Rapports de Mission

Mission en Republique du Senegal 29 août – 3 septembre 2005

Senegal Draft Mission Report- Frn.doc.pdf
ACHPR/38/OS/496/Draft RAPPROT DU RAPPORTEUR SPECIAL SUR LES REFUGIES, LES DEMANDEURS D’ASILE ET LES PERSONNES DEPLACEES EN AFRIQUE MISSION EN REPUBLIQUE DU SENEGAL 29 août – 3 septembre 2005
ACHPR/38/OS/496/Draft Remerciements La Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (“la Commission Africaine”) voudrait saisir cette occasion pour remercier le Gouvernement de la République du Sénégal pour avoir permis au Rapporteur spécial sur les Réfugiés, les Demandeurs d’asile et les Personnes déplacées en Afrique d’entreprendre cette mission au Sénégal. Une note spéciale de satisfaction aux fonctionnaires du gouvernement qui ont pris de leur temps pour rencontrer la délégation du Rapporteur spécial de la Commission Africaine, en dépit de leur calendrier chargé. La Commission africaine témoigne sa reconnaissance aux autorités sénégalaises pour leur hospitalité et leur soutien tout au long de la mission. Nos sincères remerciements à Mme Julia Harrington et Mme Angela Khaminwa d’Open Justice Initiative et à Mme Mireille Affa’a Mendzie de l’Institut africain pour les Droits de l’Homme et de Développement, pour leur soutien considérable qi a contribué au succès de la mission. La Commission exprime également sa reconnaissance à M. Moustapha Touré, pour son assistance et sa coordination avec les représentants de la société civile des réfugiés mauritaniens au Sénégal et M. Souleymane Sagna, vidéographe qui a travaillé pendant de longues heures, parfois dans des conditions difficiles, pour apporter son assistance à la délégation.. Enfin, nos profonds remerciements vont aux réfugiés de Dagana, qui ont consacré de leur temps et fourni des informations et des idées à la mission, ainsi que leur hospitalité, en dépit des conditions sociales difficiles dans lesquelles ils vivent. 1
ACHPR/38/OS/496/Draft 1. INTRODUCTION La Commission Africaine est un organe régional des droits de l’homme créé par traité en 1987, conformément à l’Article 30 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (« la Charte »), en vue de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des peuples en Afrique. La Charte a été adoptée lors de la 18ème Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) tenue à Nairobi, Kenya, le 26 juin 1981. La Charte est entrée en vigueur le 21 octobre 1986 et les premiers membres de la Commission Africaine ont été élus à la 23ème Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’OUA, en juin 1987. La première réunion de la Commission a eu lieu à Addis-Abeba, Ethiopie, en novembre 1987. L’Article 45 de la Charte Africaine prévoit le mandat de la Commission Africaine qui comprend, entre autres, la promotion et la protection des droits de l’homme et des peuples, l’interprétation de la Charte Africaine et l’entreprise de toute autre tâche qui lui est assignée par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement. Conformément à l’Article 45 (1), le mandat de promotion devra inclure, entre autres, la collecte de documents ; l’entreprise d’études et de recherches sur les problèmes africains lies aux droits de l’homme et des peuples ; l’organisation de séminaires, symposiums et conférences ; la diffusion d’information ; l’encouragement des institutions locales et nationales concernées par les droits de l’homme et des peuples ; et si le cas se présente, elle donne son point de vue et fait des recommandations aux gouvernements ; la formulation et la définition de principes et règles visant à résoudre les problèmes juridiques relatifs aux droits de l’homme et des peuples et aux libertés fondamentales sur lesquels les gouvernements africains peuvent fonder leur législation ; et la coopération avec les autres institutions africaines et internationales concernées par la promotion et la protection des droits de l’homme et des peuples. En tant que mécanisme d’exécution du mandat défini aux termes de l’Article 45 (1), la Commission Africaine a initié un certain nombre de mesures parmi lesquelles on note la création de Mécanismes spéciaux/Groupes de travail.1 Ces mécanismes entreprennent des missions de promotion et d’enquête dans les pays membres del’UA et soumettent des rapports à la Commission Africaine au cours de ses session ordinaires, pour examen et adoption. C’est dans le cadre du mandat susvisé que le Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées en Afrique a entrepris une mission en République du Sénégal, du 29 août au 3 septembre 2005. 1 La Commission compte actuellement cinq Rapporteurs spéciaux et deux Groupes de travail, notamment la Rapporteure spéciale sur les Droits de la Femme en Afrique ; le Rapporteur spécial sur les prisons et les conditions de détention en Afrique ; la Rapporteure spéciale sur les défenseurs des droits de l’homme en Afrique ; le Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées en Afrique ; et le Rapporteur spécial sur la liberté d’expression en Afrique. Les Groupes de travail sont : le Groupe de travail sur les Populations/communautés autochtones en Afrique et le Groupe de travail/Comité de suivi de la mise en œuvre des lignes directrices de Robben Island. 2
ACHPR/38/OS/496/Draft 2. PREPARATION DE LA MISSION Le Secrétariat de la Commission Africaine a commencé par un échange de notes verbales concernant la mission avec le Ministère des Affaires étrangères de la République du Sénégal, par le biais de son Ambassade en Gambie, en juillet 2005. Au mois d’août 2005, le Gouvernement de la République du Sénégal a officiellement accepté la demande de la Commission Africaine, concernant la visite du pays par son Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées en Afrique. La délégation était composée : - du Commissaire Bahame Tom Mukirya Nyanduga – Membre de la Commission Africaine et Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées ; et - de Mme Annie Rashidi-Mulumba, Juriste au Secrétariat de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. 3. TERMES DE REFERENCE/OBJET DE LA MISSION L’une des tâches définies dans les termes de référence du Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées en Afrique consiste à chercher, recevoir et examiner des informations sur la situation des réfugiés, des demandeurs d’asile et des personnes déplacées en Afrique dans les Etats membres respectifs de l’Union africaine (UA) et d’assister les Etats membres dans la formulation de politiques, lois et règlements appropriés et de la mise en place de mécanismes de protection des droits de ces réfugies, demandeurs d’asile et personnes déplacées. Pour ce faire, la Commission Africaine a chargé le Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées en Afrique d’entreprendre des missions d’enquête, des investigations, des visites et d’autres activités appropriées dans les camps de réfugiés, et les camps de personnes déplacées à l’intérieur des Etats membres de l’UA. L’objectif général visé par la mission était par conséquent d’exécuter le mandat du Rapporteur spécial et donc celui de la Commission Africaine. Les objectifs spécifiques de la mission visaient, entre autres, à : • engager le gouvernement de la République du Sénégal dans le dialogue sur la situation des réfugiés Mauritaniens au Sénégal, en particulier examiner les voies et moyens appropriés pour renforcer leur protection et, finalement, trouver des solutions durables, y compris mais non exclusivement, le rapatriement des réfugiés mauritaniens ; • réunir des informations sur le statut de ceux qui revendiquent être des réfugiés mauritaniens vivant en République du Sénégal, en vue d’engager avec les autorités mauritaniennes des discussions sur leurs statuts et droits au moment opportun ; 3
ACHPR/38/OS/496/Draft • • • rendre visite et discuter avec les réfugiés mauritaniens de leur situation en vue de comprendre les problèmes, le cas échéant, qui affectent la jouissance de leurs droits ; discuter avec la société civile de son rôle de protection des droits des réfugiés mauritaniens au Sénégal ; et tirer des leçons en vue d’assister les Etats membres de l’UA dans la formulation de politiques, lois et règlements appropriés pour une protection efficace des réfugiés et des personnes déplacées en Afrique. Actuellement, il existe 20 000 réfugiés mauritaniens environ installés dans 283 sites dans la région nord du Sénégal, c-à-d. la Vallée du Fleuve Sénégal, 16 ans après leur expulsion de la Mauritanie. De nombreux réfugiés ont réussi à intégrer la population locale dans un rayon de 600 kilomètres le long de la vallée du fleuve, mais la qualité et la sécurité de leurs moyens d’existence sont tout à fait instables. Une assistance a été initialement fournie aux réfugiés pendant un certain temps par le HCR et d’autres organismes internationaux. 4. CONTEXTE DE LA MISSION En 2000, la Commission Africaine a pris une décision sur plusieurs communications contre la Mauritanie.2 Le résumé des faits, tel que souligné dans cette décision, est énoncé tel qu’il suit : • En avril 1989, après une période ayant suivi le coup d’Etat de 1984, et qui a été caractérisée par diverses violations des droits humains des Mauritaniens noirs, il a été allégué que le gouvernement de la Mauritanie avait expulsé vers le Sénégal et le Mali 50 000 personnes environ, soutenant qu’ils étaient des Sénégalais, alors que la plupart d’entre eux détenaient des cartes d’identité mauritaniennes. Il a été allégué que les pièces d’identité avaient été déchirées par les autorités mauritaniennes, des biens confisqués, certains de ces Mauritaniens arrêtés, expulsés et d’autres exécutés. Bien que les frontières aient été rouvertes plus tard, aucune sécurité n’avait été garantie à ceux qui souhaitaient retourner en Mauritanie et ils n’avaient aucun moyen de prouver leur citoyenneté mauritanienne. Beaucoup d’entre eux vivent dans des camps de réfugiés depuis 989, dans des conditions extrêmement difficiles. • Les principales victimes étaient des fonctionnaires Mauritaniens noires soupçonnés d’appartenir à l’opposition noire et les villageois noirs du Sud, principalement du groupe ethnique Hal-Pulaar ou Peul. • Les plaignants ont allégué que des milliers de personnes ont été arbitrairement détenus. Ils ont déclaré que les détentions étaient suivies d’expulsion, comme dans le cas des opposants politiques, des personnes qui avaient résisté à la confiscation de leurs biens. 2 Communications regroupées 54/91, 61/91, 98/93, 164/97 to 196/97, 210/98 – Malawi African Association, Amnesty International, Mme Sarr Diop, Union Interafricaine des Droits de l’Homme et RADDHO, Collectif des Veuves et Ayants-droit, Association Mauritanienne des Droits de l’Homme/Mauritanie ; cf. décision sur recommandations totales du gouvernement. 4
ACHPR/38/OS/496/Draft • • • Les forces de sécurité ont été accusées d’encercler les villages, de confisquer les terres et le bétail appartenant aux Mauritaniens noirs et de forcer les habitants à fuir vers le Sénégal, laissant leurs biens que les Haratines prenaient ou détruisaient. La Communication 96/93 donne une liste de tous ou presque tous les villages dont les habitants ont été expulsés vers le Sénégal. De nombreux villageois qui n’ont pas été expulsés ont dû fuir pour échapper aux massacres. Il a également été allégué qu’à chaque fois que les villageois protestaient, ils étaient frappés et forcés de fuir au Sénégal ou tout simplement tués. Dans sa décision, la Commission a déclaré que des violations graves et massives des droits de l’homme, en vertu de la Charte Africaine, à savoir des traitements cruels, inhumains ou dégradants, avaient eu lieu durant la période entre 1989 et 1992, et a fait un certain nombre de recommandations aux autorités mauritaniennes, notamment qu’il : • « prenne des mesures urgentes pour remplacer les pièces d’identité nationale de ces citoyens mauritaniens qui leur avaient été confisquées au moment au moment de leur expulsion et garantisse leur retour sans délai en Mauritanie, ainsi que la restitution de leurs biens pillés au moment de ladite expulsion, et prenne les mesures nécessaires en vue de la réparation des pertes subies par les victimes susvisées. • réinstalle dans leur droits les travailleurs qui avaient été indûment licenciés et/ou obligés de prendre leur retraite, avec toutes les conséquences légales y relatives. » En dépit des innombrables efforts consentis, la Commission Africaine n’a pas réussi à amener le Gouvernement mauritanien à appliquer sa décision prise concernant les communications susmentionnées. Le Rapporteur spécial avait pensé entreprendre cette mission suite aux échanges de vues avec la délégation de l’Etat mauritanien, lors de sa 37ème Session ordinaire tenue à Banjul, Gambie, au cours de laquelle le Rapport d’Etat de la Mauritanie a été examiné par la Commission Africaine, et des questions importantes soulevées eu égard à la décision. La mission a par conséquent offert au Rapporteur spécial l’occasion de discuter avec les diverses parties concernées et d’identifier des solutions éventuelles à ce problème qui dure depuis longtemps. Des missions sont envisagées en Mauritanie, lorsque la constitutionalité sera restaurée (après le coup d’Etat du 3 août 2005), et au Mali, en vue de permettre au Rapporteur spécial d’engager directement le dialogue avec les gouvernements respectifs sur la question. 5
ACHPR/38/OS/496/Draft 5. INSTITUTIONS CONTACTEES ET INDIVIDUS RENCONTRES AU COURS DE LA MISSION Cette section propose un compte rendu des discussions tenues avec les parties concernées au Sénégal et les observations faites par le Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées en Afrique au cours de sa mission en République du Sénégal, du 29 août au 3 décembre 2005. Durant la mission, la délégation a rencontré et a eu des discussions fructueuses avec Mme Mame Bassine Niang, Ministre Commissaire aux droits de l’homme du Sénégal, de hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères, ainsi que des échanges de vue sur la situation des réfugiés mauritaniens dans le pays. La délégation a également rencontré le Représentant régional du HCR, le Directeur de l’Office Africain pour le Développement et la Coopération (OFADEC), organisme d’exécution du HCR et les représentants d’un certain nombre d’organisations non gouvernementales mauritaniennes exerçant leurs activités au Sénégal. La délégation a également visité les sites de réfugiés de Dagana et de Thiabakh, dans la région Nord du Sénégal, dans la vallée du Fleuve où de nombreux réfugiés mauritaniens sont réunis, et a engagé des discussions franches et parfois pleines d’émotion sur leur situation. Du fait de la contrainte de temps et de problèmes de logistique, la délégation n’a pas pu rencontrer les représentants d’autres ministères et d’organismes responsables des questions des réfugiés. Le Ministère des Affaires étrangères a toutefois invité la délégation à effectuer une visite de suivi au cours de laquelle des réunions respectant les délais seront arrangées. Visite de courtoisie rendue au Commissaire aux Droits de l’Homme auprès du Président de la République Le 30 août 2005, la délégation de la Commission Africaine a rendu une visite de courtoisie à Mme Mame Bassine Niang, Ministre Commissaire aux Droits de l’Homme. Le Chef de la Délégation, le Commissaire Bahame Tom Mukirya Nyanduga, a introduit la délégation et expliqué qu’il a été désign�� point focal lors de la 34ème Session ordinaire (Octobre 2003) de la Commission Africaine, au moment où cette dernière examinait son mécanisme de Rapporteur spécial. Il a ajouté qu’il a été nommé Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées en Afrique à la 35ème Session ordinaire (Juin2004) et les termes de référence de son mandat ont été adoptés au cours de la 36ème Session (Décembre 2004) de la Commission Africaine. Le Commissaire Nyanduga a informé Mme le Ministre, Commissaire aux Droits de l’Homme; que la mission était une mission d’enquête dont le but était de faciliter un règlement de la situation qui dure depuis longtemps et qui touche les réfugiés mauritaniens qui se trouvent au Sénégal et au Mali depuis 1989. Le Rapporteur spécial  Au moment où le Rapporteur spécial se trouvait à Dakar, Sénégal, il a participé à une Conférence internationale convoquée par Globalisation Studies Nertwork et organisée par le CODESRIA, et intitulée « Mondialisation : Surmonter l’Exclusion, Renforcer l’Inclusion », du 29 au 31 août 2005 6
ACHPR/38/OS/496/Draft a expliqué que la délégation cherchait à comprendre les implications juridiques, politiques et administratives relatives à la situation des réfugiés mauritaniens au Sénégal, et a déclaré qu’il était prévu d’effectuer ultérieurement des missions au Mali et en Mauritanie. En réponse aux observations du Commissaire Nyanduga, la Commissaire aux droits de l’homme a déclaré qu’elle avait le plaisir de recevoir la délégation de la Commission Africaine et l’a informé que son Commissariat était le principal département chargé de la coordination des questions relatives aux réfugiés mauritaniens dans le pays. Elle a déclaré avoir personnellement traité le problème et connaître les conditions dangereuses dans lesquelles vivent les réfugiés. Elle a connu des réfugiés qui sont venus et sont décédés du fait de leur âge avancé et a vu des bébés nés dans les camps et qui sont devenus de grands garçons et de grandes filles. Elle a assuré la délégation qu’elle avait demandé aux autorités gouvernementales d’apporter son assistance à la mission et de lui fournir toute information dont elle aurait besoin, afin de garantir le succès de la mission. Mme Mame Bassine Niang a fait l’historique des expulsions de Mauritaniens de leur territoire, en 1989, ce qui a mené à la situation des réfugiés mauritaniens. Elle a noté que le problème avait également entraîné un incident frontalier entre la Mauritanie et le Sénégal et les deux pays avaient décidé de résoudre le problème par le rapatriement mutuel de leurs citoyens. Elle a indiqué qu’au Sénégal, la question des réfugiés mauritaniens était complexe. Elle touche le pays aussi bien au plan économique que social. Le Sénégal a accueilli les Mauritaniens sur son territoire et beaucoup d’entre eux se sont installés sans problème. Elle a souligné la nécessité de reconnaître la dimension raciale du problème. A cette époque, l’ancien Président Maaouya Ould Taya avait profité de l’accord entre les deux pays pour renforcer la politique d’arabisation de son pays en se débarrassant de sa population noire dont la majorité était expulsée vers le Sénégal et le Mali. Le gouvernement a intensifié sa campagne d’expulsion pendant toute l’année 1990. Ces citoyens ont été dépossédés de leurs cartes d’identité et de leurs biens précieux. La Ministre Commissaire a salué l’initiative de la Commission Africaine. Elle a réitéré la disponibilité du Gouvernement sénégalais à abriter une conférence à cet égard ou à faciliter toute initiative de la Commission Africaine susceptible d’aider à trouver une solution durable au problème des réfugiés mauritaniens. Mme le Ministre Commissaire a déclaré que s’il y a des Sénégalais qui ont été affectés par la situation actuelle et à qui l’on a dénié la citoyenneté, alors le Gouvernement du Sénégal est prêt à réintégrer ceux qui revendiquent être des citoyens sénégalais. Elle a exprimé son opinion selon laquelle les autorités mauritaniennes devraient réintégrer leurs citoyens, compte non tenu de leur origine raciale et veiller à ce qu’ils soient indemnisés. Pour ce qui concerne le problème de la terre, elle a suggéré qu’il pourrait être résolu par le développement d’un projet conjoint de barrage pour irriguer les terres arides afin que les réfugiés puissent se réinstaller sur elles avec l’assistance du gouvernement mauritanien ou d’organismes d’aide internationale. 7
ACHPR/38/OS/496/Draft Elle a recommandé que l’UA facilite ou convoque une réunion qui rassemblera des fonctionnaires de l’UA, du HCR, des membres de la Commission Africaine et des représentants des gouvernements de la Mauritanie, du Sénégal et du Mali, ainsi que d’autres parties concernées en vue de discuter spécialement de la question des réfugiés mauritaniens. Par ailleurs, elle a proposé que la Commission Africaine examine la possibilité d’organiser une réunion spéciale pour discuter des questions relatives aux personnes déplacées. De telles réunions devraient viser à examiner la situation qui prévaut et comment les gouvernements africains peuvent contribuer à la recherche d’une solution durable au problème des réfugiés, demandeurs d’asile et personnes déplacées sur le continent. Elle a exprimé l’espoir que le nouveau régime en Mauritanie soit sensible aux préoccupations et aspirations de la population noire mauritanienne. Elle a reconnu avec le Commissaire que le nouveau régime qui a pris le pouvoir à travers un coup d’Etat doit travailler dans l’intérêt de tous les mauritaniens, compte non tenu de leur origine raciale. Réunion avec les fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères La délégation de la Commission Africaine a rencontré les hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères le 1er septembre 2005, notamment le Directeur de la Direction Afrique-Asie, le Directeur des Organisations internationales et le Directeur des Affaires juridiques et consulaires, le Professeur Cheikh Tidiane Thiam, qui a présidé la réunion. Après les présentations d’usage, le Commissaire Nyanduga a expliqué brièvement la Charte Africaine et le travail de la Commission Africaine. Il a décrit la responsabilité des commissaires eu égard au contrôle de la mise en œuvre de la Charte Africaine. Il a ajouté que les commissaires entreprennent des missions de promotion et de protection dans les Etats parties, en vue de vulgariser la Charte Africaine et le travail de la Commission Africaine, d’engager les Etats dans le dialogue sur leurs obligations en vertu de la Charte et de discuter des questions des droits de l’homme qui intéressent ou préoccupent l’Etat partie. Le Commissaire Nyanduga les a informé que la question de la protection des réfugiés, des demandeurs d’asile et des personnes déplacées en Afrique était une question avec plusieurs thèmes relatifs aux droits de l’homme qui sont actuellement abordés par la Commission Africaine. Il a expliqué brièvement les autres mécanismes et mandats de la Commission traitent des droits des prisonniers, des droits de la femme, de la liberté d’expression, des droits défenseurs des droits de l’homme et des populations autochtones. Le Commissaire Nyanduga a souligné que la délégation attachait beaucoup d’importance à cette mission particulière car elle est venue au moment opportun, au moment où les réfugiés aspirent à une solution au problème qui dure depuis 16 ans. Il a exprimé sa conviction que la Commission Africaine apportera sa contribution au processus de recherche d’une solution durable à la question. Le Commissaire Nyanduga a indiqué que la délégation était venue au Sénégal pour évaluer la situation des réfugiés mauritaniens au Sénégal, en insistant sur les implications juridiques politiques et administratives, et trouver d��éventuelles solutions à ce problème. Il a déclaré avoir espoir 8
ACHPR/38/OS/496/Draft que la délégation mènera une mission similaire au Mali d’ici la fin de cette année, et en Mauritanie une fois que le nouveau gouvernement sera reconnu par l’UA. Il a en outre déclaré que la délégation était prête à écouter des informations supplémentaires qui lui feront mieux comprendre la question des réfugiés dans le pays. En réponse, le Professeur Thiam a remercié la délégation pour sa mission au Sénégal. Il a exprimé l’espoir que la mission soit un succès et a déclaré que le gouvernement faisait de son mieux pour améliorer les conditions de vie des réfugiés mauritaniens au Sénégal depuis 1989. Il a reconnu que la situation des réfugiés mauritaniens était complexe et a souligné les efforts déployés par le gouvernement sénégalais pour enregistrer les réfugiés et leur apporter assistance. L’Ambassadeur Maïmouna Sy, Conseiller au Ministère des Affaires étrangères, alors Directrice des Affaires juridiques, avait traité de la question des réfugiés mauritaniens à leur arrivée en 1989. Elle a déclaré que les Mauritaniens qui étaient venus au Sénégal n’étaient pas considérés comme des « réfugiés » à l’époque, comme ils le sont aujourd’hui. Ils parlent la même langue, sont intégrés dans la société sénégalaise, et certains d’entre eux travaillent dans le secteur public ou privé. Cette intégration est l’une des raisons qui fait qu’il est difficile de dénombrer avec précision les réfugiés mauritaniens au Sénégal. L’Ambassadeur a rappelé qu’à l’arrivée des réfugiés mauritaniens au Sénégal, il leur a été délivré une carte d’identification verte qu’ils utilisaient pour bénéficier des privilèges de réfugiés. Elle a exprimé l’espoir qu’une solution durable au problème des réfugiés mauritaniens sera trouvée et a ajouté qu’en dépit de la question de la « légitimité du nouveau gouvernement mauritanien », on peut encore entamer le dialogue avec eux pour trouver une solution durable. Aussi, a-t-elle conseillé le Rapporteur spécial de saisir l’occasion de la transition pour engager le dialogue avec le gouvernement mauritanien plutôt que d’attendre une reconnaissance totale par l’UA. Pour conclure, le Professeur Thiam a demandé à la délégation d’entreprendre une mission de suivi afin que les dispositions puissent être prises pour permettre à la délégation de rencontrer les membres de la Commission d’Eligibilité et les représentants du Ministère de l’Intérieur, en vue de discuter des points en litiges relatifs à l’enregistrement des réfugiés et aux allégations de harcèlement des réfugiés. Réunion avec le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés. La délégation de la Commission africaine a rencontré M. Dillah Doumaye, Représentant régional du HCR. Le Commissaire Nyanduga a donné à M. Doumaye un bref aperçu sur la Commission Africaine et décrit le processus menant à la création du mécanisme de Rapporteur spécial. Il a expliqué au représentant les objectifs et attentes de Mission. Le Commissaire Nyanduga a voulu connaître le nombre de réfugiés mauritaniens au Sénégal, les problèmes auxquels ils sont confrontés et le type d’assistance que le HCR leur a apporté depuis 1989. 9
ACHPR/38/OS/496/Draft Après avoir souhaité la bienvenue à la délégation, M. Doumaye a informé la délégation qu’en 1989, le HCR a identifié environ 65 000 à 70 000 réfugiés Mauritaniens au Sénégal et 60 000 au Mali. Il a indiqué que le HCR n’avait pas procédé à la vérification du nombre de réfugiés depuis 1998. Il a déclaré que certains des Mauritaniens ont été réinstallés dans des pays tiers comme l’Angola, la République centrafricaine et les EtatsUnis, et d’autres sont retournés d’eux-mêmes en Mauritanie. Il a indiqué que le HCR a apporté une assistance humanitaire et des moyens de subsistance aux réfugiés mauritaniens jusqu’en 1998, lorsqu’il y a mis fin parce que les gouvernements Mauritanien et Sénégalais n’ont pas reconnu les réfugiés mauritaniens. Cette situation, a-t-il déclaré, a posé un dilemme au HCR, car les réfugiés Mauritaniens voulaient être rapatrier sous l’égide du HCR. Le HCR ne pouvait pas offrir des services aux Mauritaniens parce ce que son rôle dépend de la reconnaissance des Mauritaniens comme réfugiés par le gouvernement sénégalais. Il a indiqué qu’à cette époque, le gouvernement sénégalais ne reconnaissait pas les Mauritaniens comme réfugiés. Tout en reconnaissant que le HCR avait réduit son soutien aux réfugiés, M. Doumaye a déclaré que le HCR continue d’offrir des bourses à des étudiants (200 sont offertes sur 600 demandes par an), de fournir des soins de santé, une assistance aux activités agricoles (irrigation) et de l’argent pour les micro projets. Concernant la question des cartes d’identité, M. Doumaye a déclaré qu’il avait été délivré aux réfugiés Mauritaniens des cartes d’identification vertes dès leur arrivée, qui ont servi de cartes de repas et de confirmation de leur demande de statut de réfugié. Ces cartes n’étaient initialement valables que pour trois mois. Bien qu’elles aient expirée depuis fort longtemps, elles sont acceptées de facto par le HCR à des fins d’identification. Une tentative d’enregistrement des réfugiés avait échoué, le gouvernement ayant changé d’avis au beau milieu du processus, en 2000, sans qu’aucune raison ne soit donnée. C’est donc l’une des raisons qui fait que le nombre exact de réfugié demeure inconnu.. S’agissant de la question de la naturalisation, il a déclaré que la majorité des réfugiés voulaient être rapatriés, mais ont posé beaucoup de conditions politiques qui dépassaient le mandat du HCR. Il a exprimé l’espoir que le nouveau régime traitera du problème des réfugiés avec la garantie totale du respect de leurs droits. Il a en outre indiqué que sa fonction se limite à ce qu’il peut faire en Mauritanie, car la Mauritanie n’était pas membre de la CEDEAO qu’il couvre, mais plutôt de l’union du Maghreb. Il n’a par conséquent aucune communication directe avec Nouakchott. Et qu’en dépit de cela, il a recommandé à Genève que le Directeur général tienne des consultations avec les Ambassadeurs du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie pour essayer de trouver une solution durable. Le Commissaire Nyanduga a remercié M. Doumaye pour les informations données et noté qu’elles aideront la Commission Africaine à mieux comprendre la situation sur le terrain. 10
ACHPR/38/OS/496/Draft Rencontre avec les Réfugiés Mauritaniens à Dakar Le Commissaire Nyanduga a informé les représentants des réfugiés mauritaniens à Dakar de l’objet de sa mission. Il a souligné le fait qu’il avait observé, au cours de sessions publiques de la Commission Africaine, qu’un certain nombre d’ONG représentant des réfugiés mauritaniens avaient fait des déclarations sur les conditions de vie des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali et sur la situation des droits de l’homme en Mauritanie. Les différentes délégations d’Etat mauritaniennes ont, quant à elles, insisté sur le fait que la situation en Mauritanie était correcte et que les réfugiés devraient retourner chez eux. Toutefois, la Commission Africaine sait que ses décisions n’ont pas été appliquées. Aussi, la Commission s’est-elle trouvée dans un dilemme eu égard à la compréhension de la situation actuelle relative aux réfugiés mauritaniens. Les réfugiés Mauritaniens à Dakar ont exprimé leurs vives préoccupations quant à leurs conditions de vie. L’un d’entre eux,3 s’est plaint du fait que le gouvernement mauritanien n’a jamais reconnu la présence de réfugiés mauritaniens au Sénégal. Il a informé la délégation qu’à leur arrivée au Sénégal en 1989, il leur avait été délivré des cartes d’identification vertes valables pour trois mois, confirmant ainsi l’information donnée par M. Doumaye à la délégation à cet égard. Il a ajouté que ces cartes ont expiré depuis longtemps et que le gouvernement sénégalais n’a rien fait pour les renouveler. Aussi, leurs mouvements étaient-ils limités. Il a exprimé ses préoccupations quant à la montée de la xénophobie contre les réfugiés, en particulier au Mali. Il a déclaré que les réfugiés avaient salué le renversement du régime de Ould Taya. Ils avaient bon espoir que le nouveau régime reconnaîtrait leurs droits. Il a indiqué que le nouveau régime avait rencontré les politiciens de l’opposition, ce qui était un bon signal. Il a aussi déclaré qu’ils voulaient retourner chez eux afin de participer à la transition et au référendum annoncé par le régime militaire. Il a exhorté le nouveau régime à mettre tous les problèmes mauritaniens sur la table et en discuter ouvertement avec tous les Mauritaniens, avec l’assistance de la communauté internationale. Une femme réfugiée qui a parlé au nom des femmes présentes à la réunion a exprimé leurs préoccupations quant aux soins de santé et a rappelé que, depuis le retrait de l’assistance du HCR, les réfugiés n’avaient pas reçu un traitement médical adéquat. Elle a signalé que les femmes réfugiées s’étaient abaissées à mendier pour subvenir aux besoins de leurs enfants qui ne peuvent même pas bénéficier d’une bonne éducation parce qu’ils n’ont pas les documents d’identification requis. Aussi, est-elle préoccupée par ces enfants qui n’auront pas un avenir prometteur. Un autre représentant a demandé que les réfugiés mauritaniens soient reconnus au Sénégal en tant que réfugiés et non en tant que citoyens sénégalais. Il a exhorté le Rapporteur spécial à les aider à obtenir des pièces d’identité adéquates. Il a déclaré que leurs enfants n’étaient pas enregistrés et a souligné que même les morts devaient être reconnus. 3 Les noms des personnes rencontrées par la délégation figurent à la fin du présent rapport. 11
ACHPR/38/OS/496/Draft Le Commissaire Nyanduga a informé les réfugiés présents que le mécanisme de Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées est un nouveau mécanisme qui cherche à comprendre la situation des réfugiés et à engager les gouvernements dans la recherche de solutions durables. Il leur a dit qu’il ne ménagera aucun effort pour porter leurs préoccupations devant les autorités compétentes. Il a indiqué que, alors que ce processus pourrait paraître lent, l’on avait espoir qu’avec la nouvelle pratique de l’UA qui met l’accent sur le respect et la protection des droits de l’homme et des peuples, la Commission Africaine travaillera de concert avec les gouvernements et organisations concernées et parviendra, avec un peu de chance, à une solution durable au problème des réfugiés mauritaniens. Rencontre avec Abdoulaye Dione, Coordinateur de l’Office Africain pour le Développement et la Coopération (OFADEC) M. Dione de l’OFADEC qui est un partenaire d’exécution du HCR a informé la délégation que son organisation continue de travailler avec un petit nombre de réfugiés et de communautés locales et offre en ce moment deux formes de soutien, notamment les projets agricoles et de micro-crédit. Ces deux projets ont été conçus spécialement autour de la création et du fonctionnement de coopératives féminines. Il a également confirmé que lorsque les réfugiés sont arrivés, à la suite des évènements de 1989, il leur avait été donné des cartes d’identification vertes qui se sont avérées être une confirmation qu’ils avaient introduit une demande de statut de réfugié, mais aussi des cartes de repas. Ces cartes étaient valables 3 mois et donnaient au détenteur le droit de bénéficier des diverses facilités relatives à la santé et à l’éducation. M. Dione a déclaré que les autorités sénégalaises ont essayé de résoudre le problème de l’identité en délivrant des cartes d’identité valable 10 ans pour tous les réfugiés ouest africains. A cette fin, en 1999 et au début de 2000, une très grande campagne a été lancée, visant à délivrer des cartes d’identité à tous les réfugiés au Sénégal. Cette campagne d’identification a eu lieu dans les grandes villes comme Dakar, Thiès et Saint Louis. Elle devait se poursuivre dans la vallée du Fleuve Sénégal où se trouvaient la plupart des réfugiés mauritaniens, mais malheureusement, il a été mis fin à la campagne sans aucune explication officielle. M. Dione a expliqué qu’après le rapprochement entre le Sénégal et la Mauritanie, certains réfugiés mauritaniens sont retournés volontairement en Mauritanie sous la supervision de leurs chefs traditionnels. Le retour des réfugiés à partir de la vallée du fleuve n’était pas coordonné par le HCR. Ceux qui souhaitaient retourner à partir de Dakar ont impliqué le HCR. Toutefois, de petits groupes de réfugiés sont apparemment retournés de manière spontanées et dans de nombreux cas incognito. Aussi, n’existe-t-il pas de statistiques fiables sur le nombre de réfugiés retournés en Mauritanie. Il a ajouté que le HCR n’a pas été efficace dans le traitement de la question des réfugiés Mauritaniens, car le gouvernement Mauritanien n’a jamais reconnu la présence de ses citoyens sur le territoire sénégalais. Il a exprimé l’espoir que le nouveau gouvernement 12
ACHPR/38/OS/496/Draft de la Mauritanie pourrait souhaiter reconnaître les réfugiés mauritaniens et trouver une solution durable à leurs problèmes. Le Commissaire Nyanduga a remercié M..Dione pour son exposé et l’a informé de l’objet de sa mission. Il a expliqué qu’au titre de son Acte constitutif, l’UA ne reconnaît pas les régimes découlant de coup d’Etat militaire. Lorsque la légitimité du régime actuel sera rétablie, la Commission Africaine engagera avec le Gouvernement mauritaniens des discussions sur la question des réfugiés. Le Commissaire Nyanduga s’est posé la question de savoir comment l’assistance parvenait aux réfugiés mauritaniens qui vivaient loin de Dakar, et a donné son point de vue sur le problème de l’identification des réfugiés. S’expliquant sur le genre d’assistance fournie aux réfugiés par l’OFADEC, M. Dione a déclaré qu’initialement, l’assistance comprenait un ration alimentaire mensuel, mais l’organisation a décidé plus tard de fournir aux réfugiés un soutien au moyen d’activités génératrices de revenu et d’autres activités telles que la pêche et l’irrigation pour la production alimentaire. Cependant, lorsque le HCR a décidé, en 1995, de retirer son assistance aux réfugiés de la vallée du fleuve, ceux qui n’avaient pas accès aux activités génératrices de revenu ont eu des difficultés pour survivre. C’est à partir de ce moment que les réfugiés ont commencé à aller à Dakar et que certains ont décidé de retourner en Mauritanie. M. Dione a déclaré en outre que le problème des réfugiés est politique car la Mauritanie n’a jamais accepté la responsabilité d’avoir expulsé ses ressortissants vers le Sénégal et le Mali. Il a souligné qu’en février 2005, les réfugiés Mauritaniens au Sénégal ont fait une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de vie. En réponse à ces protestations, le gouvernement du Sénégal a eu des discussions avec leurs dirigeants en vue de trouver une solution définitive à la situation critique des réfugiés. En conséquence, un Comité ad hoc a été mis sur pied en vue de réfléchir sur les voies et moyens de trouver une solution efficace aux revendications des réfugiés concernant, entre autres, la délivrance de pièces d’identité adéquates, la question de la fourniture d’une assistance sans discrimination et, éventuellement, le retour volontaire. M. Dione était d’avis qu’avec le nouveau régime en Mauritanie, la conjoncture était favorable et que l’on devrait en profiter pour trouver une solution à la situation difficile que les réfugiés vivent depuis si longtemps. Visite des camps de réfugiés de Dagana et de Thiabakh La délégation s’est rendue le 2 août 2005 à Dagana, un village sur la vallée du Fleuve Sénégal, à 400 kilomètres environ au nord-est de Dakar. Elle a tenue une réunion avec les représentants des réfugiés de quelques unes des 283 communautés de la vallée du Fleuve Sénégal. Les réfugiés vivent dans de petits villages qu’ils ont construit euxmêmes, avec la population ou les communautés sénégalaises de la zone. Les représentants sont venus de Dagana, de Podor, de Matan et de Bakel. L’un d’eux a lu une déclaration qui a donné un aperçu de leur situation depuis 1989. 13
ACHPR/38/OS/496/Draft Le Commissaire Nyanduga a expliqué aux réfugiés l’objet de la mission et a voulu savoir, selon leurs propres points de vue, pourquoi ils se trouvaient à Dagana et dans d’autres établissements du Sénégal, les problèmes auxquels ils sont confrontés et l’assistance qu’ils ont reçu depuis 1989. Les représentants des réfugiés ont exprimé leur satisfaction quant à la visite du Rapporteur spécial. Ils ont exprimé en outre leur gratitude pour l’hospitalité qui leur a été réservée par le peuple et le gouvernement sénégalais depuis leur arrivée au Sénégal, il y a de cela 16 ans. Ils ont toutefois exprimé leurs préoccupations, après des années de négligence par la communauté internationale. Ils ont néanmoins déclaré que le HCR avait mis fin à son assistance en 1995. Il les avait auparavant assisté grâce à des activités d’autosuffisance, par le biais de projets agricoles, de pêche, d’élevage et de micro-crédit. Ils ont condamné les gouvernements de la Mauritanie et du Sénégal et les ont tenus responsables du retrait de l’assistance du HCR en 1995. Ils ont déclaré que leurs difficultés ont commencés lorsque l’assistance alimentaire, médicale et scolaire a été retirée. Les réfugiés ont déclaré que les autorités sénégalaises leur fournissent des livres, mettent à disposition des enseignants et intègrent les enfants de réfugiés dans le système scolaire locale, mais cela ne suffisait, car parfois, leurs enfants ne pouvaient pas aller à l’école sans manger, sans frais de scolarité et uniformes, les parents n’étant pas en mesure de leur fournir tout cela, du fait du taux élevé de chômeurs parmi les réfugiés. Les opportunités d’accès à l’emploi et à l’éducation pour les jeunes étaient limitées. Ils ne pouvaient s’inscrire que pour la formation professionnelle, mais même lorsqu’ils obtiennent les diplômes professionnels, ils ne peuvent pas avoir d’emploi. Ceux qui veulent aller à l’université ne peuvent pas payer des frais de scolarité de 150000 francs CFA. Les représentantes des femmes ont déclaré que l’on s’attend à ce que les réfugiés bénéficient des soins médicaux et de santé au niveau des structures sanitaires publiques, mais ce n’est pas gratuit. Ils ne peuvent pas voyager jusqu’à Dakar où ils ont la possibilité d’aller dans les structures du HCR. Elle a souligné que leur dignité, celle de leurs familles et de leurs enfants avaient été violées. Beaucoup de femmes supportent la charge de chef de famille parce que leurs maris ont été tués durant les expulsions. Une femme a montré à la délégation ses cicatrices au bras dues à des blessures subies lors des expulsions et une autre a déclaré avoir développé une perturbation psychologique traumatique du fait de l’expérience des 16 dernières années. S’agissant des micro-crédits que le HCR continue d’accorder, les réfugiés ont déclaré que le montant de 50 000 alloué remboursable en 10 mois était inadéquat et ne leur permettait pas de procéder à un remboursement de 5 000 Fcfa par mois, d’épargner pour maintenir les projets et entretenir leurs familles. Les réfugiés ont expliqué que la pression sur la terre de leur établissement devenait un grand problème. Lorsqu’ils ont traversé le fleuve en 1989, de nombreuses zones où ils 14
ACHPR/38/OS/496/Draft se sont installés étaient des ouvertes, mais au cours des 16 dernières années, les communautés sénégalaises se sont développées et la terre qu’elles utilisaient pour survivre est progressivement prise par les citoyens. Les réfugiés ont également soulevé le problème de l’enregistrement et de l’identification. Seuls les réfugiés vivant dans les centres urbains tels que Dakar, Thiès et Saint-Louis ont été enregistrés durant l’enregistrement de 1999/2000 qui avait ensuite été abandonné, mais la majorité n’a pas de pièce d’identité valable. Le seul document dont ils disposent est la « carte verte » qui leur avait été délivrée lorsqu’ils ont traversé la frontière en 1989 (voir ci-dessous). Ce document a expiré depuis longtemps, car valable pour trois mois seulement. Ils ont déclaré que de nombreuses femmes qui ont traversé la frontière après 1989 et leurs enfants nés au Sénégal n’ont jamais été enregistrés et n’ont même pas la carte verte valable 3 mois. Un exemple de carte d’identification délivrée aux réfugiés à Dakar. . Les réfugiés ont souligné que l’absence de documents d’identification entraîne de nombreux problèmes, en particulier lorsque l’on a affaire à des fonctionnaires du gouvernement, lors de contrôle se sécurité de routine par la police ou lorsque l’on remplit des formalités administratives comme la recherche d’un emploi ou le retrait d’argent envoyé par des parents de l’étranger. Le Commissaire Nyanduga a voulu connaître leurs points de vue quant aux perspectives de retour au vu des nouveaux développements. Ils ont déclaré qu’ils souhaitaient retourner chez sous l’égide du HCR et à condition que leur sécurité soit garantie. Ils ont déclaré que malgré les problèmes auxquels ils sont confrontés au Sénégal, leur sécurité y est garantie. Ils ont réitéré que c’était une erreur de la part des deux gouvernements et du HCR d’avoir mis fin à l’assistance comme un moyen pour exercer la pression sur eux afin de les obliger à retourner prématurément en Mauritanie. Ils sont déclaré qu’ils retourneront volontairement à condition que la paix soit rétablie, qu’ils soient correctement indemnisés pour la perte de leurs biens et que la discrimination soit éliminée. Ils ont 15
ACHPR/38/OS/496/Draft également demandé à être représentés dans tout dialogue concernant leur retour, parce qu’ils avaient leurs structures dirigeantes au sein des 283 communautés de réfugiés de la vallée, car la plupart des ONG basées à Dakar suivaient leur propre programme ‘politique’. Ils ont déclaré en outre qu’ils n’attendaient aucune excuse de la part des autorités mauritaniennes pour leur souffrance et « l’arabisation » de leurs villages, à savoir que les Mauritaniens noirs n’étaient pas reconnus. Ils ont exhorté ; • le nouveau régime à reconnaître les réfugiés comme les fils et les filles de la Mauritanie et ont indiqué en outré qu’ils n’étaient pas prêts à renoncer à leur citoyenneté ; • le gouvernement sénégalais à s’acquitter de ses obligations en régularisant le statut des réfugiés par le biais d’un enregistrement adéquat ; • le HCR à reprendre ses activités de protection dans la vallée du Fleuve Sénégal ; • ils ont salué l’initiative de la Commission Africaine et ont demandé à l’UA de les impliquer dans les discussions relatives au processus de transition en Mauritanie. A la fin de la réunion, le Commissaire Nyanduga a remercié la communauté des réfugiés pour l’hospitalité réservée à la mission dans la meilleure tradition africaine, pour sa confiance en la Commission Africaine et en l’UA, et les a assuré qu’il transmettra leurs doléances et préoccupations aux autorités concernées. CONCLUSION La Délégation félicite le gouvernement et le peuple sénégalais pour avoir rempli ses obligations de protection des réfugiés au titre des instruments internationaux. Il était toutefois évident que le Gouvernement sénégalais et la communauté internationale peuvent encore faire davantage pour garantir le bien-être des réfugiés mauritaniens jusqu’à ce qu’une solution durable soit trouvée. 6. RESULTATS Problèmes d’identification et de reconnaissance Au cours des discussions avec les différentes parties concernées au Sénégal, il s’est avéré que le nombre exact de réfugiés mauritaniens au Sénégal est inconnu. L’enregistrement qui avait commencé en décembre 1999, avait été abandonné au début de l’année 2000. Ce qui a laissé la majorité des réfugiés dans l’incertitude, car ne possédant pas de documents d’identification adéquats, excepté la « Carte verte », valable pour trois mois seulement, qui leur a été délivrée à leur arrivée sur le territoire sénégalais en 1989. 16
ACHPR/38/OS/496/Draft Cet état de fait a des implications sur le bien-être des réfugiés eu égard à la reconnaissance de leur statut, à l’accès aux avantages et à l’exercice d’autres droits tels que la liberté de mouvement. Le rapprochement entre le Sénégal et la Mauritanie a été une solution politique louable au conflit, à cette époque, mais il a mené au sacrifice des droits des réfugiés qui avaient été violés en 1989. Ces droits n’ont pas été rétablis à ce jour. Le rapprochement a obligé le HCR et les autres institutions humanitaires internationales à réduire considérablement l’assistance humanitaire et le travail de protection des réfugiés Mauritaniens. Cette situation est assez regrettable, parce qu’elle a permis à la politique de s’interposer dans la neutralité et la mission humanitaire du HCR. En conséquence, les réfugiés mauritaniens ne sont pas reconnus par leur propre Etat et par la communauté internationale. Au mieux, on les a laissés se débrouiller tous seuls, mais grâce à l’hospitalité traditionnelle africaine du peuple et du gouvernement sénégalais, ils ont pu survivre. Assistance La délégation a observé que la situation à laquelle les réfugiés mauritaniens sont confrontés est assez critique. Les réfugiés vivent dans la vallée du Fleuve qui constitue une partie de la ceinture du Sahel. La terre le long de cette vallée était verte et fertile pendant la saison des pluies, lors de la visite de la mission, mais elle peut être sèche et inhospitalière pendant la saison sèche. Les réfugiés ont demandé sans cesse une assistance eu égard aux divers besoins sociaux, assistance qui a été pratiquement réduite à zéro du fait du retrait de l’appui financier et matériel du HCR en 1995. La plupart des réfugiés Mauritaniens ont pu subvenir à leurs besoins avec l’aide minimale du HCR depuis 1995. Les autorités sénégalaises ont fourni des livres, mis à disposition des enseignants et intégré les enfants dans le système éducatif local. Le Gouvernement a mis à la disposition des réfugiés, sans discrimination aucune, les infrastructures médicales publiques destinées à sa propre population. Le seul problème qui se pose par conséquent est que le chômage parmi les réfugiés fait qu’ils ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour satisfaire leurs besoins en éducation et en santé, parce que les services publics ne sont pas gratuits. Les projets de micro finance générateur de revenu sont inadéquats pour soutenir les communautés de réfugiés. Rapatriement Aucun mouvement de rapatriement officiel de réfugiés n’a été organisé par le HCR, même après le rapprochement entre la Mauritanie et le Sénégal. L’on croit que certains réfugiés sont rentrés spontanément, à l’insu ou sans l’assistance du HCR. Cependant, les réfugiés qui se trouvent actuellement au Sénégal ont fait clairement savoir qu’ils ne pouvaient pas retourner en Mauritanie sans qu’un certain nombre de conditions soit remplies, notamment : 17
ACHPR/38/OS/496/Draft a. La restitution des documents d’identification détruits au cours de leur expulsion de la Mauritanie et le rétablissement de leur citoyenneté ; b. L’assurance que leur sécurité pendant et après leur retour sera garantie sous l’égide d’un organisme international comme le HCR ; c. L’indemnisation pour les biens perdus, y compris le bétail, les maisons détruites et les terres confisquées au moment de leur expulsion. Les réfugiés étaient d’avis que le changement de gouvernement en Mauritanie leur offrait l’occasion de discuter de leur situation avec le gouvernement actuel, occasion qu’ils n’aimeraient pas perdre. Ce point de vue était partagé par un certain nombre de personnes rencontrées par la mission. Avec l’assistance de l’UA en particulier, et de la communauté internationale en général, les réfugiés mauritaniens espèrent pouvoir retourner dans leur pays et voir leurs droits rétablis, afin de pouvoir participer au processus de transition politique en cours en Mauritanie. 7. RECOMMANDATIONS Le présent rapport fait des recommandations préliminaires au Gouvernement sénégalais, l’UA et au HCR.4 Le rapport final sera élaboré après les missions au Mali et en Mauritanie. Il contiendra également des recommandations spécifiques aux autres parties concernées, selon le cas. A cet égard, la Commission Africaine fait les recommandations suivantes : Au Gouvernement du Sénégal La Commission Africaine exhorte le Gouvernement du Sénégal à : 1. Reprendre l’enregistrement qui avait été abandonné en 2000 afin que l’on puisse enregistrer, identifier tous les réfugiés et leur doter de documents d’identification adéquats. 2. Poursuivre ses efforts visant à convoquer une conférence pour discuter de la situation critique des réfugiés et des personnes déplacées en Afrique. A l’Union Africaine 1. La Commission Africaine demande à la Commission de l’UA d’aider le Rapporteur spécial à : i) Entreprendre une mission au Mali pour discuter avec le gouvernement malien et les réfugiés mauritaniens au Mali. ii) Entreprendre une mission de suivi au Sénégal pour poursuivre les discussions avec le gouvernement sénégalais (réunion avec les Ministres de la Justice et de l’Intérieur, et la Commission d’Eligibilité). Au cours de la mission, le Rapporteur spécial envisage de poursuivre l’invitation du Gouvernement sénégalais 4 La Commission Africaine fait des recommandations au HCR dans le cadre du Protocole d’accord signé entre le HCR et elle-même en 2003. 18
ACHPR/38/OS/496/Draft d’organiser une table ronde sur les réfugiés et les personnes déplacées en Afrique. iii) Entreprendre une mission de suivi en Mauritanie dès que possible au plan diplomatique. 2. Demande à l’Union Africaine d’inclure dans ses discussions avec le gouvernement mauritanien et les partenaires concernés les questions relatives aux réfugiés mauritaniens, question non résolue depuis 16 ans. 3. Exhorte l’UA à encourager les organisations humanitaires et les organismes d’aide internationale tels que l’UNICEF, l’OMS et le PAM à fournir, dans le cadre de leur mandat, un soutien aux réfugiés mauritaniens se trouvant actuellement sur le territoire sénégalais. 4. Demande à l’UA de veiller à ce que la Mauritanie applique les recommandations de la Commission Africaine relatives aux communications regroupées 54/91, 61/91, 98/93, 164/97 to 196/97, 210/98 – Malawi African Association, Amnesty International, Mme Sarr Diop, Union Interafricaine des Droits de l’Homme et RADDHO, Collectif des Veuves et Ayants-droit, Association Mauritanienne des Droits de l’Homme/Mauritanie. Au HCR La Commission Africaine exhorte le HCR à ; 1. Reprendre son assistance et son soutien aux réfugiés, en particulier l’accès à l’eau, des services de santé et d’éducation abordables. Le HCR pourrait examiner la possibilité de collaborer avec d’autres organisations internationales en vue de développer des projets qui encourageront l’autosuffisance au sein des communautés de réfugiés. 2. Oeuvrer avec les autorités gouvernementales du Sénégal en vue de fournir des documents d’identification aux réfugiés mauritaniens. 4 octobre 2005. 19
ACHPR/38/OS/496/Draft Annexes REFERENCES Klein, P. Development of Village Irrigation Schemes. Rapport de Mission 94/42/N. HCR, Genève. Thiadens, R. 1997. Review of Agricultural Programmes for Mauritanian Refugees. Rapport de mission technique 97/33/N. HCR, Genève. NOMS DES PERSONNES RENCONTREES 1. Maître Mame Bassine Niang, Ministre Commissaire aux droits de l’homme et à la promotion de la paix auprès du Président de la République 2. Prof. Cheikh Tidiane Thiam, Directeur des Affaires juridiques et consulaires, Ministère des Affaires étrangères 3. Ambassador Maimouna Sy, Ministère des Affaires étrangères 4. Dillah Doumaye, Représentant régional du HCR 5. Abdoulaye Dione, Projet CDH/OFADEC 6. Mamadou Mamoudou Gaye, Représentant des Réfugiés Mauritaniens au Sénégal 7. Diallo Faidou Dioulde, 3 RMS 8. Ba Oumar Abou, 3 RMS 9. Diallo Abdoulaye, 3 RMS 10. Yahya Kane, SOS Esclave 11. Niang Alwoly Momodou, 3 RMS 12. Moh Djindé Cissokho, MRMS/DDH 13. Aissatou Sow, MRMS/DDH 14. Mamadou Traoré, Président de CAREMS 15. Kane Ibrahima, Membre of CAREMS 16. Maimouna Wane, 3 RMS 17. Fatimata Bocar Gueye, 3 RMS 18. Hawa Abou Gueye, 3RMS 19. Aldiouma Cissokho, MRMS/DDH 20. Khaoudou Sow, MRMS/DDH 21. Aliou Sow, MRMS/DDH 22. Moussa Amadou Gueye, MRMS/DDH 23. Abdourahmane Sy, MRMS/DDH 24. Aminata Moussa Sow 25. Maryam Malick Bâ 26. Jainaba Jallow 27. Binette Sow 20

Created 1 juil. 2026 · Edited 1 juil. 2026