveau, notamment le Procureur général adjoint, l’Honorable juge et Vice-Président de la Cour suprême de justice, ainsi que l’Honorable Médiateur. La Délégation a également rencontré le Coordonnateur résident des Nations Unies. 17. Les Conclusions de la Mission indiquées ci-après sont basées sur les entretiens tenus et sur les informations obtenues par la Délégation lors des rencontres susmentionnées. 2.1 Mesures législative et autres pour la mise en œuvre des dispositions de la Charte africaine ➢ Loi fondamentale sur la protection sociale 18. La Délégation a pris note des efforts déployés par le Gouvernement pour donner effet aux droits et libertés consacrés dans la Charte africaine, notamment à travers l’adoption de la Loi fondamentale sur la protection sociale. 19. La Loi fondamentale sur la protection sociale couvre trois régimes : contributif, non contributif et privé. Le régime non contributif cible la population défavorisée qui n’est pas couverte par le système de couverture sociale. Il comprend des transferts de revenus tels que l’aide sociale et le revenu d’inclusion sociale pour les personnes âgées (plus de 60 ans), les personnes handicapées et les enfants souffrants de maladies chroniques. 20. Ces personnes reçoivent 6 000 escudos par personne, dont 2 % sont alloués à la caisse de retraite. Une allocation funéraire de 7 000 escudos est versée, ainsi qu’une assistance médicale et pharmaceutique exemptée de paiement dans les hôpitaux et les pharmacies. 21. La Délégation a également été informée que le gouvernement accorde également une pension aux Capverdiens vivant dans la pauvreté dans d’autres pays, notamment en Angola, à São Tomé, au Sénégal et en Guinée-Bissau. 22. Une autre pension s’applique également aux personnes inscrites au registre public, 9|Page
soit 9 219 familles en situation d’extrême pauvreté bénéficiant d’un revenu temporaire d’inclusion sociale de 5 000 escudos. L’accent est en outre placé sur l’autonomie et l’expansion de la couverture, qui est aujourd’hui étendue à la diaspora, le nombre de retraités étant passé de 20 000 à 26 000. Les valeurs ont également été augmentées, les pensions étant passées de 5000 à 6000 escudos. ➢ Soumission de Rapports périodiques 23. La Délégation a été informée que le Cabo Verde allait soumettre son premier Rapport d’État sur la Charte africaine et le Protocole de Maputo. 24. À cet égard, la Délégation a été informée de la création d’une Commission interministérielle chargée de la préparation des Rapports nationaux sur les Conventions internationales relatives aux droits de l’homme et s’en est félicitée. 2.2 Les prisons, les conditions de détention et la Police ➢ Les prisons 25. La Délégation a été informée que le Cabo Verde, une république semiprésidentielle avec une population d’environ 593 149 habitants, enregistre un taux d’incarcération de 366 pour 100 000 habitants. Le système pénitentiaire du pays est supervisé par le Ministère de la Justice et comprend cinq établissements pénitentiaires et une population carcérale totale de 2165 personnes. Malgré les efforts déployés pour réglementer les conditions de détention, le système pénitentiaire fonctionne à 109 % de sa capacité, indiquant donc un niveau de surpopulation. 26. La Délégation a observé que, bien qu’il n’y ait pas de prisons réservées exclusivement aux femmes, toutes les prisons centrales du Cabo Verde ont indiqué consacrer des ailes réservées aux femmes afin d’assurer leur séparation d’avec les détenus masculins. Les femmes représentent 1,75 % (38 femmes) de la population carcérale totale, dont neuf actuellement en détention provisoire et 29 purgeant leur peine. Le système pénitentiaire accueille également une femme avec un enfant et aucune femme enceinte ne se trouve actuellement en détention. 27. Le Cabo Verde a établi un mécanisme national de prévention (MNP) en 2018 pour surveiller les conditions de détention et faire respecter les normes relatives aux droits de l’homme. Le pays enregistre un taux d’homicide de 6,18 pour 100 000 habitants, et son classement, selon l’Indice de développement humain (IDH), se situe à 131 sur 193 pays, avec un score de 0,661. Ces facteurs fournissent un contexte important pour comprendre le paysage plus large de la justice pénale dans le pays. ➢ La détention préventive 28. La Délégation a été informée qu’au Cabo Verde, la détention préventive est une 10 | P a g e
mesure conservatoire appliquée lors d’une procédure pénale pour assurer l’ordre public, une enquête criminelle ou l’application du droit pénal. Le Code de procédure pénale du Cabo Verde fixe des délais spécifiques pour la durée de la détention préventive, qui varient en fonction de la gravité de l’infraction et de la phase procédurale. A titre d’exemple, pendant la phase d’enquête, la période maximale est de six mois, pouvant être prolongée en fonction de la complexité de l’affaire. Le respect de ces délais est essentiel à tous les niveaux judiciaires pour garantir les droits fondamentaux des défendeurs. 29. En cas de dépassement des délais de détention préventive, des procédures disciplinaires sont engagées contre les responsables de retards injustifiés dans la procédure. Si la procédure n’est pas conclue dans son délai légal, le défendeur doit être libéré. Les organismes de police criminelle (OPC) disposent d’un délai de 48 heures pour présenter le prévenu à l’autorité judiciaire compétente ; dans le cas contraire, ils sont obligés de le libérer immédiatement. Ces mesures visent à prévenir les abus et à éviter une application excessive de la détention préventive. ➢ Alternatives à la détention 30. Le Code pénal cap-verdien, approuvé par le Décret législatif n° 4/2003 du 18 novembre, prévoit la commutation des peines d’emprisonnement de 2 à 3 ans en amendes, en favorisant ainsi l’application de peines alternatives. La législation pénale procédurale envisage également des peines alternatives, telles que les travaux d’intérêt général, en particulier dans les cas de violence domestique. La loi pénale de 2003, entrée en vigueur en 2004, a introduit des amendes comme alternatives à l’emprisonnement, y compris des peines de substitution. Ces réformes visent à réduire la surpopulation carcérale et à favoriser la réinsertion sociale des condamnés. 31. Bien que certaines infractions aient été dépénalisées, il est toujours nécessaire de revoir certaines situations, telles que la consommation de cannabis ou d’autres comportements qui pourraient justifier des sanctions plus clémentes. La surpopulation carcérale au Cabo Verde est un problème persistant, souvent attribué au nombre élevé de crimes. Il est crucial que les institutions respectent les délais établis par la loi et envisagent l’application de mesures alternatives pour atténuer ce problème. L’existence de la libération conditionnelle contribue également à réduire la population carcérale et à faciliter la réinsertion des individus dans la société. ➢ Visite à la Prison centrale de Praia (à compléter avec les notes de la Commissaire) 2.3 Accès à la justice 11 | P a g e
a. Hiérarchie judiciaire au Cabo Verde 32. Le système judiciaire du Cabo Verde fonctionne selon une hiérarchie structurée et conçue pour garantir l’efficacité, l’équité et le respect de l’état de droit. À la base du système se trouvent les juridictions de première instance, qui traitent la phase initiale des procès tant civils que pénaux. Ces juridictions sont réparties dans tout le pays, en assurant ainsi l’accès à la justice au niveau local. 33. Au-dessus se trouvent les juridictions d’appel, qui ont été créées en 2010 pour desservir les circuits de Barlavento et de Sotavento. Ces juridictions ont été créées pour décentraliser le processus d’appel et alléger la charge de travail de la Cour suprême. Elles examinent les décisions rendues par les juridictions inférieures, en veillant à ce que les erreurs d’interprétation juridique ou de procédure puissent être corrigées avant que les affaires n’atteignent les niveaux décisionnels les plus élevés. 34. Au sommet de la structure judiciaire se trouve la Cour suprême de justice, qui fonctionne désormais exclusivement comme une juridiction de droit, plutôt qu’en juridiction d’appel de deuxième instance. Son rôle est principalement d’interpréter la loi, d’unifier la jurisprudence et de garantir la cohérence des décisions juridiques à l’échelle nationale. Elle ne réévalue généralement pas les faits mais se concentre sur l’application des principes juridiques. 35. La Cour constitutionnelle joue un rôle spécialisé dans la sauvegarde de l’intégrité constitutionnelle. Elle gère les contestations constitutionnelles, les violations des droits fondamentaux et les litiges électoraux, en veillant à ce que les lois et les actions gouvernementales soient conformes au cadre juridique suprême du pays. 36. En matière pénale, la section pénale de la Cour suprême garantit le réexamen rapide des affaires impliquant des personnes détenues. L’une de ses principales responsabilités est de statuer sur les demandes d’habeas corpus, qui sont tranchées en cinq jours—une garantie conçue pour prévenir la détention arbitraire et protéger les libertés individuelles. À ce jour, aucun cas de retard indu n’a été rapporté dans ces procédures, ce qui reflète bien l’engagement du Cabo Verde envers l’efficacité judiciaire et la protection des droits de l’homme. b. Système judiciaire et suivi des poursuites 37. La Procuradoria Geral da República joue un rôle crucial dans l’administration de la justice au Cabo Verde. Le bureau supervise les procédures judiciaires, veille au respect de la loi et respecte les normes en matière de droits de l’homme. Le Viceprésident du Conseil supérieur de la magistrature est en train de finaliser le rapport annuel couvrant les statistiques criminelles et l’évolution des droits de l’homme pour la période allant du 16 septembre 2023 au 21 juillet 2024. 12 | P a g e
38. Le Cabo Verde compte 85 magistrats et 14 autres en formation, soit une augmentation significative de ces personnels. Sur les 65 magistrats actuellement en activité, la répartition par sexe est équilibrée, grâce notamment à l’inclusion récente de stagiaires, portant ainsi la représentation des femmes à près de 50 %. 39. Le système judiciaire est divisé en deux circuits, le circuit de Barlavento et le circuit de Sotavento (qui comprend Praia, la capitale, avec la plus grande charge de travail judiciaire). Chaque île correspond à une Comarca (district judiciaire), garantissant que chaque île compte au moins un magistrat. Les plus grandes concentrations de magistrats se trouvent à São Vicente, Praia et Sal. Praia compte à elle seule 16 magistrats, ce qui reflète son statut de district judiciaire le plus actif du pays. 40. La durée minimale de la détention préventive est d’un mois. Les suspects doivent être présentés devant un juge des garanties dans un délai de 48 heures. Après cette période, la procédure peut toutefois varier en fonction de la complexité de l’affaire et de la charge de travail judiciaire. L’Inspection de la justice surveille les retards injustifiés dans le traitement des affaires. 2.4 Réfugiés, personnes déplacées et apatrides 41. La Délégation a été informée que le Cabo Verde, autrefois principalement un pays d’émigration, est maintenant devenu une destination pour de nombreuses communautés étrangères. Ce changement a conduit à l’établissement de politiques et d’institutions visant à gérer la migration et à assurer l’intégration sociale des migrants résidant dans le pays. a) Haute Autorité des migrations 42. L’institution responsable des questions migratoires au Cabo Verde joue un rôle clé dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques migratoires. Son mandat inclut la proposition de politiques migratoires et d’intégration sociale, ainsi que l’établissement d’un système complet pour aider les migrants à accéder aux services publics. 43. L’institution répond à des situations spécifiques tout en organisant également des séances d’information sur les services disponibles. La Haute Autorité réalise des études et des enquêtes pour fournir des données aux autorités nationales et orienter l’élaboration des politiques. Un Conseil national intersectoriel, qui se réunit deux fois par an, valide les instruments proposés avant de les soumettre au gouvernement. 44. Les initiatives incluent la promotion de l’accès à l’éducation et à la formation, le soutien à la formalisation des entreprises immigrées et la participation politique des étrangers, qui peuvent à la fois voter et se présenter aux élections municipales. Un accent particulier est placé sur l’égalité des sexes. b) Statistiques sur les migrations 45. La Délégation a été informée qu’environ 70 % des migrants au Cabo Verde sont africains, principalement d’Afrique de l’Ouest, suivis par les Sénégalais, Portugais 13 | P a g e
et les Chinois (4-5%). La Délégation a également constaté que les étrangers représentent 2,2 % de la population cap-verdienne, avec d’importantes concentrations à Praia (32 %) et à Sal (12 %). c) Révision législative 46. La Délégation a été informée que des propositions et des initiatives législatives ont été soumises au gouvernement pour modifier la Loi no 66/VIII/2014, en comblant les lacunes du cadre juridique actuel, y compris les dispositions concernant l’accès à la nationalité pour les enfants de ressortissants étrangers. Le projet de loi proposé établit le cadre juridique régissant l’entrée, le séjour, le départ et l’expulsion des étrangers du territoire cap-verdien, ainsi que leur statut juridique. 47. La Délégation a noté qu’une initiative avait été approuvée pour sensibiliser le public et proposer une législation appropriée. Des centres de services pour migrants ont également été établis à Santiago Norte, Sal et Santiago, ainsi qu’une ligne d’assistance téléphonique pour les migrants et un service d’interprétation dans plusieurs langues européennes et africaines (wolof, créole de Bissau, peul). d) Protection et asile des migrants 48. La Délégation a toutefois observé que, bien que la Haute Autorité assure la médiation de diverses demandes liées aux migrants, les questions d’asile et de protection des réfugiés restent mal réglementées. Il n’y a pas de cadres procéduraux clairs en place, même si le Cabo Verde adhère au Protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes. Des cas ont été également signalés de migrants tentant d’atteindre l’Europe par bateau mais se retrouvant bloqués au Cabo Verde. 49. La Délégation a en outre été informée qu’en ce qui concerne les défis auxquels sont confrontés les migrants, des préoccupations persistent concernant des pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines. e) Conditions d’acquisition de la nationalité 50. La Délégation a été informée que la nationalité cap-verdienne peut être acquise dans les conditions suivantes : i. ii. iii. iv. De naissance : si les parents ont résidé légalement au Cabo Verde depuis trois ans ; Par naturalisation : après cinq ans de résidence légale ; Par mariage : après quatre ans d’union légale ; Du fait d’un investissement, d’actes héroïques ou d’un mérite sportif. f) Coopération internationale et Inclusion sociale 14 | P a g e
51. La Délégation a été informée qu’un programme spécial de régularisation a été mis en œuvre, et que des rapports statistiques sur la migration sont publiés périodiquement. Le Cabo Verde a des accords de réadmission pour les citoyens nationaux et étrangers ayant résidé auparavant dans le pays. L’Union européenne investit dans le renforcement des frontières du Cabo Verde par la formation et le soutien au développement de politiques migratoires. La diversité culturelle peut toutefois parfois conduire à des sentiments de discrimination, d’où la nécessité de solides politiques de cohésion. g) Organisations communautaires de migrants 52. Une fédération d’associations de migrants a été créée. Ces communautés s’organisent principalement en associations dotées d’un rôle consultatif au sein du Conseil des migrations. Un principe de non-duplication des efforts est appliqué : les projets sont développés là où il n’y a pas de couverture institutionnelle, et des subventions à la formation sont dispensées en partenariat avec des institutions étatiques. L’objectif principal reste d’intégrer les migrants dans la gestion territoriale capverdienne. 53. En ce qui concerne l’éducation, les écoles religieuses privées sont autorisées mais doivent satisfaire aux exigences réglementaires préalables. En termes de données, le Cabo Verde ne compte actuellement que cinq demandeurs d’asile ou réfugiés. 2.5 Les droits des enfants a) Rôle et mission de l’ICCA 54. La Délégation a rencontré l’Instituto Cabo-Verdiano da Criança e do Adolescente (ICCA-Institut cap-verdien pour l'enfance et l'adolescence), l’institution gouvernementale clé responsable de la promotion et de l’exécution des politiques de protection de l’enfance et de défense des droits de l’enfant au Cabo Verde. La Délégation a été informée que, dans le cadre de la stratégie de développement durable, l’ICCA accorde la priorité à la protection sociale et veille au respect des droits des enfants et des adolescents conformément au cadre national relatif au statut de l’enfant, actuellement en cours d’amendement. 55. L’ICCA coordonne les politiques de protection de l’enfance, surveille les initiatives publiques et privées dans le cadre de protocoles établis, et délègue des mandats aux organisations de la société civile tout en assurant une surveillance adéquate. Il joue également un rôle vital dans la gouvernance des projets, en renforçant le système de protection de l’enfance par la rédaction et la mise en œuvre d’instruments juridiques et de politiques. En tant que principale entité de coordination des systèmes de protection judiciaires et non judiciaires, l’ICCA collabore étroitement avec le ministère de la Justice et les tribunaux. b) Programmes et initiatives 56. L’ICCA apporte un soutien psychosocial aux enfants et aux familles et participe activement à diverses initiatives de sensibilisation et de renforcement des 15 | P a g e
capacités. Il a lancé la campagne « Proteja » (Protéger) en 2024 pour lutter contre les abus sur enfants et la violence sexuelle, en mettant l’accent sur la responsabilité sociétale dans la protection de l’enfance. L’ICCA gère également des programmes d’engagement communautaire visant à raviver les valeurs traditionnelles en matière de soins et à améliorer la vigilance du voisinage. 57. Malgré son rôle crucial, l’ICCA est confronté à des limites dans sa capacité à intégrer tous les enfants vulnérables. Les enfants en situation à haut risque sont souvent adressés à Zambeze SOS. L’ICCA gère six Délégations et quatre unités représentatives dans tout le pays, supervisant trois centres de protection d’urgence de l’enfance d’urgence qui accueillent des enfants en danger. Des plans individualisés sont élaborés pour leur réintégration dans leur famille, leur placement en famille d’accueil ou leur adoption. Des centres spécialisés pour les enfants des rues existent à Sal et à Praia, offrant un refuge aux enfants séparés de leur famille ou vivant dans des conditions dangereuses. 58. L’ICCA attend actuellement l’approbation d’un budget pour étendre ses programmes, y compris la construction de onze centres supplémentaires pour enfants qui seront gérés par des organisations de la société civile. Par ailleurs, deux nouveaux centres d’urgence pour enfants seront placés sous la gestion directe de l’ICCA et trois centres de réinsertion sociale sont prévus pour les enfants ayant des problèmes de comportement. Le projet « Fundo Mais » vise à financer ces initiatives grâce aux contributions des touristes, chaque visiteur donnant 50 dollars pour soutenir les programmes de protection de l’enfance. c) Evolution de la législation et des politiques 59. Plusieurs propositions et initiatives législatives ont été soumises au gouvernement pour modifier la Loi n° 66/VIII/2014, en particulier pour combler certaines lacunes telles que l’accès à la nationalité pour les enfants de ressortissants étrangers. Ce projet de loi décrit le cadre juridique pour l’entrée, le séjour, la sortie et l’expulsion des étrangers du territoire capverdien, ainsi que leur statut juridique. 60. ICCA est chargé d’autoriser la mise en place de centres de protection de l’enfance et de s’assurer que tous les acteurs intervenant auprès des enfants travaillent dans un cadre unifié. L’organisation fait également partie de la Commission nationale pour la prévention de la violence et s’engage dans des partenariats stratégiques, tels qu’un plan de travail signé avec l’UNICEF. 61. L’ICCA a renforcé ses capacités techniques et professionnelles afin de relever les défis culturels, la négligence, la maltraitance et les stratégies éducatives inadéquates. d) Défis et besoins en ressources 62. L’ICCA emploie actuellement 175 travailleurs à l’échelle nationale, bien que son effectif prévu soit de 260. Il est urgent d’investir dans le renforcement des capacités institutionnelles, en particulier pour répondre aux défis liés à la migration. Les pénuries de personnel et la migration du personnel formé ont mis à rude épreuve la capacité de l’ICCA à maintenir des systèmes de surveillance efficaces. 63. D’autres défis sont les retards dans le paiement des pensions alimentaires, les cas 16 | P a g e
de négligence paternelle et l’insuffisance des structures pour soutenir les programmes de vie autonome des adolescents. Une base de données nationale uniforme sur la protection de l’enfance est en cours d’élaboration, bien que son calendrier d’achèvement reste incertain. L’organisation est également confrontée à des contraintes financières pour mettre en œuvre des plans de protection de l’enfance au niveau municipal et assurer des mécanismes de suivi cohérents. e) Cas d’abuse et d’exploitation sexuels 64. L’ICCA surveille et signale les cas de maltraitance et d’exploitation d’enfants. En 2024, 114 cas ont été enregistrés, par rapport à 111 en 2023. Malgré le renforcement de la sensibilisation et du signalement, le nombre total de dénonciations n’a pas changé. L’institution supervise également les centres de détention pour enfants et adolescents. f) Questions et réponses clés 65. La Délégation a été informée de diverses violations des droits de l’enfant, notamment la négligence, la maltraitance, le manque de soins appropriés et l’inadéquation des stratégies éducatives. La Charte africaine des droits et du bienêtre de l’enfant est partiellement mise en œuvre avec le soutien des Nations Unies et le Cabo Verde se prépare à soumettre son rapport sur les droits de l’enfant. 66. Le cadre juridique définit des limites d’âge pour les centres de protection, mais celles-ci varient selon les cas. Des mesures existent pour réglementer le tourisme et protéger les enfants, bien que d’autres garanties soient nécessaires. Les enfants en conflit avec la loi reçoivent une réhabilitation au Centro Orlando Pantera sous l’égide du ministère de la Justice. L’ICCA fonctionne de manière autonome tout en collaborant avec les ministères concernés. De plus, la Casa Manuela Iga fournit un abri, une éducation et une formation professionnelle aux mères adolescentes. g) Orientations et recommandations pour l’avenir 67. Pour renforcer la protection des enfants au Cabo Verde, l’ICCA doit : i. Obtenir des allocations budgétaires adéquates pour mettre en œuvre son portefeuille de programmes en expansion. ii. Renforcer les partenariats avec la société civile et les organisations internationales pour s’assurer un soutien technique et financier. iii. Élargir les initiatives de formation pour les professionnels de la protection de l’enfance afin de combler leurs lacunes en matière de capacité. iv. Améliorer la collecte de données et les mécanismes de surveillance grâce à l’achèvement en temps opportun d’une base de données nationale v. Élaborer des politiques globales pour protéger les enfants de l’exploitation dans le tourisme et d’autres secteurs. 68. La Délégation a été informée que, comme indiqué à l’Article 11(3) de la Loi sur la protection et le bien-être des enfants : « [U]n enfant a droit à l’éducation quel que soit le type ou la gravité de son handicap ». Cependant, malgré cela, la Délégation 17 | P a g e
a reçu des informations concernant les défis persistants auxquels sont confrontés les apprenants handicapés (DTC), qui rencontrent des difficultés pour fréquenter les écoles dépourvues des installations nécessaires pour les accueillir. Des représentants du Gouvernement ont informé la Délégation qu’il s’efforçait de relever ces défis, notamment en adoptant et en mettant en œuvre la Politique d’éducation inclusive (2018) visant à garantir un environnement physique et des installations accessibles adéquats dans les écoles, afin de faciliter l’accès aux écoles. 69. La Délégation a également appris que le gouvernement s’était engagé à garantir l’accès des apprenants handicapés aux écoles primaires en préparant les enseignants à les accueillir et à répondre à leurs besoins spéciaux, plutôt qu’à les confiner dans des écoles spéciales. h) Visite au Centre pour enfants 70. Le Centre accueille 27 enfants, dont 13 filles et 14 garçons. La répartition par âge comprend cinq enfants âgés de 0 à 2 ans, quatre enfants âgés de 3 à 5 ans et un groupe d’adolescents (un garçon et neuf filles). Les enfants fréquentent des écoles en dehors du centre, de la maternelle à la 8ème et les adolescents fréquentent des centres de formation professionnelle. Le Centre est doté d’un directeur, de 13 moniteurs travaillant par tours, de trois éducateurs sociaux, deux assistants sociaux, un psychologue, une cuisinière, deux agents d’entretien, un chauffeur, et un garde fourni par une entreprise privée extérieure. 71. Les enfants sont placés dans le Centre suite à des rapports de diverses situations. Il effectue de fréquentes visites à domicile en offrant ainsi une formation et un soutien psychologique aux familles, et il soutient les familles ayant besoin de services. Les admissions varient en fonction de la gravité des cas, nécessitant parfois une médiation par le bureau du Procureur général ou la police. 72. Dans certains cas, les enfants sont réintégrés dans leurs familles après des périodes de récupération. Les centres constituent des réponses locales de l’ICCA (Instituto Caboverdiano da Criança e do Adolescente), avec des Délégations sur chaque île et des centres inclus dans le budget de l’institut, en particulier à Praia et à Sao Vicente et avec des plans d’expansion. 73. Tous les enfants sont placés ici suite à des décisions judiciaires, en provenance de différentes îles. Le financement est fourni par l’UNICEF et de partenariats avec les autorités locales et le ministère. Parmi les défis auxquels le Centre fait face, celui des enfants qui se révoltent contre la séparation d’avec leur famille entraînant des difficultés de comportements. Les ressources humaines sont limitées et manquent de personnel spécialisé et formé. 74. Les infrastructures ne sont pas adaptées aux enfants ayant des besoins spéciaux. Les équipements sont souvent dégradés en raison de la présence d’adolescents et de la diversité des âges qui posent un défi. Certains enfants ont été abandonnés et il est donc difficile de se rapprocher de proches. Les adolescents participent à diverses activités telles que des services de salon, artistiques et de danse. Le Centre fait face à des fugues d’adolescents, surtout au début de leur séjour, en raison de difficultés d’adaptation au règlement. Certains adolescents arrivent avec des indications de consommation de drogues, nécessitant un soutien psychiatrique et neurologique. 18 | P a g e
75. Le Ministère du Tourisme est un partenaire dans le plan de lutte contre les abus sexuels, visant à former des guides touristiques en vue de médiatiser certaines pratiques, et à organiser des conversations informelles avec les adolescents. Cinq agences résidentes des Nations Unies sont basées à Praia : la FAO, l’OMS, le PNUD, le FNUAP et l’UNICEF. D’autres agences ont des bureaux chargés de projets spécifiques, comme l’OIT, ONU-Habitat, l’ONUDC, l’OIM et l’ONUDI. Le Cabo Verde est reconnu être un pays doté d’un bon développement, d’une bonne gouvernance, d’une histoire de promotion des droits de l’homme et d’un renforcement efficace des capacités au sein du Ministère de la Justice. Le pays jouit d’un système démocratique doté d’institutions représentées presque partout. Le Rapport de l’EPU a donné lieu à la formulation de 200 recommandations pour le Cabo Verde. La dévolution et la décentralisation du pouvoir sont en cours et des mesures sont mises en œuvre par les municipalités. 2.6 Les personnes handicapées 76. La Délégation a été informée que le cadre national de protection sociale comprend des prestations non contributives pour les personnes handicapées, fournissant une assistance financière, des exonérations médicales et des services de soutien. L’accessibilité reste un défi, avec des aménagements limités dans les écoles et les bâtiments publics, malgré la volonté politique d’adaptation. L’ADVIC, l’association nationale pour les personnes malvoyantes, est activement engagée dans le plaidoyer, la formation et les campagnes de sensibilisation mais fait face à des contraintes de ressources. Des efforts d’éducation inclusive existent, mais les enseignants manquent de formation et de matériel spécialisés. Une forte pression continue d’être exercée pour la ratification de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, avec des efforts pour influencer les dirigeants politiques. 2.7 Les personnes âgées 77. La Délégation a rencontré le Ministre de la Famille, de l’Inclusion et du Développement social et a appris que le système de protection sociale du Cabo Verde prévoit une pension non contributive pour les personnes âgées (60+) vivant dans la pauvreté leur offrant 6 000 escudos par mois, 7 000 escudos pour l’aide funéraire et des exonérations pour les frais médicaux et pharmaceutiques. Le gouvernement étend les pensions aux Capverdiens vulnérables à l’étranger (Angola, São Tomé, Sénégal et Guinée-Bissau). 78. La Délégation a en outre été informée que les services de santé incluent l’évacuation médicale externe dans le cadre d’un accord avec le Portugal, garantissant ainsi que tous les droits au titre du régime non contributif restent valables pendant toute la durée du séjour au Portugal. 79. La Délégation a également noté que, pour lutter contre la pauvreté, les personnes âgées bénéficient de programmes d’inclusion sociale, notamment des aides au logement, des subventions pour l’eau et l’électricité et des mesures d’insertion productive. Le gouvernement étend la couverture de 20000 à 26000 retraités tout 19 | P a g e
en renforçant le système de registre public pour surveiller et assurer l’accès aux prestations. 80. Le Ministre a rassuré la Délégation en l’informant que le Cabo Verde est engagé dans la justice sociale et la dignité des personnes âgées, dans le cadre de politiques mettant l’accent sur l’inclusion, la transparence et la durabilité à long terme. 20 | P a g e
3.0 RECOMMANDATIONS 81. Sur la base des conclusions de la Délégation, la Commission invite le gouvernement du Cabo Verde à adopter les recommandations suivantes, afin d’améliorer la promotion et la protection des droits de l’homme dans le pays : Les mesures législatives et autres pour la mise en œuvre des dispositions de la Charter africaine : i. ii. iii. iv. v. vi. vii. Continuer à renforcer la mise en œuvre de la Loi fondamentale sur la protection sociale pour assurer la pleine réalisation des droits énoncés dans la Charte africaine. Assurer une couverture complète et un ciblage efficace au sein du régime non contributif pour atteindre tous les groupes vulnérables éligibles. Examiner et ajuster périodiquement les niveaux de prestations pour les aligner sur les besoins des bénéficiaires et l’évolution du coût de la vie. Renforcer les mécanismes administratifs pour assurer un accès efficace et équitable aux pensions pour les bénéficiaires de la diaspora. Continuer à étendre la couverture et à investir dans la durabilité et l’autonomie du système de protection sociale. Finaliser et soumettre le Rapport initial de l’État en priorité, en veillant au respect des obligations de déclaration. Fournir à la Commission interministérielle les ressources et le soutien nécessaires pour assurer une coordination et des rapports efficaces. Les prisons, les conditions de détention et la Police i. ii. iii. iv. v. vi. Renforcer les efforts visant à réduire la surpopulation carcérale au Cabo Verde en augmentant la capacité ou en mettant en œuvre des mesures alternatives pour alléger la pression sur les installations existantes. Veiller à ce que les quartiers réservés aux femmes dans toutes les prisons centrales continuent de répondre aux normes internationales en matière de détention sexospécifique et de services d’appui aux détenues, notamment celles qui ont des enfants. Renforcer l’efficacité opérationnelle du Mécanisme national de prévention (MNP) pour surveiller et traiter les conditions de détention de manière plus globale, en tenant compte du paysage socio-économique et pénal plus large au Cabo Verde. Assurer le strict respect des délais prescrits pour la détention préventive afin de protéger les droits des détenus et d’éviter une détention prolongée sans procès. Renforcer les mécanismes de contrôle et de responsabilité pour prévenir les abus liés au recours excessif à la détention préventive et assurer la présentation en temps opportun des détenus devant les autorités judiciaires. Élargir le recours à des peines de substitution, telles que les amendes et les 21 | P a g e
vii. travaux d’intérêt général, pour réduire la charge imposée au système pénitentiaire et faciliter la réinsertion sociale des délinquants. Privilégier un examen complet des politiques de dépénalisation et explorer d’autres voies pour appliquer des peines alternatives, notamment pour les infractions mineures, afin de réduire la surpopulation et de promouvoir la réhabilitation. L’accès à la justice i. ii. iii. iv. v. Continuer d’appuyer la décentralisation du système d’appel afin de maintenir un nombre raisonnable de cas et d’améliorer l’accès à une justice rapide. Maintenir et renforcer les mécanismes garantissant que les demandes d’habeas corpus soient résolues dans les délais légaux afin de protéger contre la détention arbitraire. Assurer la publication en temps opportun et une large diffusion du rapport annuel de la Procuradoria Geral da República pour informer les politiques publiques et la défense des droits de l’homme. Surveiller régulièrement la répartition des magistrats pour s’assurer que tous les districts judiciaires restent dotés d’un personnel adéquat, en particulier dans les zones à forte demande comme Praia. Renforcer la capacité de l’Inspection de la Justice à réduire les retards dans le traitement des cas et à faire respecter les normes de procédure régulière dans les cas de détention préventive. Les réfugiés, les personnes déplacées et les apatrides i. ii. iii. iv. v. vi. vii. Assurer l’élaboration continue de politiques inclusives et globales qui soutiennent l’accès des migrants aux services publics et à l’intégration sociale. Renforcer la fréquence et l’impact de la coordination intersectorielle par le biais du Conseil national pour améliorer la réactivité et la mise en œuvre des politiques. Élargir les initiatives favorisant l’éducation, l’entrepreneuriat et la participation politique chez les migrants, en plaçant un accent soutenu sur l’égalité des sexes. Adapter les stratégies d’intégration locale de manière à refléter la concentration démographique des migrants à Praia et à Sal, en assurant une distribution équitable des services. Accélérer l’examen et l’adoption des amendements législatifs à la Loi n° 66/VIII/2014 pour combler les lacunes dans l’accès à la nationalité et à la gouvernance des migrants. Élargir le champ d’application et la capacité des centres de services aux migrants et des lignes téléphoniques multilingues pour assurer un soutien cohérent aux diverses communautés de migrants. Établir un cadre juridique et procédural clair sur l’asile et la protection des 22 | P a g e
viii. ix. x. xi. réfugiés conformément aux obligations internationales et de la CEDEAO. Lancer des initiatives ciblées de sensibilisation et de protection pour lutter contre les pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines au sein des communautés migrantes. Elaborer des politiques de cohésion nationale célébrant la diversité culturelle et luttant activement contre la discrimination dans les efforts d’intégration des migrants. Renforcer le rôle des associations de migrants dans la consultation sur les politiques et élargir le soutien aux initiatives locales visant à combler les lacunes en matière d’intégration. Créer un cadre juridique et institutionnel solide pour le traitement des demandes d’asile afin de garantir une protection et un soutien adéquats aux demandeurs d’asile et aux réfugiés. Les droits des enfants i. ii. iii. iv. v. vi. vii. viii. ix. x. xi. Veiller à ce que le cadre national modifié relatif au statut de l’enfant soit conforme aux normes internationales relatives aux droits de l’enfant et soit rapidement adopté. Renforcer les mécanismes de surveillance de l’ICCA pour assurer la responsabilité et la cohérence dans la prestation des services de protection de l’enfance par les acteurs de la société civile. Étendre les campagnes d’éducation publique comme « Riscossione » à toutes les îles et renforcer le suivi communautaire pour prévenir la maltraitance des enfants. Augmenter la capacité de l’ICCA et étendre les refuges spécialisés pour assurer une couverture plus large aux enfants en situation à haut risque. Accélérer les approbations budgétaires et assurer un financement durable pour l’expansion prévue de l’infrastructure de protection et de réintégration des enfants. Assurer des normes harmonisées et des évaluations régulières pour tous les centres de protection de l’enfance, y compris ceux gérés dans le cadre de partenariats stratégiques. Augmenter les investissements dans la formation sur la sensibilité culturelle et les approches d’éducation inclusive pour relever les défis sociaux bien ancrés. Prioriser les stratégies de recrutement et de rétention pour répondre aux pénuries de personnel de l’ICCA, en particulier dans les zones touchées par la migration. Finaliser et opérationnaliser la base de données nationale sur la protection de l’enfance, et allouer des ressources pour renforcer la mise en œuvre au niveau municipal. Accroître les mécanismes de sensibilisation et de détection des cas pour s’assurer que les cas de mauvais traitements à l’égard d’enfants qui ne sont pas suffisamment signalés sont identifiés et traités rapidement Accélérer la pleine mise en œuvre de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant et finaliser le rapport de l’État avec une participation 23 | P a g e
xii. xiii. xiv. xv. xvi. xvii. xviii. xix. xx. inclusive. Normaliser les limites d’âge des centres de protection et renforcer les mesures de protection contre l’exploitation des enfants dans le secteur du tourisme. Accélérer la mise en œuvre de la politique d’éducation inclusive et donner la priorité à l’adaptation des infrastructures scolaires pour les apprenants handicapés. Intensifier les programmes de formation des enseignants pour soutenir l’intégration des apprenants handicapés dans les écoles ordinaires. Maintenir des ratios appropriés de personnel par enfant et assurer le développement professionnel continu pour tout le personnel des centres de soins. Renforcer la collaboration entre l’ICCA, le système judiciaire et les familles pour assurer des admissions et une réintégration rapides et adaptées aux enfants. Veiller à ce que l’expansion des centres ICCA inclue des dispositions pour la durabilité, un personnel adéquat et une infrastructure accessible dans toutes les îles. Augmenter le financement des ressources humaines et élaborer une formation spécialisée pour le personnel gérant les comportements difficiles et les cas de traumatisme. Moderniser les infrastructures pour répondre aux besoins des enfants handicapés et assurer l’accès des adolescents à des services psychologiques et psychiatriques. Renforcer la coordination entre le Ministère du Tourisme, les services de protection de l’enfance et les partenaires au développement pour prévenir l’exploitation dans les milieux touristiques. Les personnes handicapées i. ii. Accélérer la ratification de la Convention relative aux droits des personnes handicapées et investir dans des infrastructures inclusives, la formation spécialisée des enseignants et le soutien en ressources pour garantir l’accessibilité et la mise en œuvre efficace d’une éducation et de services inclusifs pour les personnes handicapées. Ratifier le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes âgées en Afrique Les personnes âgées I. II. III. Assurer un examen régulier des montants des prestations pour suivre le rythme de l’inflation et du coût de la vie, en particulier pour les personnes âgées en situation d’extrême pauvreté. Mettre en place des mécanismes solides de surveillance et de suivi pour les patients évacués afin d’assurer la continuité et la qualité des soins à l’étranger. Donner la priorité à la numérisation et à la sensibilisation locale pour s’assurer que toutes les personnes âgées admissibles, y compris celles vivant dans des 24 | P a g e
IV. régions éloignées, soient enregistrées et reçoivent un soutien en temps opportun. Renforcer les programmes intergénérationnels et les modèles de soins communautaires afin d’améliorer l’intégration sociale et le bien-être des personnes âgées. Annexe 1 : Programme de la Mission Premier jour – 16/09/2024 (Lundi) Présidente de la CNDHC – Dr Eurídice Mascarenhas Premier Ministre – Dr José Ulisses Correia e Silva Médiateur – Dr José Carlos Delgado Ministre de la Justice – Dr Joana Rosa Amado Deuxième jour – 17/09/2024 (Mardi) Présidente de l’ICCA – Dr Zaida Morais de Freitas Ministre de la Famillle et de l’Inclusion – Dr Fernando Elísio Freire Procureur général de la République – Dr Helton Barros Troisième jour – 18/09/2024 (Mercredi) Interview à la radio nationale (Carlos Santos) Ministre de la Défense et de la Cohésion sociale – Dr Janine Lélis Visite à la Prison centrale de Praia Quatrième jour – 19/09/2024 (Jeudi) Séminaire de sensibilisation de la CADHP – Université de Santiago Présidente de l’AAI – Dr Carmen Barros Président de la Cour Suprême de Justice – Dr Benfeito Mosso Ramos Cinquième jour – 20/09/2024 (Vendredi) Réunion de débriefing avec la CNDHC Coordonnatrice résidente des Nations – Dr. Patrícia Portela Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères – Dr. Miryan Vieira Conférence de presse – Ministère des Affaires étrangères et des Communautés ************************************************************************************ 25 | P a g e

Created 8 juil. 2026 · Edited 8 juil. 2026