Rapports de Mission

Rapport de la 1ere Mission de promotion en République démocratique de Sao Tomé-et-Principe _1er - 4 octobre 2019

Rapport de Mission de Promotion à Sao Tomé-et-Principe-1er au 4 octobre 2019.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA African Commission on Human & Peoples’ Rights Commission Africaine des Droits de l’Homme & des Peuples 31 Bijilo Annex Layout, Kombo North District, Western Region, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 4410505 / 4410506; Fax: (220) 4410504 E-mail: au-banjul@achpr.org; Web www.achpr.org RAPPORT DE LA PREMIÈRE MISSION DE PROMOTION DES DROITS DE L’HOMME EFFECTUÉE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DE SAO TOME-ET-PRINCIPE 1er - 04 OCTOBRE 2019 1
TABLE DES MATIÈRES TABLE DES MATIÈRES…...…………………………………………………………………………2 AVIS AUX LECTEURS………….……………………………………...……………………………..6 REMERCIEMENTS……………………………………………………………………………………7 RÉSUMÉ ANALYTIQUE……………..………………………………………………………………8 I.INTRODUCTION…...………………………………………………………………………. …….11 PREMIÈRE PARTIE…………….…………………………………………………………....………11 I.TERMES DE REFERENCE………………………………………………………………………...12 II.PROFIL DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DE SAO TOME ………………………14 A. Aperçu du profil historique, géographique, démographique, économique et international du Sao Tomé-et-Principe ………………………………………………………..14 B. Aperçu de la forme de Gouvernement et d’administration du Sao Tomé-et-Principe…..15 C. Cadre juridique pour la promotion et la protection des droits de l’homme………………16 DEUXIÈME PARTIE…………………………………………………………………………………. 18 I.MÉTHODOLOGIE ET DÉROULEMENT DE LA MISSION………………………………….18 II.RÉUNIONS ET AUTRES ACTIVITES DE LA DÉLÉGATION DE LA COMMISSION…..18 A. Les réunions avec les acteurs étatiques ……………………………………………………….18 B. Les réunions avec les acteurs non-étatiques …………………………………………………20 C. Les Visites de lieux pertinents pour les droits humains…………………………………….35 D. Conférence de presse…………………………………………………………………………….41 TROISIÈME PARTIE ……………………………………………………………………...................42 OBSERVATIONS ET ANALYSE DE LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME AU SAO TOMÉ-ET-PRINCIPE………….……………………………………………………………………….42 I.ÉVOLUTION POSITIVE DE LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME AU SAO TOMÉ-ET-PRINCIPE……….……………………………………….………………………………42 Dynamique et Volonté politiques et Réformes juridiques………………………………………….42 Ratification des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et Coopération avec la Commission………………………………………………………………………………………….43 Institution nationale des droits de l’homme /Bureau du Médiateur…………………………….44 2
La Justice………………………………………………………………………………………………..44 Police……………………………………………………………………………………………………45 Prisons…………………………………………………………………………………………………..45 Liberte d’expression, acces a l’information et medias………………………………………………46 Action de la Societe civile et coopération entre acteurs des droits humains……………………..46 Femmes, Enfants, Personnes handicapées, personnes âgées et Jeunesse…………………………47 Efforts dans le Secteur du Tourisme………………………………………………………………….49 Santé et lutte contre le VIH……………………………………………………………………………49 Droits économiques, sociaux et culturels…………………………………………………………….50 I. DOMAINES DE PRÉOCCUPATION………………………………………..……………..50 Les ressources financières, humaines et les infrastructures………………………………………..51 Le cadre normatif général et la dynamique entre les pouvoirs……………………………………51 Ratification des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et Coopération avec la Commission………………………………………………………………………………………….51 Les barrières culturelles et traditionnelles…………………………………………………………..52 INDH………………………………………………………………………………………………...….52 Justice..………………………………………………………………………………………………….52 Police……………………………………………………………………………………………………53 Prisons…………………………………………………………………………………………………..53 Liberté d’expression, accès à l’information et médias……………………………………………..54 Femmes, Enfants, Personnes handicapées, personnes âgées et Jeunesse…………………………54 Droits économiques, sociaux et culturels…………………………………………………………….55 Le développement du tourisme………………………………………………………………………55 QUATRIÈME PARTIE : RECOMMANDATIONS…………………………………..……………56 À l’attention du Gouvernement……………………………………………….…………………….56 Les ressources financières, humaines et les infrastructures………………………………………..56 Le cadre normatif général et la dynamique entre les pouvoirs…………………………………….56 3
Ratification des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et Coopération avec la Commission………………………………………………………………………………………….....57 INDH…...……………………………………………………………………………………………….57 Justice……………………………………………………………………………...……………………58 Police......………………………………………………………………………………………………..58 Prisons…………………………………………………………………………………………………..59 Liberté d’expression, accès à l’information et médias……………………………………………..60 Femmes…………………………………………………………………………………………………60 Enfants et Jeunesse……………………………………………………………………………………..61 Personnes handicapées, personnes âgées……………………………………………………………61 Droits économiques, sociaux et culturels……………………………………………………………61 Le développement du tourisme………………………………………………………………………62 À l’attention de la société civile……………………..………………………………………………62 À l’attention de la communauté internationale et des partenaires……………………………..62 4
AVIS AUX LECTEURS Ce rapport a été rédigé à la fin de la mission en 2019.Cependant, pour des raisons techniques il n’a pas pu être adopté et publié par la Commission. Il y a lieu de rappeler que la mission en question est la dernière qu’a entreprise la Commission avant la suspension de toute activités physiques au niveau de l’Union Africaine suite à la crise covid. Ainsi, certaines réalités et données contenues dans ledit rapport pourraient ne pas refléter la situation du moment et devraient être strictement perçues dans ce contexte prévalant au moment de la survenance de la mission de la Commission en octobre 2019. La Commission est disposée et trouve nécessaire de collaborer avec la République de Sao Tomé afin de conduire le plus tôt possible une nouvelle mission de promotion afin de disposer d’une lecture actuelle reflétant la réalité de la situation des droits humains dans ce pays partie à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. 5
REMERCIEMENTS La Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (la Commission) exprime sa reconnaissance au Gouvernement de Sao Tomé-et-Principe pour avoir bien voulu accueillir cette première mission de promotion des droits de l’homme entreprise par une délégation de la Commission du 1er au 04 octobre 2019. La Commission exprime sa sincère gratitude aux plus hautes autorités du pays pour avoir fourni à la délégation les commodités et le personnel nécessaires au bon déroulement de la mission. De même, elle exprime également sa reconnaissance à Son Excellence Madame Ivete Santos Lima Correia, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, pour son implication personnelle dans l’organisation des différentes réunions qui ont fortement contribué au succès de la mission. Par ailleurs, la Commission exprime sa gratitude à Mme Lubilhana Andrade, Directrice de Cabinet de la Ministre de la Justice, M. Gregorio Santiago, en charge de la Direction des Droits de l’Homme au Ministère de la Justice et à mademoiselle Katia Cassandra du Ministère de la Justice, pour avoir aidé au plan logistique et autres la délégation tout au long de son séjour, surtout au niveau de l’organisation pratique des différentes réunions et activités. Enfin, la Commission remercie les interprètes Mlle Cheila Fernandes Das Neves et M. Leandro Lavres Da Costa qui ont permis à la délégation d’échanger avec toutes les parties prenantes rencontrées sans être freinée par la question linguistique dans un pays dont la langue officielle est le Portugais. 6
RÉSUMÉ ANALYTIQUE Suite à l’autorisation du Gouvernement de Sao Tomé-et-Principe, et conformément à l’Article 45(1) de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (la Charte), une délégation de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (la Commission) a entrepris une mission de promotion des droits de l’homme à Sao Tomé-et-Principe (Sao Tomé-etPrincipe) du 1er au 04 octobre 2019. La délégation était composée de l’Honorable Commissaire Maria Teresa Manuela, Commissaire Rapporteur sur la situation des Droits de l’Homme en République Démocratique de Sao Toméet-Principe ; et Rapporteur Spécial sur les Prisons, les Conditions de Détention et l’Action Policière en Afrique (Chef de la délégation), et de l’Honorable Commissaire Hatem Essaiem ; Président du Comité pour la Prévention de la Torture en Afrique. La délégation a été assistée par deux (2) Juristes (M. Bruno Menzan et Mlle Tatiana Sikunu) et M. Frederico Tamakloe, chargé des Finances, tous du Secrétariat de la Commission. Les objectifs de la mission étaient, entre autres, de promouvoir la Charte africaine et tous les autres instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme que le pays a ratifiés ; de renforcer les relations entre la Commission et Sao Tomé-et-Principe, de nouer le dialogue avec les parties prenantes concernées, d’échanger des vues sur les voies et moyens de renforcer l’exercice des droits de l’homme dans le pays et de rechercher des informations sur les questions relatives aux droits de l’homme qui intéressent particulièrement la Commission ; et encourager le Gouvernement de la République Démocratique de Sao Tomé et Principe á soumettre les rapports initiaux/périodiques en suspens et participer régulièrement aux activités de la Commission, notamment aux sessions. Au vu des diverses réunions, échanges et discussions avec des acteurs tant étatiques que non étatiques ayant trait à la promotion et à la protection des droits de l’homme et des peuples à Sao Tomé-et-Principe, ainsi que des visites de deux prisons, la délégation a pu constater la stabilité relative prévalant dans le pays au moment de sa visite. La Délégation félicite le Gouvernement de Sao Tomé-et-Principe pour sa volonté politique manifeste et son engagement en faveur de la jouissance effective des droits humains. Cette volonté se traduit par le ton apaisé et des actes forts de la part des plus hautes autorités du pays à installer un climat de pays sociale et des principes démocratiques dans le débat national et la vie quotidienne du pays. Ainsi, la Délégation note au titre des avancées la ratification de plusieurs instruments internationaux et régionaux depuis 2018 sous l’impulsion de partenaires internationaux comme l’Union Africaine et le Programme des Nations Unies pour le Développement ; la soumission 7
de deux rapports dans le cadre de l’Examen Périodique Universel et la finalisation du deuxième rapport dans le cadre de la Charte des Nations Unies pour les Droits de l’Enfant qui sera examiné en fin d’année 2020 ; les efforts holistiques visant à lutter contre les violences domestiques, basées sur le genre et les abus contre les mineurs y compris par la mise en place d’une législation adaptée, la création de structures et institutions à cet effet dont le centre de conseils contre les violence domestiques/conjugales, les campagnes de sensibilisation dont la campagne du « ruban vert » contre les abus sur les mineurs, la violence domestique, les grossesses précoces, la consommation de drogue et d'autres crimes basés sur le genre, etc. ; les efforts en matière de santé et d’éducation, y compris ceux relatifs au VIH-SIDA avec un relatif faible taux de prévalence en déclin, la disponibilité et la gratuité des antirétroviraux, le taux élevé de scolarisation qui est en hausse ; et l’acceptation par les parties prenantes y compris les acteurs étatiques des défis à relever en matière des droits de l’homme et leur détermination à œuvrer en ce sens, y compris à soumettre ses rapports périodiques à la Commission et à participer à ses activités comme il se doit . En dépit de ces aspects positifs, la Délégation reste préoccupée par les nombreux défis persistants, y compris l’indisponibilité, l’insuffisance, et rareté des ressources financières nécessaires à la politique économique, sociale et développementale dans tous les secteurs de la vie du pays et des populations à Sao Tomé-et-Principe qui paralyse toute les initiatives et autres projets ou programmes sur les droits humains ou devant avoir un impact positif sur ces derniers ; la non soumission par Sao Tomé-et-Principe de ses rapports initial et périodiques à la Commission depuis son accession à la Charte ; la non-participation de Sao Tomé-et-Principe aux activités de la Commission, y compris à ses sessions ordinaires ; la forte prévalence des abus sur les mineurs, la violence domestique, les grossesses précoces, la consommation de drogue et d'autres crimes basés sur le genre ; malgré les efforts entrepris par les parties prenantes ; la fragilité du système judiciaire avec des failles au niveau institutionnel, normatif et qui plus n’avance point en ce qui concerne la réforme amorcée pour son amélioration ; et l’insuffisance d’infrastructures socio-économiques permettant aux populations de jouir pleinement de leurs droits humains tel que le droit à la justice, à la santé et autres, surtout pour les plus vulnérables qui font face à un problème d’accessibilité à ces infrastructures trop souvent éloignées de leur lieu d’habitation. En conséquence, la Commission fait les recommandations clés suivantes qui traitent des principaux problèmes de droits de l’homme dans le pays : i. Tous les efforts entrepris et toutes les initiatives visant à une meilleure jouissance et protection des droits de l’homme, doivent être poursuivis et concrétisés dans les meilleurs délais ; 8
ii. La Délégation exhorte le Gouvernement à poursuivre et accentuer la lutte contre les violence domestiques, les abus contre les mineures, le phénomène de l’alcoolisme et de la drogue ainsi que toutes autres faits néfastes aux droits humains des populations de Sao Tomé-et-Principe qui sont en rapport avec le tourisme dont les retombées doivent être effectivement dirigées vers l’amélioration des conditions de vie des populations par la création des infrastructures socio-économiques nécessaires ; iii. Le Gouvernement doit résolument mettre en place un cadre normatif pour traiter des problématiques des droits humains rencontrées à Sao Tomé-etPrincipe, ainsi qu’entreprendre une reforme holistique de son système judiciaire y compris ses lois désuètes datant de l’époque coloniale afin de les adapter aux réalités du moment, et les conditions de détention ; iv. Le Gouvernement doit soumettre le rapport initial et les rapports périodiques de Sao Tomé-et-Principe qui restent dus, en vertu de l’article 62 de la Charte et de l’article 26 du Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique ; v. La Délégation appelle également les organisations de la société civile à continuer de soutenir la promotion et la protection des droits de l’homme à Sao Tomé-et-Principe en usant de toutes les plateformes et mécanismes disponibles, notamment la collaboration avec la Commission. La Délégation appelle la communauté internationale et les partenaires internationaux à, d’une part, aider le Gouvernement à mobiliser tous les moyens financiers, humains, techniques et autres moyens logistiques nécessaires à la conduite du processus de réformes envisagées, et d’autre part, à continuer leur soutien aux efforts en cours pour garantir la promotion et la protection des droits et le développement à Sao Tomé-et-Principe 9
INTRODUCTION 1. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine), adoptée le 21 juin 1981 par la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement à Nairobi, au Kenya, est entrée en vigueur le 21 octobre 1986. L’Article 30 établit la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission), ce qui en fait le principal organe de l’Union africaine (UA) pour la promotion et la protection des droits de l’homme. Sao Tomé-et-Principe (Sao Tomé-et-Principe) est un État partie à la Charte africaine, l’ayant ratifié le 23 Mai 1986. 2. En vertu de l’Article 45 de la Charte africaine, la Commission a pour mandat de promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales consacrés par la Charte, d’assurer leur protection et le suivi de sa mise en œuvre, d’interpréter ses dispositions et de fournir des conseils juridiques à la demande de la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement. En outre, la Commission est chargée de rassembler des documents, d’entreprendre des études et des recherches sur les problèmes africains dans le domaine des droits de l’homme et des peuples, d’organiser des séminaires, des symposiums et des conférences, de diffuser des informations, d’encourager les institutions nationales et locales s’occupant des droits de l’homme et des peuples et, le cas échéant, de donner des conseils ou de faire des recommandations aux gouvernements. 3. C’est dans le cadre de la mise en œuvre du mandat de promotion des droits de l’homme de la Commission, qu’une délégation de la Commission composée de l’Honorable Commissaire Maria Teresa Manuela, Commissaire Rapporteur sur la situation des Droits de l’Homme en République Démocratique de Sao Tomé-et-Principe ; et Rapporteur Spécial sur les Prisons, les Conditions de Détention et l’Action Policière en Afrique(Chef de la délégation), l’Honorable Commissaire Hatem Essaiem; Président du Comité pour la Prévention de la Torture en Afrique, assistés par deux (2) Juristes (M. Bruno Menzan et Mlle Tatiana Sikunu) et M. Frederico Tamakloe, chargé des Finances, tous du Secrétariat de la Commission ; a effectué une mission de promotion des droits de l’homme à Sao Tomé-et-Principe du 1er au 04 octobre 2019. 10
4. À cette occasion, la délégation de la Commission a recueilli des informations spécifiques sur la situation des droits de l’homme à Sao Tomé-et-Principe, a diffusé les conventions de l’Union africaine et les documents de la Commission ainsi que tous les autres instruments internationaux pertinents en matière de droits de l’homme. De plus, la Commission a renforcé sa visibilité et a sensibilisé tous les acteurs étatiques et non étatiques sur son travail et ses mécanismes subsidiaires. 11
PREMIÈRE PARTIE I. TERMES DE REFERENCE 5. Les objectifs de la mission étaient les suivants : ▪ Promouvoir la Charte africaine, le Protocole à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples aux droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo) et autres instruments juridiques régionaux relatifs aux droits de l’homme ; ▪ Renforcer les relations entre la Commission et les autorités de la République Démocratique de Sao Tomé-et-Principe dans le domaine de la promotion et de la protection des droits consacrés dans la Charte africaine et les autres instruments juridiques nationaux, régionaux et universels pertinents ; ▪ Échanger les points de vue et partager les expériences avec le Gouvernement Santoméen, ainsi que les autres acteurs travaillant dans le domaine des droits de l'homme dans le pays, sur les stratégies d'amélioration de la jouissance de ces droits ; ▪ Engager le dialogue avec le Gouvernement de Sao Tomé-et-Principe sur les mesures législatives et autres prises pour donner plein effet aux dispositions de la Charte Africaine, du Protocole de Maputo et des autres instruments régulièrement ratifiés ; ▪ Recueillir des informations sur la situation des défenseurs des droits de l'homme en République Démocratique de Sao Tomé-et-Principe et discuter avec les parties prenantes des problèmes qui entravent la jouissance effective des droits fondamentaux des défenseurs des droits de l’homme ; ▪ Plaider en faveur de la ratification des instruments juridiques régionaux et internationaux relatifs aux droits de l'homme qui n'ont pas encore été ratifiés par la République Démocratique de Sao Tomé-et-Principe ; ▪ Rechercher des informations sur des questions relatives aux droits de l'homme qui intéressent particulièrement la Commission, notamment la situation des prisons et les conditions de détention, la situation des droits de l'homme des femmes et des enfants; réfugiés, migrants et personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays; liberté d'expression, d'association et de réunion; prévention de la torture, situation des 12
défenseurs des droits de l'homme; indépendance du pouvoir judiciaire; industries d'extraction; personnes âgées et personnes handicapées; populations / communautés autochtones; et les personnes vivant avec le VIH / SIDA; ▪ Comprendre le niveau de jouissance des droits civils et politiques, ainsi que des droits économiques, sociaux et culturels de la population de la République Démocratique de Sao Tomé-et-Principe, ainsi que des mesures prises par le Gouvernement pour mettre en œuvre cette catégorie de droits de l’homme ; ▪ Visiter les prisons de la République Démocratique de Sao Tomé-et-Principe afin d'évaluer dans quelle mesure les conditions de détention sont conformes aux normes régionales et internationales, et s'entretenir avec les responsables de l'administration pénitentiaire et d'autres parties prenantes sur toutes les questions relatives à la détention et au travail de la Commission sur ce thème ; ▪ Rencontrer les acteurs des droits de l'homme concernés et discuter de leurs programmes, de l'évaluation de la situation des droits de l'homme dans le pays et des défis rencontrés dans l'exercice de leurs activités ▪ Sensibiliser le Gouvernement concerné aux activités de la Commission en République Démocratique de Sao Tomé-et-Principe, en particulier les départements et organisations de la société civile (OSC) ; et ▪ Encourager le Gouvernement de la République Démocratique de Sao Tomé et Principe á soumettre les rapports initiaux/périodiques en suspens et participer régulièrement aux activités de la Commission, notamment aux sessions. II. PROFIL DE SAO TOMÉ-ET-PRINCIPE A. Aperçu du profil historique, géographique, démographique, économique et international de Sao Tomé-et-Principe 6. Sao Tomé et Principe est un archipel composé de deux îles. Il est situé dans l'Océan Atlantique, plus concrètement dans le Golfe de Guinée à une distance approximative de 13
300 km des Côtes Occidentales Africaines. L'île de São Tomé est traversée précisément par l''Équateur. 7. Sa superficie totale est de 1001 km², ce qui fait de São Tomé & Principe, l'un des plus petits États de la planète. La plus grande île, São Tomé s’étend sur 864 km². La capitale, qui porte le nom de l’île, se situe au Nord-est et regroupe plus du tiers de la population totale. Les villes principales sont São Tomé, Santo Amaro, Névés, Santana, San Antonio. 8. La langue officielle est le portugais ; Le français est la première langue étrangère parlée, suivi de l'anglais. La population parle également fang (langue bantoue). 9. La monnaie utilisée est le Dobra (1 EUR = 23,520.5STD Le 04/09/2019). 10. La population est de 199 940 (2017) largement concentrée dans la capitale ; avec une densité : 201,57 habitants / km², le taux d’accroissement naturel 2,9 %. L’espérance de vie est d’environ 67 ans (2017) et le taux d’alphabétisation : 90,10 % (2017, source : Population Data). Religion(s) : catholicisme (plus de 80%), protestantisme, islam. Indice de développement humain : 142ème sur 188 pays (PNUD, 2016). 11. Largement tributaire des financements extérieurs, Sao Tomé et Principe puise l’essentiel de son programme d’investissement public dans l’aide internationale. L’économie santoméenne est dominée par les secteurs de l’agriculture et de la pêche qui fournissent la majorité des emplois. Ces secteurs (cacao, café, poivre), héritiers de la colonisation portugaise, sont globalement peu performants et le cacao est le principal produit exporté. Il représente moins de 3% du PIB. 12. Le tourisme, qui se développe progressivement grâce à des investissements essentiellement portugais (groupe Pestana) et Sud-Africains concentrés sur l’île de Principe (groupe HBD), est aussi aujourd’hui un des moteurs de développement de l’archipel qui dispose de réels atouts. 13. L’estimation de la croissance à 3,9% en 2017 est en-deçà des projections initiales du FMI qui l’anticipent à 4% en 2018 puis à 5,5% à moyen terme grâce aux développements en cours des secteurs du tourisme, de l’agriculture et d’une progression attendue des investissements extérieurs. 14
14. En 2010, d’après les données collectées par l’Institut national de la statistique (Enquête sur le budget des ménages, 2010), 70,1 % de la population de Sao Tomé-et-Principe était pauvre selon la norme internationale de revenu de 1,5 dollar, soit 30 071 dobras, par jour. 15. Les femmes sont plus touchées par le phénomène que les hommes. L’absence d’opportunités sur le marché du travail est la cause majeure de pauvreté. Sur le marché du travail, 62 % de la population ayant un emploi ou à la recherche active d’un emploi est de sexe masculin et 38 % de sexe féminin. B. Aperçu de la forme du Gouvernement et de l’administration de Sao Tomé-et-Principe 16. Sao-tomé et Principe est une république divisée en deux provinces qui ne sont autres que Sao Tomé d'une part et Principe d'autre part. 17. Sa deuxième constitution est entrée en vigueur le 20 septembre 1990 et a été mise à jour avec les modifications introduites par la loi n° 1/2003 du 29 janvier. Elle consacre notamment les principes fondamentaux d'un Etat de droit démocratique et instaure différents organes de souveraineté nationale (présidence de la République, Assemblée Nationale, gouvernement et tribunaux) issus de la volonté souveraine du peuple, librement exprimée dans les élections. 18. Sao-Tomé et Principes est divisée en deux régions ; Les deux provinces de Sao Tomé-etPrincipe sont divisés en sept districts. Six sont situés sur l'île de São Tomé (province de Sao Tomé) et une sur celle de Principe (province de Principe) : Água Grande, Cantagalo, Caué, Lembá, Lobata, Mé Zóchi et Pagué. 19. Selon la Constitution, le Président est le chef de l’État, qui exerce le pouvoir exécutif et assume les fonctions de commandant en chef des forces armées de Sao Tomé-et-Principe. Le président élu remplit un mandat de cinq ans et peut être éligible pour un deuxième mandat consécutif. La dernière élection présidentielle avant la mission objet de ce rapport, s'est tenue en 2016. 20. Le premier ministre est le chef du gouvernement mais le pouvoir reste fortement centralisé au niveau du président de la République, la Constitution accordant de solides 15
pouvoirs de nomination au président. Le président a également le pouvoir de nommer et de révoquer le procureur général de la République sur proposition du gouvernement. 21. Le président dispose d'un organe de conseil appelé Conselho da República (Conseil de la République), qu'il préside. Cet organe guide le président dans des situations détaillées. 22. Le Premier ministre est responsable devant le président et, en ce qui concerne la responsabilité politique du gouvernement, il est également responsable devant l'Assemblée Nationale. Le Premier ministre est nommé par le président après l'audition des partis à l'Assemblée Nationale et selon les résultats des élections. 23. L’ensemble des ministres constituent le Conselho de Ministros (Conseil des ministres). La structure, la composition et les activités du Conseil des ministres sont définies dans la Constitution. Le Conseil est composé du vice-président, des ministres d'État et des ministres. C. Cadre juridique de la promotion et de la protection des droits de l’homme 24. Sao Tomé-et-Principe est partie aux principaux instruments des droits de l’homme suivants : Instruments juridiques africains • Acte constitutif de l’Union africaine ; • Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ; Instruments juridiques internationaux • Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; • Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ; • Deuxième protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques visant à abolir la peine de mort • Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes; • Convention relative aux droits de l'enfant ; • Convention relative aux droits des personnes handicapées ; • Convention internationale sur l'élimination et la répression du crime d'apartheid 16
• Convention internationale sur l’élimination de toutes formes de discrimination raciale. • Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; • Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles • Convention relative aux droits de l'enfant Cadre juridique national pour la promotion et la protection des droits de l’homme • En sa partie 2 intitulée « Droits fondamentaux et ordre social », la Constitution de Sao Tomé-et-Principe de 1990 telle que révisée en 2003, forme le pilier du cadre juridique national de promotion et protection des droits humains du pays. • Il est complété par un ensemble de lois dont mention a été faite de temps à autres lors des entretiens avec les parties prenantes rencontrées au cours de la mission. Il a été impossible pour la délégation d’obtenir des détails précis sur ces lois mentionnées et donc elles ne seront pas listées ici. 17
PREMIÈRE PARTIE I. MÉTHODOLOGIE ET DÉROULEMENT DE LA MISSION 25. La mission de promotion à Sao Tomé-et-Principe a été menée sous forme d’interactions et de réunions avec les plus hautes autorités et les différents acteurs impliqués dans la promotion et la protection des droits de l’homme. La délégation a également visité les prisons. À chacune de ces réunions et lors de la visite, la délégation a fait une brève présentation de la Commission en décrivant son organisation, sa composition, son mandat, son fonctionnement et ses mécanismes subsidiaires. Il a également présenté les objectifs de la mission et a mis l’accent sur le partage des meilleures pratiques dans les domaines d’intérêt pour la mission. 26. Ainsi, la situation des droits de l’homme à Sao Tomé-et-Principe a fait l’objet de discussions approfondies avec diverses parties prenantes qui ont partagé leurs points de vue et leur analyse des acquis, des défis et des perspectives d’évolution par rapport à la situation prévalant actuellement. II. RÉUNIONS ET AUTRES ACTIVITES DE LA DÉLÉGATION DE LA COMMISSION 27. Pour une logique dans le compte rendu des rencontres et activités de la délégation, l’approche chronologique a été adoptée dans ce rapport. 28. Nonobstant, les entités rencontrées ont été regroupées par catégories et ont été séparées des visites de lieux. A. Les réunions avec les acteurs étatiques a) Les autorités ministérielles et de la Présidence 1. Ministre de la Défense, représentant le Ministre des Affaires Étrangères 29. La délégation par la voix de la Commissaire Manuela s’est d’abord présentée, ensuite, a remercié le Gouvernement pour l’acceptation de cette première mission de promotion, puis, a donné un aperçu de la Commission, et a par la suite, décliné les termes de 18
référence de la mission. La Commissaire Manuela a surtout insisté sur la nonparticipation de Sao Tome aux activités de la Commission qui est un véritable frein au mandat de celle-ci en ce qui concerne le pays. 30. Le ministre de la Défense, M. Oscar Sousa en sa qualité de représentant du Ministre des Affaires Étrangères (en déplacement hors du pays au moment de la visite) a souhaité la bienvenue à la délégation et indiqué la volonté du pays à coopérer avec la Commission sur cette mission mais aussi et surtout au-delà et en rapport avec le mandat de promotion et protection des droits humains par ladite institution. 31. M. Sousa a relevé la justesse du constat fait par la Commissaire Manuela relativement à l’absence de son pays au niveau des interactions avec la Commission telles qu’attendues par la Charte. Ainsi, il a énuméré d’autres problématiques des droits humains dans son pays afin que la Commission les note et aide à régler celles-ci conformément à son mandat. 32. Lesdites problématiques sont la crise au niveau du pouvoir judiciaire et surtout au niveau de la Cour Suprême. Pour lui, la justice doit être indépendante et cela ne semble pas être le cas dans son pays dans la mesure où, utilisant la comparaison avec les autres pays, le président de la Cour Suprême a eu à se plaindre de la non réalité de la séparation des pouvoirs. 33. Une autre question des droits humains préoccupante est la situation de la prison qui n’est pas reluisante selon lui avec par exemple la non-séparation des catégories de détenus. 34. M. Sousa a également cité la prévalence de la violence domestique, et le manque d’infrastructures, l’éloignement de la justice des populations (il faut en fait se déplacer à la capitale pour avoir accès à la justice), comme d’autres problématiques des droits humains dans son pays. M. Sousa a informé la délégation que pendant que la Police Judiciaire et la prison sont sous l’autorité du Ministère de la Justice, la Force de Police est sous l’autorité du Ministère de la Défense. A ce propos, il a indiqué que celle-ci est repartie sur toute l’étendue du territoire et que le ratio hommes-femmes au sein de celleci est largement à l’avantage des hommes puisque les femmes ne comptent que pour 1% dans les effectifs. 35. La délégation a informé le ministre que la Commission peut apporter son expertise au règlement de certains de ces défis en matière des droits humains. Il s’agit par exemple de la possibilité de formation de la Police en droits humains et de l’utilisation du Protocole de Maputo pour traiter la question de la violence domestique. 36. La délégation a invité le pays à ratifier les instruments des droits humains non encore ratifies1, à soumettre ses rapports périodiques dont aucun n’a jamais été soumis depuis que le pays est partie à la Charte. 1 ce sont principalement: la Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées ; 19
37. Les deux parties ont par ailleurs relevé la problématique de la l’indisponibilité en langue portugaise, des documents de l'Union Africaine et singulièrement de la Commission. 2. Ministère de la Justice, de l’Administration Publique et des Droits de l’Homme 38. Les discussions au niveau de ce Ministère se sont déroulées en deux étapes successives en ce que la rencontre avec la Direction en charge des Droits de l’Homme au sein dudit Ministère a précédé celle avec la Ministre de la Justice elle-même. i. Direction en charge des Droits de l’Homme au sein du Ministère de la Justice 39. Les échanges ici ont porté sur les raisons de l’absence de Sao Tomé aux activités de la Commission et la non soumission de rapports périodiques par Sao Tomé conformément à son obligation contenue dans l’article 62 de la Charte. 40. M. Gregorio Santiago, Directeur en charge des Droits de l’Homme a indiqué que depuis 2011, Sao Tomé a commencé à remplir ses obligations de rapport à l’Examen Périodique Universel (EPU) des Nations Unies et que le processus de ratification effective de traités des droits humains est en cours depuis 2010. Selon lui, tous ces efforts sont impulsés par la Direction des Droits de l’Homme du ministère de la Justice. 41. M. Santiago a expliqué à la délégation le processus de préparation des rapports en question. Il existe un comité interministériel qui soumet le rapport initial préparé aux contributions du public avant de présenter celui ayant pris en compte les apports du public au conseil des ministres. C’est lorsque le conseil des ministres adopte le rapport que ce dernier est envoyé devant l’EPU. 42. Discutant les défis des questions en cause et face au paradoxe noté par la délégation relativement au fait que Sao Tomé a été capable de soumettre des rapports périodiques au système des Nations Unies et non à celui africain, M. Santiago a mentionné le défaut de communication entre son pays et la Commission comme étant le point de départ de cette situation. Ainsi, il estime qu’à partir de la présente mission de la Commission dans son pays, les choses vont aller dans le sens souhaité et Sao Tomé va participer aux la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille ; le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés ; le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la vente d'enfants la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants ; le Protocole relatif à la Charte africaine des droits de l’homme portant création d’une Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (le Protocole de la Cour) ; la Charte africaine de la jeunesse ; la Convention de l'OUA régissant les Aspects Propres aux problèmes des Réfugiés en Afrique ;etc. 20
activités de la Commission et soumettre son rapport initial et ceux en souffrance. Il a nonobstant noté que la méthode de comité interministériel n’est pas celle la mieux indiquée pour une efficacité dans la soumission de rapports périodiques dans la mesure où ce comité n’est pas fixe ou permanent et ne reçoit pas les moyens financiers adéquats pour un travail si important. 43. La délégation a indiqué avoir pris bonne note des défis et des propositions de solutions et en fera cas au plus haut niveau au cours de ses prochaines rencontres dans le cadre de sa mission. 44. La délégation a également pris note de l’information selon laquelle les ONGs et Organisations de la Société Civile participent à la rédaction des rapports périodiques dans le cadre des relations cordiales qu’elles entretiennent avec la Direction en charge des Droits de l’Homme au Ministère de la Justice. Il existe selon M. Santiago, une Fédération de ces structures qui est en lien avec la Direction. Ce fut l’occasion pour la délégation de faire cas de l’absence de ces organisations au niveau des activités de la Commission et d’inviter Sao Tomé à assurer que celles-ci ne soient pas oubliées lorsque débutera la dynamique de collaboration avec la Commission telle que promise. 45. La délégation a noté que Sao Tomé ne dispose pas d’INDH et que la Direction en charge des Droits de l’Homme au Ministère de la Justice est celle qui traite toutes les questions des droits humains au niveau étatique. ii. Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme 46. Compte tenu du fait que le Ministère de la Justice est la cheville ouvrière de cette mission pour la partie Santoméenne, la délégation a à l’entame de la rencontre et après les civilités d’usage, vivement félicité et remercié Madame la Ministre Ivete Santos Lima Correia pour les dispositions pratiques prises afin de permettre une mission réussie. 47. Elle a ensuite réitéré les défis majeurs tels que discutés avec la Direction en charge des Droits de l’Homme au sein du Ministère. 48. Madame la Ministre Ivete Santos Lima Correia a reconnu lesdits défis et rassuré la délégation sur le fait que des efforts seront faits afin de remédier le plus rapidement possible aux défaillances notées. 49. Elle a pointé du doigt la question de la culture et des traditions comme étant l’un des freins au travail en cours pour la promotion et protection des droits humains en général mais spécifiquement ceux des enfants et des femmes. 50. La Ministre a également indiqué que le manque de moyens financiers est au cœur de toute la problématique des droits de l’homme dans son pays dans la mesure où les ressources financières ne sont pas disponibles pour accompagner le Gouvernement dans sa politique en faveur de la promotion et protection des droits de l’homme dans le pays. 21
51. La Ministre a indiqué que la délégation pourra faire ses constats en ce qui concerne la situation des droits de l’homme dans le pays par elle-même en interagissant avec les acteurs voulus, visitant les endroits et lieux souhaités et que son équipe mettra tout en œuvre pour que la mission se passe dans des conditions optimales. 52. Revenant sur la situation des droits de l’homme dans le pays selon la lecture de son Ministère, la Ministre a cité des avancées et noté les aspects sur lesquels il y a nécessité de travailler pour une amélioration de ceux-ci en conformité avec les engagements internationaux de son pays. 53. Ainsi, pour ce qui est des points positifs, elle cite ; ✓ La dynamique nouvelle en faveur de la promotion et protection des droits de l’homme à partir de 2014 avec et après la création et l’intégration de la Direction des Droits de l’Homme au cabinet du Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme ; car auparavant il ne s’agissait que du Ministère de la Justice. De ce fait, ladite Direction porte désormais une attention particulière aux questions des Droits de l’Homme et en fonction des recommandations, elle s’emploie à sensibiliser les autres membres du gouvernement ; ✓ Le fait que le taux de déclaration des naissances atteint désormais 96,4% et que des sanctions sont prévues pour les cas de naissance non déclarée au-delà d’une année après la survenance de celle-ci ; ✓ Promotion de l’éducation par la construction d’infrastructures scolaires visant l’éducation universelle, distribution de kits scolaires, gratuité de l’école primaire et application de frais dérisoires d’un dollar pour l’inscription au secondaire – ce qui reste non accessible encore pour certains parents démunis, l’aide considérable de l’UNICEF est à noter à ce niveau ; des bourses sont octroyées aux élèves dont les mères sont démunies afin de favoriser leur scolarité ; ✓ Sachant que 70% de la population est très jeune, que 51% sont des femmes et 49% sont des hommes, le gouvernement favorise les projets d’entreprenariat des jeunes et des femmes ; ✓ Marche de sensibilisation contre les abus sexuel et violences sur mineurs ; ✓ Plusieurs initiatives pour consolider les droits des femmes sont également mises sur pied, tel que le centre de conseil contre les violences, l’Institut d’égalité du genre, le Centre d’aide pour femmes battues, les lignes vertes gratuites pour dénoncer les violences conjugales ; des postes de police existant dans chaque district et dont les agents sont sensibilisés au phénomène de la violence domestique (qui touche également les hommes), etc. ; ✓ La Prison de Sao Tomé offre 3 repas par jour au 200 détenus (dont 05 femmes), et pour y parvenir l’agriculture y est pratiquée de même que l’élevage des volailles 22
et autres ; les hommes y sont détenus séparément des femmes et les Règles Minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela) y sont respectées ; ✓ Existence de l’institut de la jeunesse qui a pour but de sensibiliser les jeunes sur la consommation des drogues, de l’alcool et sur les grossesses précoces ; ✓ Existence d’une nouvelle unité au sein du Ministère de la Justice qui aide les justiciables indigents, cette unité est composée de juristes et celle-ci informe et sensibilise lesdits justiciables sur leurs droits. 54. Les aspects nécessitant une attention sont déclinés tel que ci-dessous par la Ministre : • La non ratification de certains traités des droits humains ; • Prévalence des abus sexuels sur les mineurs ; • Prévalence des cas de jeunes-filles mères ; • Prévalence de la violence domestique ; • Prévalence de la consommation de la drogue ; • Le besoin de construction d’un nouvel édifice pour la prison qui est surpeuplée et située dans un espace inadapté ; 55. La délégation ayant noté tous ces points a requis que tout cela puisse être reflété dans le rapport périodique que Sao Tomé doit à la Commission afin que ces questions soient traitées à fond par la Commission. La délégation a alors expliqué le processus de rapports périodiques devant la Commission et mentionné que Sao Tomé pourrait rapidement rattraper son retard en cela que les mécanismes et processus nationaux de rédaction de rapports périodiques existent déjà puisque, selon les informations reçues, le pays a l’expérience du même type de processus devant les Nations Unies. 56. Les deux parties ont terminé cette discussion sur une note optimiste quant a la participation de Sao Tomé aux activités futures de la Commission et à la soumission de ses rapports périodiques dus. 3. Ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Entrepreneuriat, représentant aussi le Ministre des Ressources Naturelles 57. La Ministre Vinicius Xavier de Pina a indiqué que son Ministère travaille pour les droits des jeunes et donc est intéressé par tout ce qui touche à cet aspect tel que le fait le mandat de la Commission. 58. Il a présenté les chantiers de son ministère qui est un des plus importants du pays dans la mesure où plus de 70%de la population est jeune (a moins de 35 ans). Pour le ministre, cette réalité démographique est à la fois un potentiel et un énorme défi pour le pays parce 23
que le Gouvernement doit répondre en temps réel aux préoccupations de cette frange majoritaire de la population totale. 59. Les chantiers sont la lutte contre le chômage par l’institution d’une Direction de l’Entrepreneuriat au sein du Ministère, la création d’un Institut de la Jeunesse, la mise en place avec l’aide des partenaires au développement, du programme dénommé « elle » au profit de la jeune fille dans le secteur de l’entrepreneuriat, la lutte contre le VIH, les grossesses précoces, la drogue et autres questions relatives à la jeunesse. 60. Le ministre a par ailleurs parlé de la participation de la jeunesse dans la gouvernance et les affaires publiques. Il a fait remarquer que le parlement du pays comprend 20% de jeunes issus tant du parti au pouvoir que de l’opposition et que le plus jeune député du moment est âgé de 30 ans. Il a fait cas du projet de mise en place du parlement des jeunes des pays lusophones afin que celui-ci débatte des questions qui préoccupent les jeunes de ces pays. 61. Le ministre a rassuré la délégation de sa volonté de travailler davantage avec la Commission comme le souhaite la Commissaire Manuela qui a noté la bonne pratique de nommer les profils adéquats aux postes de gouvernance comme c’est le cas ici avec Sao Tomé qui a confié le poste de ministre de la jeunesse à une personne également jeune. 62. Relativement à la représentation du Ministre des Ressources Naturelles, M.Vinicius Xavier de Pina a informé la délégation de ce que ce dernier devrait rentrer de voyage ce jour même et donc une rencontre pourra être faite avec lui. 4. Ministre de l’Agriculture, de la Pêche et du Développement Rural 63. La discussion avec le Ministre Francisco Martins dos Ramos a débutée sur les concepts de droits humains et dignité humaine. En fait, la délégation au moyen d’une explication pédagogique de la notion des droits humains et ses liens avec la dignité humaine, a dissipé une incompréhension du Ministre qui semblait être certain que la notion de droits de l’homme est plus favorable aux bourreaux et criminels qu’aux personnes honnêtes dans la mesure où les bourreaux semblent être mieux protégés alors même qu’ils créent des torts aux honnêtes populations. Le ministre avait voulu justifier la justice populaire par cette perception que les gens ont des droits humains plus favorables aux bourreaux qu’aux victimes. 64. Le Ministre a ensuite touché aux questions de droits humains liées à son département ministériel. Ceux-ci sont la nécessité de réviser la loi relative à l’accès à la terre et les nombreuses questions liées à la terre du fait de sa rareté ou disponibilité en quantité réduite sur la base de la réalité géographique de Sao Tomé, un ensemble de petites îles. 24
65. Ainsi, selon le Ministre, même si la question de l’accès à la terre est égalitaire dans la loi pour les femmes et les hommes, il persiste de nombreux conflits fonciers du fait des traditions et de la culture. 66. Le Ministre a également mentionné les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des programmes de son ministère au profit des agriculteurs comme le crédit à ceux-ci qui est disponible mais que les bénéficiaires ne remboursent pas le plus souvent. 67. Le Ministre, allant au-delà des questions spécifiques à son ministère, a soulevé la question de la qualité de la formation des professionnels de la justice comme étant un souci majeur pour le pays. 5. Ministre de la Santé, représenté par la Ministre de la Justice 68. Sur demande de la délégation qui a formulé un certain nombre de questions ayant trait au droit à la sante, la ministre de la Justice a présenté pour le compte du ministre de la santé absent, les efforts et les défis liés à la jouissance du droit à la santé par les populations à Sao Tomé. 69. Les efforts sont multiples tels que présentés ci-dessous et se basent sur une stratégie nationale de la santé ; ✓ Le combat contre le paludisme qui est presque gagnée dans la mesure où il n y a eu aucun décès du fait de cette maladie depuis 2014 ; Sao Tomé envisage adopter une loi pour punir les personnes qui font obstruction à la pulvérisations dans le cadre de la lutte en vue de l’éradication du paludisme ; le diagnostic et les soins sont gratuits pour la maladie du paludisme ; les cas d’hospitalisation pour le paludisme sont drastiquement réduits, voire inexistants contrairement à la situation qui prévalait dans le passé ; ✓ La couverture du territoire national en infrastructures sanitaires est jugée bonne avec des hôpitaux dans tous les districts, des centres de santé communautaires et des postes de santé ; ✓ Le pays dispose de 148 médecins généralistes nationaux ; ✓ La vaccination est faite au moyen du portes- à-portes de sorte que la couverture vaccinale atteint les 100% ; ✓ Le faible taux de mortalité infantile ; 25
✓ Existence de programmes relatifs à la santé des femmes enceintes, le VIH et la gratuité des soins est appliquée aux femmes enceintes, les enfants de moins de cinq ans et les personnes âgées indigentes ; ✓ Relativement au VIH, il existe une loi, un programme d’éradication de cette pandémie dont le taux de prévalence à Sao Tomé se situe en 1% et 1,5% et la gratuité est appliquée aux antirétroviraux destinés aux femmes enceintes qui sont fournies à domicile pour celles-ci par les agents de santé ; il existe une prise en charge étatique en cas de viol pour éviter le VIH et la grossesse non désirée ( administration de la pilule du lendemain) ; il y a distribution gratuite de préservatifs et des autres moyens contraceptifs ; ✓ Il existe un hôpital de référence et environ 30 (trente) autres établissements de différentes catégories où il est possible de s'occuper des questions liées au VIH/SIDA ; ✓ La stratégie nationale de la santé avec certaines de ses composantes telles que cidessus présentées bénéficient du soutien de l’OMS, le FINUAP et de l’UNICEF. 70. Concernant les défis, la ministre a évoqué la culture et les traditions comme le principal problème à la mise en œuvre efficace de la stratégie nationale de la santé afin de permettre la jouissance optimale du droit à la santé par les populations. De ce fait, il y a des obstructions par exemple à la pulvérisation visant l’éradication du paludisme, la stigmatisation concernant le VIH, la question de l’avortement qui est controversée et punie par la loi, etc. À cela, il faut ajouter l’absence d’assurance santé au plan national, le manque de spécialistes au niveau du personnel de santé, ce qui oblige les autorités à recourir aux évacuations vers l’étranger (Portugal). 6. Ministre du Tourisme, de la Culture, du Commerce et de l'Industrie 71. Madame Maria de la Graça Lavres en sa qualité de Ministre du Tourisme a entretenu la délégation sur le travail en cours au niveau du Gouvernement pour que le tourisme profite davantage aux populations et soit fait dans le respect des droits humains. 72. Ainsi, elle cité la sensibilisation débutée depuis fin septembre 2019 à Neves, premier district choisi pour lancer la campagne sur les effets néfastes du tourisme. Ces effets néfastes sont entre autres, le tourisme sexuel et ses abus sur les enfants et les femmes, la violence dans le secteur du tourisme, y compris contre les touristes, etc. La sensibilisation se focalise aussi sur la nécessité pour les populations locales de s’approprier la question du tourisme afin que les retombées socio-économiques de cette activité puissent leur bénéficier. 26
73. La Ministre a indiqué à la délégation que les forces de sécurité sont à saluer pour leur professionnalisme et efficacité dans le domaine du tourisme et que des discussions sont en cours avec le ministère de la justice pour rendre plus sévères les sanctions pénales relatives aux infractions liées au tourisme afin de lutter contre la criminalité proéminente dans ce domaine. 74. Madame la ministre a cité la coopération internationale (avec le Portugal, l’Afrique du Sud et l’Angola par exemple) qui permet à Sao Tomé d’améliorer son secteur touristique par les rénovations de sites et lieux touristiques ainsi que la construction d’infrastructures hôtelières dont le besoin est réel. La Banque Mondiale aide à la création d’une école de tourisme et hôtelière. 75. En ce qui concerne les autres défis du secteur touristique, la ministre a cité le manque de formation des professionnels du secteur et l’absence à ce jour d’école hôtelière à Sao Tomé en est une illustration, la faible implication des entités privées nationales dans le secteur touristique du fait de leur faible capital. Ces défis sont accentués selon la ministre par l’absence de données statistiques précises sur le secteur touristique de Sao Tomé. 7. Ministre de la Présidence du Conseil des Ministres et des Affaires Parlementaires 76. Le ministre Wuando Borges Castro de Andrade a principalement abordé la question des défis économiques et culturels qui minent la volonté de Sao Tomé dans la mise en œuvre totale de ses obligations internationales en matière des droits humains. 77. Pour le ministre, malgré les avancées (comme le fait que pour la première fois de son histoire, le pays ait connu une administration ayant pu finir son mandat électoral à la tête du pays), il y a de grosses difficultés au niveau de la mise en œuvre des principes démocratiques. Celles-ci sont du fait de la taille du pays et des liens familiaux ou autres entre les acteurs publics et politiques, de sorte que de nombreux arrangements hors cadre formel et démocratique ont lieux au détriment des droits humains et des principes démocratiques. 78. Le ministre est d’avis que la non-participation et présence de Sao Tomé aux activités de la Commission est du fait du manque de ressources financières puisque le pays n’a en ce moment pas de représentant permanent au Nations Unies et cela est dû au défaut de moyens financiers pour supporter les coûts d’une telle représentation. 79. Nonobstant tous ces défis, le ministre a rassuré la délégation de la volonté de son pays à œuvrer pour un meilleur respect des droits humains en conformité avec ses obligations internationales. 8. Entretien avec le Premier Ministre 27
80. Le Premier Ministre Jorge Lopes Bom Jesus, en sa qualité de plus haute autorité du gouvernement hôte rencontrée par la délégation au cours de la mission, a souhaité la bienvenue à la délégation et insisté sur la volonté de son pays à coopérer et collaborer avec la Commission pour améliorer ses performances en matière de promotion et protection des droits humains. 81. Il a donné le contexte des droits humains de son pays et les fondamentaux de son gouvernement à cet égard. Ainsi, il a informé la délégation que son pays a une tradition historique d’hospitalité du fait des origines diverses de la population et du brassage des cultures. Il s’agit de peuples venus du continent Africain et de celui européen, voire audelà. Il a ajouté que son pays est le 2ème plus petit en taille en Afrique et est un état insulaire. Ces réalités ont des avantages et des inconvénients. Pour les avantages, il a parlé de la culture du bon voisinage et de l’esprit de fraternité qui se traduisent par les dictons comme « sont tous parents » et « sommes tous cousins à Sao Tomé et Principe. 82. De ce qui précède, selon le Premier Ministre, il y a une vision des droits de l’homme qui se dégage à Sao Tomé ; c’est le fait que ses populations sont des êtres sociaux et non individualistes. Tout le monde se connait et cela a un impact sur les questions des droits humains. 83. Pour le Premier Ministre, le système démocratique de son pays fonctionne et même s’il y a des hauts et des bas, son pays n’est pas un lieu de violence de telle sorte que l’accession à l’indépendance s’est faite dans la paix. 84. Selon le Premier Ministre, les défis économiques et financiers sont ceux qui impactent négativement sur les droits humains dans son pays car de nombreux manques sont à noter au plan social et au niveau des infrastructures. Nonobstant, de nombreuses potentialités existent qu’il faut exploiter comme la fertilité du sol et les ressources naturelles relativement abondantes puisque pratiquement vierges en termes de valorisation. 85. De ce qui précède, le Premier Ministre a réitéré l’ambition de son pays d’être un modèle en matière de promotion et protection des droits humains et ainsi, en appelle à la Commission pour soutenir cette dynamique en revenant dans son pays autant de fois que nécessaire. 86. Sur cette sollicitation du Premier Ministre, la délégation a plaidé pour qu’usant de son autorité, il assure la participation de Sao Tomé aux activités de la Commission et la soumission de ses rapports en retard. 87. Le premier Ministre a pris note de cette requête et a indiqué que les défaillances mentionnées ne sont pas une volonté de son pays mais existent par manque de moyens financiers et il va travailler avec les ministères pertinents pour que les choses se 28
normalisent. Il a par exemple émis l’idée de faire inscrire les charges financières de ces activités dans les budgets futurs de son pays. 88. Le premier Ministre a clos la rencontre par des remerciements appuyés à la délégation et la Commission en les assurant de la volonté politique de mieux faire en matière des droits de l’homme et surtout de s’assurer que la richesse du pays tel que le pétrole nouvellement découvert, profite aux populations sur un pied d’égalité, afin que celles-ci vivent dignement dans le respect et la protection de tous leurs droits humains. 9. Entretien à la Présidence de la République 89. La délégation s’est entretenue avec M. Urbino Botelho le conseiller en relations internationales du Président de la République de Sao Tomé et M. Américo Ramos, conseiller sur les questions économiques. 90. Les conseillers du Président de la République, mandatés selon eux par celui-ci ont souhaité savoir les premières conclusions de la mission afin de savoir la suite à donner à cette collaboration débutée par cette première visite de la Commission dans le pays. 91. La délégation a alors fait un tour d’horizon des activités de la mission et a insisté sur les points clefs qui doivent être pris en compte par les plus hautes autorités du pays. Ceuxci sont la participation de Sao Tomé aux activités de la Commission, la soumission de ses rapports, la situation de la prison, la situation du système judiciaire qui doit être reformé, les nombreuses reformes des textes de lois qui doivent être débutées pour certaines ou finalisées pour d’autres. La délégation a fait cas de la loi sur les personnes handicapées qui serait stagnante au niveau de la Présidence de la République en ce qui concerne sa promulgation. 92. Les conseillers du Président de la République ont indiqué à la délégation avoir pris bonne note de ces éléments et feront rapport au président tout en conseillant sur les actions qui pourraient adéquatement régler ces questions. 10. Debriefing avec la Ministre de la Justice 93. La Ministre de la Justice a reçu la délégation avant sa conférence de presse de clôture au dernier jour de la mission pour faire le point sur le déroulement des activités de la visite et discuter des perspectives relatives à cette première mission de promotion de la Commission à Sao Tomé. 94. Ainsi, les questions pressantes additives à suivre sont les suivantes : i. La nécessité urgente de mise en contact des prisonniers étrangers (un philippin et un nigérian) avec leurs ambassades respectives ; 29
ii. iii. iv. v. vi. Contacter le CICIR pour fournir des médicaments à la clinique de la prison ; La promulgation de la loi sur les personnes handicapées et la nécessite de ratifier les deux Protocoles de l’Union Africaine traitant des droits des personnes âgées et des personnes handicapées ; Traiter en urgence le cas de la pensionnaire de la Case des Petits souffrant d’hydrocéphalie, y compris par évacuation médicale à l’extérieur du pays au besoin ; Soutenir davantage les efforts des institutions sociales telles que la Case des petits et Mae Clara ; Travailler à assurer la continuité de l’administration pour que les acquis ne se perdent pas avec les changements dans les équipes gouvernantes. b) Les autorités parlementaires : l’Assemblée Nationale 95. La délégation a été reçue par l’honorable Delfin Santiago Das Neves, président de l’Assemblée Nationale en compagnie des vice-présidents de l’institution, les honorables Guilherme Otaviano Dos Ramos et Levy Nzare. Des députés et fonctionnaires de l’Assemblée Nationale étaient aussi présents à cette rencontre. 96. Le président de l’Assemblée Nationale a présenté son institution comme étant composée de 55 députées issus des 6 districts et de la région autonome qui forment la carte électorale de Sao Tomé. Il a ajouté que la mandature présente est faite de deux parties politiques, une coalition et un mouvement citoyen. 97. Questionné sur la problématique du genre au niveau de l’Assemblée Nationale, le président a informé la délégation qu’une résolution de l’institution exige une représentativité des femmes d’au moins 30% au niveau des entités devant concourir pour les sièges de l’Assemblée Nationale. Il a indiqué que les femmes représentent entre 12 et 14 pour cent des membres de l’Assemblée Nationale actuelle. Le président a porté à la connaissance de la délégation que la résolution ci-dessus mentionnée devrait être incluse dans la loi électorale selon le projet de révision de celle-ci et qu’aussi, il y a une loi sur la parité qui est en préparation. 98. Le président a par ailleurs noté le rôle crucial de l’Assemblée Nationale dans le processus de réforme des textes de loi du pays et a indiqué que son institution est à l’œuvre sur 30
cette question mais il y a des difficultés politiques avec le pouvoir exécutif qu’il espère être réglées au plus vite. 99. Selon le président de l’Assemblée Nationale, son institution est celle qui a la compétence de ratification des accords internationaux pendant que le gouvernement détient la compétence de signature et le président de la république celle de la promulgation. Ainsi, sur la base de cette compétence et celle de passer les lois, elle est en contact permanent avec le système des Nations Unies dans le pays pour faire avancer la réforme en cours dans le pays. Cette collaboration a comme exemple de réussite, le parlement des enfants institué avec l’appui de l’UNICEF. 100. L’Assemblée Nationale a aussi mentionné la question des moyens financiers comme un véritable frein à tous les efforts du pays vers le développement, la démocratie et le respect des droits humains. c) Les autorités judiciaires et sécuritaires 1. Président de la Cour Suprême (Tribunal Suprême) 101. La délégation a été entretenue par Dr. Manuel Silva Gomes Cravid, le Jugeprésident de la Cour Suprême (Tribunal Suprêmo) sur les réalités de l’institution qu’il dirige et la situation du pouvoir judiciaire en général. A cette rencontre étaient présents aussi les Juges Dr. Frederico da Glória et Dr. Silvestre da Fonseca Leite. 102. Pour le président, la Cour Suprême est plus haute instance pour juger des affaires des Droits de l’Homme, le fonctionnement est pareil que dans les autres pays lusophones (2 instances). Elle ne dispose pour le moment que de 4 juges alors que la loi prévoit que cette juridiction soit composée de 8 juges. Il faut noter que la composition actuelle de la Cour Suprême ne comprend aucune femme. 103. La cartographie des juridictions donne 3 régions judiciaires (Sao-Tomé, Lemba, Principé) et la zone sud a également besoin d’un tribunal. Il constate que les personnes vivant dans les zones rurales ont du mal à avoir accès à la justice car devant venir de très loin en général. L’idéal serait donc qu’il y’ait au moins 5 régions judiciaires. 104. Le conseil supérieur de la magistrature ne fonctionne pas correctement et n’est pas autonome à cause des conditions financières. 105. Le président de la Cour Suprême insiste sur la nécessité de réformes au niveau du système judiciaires en parallèle avec la mise à disposition de celui-ci des moyens matériels et humains lui permettant de fonctionner en toute indépendance et efficacement. Cela va permettre de régler la question des arriérés de dossiers devant les diverses juridictions du pays qui avoisineraient le millier de dossiers. 31
106. Il a fait savoir que la quasi-totalité des textes de lois qui fondent le substrat du droit applicable à Sao Tomé doit passer par une réforme et coller aux réalités du pays telles qu’elles apparaissent en cette époque et non demeurer tels que reçus de l’époque coloniale. 2. Substitut du Procureur Général de la République 107. En l’absence du procureur général, le substitut du procureur M. Roberto Raposo a reçu la délégation à laquelle il a présenté la configuration du parquet. Celui-ci est composé du Procureur Général de la République avec 3 Procureurs Adjoints. Il a indiqué que le pays compte 16 magistrats. Il a mentionné qu'il existe un Conseil supérieur de la magistrature du ministère public créé par la loi nº 13/2008 du 7 novembre. M. Roberto Raposo a ajouté que l’infraction la plus récurrente dans le pays et dont traite le système criminel est le vol. Selon lui, les cas de violence domestique ne parviennent pas pour beaucoup devant les tribunaux du fait de l’existence d’un centre de conseil sur la question. 108. Le substitut du procureur a informé la délégation de la mise en place d’une unité spéciale en charge de la question des mineurs en conflit avec la loi. 109. Il a aussi parlé de l’existence d’une inspection des services judiciaires. 110. La délégation a appris du procureur adjoint que relativement à la période de détention préventive maximum à Sao Tomé, aux termes de l'article 172 du Code de procédure pénale, la période entre l'arrestation et le début du procès est de 3 à 7 mois ; le délai de garde-à-vue est de 48 heures et 78 heures maximum. Le respect strict de ce délai serait difficile selon le procureur adjoint mais des efforts sont faits pour que le prévenu soit présenté à un juge en 24 heures après que le procureur soit saisi de son cas. Il a été noté que les distances entre le lieu de détention et la présentation du détenu au juge ont une grande influence sur le non-respect des délais. 111. Selon le substitut du procureur, les flagrants délits sont jugés le même jour. 112. La délégation a été également informée de l’existence de l’assistance judiciaire établie par une loi N° 9/2012 du 28 décembre, mais celle-ci ne fonctionne pas de façon optimale du fait des défis financiers du pays. 113. Le substitut du procureur a fait noter à la délégation que des visites sont effectuées par les magistrats pour vérifier les conditions de détention. 114. Enfin, le substitut du procureur a mentionné qu'il y a des promesses de coopération pour la réforme de la justice entre le Président de la République, le premier ministre et le président de l'Assemblée nationale et invite l'Union Africaine à y participer. 3. Police Judiciaire 32
115. La directrice (Mme Maribel Rocha) et son adjoint (M. Avelino Quaresma) ont reçu la délégation à laquelle il a été dit que même si la Police Judiciaire de Sao Tomé travaille sous la tutelle du ministère de la justice, elle est autonome au plan technique en ce qui concerne les enquêtes. 116. Cette institution uniquement présente à la capitale où elle a ses bureaux, est selon sa directrice dotée de 43 agents pour une population de 200000 habitants. Cet effectif comprend 15 femmes, y compris la directrice et dispose de 13 inspecteurs. Elle est structurée en deux sections dont l’une techniques et opérationnelle et l’autre dédiée aux enquêtes. 117. La délégation a pu constater l’inadaptation des installations de la Police Judiciaire telle que mentionnée par sa directrice au cours de l’entretien. Ces installations ne disposent pas de laboratoire et nécessitent d’autres matériels et personnels ou moyens de travail adéquats pour la mission dont est chargée la Police Judiciaire. Cela est d’autant plus urgent que la criminalité violente est en accroissement dans le pays aux dires de la directrice de la Police Judiciaire qui cite la consommation et circulation de la drogue comme une des raisons de cette tendance malheureuse. 118. La directrice de la Police Judiciaire a fait noter à la délégation que les droits de l’homme sont respectés par ses services et que les agents recrutés par concours de la fonction publique reçoivent une formation sur la question dans le cadre de leur parcours pour devenir opérationnel en qualité de membre de la Police Judiciaire. Elle a déploré l’absence d’une école ou académie de police dans le pays. 119. La directrice de la Police Judiciaire a évoqué les efforts pour éviter les violations des droits humains dans l’exercice de la mission de ses services en travaillant par exemple à ne pas avoir à garder en détention des prévenus dans les cellules inadaptées de son institution. La délégation a appris que la Police Judiciaire de Sao Tomé comporte une brigade des mineurs et des femmes. 4. Commandant de la Police Nationale 33
120. L’inspecteur général de la Police Nationale, M. Denylson Cunha et le commandant général de la Police Nationale, M. Roldao dos Santos Dias Boa Morte, ont été les interlocuteurs de la délégation pour cet entretien avec la Police Nationale. 121. Ils ont porté à la connaissance de la délégation que relativement à la formation des effectifs de la Police Nationale, les cadres supérieurs sont formés grâce aux partenariats avec le Portugal, la Russie, le Mozambique et l’Angola. Lesdites formations comprennent des modules sur les droits humains. 122. Relativement à la couverture géographique du territoire par la Police Nationale et aux statistiques sur les effectifs, les deux officiers supérieurs ont indiqué à la délégation que des postes de police existent dans tous les districts du pays et que le nombre total d’agents se situe entre 525 et 530 donc en dessous du ratio acceptable selon les standards internationaux (1 agent pour 250 habitants). Il y aurait donc un déficit de 200 à 250 agents de police à Sao Tomé et les recrutements et formations en cours privilégient celui des femmes sous-représentées dans cette institution. 123. Même si les moyens sont restreints, depuis 2015, il y’a une évolution positive dans la perception que les citoyens se font des policiers qui est en charge principalement du maintien de l’ordre. 124. Au sujet de la drogue, la Police est préoccupée par la culture de la marijuana et constate que le pays est un lieu de transit et la Police Judiciaire traite cette question criminelle. B. Les réunions avec les acteurs non-étatiques 1. Système des Nations Unies à Sao Tomé-et-Principe 125. Les membres du Système des Nations Unies à Sao Tomé que la délégation a rencontrés sont le représentant du PNUD (coordonnateur résident du système), Kasia Wawiem, l’administratrice de programme de l’UNICEF et représentante adjointe, Angela B. Lima, les Analystes de Programme du PNUD, Sabina Rams et Nelma Rite. 126. Les interlocuteurs de la délégation ont indiqué que le système des Nations Unies à Sao Tomé est en pleine mise en œuvre d’un projet visant l’incorporation ou réception de six traités dans le droit positif du pays. Ce projet est mené d’une part avec la société civile et les médias, qui travaillent à la vulgarisation des traités en question afin de les rendre accessibles aux populations ; d’autre part, le projet renforce les capacités du ministère de la justice sur lesdits traités. 34
127. Le système des Nations Unies à Sao Tomé a informé la délégation qu’avec son soutien, il y a eu la ratification et le dépôt des instruments de ratification auprès de l’Union Africaine de huit traités au mois de juin 2019. 128. Le système des Nations Unies à Sao Tomé dit aussi avoir aidé à instituer une structure de monitoring et suivi de la mise en œuvre des traités dans le pays. Il est suggéré que cette structure puisse être celle en charge des rapports périodiques comme ceux en souffrance au niveau de la Commission. 129. La délégation a appris que le 5ème et 6ème rapport périodique du pays devant le Comité des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant va être présenté en mai 2020 à Genève et ce travail a été fait avec le soutien financier et technique de l’UNICEF. 130. Les membres du système des Nations Unies à Sao Tomé ont expliqué à la délégation leur travail sur divers autres aspects touchant les droits humains dans le pays, notamment, la lutte contre les violences sexuelles, domestiques, à l’endroit des enfants, l’éducation, la santé, le VIH l’eau, l’assainissement et autres. Ils ont surtout mentionné leur projet sur la gouvernance démocratique que les Nations Unies financent et dans le cadre duquel un pacte devant la nation a été passé entre le président de la République, le président de l’assemblée nationale et le premier ministre sur la réforme du système judiciaire. 131. La délégation a félicité et encouragé le système des Nations Unies à Sao Tomé pour cet engagement notable en faveur des droits humains dans le pays et souhaité que la Commission soit associée au besoin à cette œuvre en cours, notamment sur les questions de réforme du système judiciaire. 2. Barreau de Sao Tomé-et-Principe/Plateforme des droits humains et de la Citoyenneté 132. Maitre Celia Posser, la bâtonnière du Barreau de Sao Tomé a reçu la délégation à la fois pour le compte du Barreau et de la Plateforme des Droits Humains et de la Citoyenneté. 133. Parlant de l’accès à la profession d’avocat à Sao Tomé, elle a indiqué que les aspirants doivent avoir une licence en Droit et suivre un stage de six mois au moins dans un cabinet d’avocat à la suite duquel, le maitre de stage atteste les aptitudes à la profession à travers un rapport. La déontologie et les techniques pratiques de la profession sont acquises lors du stage et non par le moyen d’une formation formelle et systématique qui n’existe pas encore dans le pays. A cet égard, le siège du Barreau est en rénovation afin de permettre une formation du type mais il manque encore les enseignants et le matériel didactique du fait de l’absence de ressources financières. 35
134. La bâtonnière a déploré le non paiements sur 3 années consécutives des sommes dues par l’État au Barreau comme contrepartie de l’assistance judiciaire fournie par celuici et donc suspension a été faite de cette prestation par le Barreau. L’assistance judiciaire est en conséquence depuis lors à la charge des fonctionnaires du ministère de la justice. 135. La bâtonnière a donné un chiffre de 183 comme étant le nombre d’avocats inscrits au Barreau du pays et la majorité de ceux-ci a été formée localement dans les trois facultés de Droit existant à Sao Tomé. Cette formation comprend les droits de l’homme selon la bâtonnière qui est certaine que les avocats du pays sont bien instruits sur la Commission et la charte de même que les autres instruments protecteurs des droits humains. 136. La bâtonnière a évoqué ses opinions sur le système judiciaire du pays qui serait politisé au point où tous les niveaux de juridiction seraient touchés par cet état de fait. 137. Intervenant sur le volet Plateforme des droits humains et de la citoyenneté, la bâtonnière a fait noter ce que les activités de la plateforme sont en stand-by pour le moment mais que la Plateforme avait pu travailler sur une proposition de loi sur l’accès à l’information et d’autres chantiers restés en suspens depuis avec pour corollaire l’accentuation de la fragilité dans la séparation des pouvoirs dans le pays, la régression de la participation civique du fait de la peur de s‘exprimer sur les affaires publiques. 138. La bâtonnière a résumé son propos par le constat que le pays est en crise et cela transparait sur tous les leviers et structures en charge de la promotion et protection des droits humains, des pratiques démocratiques et de bonne gouvernance. 3. Croix-Rouge 139. Le président (M. Frederico Estavo dos Anjos), le secrétaire général (M. Justino Lima et un membre (M. Samuel Antonio) ont représenté la Croix-Rouge au cours de l’entretien de la délégation avec cette organisation humanitaire. 140. Selon lesdits représentants, le pays n’étant pas en proie à des guerres ou des conflits armés, l’action de la Croix-Rouge porte plus sur l’aide sociale, principalement avec les personnes âgées. Ainsi, bien qu’il se pose parfois des problèmes de financement, la Croix-Rouge entretient certains partenariats avec le secteur public, l’Espagne et autres pays. 141. Par ailleurs, une des situations spécifiques soulevées par la Croix-Rouge et qui requiert un appui technique c’est l’insertion professionnelle des jeunes ; car pour l’instant son action est plus focalisée sur les personnes âgées. 142. La Croix-Rouge intervient également dans l’assistance des victimes d’incendies. 143. En ce qui concerne l’accompagnement des prisonniers, la Croix-Rouge ne veut pas s’immiscer dans les affaires internes du pays et elle ne ressent pas non plus le besoin de s’en occuper. 36
144. La délégation a encouragé la Croix-Rouge à visiter la prison et autres lieux de détention et fournir des médicaments aux détenus de la prison et à mettre en place un réseau/partenariat avec d’autres pays d’Afrique. 4. Associations des personnes handicapées et des Aveugles de Sao Tomé-etPrincipe 145. L’entretien avec les Associations des Personnes Handicapées et Mal-voyantes, a permis à la délégation de constater qu’une loi a été élaborée sur les droits des personnes vivant avec handicap mais que celle-ci n’est pas encore promulguée et donc pas encore d’applicable. Ainsi, cette frange de la population qui se situe entre 10% et 18% de la population totale du pays, se sent marginalisée et sans représentativité dans la sphère publique et sociale. C’est ce qui débouche sur l’absence d’accès à l’emploi pour les personnes vivant avec handicap, que celles-ci soient formées ou pas. Ils n'ont aucun revenu, le tabou sur les personnes handicapées dans leur famille leur est très préjudiciable et ils ont besoin d'aide pour leur propre existence. 146. Pour les aveugles et mal-voyants, il n’y a aucune école pour leur apprendre à lire ou à écrire, ce qui implique qu’ils n’ont aucune activité et donc aucune source de revenu. 147. Par ailleurs, il n'y a pas de panneaux de signalisation pour leur permettre de circuler en toute sécurité, et en ce qui concerne les personnes handicapées moteur, l'inexistence de rampes est également un problème. Ces éléments manquent d’ailleurs aux ministères de la justice, de l'administration publique et des droits de l'homme et des affaires sociales sont les exemples, qui devraient être à l’avant-garde de la promotion et protection des droits de ces personnes vulnérables. 148. Les interlocuteurs de la délégation à cette rencontre ont plaidé pour que celle-ci requiert de leur pays la ratification des traités les concernant et les autres traités des droits humains afin que cela leur soit bénéfique. 5. Entretien avec des acteurs du secteur des Médias 149. La délégation s’est entretenue avec trois personnes représentant deux structures du secteur des médias. Il s’agit d’une part du président du syndicat des journalistes et techniciens de Sao Tomé et Principe, M. Hélder Bexigas, et du président du conseil de déontologie dudit syndicat ; d’autre part, du président de l’association des journalistes et techniciens de Sao Tomé et Principe, M. Juvenal Rodriguez. 150. Les discussions sur le secteur des médias, la liberté d’expression et d’information ont abouti aux constats ci-dessous : 37
• Il y a une liberté d’expression et d’accès à l’information relative lorsque l’on compare la situation entre les temps présents et ceux sous l’ex régime ; • Les professionnels des médias sont au nombre de 100 approximativement et ne sont pas formés adéquatement dans la mesure où les gens viennent à ce métier par manque d’emplois et les personnes qualifiées pour ce métier sont dans des secteurs autres à, cause du manque d’attractivité de la profession ; • Il existe une télévision publique nationale, une radio publique nationale qui ont la plus grande couverture du territoire ; • Il y a une seule télé privée et elle est en ligne ; • Il existe un seul journal privé, deux radios privées dont l’une est la radio catholique ; cette situation fait proliférer les médias en ligne ; • Il existe des radios communautaires qui exercent dans des conditions juridiques et réglementaires précaires, 151. En plus de ce qui est mentionné ci-dessus, la délégation a appris que les médias sont très politisés et peu professionnels. 152. La délégation a noté l’existence de la loi n° 2/93 du 8 avril 1993 sur la presse, modifiée par la loi n° 3/96 du 20 juin 1996 que les acteurs rencontrés souhaitent voir révisée. 153. L'Association des journalistes compte 30 membres, qui sont des journalistes et des reporters d'images. Elle est récente et vise entre autres, la formation des professionnels du secteur. 154. Le Syndicat des journalistes, qui regroupe une centaine de professionnels, dispose d'un siège au Conseil supérieur de la presse. A. Les Visites de lieux pertinents pour les droits humains 1. Visite du District de Lemba 155. La délégation s’est déplacée dans le district de Lemba et a eu un entretien avec le maire dudit district dans la ville de Neves, chef-lieu de cette subdivision territoriale et administrative de Sao Tome. 156. La délégation a au cours de ce déplacement, fait une visite guidée du Centre Social Mae Clara. i. Entretien à la mairie du District de Lemba dans la ville de Neves 38
157. Reçue par le maire du district, M. Albertino Barros, la délégation a été entretenue par celui-ci sur les réalités de sa circonscription et les implications sur la jouissance des droits humains par ses populations. 158. Il a indiqué que le district de Lemba est la zone la plus industrialisée du pays et cela va avec des défis dont la violence liée à la consommation excessive de l’alcool, mais aussi cette industrialisation offre des opportunités comme un meilleur accès à l’emploi et donc une meilleure qualité de vie. 159. Le maire a abordé la situation politique du pays en général et soutenu que Sao Tomé est une démocratie en dépit des soubresauts passagers. Il a également fait part de sa conviction que le pays essaie de mettre en œuvre ses obligations internationales en droits de l’homme tel que le prouve, pour ce qui concerne sa circonscription administrative, le fait de mettre au cœur de ses actions de gouvernance, la question de la protection des enfants. Il a cité à cet effet, la marche verte en prévue par ses services dans les jours à venir comme il en est de tradition à cette période de l’année afin de lutter contre les abus sur les enfants. 160. M. Albertino Barros a identifié le manque de ressources financières comme défi principal à la mise en œuvre totale des traités des droits humains par son pays. Le palliatif serait pour lui plus d’unité et de coopération entre les pays africains afin de permettre le développement pour les peuples africains. 161. M. Albertino Barros a fait noter à la délégation que son district est un grand bénéficiaire de la coopération de son pays avec la Chine. 162. Pour clore son intervention, M. Albertino Barros a loué les relations de coopération et collaboration très excellentes qui existent entre la mairie et le Centre Social Mae Clara qui va être visité par la délégation. ii. Visite guidée du Centre Social Mae Clara dans la ville de Neves 163. La délégation a fait une visite guidée du Centre Social Mae Clara et a pu se faire expliquer tous les services et prestations qu’offre cette structure par la Sœur Lúcia Cândido en charge des lieux avec l’aide de personnes issues de la communauté de Lemba et au-delà. 164. Le Centre Social Mae Clara est un impressionnant dispositif tant au plan de l’infrastructure que du projet d’offres sociales qu’il porte au bénéfice de la communauté dans laquelle il est implanté et pour tout le pays. Il a été solennellement inauguré le 08 septembre 2019 et se décline en crèche, école (maternelle, primaire et secondaire), salle informatique, maison de retraite, réfectoire social, clinique dentaire, service de médecine générale, salle d’apprentissage artisanal, atelier de couture, et atelier de menuiserie. 39
165. La délégation a été impressionnée par le dynamisme de la responsable des lieux et du personnel y travaillant, elle a donc félicité et encouragé un tel engagement et pris bonne note des doléances de ce Centre Social relativement au besoin de financements. 2. Visite guidée et Entretien à la Casa dos Pequeninos 166. M. Maria de Cristo, directeur de la Caritas et Mme Felícia Sousa Pontes, directrice des lieux ont été les interlocuteurs et guides de la delegation lors de cette visite et entretien. De la visite et de l’entretien la délégation note ce qui suit : • La Casa dos Pequeninos existe depuis près de 21 ans ; pendant 16 ans, elle a fonctionné au sein de Caritas dans un petit bâtiment inapproprié pour servir et protéger des enfants. • Grâce à l’aide de la Coopération du Portugal, un nouvel édifice a été mis sur pied avec une capacité d’accueil de 40 enfants (démunis, abandonné, orphelin), mais actuellement à 44 enfants de 0 à 7 ans ; cependant, la Casa maintient un service décentralisé pour un enfant de 16 ans dont le handicap ne permet pas de se débrouiller tout seul. • Les causes pour lesquelles ces enfants arrivent à la Casa dos Pequeninos sont l’abandon par des proches, querelles entre proches, décès de proches et familles pauvres. • Son personnel est composé de 38 travailleurs formateurs et quelques psychologues, cuisiniers et agents de nettoyage. • La Casa dos Pequeninos travaille non seulement à la prise en charge de ses enfants (Éducation, maintient et soin de santé), mais aussi vise à rendre possible la réinsertion de ces enfants dans leurs familles respectives ou dans des familles d’accueil. • La Casa apprécierait plus d’activité d’éducation sociale, d’activité récréative et autres occupations pendant le temps libre. • Les dossiers de chaque enfant sont envoyés aux partenaires du gouvernement (Ministère de la justice, de la santé, du travail,) pour l’appui et l’accompagnement du travail de la Casa dos Pequeninos, qui apprécierait que ses partenaires du gouvernement s’impliquent plus, même ne fut ce qu’avec des visites de constat de temps en temps. Un seul parmi les enfants de la Casa n’est pas déclaré à l’état civil. • La Casa œuvre également pour l’adoption de ses pensionnaires y compris par des étrangers. • La coopération portugaise fournit 90% du budget annuel de l’institution, dont les priorités sont : Alimentation, Santé et Education. L’Etat de Sao Tomé alloue tous 40
les ans, une somme de 12000 Dobras à la Case des Petits et d'autres donateurs des entreprises privées, qui s'élèvent à 10 % de ce budget. Également, quelques fois, des OSC contribuent avec des dons de nourritures. 3. Visite de prisons de Sao Tomé i. La prison principale 167. Au cours de la mission, les membres de la Commission ont également fait une visite à la prison du pays. Une seule infrastructure avec plus de 130 ans d'existence et qui ne remplit pas les conditions d'une prison selon les nouvelles réalités pour tout le pays et avec une capacité d’accueil de 80 pensionnaires mais contient actuellement plus de 200 occupants dont 5 femmes dans la section féminine du complexe. 168. Des activités génératrices de revenus existent pour les prisonniers qui travaillent principalement en faveur de la communauté, en tant que peine alternative à la privation de liberté. 169. Par ailleurs, il existe une formation académique au sein de l'établissement, qui correspond au premier cycle de la scolarité - de la 1ère à la 4ème année. Ensuite, certains partent à l'étranger pour poursuivre leur formation et reviennent. Un des prisonniers a atteint la 10ème année de l'enseignement général. 170. La prison propose des cours d'agriculture, d'élevage, de pêche et d'artisanat comme formation professionnelle. 171. Le constat a été fait qu’il y’avait des soucis sanitaires, et que le bâtiment de la prison était à réhabiliter et aussi qu’il se trouvait dans une zone inadéquate car entourée par des habitations. Il ne dispose pas de parloir et utilise un espace aménagé de façon rudimentaire à cet effet. 172. A Principe, il n’y a pas de prison, la seule prison se trouve sur l’île de Sao-Tomé. 173. L’administration de la prison a énuméré des problèmes et défis tels que l’inadéquation des infrastructures, l’absence d’ambulance pour évacuer les pensionnaires en cas de nécessité lorsqu’ils sont admis à la clinique de la prison, l’absence de médicaments et l’absence de médecin propre à cette clinique qui dispose uniquement de deux infirmiers et deux auxiliaires médicaux, etc. 174. Dans des entretiens improvisés, la délégation a pu recueillir des plaintes des pensionnaires dont certains disent être maltraitées et battus. Il a été mentionné également la mauvaise qualité de la nourriture proposée par la prison et certains détenus ont dit ne pas vouloir s’exprimer par crainte des représailles. ii. La prison militaire 41
175. La prison militaire visitée offrait un cadre relativement meilleur comparé à celui de la prison civile. 176. Cette prison militaire dispose de 7 cellules, 2 cours pour parloir et il a été porté à la connaissance de la délégation que dans l’éventualité d’accueil d’un détenu de sexe féminin, des aménagements seront fait en conséquence. 177. La prison militaire se situe dans l’enceinte d’un camp militaire et accueillait au moment de la visite deux détenus dont un prévenu et une personne sous mesure disciplinaire. B. Conférence de presse 178. La délégation de la Commission a tenu une conférence de presse à la fin de sa mission pour partager avec les médias et le public les premières constatations de la mission de promotion menée dans le pays du 1er au 4 octobre 2019. DEUXIÈME PARTIE OBSERVATIONS ET ANALYSE DE LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME A SAO TOMÉ-ET-PRINCIPE 179. Les réunions et séances de travail tenues avec les parties prenantes impliquées dans la promotion et la protection des droits de l’homme ont permis à la Commission d’identifier les évolutions positives de la situation des droits de l’homme dans le pays. Toutefois, la mission a également relevé des domaines de préoccupation. 42
I. ÉVOLUTION POSITIVE DE LA SITUATION DES DROITS DE L’HOMME A SAO TOMÉ-ET-PRINCIPE 180. Les points positifs couvrent divers domaines et questions relatives aux droits humains tels que regroupées par thématique ci-dessous : Dynamique et Volonté politiques et Réformes juridiques ✓ La stabilité relative qui règne dans le pays au moment de la visite. En effet, Sao Tomé-et-Principe a connu des troubles politiques et malgré le fait qu’au moment de la visite de la délégation, le Gouvernement en place n’avait exercé que 10 mois de pouvoir d’État depuis sa survenance, les acteurs politiques et sociaux étaient dans une dynamique pacifique et avaient la volonté de trouver des solutions consensuelles et apaisées aux défis et incompréhension entre eux ; ✓ La volonté politique manifeste et l’engagement du Gouvernement de Sao Toméet-Principe en faveur de la jouissance effective des droits humains. Cette volonté se traduit par le ton apaisé et des actes forts de la part des plus hautes autorités du pays à installer un climat de pays sociale et des principes démocratiques dans le débat national et la vie quotidienne du pays. Aussi, un cadre normatif et une culture des droits humains semblent offrir au pays un terreau fertile à la promotion et protection des droits humains découlant des dispositions de la Charte et les autres instruments régionaux et internationaux ratifiés par le pays ; ✓ La dynamique nouvelle en faveur de la promotion et protection des droits de l’homme à partir de 2014 avec et après la création et l’intégration de la Direction des Droits de l’Homme au cabinet du Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme ; car auparavant il ne s’agissait que du Ministère de la Justice. De ce fait, ladite Direction porte désormais une attention particulière aux questions des Droits de l’Homme et en fonction des recommandations, elle s’emploie à sensibiliser les autres membres du gouvernement ; 43
✓ Le fait que pour la première fois de son histoire, le pays ait connu une administration ayant pu finir son mandat électoral à la tête du pays est un contexte favorable à la protection et promotion des droits humains ; ✓ L’idée des plus hautes autorités du pays de faire inscrire les charges financières de ces activités de coopération avec la Commission dans les budgets futurs de son pays ; ✓ La volonté pour les plus hautes autorités du pays de s’assurer que la richesse du pays tel que le pétrole nouvellement découvert, profite aux populations sur un pied d’égalité, afin que celles-ci vivent dignement dans le respect et la protection de tous leurs droits humains ; Ratification des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et Coopération avec la Commission ✓ Les efforts visant a remplir les obligations de rapport dans le cadre de l’Examen Periodique Universel et ceux pour la ratification de plusieurs instruments internationaux et régionaux depuis 2018 sous l’impulsion de la direction des Droits de l’Homme du Ministere de la Justice et avec le soutien des partenaires internationaux comme l’Union Africaine et le Programme des Nations Unies pour le Développement ; ✓ La soumission de deux rapports dans le cadre de l’Examen Périodique Universel et la finalisation du deuxième rapport dans le cadre de la Charte des Nations Unies pour les Droits de l’Enfant qui sera examiné en fin d’année 2020 ; ✓ Le projet tripartite Union Africaine-Nations Unies-Sao Tomé en cours d’exécution qui vise outre la ratification des instruments internationaux, y compris six traités sur les droits humains, leur domestication et application effective par le pays ; ✓ La mise en place d’une structure nationale chargée du suivi de la mise en œuvre du projet de ratification et domestication des traités internationaux tel qu’envisagées dans le projet tripartite indiqué ci-dessus ; ✓ L’acceptation par les parties prenantes y compris les acteurs étatiques que des défis énormes existent en ce qui concerne les obligations internationales en droits de l’homme de Sao Tomé-et-Principe et leur détermination à faire en sorte que ces questions soient réglées y compris à soumettre ses rapports périodiques à la Commission et à participer à ses activités comme il se doit ; 44
Institution nationale des droits de l’homme /Bureau du Médiateur ✓ Les efforts en cours en vue de la création d’une institution nationale de protection et de promotion des droits de l’homme ou d’un médiateur de la république ; La Justice ✓ L’existence d’un système d’aide aux indigents dans le cadre des procédures judiciaires (loi de 2012 sur lássistance judiciaire) ;y compris par la mise en place d’une cellule chargée de l’aide judiciaire au sein du ministère de la justice ; ✓ La mise en place d’une unité spéciale au parquet en charge de la question des mineurs en conflit avec la loi ; ✓ L’existence d’une inspection des services judiciaires ; ✓ Des efforts sont faits pour que le prévenu soit présenté à un juge en 24 heures après que le procureur soit saisi de son cas ; ✓ Les flagrants délits sont jugés le même jour ; ✓ Les avocats du pays seraient bien instruits sur la Commission et la charte de même que les autres instruments protecteurs des droits humains parce que d’une part le nombre de ceux formés localement surpasse celui de ceux l’ayant été à l’étranger et que d’autre part les facultés de Droit du pays (trois au moins) offrent dans leurs programmes de formation les enseignements sur les droits humains ; Police ✓ La garde-à-vue préventive qui est de 72 heures maximums et la période de détention préventive ne doit en aucun cas excéder 90 jours ; ✓ La police est repartie sur toute l’étendue du territoire, rendant accessible ce service public a toutes les populations ; ✓ Les droits de l’homme font partie intégrante du programme de formation de la police ; 45
✓ Autonomie de la Police Judiciaire au plan technique en ce qui concerne les enquêtes ; ✓ Les droits de l’homme seraient respectés par ses services et que les agents recrutés par concours de la fonction publique reçoivent une formation sur la question dans le cadre de leur parcours pour devenir opérationnel en qualité de membre de la Police Judiciaire ; ✓ Les efforts pour éviter les violations des droits humains dans l’exercice de la mission de ses services en travaillant par exemple à ne pas avoir à garder en détention des prévenus dans les cellules inadaptées de son institution ; ✓ La Police Judiciaire de Sao Tomé comporte une brigade des mineurs et des femmes ; ✓ Les cadres supérieurs sont formés grâce aux partenariats avec le Portugal, la Russie, le Mozambique et l’Angola. Lesdites formations comprennent des modules sur les droits humains ; ✓ Les recrutements et formations en cours privilégient celui des femmes sousreprésentées dans cette institution ; ✓ Depuis 2015, il y’aurait une évolution positive dans la perception que les citoyens se font des policiers qui est en charge principalement du maintien de l’ordre ; Prisons ✓ La Prison de Sao Tomé offre 3 repas par jour au 200 détenus (dont 05 femmes), et pour y parvenir l’agriculture y est pratiquée de même que l’élevage des volailles et autres ; ✓ Les hommes y sont détenus séparément des femmes et la référence des hautes autorités en charge de la prison aux Règles Minima es Nations Unies pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela) qui y seraient respectées ; ✓ Des activités génératrices de revenus existent pour les prisonniers de même que la formation académique et professionnelle volontaires ; ✓ Des visites sont effectuées par les magistrats pour vérifier les conditions de détention ; 46
Liberte d’expression, acces a l’information et medias ✓ Existence d’une proposition de loi sur l’accès à l’information sur laquelle a travaillee la Plateforme de la Cytoyennete ; ✓ Il y a une liberté d’expression et d’accès à l’information relative lorsque l’on compare la situation entre les temps présents et ceux sous l’ex régime ; ✓ Il existe une télévision publique nationale, une radio publique nationale qui ont la plus grande couverture du territoire ; ✓ Il y a une seule télé privée et elle est en ligne ; ✓ Il existe un seul journal privé, deux radios privées dont l’une est la radio catholique ; cette situation fait proliférer les media en ligne ; ✓ Il existe des radios communautaires qui exercent dans des conditions juridiques et réglementaires précaires ; ✓ Existence de la loi n° 2/93 du 8 avril 1993 sur la presse, modifiée par la loi n° 3/96 du 20 juin 1996 ; Action de la Societe civile et coopération entre acteurs des droits humains ✓ Existence d’une Fédération des ONGs et Organisaqtions de la Societe Civile faisant montre d’un certain dynamisme; y compris par la collaboration avec le ministère de la justice sur plusieurs points dínteret commun dont la redaction des rapports periodiques; ✓ Les ONGs et les Organisations de la Société Civile participent à la rédaction des rapports périodiques dans le cadre des relations cordiales qu’elles entretiennent avec la Direction en charge des Droits de l’Homme au Ministère de la Justice ; ✓ L’action de la Croix-Rouge dans le domaine de l’aide sociale, principalement avec les personnes âgées, son assistance aux victimes d’incendies ; ✓ Les relations de coopération et collaboration excellentes qui existent entre la Mairie et le Centre Social Mae Clara ; 47
✓ Le Centre Social Mae Clara est un impressionnant dispositif tant au plan de l’infrastructure que du projet d’offres sociales qu’il porte au bénéfice de la communauté dans laquelle il est implanté et pour tout le pays ; ✓ La Casa de Pequeninos et ses activités au profit de ses pensionnaires et autres bénéficiaires ; Femmes, Enfants, Personnes handicapées, personnes âgées et Jeunesse ✓ Existence d’une résolution de l’Assemblée Nationale qui exige une représentativité des femmes d’au moins 30% au niveau des entités devant concourir pour les sièges de l’Assemblée Nationale. La résolution ci-dessus mentionnée devrait être incluse dans la loi électorale selon le projet de révision de celle-ci et aussi, il y a une loi sur la parité qui est en préparation ; ✓ Les efforts holistiques visant à lutter contre les violences domestiques, basées sur le genre et les abus contre les mineurs y compris par la mise en place d’une législation adaptée, la création de structures et institutions à cet effet dont le centre de conseils contre les violence domestiques/conjugales, la mise en place de lignes vertes gratuites, les campagnes de sensibilisation dont la campagne du « ruban vert » contre les abus sur les mineurs, la violence domestique, les grossesses précoces, la consommation de drogue et d'autres crimes basés sur le genre, etc. ; ✓ La lutte contre le chômage par l’institution d’une Direction de l’Entrepreneuriat au sein du Ministère, la création d’un Institut de la Jeunesse, la mise en place avec l’aide des partenaires au développement, du programme dénommé « elle » au profit de la jeune fille dans le secteur de l’entrepreneuriat ; ✓ Sachant que 70% de la population est très jeune, que 51% sont des femmes et 49% sont des hommes, le gouvernement favorise les projets d’entreprenariat des jeunes et des femmes ; ✓ Le portefeuille ministériel de la jeunesse est confié à un titulaire également jeune ; ✓ Les efforts pour assurer la participation de la jeunesse dans la gouvernance et les affaires publiques comme le prouvent le fait que le parlement du pays ait en sa composition du moment 20% de jeunes issus tant du parti au pouvoir que de l’opposition et que le fait que le plus jeune député du moment soit âgé de 30 ans ; de même, il y a le projet de mise en place du parlement des jeunes des pays lusophones afin que celui-ci débatte des questions qui préoccupent les jeunes de ces pays ; 48
✓ Les efforts en matière de santé et d’éducation, y compris ceux relatifs au VIHSIDA avec un relatif faible taux de prévalence en déclin, la disponibilité et gratuité des antirétroviraux, le taux élevé de scolarisation qui est en hausse ; ✓ L’existence d’une chaine de solidarité sociale à l’endroit des personnes vulnérables comme les enfants, les personnes handicapées et les personnes âgées. Cette chaine de solidarité est notable par l’existence de structures socioéconomiques comme le centre Mae Clara, la Case des Tous Petits, la Maison des Personnes Âgées et diverses autres initiatives qui visent à s’assurer que ces personnes reçoivent l’attention que nécessite leur vulnérabilité afin de leur permettre une vie digne au même titre que tout le monde ; ✓ Le fait que le taux de déclaration des naissances atteint désormais 96,4% et que des sanctions sont prévues pour les cas de naissance non déclarée au-delà d’une année après la survenance de celle-ci ; ✓ Le fait pour le maire du district de Lemba de mettre au cœur de ses actions de gouvernance, la question de la protection des enfants ; ✓ Existence d’une loi relative à l’accès à la terre qui prévoit l’accès égalitaire à la terre entre hommes et femmes ; ✓ Existence d’une loi en attente de promulgation sur les droits des personnes handicapées ; Efforts dans le Secteur du Tourisme ✓ Les efforts visant à lutter contre le crime et autres questions préjudiciables au tourisme qui est une importante source de revenus pour le pays et ses populations ; il y a a cet effet l’exemple de la sensibilisation débutée depuis fin septembre 2019 à Neves sur les effets néfastes du tourisme, et le professionnalisme et efficacité des forces de sécurité dans le domaine du tourisme et les discussions en cours avec le ministère de la justice pour rendre plus sévères les sanctions pénales relatives aux infractions liées au tourisme afin de lutter contre la criminalité proéminente dans ce domaine ; ✓ Le recours à la cooperation internationale pour developper davantage le secteur touristique, comme par exemple le projet pilote financé par le Portugal et qui vise à la construction d’hotels, la rénovation d’édifices anciens ou historiques afin de fournir à l’industrie du tourisme davantage d’infrastructures pour son plein essor; 49
Santé et lutte contre le VIH ✓ Existence d’une stratégie nationale de la santé ; ✓ Le combat contre le paludisme qui est presque gagnée dans la mesure où il n y a eu aucun décès du fait de cette maladie depuis 2014 ; Sao Tomé envisage d’ adopter une loi pour punir les personnes qui font obstruction à la pulvérisations dans le cadre de la lutte en vue de l’éradication du paludisme ; le diagnostic et les soins sont gratuits pour la maladie du paludisme ; les cas d’hospitalisation pour le paludisme sont drastiquement réduits, voire inexistants contrairement à la situation qui prévalait dans le passé ; ✓ La couverture du territoire national en infrastructures sanitaires est jugée bonne avec des hôpitaux dans tous les districts, des centres de santé communautaires et des postes de santé ; ✓ Le pays dispose de 148 médecins nationaux ; ✓ La vaccination est faite au moyen du portes- à-portes ; ✓ Existence de programmes relatifs à la santé des femmes enceintes, le VIH et la gratuité des soins est appliquée aux femmes enceintes, les enfants de moins de cinq ans et les personnes âgées indigentes ; ✓ Relativement au VIH, il existe une loi, un programme d’éradication de cette pandémie dont le taux de prévalence à Sao Tomé est de 1,5% et la gratuité est appliquée aux antirétroviraux destinés aux femmes enceintes qui sont fournies à domicile pour celles-ci par les agents de santé ; il existe une prise en charge étatique en cas de viol pour éviter le VIH et la grossesse non désirée ( administration de la pilule du lendemain) ; il y a distribution gratuite de préservatifs et des autres moyens contraceptifs ; ✓ La stratégie nationale de la santé avec certaines de ses composantes telles que cidessus présentées bénéficient du soutien de l’OMS et de l’UNICEF. Droits économiques, sociaux et culturels ✓ Le taux élevé de scolarisation qui est en hausse ; 50
✓ La gratuité de l’enseignement primaire ; ✓ Promotion de l’éducation par la construction d’infrastructures scolaires visant l’éducation universelle, la distribution de kits scolaires, la gratuité de l’école primaire et l’application de frais dérisoires d’un dollar pour l’inscription au secondaire, octroi de bourses aux élèves dont les mères sont démunies afin de favoriser leur scolarité ; ✓ L’aide considérable de l’UNICEF au système éducatif ; par exemple à travers la prise en charge des frais d’un dollar pour l’inscription au secondaire qui reste non accessible encore pour certains parents démunis ; ✓ Existence de programmes du ministère de l’agriculture au profit des agriculteurs comme la disponibilité de crédits à ceux-ci ; II. DOMAINES DE PRÉOCCUPATION 181. En dépit des progrès enregistrés, la délégation de la Commission a rencontré certains défis qui entravent la pleine réalisation et la jouissance des droits de l’homme, à savoir : Les ressources financières, humaines et les infrastructures • L’indisponibilité, l’insuffisance, et la rareté des ressources financières nécessaires à la politique économique, sociale et développementale dans tous les secteurs de la vie du pays et des populations à Sao Tomé-et-Principe qui paralyse toutes les initiatives et autres projets ou programmes sur les droits humains ou devant avoir un impact positif sur ces derniers ; • L’insuffisance d’infrastructures socio-économiques permettant aux populations de jouir pleinement de leurs droits humains tel que le droit à la justice, à la santé et autres, surtout pour les plus vulnérables qui font face à un problème 51
d’accessibilité à ces infrastructures trop souvent éloignées de leur lieu d’habitation ; Le cadre normatif général et la dynamique entre les pouvoirs • • • • • La quasi-totalité des textes de lois qui fondent le substrat du droit applicable à Sao Tomé doit passer par une réforme et coller aux réalités du pays telles qu’elles apparaissent en cette époque et non demeurer tels que reçus de l’époque coloniale; Des difficultés politiques entre le pouvoir exécutif et celui législatif telles que mentionnées par le Président de l’Assemblée Nationale ; Le pays est en crise et cela transparait sur tous les leviers et structures en charge de la promotion et protection des droits humains, des pratiques démocratiques et de bonne gouvernance ; La Croix-Rouge ne veut pas s’immiscer dans les affaires internes du pays et elle ne ressent pas non plus le besoin de s’en occuper ; Le problème de manque de continuité de l’administration qui empêche la consolidation des acquis ; Ratification des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et Coopération avec la Commission • La non soumission par Sao Tomé-et-Principe de ses rapports initial et périodiques à la Commission depuis son accession à la Charte ; cela, en raison des ressources limitées du pays et l’absence d’un mécanisme permanent de présentation de rapports aux organes conventionnels ; • La non-participation de Sao Tomé-et-Principe aux activités de la Commission, y compris à ses sessions ordinaires ; Les barrières culturelles et traditionnelles • • De nombreux arrangements hors cadre formel et démocratique ont lieux au détriment des droits humains et des principes démocratiques ; La persistance des influences coutumières, traditionnelles et religieuses entravent les efforts pour la promotion et la protection des droits humains ; • La culture et des traditions comme étant l’un des freins au travail en cours pour la promotion et protection des droits humains en général mais spécifiquement ceux des enfants et des femmes ; INDH 52
• Sao Tomé ne dispose pas d’INDH et les discussions pour établir une telle institution sont bloquées au niveau du choix entre la formule de INDH classique et un Bureau du médiateur de la république ; Justice • La crise au niveau du pouvoir judiciaire et surtout au niveau de la Cour Suprême avec les allégations de son président soutenant que la séparation des pouvoirs ne serait pas une réalité dans le pays ; • • • • • • • • Le conseil supérieur de la magistrature ne fonctionne pas correctement et n’est pas autonome à cause des conditions financières ; Le déficit de 4 juges à la Cour suprême qui n’en dispose pour le moment que de 4 juges alors que la loi prévoit que cette juridiction soit composée de 8 juges ; L'absence de femmes à la Cour suprême du pays ; L’éloignement de la justice des populations (il faut en fait se déplacer à la capitale pour avoir accès à la justice ; les personnes vivant dans les zones rurales ont du mal à avoir accès à la justice car devant venir de très loin en général. L’idéal serait donc qu’il y’ait au moins 5 régions judiciaires ; Une formation formelle et systématique au métier d’avocat n’existe pas encore dans le pays ; Le non paiements sur 3 années consécutives des sommes dues par l’État au Barreau comme contrepartie de l’assistance judiciaire fournie par celui-ci et donc suspension a été faite de cette prestation par le Barreau ; Le système judiciaire du pays qui serait politisé au point où tous les niveaux de juridiction seraient touchés par cet état de fait ; Les autres défis de l’administration de la justice, notamment le nombre insuffisant de personnel judiciaire, la qualité de la formation de certains de ses professionnels, les piètres conditions de service ; • La pratique de la justice populaire ; Police • L’insuffisance du personnel de Police et les nombreux manques en outils adéquats pour mener la mission de police générale et de police judiciaire ; en plus du fait que les femmes ne comptent que pour 1% dans les effectifs ; 53
• Le respect strict du délai légal de gare-à-vue serait difficile selon le procureur adjoint ; • L’absence d’une école ou académie de police dans le pays ; • Au sujet de la drogue, la Police constate que le pays est un lieu de transit ; • La violence liée à la consommation excessive de l’alcool ; Prisons • Les conditions carcérales ne sont pas encore conformes aux normes internationales dans la mesure où la délégation a relevé des problèmes de surpopulation, de décence du cadre de vie dans la prison dont les infrastructures et équipements sont vétustes ; • L’absence d’ambulance pour évacuer les pensionnaires en cas de nécessité lorsqu’ils sont admis à la clinique de la prison, l’absence de médicaments et l’absence de médecin propre à cette clinique qui dispose uniquement de deux infirmiers et deux auxiliaires médicaux, etc. • Dans des entretiens improvisés, la délégation a pu recueillir des plaintes des pensionnaires dont certains disent être maltraitées et battus. Il a été mentionné également la mauvaise qualité de la nourriture proposée par la prison et certains détenus ont dit ne pas vouloir s’exprimer par crainte des représailles ; • Dans l’éventualité d’accueil d’un détenu de sexe féminin, des aménagements seront fait en conséquence à la prison militaire qui ne dispose pas de cellules destinées aux femmes prisonnières ; Liberté d’expression, accès à l’information et médias • La régression de la participation civique du fait de la peur de s‘exprimer sur les affaires publiques ; • L’inexistence d’une loi sur l’accès à l’information ; • Les médias sont politisés, et les médias partisans peuvent être clairement identifiés par le contenu de leurs organes de presse • Il n’existe aucun organisme de régulation de la presse écrite ; 54
• Les conditions d’emploi des journalistes sont très mauvaises et cela les a rendus trop vulnérables ; il en résulte que les journalistes ne respectent pas la déontologie applicable la plupart du temps ; • Les professionnels des médias sont au nombre de 100 approximativement et ne sont pas formés adéquatement dans la mesure où les gens viennent à ce métier par manque d’emplois et les personnes qualifiées pour ce métier sont dans des secteurs autres à, cause du manque d’attractivité de la profession ; • En plus de ce qui est mentionné ci-dessus, la délégation a appris que les médias sont très politisés et peu professionnels. • La délégation a noté l’existence d’une loi sur la presse que les acteurs rencontrés souhaitent voir révisée. Femmes, Enfants, Personnes handicapées, personnes âgées et Jeunesse • La faible représentation des femmes aux postes de décision ; • • L’existence du tourisme sexuel et ses abus sur les enfants et les femmes ; La forte prévalence des abus sur les mineurs, la violence domestique, les grossesses précoces, la consommation de drogue et d'autres crimes basés sur le genre ; malgré les efforts entrepris par les parties prenantes ; • Il n’existe pas de législation spécifique concernant les personnes âgées au Sao Tomé-et-Principe ; • Il n’existe pas d’écoles spéciales pour les personnes handicapées, • Une loi a été élaborée sur les droits des personnes vivant avec handicap mais que celle-ci n’est pas encore promulguée et donc pas encore d’applicable ; • Les personnes handicapées se sentent marginalisées et sans représentativité dans la sphère publique et sociale. C’est ce qui débouche sur l’absence d’accès à l’emploi pour ces personnes qu’elles soient formées ou pas. La ratification des traités les concernant a aussi été soulevée ; Droits économiques, sociaux et culturels • L’absence d’assurance santé au plan national ; 55
• Le manque de médecins spécialistes rend impossible la prise en compte locale de toutes les pathologies ; • La prévalence du chômage ; Le développement du tourisme • Le manque d’appropriation par les populations locales de la question du tourisme afin que les retombées socio-économiques de cette activité puissent leur bénéficier ; • Le manque de formation des professionnels du secteur touristique et l’absence d’école hôtelière à Sao Tomé ; • L’absence de données statistiques précises sur le secteur touristique de Sao Tomé ; • La violence dans le secteur du tourisme, y compris contre les touristes. TROISIÈME PARTIE : RECOMMANDATIONS 182. À la suite de la mission et compte tenu des défis identifiés, la Commission est d’avis que le peuple de Sao Tomé-et-Principe et ses dirigeants devraient s’engager et participer sans équivoque et sans condition au processus de réforme en cours visant à forger une nouvelle ère davantage démocratique et pacifique pour Sao Tomé-et-Principe. 183. La Commission exhorte toutes les parties prenantes à s’efforcer de réduire l’impact négatif des coutumes, traditions et pratiques culturelles, attitudes ou religieuses sur la jouissance des droits de l’homme dans le pays. 184. La Commission formule en outre les recommandations suivantes : • À l’attention du Gouvernement : Les ressources financières, humaines et les infrastructures i. User de tous les moyens appropriés, y compris la recherche de financements auprès des bailleurs de fonds internationaux, publics et privés, l’optimisation dans la gestion des finances publiques et des ressources naturelles dont la manne pétrolière nouvellement découverte, pour doter le pays des ressources financières, 56
humaines et des infrastructures faisant défaut à la mise en œuvre d’une politique favorable à la protection et promotion des droits humains dans le pays ; Le cadre normatif général et la dynamique entre les pouvoirs ii. iii. iv. v. vi. vii. Intégrer la promotion et la protection des droits de l’homme et des peuples à toutes ses actions et surtout aux réformes juridiques, politiques et institutionnelles qui sont devenues une nécessité à traiter sans délai tel que l’indique la volonté des parties prenantes rencontrées lors de la mission ; Accélérer tous les processus relatifs à l’adoption de cadres juridiques essentiels conformément aux obligations internationales du Sao Tomé-et-Principe ; Travailler à résoudre par le dialogue et le consensus basé sur les principes démocratiques et de bonne gouvernance, les difficultés politiques entre le pouvoir exécutif et celui législatif telles que mentionnées par le Président de l’Assemblée Nationale ; Œuvrer à faire cesser définitivement la situation de crise prolongée et permanente au niveau de la situation politique du pays ; Dépassionner les débats sur la sphère politique afin d’éviter la crispation des acteurs pertinents relativement à leurs capacités de participation même à titre apolitique et humanitaire au bien-être général de la population, mais surtout des personnes les plus vulnérables ; Travailler à assurer la continuité de l’administration pour que les acquis ne se perdent pas avec les changements dans les équipes gouvernantes ; Ratification des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et Coopération avec la Commission viii. Soumettre ses rapports initial et périodiques en retard, conformément à l’Article 62 de la Charte et à l’Article 26 du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique ; ix. Matérialiser l’idée d’inscription au budget général du pays les activités de participation aux travaux de la Commission et l’obligation de rapport périodique ; x. Mettre en place un mécanisme permanent chargé de garantir que le Sao Tomé-etPrincipe respecte ses obligations en matière de présentation de rapports aux organes conventionnels ; 57
xi. Utiliser tous les moyens disponibles, notamment la coopération et l’expertise internationales, pour faire face aux ressources limitées disponibles en ce qui concerne la présentation de rapports aux organes conventionnels ; INDH xii. Prendre une décision définitive sur le choix entre la mise en place d’une INDH ou d’un Bureau du Médiateur de la République ; xiii. Mettre en place et rendre opérationnelle le type d’institution pour lequel le pays aura opté en fournissant les ressources nécessaires au fonctionnement efficace et efficient de celle-ci et en travaillant avec la Commission en ce qui concerne l’élaboration d’un plan d’action national pour les droits de l’homme ; Justice xiv. Faire cesser définitivement la crise au niveau du pouvoir judiciaire et surtout au niveau de la Cour Suprême afin de mettre fin à la perception d’ineffectivité de la séparation des pouvoirs et la politisation de la justice telles que ressenties par les plus hautes autorités ; xv. xvi. xvii. xviii. xix. xx. Faire fonctionner comme il se doit le conseil supérieur de la magistrature en le dotant des moyens financiers appropriés ; Doter la Cour Suprême des 4 juges manquant afin de rendre sa composition conforme à la loi ; Assurer que la composition de la Cour Suprême comprenne des femmes pour une conformité avec les exigences d’intégration de la dimension genre ; Assurer que la répartition géographique de l’institution judiciaire permet l’accessibilité à celle-ci aux justiciables qui ne devraient plus avoir à se déplacer à la capitale pour avoir accès à la justice ; il faut créer dans l’idéal au moins 5 régions judiciaires ; Établir une formation formelle et systématique au métier d’avocat dans le pays ; Payer sans délai les arriérés des sommes dues par l’État au Barreau comme contrepartie de l’assistance judiciaire fournie par celui-ci et assurer que cette prestation par le Barreau recommence immédiatement ; 58
xxi. Doter le pouvoir judiciaire des moyens humains et matériel de qualité afin de permettre un fonctionnement conforme aux obligations internationales du pays d’un personnel suffisant et évacuer les dossiers en attente ; xxii. Lutter contre la pratique de la justice populaire par la sensibilisation et en rétablissant la confiance entre les populations et le service public de la justice ; Police xxiii. Doter la Police du personnel suffisant en plus des outils adéquats pour mener la mission de police générale et de police judiciaire ; xxiv. Travailler a plus d’inclusion du genre dans la Police au profit des femmes qui sont sous-représentées de façon criarde au niveau des effectifs ; xxv. Assurer le respect strict du délai légal de garde-à-vue ; xxvi. Établir une école ou académie de police dans le pays ; xxvii. Outiller adéquatement la Police pour lutter efficacement contre la drogue dont le pays est un lieu de transit et aussi contre la violence liée à la consommation excessive de l’alcool ; xxviii. Introduire une formation régulière aux droits de l’homme pour le personnel à tous les niveaux ; Prisons xxix. Œuvrer à rendre les conditions carcérales conformes aux normes internationales en construisant au plus vite une nouvelle prison adéquate et dans l’intérim, en travaillant sur la question de la surpopulation par l’application de peines alternatives telles que le service communautaire, et en assainissant le cadre des infrastructures de la prison ; xxx. Doter la prison d’une ambulance pour évacuer les pensionnaires en cas de nécessité lorsqu’ils sont admis à la clinique de la prison, de médicaments et d’un médecin propre à cette clinique ; xxxi. Enquêter immédiatement sur la pratique alléguée de maltraitance et de tabassage de prisonniers, afin de prendre les mesures conséquentes ; 59
xxxii. Prévoir à la prison militaire des cellules spécialement aménagées pour l’accueil des détenus de sexe féminin ; xxxiii. Améliorer les conditions de travail et les installations de l’ensemble du personnel de l’administration pénitentiaire ; xxxiv. Adopter des mesures visant à garantir que tous les détenus communiquent régulièrement avec leur famille, ambassades et à faciliter l’accès régulier des ONG et OSC aux prisons ; xxxv. Respecter les normes et principes relatifs aux prisons et aux centres de détention qui sont énoncés dans les Directives et mesures pour l’interdiction et la prévention de la torture et des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants en Afrique (Directives de Robben Island) ; xxxvi. Créer les conditions d'une formation continue du personnel pénitentiaire sur les questions liées aux droits de l'homme ; Liberté d’expression, accès à l’information et médias xxxvii. Travailler à ramener la confiance des acteurs de la société civile au processus de gouvernance afin que ces derniers y participent sans peur en conformité avec leur rôle de partie prenante clef au niveau de l’espace civique ; xxxviii. Adopter une loi sur l’accès à l’information ; xxxix. Créer les conditions pour un espaces médiatique et des professionnels du secteur à cheval sur l’éthique et la déontologie applicables ; xl. Créer un organisme de régulation de la presse écrite ; xli. Réviser la loi sur la presse pour la rendre conforme aux standards internationaux ; Femmes xlii. Adopter une loi prévoyant un quota de 50 % de femmes dans tous les postes de décision ; xliii. Entreprendre des actions de sensibilisation et d’éducation civique et offrir des mesures incitatives aux femmes afin qu’elles assument des rôles de direction et se présentent à des postes publics ; 60
xliv. Réformer les lois, systèmes et règlements afin d’éliminer les obstacles auxquels les femmes sont confrontées dans tous les secteurs de la société ; xlv. Réprimer de façon efficace la pratique du tourisme sexuel et ses abus à l’endroit des femmes ; xlvi. Réprimer de façon efficace la violence domestique et être proactif sur le traitement de cette question sociétal ; xlvii. Réviser les lois et systèmes de propriété foncière afin d’accroître la propriété et l’accès des femmes à la terre ; xlviii. Accroître les activités économiques des femmes et veiller à ce qu’elles aient accès à un financement pour soutenir leurs activités de subsistance ; Enfants et Jeunesse xlix. Réprimer de façon efficace la pratique du tourisme sexuel et ses abus à l’endroit des enfants ; l. Traiter de façon plus efficace la question de la forte prévalence des abus sur les mineurs les grossesses précoces, la consommation de drogue et d'autres crimes basés sur la vulnérabilité des enfants et des jeunes ; li. Lutter plus efficacement contre le chômage et la consommation abusive de l’alcool et de la drogue ; Personnes handicapées, personnes âgées lii. Adopter une législation spécifique concernant les personnes âgées au Sao Toméet-Principe ; liii. Assurer la promulgation de la loi qui a été élaborée sur les droits des personnes vivant avec handicap ; liv. Créer des écoles spéciales pour les personnes handicapées et assurer l’éducation inclusive des personnes handicapées, lv. Assurer l’inclusion des personnes handicapées dans tous les domaines de la vie et surtout leur représentativité dans la sphère publique et sociale ; 61
lvi. Régler la difficulté d’accès à l’emploi des personnes handicapées ; lvii. Ratifier au plus vite les Protocoles sur les Droits des Personnes Âgées et des Personnes Handicapées ; Droits économiques, sociaux et culturels lviii. lix. lx. Mettre en place une assurance santé et sécurité sociale au plan national ; Continuer les efforts dans la lutte contre le VIH ; Travailler à la formation de médecins spécialistes nationaux Le développement du tourisme lxi. lxii. lxiii. lxiv. • lxv. Sensibiliser les populations à la valeur du tourisme pour leur bien-être afin que celles-ci s’approprient cette activité pour bénéficier des retombées socioéconomiques de cette activité ; Former les professionnels du secteur touristique et créer une école hôtelière à Sao Tomé ; Travailler à disposer de données statistiques précises et actualisées sur le secteur touristique de Sao Tomé ; Pacifier le secteur du tourisme en luttant efficacement contre la violence qui y sevit. À l’attention de la société civile : Mener des actions de sensibilisation auprès de tous les groupes de la population afin de leur permettre de connaître leurs droits fondamentaux et de les faire valoir chaque fois que cela est nécessaire ; lxvi. Engager de manière constructive le Gouvernement et les parties prenantes concernées afin de participer à toutes les réformes et de maintenir la relation de collaboration qui devrait exister entre les parties prenantes clés en matière de promotion et de protection des droits de l’homme ; lxvii. Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, prendre les mesures nécessaires pour obtenir le statut d’observateur auprès de la Commission, et pour les ONG ayant 62
ledit statut, se conformer aux droits et obligations qui en découlent, à savoir soumettre leur rapport d’activité à la Commission conformément à sa résolution sur le statut d’observateur ; • lxviii. À l’attention de la communauté internationale et des partenaires : La communauté internationale et les partenaires internationaux devraient aider le Gouvernement à mobiliser le soutien humain, financier, technique et logistique nécessaire aux réformes indispensables ; lxix. La Banque mondiale, l’Union européenne, les Nations unies et la Banque africaine de développement doivent s’assurer que leur soutien aux gouvernements soit substantiel et durable lxx. Soutenir le programme de réforme du Gouvernement, notamment en ce qui concerne la protection des droits de l’homme et les secteurs de la justice et de la sécurité. lxxi. Aider le Gouvernement à s’engager dans l’élaboration d’un plan d’action national pour les droits de l’homme et à remplir ses obligations en matière de présentation de rapports aux organes conventionnels ; 185. En conclusion, tout en rassurant la disponibilité totale de la Commission à assister le Gouvernement dans toutes ses démarches relatives à la promotion et à la protection des droits de l’homme et des peuples, nous appelons le Gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires visant à mettre en œuvre les recommandations contenues dans le présent rapport et à intégrer l’état d’avancement de leur mise en œuvre à son prochain Rapport périodique d’État soumis en vertu de l’Article 62 de la Charte et de l’Article 26 du Protocole de Maputo. 63
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Created 17 juin 2026 · Edited 7 juil. 2026