Rapports de Mission

Rapport de la mission de promotion des droits de l'homme en république des Seychelles 6 - 10 Avril 2015

Report Seychelles PM-6-10 April 2015-FR-.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA Commission Africaine des Droits de African Commission on Human & Peoples’ l’Homme& des Peuples Rights No. 31 Bijilo Annex Lay-out, Kombo North District, Western Region, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 441 05 05 /441 05 06, Fax: (220) 441 05 04 E-mail: au-banjul@africa-union.org; Web www.achpr.org RAPPORT DE LA MISSION DE PROMOTION DES DROITS DE L'HOMME EN RÉPUBLIQUE DES SEYCHELLES 6 - 10 AVRIL 2015 1
REMERCIEMENTS La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (la Commission) est reconnaissante au Gouvernement de la République des Seychelles pour avoir bien voulu accueillir une mission de promotion des droits humains effectuée par une délégation de la Commission du 6 au 10 Avril 2015. La Commission exprime sa sincère gratitude aux plus hautes autorités du pays pour avoir fourni à la délégation les facilités et le personnel nécessaires pour le bon déroulement de la mission. La Commission exprime également sa reconnaissance à Son Excellence Monsieur JeanPaul Adam, ministre des Finances, du Commerce et de l’Economie bleue; et à Son Excellence M. Joel Morgan, ministre des Affaires étrangères et des Transports, dont le rôle dans l'organisation des différentes réunions a grandement contribué au succès de la mission. Enfin, la Commission remercie M. Ralph Agrippine, directeur général du protocole, des traités et des Affaires consulaires, et co-président du Comité des traités des droits de l'homme des Seychelles; Mme Pillay Gayethri et Mme Sofie Bonnelame ainsi que le personnel du Ministère des Affaires étrangères et des Transports, pour leur assistance à la délégation tout au long de son séjour et pour avoir facilité l'organisation des différentes réunions. 2
Acronymes et abréviations SIDA : Syndrome d'immunodéficience acquise: APMS: Association des professionnels des médias des Seychelles ARV: antirétroviral UA: Union africaine BAS: Bar Association des Seychelles CAA: Autorité des nominations constitutionnelles DG: Directeur Général PECS: Plateforme d’engagement Citoyen aux Seychelles OSC: Organisation de la société civile UE: Union européenne PIB: Produit intérieur brut VIH: Virus de l'immunodéficience humaine TI: Technologies de l'information ULONG: Unité de liaison pour les organisations non gouvernementales ANS: Assemblée nationale des Seychelles ONG: Organisation Non Gouvernementale CNDH: Commission nationale des droits de l’homme DRI: Directives de Robben Island SPS: Services Pénitentiaires des Seychelles SCR: Roupie Seychelloise ONU: Organisation des Nations Unies PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement ONUDC: Office des Nations unies contre la drogue et le crime US: États-Unis OMS: Organisation mondiale de la Santé 3
PREMIÈRE PARTIE I. INTRODUCTION 1. La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (la Charte africaine), adoptée le 21 Juin 1981 par l'Assemblée des Chefs d'Etat et de gouvernement à Nairobi, au Kenya, est entrée en vigueur le 21 Octobre 1986. L’article 30 établit la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (la Commission) et en fait ainsi le principal organe de promotion des droits de l'homme de l'Union africaine (UA). La République des Seychelles est un Etat partie à la Charte africaine, après l’avoir ratifiée le 13 Avril 1992. 2. En vertu de l'article 45 de la Charte africaine, la Commission a pour mandat de promouvoir les droits humains et les libertés fondamentales consacrés par la Charte, d'assurer leur protection et le suivi de leur mise en œuvre, d'interpréter ses dispositions et de fournir des conseils juridiques à la demande de l'Assemblée des Chefs d'Etat et de gouvernement. En outre, la Commission est chargée de la collecte de documents, de la réalisation d'études et de recherches sur les problèmes africains dans le domaine des droits de l’homme et des peuples, en organisant des séminaires, des colloques et des conférences, en diffusant des informations, en encourageant les institutions nationales et locales traitant des droits de l’homme et des peuples et, le cas échéant, en donnant des conseils ou faisant des recommandations aux gouvernements. 3. C’est dans le contexte de la mise en œuvre du mandat de la promotion des droits humains de la Commission que le commissaire Yeung Kam John Yeung Sik Yeung, commissaire en charge des activités de promotion des droits de l'homme en République des Seychelles et Président du Groupe de travail de la Commission sur les 4
droits de Personnes âgées et des personnes handicapées en Afrique, assisté des membres du personnel1 du Secrétariat de la Commission, a effectué une mission de promotion des droits de l'homme en République des Seychelles du 6 au 10 Avril 2015. 4. Au cours de la mission, la délégation de la Commission a recueilli des informations spécifiques sur la situation des droits de l’homme aux Seychelles, diffusé les conventions de l'Union africaine et les documents de la Commission ainsi que tous les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme. La Commission a également renforcé sa visibilité et a permis de sensibiliser tous les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux au sujet de son travail et de ses mécanismes subsidiaires. II. TERMES DE RÉFÉRENCE 5. Les objectifs de la mission étaient les suivants: ▪ Faire la promotion de la Charte africaine et de tous les autres instruments internationaux et régionaux des droits humains; ▪ Renforcer la collaboration entre la Commission et les autorités de la République des Seychelles en ce qui concerne la promotion et la protection des droits garantis par la Charte africaine et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme; ▪ Engager le dialogue avec le Gouvernement de la République des Seychelles en ce qui concerne les mesures législatives et autres mesures prises pour mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine et d'autres instruments des droits de l'homme ratifiés par la République des Seychelles; M. Bruno Menzan, Juriste au Secrétariat de la Commission; Mme Anita Bagona, Juriste au Secrétariat de la Commission; et M. Philbert Bayeka, agent des finances au Secrétariat de la Commission. 1 5
▪ Procéder à un échange de vues et au partage des expériences avec le Gouvernement de la République des Seychelles, et avec d'autres intervenants œuvrant sur les droits humains dans le pays, sur les stratégies visant à améliorer la jouissance des droits de l'homme; ▪ Recueillir les renseignements pertinents sur la situation des droits de la femme, de l’enfant, des demandeurs d'asile, des réfugiés, des migrants, des personnes âgées, des personnes handicapées et d'autres catégories de personnes vulnérables vivant en République des Seychelles; et souligner les bonnes pratiques et les mesures positives tout en notant les difficultés rencontrées dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions de la Charte africaine et divers instruments des droits de l'homme ratifiés par la République des Seychelles; ▪ Évaluer le niveau de jouissance des droits économiques, sociaux et culturels des populations en République des Seychelles, ainsi que les mesures prises par le Gouvernement pour mettre en œuvre cette catégorie de droits de l'homme; ▪ Recueillir des informations sur la situation des défenseurs des droits de l'homme en République des Seychelles et discuter avec toutes les parties prenantes les défis qui entravent la jouissance effective des droits des défenseurs des droits humains; ▪ Procéder à des échanges de vues et recueillir des informations sur les industries extractives, et évaluer leur impact sur la vie des populations de la République des Seychelles et sur l'environnement; ▪ Recueillir des informations relatives à la question du VIH / sida et aux mesures et politiques mises en place par le gouvernement des Seychelles pour prévenir cette pandémie; et protéger les droits humains des personnes vivant avec le virus ainsi que les personnes à risque, les personnes vulnérables et les personnes touchées par cette maladie; ▪ Rencontrer tous les acteurs impliqués dans le domaine des droits de l'homme en vue, entre autres, de cerner leurs programmes, obtenir leur évaluation de la 6
situation des droits de l'homme dans la République des Seychelles et les difficultés rencontrées dans le cadre de leurs activités; ▪ Visiter les prisons et autres centres de détention en vue de constater la situation des personnes en détention en République des Seychelles; ▪ Visiter tous les autres lieux et établissements qui ont un impact sur la jouissance des droits de l'homme dans la République des Seychelles. III. CONTEXTE HISTORIQUE, GEOGRAPHIQUE ET INSTITUTIONNEL DE LA RÉPUBLIQUE DES SEYCHELLES A. Contexte historique et situation géographique 6. La République des Seychelles a accédé à l'indépendance du Royaume-Uni le 26 Juin 1976. Au cours des siècles passés, la France et la Grande-Bretagne ont âprement lutté pour le control physique et politique des îles inhabitées qu’étaient les Seychelles. La Grande-Bretagne a finalement pris le contrôle de ces îles conformément au traité de Paris signé en 1814. Ce pays archipel est situé dans l'océan Indien, au Nord-Est de Madagascar et à environ 1600 kilomètres (994 miles) à l'est de la République du Kenya. Le pays est composé de plus de 116 îles dont les principales sont Mahé, Praslin, La Digue et Silhouette. B. Profil administratif 7. Le pays est divisé en vingt-six (26) régions administratives qui englobent l'ensemble des îles intérieures. Huit des districts composent la capitale des Seychelles et sont connus sous le nom du Grand Victoria. Quatorze (14) autres districts sont considérés comme la partie rurale de l'île principale de Mahé avec deux districts sur Praslin et un à La Digue qui comprennent également leurs îles satellites respectives. Le reste des 7
Îles Eloignées constitue le dernier district, récemment créé par le ministère du tourisme. 8. Les Seychelles ont trois langues officielles, le Créole, l’Anglais et le Français qui sont utilisés à la fois dans les interactions officielles et dans les relations sociales quotidiennes. C. Organisation politique 9. Sous la troisième république instituée en 1993 par l'adoption de la Constitution actuelle, les Seychelles est une république laïque, souveraine et démocratique qui fonctionne sur la base des principes de la séparation des pouvoirs (l'exécutif, le législatif et le judiciaire), et de l'Etat de droit fondé sur la reconnaissance des droits et libertés fondamentaux de l'homme. 10. Le Président des Seychelles est le chef de l'Etat, chef du gouvernement et commandant en chef des Forces de Défense des Seychelles. Le Président est élu sur la base du suffrage universel et au scrutin secret pour un mandat maximal de cinq ans, renouvelable trois (3) fois seulement. L'actuel Président de la République des Seychelles est M. James Alix Michel, qui a pris fonction depuis Avril 2004, à la retraite du Président France-Albert René. Le Président Michel a ensuite été élu en Juillet 2006 et réélu en mai 2011. Le pouvoir exécutif est exercé par le Président et s’étend à l'exécution et au maintien de la Constitution et des lois des Seychelles. 11. Le Gouvernement, composé de pas moins de sept ou plus de quatorze Membres, est nommé par le Président sur l'approbation d'une majorité des membres de l'Assemblée nationale. Un ministre a, à ce titre, le portefeuille et la responsabilité qui peuvent être déterminés de temps à autre par le président et ce dernier peut attribuer à un ministre la responsabilité de plus d'un ministère à un moment donné. 8
12. L'Assemblée nationale a le pouvoir de faire des lois et est une Chambre monocaméral actuellement composée de trente-deux (32) députés. La durée d'une législature aux Seychelles est de cinq ans. 13. La Constitution prévoit un système judiciaire qui se compose de la Cour d'appel, de la Cour suprême, du tribunal de première instance et des cours et tribunaux subordonnés. Le pouvoir judiciaire est indépendant et soumis uniquement à la Constitution et autres lois des Seychelles. D. Situation économique 14. Le produit intérieur brut (PIB) en parité de pouvoir d'achat des Seychelles est d'environ 24.522 $ par habitant. Les Seychelles est classé 114e sur 178 pays selon l'indice de liberté économique et a amélioré ses performances depuis 2012. Le Tourisme et l'industrie de la pêche demeurent les principales activités génératrices de revenus pour les Seychelles, même si des secteurs comme l'agriculture, l'industrie et les petites entreprises sont des contributeurs importants à l'économie nationale. 15. L'économie du pays malgré son amélioration fait face à des difficultés en raison des crises économiques successives dans le monde, de sa petite taille et des défis environnementaux de l'archipel. E. Contexte social 16. Les Seychelles ont une population estimée à environ 91.000 habitants. La population est principalement d'origine africaine, européenne, indienne et chinoise. Selon le recensement de 2010, la plupart des Seychellois sont chrétiens: 76,2% étaient catholiques romains, 6,1% anglicans et 6,9% d'autres confessions chrétiennes. Il ya de petites minorités qui pratiquent l'Hindouisme (2,4%) et l'islam (1,6%). D’autres 9
religions non-chrétiennes représentaient 1,1% de la population tandis 5,7% étaient des sans religion ou ne précise pas leur religion. 17. Les Seychelles offrent un niveau de vie relativement acceptable à ses populations qui ont accès à une éducation, des services de santé, de logement et de services de communication d’assez bonne qualité. L'emploi est également garanti pour la quasitotalité de la population active et un service social fort a été instauré pour aider ceux qui sont dans le besoin. Malgré un défi majeur causé par des crimes liés la consommation de drogue, les Seychelles est un pays sûr et n’a pas enregistré dans un passé récents une instabilité due à des revendications politiques ou sociales. F. Cadre juridique pour la promotion et la protection des droits de l'homme 18. Au moment de l'achèvement de cette mission de promotion par la Commission, la République des Seychelles était partie aux principaux instruments des droits de l'homme qui suivent: Instruments juridiques africains • Charte africaine des droits de l'homme et des peuples; • Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique; • Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant; • Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique; • Charte africaine de la jeunesse; et • Convention de l'Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption. 10
Instruments juridiques universels internationaux • Pacte international relatif aux droits civils et politiques; • Protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques; • Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort; • Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels; • Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale ; • Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes; • Protocole facultatif à la Convention sur l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes; avec l'acceptation de la procédure d'enquête prévue par l'article 8 du Protocole facultatif à la Convention; • Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants; avec l'acceptation de la procédure d'enquête prévue par l'article 20 de la Convention; ainsi que l'acceptation de plaintes individuelles en vertu de l'article 22 de la Convention; • Convention relative aux droits de l'enfant; • Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la participation des enfants à des les conflits armés; • Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants; • Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille; et • Convention relative aux droits des personnes handicapées. • Statut de Rome; • Conventions de Genève de 1949 et les deux premiers Protocoles additionnels; 11
Cadre juridique national pour la promotion et la protection des droits de l'homme • Chapitre III de la Constitution de 1993 de la République des Seychelles, ainsi qu'un certain nombre d'autres lois et politiques constituent le cadre juridique pour la promotion et la protection des droits de l'homme aux Seychelles. 12
DEUXIÈME PARTIE I. METHODOLOGIE ET DEROULEMENT DE LA MISSION 19. La mission de promotion aux Seychelles a été effectuée sous la forme d'interactions et de rencontres avec les plus hautes autorités et les différents acteurs impliqués dans la promotion et la protection des droits de l'homme. La délégation a également visité la prison de Montagne Posée et la maison d'accueil régional pour personnes âgées à North East Point. 20. À chacune de ces rencontres, la délégation a fait une brève présentation de la Commission en mettant en exergue l’organisation, la composition, le mandat, le fonctionnement et les mécanismes subsidiaires de cette dernière. Elle a en outre présenté les objectifs de la mission et a souligné le partage des meilleures pratiques dans les domaines d'intérêt pour la mission. 21. Ainsi, les interactions et les discussions entre la délégation et les différentes autorités et parties étaient axées sur la situation des droits de l'homme dans les Seychelles. 22. À la fin des réunions, la délégation a distribué des publications et des documents de la Commission aux autorités et autres parties prenantes qu'elle a rencontrées. Des Publications spécifiques ont été distribuées aux autorités et parties prenantes en fonction de leurs domaines particuliers d'intervention. II. REUNIONS TENUES PAR LA DELEGATION DE LA COMMISSION 1. Rencontre avec le ministre des Affaires étrangères et des Transports 23. La délégation de la Commission a entamé sa mission par une séance de travail avec le ministre des Affaires étrangères, tenue le 6 Avril 2015. La réunion a été présidée par le Ministre Son Excellence Monsieur Joel Morgan et participants du côté du Ministère 13
étaient M. Maurice Loustau-Lalanne - Secrétaire principal pour le ministère des Affaires étrangères et président du Comité des traités des droits de l'homme Seychelles; M. Ralph Agrippine - Directeur général pour le protocole, des traités et Affaires consulaires, et co-président du Comité des traités des droits de l'homme Seychelles; M. Raymond St Ange - Conseiller du ministre Morgan; ainsi que le personnel technique et d’appui du Ministère chargé de faciliter et de coordonner la mission de la Commission. 24. Après l'échange de civilités, le commissaire Yeung a exprimé au nom de la délégation et de l'ensemble de la Commission et en son nom propre, des remerciements au pays pour avoir accepté de recevoir une mission de promotion de la Commission. Il a également remercié le ministère pour avoir facilité cette mission et pour les dispositions logistiques mises en place pour assurer le bon se déroulement de la mission. Le commissaire a également présenté la Commission et ses travaux au ministre et aux autres responsables présents à la réunion. 25. Abordant les points importants de la mission, le commissaire a soulevé des questions concernant, entre autres, les rapports en retard2, la nécessité de ratifier le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples portant création d'une Cour africaine des droits et 'homme (Protocole de la Cour)3, la nécessité pour les Seychelles d’assister et d’être représenté aux sessions de la Commission, etc. C’était également l'occasion pour le commissaire de plaider pour que le gouvernement des Seychelles accueille une des sessions de la Commission et il a abordé les implications financières ainsi que les avantages de recevoir des réunions statutaires de la Commission. En ce qui concerne l'aspect financier, les deux parties ont convenu d’avoir un coût estimatif d'accueillir une session de la Commission partagé avec le ministère avant la fin de la mission. Quant aux avantages, ceux-ci comprennent entre autres selon le commissaire, 2 3 Au moment de la mission, les Seychelles avait 5 rapports en suspens et allait bientôt atteindre 6 rapports en retard. Les Seychelles ont signé le Protocole, mais doivent le ratifier. 14
le fait de mettant en avant le pays hôte d'une session ainsi que le partage des bonnes pratiques du pays en termes de mise en œuvre de la Charte. Il est à nouveau l'occasion d'apprendre des autres États et des acteurs la meilleure façon dont les droits de l'homme garantis par la Charte pourraient être mis en œuvre. 26. Répondant au commissaire, le ministre a indiqué que la République des Seychelles s’est efforcée à répondre aux préoccupations et questions soulevées par la Commission dans son rapport de la dernière mission de promotion qu'elle a effectuée dans le pays en 2004. Il a ensuite abordé point par point ces questions et a indiqué les mesures prises par le gouvernement des Seychelles sur chacune d’elles. Voici ses réponses: i. Sur la recommandation de créer une commission électorale indépendante composée de plusieurs personnes plutôt que de (maintenir) une seule personne servant de commissaire électoral, il a dit que cela a été traité comme indiqué par la configuration actuelle de la commission électorale qui est composée d’un(e) président(e) et 4 membres conformément à l’article 115 de la Constitution des Seychelles; ii. Sur la recommandation relative à la nomination des membres de l’Autorité des nominations constitutionnelles (CAA), il a répondu que le même système de désignation des membres de la CAA s’applique toujours et que ces membres sont actuellement toutes des femmes; iii. En ce qui concerne la réponse au VIH / sida, le ministre a noté que les Seychelles est actuellement l'un des pays leaders en Afrique en ce qui concerne la gestion de cette maladie et un Comité national du sida a été créé à cet effet; iv. Concernant la médiateur, le ministre a indiqué que l’action est en cours pour instaurer la médiateur et que, pour ce qui est de la dotation en personnel de cette dernière, le meilleur interlocuteur sera la Médiatrice elle-même; 15
v. Sur les droits de l'enfant, le ministre a déclaré qu'une unité spéciale a été créée dans la police pour faire face aux crimes contre les enfants, que le ministère des Affaires sociales gère les problèmes des enfants aux Seychelles et que, malgré la controverse autour de la question, l'âge du mariage est le même pour les garçons et les filles aux Seychelles. Il a également soulevé des défis tels que la prévalence de la consommation d'alcool et de drogues par les jeunes, la violence familiale, la grossesse chez les adolescentes et la maltraitance des enfants contre lesquels le gouvernement prend des mesures en dépit des blocages constitués par la rareté des cas dénoncés. Les mesures visant à relever ces défis comprennent l'instauration d'une peine minimale obligatoire de sept ans pour la maltraitance des enfants ainsi que l'interdiction des châtiments corporels à l'école et par les parents; vi. En ce qui concerne le pouvoir judiciaire, le ministre a mentionné que des défis persistent en ce que cette institution fait face à ce qu'il a appelé "un problème de productivité" qui résulte en la difficulté de vider les contentieux. Il a cité par exemple des cas pouvant durer jusqu'à 10 ans et 4 ans pour être vidés respectivement pour les procédures civiles et pénales. Il a également soulevé des inquiétudes à propos de l'Association du Barreau Seychellois qui pratique selon lui une sorte de «protectionnisme» et qui a aussi quelques problèmes d'intégrité. Le ministre a aussi indiqué que des avocats sont commis d’office aux accusés par le biais de l'aide juridique.4 Les procès aux Seychelles des pirates somaliens font partie des efforts de l’Etat visant à atténuer cette menace international qu’est la piraterie. Il a également mentionné que le barreau a un régime de pro bono qui aide les personnes accusées. vii. Le ministre a jugé que la liberté d'expression est satisfaisante et sans doute qu’elle est mise en œuvre de façon trop libérale aux Seychelles. Les ONG promeuvent librement les droits humains, les et médias sociaux imprimés opèrent librement dans la mesure où même des "discours choquants ne sont 4 Le ministre a souligné que l'aide juridique est en restructuration afin de mieux servir ses fins. 16
pas censurés"5; il a soutenu que le fait que la liberté d'expression est une réalité permet à la fois à l'Etat et aux acteurs non gouvernementaux de se livrer à la promotion des droits de l’homme à grande échelle dans les Seychelles; En outre, il y’a un plan d'action des droits humains en cours de finalisation; viii. En ce qui concerne les Chagossiens, le ministre a déclaré que leur cas est résolu parce qu'ils ont tous été naturalisés et la question de leur association est ainsi abordée; ix. En ce qui concerne l'institution nationale des droits de l'homme, le ministre a informé la délégation qu'il y’a une action en cours avec le Commonwealth pour la mettre en conformité avec les Principes de Paris; x. Le ministre a également mentionné le seul cas contre les Seychelles que la Commission a traité à travers son mécanisme Communications, l'affaire Morin qui a échoué au stade de la recevabilité; xi. Quant à la recommandation de la Commission de publier le rapport de la mission de promotion de 2004, le ministre a déclaré que ce rapport est en ligne et cela montre que les Seychelles ont respecté la recommandation de la Commission. 27. Le ministre a souligné que, pour que certaines des réformes soient pleinement conformes aux recommandations de la Commission elles auront besoin de réforme constitutionnelle et le gouvernement travaille pour atteindre cet objectif. 28. Après ce bref compte rendu sur la situation générale des droits humains dans le pays à travers ses réponses aux questions soulevées par le Commissaire Yeung et aux recommandations formulées dans le rapport de la dernière mission de promotion de la Commission aux Seychelles, le ministre a souhaité une mission fructueuse à la délégation, tout en espérant de rencontrer cette dernière avant la conférence de presse 5 Le ministre a fait allusion à l'affaire d'un certain M. Bernard dont le cas est devant les tribunaux et qui a déclaré publiquement que le Président de la République doit être pendu, etc. 17
la fin de la mission. Il a également réitéré la disponibilité de son personnel et de ses structures pour appuyer tous les aspects de la mission à la demande de la délégation. 29. Le Commissaire Yeung a encore exprimé ses remerciements au ministre et aux participants pour cette séance de travail très productive qui ouvre la voie aux nombreuses autres réunions qui suivront. 2. Visite de courtoisie au Président de la République des Seychelles 30. Au cours de la mission, la délégation de la Commission a rendu une visite de courtoisie à Son Excellence M. James Alix Michel, Président de la République des Seychelles. Ont assisté à l’audience le ministre des Affaires étrangères et des Transports et le Conseiller diplomatique du Président, M. Callixte D'Offay. 31. Le Président a souhaité la bienvenue à la délégation de la Commission aux Seychelles et a indiqué que la délégation sera autorisée à accéder �� tous les lieux, institutions et personnes qu'il souhaite visiter ou rencontrer afin d'évaluer la situation des droits humains dans le pays comme indiqué dans les termes de référence de la mission. Il a indiqué que malgré les difficultés, le gouvernement et le peuple du pays cherchent à se conformer à leurs obligations internationales des droits humains. 32. Le ministre des Affaires étrangères a informé le président de la séance de travail qu'il a eu avec la délégation et a mis l’accent sur la façon dont il a présenté l’évolution positive des Seychelles en ce qui concerne toutes les recommandations de la Commission avec une attention particulière à celles figurant dans le rapport de la dernière mission de promotion de la Commission en 2004. Le ministre a également présenté l'ordre du jour de la délégation pour la mission. 33. Le Commissaire Yeung a remercié le Président et le peuple des Seychelles pour avoir accepté de recevoir la Commission pour une mission de promotion après celle de 18
2004. Il a apprécié les moyens mis en place par le gouvernement pour permettre le bon déroulement de la mission avec une référence spéciale au rôle du ministère des Affaires étrangères qui facilite les différentes réunions et visites de lieux de la délégation. 34. Le Commissaire Yeung a également félicité le pays pour ses réalisations dans le domaine des droits de l'homme, même s’il apparait des quelques échanges que la délégation a déjà eu, que certains défis doivent encore être totalement pris en compte. Il a de nouveau proposé que la République des Seychelles accueille une session de la Commission et en a rappelé les implications comme il l’a fait au cours de la séance de travail avec le ministre des Affaires étrangères. De même, d'autres questions soulevées avec le ministre des Affaires étrangères ont été mentionnées et le Président a indiqué l'esprit de collaboration dans lequel son gouvernement se trouve en ce qui concerne toutes les questions soulevées. Il a assuré la délégation que des mesures appropriées seront prises pour remédier à ces problèmes. 35. À la fin de la visite de courtoisie au Président, le commissaire Yeung a accordé une interview aux médias. 3. Visite de courtoisie au Vice-président de la République des Seychelles 36. La visite au vice-président a eu lieu juste après celle au président. Les participants à la réunion du côté du Cabinet du vice-président étaient Son Excellence Monsieur Danny Faure vice-président et son secrétaire principal, Mme Jeanne Siméon. 37. Au cours de leur échange, la délégation et le vice-président ont eu un aperçu de la situation générale des droits humains du pays et ont mis davantage l'accent sur la société civile (comme ce secteur de la société relève des compétences de la viceprésidence) et la question des peines obligatoire. 19
38. Le vice-président a indiqué que les questions de la société civile ont été récemment placées sous la responsabilité de la vice-présidence par le président pour indiquer la valeur important que le gouvernement donne à ce secteur. Ainsi, le vice-président se réunit régulièrement avec la société civile dans le cadre de ce qu'on appelle les Platesformes de dialogue citoyen des Seychelles (CEPS)6. Le but de ces réunions est d'impliquer la société civile dans le débat national. Par exemple, la société civile est à la tête d'un programme appelé «Programme des valeurs » par lequel une valeur nationale est célébrée chaque mois. De même, la société civile a été impliquée dans les discussions qui ont abouti à faire 29 Juin la fête nationale7. Pour conclure sur ce sujet de la société civile, le vice-président a exprimé son optimisme sur le dynamisme de la société civile aux Seychelles sous l'impulsion des CEPS et du fait de sa connaissance dudit secteur qui plus relève de son portefeuille. Il a informé la délégation que les CEPS sont composés de diverses ONG et organisations de la société civile, des associations, etc., qui doivent d'abord devenir des personnes morales en s’inscrivant sur le registre des associations, avant de demander à rejoindre les CEPS. 39. Quant à la question des peines obligatoires, il convient de rappeler que la question a été soulevée et débattue avec les divers intervenants et les fonctionnaires a rencontré et le Commissaire a clairement fait part, à chacune de ces occasions, de ses préoccupations au sujet de ces types de peines. Sur la question, le vice-président a précisé le contexte de l'adoption en 2012 d'un tel mouvement "réactif" par les autorités des Seychelles. Il a expliqué que, c’est dans un contexte d'une augmentation des attaques brutales contre les populations que ce mouvement est arrivé et il est temps, tant que cela relève de sa compétence, de revoir cette approche afin de cibler les vrais 6 ULONGS autrefois; voir plus loin dans la partie relative à la réunion avec la société civile 7 Jusqu'à 2014, la journée nationale a été célébrée le 18 Juin parce que cela était la date de l'adoption de la Constitution de la Troisième République des Seychelles. Cependant, pour plus d'unité dans le pays, il a été décidé de commencer à partir de 2014 à célébrer la Journée nationale le 29 Juin, car le 29 Juin 1976 les Seychelles sont devenues un Etat souverain 20
criminels. Il a promis de soulever la question avec les autorités judiciaires et les autorités compétentes dans le pays. 4. Réunion avec les membres de la Commission des médias des Seychelles 40. La délégation a rencontré des membres de la Commission des médias des Seychelles (CMS). La délégation de la CMS était conduite par M. Ibrahim Afif -Président Directeur Général (PDG), et était composé des 3 membres suivants: Dr Marie-Reine Hoareau (Secrétaire général de la Commission nationale pour l'UNESCO et conseiller technique sur les relations internationales au Ministère de l'éducation), M. JeanClaude Matombe (directeur des communications au Conseil national pour l'enfance), M. Rowny Vidot (Entrepreneur), et M. Larrey Chetty qui est le Secrétaire des médias au CMS. 41. Le président et Directeur Général de la CMS a présenté son institution établie par la Loi de 2010 sur la CMS, approuvée par l'Assemblée nationale (AN) le 21 Décembre 2011. Il a déclaré que la CMS est composée de 5 membres et le président qui agit aussi en tant que Directeur Général de l'institution. Il a indiqué que le mandat de l'institution est d'agir comme un organisme de surveillance des médias en vue de minimiser l'action en justice contre les médias. Ce faisant, la CMS reçoit les plaintes et tente de régler ces contentieux en dehors des tribunaux. Elle n'a pas de pouvoirs de sanction et fournit des conseils la plupart du temps, même si dans les cas graves, elle recommande que la question soit portée devant les tribunaux. 42. Le président de la CMS a déclaré qu’au cours de la première et de la deuxième année de la création de l'institution, cette dernière avait l’habitude de recevoir beaucoup de plaintes, mais cela a diminué les années suivantes. Spéculer sur les raisons de ce déclin, il a mentionné le manque de visibilité de l'institution en raison de l'attitude de 21
défi des professionnels des médias aux Seychelles envers la CMS, car ils refusent très souvent de se conformer à ses décisions. 43. D’autres activités de la CMS selon son président sont l'organisation de séminaires sur la couverture des audiences des tribunaux, par exemple; le travail de promotion en vue de l'adoption d'une loi sur la liberté d’Information8; la compilation de toute la législation relative aux médias aux Seychelles; la formulation de recommandations à l’endroit de la Seychelles Licensing Authority avant que cette dernière ne procède à l'approbation de licences; l'organisation de forums de rédaction tous les 3 mois. 44. Commentant la situation générale des médias dans le pays, le président de la CMS l’a jugé bonne en général car il y a le pluralisme et a noté qu'il n'y a pas un seul journaliste en prison au moment où il parle. Il a illustré la question du pluralisme en indiquant qu'il y’a 14 journaux dans la presse et une radio privée ; bien plus, 2 autorisations de télévision privée ont été approuvées mais celle-ci ne sont pas encore opérationnelles. 45. Le président de la CMS a reconnu cependant que il y’a toujours des dispositions dans les lois actuelles des Seychelles, telles que celles prévoyant la diffamation criminelle, qui devrait être retirée pour s'aligner sur les normes internationales de la liberté des médias. Il a fait des commentaires similaires concernant la Loi sur la CMS, qui a également besoin d’une révision pour les mêmes exigences de l'alignement sur les normes internationales. 46. Le Commissaire a remercié le président de la CMS et sa délégation pour ce partage d'information et fourni quelques conseils afin d'améliorer le travail de leur institution. 8 À ce sujet, le président a mentionné la visite de sensibilisation du Rapporteur spécial sur la liberté d'expression et l'accès à l'information en Afrique de la Commission (Commissaire Tlakula a) qui a eu lieu au début de 2015 et qui vise à préparer le projet de ladite Loi sur la liberté d’information pour les Seychelles. Une visite de suivi par le Rapporteur spécial a été prévue pour mai 2015 et au cours de cette visite, un colloque sera organisé dans la même optique de plaidoyer. 22
Il a recommandé par exemple qu'un formulaire de plainte soit élaboré par la CMS pour aider les plaignants à déposer leurs plaintes devant la CMS. 5. Rencontre avec le Responsable principal national pour l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime 47. Le 6 Avril 2015, le Commissaire Yeung et sa délégation ont rencontré M. Shanaka Jayasekera, chargé de programme de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), qui agit en tant que représentant pays de cette Organisation des Nations Unies (ONU) aux Seychelles. 48. Les discussions ont porté sur le travail de l'ONUDC aux Seychelles et M. Jayasekera mis l’accent sur deux questions principales; la piraterie et le trafic de drogue. Il a informé la délégation que l'ONUDC a travaillé avec les Seychelles pour lutter contre ces deux crimes, en coordination avec d'autres pays de la région. 49. Le représentant national de l'ONUDC a indiqué que son organisation a développé l'infrastructure des Seychelles, renforcé la capacité du personnel d'application de la loi a accordé un soutien matériel pour lutter contre la piraterie et le trafic de drogue dans le pays. En ce qui concerne la fourniture d'infrastructure, les bâtiments des tribunaux et une prison ont été construits. Pour le renforcement des capacités, la magistrature et d'autres parties prenantes concernées ont été formées sur divers sujets cruciaux relatifs à la lutte contre le trafic et la consommation des drogues ou de la toxicomanie et la piraterie. Ces sujets comprennent des lignes directrices sur la prononciation des peines9 et le droit de la mer. En ce qui concerne le soutien matériel, l'ONUDC a doté la police des Seychelles d’équipements de communication radio, de radar, d’équipement 9 Cette formation a été facilitée par le premier juge afro-américaine de la Cour suprême des États-Unis. 23
médico-légale et de matériel pour extraire des données de téléphones mobiles; aussi, le pouvoir judiciaire a été doté d’un système de gestion des dossiers et des interprètes sont mis à disposition dans les cas impliquant des pirates somaliens et des étrangers ayant besoin d’interprétation des procédures criminelles.. En plus de cela, l'ONUDC aux Seychelles facilite une synergie de l'action des pays et des parties prenantes dans la région de l'océan Indien pour lutter contre le nouveau phénomène croissant du trafic de drogue en haute mer en raison de la crise en Syrie qui a détourné les anciens itinéraires des trafiquants vers les Seychelles. Selon lui, l’étendue des océans de ce pays a fait de lui un point clé de transit de l'héroïne. 50. La délégation a été informée par le représentant national de l'ONUDC que les Seychelles, avec l'appui de divers partenaires, dont l'ONUDC, les États-Unis, l'UE et les trois autres pays de la région qui engagent des poursuites contre la piraterie (Tanzanie, Maurice et au Kenya), est en la bonne voie dans la lutte contre la piraterie. Par exemple, le phénomène a diminué en raison du solide mécanisme et des moyens utilisés pour traiter les cas de piraterie.10 51. Discutant plus amplement la réactivité des Seychelles en ce qui concerne le trafic de drogue et la dépendance qu'elle crée au sein de la population seychelloise, le représentant national de l'ONUDC a noté que la capacité des organismes d'application de la loi dans ce domaine est faible et doit être renforcée. En outre, il a jugé contreproductif le mécanisme de "peines obligatoires" que le gouvernement utilise dans des crimes liés à la drogue, car cela est opposé à la bonne pratique des options de réhabilitation. Toutefois, il a salué les initiatives du gouvernement telles que la fourniture gratuite de substances de substitution (méthadone) aux toxicomanes ainsi que l'adoption d'une loi sur la preuve qui a été utilisée à plusieurs reprises dans des 10 Selon les données fournies par l'ONUDC aux Seychelles, le pays a traité 142 cas de piraterie, certains pirates somaliens condamnés purgent également leur peine dans les prisons des Seychelles qui ont été mis à niveau. 24
cas, y compris dans ceux soi-disant "high profiles", sans susciter de plaintes des parties accusées. 52. Il a informé la délégation de la Commission que l'ONUDC travaille avec les parties prenantes concernées aux Seychelles pour avoir une stratégie sur la prévention de la consommation et du trafic de drogue dans les écoles et chez les jeunes. 53. Le commissaire et le représentant national de l'ONUDC ont également discuté des conditions de vie dans les prisons aux Seychelles qui sont acceptables selon ce dernier. 6. Rencontre avec le ministre des Affaires sociales, du développement communautaire et des sports 54. Le Commissaire Yeung et sa délégation ont tenu une réunion avec le ministre des Affaires sociales, du développement communautaire et des sports. Le ministre M. Vincent Meriton a été assisté au cours de cette réunion par Mme Linda WilliamMélanie, Secrétaire principal du ministère des Affaires sociales. 55. Le ministre a fait une présentation de son ministère à la délégation de la Commission et a indiqué qu'il est un ministère difficile qui vise à permettre aux populations de vivre heureuses et en bonne santé. Le ministère a des bureaux dans au moins 25 districts du pays. 56. Le ministre et la délégation de la Commission ont examiné certains aspects majeurs de l'action du ministère, qui fonde ses services aux populations sur l’idée selon laquelle la famille est l'élément central de la société. Le ministère gère également des programmes dont le plus important est le Programme national de la Renaissance sociale. 25
57. Le ministre a informé la délégation de la Commission que les Seychelles dispose de deux types de avantages prévus dans son régime de protection sociale; à savoir des avantages qui sont obligatoires et d'autres qui sont discrétionnaires. 58. La situation des personnes âgées et des personnes handicapées a également été discutée et la délégation de la Commission a été informée que pour les personnes âgées, une pension mensuelle de 3350 Roupies des Seychelles est accordée à chaque personne âgée à partir de 63 ans. Elles ont accès à des services de santé gratuits et au transport gratuit. 59. En ce qui concerne les personnes handicapées, le ministre a expliqué les mesures prises par les Seychelles pour répondre aux besoins spécifiques de ce groupe vulnérable. Il a indiqué que, parmi d'autres mesures, les Seychelles ont traduit la Convention des Nations Unies sur les personnes handicapées en créole, des bâtiments publics accueillent les personnes handicapées, ces dernières ont accès à l'éducation, les Seychelles ont créé par une loi le Conseil national pour des handicapés et ont été le premier pays à lancer une organisation nationale paralympique. 60. Après le compte rendu du ministre sur toutes ces initiatives positives envers les personnes handicapées, le commissaire Yeung a parlé du projet de protocole sur les droits des personnes handicapées en Afrique, que la Commission est en train d’élaborer, et a plaidé que les Seychelles à travers son Ministère des Affaires sociales, soient un des initiateurs dudit protocole afin de pousser à son adoption par l'Union africaine en temps opportun. Selon le commissaire Yeung, ce serait une position légitime pour les Seychelles parce qu’il ressort de ses réalisations concernant les personnes handicapées qu'il est un pays leader en Afrique sur l'intégration des droits des personnes handicapées. 61. Le ministre a cherché à savoir comment la Commission pourrait aider les ONG aux Seychelles elle juge la capacité faible et le commissaire Yeung a expliqué les canaux 26
par lesquels la Commission interagit avec les ONG ainsi que le Forum des ONG précédant chacune des sessions ordinaires de la Commission. Il a invité les Seychelles de participer aux sessions de la Commission » et aux grands rassemblements publics qui y sont associés. 62. Les deux parties ont abordé d'autres questions telles que les conditions de travail dans les Seychelles, les demandeurs d'asile que le pays n'a d’ailleurs pas, la participation des femmes dans la prise de décisions, l'avortement, la protection des enfants, la peine alternative pour les délits mineurs. 63. En ce qui concerne les conditions de travail, la délégation de la Commission a été informée que les heures de travail légal des Seychelles est un maximum de 60 heures par semaine et qu'il est nécessaire d'améliorer la relation entre le gouvernement, les travailleurs et les employeurs afin de permettre de meilleures conditions de travail dans le pays. 64. Pour la participation des femmes dans la prise de décisions, la délégation de la Commission a été informée que le parlement a 45% de représentation des femmes et 3 sur 11 ministres sont des femmes. 65. En ce qui concerne l'avortement, le ministre a déclaré qu'il est légal aux Seychelles sous certaines conditions qui sont prévues par la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. 66. En ce qui concerne la protection des enfants aux Seychelles, le ministre a indiqué que le Président de la République a annoncé récemment la création d'une unité de protection de l'enfance au sein de la police. 27
67. Enfin, la délégation de la Commission a été informée que la Loi sur les délinquants a été modifiée afin de prévoir le service communautaire au lieu de servir un terme en prison pour les délits mineurs. 7. Réunion avec l'Agent de liaison de l'Organisation mondiale de la Santé 68. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec l'Agent de liaison de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Mme Cornelia Afi Atsyor. 69. Elle a informé la délégation de la Commission que le bureau de l'OMS aux Seychelles a été créé depuis les années 70 à la signature de l'accord de siège. 70. Les discussions entre la délégation de la Commission et l'Agent de liaison de l'OMS ont été axées sur la gestion du VIH / SIDA par les Seychelles, avec le soutien de l'OMS. 71. L'agent de liaison de l'OMS a indiqué que l'intervention de son organisation dans le pays consiste à prévenir et combattre le VIH / SIDA et cela se fait en soutenant les initiatives du gouvernement comme l'OMS ne met pas directement en œuvre aucun programme ou projet dans le pays. Elle a souligné l'exemple de son bureau qui aide à la conception de l'environnement juridique de la lutte contre cette maladie. 72. Parlant de quelques réalisations de l'intervention de son bureau aux Seychelles, elle a mentionné l'ancien cadre juridique concernant l'emploi des non-citoyens trouvés séropositifs pour le VIH suite à l'examen médical confidentiel demandé avant le recrutement. En fait, il y avait un cas de non-citoyen qui a été renvoyé à son pays après avoir été trouvé séropositif, ce qui a incité un changement dans la loi habilitant les employeurs à garder le travailleur potentiel à condition que l'employeur soit disposé à lui donner un traitement. 28
73. Commentant les performances des Seychelles dans la lutte contre le VIH et dans le secteur de la santé en général, l'Agent de liaison mentionné la prévalence de cette maladie qui est à moins de 1% dans la population générale, la disponibilité des traitements antirétroviraux (ARV) gratuits, la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en ce qui concerne la mortalité infantile, la politique de santé gratuite pour les citoyens et l'existence de 17 centres de santé, etc. Elle a déclaré que les indicateurs de santé dans le pays sont bons si l'on considère ces éléments. 74. Néanmoins, elle a noté certains problèmes qui devraient être abordés. D'abord, elle a souligné l'incohérence entre l'âge de l'accès aux services de santé reproductive, qui est de 18 ans, et l'âge du consentement, qui est de 15 et soumis à l'autorisation parentale pour l'accès aux services de santé reproduction, y compris les services de contraception. 75. Elle a ensuite commenté l'impact négatif de la stigmatisation dans la société seychelloise entravant la lutte contre le VIH. En fait, en raison des liens de proximité au sein de la société, une seule personne a jusqu'ici publiquement déclaré être séropositif et que le traitement du VIH est centralisée, l'accès aux ARV est difficile même si cela est gratuit. 76. Elle a également soulevé les difficultés dans la lutte contre le VIH chez les toxicomanes chez qui la prévalence est de plus de 5% en raison de l'échange d'aiguilles et le secret entourant l'utilisation de la drogue, une infraction aux lois des Seychelles. 8. Rencontre avec le Ministre des finances, du commerce et de l'économie bleue 29
77. Au cours de la mission, la délégation de la Commission a tenu une réunion avec M. Jean-Paul Adam, ministre des finances, du commerce et de l'économie bleue. Les discussions ont porté sur la coopération des Seychelles avec la Commission, le suivi des engagements pris par les Seychelles en ce qui concerne ses obligations internationales et les défis rencontrés dans la mise en œuvre desdits engagements. 78. Le ministre des Finances a indiqué qu'il a initié le travail avec la Commission quand il était ministre des affaires étrangères et à ce propos, le commissaire Yeung a exprimé ses remerciements personnels pour le rôle crucial du ministre dans l'acceptation des Seychelles d'accueillir cette mission de promotion de la Commission. 79. Le ministre a informé la délégation de la Commission que, conformément aux engagements pris par les Seychelles suivant la recommandation de la Commission et la Revue périodique universelle, le budget de la Commission nationale des droits de l’homme sera augmenté et elle sera dotée du personnel nécessaire. Il a mentionné le travail accompli avec le Commonwealth pour restructurer l'institution qui vise à se conformer aux Principes de Paris. Dans la même veine, la ratification du Protocole de la Cour sera effective, les lois sur la diffamation (pénale) seront abrogées, la loi criminalisant l'homosexualité sera modifiée, mais le mariage homosexuel ne sera pas légalisé parce que la République des Seychelles est un pays catholique, le droit de réunion et de grève est maintenant sous le régime déclaratif contrairement à la situation passée où il y avait le système d'autorisation. 80. Toutefois, comme une principale difficulté à prendre des mesures pour se conformer aux recommandations de la Commission et d'autres instances internationales, le ministre a cité le retard des lois dans les couloirs du processus législatif qui retarde l'adoption de la majorité des réformes juridiques recommandées par les entités internationales des droits de l'homme. 30
81. Dans ses observations finales sur les questions examinées, le ministre a indiqué que les Seychelles mettent les populations au centre de toutes ses actions, comme indiqué par son allocation budgétaire pour les secteurs de santé et d'éducation qui prennent 50% du budget national. Il a ajouté que le pays a réalisé beaucoup de choses en dépit de ressources limitées et d'autres défis comme la consommation de drogue en Seychelles et la question de l'inadéquation de la formation avec le marché de l'emploi actuellement disponibles dans le pays. 9. Rencontre avec le ministre du travail et du Développement des ressources humaines La délégation de la Commission a rencontré Madame Idith Alexander, ministre du Travail et du Développement des ressources humaines. Des hauts fonctionnaires de son ministère étaient présents à la réunion, il s’agit de: Mme Véronique Bresson (secrétaire principal), Mme Susan Morel (Directeur de la planification et de la recherche sur les politiques) et M. Jimmy Finesse (Directeur général des Relations du travail). Les discussions à cette réunion étaient au sujet de l'accès à l’emploi et des conditions de travail aux Seychelles. 82. La délégation de la Commission a été informée que la Loi sur l'emploi interdit aux employeurs d'engager des travailleurs qui sont en dessous de l’âge de 15 ans conformément à la Convention de l'OIT et que le taux de chômage officiel au 4 ème trimestre 2014 est de 3,6%. 83. De même, la délégation de la Commission a été informée que le salaire minimum pour tous les travailleurs des Seychelles est 26.70 Roupies Seychelloises (SCR) par heure pour les employés à temps plein et 30,76 de Roupies Seychelloises par heure pour les travailleurs à temps partiels. En outre, il ne devrait pas y avoir de travailleurs 31
aux Seychelles travaillant plus de 60 heures11 par semaine, les heures supplémentaires autorisées sont jusqu'à 15 heures seulement par semaine, et des dispositions sont prises pour au moins 25 heures de travail par semaine. 84. La délégation de la Commission a appris que les supermarchés sont ouverts de 9h0017h00 et les enfants des propriétaires ne sont pas autorisés à vendre dans ces boutiques. 85. En ce qui concerne les travailleurs étrangers, qui sont autour de 14000 à 15000 personnes, bien qu’ils aient les mêmes conditions de travail avec les nationaux, leur recrutement est soumis à l'examen du ministère du Travail. 86. Le ministre du Travail a mentionné d'autres avantages et mesures prises par les Seychelles pour veiller à ce que les droits des travailleurs soient respectés et que les demandeurs d'emploi soient pris en charge. Pour les travailleurs, il y a parmi d’autres mesures que le salaire est accompagné par d'autres primes de motivations, les travailleurs ont accès à un renforcement des capacités professionnelles, 12 les travailleurs exercent leur droit d’être syndiqués par le biais d’au moins un syndicat actif appelé Fédération des Syndicats de travailleurs des Seychelles, l'âge de la retraite est de 63 et une prorogation est soumise à l'autorisation du ministère du Travail, et il y a un système de flexibilité de l'emploi, etc. Pour les demandeurs d'emploi, 13 un programme de formation d'un an existe et est appliqué pour les demandeurs d'emploi âgés de 15 à 17 ou de 18 à 25 ans. En outre, il y’a un service au sein du Ministère du travail qui aident les demandeurs d'emploi dans leur recherche d'emploi en plus d'autres organismes privés faisant la même chose. En outre, les demandeurs 11 Le ministre a informé que dans la pratique 54 heures est le temps maximum de travail par semaine Seychelles. Pour le secteur public, le renforcement des capacités disponible au sein de la structure employeuse est pris en charge totalement par le gouvernement alors que pour le secteur privé, le gouvernement fournit 50% de sponsoring 13 Le ministère indique que ses chiffres pour 2014 donnent 236 personnes sans emploi pour une durée moyenne de 4 mois et que pendant ce temps, 53 d'entre eux ont été recrutés dans un emploi. 12 32
d'emploi sont pris en charge pendant une période de trois mois quand ils sont sans emploi. 87. Le ministre a partagé avec la délégation de la Commission un document lancé en 2014 qui contient la Politique nationale de l'emploi du pays. Cette politique prend en compte les droits du travail de toutes les catégories de personnes, y compris les plus vulnérables, comme les personnes handicapées, les personnes touchées par le VIH, etc. La politique a fixé les secteurs prioritaires pour les Seychelles en termes d'emploi; ce sont l'éducation, la médecine, le tourisme, l'économie bleue, etc. 88. Le ministre a également parlé de l'Agence pour le développement national des ressources humaines qui est un aspect important des politiques de l'emploi des Seychelles comme elle est en charge de la formation initiale et de la formation continue. Elle a aussi informé la délégation de la Commission que, pour 2015, le gouvernement a pris l'engagement de faciliter la spécialisation de 20 médecins en vue d'atténuer la pénurie de professionnels dans le secteur de la santé. 89. Le ministre a indiqué qu'un mécanisme d'inspection des lieux de travail existe au sein du ministère et des mesures appropriées sont proposées pour ajuster si nécessaire. Lesdites mesures sont également suivies pour en assurer la bonne exécution. 90. La délégation de la Commission a soulevé l'inquiétude sur la possibilité de concilier l'obligation de 10 ans de scolarité et l'âge minimum du début de l'emploi de l'OIT qui est de 15 ans. Le ministre a répondu que dans tous les cas, l'emploi n’est pas autorisé pour les personnes de moins de 15 ans comme prévu dans la loi sur l'emploi en vigueur aux Seychelles mentionné précédemment. 10. Rencontre avec le Ministre de la Justice 33
91. La délégation a eu une réunion avec M. Ronny Govinden, le Procureur général de la République des Seychelles. 92. Cette réunion a été l'occasion pour le commissaire Yeung de présenter le rôle de la Commission avec un accent particulier sur la procédure des plaintes dite de la procédure des communications. Il a également soulevé plusieurs questions en suspens, à savoir la ratification de traités internationaux, y compris le Protocole de la Cour; la question de la peine obligatoire avec une référence spécifique à l'imposition de peines extrêmement lourdes que cela pourrait créer. 93. Le Procureur général avant d'aborder les questions mentionnées par le commissaire Yeung a indiqué que la fonction du Procureur général de la République des Seychelles est parmi celles qui sont appelées "postes constitutionnels" et est caractérisée par la sécurité du mandat qui dure 6 ans. Il a ajouté que le Procureur général n’est pas un membre élu du Parlement ni un membre du gouvernement et ne participe pas aux réunions de ce dernier. Il a en outre informé la délégation de la Commission que le Procureur général est aussi le directeur des poursuites publiques. 94. Répondant aux questions soulevées plus tôt par le commissaire Yeung, le Procureur général a déclaré que les Seychelles travaillent à ratifier les traités pertinents, y compris le Protocole de la Cour. En ce qui concerne la question des peines obligatoires, le Procureur général a indiqué que la loi qui les instaure est une réponse à un besoin social par rapport à la recrudescence des crimes liés à la drogue. Il a toutefois noté que les risques que celle-ci conduit à l'imposition de peines extrêmement lourdes sont atténués par la Cour d'appel par l'application de circonstances particulières et que la jurisprudence sur la question est suivie par tous les tribunaux aux Seychelles. 95. Le Procureur général a expliqué à la délégation de la Commission que, dans l'architecture judiciaire des Seychelles, les appels à la Cour suprême contre les 34
décisions des tribunaux de première instance sont à la fois en droit et dans les faits alors qu'un appel à la Cour d'appel n’est que de droit. Il a déclaré que les juges aux Seychelles sont nommés pour servir jusqu'à 70 ans et qu'à l'heure actuelle, la Cour suprême des Seychelles a quatre juges de nationalités étrangères. 96. Les discussions entre la délégation de la Commission et le Procureur général ont également porté sur le mandat du Médiateur / CDH pour surveiller les prisons; l'interdiction absolue de la torture dans la Constitution des Seychelles qui a conduit à l'abrogation de toutes les dispositions de lois qui ont un aspect de traitement dégradant; l'absence de disposition spécifique criminalisant la torture dans la législation des Seychelles bien que la criminalisation de la torture pourrait être déduite de certaines dispositions du code pénal (en tout cas, il ya un processus en cours de révision du code pénal et la disposition criminalisant expressément la torture sera insérée ); la relation / hiérarchie entre la Constitution et le droit international, qui fonctionnent en parallèle comme l’a indiqué le Procureur général qui fait référence à l'interprétation combinée des articles 514 et 4815 de ladite Constitution. 97. Le Procureur général a fait état des efforts supplémentaires des Seychelles en ce qui concerne la création d'un meilleur environnement pour les droits de l'homme. Il a cité l'existence de la Loi sur l’éthique publique en vertu de laquelle tous les hauts fonctionnaires doivent déclarer leurs biens auprès de la Commission de l'éthique publique; la loi sur les enfants prévoyant un tribunal juvénile qui a une procédure 14 Article 5 de la Constitution des Seychelles stipule : Cette Constitution est la loi suprême des Seychelles et de toute autre loi jugée incompatible avec la présente Constitution est, dans la mesure de l'incompatibilité, nulle 15 L'article 48 de la Constitution des Seychelles stipule ce qui suit: 48. En cohérence avec les obligations internationales des Seychelles Le présent chapitre ne doit être interprétée de telle manière à ne pas être incompatibles avec les obligations internationales des Seychelles relatives aux droits de l'homme et des libertés et le tribunal doit, lors de l'interprétation des dispositions du présent chapitre, prendre note judicieuse de ce qui suit: (a) les instruments internationaux contenant ces obligations; (b) les rapports et l'expression de points de vue des organismes de gestion ou d'application de ces instruments; (c) les rapports, décisions ou avis des institutions internationales et régionales de gestion ou d'application des conventions sur les droits de l'homme et des libertés; (d) les Constitutions des autres Etats ou des nations démocratiques et les décisions des tribunaux des Etats ou des nations à l'égard de leurs Constitutions 35
spéciale et qui condamne à la prison seulement en dernier recours; la préparation d'un projet de loi qui fera du châtiment corporel une infraction; et que la durée légale maximale de la détention provisoire est de 30 jours. 98. Le Procureur général a mentionné que la Faculté de droit de l'Université des Seychelles est en train de former de jeunes avocats sur une base annuelle, ce qui aidera à remédier à l'absence d'un nombre suffisant de professionnels dans le système judiciaire. 11. Rencontre avec le Premier juge par intérim de la Cour suprême 99. La rencontre avec M. Durai Karunakaran, Premier juge par intérim de la Cour suprême a eu lieu en présence de l'adjoint exécutif, Mme Joelle Barnes. Le Premier juge par intérim a indiqué que la Cour suprême est composée de 9 100. juges, a parlé de l’amélioration de la situation des droits de l'homme aux Seychelles et souligné certains des aspects positifs tels que: i. Le Règlement d'habeas corpus a été récemment proclamé; ii. La dépénalisation de la diffamation; iii. Les travaux en cours pour l'adoption d'une Loi sur la liberté de l'information; iv. Les dossiers en instance réduits jusqu'à 50% (5000 cas réduits à 2000 actuellement) dont les plus anciens datent de 2010; v. Le processus en cours pour recruter davantage de magistrats. vi. L'existence de médias très actifs qui ont reçu des formations dispensées par la magistrature sur les rapportages juridiques et autres thématiques. 101. Discutant de la question de la peine obligatoire, le Premier juge par intérim a expliqué qu'en raison de la jurisprudence de la Cour d'appel, elle n’est plus appliquée, même si elle existe encore dans la législation. 36
12. Rencontre avec le Ministre de l'environnement, du changement climatique et de l'énergie 102. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec le Ministre de l'environnement, du changement climatique et de l'énergie, M. Didier Dogley. Les discussions lors de cette réunion ont abordé les réalisations et les difficultés des Seychelles en ce qui concerne les questions et les droits environnementaux. 103. Le ministre a informé la délégation de la Commission que les cadres juridiques concernant l'exploration pour les industries extractives et la distribution de l'électricité produite par des panneaux solaires par des prestataires privés. 104. La délégation de la Commission a également appris que les Seychelles ont adhéré à l'Initiative de Transparence des Industries Extractives (ITIE) en Août 2014, en préparation à une éventuelle exploitation des ressources pétrolières, gazières et minières aux Seychelles dont la prospection est en cours. 105. Le ministre a expliqué à la délégation de la Commission le travail effectué avec le Commonwealth concernant le partage des meilleures pratiques contre la pollution liée aux industries extractives. Il a déclaré que cela est fait dans le but de veiller à ce que des cadres juridiques adéquats soient en place lorsque l'exploitation des ressources pétrolières, gazières et minières aux Seychelles commence. 106. La délégation de la Commission et le ministre ont discuté des moyens par lesquels la République des Seychelles, avec ses ressources naturelles limitées, à savoir la rareté des terres, gère la protection de son environnement. Le ministre a déclaré que les Seychelles ont mis en place des systèmes pour faire face aux déchets industriels et d'autres types de déchets; il a indiqué par exemple que, depuis 2007, une politique a été introduite pour interdire les sacs de plastique fragile et un prélèvement d’une 37
Roupie (SR1) par sac en plastique a été mis en place pour être payé par les clients. En outre, il a mentionné la façon dont les ressources maritimes sont protégées contre la surexploitation.16 13. Rencontre avec le Ministre de l'Education 107. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec la Ministre de l'éducation, madame Macsuzy Mondon qui a été assistée par les Hauts Fonctionnaires de son ministère dont les noms suivent: Madame Merida Delcy-Secrétaire principal, madame Linda Barallon- secrétaire principal, M. Selby Dora et Madame Marie Reine Hoareau. 108. Le ministre a présenté la situation générale de l'éducation dans le pays qu’elle juge positive, même si certains défis doivent être relevés. 109. Parlant des réalisations, elle a cité entre autres, le taux d'alphabétisation très élevé qui est de 93%, l'introduction de droits de l'homme dans les programmes scolaires des écoles primaires et secondaires depuis 2007; l'existence d'écoles sur les trois principales îles de l'archipel du pays et que les parents qui travaillent sur des îles qui ne possèdent pas des écoles ne sont pas autorisés à prendre avec eux leurs enfants pour vivre sur ces îles; l'existence de deux écoles inclusives et exceptionnelles pour les étudiants exceptionnels ainsi que des centres d'apprentissage pour l'alphabétisation des adultes; l'exigence pour les nouvelles écoles d’être convivial pour les personnes handicapées; etc. 110. Elle a souligné autres points positifs qui sont la scolarisation obligatoire constitutionnel de 10 ans et l'impossibilité pour un enfant de 15 ans d’être autorisé à travailler si ces années de la scolarité obligatoire ne sont pas terminées, l'existence 16 Le ministre a indiqué que les licences de pêche sont accordées sur une base très prudente et seule la France et l'Espagne ont reçu des licences pour pêcher du thon dans la zone maritime des Seychelles 38
d'officiers de présence en charge du suivi de l’assiduité des élèves et de les faire revenir à l'école quand ils ne viennent plus assister aux cours; et la politique en place pour permettre aux adolescents en état de grossesse de continuer l'école après l'accouchement. 111. Le ministre a également parlé de l'interdiction des châtiments corporels à l'école et la signature de la Convention relative aux droits de l'enfant par les Seychelles comme des mesures positives concernant les droits des enfants dans le pays. 112. Sur la question de la transition entre l'école et la vie professionnelle, le ministre a déclaré que 8 centres professionnels qui offrent une formation de 1 à 3 ans existent aux Seychelles en plus d’un programme d'apprentissage. Elle a ajouté que des cours sont développés dans les centres professionnels en collaboration avec les employeurs pour veiller à ce que la formation corresponde aux besoins du marché du travail. 113. Réagissant à la présentation de la ministre, le Commissaire Yeung a souligné les réalisations et a soulevé la question de l'enseignement obligatoire de 10 années de scolarité en s’interrogeant sur la possibilité de concilier cette politique avec l'approbation par les Seychelles de l’âge minimum de 15 ans de l'OIT pour l'accès à l'emploi. Il a également soulevé la question de savoir comment préserver le droit à l'éducation en ce qui concerne l'âge du mariage pour les filles, qui est de 16 ans. Il a enfin demandé l'avis du ministre sur la question du passage automatique en classe supérieure pratiquée par les écoles des Seychelles. 114. Le ministre a répondu que, dans la pratique, il n'y a pas d’enfant de 15 ans qui travaille aux Seychelles et a renvoyé la commissaire à son point initial expliquant que l'enfant ne serait pas autorisé à travailler si les 10 ans la scolarité obligatoire n'ont pas été achevés. Elle a également évoqué la politique de grossesse chez les adolescentes, mentionnée plus tôt en réponse à la préservation du droit à l'éducation pour les filles, peu importe les autres facteurs, y compris la grossesse ou l'âge du mariage aux 39
Seychelles. En ce qui concerne la question du passage automatique en classe supérieure, le ministre a expliqué que cette politique est pratiquée sur une base générale, mais le redoublement est appliqué dans des cas exceptionnels si nécessaire et cela est une alternative à la préoccupation soulevée par le commissaire en ce qui concerne l'impact possible du passage automatique en classe supérieure sur l'efficacité du droit à l'éducation. 14. Rencontre avec le Programme des Nations Unies pour le développement 115. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec le personnel du Bureau national du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). La réunion a été suivie par le Directeur du Programme M. Roland Alcindor et la responsable du programme Mme Preethi Nair. 116. Le Directeur de programme a présenté le travail du PNUD aux Seychelles à la délégation de la Commission. Il a noté que ce travail est basé sur le document du programme national, qui a trois composantes (secteurs), à savoir, l'environnement, la gouvernance et la réduction de la pauvreté. 117. En ce qui concerne la composante de l'environnement, des sous-secteurs sont identifiés et ceux-ci sont la biodiversité, la biosécurité et l'énergie. Le travail du PNUD en ce qui concerne ces sous-secteurs consiste principalement à aider le pays à mettre en place des lois qui protègent l'environnement. Cela se fait pratiquement en aidant la République des Seychelles dans la création d'un cadre juridique local pour mettre en œuvre des traités de l'environnement qu'elle ratifie. Le Directeur du programme a mentionné à ce sujet que les Seychelles fait face à de nombreux défis environnementaux, y compris les sécheresses, les pénuries d'eau, la rareté des pluies (ces dernières années, en particulier), etc. 40
118. Quant à la composante gouvernance, le travail du PNUD est soutenu financièrement par un fonds de l'Union européenne visant d’une part, à collaborer avec le Bureau du Procureur général afin d’élaborer des lois pour donner effet aux traités internationaux ratifiés par les Seychelles; de l'autre côté, l’action du PNUD consiste à aider à l'élaboration du Plan d'action nationale Seychelloise sur les droits de l'homme. 119. Sur la dernière composante qui est la réduction de la pauvreté, le PNUD aidera le Gouvernement à réduire la pauvreté dans les Seychelles qui, selon l'évaluation du PNUD basée sur la consommation est de 17%. Le Directeur du programme a noté les maisons surpeuplées comme l'un des indicateurs du niveau de la pauvreté. Il a en outre mentionné les efforts du gouvernement pour remédier à cette situation, y compris la construction et l'attribution de logements sociaux, mais il a indiqué que le point de vue du PNUD et de la population est que l'attribution de ces logements sociaux est politisée et non transparent. 15. Rencontre avec la Présidente de la Commission nationale des droits de l'homme / Ombudsman (Médiateur) 120. Au cours de cette rencontre, la délégation de la Commission a été reçue par Mme Dora Zatte17 assistée par sa secrétaire Mme Wendy Michel. Les deux parties ont discuté du travail de ces deux institutions et ont abordé la situation générale des droits humains du pays. 121. La délégation de la Commission a été informée que la fonction de Médiateur (Ombudsman)18 a été créée par les articles 143 et 144 de la Constitution de 1993 et est en charge de traiter les cas de mauvaise administration. L'ombudsman est également l'institution qui a travaillé pour la création de la Commission nationale des droits de 17 Mme Dora Zatte est Président de la Commission nationale des droits de l'homme et doublée d'ombudsman 18 Le mandat du Médiateur est d’une durée de 7 ans renouvelable. 41
l’homme (CNDH). Pour la CNDH, elle a été créée par une loi de 2009 et est composée de 3 commissaires, en plus de son Président. 122. La délégation de la Commission a été éclairée sur les raisons pour lesquelles la même personne sert à la fois de président de la CNDH et d'Ombudsman. Ceci est par la loi comme la Loi sur la protection des droits de l’homme stipule que l'ombudsman doit présider la CNDH. 123. La présidente de la CNDH / Médiatrice a expliqué que malgré peu de soutien du gouvernement, le travail accompli jusqu'à présent par la CNDH consiste principalement à visiter des prisons, statuer sur des dossiers (plaintes). Elle a souligné les difficultés liées à l'absence de soutien du gouvernement qui n'a pas encore fourni à l'institution les moyens opérationnels adéquats, y compris un budget suffisant, 19 la dotation en personnel et la faible rémunération des commissaires qui gagnent environ $ 400 par mois, etc. Cela a obligé la CNDH de fonctionner sur le budget et les moyens de l'Ombudsman. Aussi, pour résoudre ces problèmes techniques, il y’a des suggestions que les deux institutions soient fusionnées pour une meilleure efficacité et pour éviter les déficits comme retard dans l'obligation de rendre compte 20 à la fin de chaque année. 124. Commentant la situation générale des droits humains du pays, la Présidente a indiqué qu'il y’a un problème avec le professionnalisme de la police étant donné que la plupart des plaintes traitées par la CNDH sont dirigées contre la police pour attitude non professionnelle envers les individus. Elle a insist�� sur la nécessité de dresser les profils appropriés des candidats à la police et à l'armée et de ne pas laisser l'entrée uniquement à ceux qui n'ont pas été en mesure de se faire embaucher ailleurs. 19 Le président de la CNDH a indiqué que son institution a le plus petit budget des institutions étatiques dans le pays 20 Le président de la CNDH a informé que son institution n'a pas respecté l'obligation de rapport annuel depuis maintenant deux ans. 42
125. La présidente de la CNDH a souligné d'autres défis de son institution comme la nécessité de travailler davantage en collaboration avec les ONG et d'autres intervenants pour accroître sa visibilité et son impact, même si généralement le niveau de respect de ses décisions est acceptable. 126. La question de la fusion des deux institutions a été longuement discutée et la problématique était savoir si cet état de fait serait en conformité avec les normes internationales relatives à ce type d'institutions, à savoir les Principes de Paris pour les institutions nationales des droits humains. La position du commissaire Yeung était que ce sera très difficile pour la CNDH de se conformer aux Principes de Paris si elle fusionnée avec le mandat de l'Ombudsman. 16. Rencontre avec les forces de police des Seychelles 127. Ont participé à la rencontre avec les Forces de police des Seychelles le Commissaire de police M. Ernest Quatre et MM. Reginald Elizabeth et Godfra Hermitte, tous deux commissaires adjoints. 128. Au cours de cette réunion, le commissaire Yeung a présenté aux participants la Commission et son travail ainsi que les objectifs de la visite dans le pays et précisément le but des discussions avec la police. 129. Le commissaire de police a présenté son institution qui est composée de plus de 700 agents, dont 60 Gurkhas népalais, chargé de la police générale dans le pays. Il a indiqué que les Seychelles utilisent les Gurkhas népalais21 afin de répondre à la demande du pays face au manque de seychellois volontaires pour travailler comme policiers. 21 Le commissaire de police a informé la délégation de la Commission que le contrat de ces népalais est de deux ans renouvelable et que le pays a utilisé dans le passé les sortants de l'armée britannique pour compléter ses besoins de main-d'œuvre dans la police. 43
130. Discutant de l'intégration des droits de l'homme dans la police et se référant aux points de vue selon lesquels la police est non professionnelle, le commissaire de police a déclaré que les droits humains sont inclus et enseignés dans les programmes de l'académie de police qui forme des officiers de police. Il a en outre indiqué qu'il n'y a pas de cas signalés de torture et que, jusqu'ici, il n'y a qu'un seul cas de mort en détention,22 qui est actuellement l’objet d’une enquête. 131. La délégation et la police ont discuté de la durée légale de la garde à vue ainsi que des règles régissant la liberté de réunion et de grève. Sur le premier point, le commissaire de police a indiqué que 24 heures est la durée légale de la garde à vue (la prolongation éventuelle de cette durée maximale est de 14 jours et doit intervenir sur ordre d’une cour) et que ses services essaient autant que possible de s’y conformer ou libérer les suspects. En ce qui concerne le deuxième point, il a expliqué que les Seychelles appliquent désormais le système de notification qui exige que la police soit informée 7 jours avant la date à laquelle la grève ou la réunion est prévue. Dans le cas où la police ne répond pas avant la fin des 7 jours de notification, le tribunal doit se prononcer sur le sort de la réunion ou de la grève. 17. Rencontre avec l'Autorité des nominations constitutionnelles (CAA) 132. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec l'autorité des nominations constitutionnelles (CAA). Cet organisme est une institution indépendante en charge, selon les dispositions de la Constitution des Seychelles23, de faire des propositions pour les "nominations constitutionnelles"24. 22 C’était un cas d'un suspect qui s’est pendu avec sa ceinture en garde à vue de la police. Voir les articles 139 à 141 de la Constitution des Seychelles. 24 La Constitution des Seychelles prévoit des postes qui doivent être pourvus par le biais d'un mécanisme spécial de nomination impliquant la CAA. 23 44
133. La réunion a vu la participation de Mme Marie-Ange Hoareau (présidente), Mme Jane Carpin et Mme Marlene Lionnet (membres)25 de la CAA qui ont expliqué les mécanismes qu'elles ont utilisés pour accomplir leur mandat. Elles ont déclaré que les postes sont d'abord annoncés et une présélection est faite, après quoi les curricula vitae de ceux qui sont choisis pour un poste spécifique sont envoyés au Président de la République. Des notes expliquant les raisons des choix proposés accompagnent chaque fois les curricula vitae. 134. Le CAA a indiqué que chaque fois que le Président de la République n’est pas du même avis que la CAA sur les propositions de nomination, il écrit en retour à la CAA pour indiquer son désaccord et la CAA recommence à rechercher d'autres propositions de candidats à la nomination. 135. Répondant aux questions du commissaire Yeung sur les difficultés, ils ont déclaré que, ils ne sont pas confrontés à aucun blocage sérieux dans leur travail si ce n’est pas le fait qu'ils peinent souvent à obtenir des nationaux pour pourvoir des postes estimés sensibles tels que la position du juge. 18. Réunion avec l'Association des professionnels des médias des Seychelles 136. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec l'Association des professionnels des médias des Seychelles (APMS). La réunion a été suivie par cinq membres26 de l'Association et a discuté de la structuration de l'APMS, l’environnement des médias, la liberté d'expression et l'accès à l'information dans les Seychelles. 25 Les membres de la CAA sont nommés pour un mandat renouvelable de 7 ans. 26 Lesdits membres sont M. Gervais Henrie de Le Seychellois Hebdo, M. Georges Thande de Times des Seychelles, M. Tessa Henderson de L'Echo des Iles, M. Jules H de la Seychelles Broadcasting Corporation (SBC); et M. Conrad Beklouis un professionnel des médias pigiste. 45
137. Les participants de l’APMS ont informé la délégation de la Commission que l'Association est actuellement composée de 25 membres de tous les secteurs des médias. Les membres doivent travailler avec un média qui est reconnu par la CMS. L'Association tient des réunions de son organe exécutif une fois par mois. 138. Les participants ont mentionné les bonnes relations de travail entre la CMS et leurs associations respectives. Ils ont aussi signifié leur enthousiasme à participer aux activités organisées par la CMS.. Ils ont également déclaré que les activités / services de la CMS sont de nature satisfaisante. 139. En ce qui concerne la situation de l'environnement des médias, la liberté d'expression et l'accès à l'information dans les Seychelles, les participants ont déclaré que le code de conduite établi par la fraternité des médias existe. Cependant, le problème majeur est l'accès à l'information du fait que l'administration aux Seychelles a un engagement sélectif avec les médias dans la mesure où certains médias ont même des difficultés pour recevoir les communiqués de presse de certaines administrations, en particulier celles qui ne disposent pas des porte-parole. 140. Les autres défis relevés par les participants étaient le manque d'écoles de journalisme aux Seychelles ce qui contraint les individus prêts à se joindre à la profession de le faire par une formation sur le tas une fois qu'ils ont au moins un niveau académique de niveau-O. Raison pour laquelle ils ont insisté sur la nécessité du renforcement des capacités des journalistes aux Seychelles. 141. Pour remédier à cette difficulté, l'AMPS et la CMS travaillent pour obtenir un diplôme d'études des médias à l'Université des Seychelles. En outre, à la demande de la Fraternité des médias, l'État offre des bourses d'études de journalisme, mais ceux qui ont bénéficié de ces bourses ne retournent pas travailler dans les secteurs des médias à l'issue de leurs études en raison du manque d'attractivité de ces secteurs en termes de salaires. 46
142. Au cours de la réunion avec l’AMPS, la délégation de la Commission a été informée que le Centre pour les droits et le développement (CRD), la seule ONG qui a obtenu le statut d'observateur auprès de la Commission, n’existe plus en réalité en raison de la disparition de son fondateur un ancien ministre des Seychelles. 19. Rencontre avec la société civile et les organisations non gouvernementales [Plateforme d’engagement Citoyen aux Seychelles (CEPS)] 143. La délégation de la Commission a eu une séance de travail avec les organisations de la société civile et les organisations non gouvernementales le 8 Avril 2015. La réunion avait pour objet de présenter le travail de la Commission en général, et ses moyens d’engager les OSC / ONG, de discuter de la situation générale des droits humains aux Seychelles et d'identifier les difficultés rencontrés par les OSC / ONG dans l'exécution de leur travail aux Seychelles. 144. Les participants27 à la séance de travail ont expliqué que la Plateforme d'Engagement Citoyenneté des Seychelles (CEPS) est la version reformée de l’ancienne OSC / ONG connue antérieurement comme Unité de liaison pour les organisations non gouvernementales (ULONG).28 Ainsi, le changement est venu suite à une réunion de l'Assemblée générale ULONG au cours de laquelle a été reproché à l'organisation d’être limitée aux seules ONG. Par conséquent, le nouveau nom et la vision de CEPS entendent refléter l'inclusion de toutes les parties prenantes dans les secteurs OSC / ONG. 27 Voir liste ne Annexe 1. 28 ULONGS est dissoute en novembre2015 pour créer la CEPS 47 .
145. Les participants ont également informés que toutes les OSC / ONG existantes ne sont pas membres de la CEPS et qu'il existe des conditions pour devenir membre comme prévu dans une brochure dont une copie est remise à la Commission.29 146. Le Commissaire Yeung a informé les participants à la séance de travail du mandat et des activités de la Commission et a insisté sur la collaboration fructueuse et intense avec les OSC / ONG dont bénéficie la Commission grâce à l'octroi du statut d'observateur, au Forum des ONG et à d'autres partenariats avec les mécanismes spéciaux la Commission. Il a invité la CEPS à se joindre à cette dynamique et a encouragé les ONG à demander le statut d'observateur auprès de la Commission comme sa délégation a été informée que la seule ONG qui avait ledit statut n’existe plus.30 147. Les participants à la réunion ont déclaré que la CEPS a été en mesure de participer à la conception de la politique et d'autres questions d'intérêt national, à l'invitation du gouvernement. Cela se fait à travers la représentation de la CEPS à divers comités et commissions établies par le gouvernement. 148. La séance de travail a examiné les questions des fonctions d'Ombudsman et de président de la CNDH occupées par une seule personne, ainsi que les difficultés rencontrées par la CNDH dans son travail. 149. Les participants à la séance de travail ont convenu que la CEPS et ses membres (OSC / ONG) ont besoin de renforcement des capacités et que du point de vue strictement technique, il n'y a pas d’ONG des droits de l'homme aux Seychelles, car aucun des ONG existantes ne concentre son action spécifiquement sur les problèmes des droits humains en tant que tels. La Brochure peut être consultée au : http://www.civilsociety.sc/wp-content/uploads/2015/05/CEPSCriteria-for-Membership-August.pdf. 29 30 Cette information a été donnée par les participants à la réunion avec l’AMPS 48
150. Les participants à la séance de travail a noté qu'il est nécessaire d'améliorer le travail de la CEPS aux Seychelles et que beaucoup reste à faire en ce qui concerne les questions en suspens des Chagossiens qui ne sont pas encore résolues31; les conditions dans les prisons et l'engagement du gouvernement dans l'élaboration des politiques et des lois nationales, etc. 20. Rencontre avec les partis politiques de l'opposition 151. La délégation de la Commission a eu une séance de travail avec les partis politiques de l'opposition qui ne sont pas représentés dans le ANS. Les dirigeants et les représentants d'un nombre total de 4 partis politiques de l'opposition ont participé à cette séance de travail: le Parti National Seychelles, le Parti Uni Seselwa, l’Union conservatrice indépendante des Seychelles et le Parti de la Liberté des Seychelles. 152. Au cours de la séance de travail, les dirigeants et représentants de ces partis politiques ont exposé leurs préoccupations au sujet de la situation politique générale du pays et son influence négative sur la situation des droits humains de la population. Voici quelques-unes des principaux problèmes soulevés par les participants à la séance de travail: i. Le gouvernement donne une image fausse d'un État démocratique et ne consulte pas la population comme il se doit dans le processus de prise de décision; ii. L'opposition n’est pas impliquée dans les discussions relatives à l'intérêt national et ses contributions positives ne sont pas reconnues, mais plutôt détournées par le gouvernement les met à son crédit32; 31 Certains participants y compris des Chagossiens qui ont insisté sur le fait que leur cas n'a pas encore été résolu à leur satisfaction et qu'ils aimeraient retourner à leurs terres. 32 Le cas de la contribution d'un leader de l'opposition à la libération d'un Seychellois pris en otage par des pirates a été mentionné et une description de la façon dont cette contribution a été minimisée par le gouvernement a été faite. 49
iii. Le gouvernement pratique la discrimination dans l'accès aux services publics, y compris les emplois et l'éducation. Cette discrimination est fondée sur l'appartenance politique réelle ou supposée ou l'opinion et en matière de discrimination dans l'accès aux emplois dans l'administration, la pratique de l'obtention d'une habilitation sécuritaire du siège du parlement avant d'être nommé à un poste dans l'administration est le principal moyen par lequel le gouvernement identifie les personnes réputées être affiliées à l'opposition afin de leur refuser l'accès à des emplois dans l'administration; iv. Le recrutement dans la police est non qualitative; v. Les conditions de vie à la maison des personnes âgées ne sont pas bonnes; vi. Le traitement des prisonniers dans le centre de détention sur l'île de MarieLouise ne répond pas aux normes internationales; vii. La majorité des OSC et des ONG aux Seychelles sont affiliés à l'état; viii. La population vit toujours dans la crainte de représailles en raison de l'héritage du parti-Etat qui a prévalu pendant des décennies; ix. Le parti politique connu sous le nom du Mouvement démocratique populaire (MDP) qui est le seul parti d'opposition représenté dans l’ANS33 est considéré par les partis d'opposition restants comme faisant partie du gouvernement, car il agit comme un parti affilié au parti au pouvoir. 153. Les participants à la séance de travail avec la délégation de la Commission ont insisté en particulier sur le manque de transparence et d'équité dans le système électoral des Seychelles. Ils alléguaient que le parti au pouvoir s’est donné des avantages indus et cela a amené les partis d'opposition à boycotter les élections législatives de 2011. Les griefs des partis de l'opposition contre le parti au pouvoir en ce qui concerne le processus électoral sont notamment: 33 Le chef du PDM est M. David Pierre et il est le leader de l'opposition dans l’ANS. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec lui aussi lors de la mission. 50
i. Le refus de commencer la mise en œuvre des lois électorales modifiées qui sont beaucoup mieux que celles du passé; ii. L'achat d’électeurs par le parti au pouvoir qui utilise les ressources de l'Etat pour le faire; iii. L'absence de plafond dans le financement des campagnes; iv. Le fait que, par rapport au parti au pouvoir, la police surveille plus les partis de l'opposition en ce qui concerne la conformité avec les règles électorales; par exemple alors qu'elle ferme les yeux sur la campagne du parti au pouvoir audelà des périodes légales, la police veille strictement à ce que les partis d'opposition restent dans les délais pour faire campagne selon les lois électorales; v. Les militants du parti au pouvoir ont des stratégies déloyales ou illégales pour obtenir des personnes qui sont frappées d'incapacité ou autres d'enregistrer leurs votes en faveur du parti au pouvoir; Ces stratégies consistent entre autres à intimider et à escorter ces personnes incapables aux bureaux de vote, etc. 154. Pour résoudre ces problèmes et améliorer la situation, les partis d'opposition ont proposé que le dialogue soit établi entre eux et le gouvernement ainsi qu’avec les forces sociales. Ils ont finalement déclaré que les Seychellois ont besoin d'être éclairés en ce qui concerne leurs droits humains. 21. Rencontre avec le Secrétaire principal du ministère du Tourisme 155. Au Ministère de Tourisme et Culture, la délégation de la Commission a rencontré Mme Anne Lafortune, Secrétaire principal pour le ministère du Tourisme. 156. La réunion a examiné les impacts possibles du tourisme en tant que premier secteur économique du pays sur les droits humains. Sur ce point, le Secrétaire principal du ministère du Tourisme a informé la délégation de la Commission que les 51
dispositions des articles 154 à 156 du code pénal criminalisent et punissent la prostitution. 157. Le secrétaire principal du tourisme a également présenté les infrastructures touristiques disponibles dans les Seychelles et informé que le pays pourrait avoir jusqu'à 5000 t chambres d’hôtels e10000 lits dans ses 500 hôtels, y compris les maisons d'hôtes. 158. Elle a aussi mentionné les difficultés d'être un pays touristique de premier choix et les impacts de ce phénomène sur l'environnement. Elle a indiqué que des efforts sont déployés par tous les acteurs de l'État pour faire face au problème, et ces efforts comprennent des études menées en vue de déterminer le nombre de colonies / personnes l'archipel peut accueillir sans nuire à l'environnement d'une manière irréversible. Elle a également indiqué qu'il y a un consultant qui travaille sur un plan stratégique pour la lutte contre la pollution. 22. Rencontre avec le ministre de l'Intérieur 159. La délégation de la Commission a rencontré le ministre de l’intérieures, M. Charles Bastienne dont le Ministère est responsable de la Police, de l'Immigration et des prisons. 160. Le ministre a indiqué dès le début qu'il a pris fonction il y’a seulement 2 mois à la tête du ministère de l'Intérieur et que les informations qu'il pourrait partager avec la délégation seront probablement limitées à sa courte expérience à la tête du ministère. 161. Il a admis que la police n’est pas parfaite et le gouvernement travaille à améliorer de nombreux aspects des services de la police. Dans cette veine, il a mentionné la formation qui est en cours afin de rendre la police plus professionnelle. 52
162. Le ministre donne des précisions sur les conditions en matière de recrutement des agents de police. Il a indiqué que le processus de recrutement est compétitif et comprend la conduction des interviews appropriées. Il a déclaré que, après avoir été sélectionné, les futurs policiers sont formés pour une période totale de 18 mois à l'Académie de police, qui inclut la période de détachement ou de stage. 163. Commentant les allégations de brutalité de la police lors des interrogatoires que le commissaire Yeung a mentionnée, le ministre a indiqué qu'il n'a pas connaissance de tels cas. Il a ajouté qu’il est difficile d'obtenir des aveux aux Seychelles et que la Police doit toujours avoir des preuves. 164. Le commissaire Yeung a maintenu sa préoccupation que, en l'absence de moyens techniques d'enquête comme la vérification de l'ADN ou l'enregistrement vidéo lors de l'interrogatoire, il existe un risque que la police puisse utiliser la force et autres moyens iniques pour obtenir des aveux. 165. Sur le débat concernant la question des peines obligatoires, le ministre a déclaré que cette question est une réponse au tollé public qui découle de la hausse des crimes liés à la drogue. Toutefois, il a pris acte de la préoccupation de la délégation de la Commission sur cette question et va travailler pour faire face de manière appropriée à la question en conformité avec les obligations internationales des Seychelles. 166. Sur la question relative au décès de personnes détenues par la police, le commissaire Yeung a noté que, les enquêtes visant à déterminer les circonstances de tels décès ne devraient pas être menees par la police dans les cas où il y aurait une persistante perception de conflit d’intérêt entre l’enquêteur et les suspects. 167. La délégation de la Commission a été informée que les règles sur l'immigration sont transparentes et que le pays accueille actuellement 14000 travailleurs migrants. 53
168. En ce qui concerne les prisons, où la délégation a fait écho des allégations de mauvaises conditions de détention recueillies de quelques personnes rencontrées lors des précédentes réunions, le ministre a invité la délégation à se rendre dans ces prisons et à faire sa propre opinion sur les conditions réelles des centres de détention. Il a noté que les prisons dans les Seychelles ont parcouru un long chemin en termes d'amélioration des conditions des détenus. Toutefois, il a reconnu que la prison de Montagne Pose est actuellement légèrement débordée avec un nombre total de 780détenus. Il a également mentionné la prison de Marie-Louise, qui dit-il, est en dessous de la capacité et sert spécialement à la détention des trafiquants de drogue dont elle accueille actuellement une centaine. 169. Le dernier point discuté lors de cette réunion était la question de la réhabilitation des prisonniers qui semble être problématique dans le système des prisons. Le ministre a indiqué que le gouvernement travaille sur ce sujet et a cité l'exemple des travaux en cours pour permettre la libération conditionnelle. 23. Visite au Président de l'Assemblée nationale 170. La délégation de la Commission a été reçue par le Dr Patrick Herminie, Président de l'Assemblée nationale des Seychelles. La délégation de la Commission et le Président de l'Assemblée nationale des Seychelles ont discuté de la situation générale des droits de l'homme du pays et comment le contact international permet aux pays d'améliorer diverses questions, y compris les droits humains. 171. Le Président de l'Assemblée nationale des Seychelles a informé la délégation de la Commission que les élections sont prévues pour la fin 2015 ou début 2016. Il a indiqué que l'Assemblée nationale des Seychelles (ANS) est actuellement composée de 32 membres dont 31 sont du parti au pouvoir et 1 de l'opposition. 54
172. Le Président de l'Assemblée nationale des Seychelles a indiqué que l’ANS se fonde sur les instruments internationaux et les meilleures pratiques dans l'exercice de ses fonctions. Il a déclaré en outre que le renforcement des capacités en matière de droits de l'homme est en cours dans de nombreux secteurs aux Seychelles et que les voies de dénoncer les violations des droits humains sont maintenant disponibles, en particulier avec les médias, qui sont beaucoup utilisé pour révéler les allégations de violations des droits humains. Néanmoins, le Président de l’ANS a souligné que beaucoup plus de travail en ce qui concerne la sensibilisation et le renforcement des capacités sur les questions des droits humains est nécessaire dans le pays pour permettre à chacun et à tous les citoyens de connaître et d'être en mesure de faire valoir les droits humains. 173. La délégation de la Commission et le président de l’ANS ont eu en outre des échanges de vues constructifs sur les organes ou institutions qui ont un mandat des droits de l'homme dans le pays, y compris l'INDH. 24. Rencontre avec les Présidents des commissions parlementaires 174. Après la visite au Président de l’ANS, la délégation de la Commission a eu une réunion avec les présidents34 des commissions parlementaires de l’ANS. 175. Au cours de cette réunion, le commissaire Yeung a répondu aux questions des présidents des commissions parlementaires de l’ANS sur le mandat et les procédures de la Commission. Ces questions comprenaient le mécanisme des communications et la procédure d'une mission de promotion comme celle effectuée actuellement par la 34 La Commission du règlement (SOC), présidée par le Dr Patrick Herminie; la Commission des finances et des comptes publics (APFC), présidée par David Pierre (cependant que la délégation de la Commission a prévu une réunion avec le chef de l'opposition, qui préside également cette Commission, il n'a pas assisté à cette réunion spécifique, la Commission des affaires internationales (IAC) et la Commission des médias (MC), les deux Commissions sont présidées par M. André Piscine, la Commission des femmes parlementaires (CWP), présidée par madame Jeovanna Charles, la Commission des Assurances du gouvernement (COGA) présidée par M. Bernard Arnephy; et la Commission réforme et modernisation (Corm) présidée par le Président de l’ANS, Dr Patrick Herminie. 55
délégation de la Commission dirigée par le commissaire Yeung en sa qualité de commissaire Rapporteur pour les Seychelles. 25. Rencontre avec le Chef de l'opposition 176. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec M. David Pierre, le chef de l'opposition à l’ANS. 177. M. Pierre expliqué à la délégation de la Commission que, en 2011, il a démissionné du principal parti d'opposition à la suite de l'élection présidentielle que le parti a perdu. En fait, sa démission est survenue après un désaccord avec la Direction du parti dont la stratégie pour affronter le gouvernement sur la nécessité de niveler le terrain pour les élections était de boycotter les élections législatives. Il a ensuite créé son propre parti politique et a participé aux élections législatives qui, après une bataille judiciaire, lui a valu le seul siège de l'opposition à l’ANS. 178. En tant que chef de l'opposition, M. Pierre a exprimé ses points de vue et opinions sur diverses questions relatives aux droits de l'homme. Il a indiqué son désaccord avec la détermination de la peine obligatoire qui existe encore dans les lois des Seychelles. Il a déclaré que les Services pénitentiaires des Seychelles ne disposent pas d’un programme convenable et complet de réhabilitation pour les détenus, car cela n’existe pas dans l'état actuel des choses. Il a soulevé une préoccupation concernant la version révisée de la Loi sur l'ordre public qui ne précise pas le nombre de personnes et les circonstances qui seraient admissibles à la définition d'un rassemblement. 179. M. Pierre a déclaré qu'il y a une pratique de discrimination fondée sur l'opinion politique réelle ou supposée ou l'affiliation par le gouvernement dans tous les secteurs et services publics. Cependant, M. Pierre a reconnu qu'il est incapable pour le 56
moment d’étayer et qu'il y’a un besoin d'avoir une étude claire sur la question qui, par exemple s’étendra sur les liens entre le chômage et la discrimination sur le terrain de l'affiliation ou de l'opinion politique réelle ou supposée. 180. Il y’a eu aussi des discussions sur la sensibilisation aux droits de l'homme des Seychellois et leur capacité de faire valoir leurs droits. Le chef de l'opposition a déclaré qu'en raison de l'héritage d'un parti Etat, les populations craignent de s’ouvrir et de témoigner sur les questions nationales importantes. Sa proposition pour résoudre ce problème est de mener une sensibilisation intensive sur les recours et les remèdes disponibles pour les populations quand il y’a violation de leurs droits humains. Il a également ajouté que l’accès nécessaire à l'information aiderait aussi à résoudre ce problème. 181. M. Pierre a indiqué que le gouvernement devrait montrer plus de volonté politique en s’efforçant de promouvoir les questions relatives aux droits de l'homme et en allouant un budget suffisant au Parlement pour permettre à cette institution de mener efficacement son travail. 182. Concernant les soupçons de brutalités de la police, M. Pierre a déclaré qu'il n'a pas connaissance d’aucun cas et a ajouté que cela est une pratique qui survenait dans le passé et personne n'a été en mesure de prouver la brutalité de la police au cours des dernières années. 183. Le dernier point de M. Pierre était un engagement de présenter à l’ANS une motion visant à demander la ratification des traités qui ont été signés par les Seychelles et qui ne sont pas encore ratifiés. 26. Rencontre avec le Secrétaire général de l'Association du Barreau 184. La délégation de la Commission a tenu une réunion avec M. Divino Sabino, Secrétaire général de l'Association du Barreau des Seychelles (ABS). 57
185. Le Secrétaire général de l'ABS a informé la délégation de la Commission que l'ABS est composée de 49 avocats. Il a indiqué que, après 5 années dans la profession , un avocat stagiaire est qualifié pour devenir un avocat au Barreau ou un notaire aux Seychelles. Il a en outre mentionné l'existence d'un code de conduite pour l’ABS adopté en 2013. 186. Discutant de l'utilisation des instruments internationaux des droits humains par des avocats aux Seychelles, M. Sabino a déclaré que cela est rare, même si, ces deux dernières années, il y a l'utilisation de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme à la Cour d'appel des Seychelles. 187. La délégation de la Commission a appris par M. Sabino que la pratique du pro Bono n’est pas institutionnalisée dans le Barreau. Cependant, les avocats assistent des amis et d'autres dossiers sur la base des relations personnelles. 188. Commentant la relation entre l’ABS et la Magistrature, M. Sabino a déclaré qu'il existe de bonnes relations de travail entre les deux corps et cela dépend surtout de la stature de celui qui dirige le Barreau. 189. Interrogé sur la raison pour laquelle les avocats locaux ne sont pas intéressés à joindre la Magistrature comme indiqué dans les commentaires de la CAA, M. Sabino trouvé cette allégation inexacte parce qu'il rappelle que 6 avocats seychellois ont demandé à devenir juges de la Cour suprême, mais malgré leurs excellents dossiers professionnels, la CAA ne les recommande pas au Président de la République pour la nomination. 190. Sur la situation générale des droits humains dans le pays, M. Sabino a évoqué des préoccupations sur deux points. Il constate que des procès équitable ne sont pas garantis dans les procédures devant les tribunaux des Seychelles et cela met en péril le 58
droit à un procès équitable. Il est aussi d’avis que bien que la Constitution du pays prévoit la possibilité pour le Médiateur de porter des affaires constitutionnelles devant la cour, cela n’est jamais arrivé aux Seychelles. Il pense que cette option devrait être explorée pour un renforcement de la protection des droits humains. 27. Visite à la prison de Montagne Posée et Rencontre avec le Surintendant des prisons 191. Au cours de la mission, la délégation de la Commission a visité la prison de Montagne Posée et a tenu une réunion avec M. Maxime Tirant, le surintendant des prisons. 192. La prison de Montagne Posée est le principal35 centre de détention du pays et est construit sur les collines qui mènent à la partie occidentale de l'île principale de Mahé. Il est un établissement composé de 3 blocs et des bureaux. Deux de ces blocs sont pour les détenus de genre masculin et le troisième est pour les détenues de genre féminin qui sont condamnés ou en détention provisoire. Les blocs mâles sont connus comme le bloc principal et le bloc hautement sécurisé conçu pour accueillir jusqu'à 64 détenus masculins condamnés ou en détention provisoire pour piraterie. Le bloc principal est composé de 3 sections d’une capacité totale de 482 détenus. 193. En ce qui concerne les chiffres, la délégation de la Commission a été informée de l’état du Service des Prisons des Seychelles à la date du 9 Avril 2015.36 Le nombre total de détenus aux Seychelles était de 784 hébergés dans 4 centres de détention comme suit: i. Montagne Posée: 628 prisonniers pour une capacité opérationnelle de 594; ii. National security Campus: 3 prisonniers pour une capacité opérationnelle de 3; iii. Prison de Coetivy: 53 prisonniers pour une capacité opérationnelle de 85; 35 Seychelles a deux autres centres de détention situés sur l'île de Coetivy et l’île Marie Louise. 36 Voir Annexe 2. 59
iv. Prison spéciale de Marie-Louise [(qui n’est pas gérée par le Service des Prison des Seychelles mais par une structure parapublique appelée « the Seychelles Island Development Company (IDC) »)]: 104 prisonniers pour une capacité opérationnelle de 104 194. Guidé par le Surintendant lui-même, la délégation de la Commission a effectué une tournée dans tous les établissements et les alentours de la prison. Elle a également eu l'occasion d'échanger avec des détenus, hommes et femmes en ce qui concerne leurs conditions et le traitement en détention. 195. La délégation de la Commission a visité les 4 zones d'isolement; la clinique qui a 1 médecin permanent et 3 infirmières, le studio de musique, des salles de classe, une bibliothèque, des bureaux, des installations informatiques, l'auditorium, les terrains de jeux, la blanchisserie et la boutique. 196. En ce qui concerne la nutrition des détenus, bien que la loi pénitentiaire prévoie la possibilité pour les détenus de recevoir de la nourriture de l'extérieur sur autorisation du commissaire de la prison, cela n’est pas appliqué en raison de la crainte d'avoir la drogue en contrebande dans la prison. Par conséquent, les 3 repas standard (petit déjeuner, déjeuner et dîner) sont offerts par l'État et sont préparés en interne par les détenus eux-mêmes. 197. Pour ce qui est des visites de la famille et des amis pour les détenus, les personnes en détention provisoire sont admis une visite par semaine et ceux qui sont condamnés ont droit à une visite par mois. Toutefois, le Surintendant a déclaré que cela est flexible dans la pratique et les détenus reçoivent des visites au-delà de ces chiffres. 198. Concerne la sécurité de la prison, la délégation a été informée qu'un total de 150 personnes est en charge de la sécurisation de la prison. Sur ce nombre, 69 sont des 60
agents de sécurité népalais qui n’opèrent pas à l'intérieur de la prison, mais sont la sécurisation des voisinages des infrastructures. Les 81 personnes restantes sont Seychellois et la règle est que les femmes détenues soient gardées par des agents de sécurité féminins. Le Surintendant a noté que dans la pratique, seulement 5 membres du personnel de sécurité seront assignés aux détenus tandis que la majorité sera occupée par d'autres tâches pour le bon fonctionnement de la prison. 199. Discutant de la question de la discipline au sein de la prison, le Surintendant a indiqué que le commissaire de prison statue sur les cas disciplinaires et les prisonniers peuvent faire appel au ministre de l'Intérieur quand ils sont confrontés à des décisions du commissaire prison. En outre, il a déclaré que l'isolement comme mesure disciplinaire est appliquée à la prison de Montagne Posée "d'une manière humaine" comme les 4 zones d'isolement sont équipées de produits de base nécessaires, à utiliser à cette fin. 200. La délégation de la Commission a été informée que le Conseil consultatif des prisons, qui est rattaché au ministère de l'Intérieur, est le mécanisme au sein du Ministère chargé de surveiller le bien-être des prisonniers par des visites dans les prisons. 201. Le Surintendant et la délégation de la Commission ont examiné les difficultés et la voie à suivre dans la gestion des lieux de détention dans les Seychelles. La vue du Surintendant sur ce point était que, bien que l’Etat Seychellois ait fait de son mieux pour atteindre les normes minimales des Nations Unies sur les prisons et les a même dépassées dans certains aspects, certains défis demeurent. Lesdits défis sont entre autres, l'insuffisance de la dotation en personnel pour gérer les prisons, même si cela est atténué par le recrutement de 20 nouveaux membres du personnel; la difficulté de concilier les 24 heures de garde à vue avec le fait que les tribunaux ne siègent pas le 61
week-end37; bien que le système judiciaire travaille sur la résolution de le problème, il ya encore des détenus qui ont été en détention provisoire pendant 2 ou 3 ans; la contrebande de drogue continue dans la prison malgré le durcissement des mesures de sécurité et les tests d'urine qui sont menées régulièrement; et la question de la surpopulation mentionnée plus tôt. 202. Néanmoins, la délégation de la Commission a reconnu les efforts des Seychelles pour humaniser la vie en détention et les mesures prises en vue de mettre à niveau les normes actuelles. Ces mesures comprennent les cinq années du Plan stratégique pour les prisons, adoptés en 2012, l’initiative d'introduire la vidéoconférence dans le système carcéral pour traiter la question des personnes en détention préventive qui doivent être présentées au tribunal, l'instauration de la libération des prisonniers sous autorisation pour commencer avec un premier cas en mai 2015, et la mise en place d'un programme de réinsertion par le service de probation dans les entreprises pour les prisonniers libérés. 203. Enfin, il a été expliqué la délégation de la Commission le concept de "prisonniers civils" utilisé dans la terminologie liée à la détention en Seychelles. Le concept se réfère aux détenus purgeant une peine de prison pour défaut de payement d’une amende infligée par un tribunal dans une affaire criminelle. 28. Visite de la Maison régionale des personnes âgées à North East Point 204. La délégation de la Commission a visité la maison régionale des personnes âgées à North East Point. Au cours de cette visite, la délégation a été guidée par Mme Anne Désirée, l'infirmière en chef de la maison régionale des personnes âgées. Cette 37 Le Surintendant a indiqué que les tribunaux siègent le week-end sur les cas de libération sous caution et des prévenus. 62
infrastructure entièrement financée38 par l'Etat des Seychelles, a été inaugurée en 2006 afin d'accueillir les personnes âgées à partir de 63 ans39. Sa particularité par rapport à d'autres institutions à travers le pays qui accueillent des personnes âgées est qu'il répond à la fois pour les personnes âgées qui peuvent vivre de manière autonome, ceux qui sont des personnes semi-autonomes et également les plus âgés qui sont totalement dépendants. La maison régionale des personnes âgées a une capacité de 166 lits avec un personnel de 89 membres qui sont toutes des infirmières. Au moment de la visite, l'établissement accueillait 131 personnes, dont 101 étaient des hommes et 30 des femmes. Ces chiffres comprennent également les 40 personnes souffrant de troubles mentaux, dont 20 hommes et 20 femmes. 205. Mme Anne Désirée a informé à la délégation de la Commission que tout est mis en place pour assurer que les personnes âgées vivent dans l'institution d'une manière socialisée et a cité les exemples de visites familiales, des couples logés ensemble, la réservation d'une partie de la maison aux personnes âgées capables pour leurs besoins personnels, l'existence d'une zone de culte ainsi que d'un jardin de plantes médicinales pour le jardinage et la participation des personnes âgées à des activités sociales, etc. Elle a souligné que l'un des objectifs de l'institution est d’assurer qu'une personne âgée qui y est admise, ne contracte pas une de maladie ou une 'incapacité qu’il n’avait pas au moment de l'admission. Un exemple de réalisation de cet objectif est que 6 mois peuvent s’écouler sans voir l'institution enregistrer un seul décès parmi ses résidents. 206. En ce qui concerne la nourriture pour les personnes âgées dans l'institution, l'infirmière a informé la délégation qu'elle est fournie par un restaurant tous les jours et n’est pas cuit au sein de l'institution. 38 L'État finance l'institution avec la pension à laquelle les personnes âgées ont droit et fournit également des fonds supplémentaires pour permettre le bon fonctionnement de l'institution. 39 Lors de la visite, la délégation a été informée que cet âge minimum d'admission n’est pas strictement appliqué et que les personnes de moins de cet âge sont hébergées dans l'établissement dans des circonstances particulières telles que lorsque la famille est incapable de s'occuper de son membre adulte hospitalisé. 63
207. Enfin, elle a soulevé des difficultés tels que l'insuffisance des fonds ainsi que l'attitude de certains parents qui abusent de la partie de la pension payée en espèces aux résidents. 29. Réunion d’évaluation avec le ministre des Affaires étrangères et des Transports 208. La délégation de la Commission a eu une réunion d’évaluation avec le ministre des Affaires étrangères et des Transports. 209. Au cours de la réunion d’évaluation, le commissaire Yeung a informé le ministre sur la façon dont la mission s’est déroulée et a donné un aperçu des points positifs et des points de préoccupation notés. 210. Répondant au compte rendu du commissaire Yeung, le ministre a fait quelques points de clarification et fourni quelques informations supplémentaires sur la situation générale des droits de l'homme dans le pays. Voici ces points de clarification et informations supplémentaires: i. Le Transport en commun est offert gratuitement à tous les élèves; ii. Sur les 3,6% de chômeurs, environ 1,6% sont des personnes inaptes au travail en raison de leurs conditions physiques, mentales ou sociales. Par conséquent, le chiffre réel concernant le taux de chômeurs devrait être autour de 2%; iii. L'aide de 3 mois accordée par le gouvernement à des personnes sans emploi peut être prolongée sur demande et évaluation subséquente du ministère du Travail; iv. La durée de notification à la police des plans de grève et de rassemblement est de 5 jours ouvrables et non pas sept jours comme mentionné lors de la réunion avec la police; 64
v. La question de passage automatique en classe supérieure à l'école est une préoccupation pour le gouvernement qui est en train de discuter de la voie à suivre sur la question; vi. En ce qui concerne la question des maisons surpeuplées, le nombre moyen de personnes par ménage est de 4,5 et plus de 70% de la population des Seychelles sont propriétaires de leur propre maison grâce aux programmes mis en place par le gouvernement; à savoir le programme "ma propre maison"; vii. Le Gouvernement a investi plus d’un milliard de SCR dans le logement social et la contribution minimale par demandeur pour accéder à un logement social est de 150.000 SR. En outre il est prévu pour le service social de contribuer pour les personnes incapables de donner un apporter; viii. En ce qui concerne l'allégation de manque de transparence dans l'attribution des logements sociaux, le ministre a déclaré que cela relève de l’ordre de la simple perception ; et qu’en tant que système40 avec des procédures et conditions spécifiques, tout est en fait mis en place pour assurer la transparence et l'égalité dans l'attribution des logements sociaux; ix. Concerne l'aménagement raisonnable pour les personnes handicapées, le ministre a indiqué que la Loi sur l'aménagement du territoire prévoit des dispositions pour que les bâtiments et les infrastructures d’accession et d’utilisation faciles pour les personnes handicapées; x. Le ministre a informé la délégation de la Commission que chaque fois qu'il y a mort en détention, le Procureur général ouvre une enquête sur l'affaire; xi. Sur la ratification en souffrance des traités, le ministre a déclaré que le service des traités de son ministère mène une étude sur tous les traités qui ne sont pas encore ratifiés par les Seychelles et faire le nécessaire. 40 Le ministre a cité le système de points dans les critères d'admissibilité ainsi que l'attribution d'un Responsable du logement à chaque district pour gérer le système d'allocation au niveau du district 65
211. D'autres discussions entre le ministre et la délégation de la Commission se sont produites pour plus de précisions et le commissaire Yeung a demandé l'état des enquêtes sur la mort de M. Harmon Chellen, un Mauricien dont le corps a été retrouvé dans la mer après son arrestation et son interrogatoire par la police le 18 Août 2014. Sur ce dossier la délégation a été informée que l'enquête est toujours en cours. 30. Conférence de presse 212. La délégation de la Commission a tenu une conférence de presse à la fin de sa mission pour partager avec le public les premières conclusions de la mission de promotion effectuée dans le pays du 6 au 10 Avril 2015. 66
TROISIÈME PARTIE OBSERVATIONS ET ANALYSE DE LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME AUX SEYCHELLES 213. Les réunions et séances de travail avec les acteurs impliqués dans la promotion et la protection des droits de l'homme ont permis à la délégation de la Commission d’identifier les évolutions positives dans la situation des droits de l'homme du pays. Toutefois, la mission a également noté les questions sur lesquelles il faut de l’amélioration. I. ÉVOLUTION POSITIVE DE LA SITUATION DROITS DE L'HOMME DES SEYCHELLES 214. La délégation de la Commission félicite le gouvernement des Seychelles pour sa volonté politique et ses efforts pour promouvoir et protéger les droits de l'homme du peuple Seychellois par l'adoption de plusieurs mesures législatives et institutionnelles et la création d'organes de mise en œuvre des politiques pertinentes, plans et 67
programmes avec un impact positif sur les droits garantis par la Charte africaine et d'autres instruments régionaux et internationaux des droits de l’homme. 215. La délégation de la Commission note avec satisfaction les programmes, activités et stratégies mises en place pour la réalisation des droits humains. 216. Les résultats des efforts des Seychelles concernant les droits de l’homme sont perceptibles à différents niveaux. 217. Au niveau institutionnel, le pays dispose d'organismes qui ont accessoirement ou principalement un mandat des droits de l'homme. Ceux-ci comprennent la CNDH, les Ministères, la CAA, etc. Ces organismes travaillent pour faire en sorte que les seychellois soient égaux devant la loi et que la discrimination soit évitée dans tous les aspects et secteurs de la société seychelloise. 218. En ce qui concerne le droit à la vie, la délégation de la Commission constate qu'il n'y a aucun cas de violation de ce droit d’autant plus que le seul cas mentionné par les parties prenantes est encore objet d’une enquête. 219. Pour les droits à la dignité prévus par l'article 5 de la Charte, si les allégations de brutalités du personnel de sécurité ont été mises en avant par certains intervenants, il n'a pas eu un seul cas officiellement signalé de torture ou d'action interdite en vertu de l'article 5 de la Charte. 220. La délégation de la Commission a visité le plus grand centre de détention du pays et discuté des conditions de détention avec les parties prenantes. Le point de vue de la délégation de la Commission est que des efforts sont déployés pour aligner les conditions des prisons avec les normes internationales et les Seychelles est certainement un modèle sur le continent africain en ce qui concerne les conditions des prisons. En outre, la délégation a noté que la garde à vue est réglementée par la loi 68
pour ne pas dépasser 24 heures, et les responsables rencontrés ont indiqué que des efforts sont faits pour assurer le respect strict de cette durée légale de la garde à vue, malgré les difficultés. 221. En ce qui concerne les procès équitables, le pouvoir judiciaire a été équipé de moyens de travail par le gouvernement et par le partenariat de collaboration que le pays a avec la coopération internationale. Ainsi, il y’a eu une réduction significative du retard des dossiers dans la mesure où des 5000 dossiers qui étaient en instance, il ne reste que 2000 seulement. De même, les intervenants ont convenu du fait que le pouvoir judiciaire est plus efficace qu’il ne t’était auparavant. 222. La délégation de la Commission s’est enquise auprès des parties prenantes sur le niveau de la liberté de conscience, de religion, la liberté d'expression, la liberté d'association et de réunion et la liberté de la circulation. L'impression générale issue des discussions avec les parties prenantes sur la jouissance de ces droits est que des efforts sont faits pour assurer qu'il n'y a aucune infraction illégale à ces droits et libertés. Le fait que le Président de la République lui-même a indiqué que la délégation est autorisée à visiter tous les lieux et échanger avec tout le monde au cours de la mission, était un indicateur de l'ouverture des autorités seychelloises. En outre, la délégation de la Commission a reçu la facilitation des autorités dans l'organisation de réunions avec les parties prenantes. La délégation de la Commission a en outre noté l'enthousiasme avec lequel les parties prenantes qui sont fondamentalement opposées au gouvernement ont exprimé leur point de vue sur des sujets critiques. En outre, la délégation de la Commission comprend que les médias sont dynamiques et la censure imposée ou auto censure n’est pas une caractéristique dans les médias ou la population. 223. La délégation de la Commission a noté avec satisfaction que les règles régissant la liberté de réunion, y compris le droit de grève, ontété modifiées pour passer du 69
système d'autorisation au système de déclaration et que les tribunaux peuvent juger le refus des organismes d'application de la loi de permettre des grèves ou des rassemblements. 224. La délégation de la Commission a également pris note de la représentation notable de femmes dans les organes de prise de décision, les décisions proactives visant à interdire les châtiments corporels et la dépénalisation de l'homosexualité. 225. En ce qui concerne les conditions de vie aux Seychelles, la délégation de la Commission salue l'idée sous-tendant toutes les actions du gouvernement qui consiste à mettre les personnes au centre de tout et de toute entreprise. Cette position du gouvernement a obtenu des résultats positifs dans le secteur de l'emploi, le secteur de l'éducation, ainsi que en faveur des groupes vulnérables. 226. Dans le secteur de la santé, les soins de santé gratuits sont offerts à certains groupes de la société en tenant compte de leurs besoins et de leur vulnérabilité particulières; la morbidité maternelles et infantile a été considérablement réduit; la pandémie du VIH / sida est gérée d'une manière exceptionnelle avec moins de 1% de prévalence générale. 227. Pour le droit au travail, le faible pourcentage de chômage est un indicateur des efforts des Seychelles dans ce domaine. 228. Les Seychelles ont également divers programmes sociaux visant à protéger les groupes vulnérables tels que les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées. 229. La délégation de la Commission a eu l'occasion de constater de visu les efforts des Seychelles pour la protection de l'environnement grâce à l'utilisation des énergies 70
renouvelables, la protection de la biodiversité, le recyclage des déchets ménagers, l'interdiction de certains types de sac en plastique. 230. La délégation salue le dynamisme et l'engagement des organisations de la société civile des Seychelles qui contribuent à la promotion et à la protection nationales des droits de l'homme, malgré les difficultés rencontrées dans la mobilisation des ressources financières, matérielles et techniques pour le succès et la pérennité de leurs programmes. 231. Enfin sur les aspects positifs, la délégation a pris note de l'engagement ferme exprimé par toutes les autorités des Seychelles à travailler à l'amélioration des secteurs qui reste problématique en ce qui concerne les droits humains et à envisager sérieusement d’accueillir une session de la Commission, à présenter les rapports nationaux en souffrance et à accélérer la ratification des traités en suspens. II. DOMAINES DE LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME DES SEYCHELLES AYANT BESOIN D’AMÉLIORATIONS 232. En dépit des progrès identifiés par la Commission, la délégation de la Commission a rencontré certaines difficultés qui entravent la pleine réalisation et la jouissance des droits de l'homme en République des Seychelles. 233. La délégation a noté avec préoccupation tout au long de ses discussions avec plusieurs intervenants de l'allégation selon laquelle la discrimination fondée sur l'appartenance ou l'opinion politique est pratiquée par des organismes gouvernementaux. Bien que les parties prenantes prétendant ladite discrimination ne soient pas en mesure d’étayer leur propos avec des exemples concrets, ils ont indiqué que l'obligation d'avoir une autorisation de sécurité du siège du parlement avant d'accéder à un emploi public est un indicateur de ladite discrimination. La délégation de la Commission a interrogé les acteurs étatiques sur cette accusation et il a été 71
mentionné que ceci n’est pas une position réaliste. Ainsi, sans cautionner l'un ou l’autre de ces deux points de vue, la position de la délégation de la Commission est que la discrimination est une violation grave des droits de l'homme et une porte d'entrée à de nombreuses violations; par conséquent, même une simple allégation de discrimination doit conduire à une enquête approfondie et si elle est avérée vraie doit être remédiée de façon exhaustive et appropriée. Une simple allégation selon laquelle la discrimination existe, pourrait décourager les gens dans leur recherche d’accès aux services publics et à d'autres droits économiques et sociaux. 234. La délégation de la Commission a noté de nombreux problèmes de droits humains découlant de la forte prévalence de la consommation et de trafic de drogue dans la société seychelloise. Ceux-ci comprennent la question de la peine obligatoire que la délégation ne sait pas encore si elle continue à être appliquée ou non. En fait, des réunions avec des juristes aux Seychelles ont révélé qu'elle n'est plus appliquée suite à un arrêt de la Cour d'appel qui l’a abolie du point de vue jurisprudence, et ce jugement est suivi par tous les tribunaux aux Seychelles. Cependant, la délégation de la Commission est d'avis que l'existence de jure de la peine obligatoire est un sujet de préoccupation. 235. La forte prévalence de la consommation et le trafic de drogue dans la société seychelloise est lié au surpeuplement des prisons aux Seychelles qui est le pays ayant le plus fort taux de personnes dans les prisons par habitant. D’autres conséquences négatives sont les difficultés pour le pays de réhabiliter les ex-détenus. 236. La délégation de la Commission a noté la pénurie de professionnels locaux dans des secteurs clés comme la justice et la police; 237. En ce qui concerne la torture, les Seychelles ne sont toujours pas dotés de dispositions juridiques spécifiques qui criminalisent la torture; 72
238. Au cours de sa mission, la délégation de la Commission a attiré l'attention des autorités sur la non-ratification de certains instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits l'homme. 239. La délégation a également indiqué qu'à son avis, certains établissements aux Seychelles ne répondent pas aux normes internationales, en particulier la nonconformité de la Commission nationale des droits de l’homme avec les Principes de Paris et le fait que le Médiateur préside également la Commission nationale des droits de l’homme. 240. La délégation de la Commission comprend les contraintes financières des Seychelles, mais souligne le manque de ressources matérielles et financières pour le fonctionnement efficace de la Commission nationale des droits de l'homme et de la Commission des médias des Seychelles. 241. Sur la question de la participation politique, la délégation est préoccupée par l'absence d'un nombre important de partis d'opposition dans les processus électoraux; 242. Autres préoccupations de la délégation de la Commission sont le système de passage automatique en classe supérieure dans le secteur de l'éducation; la persistance de la stigmatisation entravant la lutte contre le VIH; l'âge légal de l'employabilité fixé à 15, qui est incompatible avec la politique de dix ans de scolarité obligatoire qui se termine à l'âge de 16 ans; l'existence d'infrastructures qui sont inadaptées aux personnes handicapées; etc. 243. Enfin dans les domaines concernant la situation des droits de l'homme aux Seychelles nécessitant des améliorations, la délégation de la Commission met en évidence la non-conformité avec l'article 62 de la Charte africaine avec cinq (5) Rapports en souffrance. 73
PARTIE III I. RECOMMANDATIONS 244. Suite à la mission et en tenant compte des défis identifiés, la Commission formule les recommandations suivantes: AU GOUVERNEMENT DE LA RÉPUBLIQUE DES SEYCHELLES Législation ▪ Procéder à la révision constitutionnelle nécessaire afin de permettre les modifications à des législations essentielles qui sont jugées incompatibles avec les obligations internationales des Seychelles; ▪ Abroger la peine obligatoire afin d'éviter toute entrave réelle ou apparente au sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs dans un système démocratique; ▪ Réviser la législation pour concilier les dix ans de scolarité obligatoires et l'âge légal de l'employabilité; 74
▪ Adopter une loi qui criminalise la torture expressément et établir un mécanisme national de prévention en conformité avec les normes internationales; ▪ Accélérer la dépénalisation de l'homosexualité; ▪ Clarifier la définition de la notion de «rassemblement» dans la Loi sur l'ordre public; ▪ Accélérer le processus de ratification des instruments régionaux et internationaux qui ne sont pas encore ratifiés, en particulier le Protocole à la Charte africaine sur la création d'une Cour africaine des droits de l’homme et des peuples ; la Convention de l'Union africaine pour la protection et l'assistance aux personnes déplacées en Afrique; la Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance; le Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Présentation de rapports périodiques en vertu de l'article 62 de la Charte africaine ▪ Soumettre ses rapports périodiques en souffrance en conformité avec les différentes directives adoptées par la Commission sur la question. L’Administration de la justice ▪ Poursuivre les efforts visant à réduire l'accumulation des dossiers devant les tribunaux et s’efforcer de recruter des professionnels locaux dans le système judiciaire; La Police ▪ Renforcer la capacité des agents de police en matière de droits humains, et insister sur le recrutement qualitatif pour la police; ▪ Mener des enquêtes sur tous les cas de mauvaise conduite présumée de la police et sur la mort présumée en garde à vue; ▪ Habiliter la police avec des moyens et du matériel technique comme les tests d'ADN et chambres d'interrogatoire équipées de caméras. La Protection des droits de la femme 75
▪ Continuer à augmenter la participation des femmes dans les processus de prise de décision; ▪ Poursuivre la mise en œuvre des régimes sociaux et autres visant à assurer une protection spéciale aux femmes. La santé ▪ Sensibiliser la population en vue de faire cesser de la stigmatisation associée au VIH; ▪ Selon les ressources du pays, œuvrer à l'élargissement à d'autres groupes vulnérables, l'accès gratuit à la politique de santé. L’Éducation ▪ Veiller à ce que les programmes corresponde avec le marché du travail effectif des Seychelles; ▪ Assurer que, quel que soit le système de promotion appliqué à l'école, cela n’enfreigne pas le droit à l'éducation; ▪ Maintenir la politique permettant aux adolescentes à retourner à l'école après une grossesse. Les Prisons ▪ Compléter les services pénitentiaires avec un programme de réhabilitation complet qui permet à d'anciens prisonniers de réintégrer la société seychelloise et d’apporter leur contribution au développement national; ▪ Veiller à ce que la capacité opérationnelle des centres de détention ne soient pas dépassées dans la mesure où cela a un impact négatif sur les normes internationales relatives aux conditions carcérales; ▪ Maintenir et améliorer si possible les conditions des prisons acceptables aux Seychelles. La Protection des personnes âgées et des personnes handicapées ▪ Veiller à l'hébergement systématique raisonnable dans tous les aspects pour les personnes handicapées; 76
▪ Fournir la capacité financière et humaine nécessaire pour les institutions pour personnes âgées, à savoir pour la maison régionale des personnes âgées à North East Point. A LA COMMISSION NATIONALE DES DROITS DE L'HOMME ▪ Assurer que la CNDH soit une institution indépendante et autonome avec un mandat spécifique selon les normes internationales; ▪ Améliorer l'efficacité de la CNDH en lui allouant un budget de fonctionnement adéquat, et ▪ Renforcer les capacités humaines, techniques et financières de la CNDH pour qu’elle puisse mettre en œuvre efficacement son mandat. ▪ Poursuivre le dialogue avec le gouvernement en vue d'obtenir un budget de fonctionnement adéquat; ▪ Contribuer à la vulgarisation des instruments régionaux et internationaux des droits humains par le biais de programmes de formation et de sensibilisation; ▪ Soutenir les efforts du gouvernement et d'autres intervenants afin d'aligner l'INDH avec les normes internationales, à savoir les Principes de Paris; et ▪ Demande le statut d'affilié auprès de la Commission. AUX ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ▪ Collaborer avec les réseaux disponibles afin d'assurer la promotion et la protection des droits de l’homme aux Seychelles. ▪ Augmenter le niveau d'information et de partage d'expérience à travers la création de réseaux thématiques; ▪ Contribuer à la vulgarisation des instruments de promotion et de protection des droits de l’homme par la sensibilisation, l'information et la formation des citoyens, et ▪ Prendre les mesures nécessaires pour obtenir le statut d'observateur auprès de la Commission africaine. 77
AUX PARTIES PRENANTES DES MÉDIAS ▪ Mener une sensibilisation et des activités de la culture des droits humains à travers des campagnes médiatiques, et ▪ Faire preuve de professionnalisme dans l'exercice de leurs fonctions. À L'ASSOCIATION DU BARREAU DES SEYHELLES ▪ Pression sur les autorités seychelloises pour assurer que les Seychelles ratifie les instruments régionaux et internationaux pertinents des droits de l'homme; ▪ Jouer un rôle plus actif dans la promotion et la protection des droits de l'homme, en particulier les droits des personnes vulnérables, notamment les femmes et les enfants, et ▪ Citer les dispositions des conventions régionales et internationales dûment ratifiées par les Seychelles devant les juridictions nationales; ▪ Formaliser un système pro bono au sein du barreau. AUX AGENCES DES NATIONS UNIES ET A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE ▪ Organiser des ateliers de formation pour les parties prenantes du secteur public et les organisations de la société civile sur les instruments régionaux et internationaux des droits humains; ▪ Continuer à soutenir les efforts déployés par le gouvernement pour promouvoir les droits de l'homme et consolider la démocratie; ▪ Soutenir les activités de sensibilisation et les programmes de formation aux droits humains des ONG; ▪ Continuer à fournir au gouvernement des Seychelles les ressources financières, matérielles et techniques nécessaires dans le domaine de la promotion et de la protection des droits humains 78
245. En conclusion, nous appelons le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations contenues dans le présent rapport. ANNEXES I. Liste des représentants des ONG rencontrés à Mahé 1. Homa Mungapen, Confession Bahai; 2. Monica Sewina, Commission CPS; 3. Mike Chedstone, 4. Christiane Vidot, Commissaire confessionnelle; 5. Ralph Ernest, Construction; 6. Benjamin Vel, Consultant, 7. Anne Jacques, ONG amour et soins; 8. Ginette Charles, Communauté chagocienne; 9. Marion Charles, Communauté chagocienne; 10. Maria Itard, Communauté chagocienne, 11. Laurna Mend, Communauté chagocienne; 12. Lisa Miesek, communauté chagocian; 13. Gaby Michel, Communauté chagocienne; 14. Charles Henrie, Communauté des Chagossiens; 15. Jerry Mörec, Communauté chagocienne 16. Ange Marie Gendron, Communauté chagocienne; 17. Justin Freminot, Organisation aide Soutien VIH (HASO) 18. Alex Ruth, HASO; 79
19. Georgette Furneau, HASO; 20. Gracia Fideria, SCC 21. Christiane Camille, SCC 22. Doreen Bouchereau, Forum national des consommateurs (NATCOF) 23. Véronique Bourelame, CEPS; 24. Gesse Hennderson, CEPS; 25. Marie -Nella Azemia, CEPS; 26. Meruin Fanny, Associiation du Père; 27. Albert Nabier, Apostolat de la Mer 28. Jean Paul Isaac, ARSS; Annexe II: Registre des Services pénitentiaires des Seychelles à la date du 9 Avril 2015 Établissement des SPS Lieu de prison Effectif Capacité Bloc Homme 520 482 Bloc Femme 43 48 UES 65 64 Campus sécurité nationale 3 3 Prison Coetivy 53 85 Total 684 682 Prison Montagne Posée Établissement Non-géré par les SPS prison spéciale Marie Louise 100 104 Total des prisonniers en détention aux 784 786 Seychelles 80
Le profil de prisonniers En détention préventive Femmes hommes 7 149 ▪ Adultes locaux 5 143 ▪ Mineurs locaux 0 0 ▪ Somaliens adultes 0 5 ▪ Somaliens mineurs 0 0 ▪ Autres étrangers 2 1 36 591 Condamnés ▪ Adultes locaux 30 555 ▪ Mineurs locaux 0 0 ▪ Somaliens adultes 0 26 ▪ Somaliens mineurs 0 2 ▪ Autres étrangers 6 8 Au gré du Président 0 1 Total 43 741 Grand total 784 81
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Created 6 juil. 2026 · Edited 6 juil. 2026