Rapports de Mission

Rapport de la Mission de Promotion des droits de l'homme En RDC_ 6-12 Aout 2016

Rapport de la Mission de Promotion des droits de l'homme En RDC_ 6-12 Aout 2016.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA Commission Africaine des Droits de l’Homme & des Peuples African Commission on Human & Peoples’ Rights 31 Bijilo Annex Layout, Kombo North District, Western Region, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 4410505 / 4410506; Fax: (220) 4410504 E-mail: achpr@achpr.org; Web www.achpr.org RAPPORT DE LA MISSION DE PROMOTION DES DROITS DE L'HOMME EN RÉPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO 6 – 12 août 2016 1
REMERCIEMENTS La Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples (la Commission) est reconnaissante au Gouvernement de la République Démocratique du Congo pour avoir bien voulu accueillir une mission de promotion des droits humains effectuée par une délégation de la Commission (la délégation) du 6 au 12 août 2016. La Commission exprime sa sincère gratitude aux plus hautes autorités du pays pour avoir fourni à la délégation les facilités et le personnel nécessaires au bon déroulement de la mission. La Commission exprime également et particulièrement sa reconnaissance à Son Excellence Monsieur Alexis Thambwe Mwamba, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux et Droits Humains de la République Démocratique du Congo qui joué un rôle capital dans le succès de la mission par son implication personnelle dans l'organisation des différentes réunions. Enfin, la Commission remercie le personnel de soutien mis à la disposition de la délégation pour son assistance tout au long de son séjour et pour avoir facilité l'organisation des différentes activités de cette mission. 2
Acronymes et abréviations SIDA : Syndrome d'immunodéficience acquise: CSAC : Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication CENI: Commission Electorale Nationale Indépendante UA: Union Africaine INDH: Institution Nationale des Droits de l’Homme RDC: République Démocratique du Congo INTERPOL: Organisation Internationale de Police Criminelle UE: Union européenne VIH: Virus de l'immunodéficience humaine ONG: Organisation Non Gouvernementale CNDH: Commission Nationale des Droits de l’Homme ONU: Organisation des Nations Unies PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement 3
PREMIÈRE PARTIE I. INTRODUCTION 1. La Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples (la Charte), adoptée le 21 Juin 1981 par l'Assemblée des Chefs d'Etat et de Gouvernement à Nairobi, au Kenya, est entrée en vigueur le 21 Octobre 1986. L’article 30 établit la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples (la Commission) et en fait ainsi le principal organe de promotion des droits de l'homme de l'Union Africaine (UA). La République Démocratique du Congo (RDC) a ratifié la Charte africaine le 20 juillet 1987. 2. En vertu de l'article 45 de la Charte, la Commission a pour mandat de promouvoir les droits humains et les libertés fondamentales consacrés par la Charte, d'assurer leur protection et le suivi de leur mise en œuvre, d'interpréter ses dispositions et de fournir des conseils juridiques à la demande de l'Assemblée des Chefs d'Etat et de Gouvernement. En outre, la Commission est chargée de la collecte de documents, de la réalisation d'études et de recherches sur les problèmes africains dans le domaine des droits de l’homme et des peuples, en organisant des séminaires, des colloques et des conférences, en diffusant des informations, en encourageant les institutions nationales et locales traitant des droits de l’homme et des peuples et, le cas échéant, en donnant des conseils ou faisant des recommandations aux gouvernements. 3. C’est dans le contexte de la mise en œuvre du mandat de la promotion des droits humains de la Commission que la Commissaire, Pansy Tlakula, Présidente de la Commission et Rapporteure Spéciale sur la Liberté d’Expression et l’Accès à l’Information en Afrique, a effectué à la tête d’une délégation, une mission de promotion des droits de l'homme en RDC du 6 au 12 août 2016. 4
4. Outre la Présidente de la Commission, la délégation qui a effectué la mission comprenait la Vice-Présidente de la Commission, la Commissaire Soyata Maiga, présidente du Groupe de Travail sur les Populations/Communautés Autochtones en Afrique, et la Commissaire Reine Alapini Gansou, Commissaire en charge du suivi de la promotion et de la protection des droits de l’homme en DRC et Rapporteure Spéciale sur la Situation des Défenseurs des Droits de l’Homme en Afrique. 5. Au cours de la mission, la délégation a recueilli des informations spécifiques sur la situation des droits de l’homme en RDC, diffusé les conventions de l'UA et autres documents de la Commission. La Commission a également renforcé sa visibilité et a permis de sensibiliser tous les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux au sujet de son travail et de ses mécanismes subsidiaires. II. TERMES DE RÉFÉRENCE 6. Les objectifs de la mission étaient les suivants: ▪ promouvoir la Charte et tous les autres instruments juridiques régionaux et universels relatifs aux droits de l’homme; ▪ suivre les recommandations émises par la Commission dans ses Observations Conclusives et Finales sur le Rapport Périodique combiné de la RDC (8ème, 9ème et 10ème) couvrant la période de juillet 2003 à juillet 2007, présenté en 2009, et celles contenues dans le rapport de la mission effectuée par la Commission en RDC en 2011; ▪ renforcer les relations entre la Commission et les autorités de la RDC dans le domaine de la promotion et de la protection des droits garantis par la Charte et les autres instruments juridiques régionaux et universels pertinents ; 5
▪ engager le dialogue avec le Gouvernement de la RDC sur les mesures législatives et autres prises pour donner plein effet aux dispositions de la Charte, et des autres instruments régulièrement ratifiés; ▪ échanger les points de vue et partager les expériences sur les stratégies d'amélioration de la jouissance de ces droits avec le Gouvernement ainsi que les autres acteurs travaillant dans le domaine des droits de l'homme dans le pays; ▪ recueillir toutes informations pertinentes sur la situation des droits des femmes, des enfants, des demandeurs d’asile, des réfugiés, des migrants, des populations/communautés autochtones, des personnes âgées, des personnes handicapées et de toutes autres catégories de personnes vulnérables vivant en RDC; ▪ relever les bonnes pratiques et les mesures d'actions positives, et le cas échéant, les défis persistants ; ▪ évaluer le niveau de jouissance des droits économiques, sociaux et culturels des populations, les mesures prises par le Gouvernement pour la mise en œuvre de ces droits; ▪ recueillir les informations sur la situation des défenseurs des droits de l'homme en RDC et engager les diverses parties prenantes à comprendre les problèmes, le cas échéant, qui entravent la jouissance effective des droits de l'homme; ▪ échanger et recueillir des informations sur le secteur des industries extractives, et évaluer l’impact des industries extractives sur la vie des citoyens et sur l’environnement; ▪ recueillir les informations relatives à la question du VIH/SIDA et s’enquérir des mesures et politiques mises en place par le Gouvernement pour la prévention de cette pandémie ainsi que la protection des droits des personnes vivant avec le virus et les personnes à risque, vulnérables et affectées par la maladie; ▪ rencontrer tous les acteurs impliqués dans le domaine des droits de l’homme en vue d’échanger entre autres, sur leurs programmes, la situation des droits de l’homme dans le pays ainsi que les difficultés; 6
▪ visiter les prisons et autres lieux de détention afin de prendre connaissance des conditions d’incarcération. III. PROFILE DE LA RÉPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO A. Situation géographique et profile administratif 7. La RDC a une superficie de 2.345.409 Km2 et représente ainsi le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne. La RDC comprend la plus grande partie du bassin du fleuve Congo qui couvre une superficie de presqu’un million de kilomètres carrés. Le seul débouché du pays sur l’océan Atlantique est une étroite bande de terre sur une rive du fleuve Congo. Le pays est limité par neuf pays : à l’Est par le Burundi, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie, au Nord par la République Centrafricaine, au Nord Est par la République du Soudan du Sud, à l’Ouest par la République du Congo, au Sud-Ouest par l’Angola, au Sud Est Par la Zambie. 8. La RDC s’étend de part et d’autre de l’Equateur, un tiers du pays situé au Nord et deux tiers au Sud. Le climat est chaud et humide dans le bassin fluvial et frais et sec dans les hautes terres du Sud. Au Sud de l’Equateur, la saison des pluies dure d'octobre à mai et, au Nord de l'Equateur, d'avril à novembre. Le long de l’Equateur, la pluviométrie est relativement régulière tout au long de l’année, pendant la saison des pluies, des orages sont souvent violents mais durent rarement plus de quelques heures. La pluviométrie annuelle moyenne pour l’ensemble du pays est d’environ 107 centimètres. 9. La RDC est pourvue d’un important réseau hydrographique constitué par le fleuve Congo et ses nombreux affluents, et de nombreux lacs. Le Fleuve Congo, long de 4700 km est le deuxième au monde après l’Amazone en termes de débit, et est navigable sur la majeure partie. Il traverse l’ensemble du pays du sud est à l’Ouest où il se jette dans l’Océan Atlantique. 7
10. La RDC qui a pour capitale la gigantesque ville de Kinshasa, est divisée en 261 provinces depuis juin 2015 avec l’institution de 15 nouvelles provinces en ajout des 11 qui existaient auparavant. 11. Ainsi, le territoire congolais est subdivisé en provinces, territoires, collectivités (secteurs ou chefferie) et groupements pour les besoins administratifs. B. Contexte historique 12. République du Congo à son indépendance de la Belgique le 30 juin 1960, la RDC est devenue République Démocratique du Congo après le renversement du maréchal Mobutu (au pouvoir depuis 37 ans) par Laurent-Désiré Kabila, le 17 mai 1997. L’exZaïre sous Mobutu est depuis au cœur de la crise des Grands Lacs avec des rebondissements accentuant les clivages comme l’assassinat de Laurent Désiré Kabila en 2001, sa succession par son fils actuel Président sortant Joseph Kabila qui après une transition menée jusqu’en 2006 et l’adoption d’une nouvelle constitution le 18 février 2006, a remporté successivement en octobre 2006 et décembre 2011 deux scrutins présidentiels controversés. 13. Au moment où cette mission se déroule, il y’a un regain de tension dû aux positions antagoniques des acteurs politiques sur l’élection présidentielles arrivée à échéance et ses incertitudes tant au niveau des moyens électoraux que des acteurs de ces élections. 14. La résultante est qu’une énième fois, la communauté internationale y compris l’UA et l’ONU sont activement au chevet du pays pour éviter un embrasement dont les conséquences ne pourront être restreintes au seules frontières de la RDC mais iront Les provinces sont Bas-Uele, Equateur, Haut-Katanga, Haut-Lomani, Haut-Uele, Ituri, Kasaï, KasaïCentral, Kasaï-Oriental, Kinshasa, Kongo-Central, Kwango, Kwilu, Lomani, Lualaba, Mai-Ndombe, Maniema, Mongala, Nord-Kivu, Sud-Ubangi, Sankuru, Sud-Kivu, Sud-Ubangi, Tanganyika, Tshopo et Tshuapa. 1 8
bien au-delà pour certainement faire glisser toute la sous-région au contexte sécuritaire précaire dans une profonde crise sécuritaire aux conséquences insoupçonnées sur les droits humains C. Organisation politique 15. La Constitution du 18 février 2006 institue un régime politique semi-présidentiel basé sur la séparation des pouvoirs et organise le pouvoir sur base d’une répartition des compétences entre les institutions centrales, les institutions provinciales et celles des entités territoriales décentralisées. Elle a été révisée par une loi du 20 janvier 2011, promulguée le 1er février 2011. Cette révision concerne 8 des 229 articles que compte la Constitution. 16. Celle-ci prévoit l’organisation et l’exercice du pouvoir de la manière suivante : • Le Président de la République est dorénavant élu, à un seul tour, à la majorité simple des suffrages exprimés pour un mandat de 5 ans, renouvelable une seule fois. Il promulgue les lois et statue par voie d’ordonnance. Il peut dissoudre l’Assemblée Nationale en cas de crise persistante entre le Gouvernement et l’Assemblée. Il peut également dissoudre une Assemblée provinciale ou relever de ses fonctions un Gouverneur de province en cas de crise grave et persistante menaçant le fonctionnement régulier des institutions provinciales. Le Président est le commandant suprême des Forces Armées. Il dispose de l’initiative de la révision constitutionnelle. • Le Parlement avec les deux Assemblées dont les membres sont élus pour 5 ans, l’une au suffrage direct (Assemblée Nationale) et l’autre au suffrage indirect (Sénat). Le Parlement peut voter une motion de censure contre le Gouvernement ; en cas de majorité absolue, le gouvernement doit démissionner dans les 48 heures. 9
• Le Gouvernement : le Premier Ministre est nommé par le Président de la République au sein de la majorité parlementaire, il dirige le Gouvernement et conduit la politique de la Nation décidée en concertation avec le Président. La défense, la sécurité et les affaires étrangères ne sont plus décidées exclusivement par le Président. • Les Cours et les Tribunaux : l’indépendance du pouvoir judiciaire est affirmée, la constitution prévoit également qu’il ne peut être créé aucun tribunal d’exception. D. Situation économique 17. La RDC possède un grand potentiel de ressources naturelles et minérales. Elle a à ce jour des gisements de minerais bruts inexploités estimés à plusieurs milliards de dollars. L’économie de la RDC qui repose sur ces ressources naturelles, minérales (cuivre, cobalt, diamant, et or gérées par des entreprises d’Etat : Gécamines, Miba, Okimo, Sominki…) et énergétiques, a connu au cours des années 1980 une chute. L’économie congolaise repose aussi sur l’agriculture vivrière et des produits de la forêt qui représente plus de 60% de la superficie totale. Il existe aussi un secteur informel important en RDC. 18. Cet immense potentiel économique contraste avec les inégalités et la pauvreté qui sévit au sein de la populations faisant de ce pays un des plus pauvres au monde avec plus de 87 pour cent de la population qui vivrait au-dessous du seuil de la pauvreté et est logé à la 176 place dans le classement 2015 des pays sur la base de l’Indice de Développement Humain créé par le Programme des Nations Unies pour le Développement. 10
19. La RDC utilise le Franc Congolais comme devise officielle. Son taux de change avec les monnaies internationales fluctue et il est courant de retrouver ces dernières dans les plus bénignes transactions et échanges quotidiens. E. Contexte social 20. La RDC a une population estimée à plus de 85 millions d’habitants en 2015. La population est composée à 80 pour cent de peuples de type bantou et il existe des centaines d’ethnies en RDC. Même si les données sur la répartition des religions dans le pays ne sont pas fiables, il est possible de noter que la population congolaise est majoritairement chrétienne (catholiques et protestants), avec l’Islam comme deuxième religion en termes de nombre de fidèles. Un faible pourcentage de la population pratique l’animisme. Le niveau de vie de la majorité des populations en RDC marquée par les défaillances notables et insuffisances multiples dans les services et infrastructures socio-économiques comme l’éducation, la santé, le logement, la communication et autres éléments nécessaires à la jouissance d’un niveau de vie acceptable. 21. Le passé emmaillé des guerres et conflits à relents politiques et ethniques qui continuent d’une certaine façon de mettre à mal la stabilité du pays et de la sousrégion, a un impact négatif sur les conditions sécuritaires dans le pays de sorte que la RDC est depuis des années au cœur des préoccupations de la Communauté Internationale en ce qui concerne les pays en crise. L’une des manifestations emblématiques de cette précarité sécuritaire est la question du viol pratiquée comme arme de guerre par les protagonistes aux différents conflits ayant cours dans le pays. 22. Les revendications liées au contexte politique des élections présidentielles, sénatoriales et législatives repoussées à maintes reprises sont un élément aggravateur de la précarité sécuritaire qui prévalait dans ce pays au moment de la mission. 11
F. Cadre juridique pour la promotion et la protection des droits de l'homme 23. Au moment de l'achèvement de cette mission de promotion par la Commission, la RDC était partie aux principaux instruments des droits de l'homme qui suivent: Instruments juridiques africains • L’Acte Constitutif de l’UA ; • Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples; • Convention de l'Organisation de l’Unité Africaine régissant les Aspects Propres aux Problèmes des Réfugiés en Afrique; • Charte Africaine des Droits et du Bien-Etre de l'Enfant; • Protocole à la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples relatif aux Droits des Femmes en Afrique; Instruments juridiques universels internationaux • Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques; • Protocole facultatif au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques; • Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, visant à Abolir la Peine de Mort; • Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels; • Convention Internationale sur l'Elimination de toutes les Formes de Discrimination Raciale ; • Convention sur l'Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l'Egard des Femmes; • Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants; • Convention relative aux droits de l'enfant; • Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la participation des enfants à des les conflits armés; 12
• Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants; • Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille; • Convention relative aux droits des personnes handicapées. • Statut de Rome; • Conventions de Genève de 1949 et les deux premiers Protocoles additionnels; Cadre juridique national pour la promotion et la protection des droits de l'homme 24. La Constitution du 18 février 2006 ainsi qu'un certain nombre d'autres lois et politiques constituent le cadre juridique national pour la promotion et la protection des droits de l'homme en RDC. - 13
DEUXIÈME PARTIE I. METHODOLOGIE ET DEROULEMENT DE LA MISSION 25. La mission de promotion en RDC a été effectuée sous la forme d'interactions et de rencontres avec les plus hautes autorités et les différents acteurs impliqués dans la promotion et la protection des droits de l'homme. La délégation a également visité la prison centrale de Makala. 26. À chacune de ces rencontres, la délégation a fait une brève présentation de la Commission en mettant en exergue l’organisation, la composition, le mandat, le fonctionnement et les mécanismes subsidiaires de cette dernière. Elle a en outre présenté les objectifs de la mission et a souligné le partage des meilleures pratiques dans les domaines d'intérêt pour la mission. 27. Ainsi, les interactions et les discussions entre la délégation et les différentes autorités et parties étaient axées sur la situation des droits de l'homme en RDC. 28. À la fin des réunions, la délégation a distribu�� des publications et des documents de la Commission aux autorités et autres parties prenantes qu'elle a rencontrées. Des Publications spécifiques ont été distribuées aux autorités et parties prenantes en fonction de leurs domaines particuliers d'intervention. 29. Certains acteurs n’ayant pas pu être physiquement rencontré ont fourni à la délégation de la documentation sur leur analyse de la situation des droits de l’homme dans le pays. Cette documentation est aussi prise en compte dans les conclusions de la Commission sur cette mission de promotion. 14
II. REUNIONS TENUES PAR LA DELEGATION DE LA COMMISSION 1. Rencontres avec les entités étatiques A. Rencontres avec les autorités ministérielles i. Rencontre avec le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux et Droits Humains/Ministre intérimaire des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale 30. La délégation a entamé sa mission par une visite de courtoisie au Ministre de la Justice, Garde des Sceaux et Droits Humains. Celui-ci assurait aussi l’intérim du Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale. 31. Cette visite a été l’occasion pour la délégation de remercier le Ministre pour son implication personnelle dans la préparation de cette mission suite aux discussions qu’il avait eu avec le Bureau de la Commission en marge du Sommet de l’UA de juillet 2016. 32. Ainsi, après les civilités d’usage, le Ministre a écouté la délégation décliner le cadre et les contours de la mission tels que soumis dans les termes de références envoyés préalablement à l’arrivée la délégation en RDC. 33. Le Ministre a indiqué les mesures concrètes mises en place afin de permettre que la délégation puisse faire une consultation des plus larges possibles afin de parvenir à une évaluation objective de la situation des droits de l’homme en RDC et formuler les recommandations qui permettront au pays d’améliorer la situation où il est nécessaire de le faire. 34. La délégation a noter la bonne collaboration de la RDC avec la Commission qui se manifeste notamment par la présence assidue du vice-ministre en charge de droits de l’homme aux sessions de la Commission. Ce fut aussi l’occasion d’inviter le Ministre à participer à la 59ème Session Ordinaire qui sera l’apothéose des célébrations de l’année 2016 déclarée comme année africaine des droits de l’homme avec un accent particulier sur les droits de la femme. Le Ministre a accepté ladite invitation et a promis l’honorer personnellement si possible ou se faire représenter. 15
35. Discutant les diverses rencontres prévues au titre de la mission, le Ministre a insisté sur celle avec la Commission Electorale Nationale Indépendante comme étant très importante dans la mesure où elle permettrait de comprendre le contexte politique prévalant au moment de la mission. 36. Ayant pris congé du Ministre qui travaillait activement à l’organisation d’une réunion que la délégation doit avoir avec panel de ministres et autorités représentant des ministères et autres secteurs d’intérêt pour la mission, la délégation a brièvement continué la discussion sur certains autres aspects logistiques et pratiques de la mission avec le vice-ministre2 en charge des droits de l’homme. Ce dernier a informé la délégation de ce que la RDC s’active pour finaliser et soumettre son rapport périodique conformément à l’article 62 de la Charte. ii. Réunion conjointe avec les Ministères et autres structures gouvernementales clefs dans la promotion et la protection des droits de l’homme et des peuples 37. Etaient présents à cette rencontre le Ministre de la Justice, le Ministre de la Communication, le Ministre de la Culture et des Arts, la Ministre de la Femme, de la Famille et des Enfants, le Vice-Ministre de l’Intérieur, le Vice-Ministre de la Jeunesse et des Sports, le Vice-Ministre des Affaires Etrangères, le Commissaire Générale de Police de Kinshasa, et l’Administrateur Général de l’Agence Nationale de Renseignements. 38. La délégation après avoir campé le décor de sa mission et plus spécifiquement de cette rencontre très importante, a posé un certain nombre de questions, fait des observations sur lesquelles les autorités participant à la réunion ont réagi. L’essentiel de leurs réponses et interventions sont couvertes dans les éléments ci-dessous : 2 Monsieur Christophe Mboso N'Kodia Pwanga. 16
La volonté politique du Gouvernement à donner effectivement effets aux droits de l’homme 39. La RDC est engagée dans une nouvelle politique qui est de changer l’image négative que se fait d’elle nombre d’acteurs internationaux. Ainsi, le pays a mis en place un Ministère des Droits de l’Homme ou un Département au sein du Ministère de la Justice en charge spécifiquement des droits de l’homme. Au moment de cette visite de la délégation, la structuration du Ministère de la Justice donne de voir qu’il y’a un des trois Secrétariats en son sein qui est spécialement en charge des droits de l’homme, avec une unité spécialisée sur les défenseurs des droits de l’homme. La lutte contre l’impunité 40. La RDC a décidé et est engagée à mettre fin à l’impunité. Les illustrations de cet état de fait sont nombreuses. Ce sont entre autres : ✓ la mise en place, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Droits de l’Homme des Nations Unies, d’un système qui permet de porter à l’attention des autorités compétentes toute situation de violation des droits de l’homme; ✓ l’emprisonnement, quel que soit leur grade, de membres des forces de l’ordre coupables d’actes constitutifs de violations des droits de l’homme comme la violation de consigne et les violences sexuelles3 ; ✓ des éléments des forces de l’ordre de la RDC ayant servi sous mandat onusiens en République Centrafricaine ont été traduit devant des tribunaux en RDC pour violation des droits de l’homme au cours de leur déploiement au sein des contingents onusiens ; ✓ il a été demandé au Bureau Conjoint des Nations Unies de dénoncer les cas de violations des droits de l’homme par les forces de l’ordre de la RDC et tous ces 3 Un chiffre de 1700 policiers est donné comme étant ceux en détention dans le cadre de la lutte contre l’impunité. 17
cas sont jugés en trois jours lorsqu’ils sont portés devant les autorités compétentes ; ✓ le Ministre de la Justice a adressé une circulaire aux procureurs qui leur interdit de permettre la liberté conditionnelle aux auteurs de violences sexuelles ; ✓ les procureurs sont instruits de requérir la peine maximale applicable en l’espèce (20 ans de prison) lorsqu’il s’agit de cas de violences sexuelles ; ✓ le phénomène de violences sexuelles est en baisse de de 25 pour cent selon les statistiques internationales et cela s’applique même en ce qui concerne les forces de l’ordre ; ✓ l’utilisation en juin 2016 du Statut de Rome pour empêcher que son immunité parlementaire fasse barrage à son arrestation pour faits d’abus sexuels sur personne mineure; etc. 41. C’est certainement tous ces efforts qui ont valu la lettre de félicitation à la RDC pour le travail abattu en matière des droits de l’homme envoyée par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, suite à une mission récente dans le pays. Sur la peine de mort 42. La peine de mort existe dans le code pénal de la RDC mais elle y est à titre dissuasif parce qu’il n’y’a plus d’exécution. Les avancées et défis en matière carcérale 43. La surpopulation des prisons est une réalité dont les autorités de la RDC sont conscientes. Le nombre de prisonniers à la prison centrale de Makala est un peu moins de huit mille et il ne faut pas oublier que ce sont des criminels d’où la libération sous condition est utilisée en ce moment pour désengorger cette prison. 44. Aussi, il a été proposé à la faveur de la célébration de l’indépendance, trois ordonnances portant mesure de grâce collective. Ces mesures visent, à condition qu’ils ne soient pas en prison pour crime de sang, toutes les femmes, les personnes 18
handicapées et tous les enfants. Il s’agit de gracier des milliers de prisonniers et les procureurs généraux travaillaient sur ce dossier au moment de la mission de la Commission. 45. La réhabilitation et réouverture des prisons en cours est aussi une solution avec l’aide de l’Union Européenne. La RDC, à travers ces travaux sur les prisons, vise spécifiquement au-delà du désengorgement, la séparation des prisonniers civils de ceux appartenant aux forces de l’ordre et la lutte contre la torture4 par la mise à disposition d’un pavillon pour les gardes-à-vue. La liberté d’expression et de presse 46. La RDC pratique une culture de la liberté d’expression depuis la Conférence Nationale sous l’ex-Président Mobutu. 47. Les médias sont libres parce que même ceux qui ont des contenus « injurieux » envers les autorités sont mis en circulation librement. 48. La loi sur l’accès à l’information qu’a soutenu le Gouvernement est au niveau su Sénat et du Parlement. Cependant, même si le Gouvernement déplore le retard dans son adoption par ces deux institutions, il n’a pas d’influence sur leurs calendriers sur la base de la séparation des pouvoirs et espère que cette loi sera adoptée au plus vite pour permettre sa promulgation par le Président de la République. 49. Il est possible qu’il y’ait des journalistes en détention en RDC au moment de la mission de la Commission, mais il ne s’agirait certainement pas de détention pour exercice du journalisme. 50. Les zones hors de la capitales Kinshasa enregistrent des abus et les ministères de la justice et de la communication œuvrent de concert à maintenir la situation à zéro journaliste en prison du fait de sa profession. 4 Des actes de torture interviendraient dans les commissariats lors des gardes-à-vue. 19
51. Il est du devoir du Ministère de la Communication de faire respecter la législation en la matière et le Ministère collabore avec le CSAC et les associations professionnelles du secteur des médias dans la mise en application de ladite législation. 52. Le Ministère prend des mesures conservatoires en cas de menace à la sécurité nationale et confie ensuite et immédiatement la question au CSAC et aux organes d’autorégulation. 53. Il n’y’a pas de chevauchement de sanctions, si le CSAC affirme le contraire c’est bien parce qu’il est de composition faite de tendances différentes et peut laisser croire cet état des choses à dessein. 54. Il y’a 101 radios ou télévisions à Kinshasa, 541 entreprises de médias audiovisuels en RDC et 150 journaux à parution quotidienne. 55. Il y’a eu 4 cas de mesures conservatoires prises à l’encontre d’une radio commerciale et 3 radios communautaires qui ont été fermées par le Ministère de la Communication. Les raisons sous-tendant ces fermetures sont la diffusion d’informations pouvant démoraliser les forces de sécurité à l’Est du pays où il y’a des conflits. Leurs licences d’opérer ne sont pas retirées et ces dossiers sont confiés à la justice et au CSAC. 56. Après décision de l’une de ces structures en faveur de ces médias, il n’y’aura plus besoin de l’intervention du Ministère de la Communication pour recommencer à opérer. 57. Il y’a également 3 cas de radios et télévisions qui ont fait l’objet de mesures conservatoires pour des questions administratives en leur stricte qualité d’entreprises privées. Le Gouvernement de la RDC estime que ces diverses mesures conservatoires font l’objet d’interprétations exagérées quant à leur porté, surtout par les partenaires non-africains. Le phénomène des enfants soldats 58. L’armée a été instruite formellement afin qu’il ne soit plus pratiqué en son sein le phénomène des enfants porteurs de bagages. Il n’’aurait plus donc d’enfants 20
soldats au sein des armées de la RDC et le phénomène serait nettement en régression dans les troupes autres qu’étatiques. La ratification des traités internationaux des droits de l’homme 59. Il y’a un Etat des lieux en cours en ce qui concerne les traités internationaux des droits de l’homme qui devraient être ratifiés par la RDC et instruction a été donnée afin que les processus déjà initiés pour certains d’entre ces traités soient accélérés. Les droits des populations autochtones 60. Les populations autochtones riveraines et habitants les parcs sont associées à la protection desdits parcs et impliquées pleinement à leur gestion. Ils participent aux activités découlant du tourisme et exercent comme guides touristiques ou gardes de parcs. Les gains et produits issues de l’activité touristique concernant ces parcs sont investis à hauteur de 30 pour cent dans le développement local. 61. La RDC compte 10 parcs nationaux dont le dernier a été créé 3 mois avant la présente visite de la Commission. Les autres parcs ont été créés il y’a plus de 10 ans. Ces parcs couvrent 13 pour cent du territoire national. 62. La création du 10ème parc national a suivi un processus qui comprend plusieurs étapes y compris les enquêtes préalables concernant les implications de la création du parc sur les populations et l’environnement. La délimitation dudit parc a été faite également en tenant compte des besoins des populations. 63. La RDC rencontre des défis au niveau des anciens parcs dans la mesure où ceux-ci posent des problèmes de cohabitation avec les populations et cela surtout à l’Est du pays. Ces populations dépendent de ces parcs dont ils utilisent les ressources et cultivent les terres. Cela engendre une pression de ces populations sur l’Etat et bien souvent ces populations habitent même ces parcs. 21
64. Pour régler ces défis, il est prévu un forum avec les chefs coutumiers, les députés et autres parties prenantes afin de discuter de la préservation des parcs et les besoins des populations autochtones et riveraines. 65. Le parfait respect du droit international applicable en l’espèce est la boussole qui guide la RDC dans toutes ses actions concernant les populations autochtones. La politique de la RDC en ce qui concerne la jeunesse et les défis que posent les jeunes 66. La RDC a mis en place une politique de la jeunesse en 2009 et un comité interministériel de pilotage de ladite politique existe. 67. La RDC est préoccupée par la question de la « manipulation de la jeunesse par des officines étrangères pour la déstabilisation des régimes africains » et a participé à une conférence à Bamako sur cette question. 68. La RDC est aussi préoccupée par le fait que les auteurs d’actes terroristes sont en majorité des jeunes. Pour ce qui est de la question de l’emploi des jeunes, c’est une question transversale dont les statistiques ne pourront être communiquées à la Commission qu’après consultation avec le Ministre du Travail. La RDC maintient qu’il faut que dans le cadre du calendrier électoral, les nouveaux majeurs soient enrôlés afin de ne pas violer leurs droits humains. 69. C’est dans cette logique que le Président de la République a initié la sensibilisation pour l’enrôlement des jeunes et le Ministère de la Jeunesse compte lui emboiter le pas dès le 12 août 2016 à l’occasion de la célébration de la journée de la jeunesse. La question du genre et la protection des droits des femmes en RDC 70. Le Gouvernement de la RDC est résolument engagé sur les questions de l’égalité entre les genres et la lutte contre les violences sexuelles. 22
71. Des textes de lois attestent cet engagement et les plus en vue sont les lois de 2011 sur l’organisation de l’armée, sur la constitution de l’armée, sur la police, la loi du 15 août 2015 sur la parité qui est la résultante juridique de l’article 14 de la Constitution qui prévoit la parité. Ces textes de lois et autres intègrent la dimension genre et lui accordent une place plus importante que par le passé. 72. Il y’a aussi la révision du Code de la Famille en 2016 qui modifie plusieurs articles discriminatoires à l’égard des femmes et qui a harmonisé ledit Code pour le rendre conforme à Convention Internationale du 18 décembre 1979 sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes. 73. La RDC était au moment de la visite de la Commission en pleine préparation de son rapport sur la mise en œuvre du Protocole de Maputo. 74. La sensibilisation des parties prenantes y compris les chefs traditionnels est un moyen privilégié par la RDC pour lutter contre les mariages précoces. 75. En ce qui concerne l’autonomisation des femmes, la RDC dispose de projets et trois provinces ont été déjà ciblées pour mener des actions de terrain visant à rendre les femmes autonomes. 76. En RDC, le Ministère du Genre, Famille, et l’Enfant se limite essentiellement à la sensibilisation en ce qui concerne le VIH-SIDA parce qu’il a été mis en place une cellule5 qui s’occupe de cette pandémie. Les libertés politiques 77. La RDC compte 515 partis politiques ce qui est une preuve que l’espace politique est plus qu’ouvert dans le pays. La question des défenseurs des droits de l’homme 5 Programme National Multisectoriel de Lutte contre le SIDA 23
78. La loi sur les défenseurs des droits de l’homme est une priorité pour le Gouvernement qui veut son adoption au plus vite et le président de l’Assemblée Nationale avait indiqué à la délégation du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies qui était récemment en mission en RDC que cette loi sera une priorité lors de la session de septembre 2016. L’exercice de la mission de la Police et ses défis en matière des droits de l’homme 79. La police en RDC est en pleine réforme avec un volet concernant la formation qui prend en compte la question des droits de l’homme dans l’exercice des missions de la Police relativement aux assemblées, manifestations, aux questions touchant au genre et aux violences sexuelles. 80. La Police dispose d’une stratégie d’intégration de la dimension genre dans la lutte contre les violences basées sur le genre. La représentation des femmes dans la Police a sensiblement évoluée et cela se reflète dans leur présence au niveau des missions de maintien de paix et au sein d’INTERPOL. Bien plus, il y’a eu la nomination récente d’une femme au grade de général. 81. Ces efforts sont reconnus au niveau international par les acteurs comme l’ONU, la Southern Africa Development Community et la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale qui ont tous adressé des félicitations formelles au pays pour ses performances en la matière. 82. Le Gouvernement fournit des équipements à la Police pour lui permettre d’encadrer les manifestations en période électorale. Cependant, il y’a des problèmes lorsque la jeunesse est manipulée par les politiciens de l’opposition afin de s’opposer par la violence à la Police. 83. Les policiers ont aussi des droits humains et la Commission doit également traiter desdits droits lorsque malgré toute la retenue dont fait preuve la Police, elle se retrouve être confrontée violemment à des jeunes manifestants drogués. 24
84. La norme en RDC c’est que la Police doit s’assurer de mettre à la disposition de la justice tous les contrevenants aux lois pour qu’il y’ait sanction. 85. La tendance de cette période électorale est que les symboles de l’Etat sont sciemment attaqués pour ensuite crier à la violation des droits de l’homme lorsque les forces habilitées à empêcher ces actes font leur devoir. 86. La RDC sollicite l’envoi d’observateurs sur le terrain par la Commission pour voir comment la Police encadre les manifestations. B. Rencontres avec les institutions étatiques indépendantes ou autonomes i. Réunion avec le Président de la Commission Electorale Nationale Indépendante 87. La délégation en introduction à cette rencontre a présenté ses condoléances relativement au décès de l’ex-président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) avant de décliner ses attentes vis-à-vis des discussions qui vont suivre ; notamment être informée des dispositions prises par la CENI pour remplir son mandat en cette année électorale tout en respectant scrupuleusement les standard internationaux en la matière et qui ont une incidence sur les droits de l’homme. 88. Le président de la CENI, monsieur Corneille Nangaa Yobeluo a dans son intervention indiqué que le mandat de son institution découle de la Constitution et que la CENI se retrouve présentement à opérer dans un contexte d’année électorale avec un environnement qu’il qualifie de « méfiance absolue, suspicion permanente… ». En effet, pour lui, la CENI fait également les frais de ce contexte et toutes ses actions, interventions ou positions sont suspectées d’être destinées à favoriser telle ou telle autre partie des protagonistes de la vie politique du moment en RDC. Cela constitue donc un défi immense pour son institution. 89. A ce propos, il a critiqué le rôle de la Communauté Internationale dans la radicalisation des positions desdites parties et a invité tous les acteurs de cette Communauté Internationale à calquer leur actions en appui au dénouement heureux de la crise en 25
RDC sur celles adoptant typiquement la démarche africaine qu’utilise l’UA à travers la médiation de monsieur Edem Kodjo. 90. Venant au cœur de la pomme de discorde des protagonistes de la situation politique tendue du moment en RDC, qui est l’incertitude sur la volonté de candidater ou pas du Président de la République sortant, le président de la CENI a émis le vœux personnel que ledit Président ne fasse pas acte de candidature et que cette option dissiperait la tension. 91. Il a par ailleurs informé la délégation que c’est la CENI qui valide les candidatures aux élections et décide des dates électorales et que sur la base de la constitution en vigueur, le Président de la République sortant ne peut être retenu comme candidat. 92. Le président de la CENI a aussi indiqué que selon la constitution, le corps électoral doit être convoqué le 20 septembre 2016 par la CENI. Cependant, cela n’est vraisemblablement pas possible parce que la liste électorale n’est pas prête et ne le sera pas dans les délais avant la date du 20 septembre 2016. La liste électorale du moment est une liste datant de 2011 et qui met d’accord toutes les parties sur le fait qu’elle ne doit aucunement être utilisée en l’état pour quelle que élection que ce soit en RDC. En effet, cette position des parties découle d’un rapport de la Francophonie qui fait état de l’existence de 12 millions de nouveaux majeurs en RDC. A cela s’ajoute les cas de fraude sur les cartes d’électeurs au Rwanda et ailleurs, et le nouveau découpage électoral qui fait passer de 15 à 26 les provinces. Nonobstant tous ces défis, l’enrôlement a débuté en juillet 2016. 93. Le président de la CENI a fait noter que la position délicate de son institution dans le contexte actuel est aussi due au conflit des dispositions de la constitution qui d’une part impose à la CENI de convoquer le corps électoral à une période spécifique et qui d’autre part fait obligation à cette même institution d’enrôler tous les citoyens en âge de voter. 94. Pour le président de la CENI deux hypothèses s’offrent à son institution face à cette situation. Il s’agit pour la CENI soit de convoquer le corps électoral conformément à la période prévue par la constitution et demander par la suite à la Cour Constitutionnelle 26
de constater le fait de non enrôlement des nouveaux majeurs et en tirer les conséquences ; soit de ne pas convoquer du tout le corps électoral conformément à la constitution et laisser ainsi l’initiative à toute partie intéressée d’ester en justice contre cette inaction ou manquement de la CENI. 95. Le président de la CENI et la délégation ont aussi passé en revue d’autres défis 6 structurels, humains et matériels rendant le rôle de la CENI très complexe dans ce contexte délicat d’année électorale et ont conclu que l’implication de toutes les parties intéressées et des discussions apaisées pourront aboutir à un dénouement heureux de cette crise. ii. Réunion avec la Commission Nationale des Droits de l’Homme 96. La rencontre de la délégation avec la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) de la RDC a permis à monsieur Mwamba Mushikonke Mwamus, président de ladite institution, de présenter le mandat, les activités et défis de celle-ci. 97. Ainsi, en ce qui concerne le mandat, il découle de l’article 5 du texte créateur de la CNDH, notamment la Loi Organique N° 13/011 du 21 mars 2013 portant institution, organisation et fonctionnement de la CNDH. Cet article stipule que « La CNDH est un organisme technique et consultatif chargé de la promotion et de la protection des droits de l’homme. Elle veille au respect des droits de l’homme et des mécanismes de garantie des libertés fondamentales. » Le même article 5 établit l’indépendance de la CNDH qui n’est soumise qu’à l’autorité de la loi dans l’accomplissement de sa mission. 98. Pour ce qui concerne ses activités, il faut noter depuis la prestation de serment de ses membres le 23 juillet 2015 et sa subséquente opérationnalisation, la CNDH mène un certain nombre d’activités conformément à sa mission et à ses 20 attributions telles que prévues par l’article 6 de son texte créateur. Lesdites activités comprennent la mise en œuvre de l’avant-projet de la CNDH sur les défenseurs des droits de l’homme qui s’est 6 En ce qui concerne ces défis, la délégation et le président de la CENI ont convenu de ne pas les citer nommément en public y compris dans ce rapport dans la mesure où ils pourraient embraser davantage la situation qui prévaut. 27
matérialisée par les séminaires sur les droits de l’homme à l’endroit des députés et des sénateurs ; la visite des prisons ; les enquêtes ; le suivi constant de la situation des droits de l’homme dans le pays et surtout en cette période électorale où elle a intensifié sa collaboration avec la CENI par l’existence d’un accord formel sur la répartition des attributions entre les deux institutions ; les rencontres avec les parties prenantes avant toutes manifestations publiques pour les sensibilisation sur la nécessité de respecter les droits dans le cadre desdites manifestations ; le monitoring des procédures judiciaires relatives aux cas de violences faites aux femmes, etc. En somme, la CNDH agit sur la base d’un plan stratégique qui essaie de couvrir toutes les problématiques et questions des droits de l’homme spécifiques au contexte de la RDC, y compris les violences sexuelles, les enfants soldats, et les peuples autochtones, etc. 99. La CNDH a indiqué aussi qu’elle était dans le processus de préparation de son rapport d’activités au moment de la visite de la délégation. Ce rapport selon le texte créateur de la CNDH doit être transmis au Président de la République, au Sénat, au Gouvernement, à la Cour Constitutionnelle, à la Cour de Cassation, au Conseil d’Etat, à la Haute Cour Militaire et aux Parquets près ces juridictions. Il est également transmis à l’Assemblée Nationale où il fait l’objet d’un débat. 100. Les défis de la CNDH sont pour son président, en premier lieu l’insuffisance de ressources financières et humaines pour exécuter sa mission. Il indique à ce propos que le budget national 2015 n’avait pas pris en compte la CNDH et que celui de 2016 l’a fait mais n’a pas doté l’institution du budget tel qu’adopté par la plénière de la CNDH. Ainsi, ce budget qui prévoit l’opérationnalisation de la CNDH dans 10 provinces est nettement insuffisant dans la mesure où il existe maintenant 26 provinces et que le texte créateur de la CNDH l’oblige à avoir des bureaux dans toutes les provinces du pays. 101. La délégation ayant fait remarqué qu’un des défis majeurs de pareille institution était la question de son indépendance et c’est pour parer à cette problématique qu’il existe des standards en la matière pour les Institutions Nationales des Droits de l’Homme (INDH) 28
qui sont les Principes de Paris. En fait il a été question de savoir si la CNDH en l’état était conforme aux Principes de Paris. 102. Le président de la CNDH a répondu par l’affirmative à cette question et a référé la délégation au texte créateur de l’institution avant d’insister sur la composition diversifiée de celle-ci comme étant un gage de son indépendance. Il a aussi noté que le principe de mise en place d’une INDH est de source constitutionnelle en RDC même si la création effective de celle-ci a été opérée par la loi. 103. Le président de la CNDH réagissant aux préoccupations de la délégation sur la nécessité que celle-ci fasse partie des plateformes internationales et réseaux de pareilles institutions afin d’optimiser son efficacité, a indiqué que la CNDH fait partie du Réseau Africain des Institutions Nationales des Droits de l’Homme et est membre de l’Association Francophone des Commissions Nationales des Droits de l’Homme, collabore avec l’INDH du Burundi, du Maroc où certains de ses membres sont en mission au moment de la visite de la délégation. 104. La délégation a finalement invité la CNDH a initié le processus d’obtention du statut d’affilié près la Commission. iii. Réunion avec le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication 105. Le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), monsieur Christophe Tito Ndombi a indiqué en entame de la réunion que le CSAC est une institution d’appui à la démocratie et a pour mission de garantir la liberté d’expression et de presse tout en assurant le respect du Code de Déontologie et de l’Ethique. Sa base légale est constitutionnelle aux termes de l’article 212 de celle-ci et matérialisée par la Loi organique N° 11/001 du 10 janvier 2011 portant composition, attributions et fonctionnement du CSAC. 106. Selon le président du CSAC, son institution reçoit les dossiers administratifs des demandes de créations de médias. Son avis favorable est une condition nécessaire à l’obtention d’une licence au niveau du Ministère des Postes et Télécommunications. C’est cette licence qui permet d’obtenir une fréquence en matière audiovisuelle auprès 29
de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications au Congo qui est compétente en la matière et qui est dépendante de la Présidence de la République. 107. La délégation s’est aussi vue expliquer le mécanisme de sanction au code de déontologie existant au niveau du CSAC. En effet, l’institution peut être saisie sur plainte ou s’autosaisir suite au suivi permanent que font ses services de l’activité des médias en RDC. Ainsi, une sanction comme la suspension ne peut excéder 3 mois et toute sanction n’intervient qu’après présentation des moyens de défense par l’auteur présumé de la faute, sauf en cas de fragrance. Par ailleurs, les sanctions sont susceptibles de recours auprès du CSAC et les recours contre les décisions en appel sont faits devant la Chambre Administrative de la Cour Constitutionnelle. 108. La délégation a été informée de l’existence du système d’autorégulation au sein des medias en RDC et les organisations des medias que sont l’Observatoire de la Presse Congolaise et l’Union de la Presse sont en charge dudit mécanisme. 109. Lorsque la délégation a posé le problème des médias fermés au moment de sa visite en RDC, le président du CSAC a indiqué que ces fermetures n’émanent pas de son institution bien qu’aux termes de la loi, celle-ci soit seule habilitée à fermer un média. Il a ajouté que le ministère de tutelle ne devrait pas fermer un média du fait de son contenu (c’est le rôle du CSAC) et devrait se cantonner à traiter des questions uniquement administratives en ce qui concerne les medias. 110. Pour le président du CSAC, ces défis et manquements dans la régulation du secteur des médias découlent de la coexistence de lois conflictuelles et la solution serait de faire aboutir au plus vite la nouvelle loi sur les medias. 111. Il a également indiqué qu’une initiative pour la dépénalisation des délits de presse est à un stade avancé en ce que le projet de loi sur la question est devant le Parlement. 112. Enfin suite à la question de la délégation tendant à savoir spécifiquement comment le CSAC traite cette période sensible qu’est la période électorale en ce qui concerne les médias, le président du CSAC a indiqué que son institution prépare des textes règlementaires pour jalonner chaque période du calendrier électoral. 30
2. Rencontre avec les entités /acteurs non-étatiques 113. Les acteurs non-étatiques rencontrés lors de la mission sont le Facilitateur de l’UA, SEM Edem Kodjo et un ensemble d’ONGs œuvrant dans le domaine des droits de l’homme en RDC. i. Rencontre avec le Facilitateur SEM Edem Kodjo 114. La rencontre avec le Facilitateur de l’UA désigné pour aider au règlement de la crise en cours en RDC, a permis à la délégation d’obtenir une lecture de la situation et contexte politique prévalant au moment de la mission, émanant d’une entité tierce. Selon lui, il faut que les parties à la crise constatent qu’il est impossible de façon pratique de tenir des élections dans les délais constitutionnels et que partant de cela, il faut trouver une alternative en dialoguant. Il y va de l’intérêt supérieur des congolais et de la stabilité de toute l’Afrique qui risque de tomber dans l’instabilité au cas où la RDC elle-même glisse dans le chaos. 115. Le Facilitateur a aussi relevé les difficultés de sa tâche qui ne lui enlèvent pas moins sa volonté de parvenir à réussir sa mission qui est d’empêcher une énième crise grave en RDC qui aura encore des conséquences dommageables pour les populations. ii. Rencontre avec la Société Civile 116. La rencontre avec les acteurs de la société civile7 a été une occasion pour la délégation de présenter le mandat de la Commission, ses réalisations de même que les mécanismes par lesquels elle interagit avec les ONGs. La délégation a aussi de façon spécifique exposé ses attentes relativement à cette rencontre. 7 La liste de présence jointe en annexe à ce rapport indique les noms et prénoms des personnes ayant participé à cette rencontre, leurs titres ou fonctions de même que les organisations ou structures pour le compte desquelles elles ont participé à cette réunion avec la Commission lors de sa mission. 31
117. La délégation a posé des questions sur la situation des droits de l’homme en général aux représentants des ONGs, et en particulier, sur les thématiques couvertes par les mécanismes spéciaux de la Commission. Les ONGs ont donné leur appréciations, et fait des commentaires et des suggestions, énumérées ci-dessous : Crise politique et élections ➢ La Commission semble toujours être invitée par le Gouvernement de la RDC en période électorale et cela frise un stratagème de la part du Gouvernement pour atteindre des desseins inavoués. Par ailleurs, il aurait fallu que la rencontre avec la société civile se fasse avant les différentes interactions de la délégation avec les acteurs étatiques pour permettre une confrontation de la lecture de la situation des droits de l’homme dans le pays faite par la société civile à celle du Gouvernement ou à tout le moins disposer d’éléments à vérifier auprès de la partie gouvernementale. En préparation de cette rencontre, la société civile aurait aussi aimé être en possession de toutes les recommandations faites par la Commission à l’endroit de la RDC et dont il est dit que cette présente mission vise à faire le suivi ; ➢ Il y’a des initiatives d’observation des droits de l’homme en période électorale avec un objectif spécifique qui est de traquer tous les crimes commis dans le cadre du processus électoral ; ➢ La période électorale a des conséquences graves sur le droit à la vie dans la mesure où par purs calculs politiciens, il est créé de faux mouvements qui attentent à la vie des populations à l’Est du pays ; ➢ L’UA à travers son Facilitateur qui est présent en ce moment dans le pays encourage les violations des droits de l’homme parce que certaines des déclarations et positions de ce dernier suscitent l’organisation de manifestations par les populations qui sont réprimées par la Police. Le Facilitateur a aussi une démarche non inclusive qui n’implique pas la société civile et est vraisemblablement partisan là où il devrait être neutre. Il y’a des raisons à sa récusation par certaines parties prenantes ; 32
➢ Le retard dans le calendrier électoral tel que prévu par la constitution équivaut à une violation des droits civils et politiques des populations par les dirigeants du pays ; ➢ La justice est instrumentalisée par la majorité au pouvoir de sorte que toute personne qui exprime une divergence idéologique vis-à-vis de ladite majorité est arrêtée et emprisonnée ; ➢ La Police réprime systématiquement les manifestations et ses unités ou branches que sont l’Agence Nationale de Renseignements et Détection Militaire des Activités Anti-Patrie(DEMIAP) sont identifiées comme les plus répressifs; ➢ La société civile est politisée et cela freine son action de protection et promotion des droits de l’homme en RDC ; ➢ La société civile constate que les décisions de justice sur les cas de violation des droits de l’homme ne sont pas exécutées et souhaite une loi sur l’indemnisation des victimes des violations des droits de l’homme et un fond pour la réparation des dommages. Coopération avec la Commission ➢ La Commission doit établir un mécanisme de communication permanente avec la société civile et recevoir des rapports parallèles sur la situation des droits de l’homme préparés par celle-ci ; Prisons, Accès à la justice et son administration ➢ La délégation est à féliciter pour sa visite à la prison centrale de Makala, mais les endroits de détention les moins en conformité avec les standards internationaux en la matière n’ont pas été visités, ce sont les violons des commissariats et autres endroits secrets de détention qui existeraient à travers le pays ; ➢ Les conditions d’arrestation ne sont pas respectées et il y’à une traque des défenseurs des droits de l’homme en RDC ; 33
Famille, Femmes et enfants ➢ La réforme du Code de la Famille a été possible avec la contribution de la société civile et une avancée notable est la répression de l’adultère qui est désormais consacrée ; ➢ Il y’a conflit entre la loi sur les droits des femmes et la mise en œuvre de la parité parce que ladite loi renvoie au code électoral qui malheureusement selon l’analyse de la société civile, annule l’avancée escomptée ; ➢ Le Protocole de Maputo a été ratifié par la RDC mais selon la société civile, du fait de son inexistence dans le Journal Officiel du pays, il n’est pas invoqué dans les cours et tribunaux du pays ; ➢ Les femmes fonctionnaires rencontrent la discrimination dans leur travail où elles sont marginalisées par les chefs d’administration. Egalement, la promesse de 30 pour cent de représentation des femmes dans l’administration faite par le Président de la République n’est pas mise en œuvre. Les femmes fonctionnaires sont forcées à aller aux manifestations du pouvoir en place sous peine de répression dans le cadre de leur travail ; Populations autochtones ➢ Les populations pygmées sont marginalisées et les recommandations les concernant au terme de l’Examen Périodique Universel ne sont pas mises en œuvre par la RDC. Elles n’ont pas accès à la justice et les crimes commis contre elles restent le plus souvent impunis. Elles ne jouissent pas pleinement du droit de propriété. Elles continuent de subir les violations des droits de l’homme découlant de la relation de type maître à sujet qui est une réalité sociale en RDC dans les relations entre les pygmées et les autres populations du pays. Les femmes pygmées sont abusées par les populations bantoues et les enfants issus de ces relations ne sont pas reconnus par leurs pères. Il y’a une proposition de loi sur les peuples autochtones qui est bocquée au niveau du Parlement et la société civile souhaite que la Commission intervienne pour accélérer son adoption. Le 9 août 34
étant déclaré journée des peuples autochtones, il faut que les célébrations dans le cadre de ladite journée soient axées sur l’interpellation des autorités relativement aux problèmes des peuples autochtones en RDC ; Personnes handicapées ➢ La constitution protège les personnes handicapées en son article 49 et la RDC a ratifié en 2015 la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées. Cependant, la loi organique sur les personnes handicapées est toujours bloquée au niveau du Parlement. Les personnes handicapées en RDC rencontre de nombreux défis parmi lesquels il y’a la question de leur accessibilité aux bâtiments publics ; Droits économiques, sociaux et culturels ➢ Le droit à la propriété est violé en RDC du fait des actions de déguerpissement des commerçants installés dans certains lieux qui est effectué régulièrement depuis les cinq dernières années et qui occasionnent beaucoup de dommages et pertes matérielles pour les populations déguerpies par les forces de l’ordre sur instruction de l’Etat ; ➢ En ce qui concerne les jeunes, la gratuité de l’éducation primaire et secondaire n’est pas respectée. Ils sont confrontés au chômage et leur droit à la santé est violé. Les jeunes forment la majorité des personnes arrêtées, emprisonnées ou battues par la police lors des manifestations ; ➢ Le droit que devraient avoir les populations en RDC de vivre dignement est méconnu parce que le chômage est en hausse, les revenus des travailleurs sont insignifiants et les activités du secteur informel principalement exercés par les femmes sont précaires de par l’existence d’actions du Gouvernement comme les déguerpissements répétitifs ; 35
3. Visite à la prison centrale de Makala 118. La délégation a visité la prison centrale de Makala et a pu constater les conditions de détention en dessous des standards internationaux en la matière. Les éléments qui ont retenu l’attention particulière de la délégation sont la surpopulation de la prison, l’alimentation pauvre et insuffisante des prisonniers de même que leur accès difficile aux soins de santé. 4. Conférence de presse 119. La délégation de la Commission a tenu une conférence de presse à la fin de sa mission pour partager avec le public les premières conclusions de la mission de promotion effectuée dans le pays du 6 au 12 aout 2016. 36
TROISIÈME PARTIE OBSERVATIONS ET ANALYSE DE LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME EN RDC 120. Les réunions et séances de travail avec les acteurs impliqués dans la promotion et la protection des droits de l'homme ont permis à la Commission d’identifier les évolutions positives dans la situation des droits de l'homme du pays. Toutefois, la mission a également noté les questions sur lesquelles il faut de l’amélioration. I. LES DEVELOPPMENTS POSITIFS Sur le plan général 121. La Commission félicite le Gouvernement de la RDC pour sa volonté politique et ses efforts pour promouvoir et protéger les droits de l'homme du peuple congolais garantis par la Charte africaine et d'autres instruments régionaux et internationaux des droits de l’homme. 122. Cette volonté se traduit par la mise en œuvre effective de nombre des recommandations que la Commission a faites dans ses Observation Conclusives et Finales sur le Rapport Périodique combiné de la RDC (8ème , 9ème et 10ème) couvrant la période de juillet 2003 à juillet 2007, présenté en 2009, et celles contenues dans le rapport de la mission effectuée par la Commission en RDC en 2011. 123. Cette mise en œuvre desdites recommandations se traduit par l’adoption par la RDC de plusieurs mesures législatives et institutionnelles et la création d'organes de mise en œuvre des politiques pertinentes, plans et programmes avec un impact positif sur les droits contenus dans la Charte et les autres instruments internationaux ratifiés par le pays. Sur le plan spécifique 124. Ainsi, la Commission au titre des avancées : 37
Institution nationale des Droits de l’Homme ✓ L’adoption en 2013 d’une loi portant création de la Commission Nationale des Droits de l’Homme qui a effectivement été mise en place en 2015 ; Famille, Femmes et enfants ✓ L’adoption de la Loi sur la parité du 15 Août 2015 ; ✓ La révision du Code de la famille en conformité avec la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes ; ✓ Projets mis en place pour renforcer l’autonomisation des femmes ✓ La lutte contre l’impunité menée en parallèle avec la lutte contre les violences basées sur le genre et les violences sexuelle, se traduisant par la condamnation de milliers d’éléments des forces de défense et de sécurité à des peines de prison ferme reconnus coupables de ces actes répressibles ; ✓ La réduction sensible à hauteur de 30% des violences sexuelles selon plusieurs rapports ; ✓ La promotion et l’intégration de la dimension genre dans toutes les politiques nationales et notamment dans les services publics comme la police qui selon les informations reçues par la délégation, est un modèle sous régional d’accélération du processus de promotion du genre ; ✓ La lutte contre les pratiques néfastes comme le mariage des enfants à travers la mise en place de programmes visant la sensibilisation des chefs traditionnelles aux dangers de cette pratique ; ✓ La fin du phénomène d’enfants soldats dans les rangs des forces de défense et de sécurité régulières de la RDC ; Liberté d’association, d’expression et accès à l’information ✓ Le projet de loi initié sur la protection des Défenseurs des Droits de l’Homme ; 38
✓ La diversité du paysage médiatique et politique avec l’existence de 541 entreprises de medias audiovisuels, 150 titres journaliers de journaux, et plus de 500 partis politiques selon les statistiques fournies par les autorités ; ✓ Les efforts du gouvernement en vue d’équiper les forces chargées de l’encadrement des manifestations du matériel nécessaire à l’exercice de leur mission en conformité avec les standards internationaux en la matière ; ✓ Les efforts en vue d’actualiser le fichier électoral qui se traduit par le début effectif de l’enrôlement des électeurs, notamment les 14 millions de nouveaux majeurs ; ✓ L’appelle au dialogue entre les parties prenantes de la vie politique nationale afin de discuter les questions capables de mettre à mal l’unité, la paix, la sécurité nationales tout en portant gravement préjudice aux droits humains ; ✓ Les efforts de la Commission Electorale Nationale Indépendante pour élaborer un calendrier consensuel et précis en vue des consultations électorales prévues par la constitution ; Populations autochtones ✓ L’implication, selon les autorités, des populations autochtones et riveraines dans la gestion et protection des forêts et cadres naturels indispensables à leur survie et préservation de leur identité; Prisons, Accès à la justice et son administration ✓ La réhabilitation des lieux de détention et les projets de construction d’autres lieux de privation de liberté afin de désengorger ceux existants et améliorer les conditions de vie en milieux carcéral; ✓ Les efforts de sensibilisation visant à éradiquer la pandémie VIH-SIDA, notamment chez les jeunes et la lutte contre la transmission mère-enfant ; 39
II. LES DOMAINES DE PREOCCUPATION 125. En dépit de ces aspects positifs, la Commission note des questions qui nécessitent davantage d’efforts du Gouvernement et de tous les autres acteurs afin que les populations jouissent sans obstacles de tous leurs droits humains. 126. En effet, la Commission constate la non mise en œuvre de certaines de ses recommandations contenues dans ses Observations Conclusives et Finales sur le Rapport Périodique combiné de la RDC (8ème, 9ème et 10ème) couvrant la période de juillet 2003 à juillet 2007, présenté en 2009, et celles contenues dans le rapport de la mission effectuée par la Commission en RDC en 2011. Bien plus elle a constaté des reculs sur certains points qui constituaient une avancé en matière des droits de l’homme au moment au moment de la dernière évaluation de ladite situation par la Commission. 127. Ainsi, la Commission note avec préoccupation le contexte politique tendu du moment et les antagonismes dus à la divergence d’interprétation et compréhension des textes fondamentaux encadrant les élections. Cette réalité est source de nombreuses violations des droits de l’homme, y compris selon les informations reçues par la Commission, des arrestations et détentions arbitraires, le harcèlement judiciaire de certains acteurs politiques de l’opposition et des défenseurs des droits de l’homme, des cas de torture et de maltraitance, des cas de répression violente de manifestations qui sont elles-mêmes souvent violentes. 128. Dans la même veine, la délégation est préoccupée par : Crise politique et élections  la radicalisation des positions au niveau de l’opposition et de la majorité au pouvoir;  Le manque de soutien politique et financier au processus électoral mené par la Commission Electorale Nationale Indépendante; 40
 La poursuite des violences meurtrières dans certaines parties du pays et qui au-delà des dégâts matériels et humains occasionnés, constituent un frein au bon déroulement du calendrier électoral ;  La violence de certains manifestants et les attaques dont font l’objet les agents des forces de l’ordre ; Prisons, Accès à la justice et son administration 129. La Commission est aussi préoccupée par :  La surpopulation des prisons comme celle de Makala qui a dépassé de plus de 400% sa capacité d’accueil;  La prolongation anormale des délais de détention provisoire qui occasionne un nombre excessif de personnes en attente d’un procès qui atteint les 70% des détenus dans certaines prisons ; Famille, Femmes et enfants  La persistance des violences sexuelles et celle basées sur le genre dans les parties du pays qui restent en proie à la loi des groupes armés; Liberté d’association, d’expression et accès à l’information  L’absence d’un cadre juridique clair sur la régulation des medias occasionnant des cas de violation de la liberté de presse et d’information tels que la fermeture abusive d’organes de presse, avec notamment les fermetures opérées par le Ministère de tutelle alors même que cette compétence revient au CSAC;  La lenteur du processus d’adoption du projet de loi sur la dépénalisation des délits de presse qui est encore pendante devant le Parlement ; 41
Mise en place d’un cadre juridique favorable aux droits de l’homme  La lenteur du processus de ratification des conventions internationales signées par la RDC, notamment la Charte sur la démocratie, les élections et la gouvernance signée en 2008;  La lenteur dans le processus d’adoption par le Senat et le Parlement de textes de loi important tels que le projet de loi sur l’accès à l’information, le projet de loi sur les medias, la proposition de loi relative aux droits des populations autochtones pygmées, la loi sur les défenseurs des droits de l’homme, etc. ;  La non opérationnalisation de la CNDH dans les provinces due au manque de moyens financiers et de cadre juridique approprié ; Coopération avec la Commission  Le manque d’engagement du Gouvernement de la RDC dans le mécanisme contentieux de la Commission qui se traduit par le défaut à soumettre les arguments du pays dans toutes les Communications pendantes devant la Commission; 42
PARTIE III I. RECOMMANDATIONS 130. Suite à la mission et en tenant compte des défis identifiés, la Commission formule les recommandations suivantes: AU GOUVERNEMENT DE LA RDC ▪ En ce qui concerne le contexte politique et les élections : i. la Commission appelle toutes les parties prenantes notamment le gouvernement et les partis politiques de l’opposition à s’engager sincèrement et sans conditions dans le processus du dialogue soutenu par la communauté internationale sous l’égide de l’Union Africaine qui a dépêché le Facilitateur Monsieur Edem Kodjo en RDC; ii. La Commission appelle toutes les parties prenantes à soutenir les efforts de la Commission Electorale Nationale Indépendante visant à établir un calendrier électorale consensuel et une liste électorale fiable et actualisée, incluant tous les nouveaux majeurs et autres; iii. La Commission demande au Gouvernement de fournir à la Commission Electorale Nationale Indépendante tous les moyens financiers, humains, techniques et autres moyens logistiques nécessaires à la conduite de sa mission ; elle appelle aussi les partenaires internationaux à aider le Gouvernement dans cette œuvre ; ▪ Sur les autres questions, la Commission appelle le Gouvernement à: Prisons, Accès à la justice et son administration iv. Assurer que les délais de détention provisoires sont conformes aux obligations internationales de la RDC et prendre toutes les mesures nécessaires pour aligner 43
les conditions de détention aux standards internationaux ; notamment en continuant ses efforts pour désengorger les prisons ; Famille, Femmes et enfants v. Assurer que les efforts de lutte contre l’impunité, les violences sexuelles, les violences basées sur le genre, le mariage des enfants, le phénomène des enfants soldats et autres soient maintenus et soutenus jusqu'à l’éradication totale de ces pratiques qui mettent gravement à mal les droits humains; vi. Mettre en place des mécanismes de réhabilitation et d’indemnisation des victimes des violences sexuelles, de la torture, des violences basées sur le genre ou de toutes autres violation grave des droits de l’homme; Liberté d’association, d’expression et accès à l’information vii. Garantir que la liberté de presse, le droit à l’information et la liberté d’association sont protégés de toute interférence illégale et illégitime ; viii. Sensibiliser les forces de défense et de sécurité au respect des droits de l’homme dans leurs missions et leur fournir davantage d’équipements indispensables à l’exercice de leurs fonctions dans le respect des standards internationaux, surtout dans un contexte de période électorale; Mise en place d’un cadre juridique favorable aux droits de l’homme ix. Accélérer l’adoption et la promulgation de tous les projets de lois visant à améliorer la jouissance de tous leurs droits humains par toutes les populations, y compris le projet de loi sur l’accès à l’information, le projet de loi sur les media, la proposition de loi relative aux droits des populations autochtones pygmées, la loi sur les défenseurs des droits de l’homme, etc.; Droits économiques sociaux et culturels x. Fournir davantage d’efforts dans la lutte contre la pandémie VIH-SIDA; 44
xi. Accentuer ses efforts visant à lutter contre le chômage des jeunes ; xii. Mettre à la disposition de la Commission Nationale des Droits de l’Homme les moyens financiers nécessaires à son opérationnalisation effective dans tout le pays; Coopération avec la Commission xiii. S’engager activement dans le mécanisme contentieux de la Commission en soumettant chaque fois les arguments de la RDC dans toutes les Comminations contre elle pendantes devant la Commission, ce en vertu du principe du contradictoire; xiv. Prendre toutes les dispositions nécessaires pour se mettre à jour de ses rapports périodiques en en vertu de l’article 62 de la Charte, tout en s’assurant que celuici respecte les format et contenu édictés par la Commission; notamment inclure les mesures prises pour mettre en œuvre le Protocole à la Charte et relatif aux Droits de la Femme en Afrique, etc. AUX ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE xv. Collaborer avec les réseaux disponibles afin d'assurer la promotion et la protection des droits de l’homme en RDC ; xvi. Augmenter le niveau d'information et de partage d'expérience à travers la création de réseaux thématiques; xvii. Contribuer à la vulgarisation des instruments de promotion et de protection des droits de l’homme par la sensibilisation, l'information et la formation des citoyens ; xviii. Soumettre systématiquement à la Commission des rapports alternatifs sur la situation des droits de l’homme en RDC; xix. Pour celles qui ne l’ont pas encore, prendre les mesures nécessaires pour obtenir le statut d'observateur auprès de la Commission, et pour les ONGs détentrices 45
dudit statut d’observateur, se conformer aux droits et obligations découlant dudit statut. AUX MÉDIAS xx. Mener une sensibilisation et des activités de la culture des droits humains à travers des campagnes médiatiques ; xxi. Faire preuve de professionnalisme dans l'exercice de leurs fonctions et contribuer au rétablissement d’un climat de paix et de confiance au sein des populations à travers des contenus médiatiques élaborés en conséquence. AUX AGENCES DES NATIONS UNIES ET A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE xxii. La Commission demande enfin à la communauté internationale et aux divers partenaires internationaux de continuer leur soutien aux efforts en cours pour garantir la promotion et la protection des droits de l’homme en RDC. 131. En conclusion, nous appelons le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations contenues dans le présent rapport. 46
ANNEXES I. Liste des représentants des 47 ONG rencontrés à Kinshasa

Created 16 juin 2026 · Edited 7 juil. 2026