Rapports de Mission

Rapport de la Mission de promotion conjointe en République de Guinée-Bissau – 16-20 juillet 2018

Rapport de la mission conjointe de promotion en République de Guinée-Bissau – 16-20 Juillet 2018.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA Commission Africaine des Droits de l’Homme & des Peuples African Commission on Human & Peoples’ Rights 31 Bijilo Annex Layout, Kombo North District, Western Region, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 4410505/4410506; Fax: (220) 4410504; E-mail: au-banjul@africa-union.org; Web www.achpr.org RAPPORT DE LA MISSION CONJOINTE DE PROMOTION EN RÉPUBLIQUE DE GUINÉE-BISSAU RÉDIGÉ PAR COMMISSAIRE MARIA TERESA MANUELA COMMISSAIRE REMY NGOY LUMBU COMMISSAIRE MAYA SAHLI FADEL ET COMMISSAIRE JAMESINA E.L.KING 16 - 20 JUILLET 2018 1
TABLE DES MATIÈRES REMERCIEMENTS Pg. 3 RÉSUMÉ ANALYTIQUE Pg. 4 1.0 INTRODUCTION Pg. 5 1.1 Composition de la Délégation 1.2 Termes de référence 1.3 Engagements antérieurs entre la Commission et la Guinée-Bissau 1.4 Profil du pays 1.5 Méthodologie 2.0 CONSTATATIONS Pg. 10 2.1 Mesures législatives et autres mesures visant à mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine 2.2 Accès à la justice 2.3 Droit à la vie, exécutions extrajudiciaires et sommaires 2.4 Interdiction de la torture 2.5 Prisons et conditions de détention 2.6 Police judiciaire et agences chargées de l’application de la loi 2.7 Liberté de réunion et d’association 2.8 Liberté d’expression et accès à l’information 2.9 Défenseurs des droits de l’homme 2.10 Droits des réfugiés, demandeurs d’asile, migrants et personnes déplacées 2.11 2.12 2.13 2.14 2.15 2.16 Droits économiques, sociaux et culturels 2.11.1 Droit au logement 2.11.2 Droit à l’emploi 2.11.3 Droit à la santé et accès aux soins de santé 2.11.4 Droit à l’éducation Droits civils et politiques Droits des femmes et des enfants Droits des personnes âgées et des personnes handicapées Industries extractives et environnement Conflit et justice transitionnelle 3.0 RECOMMANDATIONS Pg.24 ANNEXES Pg.32 - Annexe 1 : Liste des personnes rencontrées lors des réunions Annexe 2 : Programme de la mission 2
REMERCIEMENTS La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) tient à exprimer sa gratitude au Gouvernement de la République de Guinée-Bissau (la GuinéeBissau) pour avoir autorisé cette Mission de promotion et pour avoir fourni à sa Délégation toutes les commodités et le personnel nécessaires à son succès, ainsi que pour le dialogue franc et constructif qui a eu lieu lors de la Mission. La Commission souhaite en particulier exprimer sa reconnaissance au ministère des Affaires étrangères et au Représentant de la Mission de l’Union africaine en GuinéeBissau au niveau du Bureau de liaison de l’Union africaine, qui ont accompagné la Délégation tout au long de sa Mission, pour les excellentes commodités mises en place qui ont permis à la Délégation de rencontrer une variété d’acteurs gouvernementaux et autres, afin d’avoir une vision assez représentative de la situation des droits de l’homme dans le pays. La Commission souhaite également remercier tous les représentants des divers ministères, des institutions statutaires indépendantes, des organisations de la société civile (OSC) et autres institutions, ainsi que des médias et des particuliers qui ont réussi à consacrer du temps pour rencontrer sa Délégation. 3
RÉSUMÉ ANALYTIQUE La Commission a entrepris, du 16 au 20 juillet 2018, une Mission de promotion d’une durée de cinq (5) jours en Guinée-Bissau et a rencontré diverses autorités gouvernementales et des représentants issus d’organisations intergouvernementales et non gouvernementales (ONG). Cette Mission a été entreprise conformément à l’Article 45 (1) de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine), qui donne mandat à la Commission de promouvoir le respect des droits garantis, d’en surveiller la mise en œuvre, d’assurer la protection des droits et libertés qui y sont énoncés et d’interpréter la Charte. La Mission de promotion avait pour objectif de dialoguer avec les acteurs étatiques et non étatiques, notamment les syndicats et les OSC, sur la situation actuelle des droits de l’homme et des peuples qui prévaut dans le pays, de promouvoir la Charte africaine et ses divers protocoles et de sensibiliser les parties prenantes en Guinée-Bissau aux travaux de la Commission. Il a été relevé un certain nombre de points de préoccupation pour lesquels des recommandations ont été formulées, afin d’assurer la promotion et la protection efficaces des droits de l’homme en Guinée-Bissau. Dans le présent Rapport, la Commission propose un certain nombre de recommandations, exhortant notamment le Gouvernement à accélérer la ratification des instruments régionaux et internationaux et à appliquer les lois existantes, à construire de nouvelles prisons pour éviter la surpopulation carcérale et améliorer les conditions de détention, à abolir les pratiques traditionnelles préjudiciables existantes, notamment les mutilations génitales féminines (MGF), les mariages précoces et forcés, à lutter contre le phénomène de la traite des enfants et, en particulier, à la situation critique des enfants talibés, ainsi qu’à résoudre le problème du taux alarmant de chômage des jeunes. La Commission invite également le Gouvernement à mettre en place un mécanisme indépendant de surveillance de la police pour mener des enquêtes sur les allégations de violations des droits de l’homme commises par la police et former également les agents de police et les agents chargés de l’application de la loi. 4
INTRODUCTION 1.1 Composition de la Délégation 1. La Délégation de la Commission était composée des personnalités ci-après : i. l’honorable Commissaire Maria Teresa Manuela, Commissaire Rapporteure sur la situation des droits de l’homme en République de GuinéeBissau et Rapporteure spéciale sur les prisons, les conditions de détention et les services de police en Afrique ; ii. l’honorable Commissaire Maya Sahli-Fadel, Rapporteure spéciale sur les réfugiés, les demandeurs d’asile, les personnes déplacées et les migrants en Afrique ; iii.l’honorable Commissaire Rémy Ngoy Lumbu - Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits de l’homme ; et iv. l’honorable Commissaire Jamesina E.L. King - Présidente du Groupe de travail sur les droits économiques, sociaux et culturels en Afrique ; et v. Mme Irène Désirée Mbengue, juriste principale et Mme Aminata Jawara Manga, juriste du Secrétariat de la Commission, ont assisté les honorables commissaires et fourni un soutien technique à la Délégation pendant la Mission. 1.2 Termes de référence 2. Le mandat de la Mission en Guinée-Bissau se déclinait comme suit : i. promouvoir la Charte africaine, le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo) et d’autres instruments juridiques régionaux relatifs aux droits de l’homme ; ii. renforcer les relations entre la Commission et les autorités de la République de Guinée-Bissau dans les domaines de la promotion et de la protection des droits consacrés par la Charte africaine et d’autres instruments nationaux, régionaux et internationaux pertinents relatifs aux droits de l’homme ; iii. procéder à un échange de vues et à un partage d’expériences avec le Gouvernement et les principales parties prenantes travaillant dans le domaine 5
des droits de l’homme et sur les stratégies visant à améliorer la jouissance des droits de l’homme dans le pays ; iv. engager un dialogue avec le Gouvernement en ce qui concerne les mesures législatives et autres mesures prises visant à donner effet aux dispositions de la Charte africaine, du Protocole de Maputo et des autres instruments relatifs aux droits de l’homme ratifiés par le pays ; v. vi. faire un plaidoyer en faveur de la ratification des instruments juridiques régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme que la GuinéeBissau n’a pas encore ratifiés ; rechercher des informations sur les questions relatives aux droits de l’homme revêtant un intérêt particulier pour la Commission, notamment la situation, inter alia, dans les prisons et les conditions de détention, la situation des droits humains des femmes et des enfants, des réfugiés, des migrants et des personnes déplacées, la liberté d’expression, d’association et de réunion, la prévention de la torture, la situation des défenseurs des droits de l’homme, l’indépendance de l’appareil judiciaire, les industries extractives, les personnes âgées et les personnes handicapées, les populations/communautés autochtones et les personnes vivant avec le VIH/sida ; vii. comprendre le niveau de jouissance des droits civils et politiques, ainsi que des droits économiques, sociaux et culturels de la population de la République de Guinée-Bissau, ainsi que les mesures prises par le Gouvernement visant à mettre en œuvre cette catégorie de droits de l’homme ; viii. recueillir des informations sur la situation des défenseurs des droits de l’homme en République de Guinée-Bissau et discuter avec les parties prenantes des défis qui entravent la jouissance effective des droits humains des défenseurs des droits de l’homme ; ix. visiter les prisons de la Guinée-Bissau, afin d’évaluer le degré de conformité des conditions de détention aux normes régionales et internationales, et s’entretenir avec les responsables de l’administration pénitentiaire et les autres parties prenantes sur toutes les questions relatives à la détention et sur les travaux de la Commission sur ce thème ; x. rencontrer les parties prenantes pertinentes des droits de l’homme et discuter au sujet de leurs programmes, procéder à l’évaluation de la situation des droits de l’homme dans le pays et les défis rencontrés dans l’exercice de leurs activités ; 6
xi. faire connaître les activités de la Commission en Guinée-Bissau, notamment auprès des services gouvernementaux et des organisations de la société civile (OSC) concernés ; xii. assurer le suivi des recommandations formulées dans le Rapport de la Mission de promotion menée par la Commission en 2005 en République de GuinéeBissau ; xiii. assurer le suivi de la mise en œuvre des Résolutions et des communiqués de presse publiés par la Commission en ce qui concerne la Guinée-Bissau ; et xiv. encourager le Gouvernement de Guinée-Bissau à soumettre les Rapports périodiques en suspens et à participer de manière régulière aux activités de la Commission, notamment en prenant part aux Sessions de la Commission. 1.3 Engagements antérieurs entre la Commission et la Guinée-Bissau 3. La présente Mission était la deuxième conduite en Guinée-Bissau. La première Mission a été effectuée du 16 au 22 mars 2005, par l’ancien Commissaire E.V.O Dankwa, le Commissaire chargé alors des activités de promotion en Guinée-Bissau. 1.4 Profil du pays 4. La Guinée-Bissau a été colonisée par le Portugal et a accédé à l’indépendance le 10 septembre 1974.1 La Constitution de la République de Guinée-Bissau, adoptée en 1984 et modifiée respectivement en 1991, 1993 et 1996, a fait de la Guinée-Bissau une république souveraine, démocratique, laïque et unitaire.2 Au moment de la Mission, le Président de la République était M. José Mário Vaz (chef de l’État), tandis que le Premier ministre était M. Aristides Gomes (chef du Gouvernement). Le Gouvernement compte trois organes, à savoir : le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif. 5. La Guinée-Bissau est une république unitaire à régime semi-présidentiel et dispose, depuis 1991, d’un système multipartite. Le chef de l’État est le président et le Premier ministre est, quant à lui, le chef du Gouvernement. Mais, un conflit de longue date entre les factions du parti au pouvoir, le Parti africain pour l'indépendance de la 1 https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Guinea-Bissau 2 Article 1, la Constitution de la République de Guinée-Bissau. 7
Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), a entrainé le gouvernement dans une impasse politique : cinq Premiers ministres se sont succédés depuis août 2015. Le pouvoir exécutif est exercé par le Gouvernement. Le pouvoir législatif est, quant à lui, du ressort tant du Gouvernement que de l’Assemblée nationale populaire unicamérale. La Cour suprême est la plus haute juridiction du système judiciaire3. 6. La Guinée-Bissau est un État doté d’une assemblée populaire nationale monocamérale ou Assembleia Nacional Popular (comptant 102 sièges, dont 100 sont élus au suffrage direct dans 27 circonscriptions à sièges multiples au moyen d’un scrutin à représentation proportionnelle restreint par liste de parti et deux (2) élus dans des circonscriptions à siège unique en ce qui concerne les citoyens vivant à l’étranger (un pour l’Afrique et un pour l’Europe) ; tous les membres ont un mandat de quatre ans)4. 7. La Guinée-Bissau a un système juridique mixte de droit civil, qui a intégré le droit portugais à l’indépendance et a été influencé par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union économique et monétaire ouestafricaine (UEMOA), le droit public africain francophone et le droit coutumier. Le système judiciaire civil est essentiellement une continuation du système colonial portugais. Neuf juges de la Cour suprême sont nommés par le président et servent à son gré. La Cour suprême est compétente pour statuer sur les crimes graves et sert en tant que cour d’appel pour les tribunaux militaires régionaux. Les affaires relatives à la sécurité de l’État sont instruites par des tribunaux civils. Les tribunaux militaires ne jugent que les affaires impliquant le personnel des forces armées, conformément au code de justice militaire. Dans les zones rurales, les personnes sont souvent jugées en dehors du système formel par le droit traditionnel. La résolution des litiges devant les conseillers traditionnels permet d’éviter les coûts et l’encombrement des tribunaux officiels 5. 8. La plus haute juridiction de Guinée-Bissau est la Cour suprême ou Supremo Tribunal de Justiça (composée de neuf juges et organisée en chambres civile, pénale et des litiges sociaux et administratifs). La Cour suprême dispose à la fois d’une juridiction d’appel et d’une juridiction constitutionnelle, et est en charge de la sélection et de la durée du mandat des juges. Elle supervise les juges nommés par le Conseil supérieur de la magistrature, un organe gouvernemental majeur chargé des nominations et des révocations des juges ainsi que de la discipline judiciaire, ainsi que les juges nommés par le président à la Cour d’appel, aux tribunaux régionaux (de première instance) et au le tribunal militaire6. 3 https://www.nationsonline.org/oneworld/guinea_bissau.htm https://www.indexmundi.com/guinea-bissau/legislative_branch.html 5 https://www.nationsencyclopedia.com/Africa/Guinea-Bissau-JUDICIAL-SYSTEM.html 6 https://www.indexmundi.com/guinea-bissau/judicial_branch.html 4 8
9. La Constitution de 1991 garantit de nombreux droits civils et libertés fondamentales, y compris la liberté d’expression et la liberté de religion. Elle prévoit un système judiciaire indépendant, mais son fonctionnement est entravé par un manque de formation, de ressources et par la corruption. Le président a le pouvoir d’accorder des grâces et de réduire les peines7. 1.5 Méthodologie 10. Au cours de la Mission, la Délégation s’est entretenue avec divers acteurs étatiques et non étatiques (voir Annexe 1) impliqués dans la promotion et la protection des droits de l’homme et des peuples en Guinée-Bissau, notamment : i. Son Excellence Dr José Mário Vaz, Président de la République de GuinéeBissau ; ii. Son Excellence Dr Aristides Gomes, Premier ministre ; iii. Son Excellence Dr Paulo Sanha, juge en chef de la Cour suprême ; iv. Son Excellence Dr Cipriano Cassama, Président de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ; v. l’honorable Dr Mutaro Djaló, ministre de l’Intérieur ; vi. l’honorable M. Camilo Simões Pereira, ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, de la Jeunesse, de la Culture et des Sports ; vii. l’honorable Maria Adiato Diallo Nndinga, ministre de la Pêche et suppléante du Premier ministre ; viii. le Représentant spécial de l’Union africaine en Guinée-Bissau et chef du Bureau de liaison de l’UA en Guinée-Bissau ; ix. le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix ; x. la Commission nationale des droits de l’homme ; xi. l’honorable député Higino Cardoso, président de la Commission permanente spécialisée dans les affaires juridiques et les droits de l’homme ; xii. la direction du parti UM ; xiii. la direction du parti PND ; xiv. la direction du parti PCD ; xv. la direction du parti PRS ; xvi. la direction du parti PAIGC ; xvii. le groupe de partis politiques ne disposant pas de siège au Parlement ; xviii. l’Institut pour les femmes et les enfants (IMC) ; xix. le président de la Ligue Bissau-guinéenne des droits de l’homme (LGDH) ; xx. le Directeur général de la police judiciaire (Polícia Judiciária) ; xxi. l’honorable Dr Basílio Sanca, Président du Barreau ; xxii. la Commission nationale pour les réfugiés et les personnes déplacées ; 7 ibid 9
xxiii. les étudiants de l’université Amílcar Cabral ; xxiv. les organisations de la société civile (OSC) (y compris les ONG traitant des droits des femmes) ; et xxv. les médias. 11. La Délégation a également visité le Centre de détention et des enquêtes criminelles de la police à Bandim et la prison de Mansôa. 12. Lors de chacune de ces réunions, la Délégation a présenté le travail de la Commission en indiquant son organisation, sa composition, son mandat, ses activités et ses mécanismes subsidiaires. Elle a également présenté les objectifs de la Mission et la nécessité de faire ressortir les bonnes pratiques ainsi que les défis à relever afin de formuler des recommandations pertinentes. 13. La délégation a remis des publications et des documents de la Commission aux parties prenantes qu’elle a rencontrées. 14. La Mission s’est achevée par une conférence de presse. 2.0 CONSTATATIONS 15. La Mission a duré cinq (5) jours pendant lesquels la Délégation a visité divers bureaux et institutions à Bissau, ainsi que le Centre de détention et des enquêtes criminelles de la police à Bandim et la prison de Mansôa. Au cours de la Mission, la Délégation a eu l’occasion de rencontrer et d’interagir avec un échantillon représentatif de parties prenantes. 16. Les échanges que la Délégation a eus avec un large éventail de parties prenantes pertinentes lui ont fourni des précieux renseignements sur la situation des droits de l’homme dans le pays. Ces renseignements constituent le fondement des observations suivantes : 17. Dans l’ensemble, la Délégation a observé que les échanges au cours des réunions avec les différents représentants du Gouvernement et les autres parties prenantes ont été très poussés. En outre, en raison de la courte période pendant laquelle la Mission a été menée, la délégation a eu un programme de travail intense, mais dans une large mesure, la réunion avec les parties prenantes a fourni des informations adéquates, ce qui a permis à la Délégation de se faire une idée de la situation des droits de l’homme en Guinée-Bissau. 10
18. Sur la base des entretiens menés et des informations obtenues par la délégation lors de ses échanges avec les différentes parties prenantes, les constatations de la Mission sont relevées ci-dessous, en tenant compte du mandat de la Mission. 2.1 Mesures législatives et autres mesures visant à mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine 19. La Délégation a pris note des informations fournies sur les mesures prises par le Gouvernement pour mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine. Le Gouvernement a adopté des lois visant à assurer la promotion et la protection des droits de l’homme, notamment une loi de 2009 interdisant les MGF et une loi de 2015 interdisant la violence domestique. 20. En outre, la Délégation a relevé avec préoccupation que le Gouvernement n’avait pas établi, conformément aux Principes de Paris, d’institutions nationales de défense des droits de l’homme (INDH) dédiées à la promotion et à la protection des droits de l’homme dans le pays. Il existe cependant une Commission nationale des droits de l’homme qui n’est pas conforme aux Principes de Paris. Il s’agit d’une commission interministérielle composée de 30 membres, dont la moitié est issue de ministères et d’autres entités. 21. Au travers de ses divers échanges avec des acteurs étatiques et non étatiques, la délégation a pris note du niveau relativement faible de ratification par la GuinéeBissau des instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme. Diverses institutions gouvernementales ont attribué l’absence de ratification de la plupart des traités régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme à l’instabilité constante qui prévaut dans le pays. En particulier, la Guinée-Bissau n’était pas partie aux traités suivants : i. ii. iii. iv. v. vi. vii. Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples portant création d’une Cour africaine des droits de l’homme et des peuples ; Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes âgées ; Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes handicapées en Afrique ; Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant ; Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille ; la Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées ; 11
viii. Statut de Rome de la Cour pénale internationale. 2.2 Accès à la justice 22. . En termes d’accès à la justice, la Délégation a été informée de la création, en 2009, du Centre d’accès à la justice, qui a pour principal mandat d’assurer la sensibilisation aux droits de la société civile, notamment des femmes et des enfants des zones rurales. Les centres, qui ont depuis lors été établis à Bissau et dans d’autres régions du pays, fournissent également des services juridiques et nouent des partenariats avec le Barreau du pays en vue de fournir des services juridiques aux indigents. La Délégation a toutefois noté qu’il était nécessaire de procéder à des réformes du système judiciaire, afin de collaborer avec les partenaires locaux et internationaux pour garantir un accès cohérent à la justice. 23. La Délégation a également fait observer la nécessité d’un accès à la justice dans certaines régions de la Guinée-Bissau, étant donné qu’elle a été informée de ce qu’il n’y avait pas de tribunaux dans certaines régions et que les justiciables devaient donc traverser de longues distances pour se rendre dans d’autres régions pour avoir accès à la justice. 2.3 Droit à la vie, exécutions extrajudiciaires et sommaires 24. La Délégation a été informée de ce que l’impunité constitue un problème majeur de droits de l’homme qui préoccupe la communauté internationale et auquel les autorités nationales doivent apporter une solution. Elle a relevé que l’impunité a un impact sur la situation générale des droits de l’homme dans le pays. Elle a été informée que des assassinats politiques et d’autres crimes ont été commis en Guinée-Bissau entre 2004 et 2012. La Délégation a également noté que plusieurs appels ont été lancés par le Secrétaire général des Nations Unies et d’autres organisations internationales après 2012 pour que des enquêtes soient menées. 2.4 Interdiction de la torture 25. La Délégation a été informée qu’il n’y avait aucune information sur les cas de torture en Guinée-Bissau, et qu’il n’y avait aucune archive sur la torture institutionnalisée ou sur les cas de torture pure et simple. 2.5 Prisons et conditions de détention 12
26. La délégation a visité le Centre de détention et des enquêtes criminelles de la police de BANDIM dans la ville de Bissau et la prison de Mansôa située à Mansôa, ville située près de la source de la rivière Mansôa dans le centre de la Guinée-Bissau. 27. Au cours de sa visite du centre de détention de BANDIM, la Délégation a échangé avec le Directeur du système pénitentiaire de Bissau, qui lui a fourni des informations pertinentes sur les prisons et les conditions de détention en Guinée-Bissau. La Délégation a effectué une visite du centre de détention, afin d’inspecter les installations et d’échanger avec les détenus. 28. Plus précisément, la délégation a été informée que la capacité du centre de détention est de cinquante (50) détenus, cependant, au moment de la visite, le centre de détention était surpeuplé, accueillant quatre-vingt-deux (82) détenus (dont quatrevingts (80) hommes et deux (2) femmes, y compris sept (7) étrangers originaires de la Guinée Conakry et du Nigeria). On dénombrait huit (8) cellules pour hommes, une (1) cellule pour femmes et une cuisine. Chaque cellule peut accueillir huit (8) détenus, mais elle en abritait dix (10) au moment de la visite. Il n’y avait ni lit ni matelas dans les cellules et les détenus dormaient à même le sol. La plupart des détenus avaient passé un an ou plus dans le centre de détention et avaient été arrêtés pour trafic de drogue. 29. La délégation a fait observer avec préoccupation qu’il y avait un (1) mineur âgé de seize (16) ans, qui était détenu dans la même cellule que des détenus adultes. La délégation a également noté que le centre de détention était dans un état de délabrement total et que les conditions de détention étaient extrêmement mauvaises. La délégation a été informée que le Bureau de Liaison de l’UA avait financé et facilité la réhabilitation du Centre de détention il n’y a pas si longtemps, y compris l’installation de caméras de vidéosurveillance. Cependant, en très peu de temps, le centre de détention était en état de délabrement et le système de vidéosurveillance ne fonctionnait pas non plus, lors de la visite. La Délégation a été informée que les détenus ne recevaient pas de brosses à dents, dans la mesure où ils pouvaient s’en servir comme arme. 30. L’aile réservée aux femmes, qui était équipée d’une (1) cellule, abritait deux (2) jeunes femmes et il n’y avait aucun enfant. Le bureau du Régisseur de la prison était de petite taille et la cuisine n’était pas équipée de manière adéquate. La délégation a également été informée que le Centre ne disposait pas de véhicules et que, par conséquent, lorsqu’un détenu tombait malade, celui-ci était transporté à l’hôpital en taxi. 31. La Délégation a également visité la prison de Mansôa. La prison n’était pas surpeuplée, abritant environ vingt (20) détenus (tous des hommes). Cette prison était bien organisée, logeant deux (2) détenus par cellule. Les conditions de détention étaient satisfaisantes et l’environnement était propre et calme. La délégation a été 13
informée que des repas étaient servis aux détenus et qu’ils étaient autorisés à quitter leur cellule chaque jour en vue de participer à des activités récréatives et éducatives. Au cours de la visite, la délégation s'est vue offrir le déjeuner, qui a été préparé sur place. 32. De manière générale, la délégation a noté qu’il était nécessaire de mobiliser davantage de ressources matérielles pour mettre les systèmes pénitentiaires de la Guinée-Bissau au niveau des normes reconnues au plan international. 2.6 Police judiciaire et agences chargées de l’application de la loi 33. La Délégation a fait observer qu’il n’existait qu’un seul bureau dans la capitale de Bissau, chargé des questions de police judiciaire et que lorsque des affaires nécessitent l’intervention de la police dans les provinces, celle-ci doit se rendre dans ces régions. La Délégation a appris qu’il existe différentes unités au sein des services de police qui traitent de questions telles que les rapports sur la corruption et la mauvaise gestion des institutions gouvernementales, la violence domestique, les mariages forcés et précoces, les questions relatives aux droits de l’enfant, les questions ayant trait à la migration et à la traite des personnes, au terrorisme, au vol et à d’autres activités criminelles. 34. La délégation a été informée qu’il y a 160 agents de sécurité à Bissau, dont 19 sont des femmes (parmi lesquelles trois sont des inspecteurs chargés des questions relatives aux femmes et aux enfants, à la traite des personnes et à Interpol). 35. La délégation a également noté avec inquiétude le manque de véhicules et d'équipements adéquats mis à la disposition de la police pour lui permettre de mener à bien son travail, ainsi que l'absence de poursuites à l'encontre des trafiquants de drogue en raison de leur libération constante sans poursuites par le parquet. 36. La Délégation a noté avec satisfaction les mesures prises par la police en ce qui concerne les droits des détenus, notamment le respect de la règle des 48 heures et le droit à un avocat, etc. Elle a également pris note des efforts déployés par la police, afin de dispenser une formation sur les droits de l’homme à l’intention des agents de police, notamment des formations organisées en collaboration avec des ONG et le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS) aux niveaux national et sous-régional, où les expériences sont partagées avec d’autres agents de police de pays limitrophes de la Guinée-Bissau. 37. En outre, la Délégation a fait observer que les inspecteurs de police s’engagent également dans la préparation de rapports quotidiens ou hebdomadaires soumis au Bureau du Directeur, sur les violations des droits des personnes qui entrent en contact 14
avec la police ; ils mènent des campagnes de sensibilisation dans diverses communautés pour faire prendre conscience des activités criminelles qui s’y déroulent ; et ils ont établi un service de police judiciaire qui fonctionne 24 heures sur 24, où les citoyens peuvent signaler les violations des droits de l’homme commises par la police. 2.7 Liberté de réunion et d’association 38. En Guinée-Bissau, le droit de réunion et le droit de manifester sont prévus par la Constitution de la République et peuvent être exercés dans les conditions prévues par la loi. La délégation a été informée que ces deux droits ont été constamment violés ces dernières années, puisque les réunions sont restreintes et les manifestations interrompues, et que leurs organisateurs sont parfois battus. 39. La Délégation a également été informée de la prolifération des manifestations politiques au fil des ans du fait de l’instabilité politique, ce qui a conduit à l’adoption d’une loi interdisant ces manifestations. Cette loi était fondée sur une autre loi obsolète qui existait pendant la période coloniale. 40. En ce qui concerne les associations, la Délégation a été informée que tout le monde a le droit de créer une association, à condition de respecter les exigences imposées par le Gouvernement. Lorsque des associations sont créées, elles doivent être légalisées par le ministère de la Justice en présentant des statuts, le nom de l’association et les cartes d’identité des membres. Cette disposition permet au ministère de la Justice de certifier que l’association ne fait pas double emploi et que ses objectifs sont légitimes. 2.8 Liberté d’expression et accès à l’information 41. L’on a informé la Délégation que des tentatives sont menées en vue de contrôler la presse et que des journalistes font l’objet de menaces pour avoir exprimé des opinions ayant trait au Gouvernement. En outre, il a été indiqué à la Délégation que parfois, les autorités de l’État portent atteinte à la liberté d’expression et d’information, notamment lors d’impasses politiques. Elle a noté qu’en dehors des garanties constitutionnelles, aucune loi ne protège les droits à la liberté d’expression et d’information dans le pays. 42. La Délégation a appris avec préoccupation que les journalistes manquent de formation professionnelle et qu’ils ont une très mauvaise interprétation de ce qu’implique la liberté de la presse. En outre, les journalistes ont recours à l’internet et à des blogs qui ont une grande influence sur la société et incitent à la violence dans 15
certains cas. La Délégation a appris que les journalistes travaillent dans des conditions précaires, sans contrat ni rémunération. 43. La Délégation a également appris qu’en raison de la série de soulèvements dans le pays, la presse publique était susceptible d’être censurée et que les journalistes appartenant à des partis politiques étaient lourdement pénalisés. Il a été noté que les stations de télévision et de radio ne couvrent pas les événements des partis politiques autres que ceux qui forment le gouvernement, et que ces stations qui rapportent la réalité de la situation politique dans le pays sont sous le coup de menaces. Il a également été noté qu’il y a un manque d’accès aux sources d’information et que, compte tenu de ce manque d’accès, la réalité du pays n’est pas relatée dans la presse. 2.9 Défenseurs des droits de l’homme 44. En ce qui concerne les défenseurs des droits de l’homme, la Délégation a été informée qu’il existe un certain nombre d’ONG travaillant dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans le pays, mais qu’elles se focalisent principalement sur les droits civils et politiques et non sur les droits économiques, sociaux et culturels. Il a été noté qu’il n’existe aucun(e) législation ou mécanisme qui protège les droits des défenseurs des droits de l’homme dans le pays. En outre, ils ne sont pas organisés, mais avec le soutien du BINUGBIS, les défenseurs des droits de l’homme sont en train de s’organiser pour s’acquitter efficacement de leur mandat. 2.10 Droits des réfugiés, demandeurs d’asile, migrants et personnes déplacées 45. Il a été indiqué à la Délégation que la Guinée-Bissau a créé en 2008 la Commission nationale pour les réfugiés et les personnes déplacées (la Commission des réfugiés), qui est une commission interministérielle composée des ministères de la Justice, de l’Intérieur, de l’Éducation et de la Santé. La Commission des réfugiés tire son mandat de la Convention internationale sur les réfugiés et de la Convention de l’UA sur les réfugiés et donne des avis au Gouvernement sur les questions relatives aux réfugiés et aux personnes déplacées. 46. La Délégation a fait observer que les réfugiés se trouvent dans différentes régions du pays et sont traités avec dignité et respect. Quatre-vingt-dix-huit pour cent (98 %) des réfugiés en Guinée-Bissau sont des réfugiés sénégalais et vivent dans les régions où l’on trouve des plantations de noix de cajou. Les 2% restants sont des personnes originaires du Nigeria, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, du Tchad et de la Gambie. La Délégation a été informée que lorsque les réfugiés décident 16
de retourner dans leurs pays respectifs, ils le font de manière volontaire. Il a été relevé qu’en Guinée-Bissau, il n’existe aucune personne déplacée interne. 47. La Délégation a noté avec satisfaction que la Guinée-Bissau est le deuxième pays d’Afrique à naturaliser et à accorder la citoyenneté aux réfugiés en grand nombre. De petits emplois sont fournis aux réfugiés pendant qu’ils suivent le processus de naturalisation et d’obtention de la citoyenneté. En outre, l’État fournit des terrains à la Commission des réfugiés pour loger les réfugiés ; les enfants réfugiés fréquentent des écoles ; et au moment de la visite, il a été observé qu’il n’y avait aucun réfugié en prison. 48. La Délégation a noté que les divers défis auxquels est confrontée la Commission des réfugiés dans le domaine des réfugiés intègrent l’absence de disposition légale pour les enfants non accompagnés. L’on a indiqué à la Délégation qu’au plus tard en septembre 2018, la nouvelle loi sur les enfants qui intègre les « enfants non accompagnés », devait être validée. D’autres défis ont été relevés, notamment le fait que certains réfugiés qui sont déjà sous protection internationale se déplacent à Bissau, entraînant ainsi un retard dans le travail de la Commission des réfugiés. 2.11 Droits économiques, sociaux et culturels 49. La délégation a été informée que les droits économiques, sociaux et culturels sont au même niveau que les autres droits garantis par la Constitution de la Guinée-Bissau. La délégation a noté que ces droits peuvent être revendiqués devant les tribunaux locaux. Toutefois, la délégation a été informée que les droits civils et politiques revêtaient plus d’importance en Guinée-Bissau que les droits économiques, sociaux et culturels. 2.11.1 Droit au logement 50. La délégation a appris que l’augmentation de la population en Guinée-Bissau a entraîné une aggravation de la pénurie de logements dans le pays. Le gouvernement s’attelle avec des institutions de microfinance et des institutions financières non bancaires à aider les personnes travaillant dans les secteurs informels, ainsi que les personnes vivant en milieu rural à bénéficier de fonds pour la construction de logements adéquats pour sa population. 2.11.2 Droit à l’emploi 51. La délégation a été informée de l’existence d’un niveau de pauvreté qui favorise l’instabilité. L’économie de la Guinée-Bissau, qui dépend principalement de la noix de cajou, s’est détériorée en raison de l’instabilité politique au fil des ans, exacerbée 17
par la mauvaise gestion des fonds et la corruption. Cette situation a fortement affecté le taux d’emploi dans le pays, en particulier chez la population jeune. La délégation a noté avec inquiétude le taux de chômage extrêmement élevé chez les jeunes et les salaires extrêmement bas versés dans le secteur public, le salaire minimum national étant d’environ cinquante (50) dollars. 2.11.3 Droit à la santé et accès aux soins de santé 52. La délégation a été informée que l’accès à des soins et services de santé adéquats, y compris à la santé sexuelle et reproductive et aux informations y afférentes, demeure un défi, en particulier en milieu rural. Cette situation est exacerbée par les conditions d’extrême pauvreté et mise en évidence par le taux alarmant de mortalité infantile et maternelle. 53. La délégation a appris que, dans le but d’endiguer la prévalence du VIH/sida, le gouvernement a élaboré un plan stratégique national, qui prévoit l’expansion des centres d’appels pour les clients. De même, le gouvernement a créé un Secrétariat national spécialisé dans l’assistance aux personnes handicapées et aux personnes vivant avec le VIH/sida, et la fourniture gratuite d’ARV à ces personnes. 54. La délégation a été informée que chaque région de Guinée-Bissau dispose certes d’un centre de santé, mais qu’il prévaut une pénurie de médecins et de personnel technique spécialisé, ce qui affecte la qualité des soins de santé fournis. 2.11.4 Droit à l’éducation 55. La délégation a été informée que le droit à l’éducation constituait un défi majeur en Guinée-Bissau et que, selon les statistiques de l’UNICEF, 44% des enfants du pays ne sont pas scolarisés. La délégation a noté que l’une des coutumes en Guinée-Bissau encourage les filles à ne pas aller à l’école, à ne pas être vaccinées, à pratiquer les MGF et les mariages forcés. En outre, le taux d’espérance de vie à Bissau est très faible, avec une espérance de vie moyenne de 46 à 47 ans. Bissau a également le taux de mortalité infantile et de mobilité maternelle le plus élevé de la région. Tous ces facteurs ont été attribués au manque d’éducation, en particulier pour les femmes et les filles. 56. La délégation a appris que le ministère de l’Éducation accordait la priorité à la nécessité pour les filles d’aller à l’école et de s’instruire. Le ministère a conclu un partenariat avec le Programme alimentaire mondial et Plan International, pour encourager les filles à aller à l’école en fournissant des programmes d’alimentation scolaire, ainsi que des uniformes et des livres pour les élèves. En outre, la délégation a appris que l’enseignement maternel et primaire est gratuit et que le paiement de frais de scolarité ne s’applique qu’aux niveaux secondaire et universitaire. La 18
délégation a également appris qu’une commission spéciale avait été créée pour s’occuper des programmes scolaires et veiller à ce que les droits de l’homme soient intégrés à tous les programmes scolaires. Par ailleurs, le système éducatif se détériorait en raison du manque de conditions appropriées pour les enseignants ainsi que du faible niveau de leurs salaires. Ce fait constitue un revers majeur pour le système éducatif, les enseignants étant le plus souvent en grève. 57. En outre, la délégation a appris que Bissau compte trois (3) syndicats d’enseignants différents. Le ministère de l’éducation dispose d’une unité de coordination composée de personnel du ministère et de représentants du syndicat des enseignants. Dans le but d’améliorer le système éducatif, le ministère de l’Éducation a signé un « accord de stabilité » d’un an avec le syndicat des enseignants en 2017, afin de prévenir les grèves au sein du système éducatif. La délégation a été informée qu’il existe à Bissau des écoles créées pour les élèves ayant des besoins spéciaux tels que les sourds, les nonvoyants, etc. Il existe des écoles appelées Beungela Branco (qui signifie « canne blanche ») pour les non-voyants sourds-muets. Cependant, le gouvernement essaie également de créer davantage d’écoles pour d’autres enfants handicapés. Le ministère de l’Éducation s’est dit intéressé par la fourniture d’une assistance aux étudiants handicapés, en particulier par l’adaptation des installations des écoles publiques pour les rendre accessibles aux personnes handicapées. Elle a toutefois noté le manque de ressources adéquates pour le faire. 58. La délégation a constaté avec inquiétude que l’éducation représentait 3 à 4 % du budget national de la Guinée-Bissau et que l’essentiel du budget alloué était consacrée aux salaires, ce qui ne laissait qu’un infime montant pour le fonctionnement du ministère. Il a également été noté que la priorité accordée au ministère de l’Éducation était inférieure à celle accordée aux autres ministères. 59. La délégation s’est davantage inquiétée du déficit d’établissements scolaires à la fois dans les zones rurales et urbaines de la Guinée-Bissau, auquel s’ajoutent un manque d’installations adéquates, ce qui entrave l’accès à l’éducation. Les statistiques de l’UNICEF indiquent que 44 % des enfants du pays ne sont pas scolarisés. La majorité des filles qui vont à l’école ne franchissement pas la quatrième (4e) ou la sixième (6e) année, situation qui est principalement attribuée à la prédominance du patriarcat dans le pays. Un autre défi majeur du système éducatif à l’inexistence de politique sur les droits linguistiques, pour s’assurer que les étudiants qui ne parlent pas portugais ont accès à l’éducation. En effet, le portugais et le créole guinéen sont les langues les plus parlées en Guinée-Bissau, mais le portugais est la seule langue utilisée dans les écoles. 60. Au niveau universitaire, la délégation a appris qu’il n’existait qu’une seule université en Guinée-Bissau, à savoir l’Université Amilcar Cabral. L’université est en phase de restructuration et les seules matières enseignées à l’époque étaient l’informatique et les communications. L’université donne aux étudiants la possibilité d’entreprendre 19
une variété de cours et les étudiants mènent des recherches par lesquelles ils se rendent dans les communautés pour faire des enquêtes sur différents aspects des réalités de la Guinée-Bissau. La délégation a constaté avec inquiétude que les professeurs et les étudiants ne connaissaient que la Déclaration Universelle des droits de l’Homme des Nations Unies et ignoraient l’existence de la Charte africaine et la Commission africaine. Le doyen a noté qu’il restait du travail à faire pour enseigner le système africain des droits de l’homme et a promis de veiller à ce que cela fasse partie du programme d’études de l’université. 2.12 Droits civils et politiques 61. La Délégation a appris que, pour diverses raisons, la situation politique de longue date en Guinée-Bissau reste fragile et préoccupante, notamment parce que les dirigeants politiques du pays ne parviennent pas à trouver des solutions durables et consensuelles. La Délégation a également pris connaissance de l’Accord de Conakry sur la résolution de la crise politique en Guinée-Bissau (l’Accord de Conakry), qui a été adopté le 14 octobre 2016 comme cadre principal pour une résolution pacifique de la crise politique en Guinée-Bissau. 62. En outre, l’Accord de Conakry appelle à la participation des OSC au processus électoral, et la délégation a souligné l’importance de la mise en œuvre dudit accord, en particulier pour les élections législatives et présidentielles prévues respectivement en 2018 et 2019. Ce fait est d’autant plus vrai que des élections inclusives et crédibles sont essentielles aux efforts de réforme énoncés dans l’Accord de Conakry et dans la feuille de route en six points de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). 2.13 Droits des femmes et des enfants 63. La Constitution de la Guinée-Bissau, en ses Articles 25 et 26, prévoit l’égalité entre les hommes et les femmes dans tous les domaines de la vie. Cependant, la délégation a appris que, dans la pratique, ces garanties constitutionnelles ne sont pas mises en œuvre efficacement. Lors de ses échanges avec les acteurs étatiques et non étatiques, la délégation a été informée que, bien que la Guinée-Bissau soit partie à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et au Protocole de Maputo, il existe des législations discriminatoires à l’égard des femmes. De son propre aveu, le gouvernement a reconnu la persistance de croyances et de pratiques culturelles préjudiciables, faisant remarquer que des pratiques traditionnelles préjudiciables telles que les mutilations génitales féminines, les mariages forcés et les mariages précoces existent toujours et affectent le droit des femmes à la santé et au bien-être. La délégation a appris que, bien qu’il existe une loi 20
interdisant les MGF, personne n’a été détenu ou poursuivi pour s’être livré à ces pratiques. En outre, comme la majorité de la population ne connaît pas ses droits, des croyances et pratiques culturelles néfastes persistent. 64. Afin d’enrayer le fléau des MGF, le gouvernement de la Guinée-Bissau a adopté la loi visant à prévenir, combattre et enrayer les MGF (Loi n°14/2011), qui poursuit la mise en œuvre du Plan d’action national 2010-2015 pour la lutte contre les mutilations génitales féminines. Ces mesures visent à interdire et à sanctionner explicitement la pratique des MGF en vue de son abandon. Le gouvernement a en outre créé un comité national multipartite chargé de lutter contre les pratiques traditionnelles néfastes. Cependant, malgré ces efforts, la pratique des MGF prévaut toujours en GuinéeBissau. La délégation a été informée que le système judiciaire a été sensibilisé à la loi criminalisant les MGF en août 2018. La délégation a appris que le ministère de la Justice et des Droits de l’homme mènera une campagne contre l’excision et le mariage précoce dans les mois à venir. 65. Concernant les mariages forcés et précoces, la délégation a appris que la loi bissauguinéenne fixe à 18 ans l’âge légal du mariage. Cependant, il n’existe aucune mesure punitive correspondante pour ceux qui forcent les enfants, en particulier les filles, à se marier. La délégation a également appris que le ministère de la Justice élaborait un code révisé qui sera achevé en décembre 2018, dans le domaine de l’interdiction des mariages précoces et forcés. Comme déjà indiqué, diverses croyances et pratiques culturelles néfastes sont encore répandues dans le pays, toutes ayant un impact direct sur la violence basée sur le genre (VBG). 66. La délégation a également appris que la VBG est fréquente en Guinée-Bissau et qu’elle prend diverses formes, allant de la violence entre partenaires intimes à la violence sexuelle, en passant par les abus verbaux, la privation de ressources financières, la privation de nourriture et le mariage d’enfants/forcé. La non-déclaration des cas de VBG, due en partie à des croyances culturelles persistantes, notamment dans les zones rurales, est particulièrement préoccupante. Pour résoudre ce problème, la délégation a appris qu’en 2013, le Parlement bissau-guinéen a adopté un projet de loi sur l’interdiction de la violence domestique. Toutefois, cette loi n’avait encore ni été promulguée, ni publiée au journal officiel. 67. La délégation a été informée que l’accès à la justice est également un défi majeur, puisque seulement 25% des femmes ont accès à la justice. Il existe encore des lois coloniales et coutumières, ainsi que des croyances traditionnelles d’un autre âge qui sont discriminatoires envers les femmes. Les lois coutumières ont encore beaucoup d’influence dans les communautés, ce qui fait que beaucoup de femmes n’ont pas accès à l’héritage. La délégation a noté qu’une grande partie des femmes ne connaissent pas leurs droits ou n’ont pas connaissance du Protocole de Maputo et d’autres instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme. La 21
délégation a été informée que les rares femmes qui connaissent la loi et tentent de demander justice sont désavouées par leur famille. Pour remédier à ce problème, le gouvernement a adopté la Loi n° 11/2010, à partir de laquelle il a créé cinq (5) centres d’accès à la justice, dans différentes régions du pays. Ces centres travaillent en collaboration avec le Barreau, les tribunaux, les postes de police, les centres de détention et les prisons. 68. En ce qui concerne la participation des femmes à la vie politique, l’Article 24 et 25 de la Constitution de la Guinée-Bissau de 1996, dispose que « toutes les personnes sont égales devant la loi, jouissent des mêmes droits et sont soumises aux mêmes devoirs… ». Ainsi, les Articles 24 et 25 de la Constitution de la République de Guinée-Bissau, comme indiqué ci-dessus, garantissent le droit de la femme à participer à la vie politique, sociale et économique du pays, indépendamment de la race à laquelle elle appartient ou du rôle qu’elle joue dans la société. Cependant, la délégation a appris que les femmes ont généralement moins accès au développement économique et social ainsi qu’aux droits politiques. 69. La délégation a été informée que les femmes sont très peu représentées au sein du gouvernement, aux niveaux décisionnels et au parlement. Il n’y avait que deux (2) femmes parlementaires à l’Assemblée nationale. En outre, la loi électorale du pays ne prévoit aucun mécanisme pour régir la participation équitable des femmes au processus électoral, et il n’existe pas non plus de loi fixant un quota pour assurer la représentation égale des femmes dans l’arène politique. C’est dans ce contexte qu’un groupe d’ONG a soumis une pétition à la Commission spécialisée de l’Assemblée pour les femmes et les enfants, en vue de faire un plaidoyer en faveur de la mise en œuvre du quota pour les femmes afin d’atteindre une représentation de 40 % des femmes aux postes de prise de décisions, conformément au Protocole de Maputo. 70. En ce qui concerne l’avortement, la délégation a appris que l’avortement est illégal en Guinée-Bissau, sauf s’il s’agit de raisons médicales, pour sauver la vie de la femme et s’il est pratiqué dans un établissement médical, dans des conditions d’hygiène adéquates et par un professionnel de la santé, et ce, indépendamment de la façon dont la grossesse est survenue. La délégation a noté que si la loi autorise l’avortement, celui-ci est limité et ne répond pas aux normes fixées par le protocole de Maputo. En outre, la délégation a été informée que les taux de mortalité maternelle et infantile sont très élevés, en particulier dans les zones rurales. Cette situation est imputable au manque de ressources financières et techniques, entraînant la mort en couches de nombreuses femmes. En ce qui concerne la mortalité infantile, le gouvernement s’efforce de faire en sorte que les femmes subissent des consultations régulières lorsqu’elles sont enceintes. 71. Quant à la consolidation de la paix, la délégation a noté qu’il a été difficile pour les femmes de prendre part aux pourparlers de paix. De nombreuses femmes ont tenté 22
de participer aux pourparlers de paix, mais elles se sont heurtées à des résistances. La délégation a relevé qu’il y avait des femmes médiatrices, appelées « facilitatrices » chargées de faciliter la mise en œuvre de l’Accord de Conakry. Et pourtant, de nombreuses menaces ont été proférées à leur encontre, à tel point qu’elles se sont rétractées. 72. En ce qui concerne les droits des enfants, la délégation a été informée que le gouvernement a récemment adopté la loi sur la prévention et la lutte contre la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (Loi n° 12/2011) et a également adopté un plan d’action national. Toutefois, la mise en œuvre de cette loi demeure approximative. La délégation a noté avec inquiétude le phénomène de la traite des nourrissons et des enfants, en particulier le fléau des enfants talibés, envoyés à l’étranger sous le prétexte d’aller apprendre le Coran et qui se retrouvent dans les rues en train de mendier. 73. La délégation a été informée que d’ici décembre 2018, le gouvernement avait l’intention de proposer des lois qui protègent les droits des enfants et qu’il le ferait en recourant aux principes et normes internationaux portant non seulement sur la traite des enfants, mais aussi sur celles des femmes. 2.14 Droits des personnes âgées et des personnes handicapées 74. La délégation a noté avec inquiétude qu’il n’existe pas de législation spécifique protégeant les droits des personnes âgées et des personnes handicapées. Toutefois, outre le fait que la Guinée-Bissau ait signé des traités internationaux qui protègent les droits de cette catégorie de personnes, la Constitution interdit également toute forme de discrimination à l’encontre des personnes âgées et des personnes handicapées. Le gouvernement mène également des campagnes de sensibilisation relatives à leur protection. 2.15 Industries extractives et environnement 75. La délégation a été informée que la Guinée-Bissau en est aux premiers stades de la mise en valeur des industries extractives en raison des perspectives d’exploitation pétrolière susceptibles de redynamiser l’économie du pays. À cet égard, la délégation a déclaré qu’il était important de renforcer les capacités du gouvernement avant de se lancer dans l’extraction des ressources naturelles. La délégation a particulièrement souligné que le gouvernement devait se doter d’une stratégie, collaborer avec les partenaires au développement au plan international et éviter de se précipiter dans le processus sans en cerner les normes et les modalités. 23
2.16 Conflit et justice transitionnelle 76. Malgré l’instabilité politique de la Guinée-Bissau au fil des ans, la délégation a noté qu’il n’existe aucun mécanisme de justice transitionnelle dans le pays. 3.0 RECOMMANDATIONS 77. Sur la base des constatations, visites et son interaction avec les différents acteurs de la société, la délégation est parvenue à plusieurs conclusions, et afin de garantir la promotion et la protection effectives des droits de l’homme dans le pays, elle invite le gouvernement de Guinée-Bissau à adopter les recommandations ci-après. Mesures législatives et autres mesures visant à mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine 78. La Commission note avec préoccupation le faible taux de ratification des instruments régionaux et internationaux, et demande au gouvernement d’accélérer leur ratification. Plus précisément, la Commission invite le gouvernement à ratifier les instruments suivants : i. ii. iii. iv. v. vi. vii. viii. ix. x. le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples portant création d’une Cour africaine des droits de l’homme et des peuples ; et il faudrait faire la déclaration prévue à l’Article 34(6) du Protocole à la Charte africaine portant création d’une Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour permettre aux individus de saisir la Cour africaine; le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes âgées; le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes handicapées en Afrique; le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et son protocole facultatif ; le Protocole facultatif à la Convention des droits de l’enfant; le Protocole facultatif à la Convention contre la torture; le Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques; le deuxième Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques visant à abolir la peine de mort; la Convention relative aux droits des personnes handicapées et son protocole facultatif; la Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées; et 24
xi. la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. 79. Par ailleurs, la Commission invite le gouvernement à : i. ii. accélérer la rédaction et la promulgation de toutes les lois en suspens, les lois protégeant les défenseurs et les militants des droits de l’homme dans le pays, entre autres; accélérer la révision du statut de la Commission nationale des droits de l’homme (Comissão Nacional dos Direitos Humanos (CNDH)) pour le mettre en conformité avec les principes de Paris. Accès à la justice 80. Créant des tribunaux dans différentes régions du pays pour permettre un accès facile à la justice et fournir des ressources adéquates pour leur fonctionnement. 81. Fournir des ressources adéquates pour des programmes d'assistance juridique efficaces. 82. Concevoir des programmes et campagnes de sensibilisation destinés à la population de Guinée-Bissau sur ses droits et son accès à la justice. Droit à la vie, exécutions extrajudiciaires et sommaires 83. Prendre les mesures appropriées pour mettre fin à l’impunité et traduire les auteurs d’atteinte du droit à la vie en justice Interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains et dégradants 84. Envisager de promulguer une loi interdisant la torture. 85. Veillez à ce qu’aucune personne détenue ne soit soumise à des violences psychologiques, y compris l’isolement. 86. Mettre en place un mécanisme de surveillance indépendant pour enquêter sur les allégations de torture et en traduire les auteurs en justice. Prisons, conditions de détention et services de police 87. S’attaquer au problème de la surpopulation carcérale en construisant davantage de 25
prisons dans le pays et en accélérant les procès des détenus en attente de jugement. 88. Construire et fournir des installations sanitaires adéquates dans les prisons. 89. Développer des programmes et des activités récréatives et éducatives dans les prisons. 90. Améliorer les conditions de détention dans tous les centres de détention en élaborant et en mettant en œuvre une stratégie visant à réduire la surpopulation carcérale, notamment en limitant le recours à la détention provisoire. 91. Recourir aux lignes directrices de Luanda sur les conditions d’arrestation, de garde à vue et de détention provisoire en Afrique, tout en organisant des formations à l’intention des agents pénitentiaires et en révisant les lois et les politiques relatives à l’arrestation, à la garde à vue et à la détention provisoire. 92. Envisager une réforme en profondeur du système pénitentiaire. Police judiciaire et organismes chargés de l’application de la loi 93. Créer des sections bureaux de police judiciaire dans les différentes régions du pays. 94. Fournir des ressources adéquates, y compris des véhicules et des équipements, pour que les agents d’application de la loi puissent accomplir efficacement son travail. 95. Mettre en place un mécanisme indépendant de surveillance de la police pour enquêter sur les allégations de violations commises par les agents de police. 96. Organiser régulièrement des formations sur les droits de l’homme à l’intention des agents des services de police et des agents chargés de l’application de la loi dans le pays, y compris les Lignes directrices de la Commission sur les conditions d’arrestation, de garde à vue et de détention provisoire en Afrique (Lignes directrices de Luanda), les Lignes directrices sur le maintien de l’ordre dans les rassemblements par les agents chargés de l’application de la loi en Afrique et les Principes sur la dépénalisation des infractions mineures en Afrique. Liberté de réunion et d’association 97. Prendre des mesures appropriées visant adopter un cadre juridique approprié visant à reglementer les activités des associations et sans ingérence indue. 26
98. Promulguer une législation protégeant les défenseurs des droits de l’homme dans le pays. 99. Reconnaître le statut des défenseurs des droits de l’homme ou de toute personne œuvrant pour la promotion et la protection des droits de l’homme, comme le recommandent les Déclarations de Grand Baie et de Kigali et la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme. Liberté d’expression et d’accès à l’information 100. Adopter une législation sur le droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information, conformément au modèle de loi sur l'accès à l'information pour l'Afrique de la Commission et à la Déclaration de principes sur la liberté d'expression en Afrique. 101. Protéger la liberté d’expression et dépénaliser la diffamation. 102. Assurer la protection des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions, indépendamment de leur affiliation ou non à des dirigeants politiques. 103. Mettre en place des sessions de formations destinées aux journalistes notamment en matière de droits de l’homme et d’éthique. Droits des réfugiés, des demandeurs d’asile, des migrants et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, droits économiques, sociaux et culturels 104. Fournir des ressources matérielles et financières adéquates à la Commission des réfugiés pour lui permettre de s’acquitter efficacement de son mandat. Droit au logement 105. Fournir des ressources adéquates pour la construction de nouveaux logements pour la population de Guinée-Bissau, en milieu urbain et rural. 106. Veiller à ce que les populations aient accès à des logements à bas prix, en particulier les groupes vulnérables tels que les personnes âgées, les personnes handicapées, les femmes et les enfants. 27
Droit à l’emploi 107. Élaborer des programmes visant à réduire la pauvreté et à offrir des opportunités d’emploi à la population de Guinée-Bissau. 108. Intensifier les initiatives visant à lutter contre le chômage des jeunes dans le pays, en particulier la fourniture de compétences et de formation professionnelle aux jeunes comme moyen d’autonomisation. Droit à la santé et accès aux soins de santé 109. Prendre les mesures nécessaires pour revoir à la hausse l’allocation budgétaire au secteur et aux services de la santé. 110. Garantir l’accès à des soins et à des services de santé de qualité, notamment à la santé sexuelle et reproductive et aux informations y afférentes. 111. Créer un environnement propice à l’exercice du droit à la santé pour tous les citoyens sans discrimination, y compris les personnes vivant en milieu rural. 112. Fournir des soins adéquats et efficaces pour le VIH/sida et un accès aux médicaments antirétroviraux. 113. Adopter des mesures urgentes visant à réduire le taux d’infection par le VIH dans le pays, en particulier chez les jeunes filles et les femmes. 114. Fournir des ressources adéquates et prendre des mesures appropriées pour développer des programmes et des initiatives visant à réduire les taux de mortalité infantile. Droit à l’éducation 115. Prendre des mesures visant à revoir à la hausse le taux de scolarisation des enfants. 116. Inclure le système africain des droits de l’homme dans le programme des écoles et surtout des universités. 28
117. Augmenter des salaires des enseignants en vue d’améliorer la qualité du système éducatif et de prévenir les grèves régulières. 118. Fournir des ressources adéquates pour adapter les écoles et les doter d’installations permettant l’accès des personnes handicapées. 119. Construire davantage d’écoles dans les zones rurales et urbaines de la GuinéeBissau. 120. Promouvoir des campagnes de sensibilisation pour permettre aux citoyens de comprendre le droit à l’éducation et ses avantages, notamment en ce qui concerne les filles. 121. Augmenter le taux du budget national consacré à l’éducation et doter le ministère de l’éducation de ressources adéquates pour élever le niveau de l’éducation en Guinée-Bissau. 122. Investir dans la formation initiale et la formation continue des enseignants, dans les infrastructures scolaires et dans le matériel d’apprentissage pour toutes les écoles du pays. 123. Fournir à l’Université des ressources adéquates pour fonctionner correctement et augmenter ses modules et ses cours. Droits civils et politiques 124. Mettre en œuvre l’Accord de Conakry dans le but de promouvoir la paix et la stabilité en Guinée-Bissau. 125. Veiller à ce que les élections soient libres, équitables et impliquent les OSC dans la planification, le contrôle et toutes les modalités liées aux élections où ils pourraient être impliquées. Droits des femmes et des enfants 126. Appliquer les lois existantes qui criminalisent les MGF et la traite des etre humains. 127. Promulguer ou publier le projet de loi sur la violence domestique dans le journal officiel afin de permettre un débat public. 29
128. Adopter une législation qui précise le quota de participation des femmes dans la sphère politique et mettre en place des mesures concrètes afin d’encourager la participation efficace des femmes à la vie politique. 129. Envisager d’harmoniser la loi relative à l’avortement et de la mettre en conformité avec le protocole de Maputo. 130. Accélérer l’adoption du code révisé interdisant les mariages précoces et forcés. 131. Accélérer l’adoption de lois qui protègent les droits des enfants. 132. Prendre des mesures pour mettre fin au phénomène de la traite des enfants et, en particulier, s’attaquer à la situation critique des enfants talibés. 133. Enquêter sur les cas de violence fondée sur le genre, y compris la violence domestique, et poursuivre les auteurs de ces violences. Droits des personnes âgées et des personnes handicapées 134. Adopter une législation qui traite spécifiquement des droits des personnes âgées et des personnes handicapées. 135. Adopter des mesures qui interdisent la discrimination à l’égard des personnes âgées et des personnes handicapées. 136. Veiller à ce que tous les espaces publics soient dotés d’équipements pour aider les personnes handicapées et leur être accessibles. Industries extractives et environnement 137. Appliquer les normes internationales pour la gouvernance des ressources, et mises en place des normes institutionnelles pour réglementer le processus d'extraction et faire en sorte que les citoyens bénéficient de ce processus ; s'assurer qu'il y a une valeur ajoutée aux ressources naturelles du pays et pour renforcer la capacité des citoyens à travailler à différents niveaux du processus d'extraction. Conflits et justice transitionnelle 138. Établir des mécanismes de justice transitionnelle dans le pays. 30
139. Mettre en œuvre efficacement l’Accord de Conakry pour assurer la paix et un développement durables en Guinée-Bissau. 31
4.0 ANNEXES Annexe 1 : Liste des personnes rencontrées lors des réunions Lundi 16 juillet 2018 i. ii. iii. iv. v. vi. vii. viii. ix. x. xi. xii. xiii. Séance d’information avec le représentant spécial de l’Union africaine en Guinée-Bissau et le chef du bureau de liaison de l’UA en Guinée-Bissau. Rencontre avec Son Excellence Dr. João Ribeiro Butiam Cô, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Communautés. Rencontre avec Son Excellence M. Iaia Djalo, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Réunion avec M. Lino Leal da Silva, Directeur général de l’administration pénitentiaire. Rencontre avec Son Excellence Mme Maria Inácia Có Sanhá, ministre de la Santé publique, de la Famille et de la Cohésion sociale. Rencontre avec le président de la Commission nationale des droits de l’homme. Rencontre avec la direction du parti UM Rencontre avec la direction du parti PND Rencontre avec la direction du parti PCD Rencontre avec la direction du parti PRS Rencontre avec la direction du parti PAIGC Rencontre avec un groupe de partis politiques n’ayant pas de siège au Parlement Rencontre avec les médias Mardi 17 juillet 2018 i. ii. iii. iv. v. vi. Rencontre avec le président de la Ligue guinéenne des droits de l’homme (LGDH). Rencontre avec le directeur général de la police judiciaire (Polícia Judiciária). Rencontre avec Son Excellence Dr. Basílio Sanca, Président du Barreau. Rencontre avec Son Excellence M. Camilo Simões Pereira, ministre de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la jeunesse, de la culture et des sports. Rencontre avec l’Institut pour les femmes et les enfants (IMC) Rencontre avec la Commission nationale pour les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur du pays. 32
Mercredi 18 juillet 2018 i. ii. iii. iv. v. Rencontre avec le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix. Rencontre avec Son Excellence Dr Mutaro Djaló, ministre de l’Intérieur. Rencontre avec Son Excellence Dr Paulo Sanha, juge en chef de la Cour suprême. Rencontre avec Son Excellence Dr Aristides Gomes, Premier ministre. Rencontre avec les étudiants de l’Université Amílcar Cabral Jeudi 19 juillet 2018 i. ii. iii. iv. Rencontre avec les organisations de la société civile/ONG (y compris les ONG s’occupant des droits des femmes). Rencontre avec Son Excellence Dr. Cipriano Cassama, Président de l’Assemblée Nationale Populaire (ANP). Rencontre avec l’honorable député Higino Cardoso, président de la Commission permanente spécialisée dans les affaires juridiques et les droits de l’homme. Rencontre avec Son Excellence Dr. José Mário Vaz, Président de la République. Vendredi 20 juillet 2018 i. ii. iii. Visite du centre de détention de la police judiciaire à Bandim. Visite de la prison de Mansôa Conférence de presse 33
ANNEXE 2 : Programme de la mission PROGRAMME DE LA VISITE DE TRAVAIL EN GUINÉE-BISSAU EFFECTUÉE PAR UNE DÉLÉGATION DE HAUT NIVEAU DE LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES DU 16 AU 20 JUILLET 2018. Lundi 16 juillet 2018 09h00-09h35 - Audience avec Son Excellence Dr. João Ribeiro Butiam Cô, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Communautés. Lieu : Ministère des affaires étrangères (Palais du gouvernement) 09h45-10h15 - Audience avec Son Excellence M. Iaia Djalo, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Lieu : Ministère de la Justice 10h17-10h45 - Rencontre avec M. Lino Leal da Silva, Directeur général de l’administration pénitentiaire. Lieu : Ministère de la Justice 10h30-11h15 - Rencontre avec Son Excellence Mme Maria Inácia Có Sanhá, ministre de la Santé publique, de la Famille et de la Cohésion sociale. 11h30-12h30 - Rencontre avec le président de la Commission nationale des droits de l’homme. Lieu : Siège de la Commission 13h10-14h00 - Déjeuner Après-midi 14h10-14h35 - Rencontre avec la direction du parti UM Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 14h40-15h05 - Rencontre avec la direction du parti PND Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 15h10-15h35 - Rencontre avec la direction du parti PCD Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 15h40-16:05-Rencontre avec la direction du parti PRS Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 16h10-16h35-Rencontre avec la direction du parti PAIGC Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 34
16h40-17h05- Rencontre avec un groupe de partis politiques sans siège au Parlement Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 17h10-18h00- Rencontre avec les médias Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine Mardi 17 juillet 2018 09h30-10h30 - Rencontre avec le président de la Ligue guinéenne des droits de l’homme (LGDH). Lieu : Siège de la LGDH 10h35-11h30- Rencontre avec le Directeur général de la police judiciaire (Polícia Judiciária). Lieu : Police des enquêtes criminelles 11h35-12h30 - Rencontre avec Son Excellence Dr. Basílio Sanca, Président du Barreau. Lieu : Secrétariat du Barreau. 13h10-14h00 - Déjeuner Après-midi 14h15-15h10 - Audience avec Son Excellence M. Camilo Simões Pereira, ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, de la Jeunesse, de la Culture et des Sports. Lieu : Ministère de l’Éducation 15h20-16h00- Rencontre avec l’Institut pour les femmes et les enfants (IMC) Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 16h05-17h00- Rencontre avec la Commission nationale pour les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur du pays. Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine Mercredi 18 juillet 2018 09h30-10h30- Rencontre avec le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix. Lieu : Siège de l’ONU 10h45-11h40 - Audience avec Son Excellence Dr. Mutaro Djaló, Ministre de l’Intérieur. Lieu : Ministère de l’intérieur. 11h55-12h45 - Audience avec Son Excellence Dr Paulo Sanha, Président de la Cour suprême. Lieu : Palais de justice 13h00-14h00 - Déjeuner Après-midi 14h15-15h30 - Audience avec Son Excellence le Dr. Aristides Gomes, Premier ministre. 35
Lieu : Primature (Palais du gouvernement) 15h40-16h30- Rencontre avec les étudiants de l’Université Amílcar Cabral Lieu : Université Amílcar Cabral Jeudi 19 juillet 2018 09h30-10h30 - Réunion interactive avec les organisations de la société civile/ONG (y compris les ONG s’occupant des droits des femmes). Lieu : Bureau de liaison de l’Union africaine 10h40-11h40 - Audience avec Son Excellence Dr. Cipriano Cassama, Président de l’Assemblée nationale populaire (ANP). Lieu : Siège de l’ANP (Palais Colina de Boe) 11h45-12h40 - Rencontre avec l’honorable député Higino Cardoso, président de la Commission permanente spécialisée dans les affaires juridiques et les droits de l’homme. Lieu : Siège de l’ANP (Palais Colina de Boe) 13h00-14h00 - Déjeuner Après-midi 14h30-15h30- Audience avec Son Excellence Dr. José Mário Vaz, Président de la République. Lieu : Palais de la République Vendredi 20 juillet 2018 09h30-10:20 - Visite du centre de détention de la police judiciaire à Bandim. 10h30-12h30 - Visite de la prison de Mansôa 13h00-14h00 - Déjeuner Conférence de presse 21 juillet 2018 - Départ de la délégation pour l’aéroport *********************************** 36

Created 17 juin 2026 · Edited 7 juil. 2026