Rapports de Mission

Rapport de la Mission de promotion conjointe en République de Tunisie _ 17-22 septembre 2018

Rapport de la mission de promotion conjointe en république de Tunisie_ 17-22 septembre 2018.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA Commission Africaine des Droits de l’Homme & des Peuples African Commission on Human & Peoples’ Rights 31 Bijilo Annex Layout, Kombo North District, Western Region, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 4410505 / 4410506; Fax: (220) 4410504; E-mail: au-banjul@africa-union.org; Web www.achpr.org RAPPORT DE LA MISSION DE PROMOTION CONJOINTE EN RÉPUBLIQUE DE TUNISIE PAR COMMISSAIRE MAYA SAHLI FADEL & COMMISSAIRE MANUELA TERESA 17-22 SEPTEMBRE 2018 Examiné lors de la 73ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples tenue du 20 octobre au 9 Novembre 2022 1
TABLE DE MATIÈRES I. REMERCIEMENTS.......................................................................................................................... 3 II. RÉSUMÉ ANALYTIQUE ................................................................................................................... 4 III. INTRODUCTION .............................................................................................................................. 6 A. Composition de la Délégation ................................................................................................... 6 B. Termes de référence de la Mission ...................................................................................... 6 C. Engagements antérieurs entre la Commission et la Tunisie .................................................. 7 D. Profil du pays .......................................................................................................................... 7 E. Méthodologie.............................................................................................................................. 8 IV. CONSTATATIONS.......................................................................................................................... 10 A. C. Administration de la Justice et Services correctionnels ........................................................ 11 1) Administration de la Justice ............................................................................................ 11 2) Prisons et Conditions de détention ................................................................................. 12 B. Institutions pour la promotion et la protection des droits de l’homme ........................ 13 Droits économiques, sociaux et culturels .............................................................................. 15 1) Chômage et pauvreté ...................................................................................................... 15 2) Droit à l’éducation............................................................................................................ 15 3) Droit au logement ............................................................................................................ 16 4) Droit à la santé et accès aux soins de santé / VIH SIDA .............................................. 17 5) Doits en matière de travail .............................................................................................. 18 D. Accès à l’information ........................................................................................................... 19 E. Droits de la femme .................................................................................................................. 20 F. Droits des personnes handicapées ........................................................................................ 21 G. Demandeurs d’asile et Migrants ......................................................................................... 22 V. RECOMMANDATIONS .................................................................................................................. 23 A. Généralités ............................................................................................................................... 23 B. Administration de la Justice et Services correctionnels .................................................... 24 C. Institutions pour la promotion et la protection des droits de l’homme ................................ 24 D. Droits socio-économiques ................................................................................................... 24 E. Accès à l’information ............................................................................................................... 25 F. Droits des femmes ................................................................................................................... 25 G. Droits des personnes handicapées .................................................................................... 26 H. Demandeurs d’asile et migrants ......................................................................................... 26 ANNEXES .............................................................................................................................................. 27 ANNEXE I: Liste des personnes rencontrées lors des différentes réunions ................................... 27 ANNEXE II : Programme de la Mission ............................................................................................. 1 2
I. REMERCIEMENTS La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (la Commission) tient à exprimer sa gratitude au Gouvernement de la République de Tunisie (Tunisie) pour avoir autorisé cette mission de promotion et mis à la disposition de sa délégation toutes les facilités et le personnel nécessaires à son succès, ainsi que pour les échanges de vues francs et constructifs auquel il a été procédé à cette occasion. La Commission accorde une mention particulière au Ministère des affaires étrangères ainsi qu’aux Points focaux qui ont accompagné la Délégation tout au long de sa mission, pour les excellentes dispositions mises en place qui ont permis à la délégation de rencontrer divers acteurs gouvernementaux et autres, afin d'avoir un aperçu assez représentatif de la situation des droits de l'homme dans le pays. La Commission souhaite également remercier tous les représentants des différents départements ministériels, institutions statutaires indépendantes et autres organes, ainsi que les particuliers qui, malgré un emploi du temps chargé, ont pris la peine de rencontrer la délégation. Enfin la Commission tient à remercier la Représentante du Bureau de liaison de l’Union africaine pour la Libye ainsi que son personnel pour leur contribution au succès de cette mission. 3
II. RÉSUMÉ ANALYTIQUE Conformément au mandat de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (la Commission) en vertu de l'article 45 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (la Charte africaine) et suite à l'autorisation du Gouvernement de la République de Tunisie (Tunisie), une délégation de la Commission a entrepris une Mission de promotion en République Tunisienne du 17 au 22 septembre 2018. Cette mission est la première mission de promotion de la Commission africaine en Tunisie et avait pour objectif de faire l’évaluation de la situation générale des droits de l’homme, depuis la présentation de son rapport initial en 1995 et particulièrement suite à la révolution de fin 2010 à début 2011 aboutissant au départ du Président Ben Ali, la révolution dit du jasmin.. Au cours de la mission, la Délégation a échangé avec les acteurs étatiques au plus haut niveau, engagés dans la promotion et la protection des droits de l’homme et des peuples en Tunisie, son Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée des représentants du peuple, mais également les Ministres des affaires religieuses, de la femme, de la famille de l’enfance et des Seniors, des affaires sociales, de la Santé et de l’éducation. La Délégation s’est également entretenue avec le Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, le Chef de Cabinet chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’Homme. Elle a eu des séances de travail avec les hauts cadres des ministères de l’intérieur et de la justice. La Délégation a en outre eu des entretiens avec, le Médiateur administratif, le président du Comité supérieur des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la Commission de droits et libertés et des relations extérieures de l’Assemblée des représentants du peuple, l’instance nationale de lutte contre la corruption, la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle. La Délégation a également eu des séances de travail avec les représentants du système des Nations Unies et les représentants du Comité international de la Croix Rouge et du Croissant Rouge (CICR). Elle s’est entretenue avec le Syndicat National des Journalistes tunisiens et les organisations de la société civile. Par manque de temps, la Délégation n’a pas pu visiter les prisons ni échanger avec certains acteurs. La Délégation note avec satisfaction, des nombreux développements positifs caractérisés par une volonté politique manifeste et un engagement réel en faveur de la promotion et la protection des droits de l’homme en Tunisie. Au titre des avancées, la Délégation constate entre autres, le renforcement progressif du cadre législatif et juridique relatif aux droits de l’homme en général, et de façon spécifique aux droits des femmes avec le renforcement de la parité hommes et femmes consacrée par l’article 46 de la Constitution de 2014, la protection de droits des seniors avec l’adoption prochaine d’un Code à cet effet; la réforme du système éducatif en vue de l’amélioration de la qualité de l’enseignement et la consécration de la liberté d’expression et d’opinion par la Constitution et dans les faits. 4
La Délégation se félicite de la volonté affichée du gouvernement dans l’amélioration de la vie de citoyens, par la mise en œuvre des programmes et politiques dans le domaine des droits de l’homme et particulièrement la réalisation des droits sociaux économiques. La Délégation note cependant, la faiblesse du budget dans certains domaines fondamentaux telles que la santé et l’éducation, la lenteur dans la mise en place des institutions et instances nationale telles que prévues par la Constitution de 2014, notamment la Cour Constitutionnelle ; les lenteurs constatées dans l’aboutissement de réformes législatives, le besoin de renforcement des capacités des ressources humaines dans tous les secteurs. La Commission encourage le Gouvernement tunisien à : ▪ ▪ ▪ Poursuivre les efforts entrepris et toutes les initiatives visant à une meilleure jouissance et à une protection effective des droits de l’homme dans le pays ; Accélérer l’adoption et la promulgation des projets de lois visant à renforcer la réalisation effective des droits humains au profit des populations en général et des couches vulnérables en particulier ; Consolider les acquis ainsi que les actions en cours dans le cadre de la mise en œuvre des droits sociaux économiques et culturels. La Délégation apprécie l’engagement du Gouvernement à respecter ses obligations dans la soumission de ses rapports périodiques, au titre de l’article 62 de la Charte africaine avec la présentation de ses rapports cumulées lors des prochaines sessions de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. La Délégation exprime sa gratitude au Gouvernement de la République tunisienne pour les facilités mises à sa disposition au cours de la mission, ainsi que pour le dialogue constructif engagé avec toutes les parties prenantes. Elle exprime, en particulier, sa profonde gratitude aux Ministères des affaires étrangères et celui chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’Homme qui ont assisté la Délégation tout au long de sa mission. 5
III. INTRODUCTION A. Composition de la Délégation 1. La délégation de la Commission était composée comme suit : • Commissaire Maya Sahli Fadel, Commissaire Rapporteur sur la situation des droits de l'homme en République de Tunisie et Rapporteure Spéciale sur les réfugies, les demandeurs d’asile, les déplacés internes et le migrant en Afrique ; • Commissaire Maria Teresa Manuela, Rapporteure Spéciale sur les prisons, les conditions de détentions et l’action policière ; • Commissaire Hatem Essaiem Commission résident et Président du Groupe de travail sur la Prévention de la Torture en Afrique • Ms. Estelle Nkounkou, Juriste, membre du Secrétariat de la Commission a apporté un soutien technique à la délégation pendant la mission. B. Termes de référence de la Mission 2. Les Termes de référence de la mission en Tunisie étaient les suivants : • Promouvoir la Charte africaine, Protocole à la Charte Africaine des droits de l'homme et des Peuples relatif aux droits de la Femme (protocole de Maputo) et tous les autres instruments juridiques régionaux et universels relatifs aux droits de l’homme ; • Renforcer les relations entre la Commission et la Tunisie dans le domaine de la promotion et de la protection des droits garantis par la Charte et les autres instruments juridiques nationaux, régionaux et universels pertinents ; • Engager le dialogue avec le Gouvernement de la Tunisie sur les mesures législatives et autres prises pour donner plein effet aux dispositions de la Charte Africaine, du Protocole de Maputo et des autres instruments régulièrement ratifiés; • S’enquérir de l’état de la mise en œuvre des décisions de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ; • Echanger les points de vue et partager les expériences avec le Gouvernement Tunisien, ainsi que les autres acteurs travaillant dans le domaine des droits de l'homme dans le pays, sur les stratégies d'amélioration de la jouissance de ces droits ; • Recueillir toutes informations pertinentes sur la situation des droits des femmes, des enfants, et également sur la situation des autres groupes vulnérables et relever les bonnes pratiques et les mesures d'action positive, et le cas échéant, les défis persistants. • Recueillir les informations sur les personnes âgées, et les personnes handicapées en Tunisie ; • Evaluer le niveau de jouissance des droits économiques, sociaux et culturels par tous les citoyens tunisiens et les mesures prises par le gouvernement pour la réalisation de ces droits ; • Recueillir les informations sur la situation des défenseurs des droits de l'homme en République Tunisienne et engager les diverses parties prenantes à comprendre les problèmes, qui entravent, le cas échéant, la jouissance effective de leurs droits; • Echanger et recueillir des informations sur le secteur des industries extractives (phosphate), et évaluer leur impact sur l’environnement et la vie des citoyens ; • Recueillir les informations relatives à la question du VIH/SIDA et s’enquérir des 6
• • • mesures et politiques mises en place par le Gouvernement pour la prévention et la lutte contre la pandémie, ainsi que la protection des droits des personnes vivant avec le virus, les personnes à risque, vulnérables, et affectées par la maladie ; Rencontrer tous les acteurs impliqués dans le domaine des droits de l’homme en vue d’échanger entre autres, sur leurs programmes, leur appréciation de la situation des droits de l’homme dans le pays ainsi que les difficultés rencontrées dans la conduite de leurs activités ; Visiter les prisons et les autres centres de détention afin de prendre connaissance des conditions de détention des personnes incarcérées ; Visiter des écoles et particulièrement des centres accueillant des personnes handicapées, C. Engagements antérieurs entre la Commission et la Tunisie 3. Cette mission était la première mission de promotion en Terre tunisienne, bien que la Tunisie ait déjà reçu une visite d’une Rapporteure Spéciale de la Commission (Rapporteure Spéciale sur les défenseurs des droits de l’homme en Afrique) en 2012, il s’agissait d’une visite thématique conjointe avec son homologue des Nations Unies dans le cadre de la feuille de route d’Addis Abeba. 4. Le Rapport périodique initial de la Tunisie, couvrait la période allant de 1990 à 1994 et avait été examiné lors de la 18ème Session ordinaire de la Commission, tenue en octobre 1995, et les Observations finales ont été adoptées à cette même session. La Tunisie a ensuite présenté ses 4eme au 9eme rapports périodique couvrant la période allant de 1995 à 2006 au cours de la 42ème Session ordinaire de la Commission en 2007. Depuis lors la Tunisie n’a plus présenté de rapports jusqu’à ce jour. 5. À ce jour, la Commission n’a été saisie que de deux affaires contre la Tunisie qui ont été finalisées, à savoir : ▪ Communication 69/92 Amnesty International c. Tunisie ▪ Communication 366/09 – Hammadi Kammoun c. Tunisie 6. Les deux affaires ont été déclarées irrecevable par la Commission. D. Profil du pays 7. La Tunisie est une République semi-présidentielle et monocamérale soumise à la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Elle est divisée en 24 gouvernorats qui portent le nom de leurs chefs-lieux à savoir de l'Ariana, de Béja, de Bizerte, de Gabès, de Jendouba, de Kairouan, de Kasserin, de Kébili, du Kef, de Mahdia, de la Manouba, de Médenine, de Monastir, de Nabeul, de Sfax, de Sidi Bouzid, de Siliana, de Sousse, de Tataouine, de Tozeur, de Tunis et de Zaghouan. A leur tête se trouvent des gouverneurs, nommés par le président de la République, qui sont les « dépositaires » de l’autorité de l’État. Trois institutions les aident à accomplir leurs missions : le conseil local de développement, le conseil rural et le comité de quartier. Aux côtés des gouverneurs se trouvent les Conseils régionaux qui sont chargés d’examiner « toutes les questions intéressant le gouvernorat dans les domaines économiques, sociaux et culturels ». 8. Ils donnent ainsi leur avis sur les programmes et projets que l’État envisage de réaliser dans leur gouvernorat respectif, arrêtent le budget des gouvernorats et les impôts 7
perçus au profit de la collectivité publique et établissent des relations de coopération avec des instances étrangères de niveau régional (après approbation du ministre de l’Intérieur). Les gouvernorats sont subdivisés en 264 délégations puis en 281 municipalités. La plus petite division administrative est le secteur ou imada, dont le nombre se monte à 2 073. 9. Pour ce qui est du système judiciaire, malgré son inscription dans la Constitution de 2014, la Cour Constitutionnelle n’a toujours pas été installé et la plus haute juridiction à ce jour demeure la Cour de Cassation ; ainsi le système juridictionnel tunisien se divise en deux à savoir les juridictions de l’ordre judiciaire et les juridictions de l’ordre administratif et système de la dualité de contentieux. 10. En ce qui concerne les juridictions de l’ordre judiciaire, la cour de cassation est le plus haute instance du système judiciaire tunisien. Elle reçoit des recours en matière civile et pénale. Viennent les Cours d’appel qui sont au nombre de dix (Cour d’appel de Tunis, de Nabeul, de Bizerte, de Kef, de Sousse, de Monastir, de Sfax, de Gafsa, de Gabès et de Médenine). Elles comprennent chacune plusieurs chambres : civile, commerciale, correctionnelle, criminelle et chambre d’accusation. Elles ont compétences à connaitre des appels en matière civile, pénale et administrative. 11. Il y a ensuite les Tribunaux de première instance qui comprennent plusieurs chambres : chambre de statut personnel, chambre commercial, chambre criminelle, chambre correctionnelle et une ou plusieurs chambres civiles. Il existe 27 tribunaux de première instance répartis sur les différentes circonscriptions des cours d’appel, leurs circonscriptions territoriales sont fixées par la limite territoriale de chaque gouvernorat ou par un ensemble de délégations lorsqu’il existe plus d’un tribunal dans le même gouvernorat. 12. La Tunisie possède également des Conseils des Prud’hommes qui sont compétents pour les litiges opposant les patrons à leurs employés, ouvriers ou apprentis à l’occasion de l’exécution du contrat de travail et ceci quel que soit le montant de la demande. Leurs décisions sont rendues à charge d’appel devant la cour d’appel. Nous avons enfin le Tribunal Cantonal, le Tribunal Commercial. 13. En ce qui concerne les juridictions de l’ordre administratif, elles sont prévues par la Constitution avec un conseil d’Etat qui comprend : le tribunal administratif et la Cour des comptes. 14. Concernant les textes non ratifiés par la Tunisie, la Convention pour la protection et l'assistance aux personnes déplacées en Afrique, le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des personnes âgées, le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des personnes handicapées ainsi que la Charte africaine sur les droits et le bien-être de l’enfant, (pour cette dernière Convention il a été indiqué au cours de la mission que cela avait été fait mais les documents n’ont toujours pas été déposés auprès de l’Union africaine). E. Méthodologie 8
15. Au cours de la mission, la délégation s’est entretenue avec divers acteurs étatiques et non étatiques (voir annexe 1) participant à la promotion et la protection des droits de l'homme et des peuples en Tunisie, notamment : - Le Ministère des Affaires étrangères ; Le Ministère de la Justice ; Le Ministère de l’Intérieur Le Ministère de la Santé ; Le Ministère de l’éducation ; Le Ministère des affaires sociales ; Le Ministère des droits de l’homme ; Le Ministère de la femme de l’enfance et des seniors ; Le Ministère des affaires religieuses ; Le Président de l’Assemblée Nationale La Commission des droits et des libertés de l’Assemblée Nationale ; La Haute Autorité indépendante de la Communication et de l’Audiovisuelle ; Le Comité Supérieur des droits de l’homme et des Libertés fondamentales ; Le Médiateur de la République ; Le Système des Nations Unies ; La Représentante du Bureau de liaison de l’Union africaine pour la Libye ; La Task force sur la Libye ; Le CICR La Ligue tunisienne des droits de l’homme ; Le Syndicats des journalistes tunisiens ; L’organisme de lutte contre la Corruption ; Les Représentants des Organisations de la société civile travaillant en Tunisie. 16. La délégation a terminé la mission par une conférence de presse. 17. La délégation n'a pas pu rendre une visite une prison ou d’autres structures étatiques. 18. Faute de temps, la délégation n'a pas pu rencontrer les représentants des partis politiques conformément à sa pratique. 9
IV. CONSTATATIONS 19. La mission a duré six (6) jours au cours desquels la Délégation s’est rendue à différents services dans la capitale Tunis. Au cours de la mission, la Délégation a eu l'occasion de rencontrer et d'interagir avec un échantillon représentatif d'acteurs concernés. 20. Les échanges que la Délégation a eu avec un large segment de parties prenantes lui ont permis d'obtenir des informations précieuses sur la situation des droits de l'homme dans le pays et qui constituent la base des observations présentées ci-dessous. 21. Depuis la révolution de 2011, la Tunisie a amorcé un processus de démocratisation unique dans la sous-région. Parmi les avancées notables, il faut mentionner la nouvelle constitution de 2014. Celle-ci protège les droits de l’homme dans son chapitre 2. Elle consolide en outre les acquis en matière d’égalité et de droits fondamentaux des femmes. Il y a également eu des nombreuses réformes, visant notamment à assurer la constitutionnalité des lois, la dépénalisation de l’homosexualité, la garantie de l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’héritage, l’abrogation des lois basées sur la « moralité » et l’abolition de la peine de mort ont été initiée. 22. Ces réformes ont été accompagnées par la mise en place de diverses institutions en vue de soutenir la nouvelle dynamique démocratique, telles que l’Instance vérité et dignité, l’Instance supérieure indépendante pour les élections, la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle, l’Instance nationale de lutte contre la corruption, l’Instance nationale pour la prévention de la torture et autres peines cruelles, inhumaines ou dégradantes, et le Conseil supérieur de la magistrature. 23. L’adoption de la nouvelle Constitution de 2014 a apporté d’importants changements visant à améliorer l’accès à la justice et l’indépendance du système judiciaire, conditions nécessaires à l’établissement d’une réelle démocratie et d’un État de droit. 24. Cependant, la lenteur de la mise en place de la Cour Constitutionnelle de même que d’autres institutions comme la Cour des comptes capitales à la bonne marche démocratique tempère toutes ces avancées. 25. La révolution a conduit à l’adoption de nombreuses lois de grande importance telles que la loi sur la déclaration de patrimoine adoptée en août 2018 qui représente une grande avancée en matière de lutte contre la corruption, la mise en place par le décretloi cadre n o 2011-120 du 14 novembre 2011, relatif à la lutte contre la corruption, de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, l’adoption du Code des collectivités locales qui a instaurer la décentralisation du pouvoir, qui était l’une des revendications de la révolution, et un important volet pour la démocratie participative. En effet, des élections présidentielle et législatives ont eu lieu en 2014. 26. Il y avait également des nombreux projets de loi en préparation, ou devant l’Assemblée nationale notamment celle relative à l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale1 qui devrait être la première loi du genre en Afrique du nord et dans le monde arabe. Le projet de loi prévoyait de pénaliser la discrimination raciale et donner le droit aux victimes de racisme de demander réparation pour des violences verbales ou des actes physiques de racisme. 1 Loi adoptée en Octobre 2018 10
27. Dans l'ensemble, la délégation a noté que des nombreux progrès ont été fait surtout sur le plan démocratique. Néanmoins, des nombreux défis subsistent et la pérennisation des acquis de la révolution ainsi que la consolidation démocratique dépendra des efforts de l’Etat pour relever ses défis. La Délégation se félicite de la reconnaissance par le Gouvernement tunisien des défis structurels et autres qui reste à relever ainsi que la nécessité de la mise ne place de toutes les institutions y compris la Cour Constitutionnelle pour assurer la pleine jouissance des droits garantis par la Charte africaine à tous les tunisiens. La Délégation salue également les mesures institutionnelles, législatives, réglementaires, politiques et budgétaires qui ont été adoptées pour renforcer la promotion et la protection de ces droits de l'homme et des peuples. 28. Sur la base des entretiens menés et des informations recueillies par la Délégation lors de ses échanges avec les différentes parties prenantes, les constatations de la Mission sont exposées ci-dessous, en tenant compte des Termes de référence de la mission. A. Administration de la Justice et Services correctionnels 1) Administration de la Justice 29. La Délégation a noté avec satisfaction une amélioration de la justice au niveau des textes à travers la nouvelle Constitution qui a donné une place centrale à la justice dans le cadre de la réforme de l’organisation judiciaire. En effet, elle a organisé la refondation de la justice en consacrant entre autres la fonction d’avocat comme étant libre et indépendante et participant à l’instauration de la justice et à la défense des droits et libertés, de même qu’elle proclame l’indépendance de l’appareil judiciaire à tous les niveaux, notamment administrative, financière et judiciaire. 30. Elle note également l’instauration d’un nouveau Conseil supérieur de la magistrature pierre angulaire de l’édification d’une justice indépendante. Cependant certains blocages existaient encore notamment en ce qui concerne l’élection d’un président permanent, l’adoption de son règlement intérieur, la mise en place de son appareil exécutif ainsi que le développement de manuels des procédures. 31. La nouvelle Constitution, a aussi contribué à d’autres évolutions positives en matière des droits de l’homme notamment à travers des garanties de non répétition, du fait du processus de justice transitionnelle en cours lors de la mission. En effet, l’une des finalités de la justice transitionnelle est de mettre en place des garanties de non répétition des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises dans le passé. Ceci passe notamment par la réforme des institutions qui ont commis les violations ou qui n’ont pas joué leur rôle institutionnel pour les empêcher de récidiver et ainsi s’assurer de mettre fin à l’impunité. 32. Au cours des échanges qu’elle a eu avec divers acteurs, la Délégation a appris que la Tunisie, avait entamé un processus de justice transitionnelle initié en 2011 et concrétisé par la mise en place d’une Commission de vérité, l’Instance vérité et dignité (IVD). C’est la première Commission de ce type au Moyen-Orient et en Afrique du Nord qui est dotée du pouvoir de saisir directement la justice, d’affaires relevant des droits humains. Elle avait a été créée en mai 2014, afin d’enquêter sur les violations passées, dans le cadre du processus de transition initié après la fin du régime de 11
l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali. Porteuse de beaucoup d’espoir dans un pays ou les membres des forces de sécurité accusés de violations des droits humains ne sont quasiment jamais poursuivis en justice ; elle avait pour mission de se pencher sur les violations commisses au cours de la période de 1955 à 2013, et de s’assurer que les auteurs rendent des comptes. Les violations concernaient les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires, les actes de torture, les morts des suites de torture, les recours excessifs à la force contre des manifestants pacifiques et les homicides de manifestants pacifiques durant le soulèvement de 2010-2011. 33. Cependant, bien que la Commission de vérité ait porté plusieurs affaires devant la justice suite aux enquêtes qu’elle a menées, très peu de procès avaient débuté devant les chambres criminelles spécialisées, dans le cadre de la justice transitionnelle. Eu égard aux divers défis auxquels se heurtait cette Commission, il était à craindre que les victimes et les témoins courent des risques de représailles si elles ne bénéficiaient pas d’une protection adéquate. La Délégation a été informée de la fin du mandat de la Commission ce qui suscitaient des inquiétudes quant à la mise en œuvre effective de ses recommandations et la poursuite des procès qu’elle avait initiés. 34. La Délégation a également été informée de l’existence d’un programme de réparations pour les victimes ainsi que des dispositions du Code pénal pour une meilleure administration de la justice y compris la dépénalisation des petits délits. Le suivi de l’application des peines, est fait par le Juge d’application des peines. 2) Prisons et Conditions de détention 35. La délégation a fait part de sa préoccupation concernant le taux élevé de la surpopulation carcérale, qui a des répercussions sur la sécurité, la santé des détenus et la gestion des prisons et qui entrave la réinsertion des détenus. A ce sujet elle été informée que la capacité d’accueil des établissements pénitentiaires est de 18.000 individus, et que la population carcérale était en diminution, cependant le fait que certaines anciennes infrastructures avaient été détruites, cela a entrainé une surpopulation artificielle 36. Elle a appris que des efforts étaient en cours pour réformer le cadre uridique sur les prisons et les conditions de détention, notamment par la réforme du Code pénal pour une meilleure administration de la justice et la dépénalisation des petits délits. En effet, bien que le recours aux alternatives à la détention existe en droit tunisien depuis 1999 à travers le travail d’intérêt général (TIG), en substitution à une peine de prison ferme d’une durée ne dépassant pas un an, il n’a jamais été réellement appliquer faute de moyen. En 2018, 12.639 personnes dans les prisons tunisiennes purgeaient des peines de moins d’un an de prison, soit 54,53% de la population carcérale totale2. La Délégation a été informée des efforts étaient en cours pour remédier à cela avec la mise en place opérationnelle de 6 bureaux de probation s’ajoutant à celui déjà existant à du projet pilote à Sousse mis en place avec l’appui du CICR depuis 2013. 37. La Délégation a également été informée que le Ministère de la Justice s’était engagé dans un processus de réforme en collaboration avec le système des Nations Unies, visant notamment à l’amélioration des valeurs éthiques et déontologique, le respect 2 https://www.asf.be/wp-content/uploads/2019/11/Policy-Brief-Lutter-contre-la-surpopulation-carc%C3%A9rale-en- Tunisie-1.pdf 12
des droits de l’homme en milieu carcéral et la communication interministérielles entre la justice et le milieu carcéral. 38. Le Ministère visait également l’amélioration des infrastructures et la formation des agents pénitentiaire, notamment sur la communication et le respect de la dignité et les droits de détenus. A ce sujet, la Délégation a été informée du Projet de développement d’une loi sur la torture en prison. Il existait déjà un Projet de sensibilisation des agents pénitentiaire sur la torture en collaboration avec l’OMCT. Les autorités ont admis des cas de torture dans les prisons mais ont indiqué que ceux-ci demeuraient minoritaires et que des sanctions avaient été prises à l’endroit des auteurs. 39. S’agissant des femmes détenues, la Délégation a été informée que leurs conditions dans les prisons étaient meilleures que celles des hommes quoiqu’elles aient moins d’opportunités en terme réinsertion au sein de la prison de femme. Il y avait juste une seule prison de femme, contre 5 prisons d’hommes ayant des sections pour femmes. En ce qui concerne la réinsertion, la stigmatisation des ex-détenus dans la société reste forte et l’impact socio-économique de l’incarcération alourdit le processus de réintégration de l’individu, jusqu’à le rendre quasiment impossible. Ceci était encore plus préjudiciable aux femmes qui doivent également faire face au poids de la tradition et de la culture. 40. La Délégation a appris qu’au moins 4 à 5 grâce présidentielles sont accordées au cours de l’année. Concernant la détention préventive une amélioration des conditions de la détention préventive était nécessaire ; car il y avait encore beaucoup à faire concernant le droit à un avocat, et la période des détentions préventive de certaines catégories de prisonniers comme les « salafistes » est assez longue de même que les procès. Il y avait cependant une volonté de mieux faire de la part des autorités qui étaient consciente des leurs responsabilités et recherchaient des solutions avec l’appui de divers partenaires. 41. Le Comité supérieure des droits de l’homme et des libertés fondamentales, d’effectuer des visites inopinées dans les prisons et des organisations de la société civile ayant signé des conventions avec le Ministère de la Justice pouvaient également visiter les prisons, mais il n’existe pas d’organe de contrôle indépendant pour les conditions de détention. 42. La Délégation a appris que les détenus bénéficiaient d’une visite médicale d’accueil lors de leur admission, le régime alimentaire des prisonniers est équilibré, les délinquants ayant des besoins médicaux certifiés bénéficient d'un régime spécial. Des formations professionnelles étaient proposées aux détenus au sein de la prison afin de préparer à leur réinsertion de même que des programmes d’alphabétisation et la possibilité de passer des examens d’Etats. Par ailleurs, le Ministère des affaires religieuses peut envoyer des prédicateurs en prison à la demande des prisonniers (toute religion confondue). B. Institutions pour la promotion et la protection des droits de l’homme 43. La Délégation s'est félicitée que toutes les Instances constitutionnelles indépendantes prévue par la Constitution en vue de compléter l’action des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire avaient été mise en place ou étaient en cours d’installation à l’exception 13
de la Cour Constitutionnelle dont la mise en place était encore incertaine constituait une préoccupation. 44. Elle a noté avec satisfaction que les instances prévues par la Constitution avaient divers objectifs dont le principal était d’œuvrer au renforcement de la démocratie avec le soutien de toutes les institutions de l’Etat (art. 125). Aucune disposition n’exclut le secteur de la sécurité de leur champ d’action. Ces instances sont obligatoirement consultées pour tout projet de loi en relation avec leur domaine de compétence respectif. Il s’agit notamment de : 45. L’Instance des droits de l’homme3, qui est chargée de veiller au respect des droits de l’homme et d’œuvrer à leur renforcement. A cette fin, elle peut formuler des propositions de développement du dispositif des droits de l’homme et enquêter sur les violations en vue de les résoudre ou de les transférer aux autorités compétentes. Toutefois, la Constitution ne précise pas comment l’Instance peut contraindre des parties tierces à coopérer avec elle dans le cadre de ses enquêtes, ni si ou comment elle est supposée appliquer ses conclusions d’enquêtes. 46. L’Instance de la communication audiovisuelle, cette instance est chargée de la régulation et du développement du secteur de la communication audiovisuelle. Elle doit garantir la liberté d’expression et d’information, ainsi qu’une information plurielle et honnête. Elle bénéficie de l’exercice d’un pouvoir réglementaire dans son domaine de compétences. 47. L’Instance de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption 4 qui assure le suivi de la mise en œuvre de ces politiques et promeut les principes de la bonne gouvernance, dont notamment la transparence, l’intégrité et la redevabilité. Ses pouvoirs lui permettent d’investiguer les cas de corruption dans les secteurs publics et privés et de soumettre les conclusions de ses enquêtes aux autorités compétentes. A titre consultatif, elle peut émettre des avis sur les projets de textes réglementaires généraux relatifs à son domaine de compétence. 48. L’Instance Vérité et Dignité créée par la loi organique précédemment citée, est chargée de réaliser ce processus conformément à la loi. Son mandat de quatre ans couvre l’investigation et la réparation des violations des droits de l’homme commises entre les mois de juillet 1955 au décembre 2013. Les travaux de l’Instance Vérité et Dignité ont débuté en janvier 2014. 49. A cela s’ajoute le Comité supérieure des droits de l’homme et des libertés fondamentales, qui existe depuis 1991 par Décret présidentiel qui nomme ses membres et avait pour charge de conseiller le président. La loi de 20085 à fait évoluer le Comité d’une instance de conseil auprès de la présidence a une institution plus ou moins autonome avec des nouvelles prérogatives comme le droit d’auto saisine, d’effectuer des visites inopinées dans les prisons et celui de soumettre des rapports auprès des instances des droits de l’homme internationale et régionale. Cependant, bien que la loi de 2008 respecte le principe des Paris et donne un nouveau statut. 3 En vertu de l’article 128 mis en place par la Loi organique n° 2018-51 du 29 octobre 2018, relatif à l'Instance des droits de l'Homme 4 Établie par l’article 130 5 Loi n° 2008-37 du 16 juin 2008 relative au Comité supérieur des droits de l'homme et des libertés fondamentales. 14
50. La Délégation s'est félicitée de cette nouvelle configuration en ce qui concerne les structures dédies à consolider la démocratie et les droits de l’homme. En effet dans ses échanges avec l’organisme en charge de la lutte contre la corruption, elle a été informée des efforts réalisés dans ce secteur, cependant, sur plus de 1000 plaintes reçues depuis 2016 par l’organisme de lutte contre la corruption, en 2017 seulement 246 dossiers avaient été transmis à la justice dont beaucoup de cas n’ont pas abouti. Cependant la volonté de mener à bien leur mission y est. La Délégation a cependant noté que le manque de moyens humains et financiers, peut s’avérer un frein à la mise en œuvre de cette mission. C. Droits économiques, sociaux et culturels 1) Chômage et pauvreté 51. La Délégation a noté que la transition économique se faisait encore attendre et cela constituait un handicap, quant à la transition culturelle qui était également nécessaire et essentielle. La délégation a été informée que la Tunisie aller se doter d’une réforme juridique concernant la pauvreté en vue de permettre une meilleure prise en charge. Cette réforme devrait être associé à l’actualisation du régime de la pauvreté ce qui était déjà fait à 50%. 52. Pour ce qui est de la sécurité sociale, la Délégation a été informée qu’elle couvrait près de 91% de la population et qu’il y avait également une caisse de retraite. La Délégation a appris l’existence de deux caisses de sécurité sociale, une publique et la seconde concernant le secteur informel. Cependant, il y avait un déficit de la caisse de sécurité sociale, en effet, le système étant basé sur la participation solidaire avec le vieillissement de la population ce système devenait difficile à maintenir. 53. La Délégation a appris avec satisfaction l’existence d’une Convention avec le ministère de la femme pour l’autonomisation de la femme rurale et leur organisation pour l’accès à la caisse de sécurité sociale (50 milles à 60 milles femmes étaient concernées à cette époque) l’objectif étaient d’atteindre 500 milles). Par ailleurs, la Délégation a été informée de la prise en charge par l’Etat de la totalité des familles nécessiteuses à hauteur de 90 dinars donnant un accès gratuit aux soins et une prise en charge des enfants pour la scolarité à hauteur de 3 enfants par famille. 2) Droit à l’éducation 54. La Délégation a appris avec satisfaction que le Système éducatif était très performant et permettait une ascension sociale et il y avait un équilibre entre l’éducation et le marché du travail., La scolarisation était obligatoire. Avant 2011, il y avait eu une scolarisation massive au détriment de la qualité ce qui a crée un problème au niveau des exigences de la qualité de l’enseignement. Ceci a été caché par la présence des collèges et lycées pilotes. Alors qu’en réalité, il y a eu un vrai recul de la qualité de l’enseignement (massification, introduction de l’arabe). 55. L’amnistie générale a laissé entrer beaucoup de gens sans expérience dans le système éducatif. L’enseignement privée n’est plus aussi contrôlé et s’est transformé en un fonds de commerce. Ce qui a fait considérablement baisée le niveau. Ceci est la conséquence des syndicats qui se sont plus focaliser sur les droits des travailleurs au détriment de ceux des élèves. Ainsi il n’y a pas eu d’évaluation jusqu’au BAC, il n’y a 15
pas d’examens de Brevet ou de BEPC. L’année 2017 a été particulièrement catastrophique concernant les résultats du BAC parce que des mesures avaient été prises pour mettre fin à la complaisance. 56. La Délégation a été informée que le Ministère avait prévue d’instaurer un meilleur encadrement des cours particuliers en revoyant la loi afin de permettre aux inspecteurs de faire des contrôles dans ce secteur. Par ailleurs, un cahier de charge plus stricte doit être mis en place avec une homologation du programme par le ministère, afin de réorganiser le secteur privé et il est prévu d’interdire aux enseignements du public de travailler en même temps dans le privé. 57. L’un des plus grands défis et l’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement, la Délégation a été informée que cela avait déjà commencé au primaire et se faisait progressivement pour les autres niveaux d’enseignements. Le but ultime est de réduire l’utilisation du livre en passant par la numérisation. 58. Ainsi, l’enregistrement à distance des élèves a connu un grand succès, 96% s’est fait par ce biais et 600 milles élèves ont reçu leur emploi du temps via internet et tout le secondaire était concerné en 2010 et cela sera étendu à tout le système. La Délégation s’est félicité d’apprendre la création d’un groupe de psychologue scolaire qui accompagne les enfants et les familles d’enfants ayant des besoins spéciaux. Par ailleurs des instructions avaient été données par le ministère pour que les enfants refugiés même sans aucun papier d’identité puissent intégrer le système scolaire sans discrimination. 59. Un programme dit « école de la deuxième chance » pour les enfants décrocheurs a également été mis en place, c’est un espace de vie, de culture, de sport et d’enseignements professionnelle, en vue de permettre aux enfants de reprendre progressivement attache avec l’école ou de se diriger vers des formations professionnelles. A cet effet un projet de constructions de 4 écoles était prévu, la première école de ce genre devrait entrée en fonction en 2019. 60. Les défis demeurent cependant, comme la nécessité de revoir la formation des enseignants, la mise en place de la formation initiale des enseignants en identifiant très tôt ceux ayant la vocation afin de bien les encadrer en ce sens. 61. Il y a également eu l’allégement du programme et des heures de cours et un passage progressif à la semaine de 5 jours de l’existence d’un programme national d’alphabétisation et un programme spécial pour les détenus et pour les mineurs en centre de rééducation les principaux défis qui assaillent le secteur de l'éducation, puisque seulement. 3) Droit au logement 62. La Délégation a noté avec satisfaction que la question du logement était prise en charge par le Gouvernement par le biais du ministère des affaires sociales En effet, à travers le programme spécifique du logement social, l’action publique, a contribué à un meilleur accès au logement social, notamment pour les populations démunies. Ainsi, l’État avait lancé une opération d’envergure visant à offrir 30000 logements sociaux sur les deux années 2012 et 2013 après la révolution et face aux nouvelles revendications du peuple après la révolution. Cette opération traduisait l’engagement 16
de l’Etat ainsi que la prise de conscience de l’importance de la question du logement social. Cependant, les critères d'éligibilité à ces logements avaient plus tendances à favorisés les personnes de classes moyennes plutôt que ceux n’ayant pas les moyens de s’offrir un logement décent ce qui mettaient à mal l’objective du logement social qui à pour vocation à fournir des logements à prix abordables aux personnes à revenus très bas. 63. La Délégation a appris que le programme était financé à partir des ressources affectées au budget de l’État, des montants provenant de la restitution du crédit, et des toutes autres ressources pouvant lui être affectées. Elle avait regretté, que la mise en œuvre de ce programme restait tributaire des aides et des dons des différents partenaires et notamment des institutions financières internationales et des pays riches ce qui rendant sa pérennisation incertaine. Par ailleurs, la Délégation était préoccupée que malgré ces efforts, l’offre demeurait toujours en deçà de la demande. 64. La Délégation a également noté que la question du logement social constituait un défi pour le maintien de la paix sociale. En effet, les différentes politiques de développement adoptées ayant souvent privilégier les couches solvables tout en ignorant la demande des couches populaires non solvables elles ont émergé des dysfonctionnements urbains dans les villes tunisiennes. Ainsi, l’insuffisance de logement sociaux a favorisé la prolifération de l’habitat spontané, la montée de la pauvreté et l’accentuation des phénomènes de ségrégation socio-spatiale. Ceci également imposé de nouveaux défis pour la planification urbaine. 4) Droit à la santé et accès aux soins de santé / VIH SIDA 65. En Tunisie, la santé est un droit humain ainsi, l’Etat à l’obligation de dispenser des soins préventifs et curatifs ; Il pourvoit également à la couverture santé universelle, particulièrement des personnes ayant des faibles revenus. La Délégation a salué les efforts déployés pour assurer l’accès aux soins à tous, garanti par le biais d’une carte qui permet l’accès à un hôpital et à la pharmacie. En effet, la politique en vigueur encourageait la gratuité des soins, notamment pour les chômeurs, les personnes âgées et les populations les plus démunies. Le gouvernement a institué des zones prioritaires, dont 3 bénéficient d’un bonus très important. Par ailleurs, 2/3 des services de santé sont gratuits et le 1/3 restant à tarif réduit. 66. Cependant, les inégalités dans les déterminants sociaux de la santé, telle que la pauvreté, le chômage, l’analphabétisme, les logements insalubres, le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement posent des grands défis à la mise en œuvre effective de la politique de santé de l’Etat. Ainsi, malgré l’importance de l’offre territoriale de soins, dans plusieurs régions, les personnes étaient confrontées à des difficultés pour trouver la structure de soins de proximité pouvant prendre en charge leurs problèmes de santé. 67. La Délégation a été interpellée par la question de l’accès aux médicaments essentiels, avec une pénurie chronique et de ruptures de stock de médicaments à tous les niveaux. La Délégation est également préoccupée par les grandes insuffisances qui affectaient la qualité des soins dispensés aux patients, notamment dans le service public et le niveau élevé des taux des infections associées aux soins. A cela s’ajoute la surmédicalisation et les actes médicaux non justifiés dans le secteur privé, particulièrement lorsque ceux-ci sont prises en charge par l’assurance maladie. 17
68. La Délégation a appris que le Ministère de la santé avait changé de dénomination afin de pouvoir inclure le contrôle de toute système de santé y compris public et informelle afin de réguler ces dérives. Par ailleurs le budget consacré à la santé qui n’est que de 7% est loin d’atteindre les 15% recommandé par la Déclaration d’Abuja, et mériterait d’être renforcer afin de répondre adéquatement aux besoins de santé de la population. 69. La Délégation à pris note des efforts entrepris dans l’amélioration de l’administration des soins aux prisonniers avec des projets de création d’unité de soin mieux équipés au sein de la prison. Elle a également été informée que des médecins faisaient montre d’une belle éthique et du respect du droit à la dignité en refusant notamment de soigner des patients menottés ou en présence des gardiens. 70. La délégation a pris note de l’existence d’une Stratégie nationale de riposte contre le VIHA -Sida couvrant la période de 2015 à 2018. Il y avait en Tunisie près de 2700 personnes vivant avec le VIH/ SIDA dont 156 nouveaux cas. 5) Doits en matière de travail 71. La Délégation a appris que le gouvernement Tunisien faisait face à des défis en termes d’emplois. Notamment en ce qui concernait le chômage des jeunes diplômés de l’enseignent supérieur. Le taux d’activité et la disparité régionale était exacerbée par l’inadéquation entre l’offre et la demande, le travail précaire et vulnérable. Le taux de chômage en 2018 était de 15.4% ce qui représentant 15.3% de la population active. Environ 12.4% de ces chômeurs étaient des hommes et 22.6% des femmes. 6 Le chômage touchaient plus les femmes que les hommes et la tranche d’âge la plus vulnérable était celle des jeunes âgés de 15 à 35 ans. 72. Les secteurs qui employaient le plus les services avec 1 817 000 emplois, Industries manufacturières (636000 emplois), Industries non manufacturières (519100 emplois) l’agriculture et la pêche (513 200 emplois) et les activités Non déclarés (6600)7 73. La Délégation est préoccupée par la participation économique des femmes qui restait très faible. Les femmes se heurtaient toujours à la discrimination et aux obstacles lorsqu’elles tentaient d’entrer dans le monde des affaires. Néanmoins, il y avait des évolutions positives puisque 2.8% de la population féminine en emploi étaient des femmes chefs d’entreprises. 74. Ainsi, la plupart des personnes n’ayant pas accès à un emploi public et qui ne possédaient pas les compétences demandées par le secteur privé formel n’avaient d’autre choix que de se lancer dans une activité informelle. Plus d’un tiers de la maind’œuvre travaillait sans la sécurité d’un contrat en bonne et due forme ou sans la perspective d’une pension de retraite, notamment parce que le système de protection sociale et le droit du travail favorisent l’emploi dans le secteur public. Les secteurs qui employaient le plus étaient les services (de tout genre) avec 1817000 emplois, les industries manufacturières (636000 emplois), les industries non manufacturières 6 http://www.iace.tn/wp-content/uploads/2019/03/Rapport-National-sur-lEmploi-2018.pdf 7 http://www.iace.tn/wp-content/uploads/2019/03/Rapport-National-sur-lEmploi-2018.pdf 18
(519100 emplois) l’agriculture et la pêche (513200 emplois) et les activités Non déclarés (6600)8 . 75. La Délégation a appris que la plupart des personnes n’ayant pas accès à un emploi public et qui ne possédaient pas les compétences demandées par le secteur privé formel n’avaient d’autre choix que de se lancer dans une activité informelle. Plus d’un tiers de la main-d’œuvre travaillait sans la sécurité d’un contrat en bonne et due forme ou sans la perspective d’une pension de retraite, notamment parce que le système de protection sociale et le droit du travail favorisent beaucoup plus l’emploi dans le secteur public que dans le privé ou l’informel. 76. La Délégation a aussi noté qu’ils existaient des nombreux défis en termes d’emplois, particulièrement en ce qui concernait le chômage des jeunes notamment ceux diplômés de l’enseignent supérieur. Le taux d’activité et la disparité régionale étaient exacerbés par l’inadéquation entre l’offre et la demande, le travail précaire et vulnérable. Le taux de chômage en 2018 était de 15.4% ce qui représentant 15.3% de la population active. Environ 12.4% de ces chômeurs étaient des hommes et 22.6% des femmes.9 e chômage touchaient plus les femmes que les hommes. La tranche d’âge la plus vulnérable était celle des jeunes âgés de 15 à 35 ans. 77. Bien que la Tunisie possède un bon cadre législatif en ce qui concernent l’organisation du travail (congés payés, congés maladie, congés de maternité, l'âge minimum et la protection des jeunes travailleurs, le salaire minimum et les fixations sectorielles, ainsi que l'interdiction des pratiques de travail déloyales et la possibilité de recours en cas de violation des dispositions règlementaires en vigueur. Bien que l’égalité des salaires entres les hommes et les femmes est garantie par la Constitution de 2014 et que la conduite de diverses réformes d’ordre juridique et institutionnelles soient en cours, beaucoup reste encore à faire pour atteindre l’objectif escompté. D. Accès à l’information 78. La Délégation a reçu des informations concernant l’état de liberté de la presse, qui était assez bonne avec l’existence d’un projet pour l’adoption d’une Charte qui définit les droits et les devoirs ainsi que les règles à suivre dans la collecte des informations y compris les précautions à prendre. La mise en place de la Haute autorité indépendante de la communication et de l’audiovisuelle (HAICA) crée en 2013 a aidé à renforcer cet état de fait. Lors de ses échanges avec les membres de cette instance ces derniers ont insisté sur l’importance de préserver l’indépendance acquise et ont reconnu que le soutien de la société civile était très important à ce sujet. La Tunisie possède une diversité de chaines de télévision et de groupe de presse, tant privé que publique. Il y avait 34 chaines privées qui avaient été lancée juste après la révolution de 2011. 79. Lors de sa rencontre avec les membres du Syndicat des journalistes ces derniers ont indiqué à la Délégation qu’ils travaillaient pour avoir des lois qui garantiront solidement la liberté de la presse, car il y a des velléités d’acteurs politiques qui veulent la limiter, lorsqu’il sur les questions de corruption. Ils ont également indiquer que les syndicats des forces de l’ordre demandaient l’adoption d’un projet de loi qui engloberait des 8 http://www.iace.tn/wp-content/uploads/2019/03/Rapport-National-sur-lEmploi-2018.pdf 9 http://www.iace.tn/wp-content/uploads/2019/03/Rapport-National-sur-lEmploi-2018.pdf 19
dispositions qui pourraient criminaliser le fait de critiquer les forces de sécurité, y compris en cas d’atteintes aux droits humains. 80. Il y a également un problème d’organisation de la communication audiovisuelle. Les problèmes de formations des journalistes sur la profession, l’éthique et aussi sur les droits de humains qui représentaient des défis majeurs. 81. Selon le Décret-loi n° 2011-115 du 2 novembre 2011, relatif à la liberté de la presse, l'imprimerie et l'édition ; la diffamation était toujours pénalisée, par des amendes mais pas de privation de liberté. Cela devrait être changé afin d’être conforme à la Constitution de 2014.Concernant le droit à l’information l’Etat devrait faire plus de sensibilisation sur cette question et changer les mentalités concernant l’accès à l’information. En effet, malgré le fait que la Tunisie possède l’une des meilleures lois au monde en termes d’accès à l’information, sa mise en œuvre est controversée surtout avec la résurgence des vielles pratiques, dont la société civile dénonce régulièrement les dérives. Il y a eu des attaques contre les journalistes souvent par les policiers surtout durant les manifestations. Des plaintes sont déposées mais elles restent souvent sans suite. La Délégation a été informée que les sources des journalistes étaient protégées par un Décret mais la loi antiterroriste y introduisait une exception. 82. Les instances provisoires du Conseil de la presse préparait une Charte de la presse visant à l’autorégulation de la presse (mise en place d’un Conseil de déontologie, un Conseil de la presse). La Délégation a appris qu’il y avait une crise de la presse écrite notamment privée qui est mise à mal avec l’avènement en force de l’audiovisuelle et de la presse électronique. Il y avait eu 2 journaux étatiques, 2 journaux privés qui avaient été confisqués et 8 autres journaux privés qui avaient fait l’objet de fermeture. E. Droits de la femme 83. La Délégation a noté avec satisfaction que la Tunisie préserve un statut unique de la femme dans le monde arabe. Depuis l’indépendance, le décideur politique s’est orienté vers plus d’égalité entre les hommes et les femmes dans l’éducation, la santé et l’accès à l’emploi. Les femmes ont un taux d’alphabétisation de 72%, et occupent 36% des sièges parlementaires. Ainsi, la situation générale des droits de la femme en Tunisie était assez satisfaisante en général même si beaucoup restait à faire. 84. La Délégation a été particulièrement ravie d’apprendre l’adoption d’une loi contre la violence faite aux femmes au cours de l’année 201710 . Celle-ci a été traduite en français, en arabe, en anglais et en braille, car 4 femmes sur 5 non-voyantes subissent des violences. 85. La Délégation a également appris l’existence des mécanismes comme la ligne verte qui a été mise en place pour assister les femmes victimes de violences. La ligne verte avait enregistré un peu plus de 40 milles appels en 1 an et demi. Des refuges et des centres d’accueil pour les femmes victimes de violences avaient également été mise en place de même que des centres de formation qui s’occupent également de la réhabilitation psychologique du couple, ainsi que celles des enfants. 10 Loi organique n° 2017-58 du 11 août 2017, relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes. 20
86. La Délégation a été informée de la signature de 5 protocoles avec différents ministères en vue de la protection des droits de la femme, il s’agit des ministères de la Justice, de la Santé, des Affaires sociales, de l’Intérieur et de l’Education. Le ministère de l’Intérieur a créé 128 postes à travers le pays pour accueillir les femmes en besoin. Le ministère des affaires social s’occupe du problème de logement et de l’accueil. La loi prévoit également la création d’un observatoire sur les droits de la femme, mais il n’est pas encore en place, par manque de moyens. Cependant il y avait une unité au sein du ministère de la femme qui jouait ce rôle en attendant sa mise en place. 87. La Délégation a appris que l’année 2017 a connu un tournant décisif pour les femmes rurales avec l’adoption d’une loi sur les droits des femmes rurales, elle porte sur trois axes principaux dont l’un porte sur la sécurité sociale. Il y a 500 milles femmes rurales font bénéficier de ce projet. L’amélioration du transport des femmes en milieu rural pour leur sécurité, l’accès à l’éducation, ainsi qu’un plan d’action pour la mise en œuvre de cette loi. Il y a également eu des formations des femmes rurales et mise en place d’une ligne spécifiques de crédit par le gouvernement pour les soutenir. L’Etat à renforcer l’autonomisation des femmes à travers des systèmes de crédits, il y a eu 3000 femmes qui ont déjà bénéficier de ces crédits. 88. Il y a eu la création du Conseil de Paix présidé par le Chef du Gouvernement avec le ministre de la femme comme vice-présidente et d’autres ministère ainsi que d’autres ministres et secrétaires généraux. Il y a également eu la mise en place d’une stratégie nationale pour l’égalité femme et hommes pour assurer la parité. La création d’un Prix pour encourager les uns et les autres à la parité dans les instances de prise de décisions. Un plan d’action pour la mise en œuvre de la Résolution 1325 des Nations unies a également été adopté. 89. Le ministère de la femme a travaillé étroitement avec le Ministère de l’éducation, pour mettre en place un plan d’action pour la mise en œuvre de la Convention sur les violences sexuelles faites aux enfants. D’autres actions sont menées avec les affaires religieuses. La prise en charge des mètres et pères célibataires, notamment en ce qui concerne la discrimination envers les mères célibataires et un changement de lexique qui a beaucoup de préjugés. 90. Concernant les seniors il y a 12 centres d’hébergements pour les personnes âgées. La Tunisie est le premier pays au monde à avoir adopté un Code pour la protection des seniors, le ministère de l’Intérieur avait créé 128 postes à travers le pays pour accueillir les femmes âgées en besoin et un autre pour la protection des enfants. F. Droits des personnes handicapées 91. La Délégation a été informée que les droits fondamentaux des personnes en situation de handicap ne sont pas totalement respectés, en termes de participation à la vie publique, d’accès aux services et aux droits. Les personnes en situation d’handicap n’ont pas toujours la possibilité de mener une vie affective, de vivre pleinement leur sexualité, de fonder une famille, d’avoir accès à une éducation de qualité et à un emploi décent car trop de barrières persistent encore, notamment en ce qui concerne le regard sociétal sur le handicap. 21
92. La Délégation a appris qu’il existe 336 écoles intégrées qui accueillent 1 496 élèves en situation d’handicap (ESH) et plus de 200 classes préparatoires sont ouvertes aux ESH dans les écoles, et 40 collèges accueillent des enfants handicapés avec 170 élèves inscrits. Cependant, un grand nombre d’enfants ESH continue à être exclus du système scolaire ou sont sans solution éducative adaptée. Ceci à un impact certains sur l’évolution de ses enfants et sur les adultes en devenir qu’ils sont. En effet, en ne recevant pas les mêmes possibilités d’accès à l’école, ces enfants ne peuvent jouir pleinement de leurs droits, mener une vie équilibrée et jouer un rôle important au sein de la société. L’éducation étant la voie d’accès à une participation pleine et entière de chacun dans la société. Elle revêt une importance particulière pour les enfants en situation de handicap qui souffrent souvent d’exclusion sociale et d’exposition accrue au risque de pauvreté une situation qui perdure à l’âge adulte. 93. Concernant la participation à la vie politique par les personnes porteuses d’handicap, celle-ci reste faible, même si lors des élections du 23 octobre 2011, certains ont pu, en dépit de nombreuses lacunes et difficultés, exercer librement leur droit de vote. 94. La Délégation a également noté que la Tunisie possède une loi sur les droits des personnes en situation d’handicap11 qui prévoit diverses mesures de discriminations positives, visant à favoriser le recrutement de personnes porteuses de handicap. Aux termes de cette loi, 1% au moins des recrutements annuels dans la fonction publique, est à attribuer par priorité aux candidats parmi les personnes handicapées qui remplissent les conditions requises et qui jouissent des aptitudes pour accomplir le travail demandé. La même loi impose également à toute entreprise publique ou privée de 100 travailleurs ou plus de réserver 1% des postes de travail à des personnes handicapées ; cette obligation est assortie d'exonérations sociales. 95. Par ailleurs, depuis les années 1970, la vision et l'approche du handicap ont changé, des droits ont été obtenus, la qualité des services alloués s'est améliorée, ceci grâce au plaidoyer menées par les personnes handicapées qui se sont organisées elles-mêmes et se sont engagées dans un travail de lobbying auprès des organisations internationales (ONU, OMS), qui leur a permis d’être systématiquement consultées lorsque des textes législatifs sont discutés. G. Demandeurs d’asile et Migrants 96. La Délégation a appris que la protection des droits des migrants étrangers et des demandeurs d’asile constitue l’un des objectifs stratégiques de la gestion de la migration inscrits dans la Stratégie nationale de l’immigration 2016-2020. Pour autant, il n’existe aucune définition du concept de « migrant » dans le droit tunisien, qui ne reconnaît d’ailleurs pas un statut juridique au migrant et ne prévoit pas spécifiquement la protection des droits des migrants. Par ailleurs, l’absence du droit d’asile représente également un problème, en effet, la ratification de la Convention de Genève sur l’asile (1951) par la Tunisie n’a en effet pas été suivie par sa transcription dans le droit interne. Le droit d’asile n’est de ce ne fait pas reconnu, ni dans la législation, ni dans la pratique de l’État tunisien. 11 Loi d'orientation n° 2005-83 a prévu un ensemble de mesures de discriminations positives, visant à favoriser le recrutement de personnes porteuses de handicap. 22
97. La Délégation a noté les restrictions contenues dans la législation du travail qui est très défavorable à l’emploi des étrangers car elle ne prévoit pas de mesures claires pour la protection du travailleur migrant surtout le travailleur domestique qui souvent se retrouve dans des situations de vulnérabilité insoutenable sans aucun recours possible. 98. La Délégation s’est dit préoccupée par l’augmentation exponentielle du nombre de migrant en Tunisie, dans un contexte économique qui peinait à se stabiliser et la non préparation de l’Etat tunisien à faire face à ce déferlement d’étrangers sur son territoire. En effet, la révolution de janvier 2011 et les bouleversements régionaux notamment la situation en Libye, ont impacté considérablement le profil migratoire de la Tunisie. De pays d'origine, la Tunisie est devenue un pays de transit et d'accueil de main d'œuvre migrante et de migrants soit en situation de transit vers l'Europe ou désirant s'installer en Tunisie. 99. Il devenait donc impératif pour l’Etat d’adapter sa législation nationale afin qu’elle réponde plus adéquatement aux nouveaux défis que représentait la protection des migrants et des demandeurs d’asile. Ainsi au-delà de la protection générale des migrants, celle des travailleurs migrants était plus que nécessaire, afin de vaincre la précarité et la vulnérabilité dans laquelle ils vivaient et contrer les multiples pratiques abusives de la part de recruteurs. 100. La Délégation a également pris note avec satisfaction de l’existence d’une législation sur la question de l’identification des dépouilles mortelles des migrants disparus qui même si elle n’est pas mise en œuvre, a le mérite d’exister. Il faut cependant souligner que quelques villes respectent la législation et enterrent les morts de manière décente et même dans les cimetières musulmans. V. RECOMMANDATIONS 101. Les sujets de préoccupation susmentionnés sont une indication que la Tunisie reste confrontée à un certain nombre de défis dans la promotion et la protection des droits de l’homme dans le pays. Les présentes recommandations tiennent compte du fait qu'en tant qu’État partie à la Charte africaine et à d’autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, la Tunisie a l’obligation de respecter et de mettre en œuvre ces instruments. C’est sur cette base que ces recommandations sont formulées, en prenant également en considération certains des engagements pris par différents acteurs concernés lors de la mission. 102. A la lumière des constatations de la délégation, la Commission invite le Gouvernement Tunisien à adopter les recommandations suivantes, afin de garantir la promotion et la protection des droits de l'homme : A. Généralités • • Restructurer et améliorer ses capacités à mettre en œuvre ses lois et ses politiques, notamment en renforçant les mesures de responsabilisation et de gouvernance, y compris en s'attaquant à la corruption généralisée ; Entreprendre une vaste réforme législative afin d'harmoniser les lois établissant 23
• des normes divergentes qui sont source d’incertitude et entravent l’exercice des droits humains ; Ratifier et transposer en droit interne les traités susceptibles d'améliorer la jouissance des droits de l'homme, notamment Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, la Convention de l’union africaine sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique (convention de Kampala), le Protocole au traité instituant la communauté économique africaine, relatif a la libre circulation des personnes, au droit de résidence et au droit d’établissement, Protocole a la charte africaine des droits de l’homme et des peuples sur les droits des personnes handicapées en Afrique, le deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques visant à abolir la peine de mort ainsi que la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille B. Administration de la Justice et Services correctionnels • • • • • • • Aborder les défis liés à l'administration de la justice pour s’y attaquer efficacement ; S’attaquer au problème de la surpopulation carcérale en réduisant les périodes de détention provisoire et en construisant d’autres établissements, si nécessaire ; S’assurer de l’élargissement des types et du champ d’application des alternatives aux poursuites pénales, aux délits ne causant pas de préjudice pour l’intérêt général Mettre en place des alternatives à la détention préventive telles que la libération sous caution ou la surveillance électronique Mettre en œuvre les moyens matériels et humains réduisant la durée du procès pénal et notamment de l’attente avant jugement. Prendre des mesures concrètes pour mettre en œuvre les recommandations de la commission vérité et s’assurer de la protection des victimes et des témoins Accélérer l’adoption par le Conseil des Ministres du nouveau code de procédure pénale tel qu’élaboré par la commission de révision du code de procédure pénale mise en place par le ministère de la Justice en 2014. C. Institutions pour la promotion et la protection des droits de l’homme • • Veiller à ce que toutes les institutions créées par la Constitution y compris la Cour Constitutionnelle soient effectivement mis en place et les doter de ressources financières et humaines suffisantes et bénéficient de la pleine collaboration du Gouvernement pour accomplir leurs mandats ; Prendre les mesures nécessaires pour renforcer le Comité supérieure des droits de l’homme et des libertés fondamentales, en s’assurant de l’aligner aux Principes de Paris et en faire une vraie institution nationale des droits de l’homme ; D. Droits socio-économiques • Poursuivre les efforts entamer pour l’autonomisation des femmes rurales et étendant les programmes d’accompagnements dans d’autres secteurs d’activités ; 24
• • • • • • • • • • • • Améliorer les stratégies concernant l'emploi des jeunes, le développement des compétences et élaborer des stratégies durables destinées à favoriser l'accès à l'enseignement supérieur pour tous ceux qui en remplissent les conditions ; Lancer un processus multisectoriel auquel participeront les secteurs publics concernés, les entreprises, les entrepreneurs, les collectivités locales et les acteurs du développement pour une mise en œuvre complète et ciblée des politiques et mesures existantes en matière de lutte contre le chômage et les inégalités en Tunisie ; Harmoniser les formations dispensées et les besoins du marché de travail avec les technologies en constante évolutions ; Poursuivre les réformes engagées pour rehausser le niveau de l’éducation y compris un contrôle plus strict des écoles privées et poursuivre l’expérience de l’école de la seconde chance ; Renforcer la formation initiale pour les formateurs afin de les préparer à l’exercice de la profession enseignant ; Remédier au déséquilibre dans l'accès au logement en veillant à ce que les populations aient accès à des logements à bas prix, en particulier les groupes vulnérables tels que les personnes âgées, les personnes handicapées et les enfants ; Prendre des mesures nécessaires pour se conformer aux exigences de la Déclaration d’Abuja qui requièrent qu’au moins 15% du budget national soit consacré à la santé ; S’assurer de la mise en œuvre effective des dispositions du Code des Seniors. Prendre des mesures urgentes et adopter une approche multisectorielle qui permettent de combler le fossé entre les normes de travail en vigueur dans le pays et la réalité de la majorité des travailleurs sud-africains ; Renforcer les capacités des services compétents pour garantir une supervision et une application effectives des normes de travail applicables ; Prendre des mesures ciblées pour permettre la promotion des conditions de travail des travailleurs migrants en leur octroyant notamment des protections dès lors qu’ils ont un travail renouveler Exiger des employeurs de leur donner des contrats en bonne et due forme E. Accès à l’information • • • Protéger la liberté d’expression et l’accès à l’information en s’assurant que les dois adoptées dans ce domaine soient conformes aux normes internationales et régionales établies y compris les Déclaration de principes sur la liberté d’expression et l’accès à l’information en Afrique 2019 de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples Poursuivre les formations des journalistes de concert avec le Syndicat des journalistes, la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle sur les droits, devoirs et le respect de la déontologie ; Renforcer la protection des journalistes particulièrement contre les représailles des forces de l’ordre. F. Droits des femmes • Engager les groupes de femmes et autres qui travaillent sur l'égalité des sexes et 25
• • la justice en Tunisie, notamment en organisant régulièrement des sommets sur l'égalité des sexes, et élaborer une stratégie nationale globale pour prendre en compte les dimensions sociales, culturelles et économiques des violences sexuelles, sexistes et domestiques et garantir une assistance et des mesures de réparation efficaces aux personnes touchées par ce phénomène ; Veiller à ce que le budget national soit ventilé par sexe et à ce que les services destinés aux femmes, et en particulier à celles qui sont touchées par les violences sexuelles, sexistes et domestiques, soient dotés de moyens financiers suffisants, y compris les centres à guichet unique victimes de violences basées sur le genre, les tribunaux chargés des délits sexuels et les refuges pour femmes ; Adopter une loi sur les quotas concernant la représentation des femmes en politique ; G. Droits des personnes handicapées • • • • • • Allouer des ressources adéquates aux programmes visant l’inclusion des personnes handicapées ; Veiller à ce que tous les lieux publics soient équipés de manière à améliorer le confort des personnes handicapées et à ce qu’ils leur soient accessibles ; S’assure de l’inclusion des personnes handicapées dans les processus de prise de décisions ; Renforcer la protection des femmes handicapées contre les violences par des campagnes de sensibilisations du public ; Mettre en place des programmes d’autonomisation des personnes handicapées particulièrement les femmes handicapées. Sensibiliser les citoyens aux droits des personnes handicapées, y compris la nécessité de plus d’inclusion tant au niveau éducatif que dans l’accessibilité aux bâtiments publics, transport et aux logements adaptés ; H. Demandeurs d’asile et migrants • • • Mettre en place des stratégies et politiques sur la question des migrants. Adopter une loi sur le droit d’asile ; Revoir la législation sur le travail des migrants pour mieux l’encadrer et permettre une meilleure protection. 26
ANNEXES ANNEXE I: Liste des personnes rencontrées lors des différentes réunions Lundi, 17 Septembre 2018 • Réunion au Bureau de l’Union africaine de Tunis • Médiateur Administratif Mardi 18 septembre 2020 • Rencontre au ministère des Affaires religieuses • Rencontre avec la ministre de la Femme • Visite de Courtoisie au ministère des Affaires étrangères • Réunion avec la Délégation des Nations Unies PNUD Mercredi 19 septembre 2020 • Rencontre avec le Président du Comité supérieur des droits de l’homme et des libertés fondamentales • Réunion avec la Délégation de la Croix Rouge • Réunion avec la Ligue Tunisienne des droits de l’homme • Rencontre avec le ministre des Affaires sociales • Séance de travail avec le Bureau de l’Union africaine composante de la Libye • Réunion avec le Syndicat des Journalistes Jeudi 20 septembre 2020 • Réunion avec les membres de l’organisme de Lutte contre la corruption • Réunion avec la Commission de droits et libertés et des relations extérieures de l’Assemblée nationale • Réunion avec le Chef de Cabinet Ministère chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’homme • Rencontre avec le ministre de la Santé • Rencontre avec le Ministre de l’éducation Vendredi 21 septembre 2020 • Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAICA) ministère de l’Intérieur • Rencontre avec le Président de l’Assemblée nationale • Réunion avec les agences du Système des Nations Unies (HCDH, OIM, HCR, FNUAP) • Réunion au ministère de la Justice Samedi 22 septembre 2020 • Instance nationale de lutte contre la traite des personnes • Rencontre avec la société civile • Conférence de Presse 27
ANNEXE II : Programme de la Mission PROGRAMME DE LA MISSION DE PROMOTION DE TUNISIE 17 AU 22 SEPTEMBRE 2018 Lundi 17 Septembre 2018 11h00-12h00 Réunion avec la représentante spéciale et chef du Bureau de Liaison de l’Union africaine en Libye 14h00-15h00 Médiateur Administratif Mardi 18 Septembre 2018 9h00-10h00 Ministère des affaires religieuses Mercredi 19 Septembre 2018 9h00-9h45 Président du Comité supérieur des droits de l’homme et des libertés fondamentales Jeudi 20 Septembre 2018 9h00-10h00 Lutte contre la corruption Vendredi 21 Septembre 2018 9h00-10h00 Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAICA) Samedi 22 Septembre 2018 9h00-10h00 Instance nationale de lutte contre la traite des personnes 10h00-11h00 Ministre de la femme 10h00-11h00 Délégation de la Croix Rouge 10h00 Ministère de l’intérieur 10h00-11h30 Rencontre avec la société civile 11h00-12h00 Ministère des affaires étrangères 11h30-12h30 Ligue Tunisienne des droits de l’homme 13h00 Rencontre avec le Président de l’Assemblée nationale 11h30--12h00 Conférence de Presse 15h00-17h00 Délégation des Nations Unies PNUD 13h30--14h30 Ministre des affaires sociales 11h00-12h00 Commission de droits et libertés et des relations extérieures de l’Assemblée nationale 14h00-15h00 Chef de Cabinet Ministère chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’Homme 16h00-17h00 Ministre de la santé 15h 30 Bureau de l’Union africaine composante de la Libye 17h00 Syndicat des Journalistes 17h30 Ministre de l’éducation 1 15h00-16h00 Réunion Système des Nations Unies 17h00 Réunion avec le ministère de la justice

Created 17 juin 2026 · Edited 7 juil. 2026