Rapports de Mission

Rapport de la mission de promotion en république des Seychelles 10 – 14 Mars 2025

Fr - Report of the PM to Seychelles_March 2025_Draft.pdf
RAPPORT DE LA MISSION DE PROMOTION EN RÉPUBLIQUE DES SEYCHELLES PAR L’HONORABLE COMMISSAIRE SOLOMON AYELE DERSSO ET L’HONORABLE COMMISSAIRE HATEM ESSAIEM v. 10 – 14 MARS 2025 Examiné lors de la 85ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples tenue à Banjul, en Gambie du 7 au 17 octobre 2025 (Privée-Virtuelle) et 21 au 30 octobre 2025 (Publique – Physique) 1|Page
TABLE DES MATIÈRES REMERCIEMENTS SOMMAIRE 1.0 INTRODUCTION 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 Composition de la Délégation Termes de référence Engagements antérieurs entre la Commission et les Seychelles Profil du pays Méthodologie 2.0 CONCLUSIONS 2.1 Mesures législatives et autres visant à mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine 2.2 Droit à la vie 2.3 Interdiction et Prévention de la torture 2.4 Prisons, conditions de détention et action policière 2.5 Accès à la justice et état de droit 2.6 Justice transitionnelle et Réconciliation 2.7 Liberté d’Expression et Accès à l’Information 2.8 Société civile et Défenseurs des droits de l’homme 2.9 Réfugiés, Demandeurs d’asile et Migrants 2.10 Droit de participer librement à la direction des affaires publiques de son pays 2.11 Droit à l’emploi 2.12 Droit à la santé 2.13 Droit à l’éducation 2.14 Droits de la femme 2.15 Droits des enfants 2.16 Personnes handicapées 2.17 Personnes âgées 2.18 Populations autochtones et groupes minoritaires 2.19 Environnement, changement climatique et industries extractives 3.0 RECOMMANDATIONS ANNEXE • Annexe 1 : Programme de la Mission 2|Page
I. ACRONYMES ET ABREVIATIONS ACCS Commission anti-corruption des Seychelles ARID Association pour les droits, l’information et la démocratie Charte africaine Charte africaine des droits de l’homme et des peuples CEPF Plateforme d’engagement citoyen des Seychelles CDC Lutte contre les maladies transmissibles OSC Organisations de la Société civile. Commission Commission africaine des droits de l’homme et des peuples VIH Virus d’immunodéficience humaine IDH Indice de développement humain LDS Linyon Demokratik Seselwa MP Membres du Parlement MNT Maladies non transmissibles SSR Santé sexuelle et de la reproduction STIM Sciences, technologie, ingénierie et mathématiques TRNUC Commission Vérité, Réconciliation et Unité nationale PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement ONUDC Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime 3|Page
REMERCIEMENTS La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) voudrait exprimer sa profonde gratitude au gouvernement de la République des Seychelles pour avoir autorisé et facilité cette mission de promotion, et pour avoir mis à la disposition de sa délégation les installations, le soutien et le personnel requis pour garantir le succès de la mission. Elle remercie tout particulièrement le ministre des Affaires étrangères et du Tourisme, S.E. Sylvestre Radegonde, et ses collègues, pour leur coordination exemplaire tout au long de la visite. La Commission voudrait également remercier les Honorables Ministres, les membres de l’Assemblée nationale, le Pouvoir judiciaire, la Commission des droits de l’homme des Seychelles, le Médiateur, la Commission vérité, réconciliation et unité nationale (TRNUC), les institutions de contrôle indépendantes, les organisations de la société civile, l’ordre des avocats, les représentants des médias, les organisations internationales et les personnes qui ont discuté sincèrement avec la délégation. La Commission est particulièrement reconnaissante à la direction et au personnel de la Prison de Montagne Posée, de Anse-Royale Elderly Home et de l’Unité de contrôle des maladies transmissibles pour avoir facilité des visites sur place et des échanges de vue ouverts. L’hospitalité et l’esprit constructif dont a fait preuve Son Excellence le Président Wavel Ramkalawan sont chaleureusement salués. La Commission se réjouit de poursuivre son engagement auprès de toutes les parties prenantes aux Seychelles afin de promouvoir les droits de l’homme et des peuples. 4|Page
SOMMAIRE Conformément à l’article 45(1) de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine) et à la règle 76(1) de son Règlement intérieur, la Commission a entrepris une Mission de promotion de cinq jours en République des Seychelles, du 10 au 14 mars 2025, autorisée par le gouvernement des Seychelles et dirigée par l’Honorable Commissaire Solomon Ayele Dersso (Rapporteur pour le pays ; Président du Groupe de travail sur les Industries extractives, l’Environnement et les Violations des droits de l’homme en Afrique) et l’Honorable Commissaire Hatem Essaiem (Président du Comité pour la Prévention de la Torture en Afrique). Les objectifs et le calendrier de la mission ont été annoncés publiquement par la Commission avant le départ et un communiqué de presse a été publié au terme de la visite. La délégation a rencontré un large éventail d’interlocuteurs : des ministres du gouvernement, des représentants du pouvoir judiciaire, des dirigeants de l’Assemblée nationale et de l’opposition, les institutions nationales des droits de l’homme, la Commission anti-corruption des Seychelles (ACCS), la société civile, l’ordre des avocats, les médias, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et des personnes privées de liberté. Elle a également visité la prison de Montagne Posée, l’Unité de contrôle des maladies transmissibles et la Anse-Royale Elderly Home (maison de retraite d’Anse-Royale). Parmi les évolutions positives observées, on peut citer : l’engagement politique soutenu en faveur des droits de l’homme ; les réformes institutionnelles et juridiques ; les organes de contrôle indépendants ; la solidité des secteurs sociaux (santé, éducation, protection sociale) ; les droits socio-économiques et environnementaux justiciables ; les mesures de lutte contre la traite des personnes et de protection des travailleurs migrants ; la sécurité maritime renforcée ; et les mesures prises pour enquêter sur les incidents graves (explosion de décembre 2023 ; mutineries de décembre 2024). Parmi les principales préoccupations, on peut citer : la non-ratification / domestication de certains instruments de l’UA ; les restrictions affectant l’indépendance et la dotation en ressources des organismes de surveillance ; l’absence de loi nationale sur l’asile ; les retards dans la mise en œuvre des recommandations de la TRNUC ; la faiblesse des systèmes de détention provisoire et d’assistance judiciaire ; la surpopulation carcérale ; les problèmes de classification et de consommation de drogues ; la criminalisation des délits mineurs ; les effets dissuasifs potentiels de la loi sur les discours haineux sur la liberté d’expression ; les restrictions à l’accès à l’information ; la vulnérabilité des travailleurs migrants ; le chômage des jeunes ; les lacunes en matière de santé de la reproduction chez les filles ; les obstacles à l’accessibilité pour les personnes handicapées ; et l’exposition au changement climatique avec des lacunes en matière de gouvernance environnementale. Le rapport formule des recommandations ciblées. Parmi elles, on compte : la ratification et la domestication des instruments en suspens ; le renforcement des institutions indépendantes et la garantie de procédure régulière ; la protection de 5|Page
l’espace civique, de la liberté des médias et de l’accès à l’information ; le renforcement de la Commission anti-corruption, l’assistance judiciaire et les alternatives à la détention provisoire ; l’amélioration de la gestion des prisons et de la réinsertion ; la protection des groupes vulnérables ; le renforcement de la gouvernance environnementale fondée sur les droits et l’adaptation au changement climatique ; et la mise en œuvre des recommandations de la TRNUC en matière de justice, de réparations et de mémoire. 6|Page
1.0 INTRODUCTION 1.1 Composition de la Délégation 1. La délégation de la Commission était composée de : • • • L’Honorable commissaire Solomon Ayele Dersso, Commissaire rapporteur sur la situation des droits de l’homme en République des Seychelles et Président du Groupe de travail sur les industries extractives, l’environnement et les violations des droits de l’homme en Afrique (chef de la délégation). L’Honorable Commissaire Hatem Essaiem, Président du Comité pour la prévention de la torture en Afrique. La mission était assistée par Mme Anita Bagona et M. Angelo William Jey Mayot, du Secrétariat de la Commission. 1.2 Termes de référence 2. Au cours de sa Mission de promotion en République des Seychelles, du 10 au 14 mars 2025, le mandat de la mission était le suivant : i. ii. iii. iv. v. vi. vii. Promouvoir la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine) et d’autres instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme, ainsi que les normes et directives non contraignantes adoptées par la Commission ; Plaider en faveur de la ratification des instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme qui n’ont pas encore été ratifiés par la République des Seychelles ; Renforcer la collaboration entre la Commission et les autorités de la République des Seychelles dans le domaine de la promotion et de la protection des droits garantis par la Charte africaine et d’autres instruments internationaux pertinents ; Engager un dialogue avec le gouvernement des Seychelles sur les mesures législatives et autres prises pour mettre en œuvre la Charte africaine et les autres instruments ratifiés ; Sensibiliser et accroitre la visibilité du mandat et du travail de la Commission, en particulier auprès des ministères concernés, des institutions nationales et des organisations de la société civile (OSC) ; Échanger des points de vue et recueillir des informations sur l’exercice et la protection du droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information aux Seychelles ; Recueillir des informations pertinentes sur la situation des groupes vulnérables aux Seychelles, notamment : les femmes, les enfants, les demandeurs d’asile, les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur du pays, les migrants, les personnes âgées, les personnes handicapées, les personnes en détention, les populations/communautés autochtones, les minorités et les personnes vivant avec ou affectées par le VIH/sida ;
viii. ix. x. xi. xii. xiii. xiv. xv. • xvi. xvii. Comprendre le niveau de jouissance des droits économiques, sociaux et culturels aux Seychelles et évaluer les efforts déployés par le gouvernement pour respecter cette catégorie de droits ; Évaluer l’impact du VIH/sida sur la population et les droits des personnes vivant avec le VIH/sida, des personnes à risque, vulnérables ou affectées par le VIH/sida, y compris les progrès réalisés et les défis actuels ; Recueillir des informations sur la mise en œuvre des Lignes directrices de Robben Island – Lignes directrices et mesures d’interdiction et de prévention de la torture et des peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants en Afrique ; Engager le dialogue avec les parties prenantes sur le rôle et l’impact des industries extractives aux Seychelles, y compris leur impact sur l’environnement et leur implication pour la protection des droits de l’homme ; Collecter des informations sur la situation des défenseurs des droits de l’homme et évaluer les défis auxquels ils sont confrontés dans l’exercice de leurs droits et la conduite de leur travail. Rencontrer les représentants des institutions nationales des droits de l’homme et des OSC engagées dans la promotion et la protection des droits de l’homme ; Visiter les lieux de détention, en particulier la Prison de Montagne Posée, et discuter avec les autorités pénitentiaires et d’autres parties prenantes de questions relatives aux conditions de détention et à l’administration pénitentiaire ; Visiter d’autres institutions ou établissements qui ont un impact direct sur la jouissance des droits de l’homme aux Seychelles, notamment les maisons de retraite ou les établissements pour personnes handicapées ; Plaider en faveur de la présentation, en temps opportun, des rapports périodiques à la Commission, conformément à l’article 62 de la Charte africaine et à l’article 26 du Protocole à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo) ; Assurer le suivi des recommandations formulées par la Commission dans le Rapport de sa précédente Mission de promotion aux Seychelles, en avril 2015 ; Assurer le suivi des recommandations formulées dans les Observations finales adoptées par la Commission lors de sa 39ème Session ordinaire (11 – 25 mai 2006), à la suite de son examen du Rapport périodique initial des Seychelles soumis en juin 2004, en vertu de la Charte africaine. 1.3 Engagements antérieurs entre la Commission et les Seychelles 3. La mission effectuée du 10 au 14 mars 2025 était la deuxième Mission de promotion de la Commission en République des Seychelles. Auparavant, la Commission avait effectué une Mission de promotion en République des Seychelles, menée par le Commissaire Yeung Kam John Yeung Sik Yuen, du 6 au 10 avril 2015. 4. La Commission a également travaillé en collaboration avec la République des Seychelles lors de sa 39ème Session ordinaire, qui s’est tenue du 11 au 25 mai 6|Page
2006 à Banjul, en Gambie, au cours de laquelle elle a examiné le Rapport périodique initial des Seychelles, présenté en juin 2004, en vertu de l’article 62 de la Charte africaine. Profil du pays 5. La République des Seychelles est un État archipélagique situé dans l’Océan Indien occidental, composé de 115 îles, à environ 1 600 kilomètres à l’est de l’Afrique orientale continentale, au large des côtes du Kenya et de la Tanzanie. La capitale Victoria, est située sur l’île de Mahé, la plus grande et la plus peuplée des îles. 6. Avec une population de 120 581 habitants (en mars 2024), la République des Seychelles est le plus petit pays d’Afrique en termes de population et de superficie (459 km²), mais elle affiche le PIB par habitant le plus élevé du continent, estimé à 16 742 dollars US en 2023 (Banque mondiale), ce qui la classe parmi les pays à revenu élevé. 7. Les langues officielles sont le créole seychellois, l’anglais et le français, le créole étant parlé par environ 95 % de la population. 8. Le Président de la République, actuellement S.E. Wavel Ramkalawan, est à la fois Chef de l’État et Chef du gouvernement, élu au suffrage universel direct. Le Président est assisté par un Vice-président et un Cabinet de Ministres. 9. Le pouvoir législatif est exercé par l’Assemblée nationale monocamérale, composée de 35 membres (26 élus au suffrage direct et 9 au scrutin proportionnel). L’Assemblée actuelle est dirigée par Roger Mancienne, avec une majorité au pouvoir détenue par le parti Linyon Demokratik Seselwa (LDS) depuis les élections de 2020. 10. Le pouvoir judiciaire est indépendant, tel que garanti par la Constitution. Il est composé de la Cour suprême, de la Cour d’appel et de divers tribunaux et cours subordonnés, présidés par le Juge en chef, actuellement Rony Govinden, et la Présidente de la Cour d’appel, actuellement Mathilda Twomey. 11. Les Seychelles affichent des indicateurs de développement humain solides, avec un indice de développement humain (IDH) de 0,802, ce qui les place au 67ème rang mondial (PNUD, 2024). Le taux d’alphabétisation est de 96 % et le taux de chômage de 3 %. Les systèmes de protection sociale comprennent la couverture médicale universelle, l’éducation et les pensions. 1.5 Méthodologie 12. Au cours de la mission, la délégation de la Commission a rencontré un large éventail de parties prenantes, notamment les hauts fonctionnaires du gouvernement suivants : 7|Page
- Ministre des Affaires étrangères et du Tourisme ; Ministre de l’Intérieur ; Ministre de l’Education ; Ministre de l’Emploi et des Affaires sociales ; Ministre de l’Agriculture, du Changement climatique et de l’Environnement ; Ministre de la Santé ; 13. La délégation a également rencontré : - des Membres de l’Assemblée nationale ; - la Magistrature et les Praticiens du droit ; - les Institutions nationales des droits de l’homme ; - l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime ; - les représentants d’Organisations de la société civile (OSC) ; - des membres des médias et d’associations de professionnels. 14. La délégation a également rendu visite à des institutions clés, en vue de la promotion et de la protection des droits de l’homme aux Seychelles, notamment : - La Prison de Montagne Posée, où elle a rencontré les détenus et le personnel pénitentiaire ; L’Unité de contrôle des maladies transmissibles, afin d’évaluer l’accès aux soins de santé et les systèmes de santé publique ; La Anse-Royale Elderly Home, afin d’examiner la situation et les soins prodigués aux personnes âgées. 15. La Mission s’est terminée par une conférence de presse organisée à Victoria, au cours de laquelle la Délégation a présenté ses conclusions et recommandations préliminaires et s’est entretenue avec les médias nationaux afin de sensibiliser le public au mandat de la Commission et à l’objet de la visite. 8|Page
2 CONCLUSIONS 16. Au cours de la Mission, qui a duré cinq (5) jours, la Délégation a constaté que ses échanges avec les représentants du gouvernement, les institutions indépendantes, les acteurs de la société civile, les professionnels des médias et d’autres parties prenantes étaient approfondis et constructifs. Ces échanges ont permis à la Délégation de recueillir des informations pertinentes sur la situation des droits de l’homme dans la République des Seychelles. 17. La Délégation s’est félicitée de l’accès et de l’ouverture accordés par le gouvernement, en particulier l’appel passé à Son Excellence le Président Wavel Ramkalawan et les réunions de fond tenues avec divers ministres et chefs d’institutions. L’engagement dont ont fait preuve les responsables pour traiter des questions clés relatives aux droits de l’homme est louable. 18. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions présentées dans le présent rapport sont fondées uniquement sur les entretiens menés, les visites institutionnelles effectuées et les documents consultés pendant la période de la mission passée dans le pays. 2.1. Mesures législatives et autres visant à mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine 19. La délégation a reçu des informations détaillées sur le cadre constitutionnel et législatif des Seychelles, qui offre de solides garanties en matière de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. La Constitution des Seychelles consacre les libertés fondamentales et reconnaît explicitement comme justiciables les droits socio-économiques et le droit à un environnement sûr. Les autorités ont souligné l’existence de mesures de protection sociale solides, notamment des dispositions relatives à la santé, à l’éducation, à l’emploi et à la protection sociale, qui démontrent collectivement l’intention de la République des Seychelles d’aligner ses lois nationales sur ses obligations régionales et internationales. 20. La Délégation a également pris note des récentes initiatives législatives, telles que l’amendement de la Loi électorale spécifiant les dates des élections et les amendements à la législation du travail et à la législation contre la traite des êtres humains, visant à renforcer la protection des travailleurs et des groupes vulnérables. 21. En ce qui concerne la ratification des instruments, la Délégation a félicité les Seychelles pour les progrès accomplis dans l’adhésion à plusieurs traités régionaux et internationaux clés relatifs aux droits de l’homme. Parmi les ratifications récentes figurent la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, la Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées et le Protocole facultatif à la Convention relative 9|Page
aux droits de l’enfant, dans une procédure de communication. Les Seychelles ont également ratifié neuf des onze conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail, y compris la Convention sur les travailleurs domestiques, soulignant ainsi leur engagement en faveur des droits du travail. 22. Toutefois, la délégation s’est déclarée préoccupée par le fait que d’autres instruments africains relatifs aux droits de l’homme restent en suspens, notamment la Convention de Kampala sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des personnes âgées, le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des personnes handicapées, le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des citoyens à la protection sociale et à la sécurité sociale, le Protocole à la Charte africaine relatif aux aspects spécifiques du droit à une nationalité et à l’éradication de l’apatridie, et le Protocole à la Charte africaine portant création de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Ces lacunes empêchent les groupes vulnérables de bénéficier pleinement des protections régionales. 23. La question de la domestication et de la mise en œuvre a également été soulevée lors de plusieurs réunions. Bien que les Seychelles aient ratifié plusieurs instruments, les parties prenantes, notamment le Médiateur, la SHRC et la société civile, ont souligné que leur intégration effective dans le droit interne restait inégale. Un exemple clé est la Convention relative au statut des réfugiés, qui n’a pas encore été intégrée, laissant les demandeurs d’asile sans cadre juridique pour la reconnaissance et l’assistance. La délégation a noté que des défis similaires affectent la domestication des droits des personnes handicapées et des personnes âgées, où l’absence de législation a créé des vides institutionnels à la suite de la dissolution des conseils statutaires. Le Bureau du Procureur général et le Ministère des Affaires étrangères ont reconnu les contraintes en matière de capacités et de ressources pour aligner les lois nationales sur les obligations découlant des traités, mais se sont déclarés prêts à collaborer avec la Commission africaine et d’autres partenaires pour obtenir un soutien technique. 24. La Délégation a également pris note des efforts déployés par le gouvernement pour protéger les droits de l’homme, notamment par la création de différentes institutions, dont le Bureau du Médiateur et la Commission des droits de l’homme des Seychelles. La Délégation a toutefois été informée de certains chevauchements de compétences, en particulier en ce qui concerne les plaintes pour violations des droits de l’homme commises par des agents de l’État, qui peuvent relever de la compétence des deux organes. Cela a parfois entraîné une ambiguïté institutionnelle et une duplication des efforts, soulignant la nécessité de disposer de mécanismes de coordination et de procédures de renvoi plus clairs entre les deux entités. En outre, les deux institutions sont confrontées à des contraintes en matière de ressources humaines et financières, qui limitent leur capacité à s’acquitter pleinement de leur mandat. 10 | P a g e
25. En ce qui concerne la réponse des commissions disponibles au sein de l’Assemblée nationale, la Délégation note qu’il n’existe aucune commission chargée des droits de l’homme et des affaires sociales. 26. Enfin, la Délégation a observé que les rapports périodiques prévus par la Charte africaine sont en retard. Les représentants du gouvernement ont attribué ces retards à des difficultés techniques et à un manque de capacités, mais se sont déclarés disposés à explorer des partenariats avec des institutions universitaires et des centres régionaux afin de renforcer les capacités nécessaires pour présenter les rapports en temps opportun. 27. La Délégation a souligné que la présentation de rapports est la pierre angulaire d’un dialogue constructif avec la Commission africaine et un moyen essentiel de démontrer le respect des obligations en vertu de l’article 62 de la Charte. Elle a insisté sur la nécessité pour les Seychelles de créer un groupe de travail national chargé de l’établissement des rapports, composé de représentants des ministères, du parlement et des institutions nationales, afin de préparer et de soumettre les rapports en retard et de systématiser le respect des obligations à l’avenir. 2.2. Droit à la vie 28. Au cours de ses entretiens, la Délégation a entendu à plusieurs reprises des préoccupations concernant la protection du droit à la vie, en particulier à la suite de la mutinerie qui a eu lieu le 5 décembre 2024 à la Prison de Montagne Posée et de l’explosion qui s’est produite le 7 décembre 2023 à la Civil Construction Company Ltd. Les familles des victimes, les membres de l’opposition et les représentants de la société civile ont souligné l’absence d’informations actualisées et transparentes sur ces enquêtes. Ils ont souligné que l’absence de conclusion prolongeait non seulement la souffrance des familles, mais érodait également la confiance du public envers les institutions chargées de rendre des comptes. 29. Les autorités gouvernementales, quant à elles, ont reconnu le caractère sensible de ces incidents et ont confirmé que des enquêtes indépendantes étaient en cours. Les responsables du ministère de l’Intérieur et les autorités policières ont assuré à la Délégation que les conclusions seraient rendues publiques avant le 15 mai 2025, s’engageant à garantir la responsabilité. La délégation a salué cet engagement, mais a fait remarquer que les retards antérieurs et l’absence de rapports publics provisoires avaient alimenté les spéculations et sapé la confiance. 30. La Délégation a noté qu’une responsabilité crédible exigeait que les enquêtes soient menées de manière indépendante, impartiale et rapide, avec une communication régulière avec les familles concernées. Elle a souligné que l’obligation de protéger la vie en vertu de la Charte africaine et de son Observation générale n° 3 sur le droit à la vie exige que tout décès survenu en détention ou lors d’opérations de maintien de l’ordre public fasse l’objet d’une 11 | P a g e
enquête rapide et que les auteurs soient poursuivis lorsque les preuves le justifient. La délégation a encouragé les Seychelles à associer ces enquêtes à une approche axée sur les victimes, comprenant le partage d’informations, un soutien psychosocial et des mécanismes d’indemnisation équitables. 2.3. Interdiction et prévention de la torture 31. Les réunions avec le ministère de l’Intérieur et l’Académie de police ont révélé que des efforts étaient en cours pour intégrer les droits de l’homme dans la formation des forces de l’ordre, notamment par le biais de modules sur l’usage légitime de la force et l’importance des armes non létales. Il a également été mentionné que la Commission des droits de l’homme avait accès aux centres de détention pour y effectuer des contrôles. Néanmoins, des allégations d’usage excessif de la force pendant la détention, en particulier pendant et après les émeutes dans les prisons, ont été communiquées à plusieurs reprises à la délégation par des avocats, des familles de détenus et des organisations de la société civile. 32. Les responsables ont expliqué que des enquêtes disciplinaires et pénales internes sont ouvertes lorsque des violations sont alléguées. Cependant, les parties prenantes ont exprimé leur scepticisme quant à l’indépendance et à la transparence de ces processus, soulignant que les résultats sont rarement communiqués au public ou aux plaignants. Cela alimente la perception selon laquelle la responsabilité pour les mauvais traitements est limitée. 33. La délégation a rappelé les Lignes directrices de Robben Island, soulignant que les Seychelles ont l’obligation d’assurer un contrôle indépendant, une documentation médicale rapide des blessures et des recours efficaces pour les victimes de mauvais traitements. Elle a encouragé les autorités à renforcer les mécanismes de plainte en les rendant accessibles aux détenus et à leurs familles, à accroître la transparence autour des résultats des procédures disciplinaires et à intégrer systématiquement les normes relatives aux droits de l’homme dans les procédures opérationnelles de la police et des prisons. 2.4. Prisons, conditions de détention et Police 34. La Délégation a visité la Prison de Montagne Posée et s’est entretenue avec divers agents, qui lui ont fourni des informations pertinentes sur les prisons et les conditions de détention aux Seychelles. La Délégation a également pu visiter la prison afin d’inspecter les installations et de s’entretenir avec les détenus. Plus précisément, la Délégation a été informée qu’il y avait environ 465 détenus dans tout le pays. 35. La Délégation a également été informée de la fourniture de repas nutritifs et de soins de santé aux détenus, ainsi que de la mise en œuvre de mesures de réinsertion visant à connecter les détenus qualifiés à des opportunités d’emploi 12 | P a g e
et à faciliter leur réinsertion dans la société après leur libération, et elle s’en est félicitée. 36. La visite à la Prison de Montagne Posée a mis en évidence des problèmes systémiques. Les parties prenantes, notamment l’Ordre des avocats et la société civile, ont signalé une circulation généralisée de drogues, des problèmes d’infrastructure pour promouvoir la séparation des personnes accusées des personnes condamnées, et de graves déficits en matière d’infrastructure, tels que la faiblesse de la sécurité du périmètre et le manque d’hygiène, en particulier dans les établissements pour hommes. La mutinerie de décembre 2024, qui a entraîné des pertes en vies humaines, a été attribuée en partie à ces faiblesses structurelles. Les autorités pénitentiaires ont confirmé que des enquêtes étaient en cours et ont réitéré leur engagement en faveur de mesures de réinsertion, telles que la substitution à la méthadone et un nouveau programme de réinstallation, qui a connu une participation accrue depuis l’émeute. 37. La Délégation a également constaté d’importantes lacunes dans le système d’assistance judiciaire. Les taux d’indemnisation actuels des avocats sont fixés à un niveau inférieur aux charges opérationnelles, ce qui décourage une représentation de qualité et prive de nombreux détenus indigents d’une défense efficace. En conséquence, de nombreux détenus restent en détention provisoire prolongée sans pouvoir bénéficier d’une assistance judiciaire en temps opportun. 38. La délégation a pris note et apprécié les conditions d’hébergement offertes aux femmes, ainsi que l’espace adéquat réservé aux femmes accompagnées d’enfants en bas âge. Cependant, la délégation a appris qu’il existait aux Seychelles une politique imposant la séparation des enfants de 18 mois ou plus de leur mère pendant la détention provisoire (cas de Stella). Bien que cette mesure vise, selon les informations disponibles, à trouver un équilibre entre l’intérêt supérieur de l’enfant et la sécurité pénitentiaire et les considérations administratives, elle soulève d’importantes préoccupations en matière de droits de l’homme et de protection de l’enfant, car elle peut avoir des répercussions psychologiques et développementales importantes tant sur l’enfant que sur la mère. 39. Au niveau institutionnel, les responsables pénitentiaires ont décrit les mesures prises pour améliorer la réinsertion, notamment les programmes d’éducation et de formation professionnelle, tandis que les autorités policières ont présenté leur système interne de plaintes et de discipline. 40. La Délégation a conclu que des réformes urgentes étaient nécessaires pour développer les services de réinsertion et de santé, améliorer les infrastructures et la classification, réduire le recours à la détention provisoire et renforcer le contrôle indépendant des services pénitentiaires et de police. 13 | P a g e
2.5. Accès à la Justice 41. Lors de ses réunions avec le pouvoir judiciaire, le Procureur général, l’Order des Avocats et des représentants de la société civile, la délégation a reçu des informations détaillées sur les difficultés d’accès à la justice. Les parties prenantes ont, à plusieurs reprises, attiré l’attention sur les retards prolongés des procès, certains cas traînant pendant plusieurs années. Ce problème est particulièrement grave pour les personnes en détention provisoire, pour lesquelles le refus de la liberté sous caution équivaut à une peine sans condamnation. La Délégation a pris note des préoccupations selon lesquelles les tribunaux ont tendance à considérer la détention provisoire comme la norme plutôt que comme l’exception, ce qui est contraire aux normes internationales en matière de droits de l’homme. 42. La Délégation a été informée des difficultés d’accès aux tribunaux. Il a notamment été indiqué que les mesures récemment introduites dans le cadre des dispositions dites « Gaz Tax Court » ont restreint l’accès du public aux locaux des tribunaux, limitant l’entrée principalement aux plaideurs et aux témoins. En conséquence, les membres du public, les acteurs de la société civile et les autres parties concernées ont des difficultés à assister aux audiences ou à suivre les procédures. Ces restrictions entravent les mesures de suivi des conclusions des tribunaux, car les observateurs et les communautés concernées ne sont pas en mesure de suivre efficacement les procédures judiciaires ou de s’y engager. 43. La Délégation a également été informée des faiblesses du système d’assistance judiciaire. Les avocats sont tenus par la loi de fournir une représentation à des tarifs inférieurs au coût réel, ce qui décourage la diligence et conduit à une défense inadéquate. Des rapports ont fait état d’avocats conseillant à leurs clients de plaider coupable plutôt que de s’engager dans de longues procédures, ce qui soulève de graves préoccupations quant au respect des procédures régulières et à l’exercice effectif du droit à la défense. Les détenus étrangers en attente de jugement ont été cités comme étant particulièrement défavorisés, souvent laissés dans l’incertitude sans représentation juridique adéquate. 44. Dans le même temps, le pouvoir judiciaire a souligné qu’il s’était efforcé de réduire les retards, qu’il avait mis en place une Commission de révision des Lois afin de moderniser la législation et qu’il continuait à se référer à la jurisprudence internationale en matière de droits de l’homme. Les tribunaux ont cité des décisions rendues par des juridictions régionales et comparables, renforçant ainsi la justiciabilité des droits socio-économiques et le droit constitutionnel à un environnement sûr. Il s’agit là de progrès louables. Toutefois, la Délégation a conclu que des réformes urgentes étaient nécessaires : une éducation juridique publique pour permettre aux citoyens de saisir les tribunaux, une révision des modalités d’assistance judiciaire afin de garantir une rémunération équitable aux avocats, et des garanties procédurales pour 14 | P a g e
que la liberté sous caution reste la règle et la détention l’exception. ➢ Pouvoir judiciaire et état de droit 45. La Délégation a accordé une attention particulière à la situation du pouvoir judiciaire aux Seychelles, en engageant le dialogue avec la Cour d’appel, la Cour suprême, le Bureau du Procureur général et l’Ordre des Avocats. Au cours de ces échanges, il a été évident que le pouvoir judiciaire fonctionne dans un cadre constitutionnel qui garantit son indépendance et reconnaît explicitement la justiciabilité des droits civils et politiques ainsi que des droits socioéconomiques. Les tribunaux ont confirmé à plusieurs reprises ces garanties, notamment dans des décisions confirmant le droit à un environnement sûr et garantissant la responsabilité en cas de détention illégale. Cette jurisprudence souligne l’engagement particulier des Seychelles à traiter les droits socioéconomiques comme des obligations exécutoires plutôt que comme des aspirations politiques. 46. Malgré ces garanties constitutionnelles, les parties prenantes ont mis en exergue une série de défis structurels et institutionnels. La Cour suprême et la Cour d’appel ont toutes deux noté la configuration unique de la hiérarchie judiciaire des Seychelles, la Cour d’appel étant l’instance suprême et la Cour suprême servant de tribunal de première instance et de cour constitutionnelle. Si cela a facilité le contrôle constitutionnel et le règlement des litiges électoraux, des préoccupations ont été exprimées quant à la durée du mandat des juges, en particulier les contrats à durée limitée des juges étrangers, de qui risque de compromettre la continuité et l’expertise judiciaire. Des questions ont également été soulevées quant à l’indépendance des nominations judiciaires, le Président nommant les juges sur recommandation de l’Autorité constitutionnelle de nomination, ce qui fait craindre une influence politique potentielle. L’Ordre des Avocats et la société civile ont en outre signalé les contraintes budgétaires qui pèsent sur le système judiciaire, dont le financement reste lié au cadre de la fonction publique, ainsi que la nécessité de renforcer les garanties contre toute apparence de partialité dans des affaires politiquement sensibles. 47. La question de l’accès à la justice a occupé une place importante. La Délégation a été informée à plusieurs reprises du recours excessif à la détention provisoire, même pour des délits mineurs, ce qui aggrave la surpopulation carcérale et expose les petits délinquants à des criminels endurcis. Le système d’assistance judiciaire a également été décrit comme profondément défaillant : la représentation obligatoire à des tarifs inférieurs au coût réel décourage une défense de qualité, ce qui conduit dans certains cas les avocats à conseiller à leurs clients de plaider coupable plutôt que de monter une défense appropriée. Cela porte atteinte au droit à un procès équitable et a un impact disproportionné sur les détenus indigents et étrangers. L’Ordre des Avocats a reconnu ces préoccupations et a indiqué que des projets d’amendements à la Loi sur l’assistance judiciaire étaient en cours d’élaboration afin d’ajuster les honoraires. Elle a toutefois souligné que les réformes devaient aller plus loin, en garantissant 15 | P a g e
à la fois une rémunération équitable et un contrôle rigoureux afin d’éviter les abus du système. 48. Dans le même temps, la Délégation a noté plusieurs évolutions positives. La Cour d’appel a résorbé son arriéré de plus de 200 affaires, mettant en place un système efficace qui permet désormais de statuer sur les appels sans retard injustifié. Le pouvoir judiciaire s’est montré ouvert à la référence à la jurisprudence régionale et comparative en matière de droits de l’homme, citant des décisions rendues en Afrique du Sud, en Inde, à Maurice et par la Commission africaine elle-même. Une Commission de Révision des Lois au sein du Bureau du Procureur général modernise systématiquement les lois obsolètes, les alignant sur les principes constitutionnels. Il est important de noter qu’aucun cas d’ingérence politique directe dans les décisions judiciaires n’a été signalé et que le pouvoir judiciaire a continué à statuer sur des questions électorales et constitutionnelles sensibles, telles que les affaires Ramkalawan c/ Commissaire aux élections (2016) et Michel c/ Dhanjee (2012), qui ont confirmé le contrôle judiciaire de la gouvernance. 49. La Délégation a conclu que, bien que le système judiciaire des Seychelles fasse preuve d’une indépendance louable et dispose d’un cadre constitutionnel solide fondé sur les droits, des réformes sont nécessaires pour consolider ces acquis. Parmi les mesures spécifiques figurent la révision du système de nomination des juges, la garantie de nominations transparentes et dépolitisées, le renforcement de l’autonomie financière et administrative du pouvoir judiciaire et la réduction du recours excessif à la détention provisoire grâce à des réformes procédurales. L’amélioration du système d’assistance judiciaire, la sensibilisation du public aux droits socio-économiques et le renforcement de l’application cohérente de la jurisprudence internationale relative aux droits de l’homme seront essentiels pour consolider davantage l’état de droit. 2.6. Justice transitionnelle et Réconciliation 50. La Délégation a longuement discuté avec la Commission Vérité, Réconciliation et Unité nationale (TRNUC), créée en 2018 pour traiter les violations passées des droits de l’homme et promouvoir la réconciliation aux Seychelles. La TRNUC a présenté la portée de son mandat et expliqué que sur les 503 affaires enregistrées, seules 373 étaient encore en cours, certains plaignants s’étant retirés par crainte de représailles ou par perte de confiance dans le processus. La TRNUC a fait état de difficultés pour obtenir des auteurs des violations qu’ils divulguent toutes les informations et pour garantir la responsabilité des auteurs de violations telles que les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, la torture et l’exclusion économique des dissidents politiques. Ces limites ont affecté sa capacité à produire un dossier historique complet et à rendre justice aux victimes. 51. Les parties prenantes, notamment les groupes de victimes et la société civile, ont exprimé leur frustration face à la lenteur de la mise en œuvre des 16 | P a g e
recommandations de la TRNUC, en particulier en ce qui concerne les réparations. De nombreuses victimes qui bénéficier d’une indemnisation ne l’ont pas encore reçue, suscitant ainsi des sentiments de négligence et de désillusion. La délégation a noté que ce retard sape la confiance dans la justice transitionnelle et risque d’aggraver les divisions sociales. L’impact économique des violations passées – notamment la perte de terres, la restriction des opportunités commerciales et l’exclusion de l’emploi – a été souligné comme une source persistante d’inégalité, nécessitant des mesures de réparation ciblées. 52. Dans le même temps, la Délégation a reconnu les contributions positives de la TRNUC. Cette dernière a créé une plateforme sans précédent permettant aux victimes et aux auteurs de partager leurs expériences, contribuant ainsi à une mémoire nationale plus précise. Les témoignages ont révélé des abus systémiques pendant le régime du parti unique, tandis que les actes d’excuses et de pardon entre les victimes et les auteurs ont démontré le potentiel de la réconciliation pour apaiser les divisions. Le travail de la TRNUC a également sensibilisé le public à l’importance de la responsabilité et a fourni un forum pour le dialogue politique sur les injustices passées. 53. La Délégation a souligné que l’héritage de la TRNUC devait être préservé et institutionnalisé. Cela nécessite la création d’un Comité chargé de superviser la mise en œuvre de ses recommandations, l’adoption de réformes législatives pour garantir les réparations et la création d’un mémorial national pour honorer les victimes. L’intégration de l’éducation aux droits de l’homme dans les programmes scolaires, ainsi que la garantie d’un accès public gratuit aux archives de la TRNUC, aideront les générations futures à comprendre le passé du pays et à éviter que cela ne se reproduise. La Délégation a en outre exhorté les dirigeants politiques à assumer la responsabilité de promouvoir la réconciliation, soulignant que la justice transitionnelle n’est pas un événement ponctuel, mais un processus continu. Grâce à un engagement soutenu, les Seychelles peuvent consolider l’unité nationale, restaurer la dignité des victimes et servir d’exemple régional de réconciliation post-autoritarisme. 2.7. Liberté d’expression et Accès à l’information 54. La délégation s’est entretenue avec la Commission des Médias des Seychelles, des journalistes, des partis d’opposition et des organisations de la société civile au sujet de l’état de la liberté d’expression. Bien que le cadre constitutionnel garantisse la liberté d’expression et qu’il existe une loi sur l’accès à l’information, la mission a été informée de l’existence d’obstacles persistants à l’accès aux archives publiques. Les dirigeants de l’opposition ont signalé que les responsables de l’information invoquent fréquemment des exceptions telles que la « confidentialité commerciale » pour refuser l’accès à des rapports sensibles, notamment ceux relatifs à l’explosion de 2023 et aux exonérations fiscales. 17 | P a g e
55. La société civile a également exprimé son inquiétude concernant la Loi sur le discours de haine qui, bien qu’apparemment conçue pour protéger contre la discrimination, a suscité des craintes d’être utilisée pour restreindre le discours politique. Les représentants de l’opposition ont signalé que les espaces de débat public tels que le « Speaker’s Corner » ont été effectivement restreints, et les médias nationaux ont été critiqués pour leur couverture partiale qui favorise le parti au pouvoir et limite la visibilité des voix dissidentes. 56. Dans le même temps, la Délégation a noté que les Seychelles avaient pris des mesures importantes, telles que la création de la Commission des Médias, et que le débat public était de plus en plus animé, en particulier sur les réseaux sociaux. Néanmoins, la Délégation a souligné qu’un débat public vigoureux et un accès égal aux médias sont indispensables à la démocratie. Elle a encouragé les Seychelles à renforcer l’application de la loi sur l’accès à l’information, à garantir une couverture médiatique équilibrée et à revoir les lois susceptibles de restreindre la liberté d’expression, tout en protégeant contre l’incitation, d’une manière conforme aux normes en matière de droits de l’homme. 2.8. Société civile et Défenseurs des droits de l’homme 57. La Délégation a tenu une série de réunions avec des organisations de la société civile (OSC), notamment la Citizen Engagement Platform Seychelles, l’Association for Rights, Information and Democracy (ARID) et des représentants de groupes communautaires. Les acteurs de la société civile ont souligné qu’ils jouaient un rôle essentiel dans le contrôle de la responsabilité du gouvernement, la documentation des violations des droits et de l’éducation des citoyens sur leurs droits en vertu de la Constitution et de la Charte africaine. Les discussions ont mis en évidence la résilience des OSC dans la promotion des droits de l’homme malgré les contraintes financières, structurelles et politiques et l’absence d’une loi spécifique pour la protection des défenseurs des droits de l’homme ou des journalistes. 58. Des préoccupations ont été exprimées à plusieurs reprises à propos de la brutalité policière et des conditions de détention, en particulier dans le cadre de la gestion des émeutes carcérales ainsi décembre 2024, ainsi que le 10ème Amendement constitutionnel, qui autorise l’intervention de l’armée dans le maintien de l’ordre civil sans état d’urgence déclaré. Les OSC craignaient que cette réforme ne sape le contrôle civil et n’augmente les risques d’abus. Elles ont également signalé les restrictions à la liberté d’expression, notamment le harcèlement des journalistes, l’accès limité aux informations publiques malgré les lois en vigueur et l’utilisation potentiellement abusive de la Loi sur les discours haineux pour réduire au silence les dissidents politiques. Les représentants ont également fait observer que les groupes vulnérables, tels que les travailleurs du sexe, les détenus, les personnes handicapées et les personnes âgées, restent mal desservis, compte tenu du déclin les services de réadaptation et des services sociaux. 18 | P a g e
59. Malgré ces défis, la Délégation a constaté des évolutions positives. La société civile reste active dans le domaine du plaidoyer, en sensibilisant ainsi le public à des questions sensibles telles que la discrimination, les droits des travailleurs migrants et la protection de l’environnement. La volonté des OSC de collaborer avec la Commission a démontré leur engagement envers les Mécanismes régionaux et leur disposition à engager un dialogue constructif avec les autorités nationales. Il est important de noter que la société civile a également contribué à l’autonomisation du public, en informant les citoyens de leurs droits et en renforçant la résilience des communautés locales. 60. La Délégation a conclu que les Seychelles devraient renforcer l’environnement juridique et opérationnel de la société civile, en veillant à protéger les OSC contre toute ingérence. Une allocation accrue de ressources et la mise en place de canaux structurés pour le dialogue entre le gouvernement et la société civile renforceraient la collaboration et la responsabilisation. Elle a en outre souligné l’importance de revoir la législation restreignant la liberté des médias, de garantir l’indépendance des enquêtes sur les abus policiers et de renforcer la protection des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes contre les intimidations. En soutenant la société civile en tant que partenaire clé, les Seychelles peuvent consolider la gouvernance démocratique et protéger les droits de l’homme. 2.9. Réfugiés, Demandeurs d’asile et Migrants 61. La question des réfugiés et des migrants a été soulevée lors de multiples rencontres avec les parties prenantes, en particulier avec le Ministère de l’Intérieur, le Ministère des Affaires étrangères et des organisations de la société civile. La délégation a été informée que, bien que les Seychelles aient ratifié la Convention relative au statut des réfugiés, elles ne l’ont pas transposée dans leur législation nationale, laissant les demandeurs d’asile dans un vide juridique. En l’absence d’un système d’asile structuré, les demandes ne sont pas traitées dans un cadre prévisible qui place les demandeurs d’asile en situation de vulnérabilité. 62. La Délégation a été informée que les migrants représentent une part importante de la main-d’œuvre aux Seychelles, avec plus de 25 000 travailleurs, principalement dans les secteurs de la construction, de l’agriculture et des services domestiques. Alors que les autorités ont mis en avant la solidité de la législation du travail, des tribunaux du travail et des systèmes d’inspection, la société civile a fait état de cas préoccupants d’exploitation : confiscation de passeports, salaires impayés, manque de refuges pour les travailleurs victimes d’abus et intimidation par les employeurs pour empêcher les plaintes, ce qui indique que la protection reste inégale. 63. La Délégation a également été informée des conditions de travail de certains migrants, en particulier de leurs conditions de transport. Elle a appris que les travailleurs migrants sont souvent transportés dans des camions ouverts, au 19 | P a g e
milieu de matériaux de construction, sans aucune protection contre les intempéries, notamment les fortes pluies. Ce manque de dignité et de mesures de sécurité élémentaires reflète non seulement le mépris de certains employeurs pour leur bien-être, mais a également causé des incidents tragiques. Dans l’un de ces cas, un accident s’est produit dans lequel des travailleurs ont été éjectés d’un camion en marche, mettant ainsi en évidence les pratiques dangereuses et négligentes privilégiant les commodités de fonctionnement au détriment de vies humaines. De telles situations soulignent la nécessité urgente de renforcer la réglementation, d’appliquer des normes de sécurité et de respecter la dignité inhérente à tous les travailleurs. 64. Les autorités ont souligné leur engagement à lutter contre la traite des personnes, notamment par la création d’un groupe de travail national, d’une ligne d’assistance téléphonique accessible 24 heures sur 24 et de régimes d’inspection coordonnés avec le Ministère de l’Emploi et de l’Immigration. Des négociations bilatérales sont en cours afin d’améliorer la protection des travailleurs étrangers, et le pouvoir judiciaire a commencé à traiter les litiges en matière de droits du travail en établissant des tribunaux spécialisés. La Délégation a toutefois conclu que des mesures urgentes étaient nécessaires, telles que la mise en place d’un cadre national en matière d’asile, une application plus stricte de la loi contre les pratiques abusives en matière de travail, des mécanismes de plainte sûrs pour les migrants et la poursuite de la coopération régionale en matière de traite des personnes et de droits du travail. 2.10. Droit de participer librement à la direction des affaires publiques de son pays 65. La Délégation a reçu du Président de l’Assemblée nationale, de partis d’opposition et de la société civile des informations détaillées sur le système politique. Les Seychelles ont été félicitées pour avoir organisé des élections libres et équitables qui ont abouti à un transfert pacifique du pouvoir, et pour avoir modifié la loi électorale afin de préciser les dates des élections, en en garantissant ainsi la prévisibilité. Elle a cité la continuité du service des fonctionnaires, quelle que soit leur affiliation politique, comme un autre signe de maturité démocratique. 66. Dans le même temps, les partis d’opposition et la société civile ont fait part de leurs préoccupations concernant le traitement partisan réservé aux députés de l’opposition à l’Assemblée nationale, l’accès limité au registre électoral et le risque que les initiatives de vote de la diaspora ne contreviennent aux conditions de résidence. Le parti pris des médias a de nouveau été évoqué comme un obstacle au pluralisme limitant la visibilité des voix politiques alternatives. 67. La Délégation a également noté la sous-représentation parlementaire des femmes et des jeunes, les femmes ne détenant que 24 % des sièges malgré leur présence accrue à des postes de direction dans la société. Bien qu’il n’existe 20 | P a g e
aucun système de quotas, l’Assemblée s’est montrée ouverte à débattre de stratégies visant à renforcer la participation des femmes et des jeunes. 68. La Délégation a recommandé des mesures concrètes pour renforcer la démocratie : améliorer l’équité parlementaire pour tous les acteurs politiques, garantir l’accès aux listes électorales, encourager une couverture médiatique équilibrée et explorer des mécanismes, notamment des quotas ou des incitations, pour renforcer la représentation des femmes et des jeunes. Elle a également souligné qu’une opposition dynamique, des médias équitables et une participation inclusive constituent les fondements d’une démocratie résiliente. 2.11. Droit à l’emploi 69. La Délégation a pris note de l’existence d’un vaste cadre juridique protégeant le droit à l’emploi, notamment la Constitution, les Chartes stratégiques nationales de développement, le Plan stratégique du Ministère de l’Emploi, la politique nationale et la Loi sur l’emploi. La Délégation a également été informée de la création d’un Comité consultatif national sur l’emploi chargé d’examiner les politiques et les questions liées à l’emploi et de veiller au respect des droits des travailleurs. La Délégation a félicité le Gouvernement pour le taux de chômage légal, même si des améliorations sont encore nécessaires, en particulier en ce qui concerne l’emploi des jeunes. 70. La Délégation a été informée de l’existence de divers programmes spéciaux pour l’emploi, tels que des programmes de reconversion et de développement des compétences, permettant aux personnes handicapées, aux mères adolescentes et aux personnes en réadaptation pour toxicomanie d’avoir les mêmes chances d’accéder à l’emploi et de contribuer à la société. 71. La Délégation a été informée que le pays dépendait de travailleurs non seychellois pour faire avancer son programme de développement durable et lui apporter les compétences et l’expertise qui lui faisaient défaut. À titre d’exemple, au premier trimestre 2024, 25 395 étrangers titulaires d’un permis de travail actif travaillaient aux Seychelles. 72. Malgré l’existence d lois, de programmes et de mécanismes, la Délégation a été informée de violations des droits de l’homme, en particulier à l’encontre des travailleurs migrants, notamment ceux employés dans les secteurs de la construction, du tourisme et de l’industrie manufacturière. 2.12. Droit à la santé 73. Les questions de santé ont occupé une place importante tout au long de la mission, en particulier lors de la visite de la délégation à l’Unité de lutte contre les maladies transmissibles (CDC) et des réunions avec le Ministère de la Santé. Les autorités ont souligné l’engagement des Seychelles en faveur de la 21 | P a g e
couverture sanitaire universelle, avec 13 % du PIB alloué aux services de santé, garantissant à tous les citoyens l’accès à des soins gratuits, à une gamme complète de services allant de la prévention au traitement et à la réadaptation, ainsi que la prise en charge des traitements à l’étranger lorsque cela est nécessaire. 74. La délégation a noté avec satisfaction l’existence de sept programmes structurés au sein du CDC, notamment sur le VIH, la tuberculose, l’hépatite virale et les programmes de réduction des risques tels que l’échange d’aiguilles et de seringues. Ces initiatives témoignent d’une bonne compréhension du lien entre la santé publique et les droits de l’homme. 75. Les professionnels de la santé, la société civile et les communautés touchées ont néanmoins souligné la persistance des défis sanitaires liés à la drogue, en particulier parmi les populations vulnérables. Le maintien des patients dans les programmes de traitement du VIH reste irrégulier, la stigmatisation et la réticence à suivre un traitement à long terme nuisant à leur efficacité. Les travailleurs du sexe et les populations clés sont confrontés ont des difficultés à accéder à des services de santé adaptés, ce qui limite la confiance et crée des lacunes en matière de prévention. L’augmentation des maladies non transmissibles (MNT), notamment les cancers, le diabète et les maladies cardiovasculaires, a également été signalée comme exerçant une pression supplémentaire sur les infrastructures de santé. 76. La Délégation a constaté des progrès louables, tels que la création d’une nouvelle unité cardiovasculaire et un soutien ciblé à la méthadone pour les femmes enceintes. Elle a toutefois conclu que, pour garantir le droit au meilleur état de santé possible, les Seychelles devraient renforcer la sensibilisation des populations clés, développer les services de réduction des risques et accroître les investissements dans la prévention des MNT. Une coopération multisectorielle visant à s’attaquer aux déterminants sociaux de la santé – sécurité routière, consommation de sucre et pauvreté – a également été recommandée afin de protéger les groupes vulnérables et de consolider les garanties universelles en matière de santé. 2.13. Droit à l’éducation 77. La Délégation a reçu des informations détaillées du Ministère de l’Éducation sur la jouissance du droit à l’éducation. Les Seychelles consacrent 12 % de leur PIB à l’éducation, assurent 11 années de scolarité obligatoire et affichent un taux de scolarisation de près de 100 % dans le primaire et de plus de 90 % dans le secondaire. Ces résultats témoignent d’un fort engagement politique en faveur de l’éducation en tant que droit fondamental. La Délégation a salué les initiatives inclusives telles que les fonds de soutien aux familles à faible revenu, le programme national de cantines scolaires et la politique permettant aux élèves enceintes de retourner à l’école, en garantissant ainsi une nondiscrimination. 22 | P a g e
78. La Délégation a en outre noté des investissements importants dans l’éducation numérique, le gouvernement étendant gratuitement les plateformes d’apprentissage en ligne et les outils d’engagement numérique aux écoles publiques et privées. Cette approche inclusive garantit que les élèves issus de différents milieux éducatifs bénéficient de manière égale des progrès technologiques. Il est important de noter que, dans le cadre des efforts visant à renforcer la culture numérique et à combler le fossé technologique, le Gouvernement offre une formation aux compétences informatiques à tous les élèves à partir de la cinquième année du primaire (P5), quelle que soit l’école qu’ils fréquentent. 79. Parallèlement, les responsables ont reconnu l’existence de défis tels que les risques de décrochage scolaire chez les filles en raison de la résistance culturelle aux programmes de distribution de serviettes hygiéniques, et les lacunes en matière de compétences dans les professions de la fonction publique, notamment dans les domaines du droit, de la médecine en milieu carcéral et des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM). La société civile a également souligné des disparités dans l’allocation de ressources entre les écoles publiques et privées, ainsi que la nécessité d’améliorer l’accès aux programmes linguistiques et culturels afin d’élargir l’ouverture des élèves sur le monde. 80. La Délégation a salué la mise en place d’un enseignement dans les centres de détention pour mineurs et d’une formation professionnelle dans les prisons, en notant toutefois que ces installations sont limitées et insuffisamment adaptées à la réinsertion. Afin de renforcer le droit à l’éducation, les Seychelles ont été encouragées à relancer des initiatives tenant compte des spécificités culturelles afin de favoriser la scolarisation des filles, d’étendre l’enseignement des droits de l’homme aux programmes scolaires et de remédier à la pénurie de compétences grâce à des bourses ciblées et à la planification des ressources humaines. Le développement de clubs de langues (par exemple, arabe, swahili, français) et d’échanges culturels enrichirait également l’apprentissage interculturel et préparerait les jeunes à saisir des opportunités mondiales. 2.14. Droits de la femme 81. Les droits de la femme ont occupé une place importante dans les discussions de la Délégation avec les ministères, l’Assemblée nationale et la société civile. Les Seychelles ont réalisé des progrès significatifs dans l’intégration de la dimension de genre dans les postes de direction, les femmes occupant désormais des postes influents dans les institutions publiques. Entre autres exemples positifs, on peut citer les politiques permettant aux étudiantes enceintes de reprendre leurs études et les efforts visant à intégrer la santé reproductive dans les programmes scolaires. Les autorités ont également réaffirmé leur engagement en faveur des mesures de protection sociale garanties par la Constitution, notamment les prestations de maternité. 23 | P a g e
82. Malgré ces progrès, la Délégation a constaté que les femmes restaient sousreprésentées au Parlement, où elles ne détiennent que 24 % des sièges. La société civile a également souligné les lacunes dans les services de santé sexuelle et reproductive (SSR), en particulier pour les adolescentes. La résistance culturelle aux programmes de santé menstruelle continue d’affecter la fréquentation scolaire et la pleine participation à la vie scolaire. Les femmes travaillant dans le secteur informel et les travailleuses migrantes restent en outre vulnérables à l’exploitation, en raison de l’insuffisance des contrôles et des recours juridiques. 83. La Délégation a noté que pour réaliser des progrès durables, il était nécessaire de combiner les cadres législatifs et politiques avec des initiatives de changement social. Elle a encouragé les Seychelles à adopter des mesures spécifiques pour accroître la participation politique des femmes, que ce soit par le biais de quotas, d’incitations ou de formations au leadership, tout en élargissant l’accès à l’éducation et aux services en matière de SSR. Pour faire progresser l’égalité des sexes dans la pratique, il est essentiel de surmonter les tabous culturels, de garantir l’égalité d’accès aux opportunités économiques et de surveiller les droits au travail des femmes, y compris des migrantes. 2.15. Droits des enfants 84. Les engagements pris avec le Ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, la société civile et les autorités éducatives ont mis en évidence les progrès réalisés par les Seychelles en matière de protection des droits de l’enfant. La création du Conseil national pour l’enfance et l’adoption de lois, notamment le Code civil de 2020, la Loi de 2020 sur les enfants (amendée) et le Règlement de 2024 sur les enfants (vérification de l’aptitude à travailler avec des enfants), font partie des autres mesures visant à combler les lacunes pour améliorer la situation des enfants. La scolarisation quasi universelle, les programmes ciblés de repas scolaires et les politiques inclusives pour les enfants handicapés ont été cités comme des étapes clés. Les mesures de protection sociale s’étendent aux orphelins en leur garantissant un soutien financier et social. 85. La Délégation a également été informée de la mise en place, depuis 2021, d’une ligne d’assistance téléphonique gratuite à trois chiffres pour les enfants afin de répondre aux problèmes rencontrés par ces derniers, en raison de l’augmentation du nombre de cas signalés. Des témoignages ont également révélé les résultats positifs du processus de la Commission Vérité, réconciliation et Unité nationale (TRNUC), qui a reconnu les impacts socioéconomiques historiques des restrictions passées sur les familles, y compris les enfants. 86. Néanmoins, des préoccupations persistent. La société civile a souligné la nécessité d’une éducation adaptée aux adolescents en matière de santé sexuelle et reproductive, les lacunes des mécanismes de plainte adaptés aux enfants et 24 | P a g e
l’exposition aux risques liés à la drogue dans certaines communautés. Les parties prenantes ont également souligné l’insuffisance des possibilités de réinsertion pour les enfants en conflit avec la loi, les établissements pour mineurs restant sous-financés et limités dans leur champ d’action. 87. La Délégation a constaté que les Seychelles disposaient d’une base juridique et politique solide, mais qu’elles devaient en élargir la mise en œuvre. Elle a souligné la nécessité de renforcer l’éducation en matière de santé sexuelle et reproductive adaptée à l’âge, d’améliorer les réseaux de conseillers dans les écoles et d’accroître les possibilités pour les enfants en détention de bénéficier d’une éducation et d’un soutien à la réinsertion. L’élargissement des campagnes de sensibilisation du public et la garantie que la voix des enfants soit prise en compte dans les processus décisionnels permettraient de consolider davantage le droit de chaque enfant à grandir et à se développer dans la dignité. 2.16. Personnes handicapées Lors de rencontres avec l’association Ramp Up, Rise Up et d’autres acteurs de la société civile, la Délégation a été informée de lacunes importantes dans la protection des droits des personnes handicapées. Depuis la dissolution du Conseil national pour les personnes handicapées en 2020, il n’existe plus d’organisme statutaire spécifiquement chargé de protéger leurs droits. Les parties prenantes ont souligné que ce vide institutionnel prive de nombreuses personnes handicapées de moyens efficaces pour faire valoir leurs doléances ou influencer les politiques. Les problèmes d’accessibilité dans les transports, les bâtiments publics et les systèmes d’information restent aigus en limitant ainsi leur pleine participation à la vie sociale et économique. 88. Les autorités ont reconnu ces lacunes, mais ont souligné les réformes en cours, notamment la création de centres de jour destinés à dispenser des services intégrés aux personnes handicapées et aux personnes âgées. Les travaux de rénovation d’établissements résidentiels ont été mis en avant dans le cadre d’un effort plus large visant à améliorer leurs conditions de vie. Néanmoins, en l’absence d’un cadre législatif et institutionnel spécifique, ces initiatives restent fragmentaires et insuffisantes pour garantir des droits applicables. 89. La Délégation a souligné que les Seychelles devraient transposer la Convention relative aux droits des personnes handicapées dans leur législation nationale et adopter une législation protégeant spécifiquement. Les mesures pratiques doivent inclure des normes d’accessibilité obligatoires, la création d’un organisme statutaire doté d’une indépendance budgétaire et des campagnes de sensibilisation soutenues. La combinaison de garanties juridiques, de prestations de services et de mécanismes participatifs peut permettre aux Seychelles de créer les conditions permettant aux personnes handicapées d’exercer leurs droits sur un pied d’égalité avec les autres. 25 | P a g e
2.17. Personnes âgées 90. La visite de la Délégation à la maison de retraite Anse-Royale a permis de se rendre compte directement des difficultés auxquelles sont confrontées les personnes âgées aux Seychelles. La dissolution du Conseil national pour les personnes âgées en 2020 a laissé un vide politique et institutionnel, sans cadre juridique dédié à la protection de leurs droits. Le personnel de l’établissement a fait état de difficultés à fournir des soins médicaux et de rééducation à long terme, en soulignant le fait que de nombreux résidents passent de nombreuses années dans des maisons de retraite sans avoir suffisamment accès à des services de santé intégrés. Les travaux de rénovation, bien qu’en cours, sont limités du fait de l’espace et des ressources disponibles. 91. Les autorités ont informé la Délégation de leur intention de s’orienter vers des modèles de centres de jour, afin de réduire la dépendance excessive à l’égard d’établissements résidentiels et de permettre la mise en place de soins communautaires. Des modèles internationaux, tels que le système de soins aux personnes âgées en Australie, ont été cités comme source d’inspiration. Bien que ces initiatives soient prometteuses, la société civile a exprimé sa préoccupation quant au fait que, sans cadre juridique, les services resteront dépendants de la volonté politique et vulnérable aux changements de priorités. 92. La Délégation a conclu que les Seychelles devraient adopter une loi spécifique sur les droits des personnes âgées, conformément au Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des personnes âgées, en cours d’adoption. Cette loi devrait établir des droits exécutoires, des allocations budgétaires durables et une responsabilité institutionnelle. L’extension de soins médicaux dans les établissements, l’investissement dans la modernisation des infrastructures et la promotion de la coopération régionale pour partager les meilleures pratiques garantiraient la protection totale de la dignité et du bien-être des personnes âgées. 2.18. Populations / Communautés autochtones et Groupes minoritaires 93. Les Seychelles ne comptent aucun peuple autochtone reconnu dans leur population. La Délégation a cependant été informée que le pays compte quelques groupes religieux minoritaires, notamment des communautés hindoues et musulmanes. Aucun incident de discrimination systématique à l’encontre de ces groupes n’a été signalé, et ceux-ci peuvent pratiquer librement leur religion et participer pleinement à la vie sociale, économique et politique du pays. En termes d’engagements internationaux en matière de droits de l’homme, les Seychelles ont fait preuve d’un puissant leadership dans la lutte contre la traite des êtres humains. Il convient de noter que le pays est le seul État africain à avoir obtenu le statut de niveau 1 dans le rapport américain sur la traite des personnes, ce qui reflète ses efforts soutenus pour respecter les normes minimales en matière d’élimination de cette traite, notamment les mesures en matière de prévention, de protection et de poursuites. Cette réussite 26 | P a g e
souligne l’engagement des Seychelles à respecter les normes en matière de droits de l’homme et à protéger les groupes vulnérables relevant de leur juridiction 2.19. Environnement, Changement climatique et Industries Extractives 94. La gouvernance de l’environnement et des ressources a occupé une place importante dans les discussions de la Délégation avec le Ministère de l’Agriculture, de l’Environnement, du Climat et de l’Énergie et la société civile. La mission a pris note des solides garanties constitutionnelles accordées par les Seychelles en matière de droit à un environnement sûr et de la jurisprudence judiciaire affirmant la justiciabilité des droits environnementaux. Des défis persistent pourtant. La société civile a exprimé ses préoccupations concernant les menaces pour la biosécurité liées aux importations agricoles, le contrôle insuffisant des projets de construction et de tourisme à proximité d’écosystèmes sensibles, et l’utilisation potentiellement abusive des demandes d’accès à l’information qui pèsent sur les capacités administratives. 95. Les autorités ont mis en avant plusieurs mesures positives : l’élaboration d’un nouveau plan stratégique pour l’environnement, les efforts visant à diversifier les intrants agricoles et à stabiliser les chaînes d’approvisionnement alimentaire, et les programmes actifs de protection du littoral liés aux contributions déterminées au niveau national des Seychelles dans le cadre de l’Accord de Paris. Le Ministère a également fait état de la collecte continue de données agricoles, dont les résultats devraient servir à l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes. Ces initiatives soulignent l’engagement des Seychelles à répondre à la double pression de la sécurité alimentaire et de la protection de l’environnement. 96. Il a néanmoins été rappelé à la Délégation que les Seychelles restent très vulnérables au changement climatique, en particulier à l’érosion côtière et à l’élévation du niveau de la mer. Concernant le respect de l’Article 24 de la Charte africaine, la Délégation a recommandé l’adoption d’études d’impact exhaustives pour tous les grands projets de développement, assorties d’un suivi indépendant et de rapports publics périodiques. Le renforcement des protocoles relatifs à la biosécurité, l’élargissement des pratiques agricoles résilientes au changement climatique et la garantie de la participation des communautés à la gouvernance environnementale ont également été soulignés comme étant d’urgentes priorités. Enfin, la Délégation a encouragé les Seychelles à faire valoir leurs intérêts dans les forums mondiaux sur la politique climatique afin d’obtenir un soutien financier et technique pour l’adaptation et la résilience 27 | P a g e
3.0 RECOMMANDATIONS 97. Sur la base des conclusions de la Délégation, la Commission invite le Gouvernement des Seychelles à adopter les recommandations suivantes afin de renforcer la promotion et la protection des droits de l’homme dans le pays. Mesures législatives et autres visant à mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine i. ii. iii. iv. v. vi. Ratifier les traités relatifs aux droits de l’homme de l’UA en attente, notamment la Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique (Convention de Kampala) ; le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des personnes âgées ; le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des personnes handicapées ; le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des citoyens à la protection sociale et à la sécurité sociale ; le Protocole à la Charte africaine relatif aux aspects spécifiques du droit à une nationalité et l’éradication de l’apatridie ; et le Protocole à la Charte africaine portant création de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Promulguer une législation visant à transposer dans le droit national la Convention relative au droit des réfugiés à laquelle les Seychelles sont parties et mettre en place un mécanisme national assurant la protection et l’assistance aux demandeurs d’asile et aux réfugiés. Mettre en place une équipe nationale chargée de préparer et de soumettre les Rapports périodiques des Seychelles au titre de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Fournir des ressources humaines et financières adéquates aux institutions de contrôle, notamment la Commission des droits de l’homme des Seychelles, le Médiateur, la Commission de lutte contre la corruption et la Commission vérité, réconciliation et unité nationale. Adopter une réforme législative globale afin d’aligner les structures de gouvernance sur le cadre constitutionnel, notamment en garantissant la pleine autonomie financière et administrative de la SHRC et du Médiateur en leur accordant un statut similaire à celui de la Commission de la lutte contre la corruption. Créer une Commission des droits de l’homme et des affaires sociales au sein de l’Assemblée nationale afin de traiter les questions connexes. Droit à la vie i. Diligenter des enquêtes indépendantes et transparentes sur l’explosion de décembre 2023 et l’émeute carcérale de décembre 2024, en veillant à ce que les auteurs soient tenus responsables et que les familles des victimes reçoivent une indemnisation juste et adéquate. 28 | P a g e
ii. Fournir régulièrement au public des informations actualisées sur ces enquêtes et veiller à ce que les familles affectées soient informées des progrès réalisés. iii. Institutionnaliser les approches centrées sur les victimes, y compris des programmes de soutien psychosocial et d’indemnisation, dans les cas impliquant des pertes en vies humaines sous la responsabilité de l’État. Interdiction et prévention de la torture i. ii. iii. Promulguer une législation criminalisant explicitement la torture et les mauvais traitements, conformément aux Lignes directrices de Robben Island. Envisager la ratification du Protocole facultatif à la Convention contre la torture et mettre en place un mécanisme national de prévention doté de pleins pouvoirs de contrôle. Renforcer les mécanismes de plainte dans les centres de détention et garantir un contrôle indépendant de toutes les allégations de mauvais traitements infligés par la police et les autorités pénitentiaires. Prisons, Conditions de détention et action policière i. ii. iii. iv. v. vi. vii. viii. Améliorer les infrastructures pénitentiaires, l’hygiène et la sécurité des périmètres, et mettre en place des systèmes de classification permettant de séparer les détenus en fonction de la gravité de leur infraction, du niveau de risque qu’ils représentent et de leurs besoins en matière de réinsertion. Elaborer des programmes de réinsertion et de réintégration, notamment des formations professionnelles et des programmes de substitution à la méthadone. Ouvrir des enquêtes sur les sources, les moyens et les méthodes d’accès aux drogues dans les prisons et adopter les mesures nécessaires pour prévenir la consommation de drogues, y compris dans les prisons. Dépénaliser les infractions mineures et développer des alternatives communautaires à l’incarcération. Veiller à ce que les nourrissons nés de femmes en détention ne soient pas séparés de leur mère avant la fin du procès, conformément à la présomption d’innocence. Renforcer la responsabilité et la transparence de l’action policière, notamment par le biais d’enquêtes indépendantes sur les décès et les abus en détention. Veiller à ce que la décision sur la constitutionnalité du dixième amendement soit prise dans un délai raisonnable et, dans l’attente de cette décision, mettre en place des mesures garantissant que le recours aux forces armées pour aider la police soit limité à des circonstances exceptionnelles. Veiller à ce que les forces armées déployées pour aider la police reçoivent la formation nécessaire sur les règles d’engagement et les normes en 29 | P a g e
ix. x. matière de droits de l’homme applicables à l’application de la loi, notamment en ce qui concerne l’usage de la force, comme l’illustre la perte de vies humaines lors de la tentative de contrôle des émeutes dans la prison principale. Assurer une formation continue sur les normes relatives aux droits de l’homme, l’usage légitime de la force et la mise en œuvre des Lignes directrices de Luanda et des Lignes directrices pour le maintien de l’ordre par les agents chargés de l’application des lois lors des réunions. Mettre en place ou renforcer des mécanismes indépendants de traitement des plaintes pour répondre aux allégations de fautes professionnelles de la police Accès à la justice et Etat de droit i. ii. iii. iv. v. vi. Réviser les modalités de l’aide juridictionnelle afin de garantir que les membres du barreau puissent s’acquitter de leurs responsabilités en représentant les justiciables avec le plus grand sérieux et la plus grande diligence. Mettre en place des mesures visant à garantir que les personnes en détention provisoire soient jugées dans un délai raisonnable, notamment en appliquant des délais maximaux pour les différentes étapes du procès, y compris dans les affaires complexes. Veiller à ce que le droit à la liberté sous caution soit accordé en règle générale et à ce que les personnes en attente de jugement ou en cours de jugement ne soient placées en détention provisoire que s’il existe des preuves qu’elles risquent de s’enfuir, de commettre d’autres infractions pendant leur liberté sous caution ou de nuire à l’enquête ou aux poursuites judiciaires. Réexaminer et réviser les réglementations et les pratiques administratives existantes afin de garantir que l’accès aux tribunaux ne soit pas indûment restreint, tout en maintenant les mesures de sécurité nécessaires. Renforcer l’indépendance judiciaire en réexaminant le mandat des juges, en dépolitisant les nominations et en accordant une autonomie financière totale au pouvoir judiciaire. Améliorer l’éducation juridique du public afin de le sensibiliser aux droits socio-économiques et à l’accès aux recours. Justice transitionnelle et Réconciliation i. ii. Accélérer les réformes juridiques et politiques nécessaires et allouer les fonds requis pour mettre en œuvre les recommandations de la Commission Vérité, Réconciliation et Unité nationale (TRNUC). Créer un organisme chargé de contrôler et de superviser le respect des conclusions de la TRNUC. 30 | P a g e
iii. iv. Créer un mémorial national pour préserver la mémoire des victimes des violations passées et institutionnaliser l’éducation aux droits de l’homme dans les écoles. Garantir la transparence et la responsabilité politique dans la promotion de la réconciliation, notamment par le dialogue entre les acteurs politiques et l’accès du public aux archives de la TRNUC. Liberté d’expression et Accès à l’information i. Réviser et modifier la loi sur les discours haineux afin de garantir qu’elle ne soit pas utilisée à mauvais escient pour restreindre les discours politiques ou les activités de l’opposition. Garantir le pluralisme et l’accès équitable des partis d’opposition et des voix indépendantes aux médias nationaux. Renforcer la mise en œuvre de la loi sur l’accès à l’information afin de garantir que les demandes ne soient pas arbitrairement rejetées. Veiller à ce que les journalistes et les défenseurs des droits humains soient protégés contre le harcèlement, l’intimidation ou les arrestations arbitraires. ii. iii. iv. Défenseurs des droits de l’homme i. ii. iii. Adopter et mettre en œuvre des cadres juridiques et politiques reconnaissant et protégeant explicitement le travail des défenseurs des droits de l’homme, conformément aux normes internationales et régionales. Allouer des ressources financières pour soutenir le travail de la société civile par le biais de mécanismes de financement transparents et compétitifs, tout en respectant leur indépendance. Faciliter les programmes de renforcement des capacités afin de consolider les capacités institutionnelles, de plaidoyer et de suivi des OSC, en particulier pour les petites organisations communautaires Refugiés, Demandeurs d’asile et Migrants i. Intégrer la Convention relative au statut des réfugiés dans le droit national et mettre en place un mécanisme national de supervision de l’asile pour traiter les demandes conformément aux normes internationales. ii. Adopter des mesures législatives et autres pour surveiller et protéger les droits des travailleurs migrants ; iii. Renforcer la surveillance des agences de recrutement et des employeurs afin de prévenir l’exploitation des travailleurs migrants, notamment la confiscation de documents et le non-paiement des salaires. iv. Mettre en place des refuges et des mécanismes d’aide juridique pour les travailleurs migrants et les victimes de la traite. 31 | P a g e
v. Renforcer les garanties juridiques et institutionnelles contre la traite des personnes, notamment en mettant en place des voies de recours accessibles et en assurant une application effective de la loi Droit de participer librement à la direction des affaires publiques de son pays i. ii. iii. Renforcer les règles et pratiques parlementaires afin de préserver le pluralisme, de favoriser un dialogue constructif et de respecter le principe de neutralité politique au sein des institutions parlementaires. Continuer à s’appuyer sur les réformes positives existantes, telles que l’amendement précisant les dates des élections, afin de garantir que les futurs processus électoraux restent libres, équitables et crédibles. Élaborer des stratégies et des cadres politiques visant à accroître la représentation des femmes et des jeunes dans les processus décisionnels. Droit à l’emploi i. Élaborer des politiques et des programmes ciblés visant à réduire le chômage des jeunes. ii. Renforcer les partenariats entre le secteur de l’éducation et les industries afin d’aligner le développement des compétences sur les besoins du marché du travail. iii. Renforcer les mécanismes de suivi et d’application afin de garantir que les travailleurs migrants bénéficient des mêmes droits et protections en matière de travail que les ressortissants nationaux, conformément aux normes internationales relatives aux droits de l’homme et au travail. iv. Accroître les inspections du travail, en particulier dans les secteurs à haut risque tels que la construction, le tourisme et l’industrie manufacturière, et veiller à ce que tous les travailleurs, quel que soit leur statut, disposent de mécanismes efficaces de plainte et de recours. Droit à la santé i. Renforcer les mesures et les stratégies visant à réduire et à prévenir l’abus de drogues et renforcer les programmes de réadaptation, notamment en mettant en place des dispositifs garantissant que les personnes ayant purgé leur peine et suivi une réadaptation ne se voient pas refuser leur droit au travail ; ii. Développer des services ciblés destinés aux travailleurs du sexe, aux adolescents, aux détenus et aux populations clés, notamment l’accès sans stigmatisation aux soins liés au VIH, à l’hépatite et à la santé reproductive. iii. Renforcer les interventions en matière de maladies non transmissibles, notamment le cancer, les maladies cardiovasculaires et le diabète. iv. Intégrer l’éducation à la santé dans les programmes scolaires et communautaires afin de lutter contre les risques liés au mode de vie et de promouvoir les soins préventifs 32 | P a g e
Droit à l’éducation ii. Renforcer l’intégration de l’éducation aux droits de l’homme et aux principes de la Charte africaine dans les programmes scolaires à tous les niveaux. iii. Elargir le soutien aux élèves handicapés, notamment en mettant à leur disposition des équipements spécialisés et des aménagements raisonnables dans les écoles. iv. Améliorer les programmes d’éducation et de réinsertion destinés aux délinquants juvéniles et aux détenus. v. Elaborer des programmes linguistiques et culturels, notamment en arabe, en swahili et en français, afin de favoriser la compréhension interculturelle et l’employabilité. Droits des femmes et des enfants i. ii. iii. Fournir des services et une éducation en matière de santé sexuelle et reproductive ciblant spécifiquement les adolescentes scolarisées. Garantir une participation politique équitable des femmes et des jeunes, notamment par des mesures incitatives ou spéciales visant à renforcer leur représentation au Parlement. Elaborer des politiques sensibles au genre dans le domaine de l’éducation, notamment l’accès à des serviettes hygiéniques et à des programmes de santé reproductive pour les filles. Droits des personnes handicapées et des personnes âgées 4. Adopter des lois sur les droits des personnes handicapées et des personnes âgées qui garantissent la création de conditions leur permettant d’exercer leurs droits sur un pied d’égalité avec les autres, notamment en mettant en œuvre des mesures d’accessibilité fondées sur des consultations et tenant compte de leurs besoins. 5. Rétablir des organismes statutaires chargés de protéger les droits des personnes âgées et des personnes handicapées et garantir des allocations budgétaires pour leur bon fonctionnement. Populations / Communautés autochtones et Groupes minoritaires i. Continuer à maintenir et à renforcer les cadres juridiques et politiques qui garantissent la protection des droits de tous les groupes minoritaires, conformément à ses obligations constitutionnelles et internationales en matière de droits de l’homme. Environnement, Changement climatique et Industries extractives 33 | P a g e
i. Mettre en place des mesures juridiques, institutionnelles et réglementaires efficaces qui garantissent le respect du droit à un environnement sûr, avec l’obligation de réaliser des évaluations d’impact sur les droits humains, l’environnement et la société, et d’instaurer des mesures préventives pertinentes dans le cadre de projets de développement, en accordant une attention particulière aux écosystèmes vulnérables. ii. Instaurer des mécanismes de règlement des griefs et de poursuites administratives, civiles et pénales à l’encontre des entreprises qui enfreignent les normes environnementales, sociales et relatives aux droits humains. iii. Adopter une stratégie visant à promouvoir les intérêts des Seychelles dans l’élaboration des politiques mondiales en matière de changement climatique afin de garantir la mobilisation des ressources nécessaires à l’adaptation et à la résilience. iv. Garantir la transparence et la participation du public dans la prise de décisions environnementales, en particulier pour les grands projets de construction et de tourisme. v. Renforcer les contrôles de biosécurité pour lutter contre les menaces liées aux parasites, aux maladies et aux écosystèmes. Aux autres parties prenantes : ii. La Commission invite en outre les OSC et les autres parties prenantes à poursuivre leurs efforts pour promouvoir et protéger les droits de l’homme dans le pays, en collaboration avec le Gouvernement. 34 | P a g e
Annexe 1 : Programme de la Mission Premier jour : Lundi 10 mars 2025 • • Rencontre avec le Président de l’Assemblée nationale Rencontre avec le Ministre des Affaires étrangères et du Tourisme Deuxième jour : Mardi 11 mars 2025 • • • • Visite de courtoisie à Son Excellence le Président de la République des Seychelles Rencontre avec le Directeur général des médias des Seychelles Rencontre avec le Directeur général de la plateforme d’engagement citoyen des Seychelles et d’autres organisations de la société civile Rencontre avec le Vice-président de la Commission Vérité, Réconciliation et Unité nationale Troisième jour : Mercredi 12 mars 2025 • • • • • • Rencontre avec le Médiateur et le Vice-président de la Commission des droits de l’homme des Seychelles Rencontre avec le Président de la Cour d’appel Rencontre avec le Procureur général Rencontre avec le Président de la Cour suprême Rencontre avec le Chef de l’opposition Rencontre avec le Commissaire de la Commission de lutte contre la corruption des Seychelles Quatrième jour : Jeudi 13 mars 2025 • • • • • • Rencontre avec le Ministre de l’Intérieur Visite de la Prison de la Montagne Posée Rencontre avec le Ministre de l’Éducation Rencontre avec le Ministre de l’Emploi et des Affaires sociales Rencontre avec le Ministre de l’Agriculture, du Changement climatique et de l’Environnement Rencontre avec l’association Ramp Up, Rise Up pour les personnes handicapées Cinquième jour : Vendredi 14 mars 2025 • • • • • • Rencontre avec le Bâtonnier et d’autres avocats Rencontre avec le Ministre de la Santé Visite à l’Unité de contrôle des maladies transmissibles Rencontre avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) Visite à la maison de retraite d’Anse-Royale Conférence de presse organisée par la Délégation. 35 | P a g e

Created 8 juil. 2026 · Edited 8 juil. 2026