Publications des Mécanismes spéciaux

Promotion DE L’ÉGALITÉ DES SEXES et de l’autonomisation des femmes en Afrique: perspectives des partenaires de la Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique (SRRWA)

frnnewsletter-srrwa.pdf
Promotion DE L’ÉGALITÉ DES SEXES et de l’autonomisation des femmes en Afrique : perspectives des partenaires de la Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique (SRRWA) BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA MAI 2025
Organisations partenaires figurant dans la présente édition 2 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
Table des matières MOT DE BIENVENUE DE LA SRRWA............................................................................................................ 6 25 ans de plaidoyer en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes en Afrique........................................................................................................................................................ 8 Irene Desiree Mbengue et Meron Eshetu Birhanu,................................................................................. 8 Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples............................................................... 8 Définir la diffusion non consensuelle d’images intimes dans la législation nationale : une approche de protection des victimes.................................................................................................. 11 Lydia Chibwe et Sheryl Kunaka,. .............................................................................................................11 Centre pour les droits humains, Université de Pretoria. .......................................................................11 Bilan des réformes juridiques récentes et plaidoyer en faveur de la lutte contre les pratiques néfastes......................................................................................................................................................... 14 Divya Srinivasan, Equality Now. ............................................................................................................ 14 Un nouveau chapitre dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes à l’échelle du continent. ................................................................................................................................................ 17 Ilwad Elmi Mohamed, Direction Femmes, Genre et Jeunesse, Commission de l’Union africaine....................................................................................................................................... 17 Fini le silence : Amplifier les témoignages sur le courage et la résilience des femmes soudanaises. .................................................................................................................................. 19 Initiative stratégique pour les femmes de la Corne de l’Afrique (SIHA) ............................................. 19 Renforcer les droits des femmes à la terre, à la propriété et aux ressources reproductives dans le cadre du mariage et hors mariage en Afrique............................................................................................ 21 Initiative pour l’égalité des sexes et le développement en Afrique..................................................... 21 Soutenir la lutte contre la violence sexiste en renforçant l’accès à la justice au Mali........................... 24 Bezahinibé Micheline Somda, Genevièv Robitaille............................................................................... 24 Avocats sans frontières Canada. ............................................................................................................ 24 Amplifier la voix des femmes africaines et faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes. ........................................................................................................................................................ 27 Réseau de développement et de communication des femmes africaines.......................................... 27 L’aventure continue : Maintenir l’élan en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes en Afrique. ...................................................................................................................................... 30 Mosupatsila M Nare. ............................................................................................................................... 30 Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples............................................................. 30 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 3
4 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
Remerciements Le Bureau de la Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique (SRRWA), au nom de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (ci-après dénommée « la Commission »), exprime sa sincère gratitude à ses partenaires pour le soutien généreux qu’ils ont apporté à la rédaction et à la publication de la présente édition du bulletin d’information. Cet ouvrage a été rendu possible grâce aux contributions inestimables de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) et du Centre pour les droits humains de l’Université de Pretoria. Nous tenons également à remercier chaleureusement tous les partenaires dont les contributions ont enrichi cette édition. Leur collaboration continue est essentielle pour faire progresser les droits des femmes sur le continent. Dédicace La présente édition du bulletin d’information est dédiée à toutes les organisations africaines de défense des droits des femmes qui défendent inlassablement les droits des femmes et des filles. Leur engagement et leur dévouement sont à l’origine des progrès que nous constatons dans la promotion des droits des femmes sur le continent. Nous dédions également cette édition aux innombrables femmes et filles africaines dont la résilience et la force nous inspirent pour continuer à œuvrer en faveur d’un avenir où leurs droits seront pleinement reconnus, protégés et célébrés. Rédacteurs en chef Meron Eshetu Birhanu Irene Desiree Mbengue Mosupatsila M Nare Conception graphique Flow Communications ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 5
MOT DE BIENVENUE DE LA SRRWA En tant que SRRWA de la Commission, c’est avec une immense gratitude et une grande détermination que je m’adresse à vous dans cette dernière édition du bulletin d’information de la SRRWA. La Vice-présidente Janet Ramatoulie Sallah-Njie (SRRWA) La première édition du bulletin La présente édition analyse la situation commémorait le 20ème anniversaire l’autonomisation des femmes en Afrique, à l’égalité des sexes et à du protocole à la Charte africaine des tout en relevant les défis émergents et droits de l’Homme et des peuples les femmes continuent de faire face. Elle les violations de longue date auxquelles relatif aux droits des femmes en Afrique constitue une plateforme essentielle pour ( le protocole de Maputo), tandis d’égalité des sexes tout en commémorant le que la deuxième était consacrée aux survivantes des mutilations génitales féminines (MGF). 6 relative ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA évaluer les progrès réalisés en matière 20ème anniversaire du Bureau de la SRRWA, officiellement célébré le 17 octobre 2024 sous le thème « Héritage intergénérationnel du mandat de la SRRWA dans l’élaboration des droits des femmes et des filles
africaines ». Pour marquer cette étape, la présente possibles sans l’engagement et le partenariat de édition adopte une approche unique en proposant nos éminentes parties prenantes. Nos partenaires, une qui incluent des organisations de la société sélection exclusivement de communications d’organisations émanant partenaires et civile, des réseaux régionaux et des partenaires portant sur divers aspects des violations des de développement, sont restés fidèles à leur droits des femmes qui sapent les efforts régionaux engagement en faveur de l’égalité des sexes et visant à promouvoir l’égalité entre les hommes et de l’autonomisation des femmes et des filles sur les femmes et l’autonomisation de ces dernières. l’ensemble du continent. En parcourant ce bulletin, vous constaterez qu’il Alors que nous progressons dans notre mission constitue une plateforme de choix pour mettre d’élimination des obstacles à l’égalité des sexes en lumière les efforts déployés pour promouvoir et à l’autonomisation des femmes, j’adresse les droits des femmes et des filles africaines, mes sincères remerciements aux partenaires pour célébrer les réalisations communes, pour du Bureau de la SRRWA pour leur soutien amplifier les voix différentes et pour appeler à continu. Je les invite également à renforcer notre des mesures urgentes en vue de protéger et de collaboration et à réaffirmer leur engagement en promouvoir les droits des femmes. faveur de la promotion et de la protection des droits des femmes en Afrique. Cette édition met particulièrement en lumière les contributions inestimables de nos partenaires, Enfin, j’exprime ma sincère gratitude à tous nos lesquels continuent à travailler sans relâche partenaires dont les efforts se reflètent dans pour promouvoir les principes consacrés par les récits et les réalisations présentées dans ce le Protocole de Maputo. Dans ce bulletin, nous bulletin d’information. Je suis convaincue que abordons des questions essentielles telles que les cette publication servira de source d’information, pratiques néfastes, la violence sexiste, la violence d’appel à l’action et de lueur d’espoir pour faire numérique, l’autonomisation économique des progresser l’égalité des sexes et l’autonomisation femmes, l’accès à l’éducation et les inégalités des femmes sur l’ensemble du continent. intersectorielles, des questions auxquelles le Bureau de la SRRWA accorde depuis longtemps Je souhaite également exprimer ma gratitude la priorité en collaboration avec ses partenaires. à la GIZ et au Centre pour les droits humains Chaque initiative et chaque étape présentée de l’Université de Pretoria pour leur soutien ici témoigne de ce qui peut être réalisé lorsque inestimable qui a rendu possible l’élaboration et nous mutualisons nos ressources, notre expertise la publication de ce bulletin d’information. et notre détermination en faveur d’une cause commune. Mme. Janet Ramatoulie Sallah-Njie Rapporteure spéciale sur les droits de la femme Les progrès que nous avons réalisés dans le en Afrique, Commission africaine des droits de cadre du Protocole de Maputo n’auraient pas été l’Homme et des peuples ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 7
25 ans de plaidoyer en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes en Afrique Irene Desiree Mbengue1 et Meron Eshetu Birhanu,2 Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples L’année 2024 a marqué le 25ème anniversaire de la SRRWA. La commémoration, qui s’est tenue le 17 octobre 2024, a représenté une étape importante dans le paysage des droits humains en Afrique, marquant un quart de siècle de plaidoyer constant, d’influence politique et de réformes juridiques visant à protéger et à promouvoir les droits des femmes et des filles sur le continent. C réé en 1998 comme l’un des mécanismes de pour l’avenir afin de garantir que l’égalité entre la Commission, le SRRWA joue un rôle crucial les sexes reste en tête des priorités de l’Afrique dans l’orientation du discours sur l’égalité des en matière de droits humains. Le thème de sexes, en influençant les engagements des États l’événement, « Autonomiser les générations par en faveur des droits des femmes et en veillant à l’éducation des femmes et des filles », soulignait ce que le Protocole de Maputo reste la base des le pouvoir de transformation de l’éducation dans cadres juridiques et politiques de tout le continent le démantèlement des inégalités systémiques africain. entre les sexes et dans le renforcement des capacités des femmes à s’exprimer contre les 8 La commémoration a servi de plateforme pour violations. Il a aussi mis en évidence le fait que célébrer les réalisations passées, réfléchir aux l’éducation est un droit humain fondamental défis qui subsistent et élaborer des stratégies et un outil stratégique d’autonomisation, qui 1 Juriste principal, Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples. 2 Chercheur juridique, Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
de sensibilisation, le mécanisme a contribué à influencer les politiques nationales, à façonner les normes régionales en matière de droits humains et à adopter des instruments novateurs, juridiques tels que les Observations générales et les Lignes directrices sur le Protocole de Maputo. L’une de ses réalisations les plus importantes a été son rôle dans la promotion de la transposition (au niveau national) et de la permet aux femmes et aux filles de remettre en mise en œuvre du Protocole, lequel reste l’un des question les normes discriminatoires, d’accéder instruments juridiques africains les plus complets aux opportunités économiques et de participer en matière de droits de la femme. pleinement aux processus de prise de décision. Malgré ces réalisations, des défis persistent. À ce Le thème correspondait au thème de l’année jour, quarante-cinq (45) États africains ont ratifié 2024 de l’Union africaine, « Éduquer et qualifier le Protocole de Maputo, mais sa mise en œuvre l’Afrique pour le 21ème siècle », qui appelait complète reste limitée en raison de lacunes à investissements dans les réformes juridiques, de la faiblesse des dans l’éducation des filles, à la formation mécanismes d’application et d’un manque de professionnelle et à la maîtrise du numérique afin volonté politique de s’attaquer aux inégalités de doter les femmes et les filles des connaissances entre les hommes et les femmes profondément et des compétences nécessaires pour stimuler le enracinées. En outre, les ressources limitées développement de l’Afrique. Cependant, malgré limitent la capacité du mécanisme à pleinement le rôle essentiel que joue l’éducation dans accomplir sa mission, ce qui souligne le besoin l’autonomisation des femmes, des millions de urgent de renforcer les partenariats et de garantir femmes et de filles à travers l’Afrique se heurtent un financement durable. une augmentation des encore à des obstacles importants, notamment la pauvreté, la violence sexiste, les mariages L’un des points forts de la commémoration a été d’enfants et les normes sociales discriminatoires, le dialogue intergénérationnel, qui a rassemblé lesquels entravent leur accès à une éducation de d’anciens et d’actuels Rapporteurs spéciaux, qualité. des décideurs politiques et des acteurs de la société civile en vue de réfléchir à l’évolution du Au cours des 25 dernières années, le SRRWA Mécanisme et de définir les perspectives d’avenir. a joué un rôle essentiel dans la défense des Cet échange a mis en évidence l’importance de la engagements des États en faveur de l’égalité continuité en matière de plaidoyer, de mentorat des sexes. Grâce à des missions de promotion, et de partage des connaissances dans le but de des études, des analyses juridiques et des efforts maintenir les progrès accomplis. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 9
Les anciens Rapporteurs spéciaux ont évoqué l’importance historique du mécanisme, en soulignant comment les instruments contraignants, tels juridiques que les non Lignes directrices et les Observations générales, ont permis de clarifier les obligations des États et d’influencer les réformes juridiques. Les discussions ont également fait état des luttes actuellement menées contre les résistances culturelles et sociétales à l’égalité entre les hommes et les femmes, de la lenteur de la mise en œuvre des lois progressistes et de la nécessité de renforcer les cadres de suivi et de responsabilisation afin de vérifier que les États respectent leurs engagements en matière de droits de l’homme. La commémoration a été l’occasion de réaffirmer que l’avenir de la SRRWA dépend de sa capacité à s’adapter aux nouveaux défis tout en restant fidèle à sa mission de défense des droits des femmes. Il a également été souligné que les principales priorités pour l’avenir comprennent la prise en compte des réserves des États sur le Protocole de Maputo, le renforcement du dialogue avec les jeunes et avec les organisations de base, et la prise en compte des questions émergentes en matière de droits des femmes. L’adoption récente de la Convention de l’Union Africaine visant à mettre fin à la Violence à l’égard des Femmes et des Filles (AUCEVAWG), qui confère à la Commission le rôle d’institution principale responsable de l’interprétation et du suivi de sa mise en œuvre, constitue un ajout important au cadre des droits de la femme et élargit le rôle de la SRRWA. En tant que membre du Groupe de référence et principal mécanisme de la Commission chargé de superviser la promotion et la protection des droits de la femme, la SRRWA jouera un rôle crucial dans la mise en œuvre effective de la Convention. Le leadership de la SRRWA dans ce processus sera déterminant pour faciliter l’entrée en vigueur de l’AUCEVAWG, sa transposition et sa mise en œuvre effectives, assurant ainsi une compatibilité avec les cadres régionaux tels que le Protocole de Maputo et renforçant les mécanismes de protection des femmes et des jeunes filles dans toute l’Afrique. 10 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
Définir la diffusion non consensuelle d’images intimes dans la législation nationale : Une approche de protection des victimes Lydia Chibwe3 et Sheryl Kunaka,4 Centre pour les droits humains, Université de Pretoria La diffusion non consensuelle d’images intimes (DNCII), communément appelée « pornodivulgation » (pornographie de vengeance), consiste à partager des images intimes sans le consentement de la personne qui y figure.5 C ette forme d’abus numérique va au-delà que la législation nationale des États africains des conflits relationnels et englobe la visant à criminaliser la DNCII adopte une coercition, le chantage et le harcèlement. 90 définition de l’infraction qui criminalise le % des victimes de DNCII sont des femmes, 6 comportement de l’auteur et non celui de et la croissance rapide des plateformes la victime. Cette approche protectrice des numériques rend davantage de femmes victimes garantira la responsabilisation de vulnérables à l’humiliation publique et aux l’auteur et mettra fin à la culpabilisation des préjudices victimes par la loi et la société. psychologiques. 7 Les discours sociétaux et culturels concernant la DNCII dépeignent les femmes comme étant des Les instruments régionaux non contraignants victimes imparfaites et reportent l’attention élaborés par la Commission ont exhorté sur la victime et non plus sur l’auteur de les États africains à protéger les droits des l’acte criminel. Ainsi, pour mieux protéger les femmes consacrés par le Protocole de Maputo victimes de DNCII, le présent article préconise en adoptant et en appliquant des lois qui 3 Chargée de projet et boursière postdoctorale, Centre pour les droits humains, Faculté de droit, Université de Pretoria. 4 Boursière de la Clooney Foundation for Justice Waging Justice for Women, Centre des droits humains, Faculté de droit, Université de Pretoria. 5 W S. Dekeseredy & M D. Schwartz ‘Thinking Sociologically About Image-Based Sexual Abuse: The Contribution of Male Peer Support Theory’ (2016)2 Sexualization Media & Society 1-8. See also C McGlynn and E Rackley’Image-Based Sexual Abuse’ (2017) 37 Oxford Journal of Legal Studies534–561. 6 Cyber Rights Organization ‘NCII: 90% of Victims of Are Women’ December 21, 2022, https://cyberights.org/ncii-90-of-victims-of-thedistribution-of-non-consensual-intimate-imagery-are-women/. 7 M Salter & T Crofts ‘Responding to revenge porn: challenges to online legal impunity’ (2015) New Views on Pornography: Sexuality, Politics, and the Law233–56. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 11
élargissent le concept de violence sexiste (pour y inclure la violence numérique)8 et des lois qui criminalisent la DNCII.9 Malgré ces demandes, les approches législatives nationales visant à criminaliser la DNCII restent incohérentes et fragmentées. Le présent article vise à mettre en évidence l’impact négatif qu’entraine la non- qualification de la DNCII (qui place la protection de la victime au cœur de la criminalisation de la DNCII) comme délit. Pour ce faire, il met en évidence les divergences entre les définitions juridiques du délit de DNCII dans un échantillon d’États membres de l’Union africaine (UA), lesquelles favorisent ou, au contraire, découragent la mise en cause des victimes et une culture de l’impunité dans le cadre du processus de justice pénale. Les lois qui criminalisent la DNCII doivent son cadre législatif, ce qui en fait un exemple de cibler l’acte de diffusion d’images intimes sans meilleure pratique sur ce plan. consentement en qualifiant et en définissant 12 l’infraction avec précision.10 En effet, les lois qui La loi ne doit pas dépendre des motivations de définissent l’infraction sous le terme familier de l’auteur. Elle doit avoir pour objectif manifeste « revenge porn » (pornographie de vengeance) 11 de punir le simple fait de diffuser des images favorisent une nouvelle victimisation de la intimes sans le consentement de l’intéressé. personne qui en est victime. Ce terme rejette la Certaines lois de l’échantillon ne proscrivent responsabilité sur la victime en sous-entendant le comportement que s’il y a eu intention de qu’elle a commis un acte qui aurait pu justifier un nuire.13 Une telle condition préalable n’a pas de acte de vengeance.12 La législation zimbabwéenne sens étant donné qu’il est sans doute impossible adopte des d’adopter un tel comportement sans causer de victimes en criminalisant la « [t]ransmission préjudice à la victime, qu’il s’agisse d’un préjudice d’images intimes sans consentement ». Il n’y a psychologique, émotionnel, financier ou autre, aucune mention du terme « revenge porn » dans ou d’une atteinte à sa réputation. Dans le même une approche plus protectrice 8 Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, ‘Resolution on the Protection of Women Against Digital Violence in Africa - ACHPR/ Res. 522 (LXXII) 2022’(Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, 9 août 2024), https://achpr.au.int/en/adopted-resolutions/522resolution-protection-women-against-digital-violence-africa-achpr. 9 Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, ‘Declaration of Principles on Freedom of Expression and Access to Information in Africa 2019’ 17 avril 2020, https://achpr.au.int/en/node/902. 10 Cela signifie également que la législation ne doit pas être trop générale. Voir par exemple les dispositions trop geenrales de la loi tanzanienne “Cybercrimes Act, 2015” (2015), Article 14, https://tanzlii.org/akn/tz/act/2015/14/eng@2015-05-22. 11 Voir la loi du Botswana ‘Cybercrime and Computer Related Crimes Act’ Article 20, consultée le 18 février 2025, https://botswanalaws.com/ consolidated-statutes/repealed-acts/cybercrime-and-computer-related-crimes-repealed. 12 Media Defence ‘Non-Consensual Sharing of Intimate Images’Media Defence (blog), consulté le 18 février 2025, https://www.mediadefence.org/ ereader/publications/online-violence-against-journalists/module-2-digital-attacks-and-online-gbv/ncii/. 13 Zimbabwe’s Cyber and Data Protection Act [Chapitre 12:07] (No. 5 of 2021), Article 164E. Voir aussi le Gouvernement de la République d’Afrique du Sud ‘Films and Publications Act 1996’ (1996), Article 18F, https://www.saflii.org/za/legis/consol_act/fapa1996220/. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
ordre d’idées, les dispositions qui exigent qu’une victime prouve qu’elle a subi un préjudice devraient également être réexaminées.14 Cela est important pour favoriser une culture qui reconnaisse que l’acte même de DNCII est une violation des droits des femmes et que les auteurs doivent être tenus pour responsables. Un exemple de bonne pratique à cet égard est celui du Kenya, où la loi ne requiert pas de l’auteur de l’infraction qu’il ait l’intention de nuire avant d’être tenu pour responsable.15 Enfin, les lois doivent avoir pour objectif de punir l’auteur de l’infraction et non la victime.16 Ce point de vue est corroboré par la jurisprudence nationale du Kenya, qui stipule qu’une femme ne renonce pas à son droit à la protection de sa vie privée « en prenant des photos montrant sa nudité »17 ou en les transmettant à un partenaire intime.18 Les États africains devraient donc veiller à ce que leurs lois ne criminalisent pas la prise d’images personnelles et intimes et la diffusion de ces images à un conjoint. Il convient de noter à cet égard que les lois nationales de l’Afrique du Sud 19, du Botswana20, du Kenya21 et du Zimbabwe22 ne criminalisent pas ce type de comportement. Pour lutter contre le fléau des DNCII en Afrique, il faut des lois qui garantissent des mesures de protection solides, fondées sur le consentement, et qui attribuent la responsabilité des actes répréhensibles de manière appropriée, c’est-à-dire à l’auteur de ces actes. Conformément à leurs obligations régionales de lutte contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes, les États parties devraient adopter une approche de la criminalisation de la DNCII qui garantisse que les survivantes sont protégées et non poursuivies pour avoir été victimes de DNCII. La Commission est en train de mener une étude au niveau continental sur les causes sous-jacentes, les manifestations et les impacts de la violence numérique à l’égard des femmes en Afrique, afin de contribuer à l’élaboration de normes et de règles approfondies destinées à aider les États parties à lutter contre ces violations.23 Une telle étude peut éventuellement contribuer à l’adoption d’une législation nationale protectrice des victimes pour lutter contre les DNCII. 14 Gouvernement de la République d’Afrique du Sud, ‘Criminal Law (Sexual Offences and Related Matters) Amendment Act 32 of 2007’ (2007), Article 11A, https://www.gov.za/documents/criminal-law-sexual-offences-and-related-matters-amendment-act. 15 “The Computer Misuse and Cybercrimes Act 2018 | NC4” (2024), Article 37, https://nc4.go.ke/the-computer-misuse-and-cybercrimes-act-2018/. 16 Au Nigeria, la législation applicable peut être interprétée comme criminalisant tous les actes de diffusion, y compris l’acte initial de la victime qui envoie la photo à son partenaire. Voir “The Nigeria CyberCrimes (Prohibition, Prevention, Etc) Act, 2015” (2015), Article 24(1), https://cyberights. org/ncii-90-of-victims-of-the-distribution-of-non-consensual-intimate-imagery-are-women/ 17 Pétition 361 de 2016 – Droit kenyan (Haute Cour du Kenya siégeant à Nairobi 7 decembre 2016). 18 Ibid, para 29. 19 Gouvernement de la République d’Afrique du Sud, Criminal Law (Sexual Offences and Related Matters) Amendment Act 32 of 2007, Article 11A. 20 Cybercrime and Computer Related Crimes Act, Article 20. 21 “The Computer Misuse and Cybercrimes Act 2018 | NC4” (2024), Article 37. 22 Cyber and Data Protection Act [Chapitre 12:07] (No. 5 of 2021), Article 164E. 23 Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples ‘Resolution on the Need to Undertake a Study on Digital Violence against Women’s Rights in Africa -ACHPR/Res.591 (LXXX) 2024’ 17 fevrier 2025, https://achpr.au.int/en/adopted-resolutions/achprres591-lxxx-2024-resolution-needundertake-study-digital-violence-against. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 13
Bilan des réformes juridiques récentes et plaidoyer en faveur de la lutte contre les pratiques néfastes Divya Srinivasan, Equality Now Les pratiques abusives, notamment les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfants, restent des problèmes importants de droits humains qui affectent les femmes et les filles africaines aujourd’hui. E n Afrique, 144 millions de femmes et de filles ont déjà subi des mutilations génitales féminines et plus de 130 millions de femmes et de filles ont été mariées avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans. Au cours de la dernière décennie, des progrès significatifs ont été accomplis dans l’amélioration des normes juridiques relatives aux mutilations génitales féminines et aux mariages d’enfants. Toutefois, la récente réaction hostile aux droits, comme le montre la menace qui pèse sur la loi anti-MGF en Gambie en 2024, risque de freiner, voire d’inverser ces progrès.24 Au cours de la dernière décennie, des progrès significatifs ont été réalisés en ce qui concerne l’amélioration des normes juridiques relatives aux mutilations génitales féminines et au mariage des enfants. Cependant, les récentes réactions hostiles aux droits, comme en atteste la menace qui pèse sur la loi anti-MGF en Gambie en 2024, risquent de freiner, voire d’inverser les progrès accomplis. Dans le cadre de son programme « Ending Harmful Practices », Equality Now travaille dans toute l’Afrique pour soutenir les efforts visant à renforcer les lois et les politiques sur les pratiques néfastes, pour plaider en faveur de leur mise en œuvre effective et pour améliorer l’accès à la justice pour 24 14 UNICEF « Vers l’élimination des pratiques néfastes en Afrique » https://data.unicef.org/resources/harmful-practices-in-africa/. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
les survivants. Des progrès ont été réalisés récemment dans la modification des lois sur le mariage des enfants afin de se conformer aux obligations internationales et régionales en matière de droits humains. En 2024, par exemple, la Sierra Leone a adopté la Loi sur l’interdiction du mariage des enfants, qui prévoit un ensemble de mesures visant non seulement à fixer l’âge minimum du mariage à 18 ans sans exception, mais aussi à protéger les droits des victimes et à fournir des services d’aide. À la suite de la décision de la Sierra Leone, des projets de loi visant à modifier et à renforcer les législations sur le mariage des enfants ont été présentés dans plusieurs pays. Par exemple, en Ouganda, le projet de loi 2024 sur le mariage vise à harmoniser les différents textes sur le mariage des enfants.25 Bien que la Constitution ougandaise fixe à 18 ans l’âge minimum du mariage pour mariage des enfants, lesquelles ne se concentrent pas uniquement sur l’augmentation de l’âge minimum du mariage ou sur l’introduction de sanctions pénales, mais cherchent à intégrer des dispositions relatives à la prévention, à la lutte, à la sensibilisation des communautés et à la protection des enfants déjà mariés. Par exemple, la Commission juridique du Malawi a récemment entamé un examen des lois nationales sur le mariage des enfants afin d’assurer une parfaite compatibilité avec la loi type de la SADC sur l’éradication du mariage des enfants et la protection des enfants déjà mariés, même si la législation du Malawi fixe déjà l’âge minimum du mariage à 18 ans, sans exception. Bien que des progrès aient été accomplis, les réformes juridiques visant à mettre fin aux mutilations génitales féminines progressent à les hommes et les femmes, il subsiste des un rythme décevant. Des projets de loi visant à textes législatifs contradictoires régissant les interdire les MGF sont en suspens en Sierra Leone mariages coutumiers ainsi que les mariages de et au Liberia. Le projet de loi portant modification certaines communautés religieuses (hindous et de la loi sur les droits de l’enfant est toujours en musulmans), qui autorisent toujours le mariage instance d’examen au Parlement en Sierra Leone, avant l’âge de 18 ans. L’adoption du projet de malgré les efforts déployés pour l’adopter avant loi 2024 sur le mariage donnerait effet à l’arrêt de la fin de l’année 2024. Certains législateurs ont la Haute Cour ougandaise dans l’affaire Michael même demandé la suppression de la disposition Aboneka et Kirya Martins c. Attorney General. contre les MGF dans le projet de loi, ce qui a incité 26 27 , qui a déclaré ces dispositions invalides. le Comité africain d’experts sur les droits et le bienêtre de l’enfant à sonner l’alarme en demandant Ces lois représentent une nouvelle tendance que le projet de loi, y compris l’interdiction des à l’introduction de lois plus complètes sur le MGF, soit adopté.28 Au Libéria, bien que deux 25 Projet de loi sur le mariage, 2024, Parlement de l’Ouganda. https://bills.parliament.ug/uploads/0839The_Marriage_Bill,_2024.pdf. 26 Marriage and Divorce of Mohammedans Act (loi sur le mariage et le divorce des Mahométans), article 147 ; Hindu Marriage and Divorce Act (loi sur le mariage et le divorce des Hindous), article 145 ; Customary Marriage (Registration) Act (loi sur la déclaration du mariage coutumier, article 248. 27 Constitutional Petition No. 35 de 2021 ; [2023] UGCC 112 (arrêt du 20 février 2023). 28 https://www.acerwc.africa/en/article/press-release/letter-urgent-appeal-government-sierra-leone. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 15
projets de loi visant à lutter contre les MGF aient été introduits en 2023, les efforts sont, depuis ce moment, au point mort, malgré les coalitions de la société civile appelant le gouvernement à donner la priorité à l’adoption d’une loi complète sur les MGF.29 Au niveau de l’Afrique de l’Est, des efforts sont en cours pour relancer le Projet de loi de 2016 de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) portant interdiction des MGF, qui vise à instaurer une norme pour la sous-région et à lutter contre les MGF transfrontalières dans les pays membres de la CAE. Equality Now travaille avec l’East African Sub-Regional Support Initiative for the Advancement of Women (EASSI), et avec le soutien du FNUAP, à rassembler les OSC de toute la région dans le cadre d’une campagne conjointe de plaidoyer en faveur de l’adoption du Projet de loi de la CAE sur l’interdiction des MGF. Toutefois, dans certains pays, les progrès en matière de réformes juridiques restent difficiles. Au Mali, bien que des modifications importantes du Code pénal aient été adoptées en 2024, la disposition interdisant les MGF a été exclue du projet de loi à la dernière minute, ce qui a mis un terme aux efforts déployés depuis des décennies par la société civile malienne, qui plaidait en faveur d’une loi spécifique contre les MGF. En Gambie, bien que l’Assemblée nationale ait rejeté la proposition d’abrogation de la loi anti-MGF en juin 2024, la constitutionnalité de la loi a été immédiatement contestée devant la Cour suprême, où l’affaire est toujours pendante et devrait être entendue en 2025.30 Avec l’adoption récente de l’AUCEVAWG, ainsi que du cadre de responsabilisation de l’UA sur l’élimination des pratiques néfastes, une dynamique importante s’est mise en place aux niveaux régional, sous-régional et national pour progresser vers une meilleure protection juridique des femmes et des filles contre les pratiques néfastes ; nous prévoyons que les efforts soutenus aboutiront à des progrès significatifs à l’échelle du continent en 2025. 16 29 https://frontpageafricaonline.com/gender-issues/liberia-nacahp-urges-swift-government-action-on-fgm-as-suspension-period-ends/#google_ vignette. 30 https://foroyaa.net/supreme-court-hears-case-challenging-criminalisation-of-female-circumcision/. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
Un nouveau chapitre dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes à l’échelle du continent Ilwad Elmi Mohamed,31 Direction Femmes, Genre et Jeunesse, Commission de l’Union africaine L’adoption récente de l’AUCEVAWG par les chefs d’État et de gouvernement lors de la 38ème session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement qui s’est tenue à Addis-Abeba les 15 et 16 février 2025 marque un tournant historique dans la lutte pour l’élimination de “toutes les formes de violence et de discrimination à l’égard des femmes et des filles” dans l’ensemble de l’Afrique. C et instrument juridique de référence, issu d’années de plaidoyer et de processus consultatifs, constitue le premier cadre global et juridiquement contraignant d’Afrique visant clairement à prévenir et à mettre fin à toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles. Un exemple de volonté et d’unité politiques L’adoption de la Convention a été unanimement saluée comme une formidable démonstration de l’engagement de l’Afrique en faveur de la dignité humaine et de l’égalité entre les hommes et les femmes. En approuvant cette Convention, les dirigeants de l’UA ont réaffirmé leur détermination à s’attaquer aux causes profondes de la violence et ont donné un exemple édifiant d’unité politique dans la recherche de la justice. 31 Chef par interim de la division Jeunesse et chargée de mission principale - Droits de la femme, CUA-DFGJ. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 17
Principales réalisations et points forts du cadre La Convention fournit un cadre juridique solide conçu pour : • • • • 18 Prévenir et éliminer la violence à l’égard des femmes : elle prévoit des mesures concrètes pour lutter contre la violence entre partenaires intimes, la violence sexuelle, les pratiques traditionnelles néfastes et d’autres manifestations d’abus qui ont longtemps réduit les femmes et les filles au silence et les ont marginalisées. Renforcer la responsabilité : L’instauration d’obligations précises pour les États membres ouvre la voie à des solutions judiciaires et institutionnelles plus radicales, garantissant que les auteurs d’actes criminels soient tenus pour responsables et que les survivants reçoivent la justice et l’aide qu’ils méritent. Promouvoir une approche centrée sur la victime : La Convention souligne la nécessité de mettre en place des systèmes de soutien holistiques, allant de la protection juridique et des services de santé aux initiatives d’éducation et d’autonomisation économique, donnant ainsi la priorité aux droits et à la dignité des victimes et des survivants. Renforcer la coopération bilatérale et multilatérale : elle s’appuie sur des instruments existants tels que le Protocole de Maputo relatif aux droits des femmes et fait écho à des programmes régionaux plus vastes tels que l’Agenda 2063, renforçant ainsi la détermination de l’Afrique à mettre en place des interventions tenant compte de l’égalité des sexes sur le continent. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA Un grand pas vers l’éradication de la violence L’adoption de cette convention historique est un symbole fort de changement. En réunissant divers pays autour d’un engagement unique et contraignant, la Convention établit un programme de transformation pour le continent. Elle devrait accélérer la mise en œuvre des réformes au niveau national, stimuler l’engagement de la société civile et faire en sorte que les voix des communautés touchées soient entendues. Le cadre juridique qu’elle établit offre des pistes essentielles non seulement pour réduire la prévalence de la violence, mais aussi pour y mettre un terme. Alors que les efforts de ratification commencent, les parties prenantes partout en Afrique, telles que les gouvernements, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux, sont appelées à travailler ensemble afin de traduire cet engagement en un changement tangible. Les mécanismes rigoureux de suivi et de responsabilisation de la Convention constitueront un outil essentiel pour évaluer les progrès réalisés et veiller à ce qu’aucune femme ou fille ne soit laissée pour compte dans les efforts déployés pour créer une société exempte de violence. Cette avancée historique est un appel à la poursuite de l’action et à la solidarité dans le cadre de la lutte collective contre la violence à l’égard des femmes et des filles en Afrique.
Fini le silence : Amplifier les témoignages sur le courage et la résilience des femmes soudanaises Initiative stratégique pour les femmes de la Corne de l’Afrique (SIHA) Dans un pays ravagé par la violence et les troubles civils depuis le 15 avril 2023, les femmes soudanaises sont confrontées à des souffrances disproportionnées, notamment la violence sexuelle, les disparitions forcées et d’autres formes de violence fondée sur le genre. Face à ces dures réalités, l’Initiative stratégique de presse,32 des rapports de recherche,33 des pour les femmes de la Corne de l’Afrique (SIHA) documents d’information et des pétitions,35 afin a pris les devants en tant que réseau de défense de mettre en lumière les horreurs vécues par les des droits fondamentaux des femmes, en se personnes touchées par ce conflit et le courage concentrant sur l’autonomisation des femmes, la dont elles font preuve. réponse aux crises et l’amplification de leurs voix grâce à des mécanismes de réponse résilients et Nous avons récemment lancé le blog « Histoires urgents. de femmes soudanaises : De la guerre à la résistance » afin de renforcer notre plaidoyer et Les efforts de SIHA vont de la fourniture les demandes des femmes soudanaises en faveur d’une assistance immédiate aux survivantes d’une justice globale.36 La plateforme est dédiée au de à partage des témoignages marquants de femmes l’autonomisation des femmes défenseurs des qui ne se contentent pas de survivre au conflit, droits humains et des organisations de base qui mais qui sont des acteurs clés de la résistance et luttent sans relâche en première ligne. SIHA a de la reconstruction de leurs communautés. violences sexuelles liées au conflit également pris des initiatives pour documenter ces abus et attirer l’attention de la communauté Safa Ali est l’une d’entre elles : obstétricienne et internationale en publiant des communiqués gynécologue à la Maternité Al-Saudi au Darfour- 32 https://sihanet.org/news/ 33 https://sihanet.org/publications/ 34 Ibid 35 Ibid 36 https://sihanet.org/women-war-stories/ ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 19
ces héroïnes méconnues et en racontant l’histoire d’une nation qui émerge du cœur de ses plus féroces survivantes : ses femmes. Nous espérons que vous serez inspirés par la poignante histoire de Siham Ishaq Hassan37 et de sa recherche de sa fille disparue, un périple qui reflète les luttes d’innombrables femmes et familles à travers le pays, ainsi que par le récit de Zahra sur sa survie et son courage face au conflit.38 Collaborations entre SIHA et SRRWA Dans ses efforts pour promouvoir et protéger les droits des femmes dans les pays en conflit, le Réseau SIHA a étroitement collaboré avec la Nord, elle est restée à son poste malgré les bombardements intensifs et le conflit en cours depuis avril 2023. Elle a aidé à évacuer le personnel et les femmes enceintes malgré les affrontements entre l’armée et FSR, comme l’a rapporté la British Broadcasting Company (BBC). Parmi les autres défenseures des droits humains dans la crise actuelle au Soudan, citons Gisma Hammad Kuku Kafi, une courageuse activiste de Kassala, au Soudan, largement reconnue pour son rôle dans le soutien aux familles déplacées et la promotion de la paix par le dialogue et l’aide humanitaire au niveau local, et « Zee » Omnia Al-Geniad (@KushiteDictator), une activiste du web qui a mobilisé un large soutien au niveau international en faveur de la crise soudanaise en sensibilisant l’opinion publique par le biais des médias sociaux. Les contributions de ces femmes sont souvent négligées dans les récits traditionnels, ce qui rend inachevé le récit plus général de la lutte pour la justice et la paix. C’est pourquoi le blog Histoires de femmes soudanaises : De la guerre à la résistance vise à changer cela, en célébrant 20 SRRWA à de nombreuses reprises. La SRRWA est notamment intervenue lors de diverses réunions au cours desquelles elle a constamment appelé les États à prendre des mesures décisives pour respecter leurs engagements au titre du Protocole de Maputo, garantir la responsabilisation en cas de violence fondée sur le genre et adopter des cadres juridiques et politiques complets qui protègent les femmes dans les régions touchées par les conflits et leur donnent les moyens d’agir. L’événement parallèle virtuel que nous avons organisé lors de la 79ème session de la Commission a été l’un des points forts de nos efforts de plaidoyer et de notre partenariat. Le panel, intitulé « Ce que la justice signifie pour les femmes soudanaises », comprenait la SRRWA, qui a contribué au débat et a offert une plateforme aux femmes soudanaises leur permettant ainsi de faire connaître leur point de vue sur la justice, ainsi que le rôle crucial de la reconnaissance juridique et sociale dans leur lutte pour les droits et la dignité. En outre, le réseau SIHA, en collaboration avec ses partenaires FEMNET et Equality Now, a activement plaidé en faveur de réformes du droit de la famille afin de promouvoir l’égalité des sexes et de protéger les droits des femmes. Ce 37 https://sihanet.org/where-is-roqia-the-story-of-siham-ishaq-hassan-a-mothers-search-for-her-missing-daughter-amidst-the-sudanese-conflict/ 38 https://sihanet.org/from-crisis-to-action-story-of-zahra-a-sudanese-woman-at-the-forefront-of-humanitarian-support/ ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
plaidoyer a été mis en évidence lors de la 81ème session ordinaire de la Commission, au cours de laquelle SIHA a organisé un panel sur la réforme du droit de la famille. La discussion a souligné l’importance des cadres juridiques pour améliorer l’accès des femmes à l’éducation, s’attaquer aux barrières systémiques et promouvoir l’inclusion. La commissaire Janet Ramatoulie Sallah-Njie a souligné la nécessité pour le droit de la famille de s’aligner sur le Protocole de Maputo et de démanteler les structures patriarcales. Travaux de recherche récents Nous vous invitons à découvrir deux études importantes qui offrent un aperçu critique de l’expérience des femmes dans les conflits et de leur remarquable résilience. Notre Renforcer les droits des femmes à la terre, à la propriété et aux ressources reproductives dans le cadre du mariage et hors mariage en Afrique Initiative pour l’égalité des sexes et le développement en Afrique D ans de nombreuses régions d’Afrique, les femmes ont toujours été confrontées à d’importantes étude, intitulée « Feminist difficultés en matière de propriété et de contrôle des of biens. Les inégalités entre les sexes en matière de Resilience, Resistance, and Solidarity droits fonciers et de propriété ont longtemps entravé (Initiatives féministes au Soudan – un la capacité des femmes à participer pleinement aux exemple de résilience, de résistance et activités économiques et à prendre des décisions de solidarité) » documente et analyse les indépendantes concernant leur vie et leur famille. Initiatives in Sudan – A Story initiatives féministes au Soudan. L’étude met en évidence le rôle crucial que jouent Les recherches montrent que dans de nombreux pays ces initiatives dans la défense d’une paix africains, les femmes possèdent moins de 20 % des respectueuse de l’égalité des sexes, dans terres qu’elles cultivent.39 Derrière cette statistique la fourniture d’une aide humanitaire se cachent des histoires vécues, comme celle d’Ireti et dans l’impulsion d’un changement au Nigeria, dont le titre foncier nouvellement obtenu sociétal à long terme. lui a permis d’accéder au microcrédit et d’améliorer Un autre article, intitulé « What We Have Lost in the War : The Economic Impact of the Sudan Conflict on Women (Ce que nous avons perdu dans la guerre : l’impact économique du conflit au Soudan sur les femmes) » examine l’impact économique des pillages sur les femmes à Khartoum. L’étude documente les difficultés économiques rencontrées par les femmes, leurs mécanismes d’adaptation et les disparités entre les sexes en matière d’accès aux ressources. l’éducation de ses enfants, ou celle d’Adoma au Ghana, dont la reconnaissance légale de ses droits fonciers a renforcé la sécurité alimentaire et la dignité de sa famille. Des initiatives récentes menées par le Bureau de la SRRWA, en collaboration avec diverses organisations de la société civile à travers l’Afrique - y compris l’Initiative pour l’égalité des sexes et le développement en Afrique (IGED-Afrique) 39 ONU Femmes ‘Progress on the Sustainable Development Goals: The Gender Snapshot 2021’ (2021) https://www.unwomen.org/en/digital-library/ publications/2021/09/progress-on-the-sustainable-development-goals-thegender-snapshot-2021 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 21
- ont contribué à des progrès significatifs dans l’accès des femmes aux ressources. Reconnaissant auxquels les les défis femmes africaines sont confrontées et soucieux de les relever, le Bureau de la SRRWA, en collaboration avec diverses organisations de la société civile à travers l’Afrique, y compris l’Initiative pour l’égalité des sexes et le développement en Afrique (IGED-Afrique), l’article 7(d) du Protocole de Maputo représentent travaille en adoptant diverses approches dans le des étapes importantes dans la résolution des cadre de son mandat. Ces efforts ont conduit à problèmes liés aux droits de propriété des femmes l’élaboration et à l’adoption de textes législatifs sur le continent. L’Observation générale n° 6, pour non contraignants, tels que des Résolutions et des sa part, a bénéficié des contributions essentielles Observations générales, qui promeuvent l’égalité d’IGED-Afrique lors de son élaboration, renforçant entre les hommes et les femmes en matière de ainsi l’engagement à faire progresser l’égalité droits fonciers et de propriété. S’appuyant sur ces des sexes dans la gouvernance des terres et des avancées juridiques, un plaidoyer stratégique est à ressources. l’origine de changements significatifs, permettant aux femmes de revendiquer et d’exercer leurs Ces instruments juridiques soulignent l’importance droits. de l’accès, de la propriété et du contrôle des femmes sur les terres et les ressources productives, ainsi Il convient de noter que l’adoption de la Résolution que de la répartition équitable des biens entre sur le droit des femmes à la terre et aux ressources les hommes et les femmes en cas de divorce. productives (ACHPR/Res.262(LIV)2013) et, plus Ils enjoignent les gouvernements africains à important encore, l’Observation générale n° 6 sur prendre des mesures concrètes pour protéger et promouvoir ces droits, en garantissant des cadres juridiques et politiques qui favorisent l’égalité entre les hommes et les femmes dans la gouvernance des terres et des ressources. L’adoption de observations ces résolutions générales par et la Commission, par l’intermédiaire du Bureau de la SRRWA, représente une avanc��e significative sur la voie de l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique. En reconnaissant les droits des femmes à la terre et 22 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
aux ressources productives, ces instruments juridiques contribuent à démanteler les pratiques et les normes discriminatoires qui ont longtemps marginalisé les femmes et leur ont refusé l’égalité d’accès à la propriété. Grâce aux consultations et à la collaboration avec des groupes de la société civile, des organismes étatiques et des organisations internationales, IGED-Afrique a joué un rôle déterminant dans la promotion de ces lois non contraignantes, des réformes juridiques et de la défense des politiques qui protègent et renforcent les droits de propriété des femmes. En outre, les efforts de plaidoyer stratégique d’IGED-Afrique et de ses partenaires ont contribué à sensibiliser à l’importance des droits de propriété des femmes dans le mariage et hors mariage, mobilisant les parties prenantes à faire pression pour obtenir des changements significatifs. Par son engagement auprès des décideurs politiques, ses recherches et ses campagnes, l’IGED a joué un rôle essentiel dans l’élaboration du discours sur les droits fonciers lorsque les femmes ont un accès égal et un des femmes et dans la mise en œuvre de réformes contrôle sur la terre et les ressources productives, politiques concrètes. il y a une corrélation directe avec la réduction de la pauvreté, l’amélioration du bien-être des ménages Bien que l’adoption de ces instruments représente et l’augmentation de la productivité économique. des victoires importantes dans la promotion des En outre, les cadres juridiques qui défendent les droits de propriété des femmes en Afrique, il est droits de propriété des femmes contribuent à une essentiel de souligner que le travail est loin d’être plus grande inclusion financière, à une meilleure terminé. Les gouvernements du continent doivent sécurité alimentaire et à une plus grande résilience prendre des mesures concrètes pour mettre en des communautés. œuvre ces instruments juridiques, en particulier les recommandations formulées dans l’Observation Pour lever les obstacles structurels qui empêchent générale, afin de garantir aux femmes, comme les femmes d’accéder à la propriété foncière, aux hommes, l’égalité des droits, l’accès et le il faut des réformes juridiques et politiques contrôle de la terre et des ressources productives approfondies, dans le cadre du mariage et en dehors de celui-ci. d’application efficaces. Il est impératif que les associées à des mécanismes gouvernements, la société civile et les décideurs La sécurité des droits fonciers et de propriété politiques prennent des mesures concrètes pour n’est pour combler le fossé entre les hommes et les femmes l’autonomisation économique des femmes, elle en matière de gouvernance des terres et des est aussi essentielle pour atteindre des objectifs ressources, en veillant à ce que les droits des de développement social et économique plus femmes soient non seulement reconnus par la loi, larges. La recherche empirique a démontré que mais aussi respectés dans la pratique. pas seulement fondamentale ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 23
Soutenir la lutte contre la violence sexiste en renforçant l’accès à la justice au Mali Bezahinibé Micheline Somda, Genevièv Robitaille Avocats sans frontières Canada Depuis plus d’une décennie, le Mali est confronté à une crise multisectorielle qui exacerbe les inégalités et fragilise les personnes en situation de vulnérabilité (PSV), en particulier les femmes et les filles.40 Dans ce contexte, les violences basées sur le Bamako45, limitent l’accès des femmes à la genre sont en constante augmentation41 et restent justice. Cette réalité prive les femmes de leur droit pourtant largement impunies. De nombreux fondamental à la justice et entretient un climat obstacles tels que la pauvreté, l’analphabétisme, d’impunité qui favorise la persistance des VBG.46 42 la marginalisation sociale et un système judiciaire 24 manquant de ressources,43 (avec seulement Avocats sans frontières Canada (ASFC Canada)47 un avocat pour 67 500 habitants),44 et une forte travaille au Mali depuis près de dix ans pour concentration des professionnels du droit à renforcer l’accès à la justice. Son travail est guidé 40 Nations unies ‘Report of the International Commission of Inquiry for Mal’ June 19, 2020, p. 220, online: https://docs.un.org/en/S/2020/1332. 41 Commission nationale des droits de l’Homme, Rapport annuel 2023 - Situation annuelle des droits de l’homme, p. 7, en ligne : https://cndhmali. com/wp-content/uploads/2024/08/Rapport_annuel-2023-2024.pdf 42 ASF Canada et FIDH, Note sur l’état des réponses judiciaires en matière de violences sexuelles liées aux conflits au Mali, September 2022, online: https://www.fidh.org/IMG/pdf/220913_ndp_vslc_version_finale.docx.pdf 43 Commission nationale des droits de l’Homme, Rapport annuel 2023 - Situation annuelle des droits de l’homme, p. 36, en ligne : https://cndhmali. com/wpcontent/uploads/2024/08/Rapport_annuel-2023-2024.pdf 44 ASF Canada ‘Analyse comparée portant sur “les difficultés liées à l’accès aux professions juridiques et judiciaires pour les jeunes juristes, notamment les femmes au Mali”, Décembre 2023, en ligne : Analyse comparée portant sur les difficultés liées à l’accès aux professions juridiques et judiciaires pour les jeunes juristes, notamment les femmes au Mali - Avocats sans frontières Canada. 45 SFC/JUPREC ‘Vers un Accès à la Justice au Mali ? Avancées et défis’ janvier 2020, p. 14, en ligne : acces- justice-mali-femmes-victimes-2020.pdf. 46 ASF Canada ‘L’affaire al Mahdi : et maintenant ? Les enjeux de la lutte contre l’impunité au Mali’ Juin 2016, en ligne : https://asfcanada.ca/medias/laffaire-al-mahdi-et-maintenant-les-enjeux-de-la-lutte-contre-l-impunite-au-mali. 47 Avocats sans frontières Canada, en ligne : https://asfcanada.ca/en/. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
par sa théorie du changement,48 l’autonomisation juridique, un processus qui permet aux PSV de développer une connaissance plus approfondie de leurs droits humains et de maîtriser les mécanismes disponibles pour protéger et faire valoir ces droits. Ce travail est réalisé grâce à des activités structurées autour de quatre piliers complémentaires et synergiques : l’appropriation des droits humains, l’aide juridique et l’assistance judiciaire (AJAJ), le contentieux stratégique et le plaidoyer. Plusieurs approches et principes, plaçant les victimes et les partenaires de la société civile locale au cœur du processus, guident les interventions de ASF Canada. Il s’agit notamment de l’approche fondée sur les droits humains,49 de l’approche centrée sur les victimes,50 de l’approche participative,51 de la perspective intersectionnelle du genre,52 et du principe de subsidiarité.53 Dans cet article, nous mettons en exergue brièvement quelques activités et résultats liés à l’appropriation des droits humains et à l’AJAJ. 1. Renforcer la sensibilisation et l’exercice par le biais de l’appropriation des droits humains L’accès effectif à la justice commence par la connaissance des droits humains et des recours disponibles. Au Mali, les PSV ne connaissent souvent pas leurs droits humains et les mécanismes disponibles pour les faire respecter.54 Pour y remédier, ASF Canada organise des activités de renforcement des capacités ciblant les agents de changement, ainsi que des campagnes de sensibilisation du public sur les droits humains et les recours juridiques disponibles. En 2023-2024, 2 064 personnes, dont 844 femmes, ont participé à des ateliers de sensibilisation à l’égalité des sexes au Mali, leur permettant de mieux s’approprier les principes fondamentaux de lutte contre les VBG.55 Des cliniques mobiles d’éducation aux droits humains ont également touché 17 619 personnes, dont 76% de femmes, leur permettant de s’approprier leurs droits humains et de les revendiquer.56 48 La théorie du changement est définie comme un ensemble d’hypothèses décrivant comment et pourquoi une intervention atteindra les résultats escomptés. 49 Cette approche place les individus et leurs droits au centre des actions. 50 Cette approche garantit une prise en charge holistique et respectueuse des survivants. 51 Cette approche implique les communautés locales et les parties prenantes à chaque étape de l’intervention. 52 Cette approche tient compte des formes multiples et croisées de discrimination. 53 Le principe de subsidiarité garantit que tous les projets sont élaborés et mis en œuvre en étroite collaboration avec les partenaires locaux. Plutôt que de défendre directement les droits humains, ASF Canada privilégie le renforcement des capacités des acteurs locaux, en s’appuyant sur leur expertise et en adaptant les interventions aux besoins qu’ils expriment. Voir : ASF Canada, Nos principes d’action, en ligne : https://asfcanada.ca/ en/medias/our-principles-of-action/. 54 Ce constat s’applique également aux autres pays d’intervention de l’ASF Canada en Afrique : Bénin, Burkina Faso, République démocratique du Congo et Sénégal. 55 ASF Canada « Rapport annuel 2023-2024 » p. 21, en ligne : https://asfcanada.ca/wp-content/uploads/2024/09/ASF_Rapport_annuel_2023-24_AN_ Web.pdf. 56 Comme ci-dessus. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 25
Compte tenu de la faible représentation des femmes médicale et psychosociale, réintégration socio- dans les professions juridiques (seulement 11% des économique). juges et 8,97% des avocats) au Mali, ASF Canada 57 met en œuvre son programme « Next Generation Le cas d’Aminata,59 une jeune fille de 13 ans mariée of Human Rights Defenders » (la Future génération de force à un homme beaucoup plus âgé au Mali, de défenseurs des droits humains) pour former de en est un exemple probant. Grâce à l’intervention jeunes juristes aux droits humains et à l’égalité des de ASF Canada et de PROMODEF,60 son mariage a sexes. Une nouvelle génération de défenseurs des été annulé et elle a bénéficié d’un soutien complet droits humains est en train d’émerger grâce aux et holistique répondant à ses besoins.61 formations dispensées au Bénin, au Burkina Faso et au Mali, et dont ont bénéficié 71 jeunes juristes, Dans un autre cas, une jeune femme, également dont 45 femmes. mariée 58 En outre, 15 jeunes juristes, force et victime de violences dont 8 femmes formées par ASF Canada, ont été domestiques, avait été condamnée à 20 ans admis à l’examen d’entrée dans la magistrature de prison pour avoir tué son mari au Mali. Le au Mali. Cependant, pour assurer un système soutien en matière d’AJAJ a permis de requalifier judiciaire plus inclusif, équitable et sensible au les charges en meurtre, et sa peine a été réduite genre, l’augmentation de la présence des femmes à 3 ans. Après sa libération, elle a été soutenue dans le domaine juridique reste essentielle. dans sa réintégration socio-économique et son rétablissement psychosocial par ASF Canada et 2. Soutenir les survivants et renforcer les capacités locales grâce à l’aide juridique et à l’assistance judiciaire 26 de son partenaire APDF. Pour mieux répondre aux besoins des survivants de la violence sexiste, il convient d’accorder la priorité à une approche holistique de l’aide juridique et judiciaire. L’AJAJ aide les PSV à transformer la violation des Malgré ces efforts, l’accès à la justice au Mali reste droits humains en une quête de vérité, de justice limité par le manque de ressources financières, qui et de réparation. ASF Canada travaille avec des empêche de nombreuses victimes d’entamer des avocats maliens et des cliniques juridiques pour procédures judiciaires. ASF Canada recommande fournir un soutien juridique et une assistance donc la mise en place d’un fonds national pour judiciaire les couvrir les frais de justice des victimes de violences besoins, aux survivants des VBG (soins de santé, basées sur le genre, afin d’assurer à toutes les prévention, femmes un accès équitable à la justice. multisectorielle protection, et basée assistance sur juridique, 57 ASF Canada ‘Analyse comparée portant sur les difficultés liées à l’accès aux professions juridiques et judiciaires pour les jeunes juristes, notamment les femmes au Mali’ décembre 2023, en ligne : Analyse comparée portant sur les difficultés liées à l’accès aux professions juridiques et judiciaires pour les jeunes juristes, notamment les femmes au Mali - Avocats sans frontières Canada.. 58 ASF Canada « Rapport annuel 2023-2024 » p. 21, en ligne : https://asfcanada.ca/wp-content/uploads/2024/09/ASF_Rapport_annuel_2023-24_AN_ Web.pdf. 59 Nom fictif utilisé à des fins de protection et de confidentialité. 60 PROMODEF, en ligne : https://ongpromodef.org. 61 ASF Canada « Une jeune fille échappe au mariage forcé au Mali » 7 mai 2024, online: https://asfcanada.ca/medias/une-jeune-fille-echappe-aumariage-force-au-mali. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
Amplifier la voix des femmes africaines et faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes Réseau de développement et de communication des femmes africaines L e paysage économique des femmes en dominant dans l’agriculture et la production Afrique est façonné par des inégalités alimentaire. systémiques qui entravent leur pleine participation à la société. Les femmes, qui, En outre, l’écart entre les hommes et les par exemple, constituent une part importante femmes en matière d’accès aux services de la main-d’œuvre agricole, se heurtent financiers formels reste un obstacle majeur, à des obstacles en matière de propriété les foncière, d’accès aux ressources financières et systèmes de crédit qui sont cruciaux pour d’égalité des chances économiques. Selon la le progrès économique. Pour remédier à Commission économique des Nations unies ces disparités, FEMNET plaide en faveur de pour l’Afrique (CEA), les femmes d’Afrique politiques qui améliorent l’accès des femmes subsaharienne ne détiennent qu’environ 15 % à la terre, au crédit et aux marchés, et soutient des titres fonciers agricoles, malgré leur rôle des initiatives qui renforcent les compétences femmes étant souvent exclues des ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 27
entrepreneuriales des femmes. Dans ce contexte, femmes dans les instances dirigeantes souligne la promotion de l’indépendance financière des l’importance femmes essentielle femmes aux processus politiques. Le plaidoyer pour leur permettre d’exercer leur pouvoir et en faveur de quotas de femmes, de programmes de contribuer de manière significative à leur de mentorat et de formation au leadership pour communauté. En soutenant des initiatives telles les femmes sont des stratégies essentielles pour que les coopératives de femmes et en renforçant garantir leur inclusion dans les rôles politiques, les compétences entrepreneuriales, des efforts de consolidation de la paix et de résolution des sont déployés pour démanteler la division sexuée conflits. est considérée comme d’accroître la participation des du travail qui relègue les femmes aux secteurs informels et faiblement rémunérés de l’économie. FEMNET défend le leadership des femmes à tous les niveaux de la société. Il estime que la voix et 28 Parallèlement à l’autonomisation économique, le point de vue des femmes sont essentiels pour le leadership politique des femmes reste un façonner les politiques et les décisions qui affectent domaine critique auquel il convient de prêter leur vie. À cette fin, il propose des programmes attention. interparlementaire de formation et de mentorat qui permettent (UIP), la moyenne mondiale de femmes dans les aux femmes d’acquérir les compétences et la parlements nationaux s’élève à environ 26,5 % en confiance nécessaires pour assumer des rôles 2023, mais en Afrique, de nombreux pays restent de leadership au sein de leurs communautés, de à la traîne en termes de participation politique leurs gouvernements et des organisations de la des femmes. Des pays comme le Rwanda ont société civile. Il milite activement pour la mise en fait des progrès significatifs, atteignant des œuvre de quotas de femmes et d’autres mesures niveaux élevés de représentation féminine, mais de discrimination positive afin d’assurer une ce n’est pas le cas sur l’ensemble du continent. représentation équitable des femmes dans les La lutte permanente pour la parité hommes- organes de décision. Selon l’Union ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
Ces dernières années, adopté CSF a rendu de plus en plus difficile la participation une approche proactive pour faire face au efficace des organisations de femmes africaines. rétrécissement aux Deuxièmement, les procédures complexes et difficultés d’accès aux plateformes mondiales pour souvent prohibitives d’obtention de visas pour se les voix des femmes africaines. Reconnaissant rendre à New York créent d’importants obstacles les difficultés croissantes rencontrées par les à l’accès. Troisièmement, la campagne vise à organisations de la société civile africaine pour garantir que les voix des femmes africaines ne participer de manière significative à la Commission soient pas marginalisées ou éclipsées par d’autres des Nations unies sur le statut des femmes (CSF) acteurs internationaux. de FEMNET l’espace a civique et à New York, FEMNET a lancé la campagne Africa Disrupt CSW en 2022. Cet agenda, inspiré du thème de la prochaine CSF, est ensuite présenté comme la voix unifiée Cette campagne annuelle, qui se tient avant la CSF, de l’Afrique au sein du forum mondial. FEMNET sert de plateforme importante pour consolider veille à ce que les préoccupations et les priorités les voix, les demandes et les positions des filles des femmes africaines soient entendues et prises et des jeunes femmes africaines. L’initiative vise en compte dans le processus d’élaboration des à combler une lacune importante : la nécessité politiques internationales. La campagne s’est d’une perspective africaine unifiée qui reflète révélée être un outil essentiel pour amplifier fidèlement les réalités et les priorités des femmes la voix des femmes africaines et garantir leur sur le continent. participation significative aux discussions mondiales sur l’égalité entre les hommes et les La campagne Africa Disrupt CSF est la conséquence femmes. Elle a également contribué à renforcer la de solidarité régionale et la capacité des organisations plusieurs préoccupations majeures. Tout d’abord, le rétrécissement de l’espace civil à la de femmes africaines à défendre leurs droits. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 29
L’aventure continue : Maintenir l’élan en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes en Afrique Mosupatsila M Nare62 Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples Alors que nous clôturons cette édition du bulletin d’information « Promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes en Afrique », nous puisons notre inspiration dans les avancées remarquables réalisées par nos partenaires pour faire progresser l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes sur l’ensemble du continent africain. Nous prenons le temps de réfléchir aux divers efforts déployés pour renforcer l’autonomie des femmes et des filles. N ous avons découvert des témoignages encourageants, évoqué des défis émergents et présenté des solutions innovantes qui ont un impact concret sur la vie des femmes et des jeunes filles. Des initiatives locales aux réformes politiques et juridiques, la volonté de créer un avenir plus équitable pour toutes les femmes et les filles africaines est palpable. Les articles et les points de vue présentés dans ce bulletin soulignent la résilience, l’innovation et l’engagement inébranlable des organisations et des personnes qui se consacrent à la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes dans toute l’Afrique. Ce numéro a mis en lumière les multiples facettes de ce travail crucial, révélant les défis et les opportunités connexes auxquels sont confrontées les femmes et les filles. Les contributions présentées ici constituent un témoignage convaincant des progrès accomplis, qu’il s’agisse de la puissance des initiatives menées par les 62 30 Experte en droits des femmes, Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
communautés, de la résilience des agents de amplifiés. L’élan que nous avons collectivement changement individuels, de l’impact du plaidoyer créé doit être alimenté par une collaboration organisationnel ou de l’importance des politiques continue, un plaidoyer inébranlable et une ferme favorables. conviction du pouvoir de transformation de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des Tout en reconnaissant les progrès significatifs mis femmes. Les idées partagées dans ce bulletin en évidence, nous admettons que le parcours vers d’information ne sont pas des observations la pleine égalité des sexes et l’autonomisation des passives ; ce sont de puissants appels à l’action. femmes en Afrique est loin d’être achevé. Cette Qu’il s’agisse de plaider pour des changements édition révèle des défis persistants, notamment juridiques et politiques, de remettre en question la résistance culturelle et sociétale, la lenteur les stéréotypes, de stimuler le leadership des de la mise en œuvre de lois progressistes, les femmes ou de soutenir les initiatives locales, lacunes des réformes juridiques, la faiblesse chaque contribution est essentielle pour construire de l’application et l’insuffisance de la volonté un avenir plus équitable pour les femmes et les politique pour démanteler des inégalités de filles en Afrique. genre profondément enracinées. En outre, les contributions ont souligné l’impact omniprésent En s’appuyant sur les leçons apprises et de la pauvreté, de l’accès limité aux ressources, l’inspiration suscitée par cette édition, il est de la violence fondée sur le genre, de la violence essentiel de continuer à amplifier les voix des liée aux conflits, des mariages d’enfants et des femmes et des filles africaines. La recherche normes sociales discriminatoires qui continuent de l’égalité entre les hommes et les femmes de marginaliser les femmes et les filles. Un transcende les droits humains ; elle est la pierre effort concerté impliquant des interventions angulaire de la construction de sociétés plus plus robustes et plus ciblées est essentiel pour résilientes, plus prospères et plus équitables démanteler ces barrières systémiques et garantir à travers le continent. Forts d’un engagement l’autonomisation des femmes et des filles. renouvelé et d’une détermination inébranlable, les efforts des partenaires continueront à jouer un Les progrès que nous célébrons en matière d’égalité rôle essentiel dans la promotion de l’égalité des des sexes et d’autonomisation des femmes dans sexes et de l’autonomisation des femmes dans toute l’Afrique exigent des efforts soutenus et toute l’Afrique. ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 31
32 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 33
34 ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA
ÉDITION 2025 DU BULLETIN D’INFORMATION DE LA SRRWA 35

Created 11 févr. 2026 · Edited 18 juin 2026