Rapports de Mission

Rapport Mission d'établissement des faits de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples au Burundi - 7 au 13 décembre

Rapport Mission d'établissement des faits de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples au Burundi - 7 au 13 décembre.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA African Commission on Human & Peoples’ Rights Commission Africaine des Droits de l’Homme & des Peuples No. 31 Bijilo Annex Lay-out, Kombo North District, Western Region, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 441 05 05 /441 05 06, Fax: (220) 441 05 04E-mail: achpr@achpr.org; Web www.achpr.org RAPPORT MISSION D'ETABLISSEMENT DES FAITS DE LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES AU BURUNDI 7 au 13 décembre 2015 1
ABAS ANADDE AV-INTWARI CAE CNARED CNDD CNDD-FDD CNID CNDI CICR CSP CVJR FNL FRODEBU FROLINA HCDH-B INKINZO MAPROBU MSD MSF NU PACONA PALIPEHUTU PARENA PASIDE PBN PIT PL PP PPDRR PRP PSD RADDES RPA RPB RTBN SNR UA UE UPD UPRONA LISTES D’ACRONYMES Alliance Burundo-Africaine pour le Salut Alliance Nationale pour le Droit et le Développement Alliance des Vaillants Communauté de l’Afrique de l’Est Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et la Restauration d’un État de Droit au Burundi Conseil National pour la Défense de la Démocratie Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense de la Démocratie Commission Nationale des Droits de l’Homme Commission Nationale du Dialogue Inter-burundais Comité Internationale de la Croix Rouge Conseil de paix et de sécurité Commission, Vérité, Justice et Réconciliation Front national de libération Front pour la Démocratie au Burundi Front pour la Libération Nationale Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies au Burundi Parti Socialiste et Panafricaniste Mission Africaine de Prévention et de Protection au Burundi Mouvement pour la Solidarité et le Développement Médecins sans Frontières Nations Unies Parti pour la Concorde Nationale Parti pour la Libération du Peuple Hutu Parti pour le Redressement National Parti pour la science, le développement et l’environnement Police nationale burundaise Parti Indépendant pour les Travailleurs Parti Libéral Parti du Peuple Parti pour la paix, la démocratie, la réconciliation et la reconstruction Parti pour la Réconciliation du Peuple Parti Social-Démocrate Ralliement pour la Démocratie et le Développement Économique et Social Radio Publique Africaine Rassemblement du Peuple Burundais Radiotélévision Nationale du Burundi Service nationale de renseignement Union Africaine Union Européenne Union pour la Paix et la Démocratie Union pour le Progrès National 2
I. INTRODUCTION 1. Lors de sa 551ème réunion tenue le 17 octobre 2015 à Addis-Abeba sur la situation au Burundi, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine (UA), par le communiqué IV, PSC/PR /COMM.(DLI), a chargé la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) de mener d’urgence une enquête approfondie sur la violation des droits de l’homme et autres exactions perpétrées sur les populations civiles au Burundi 2. A la demande du Conseil de paix et de sécurité (CSP) de l’UA et consciente de son mandat de promotion et de protection des droits de l’homme et des peuples en Afrique en vertu des Articles 45 et 58 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et de son Règlement intérieur, la Commission africaine décide d’effectuer une mission d’établissement des faits en République du Burundi, du 7 au 13 décembre 2015. i. Objectif général : 3. L’objectif général de la mission d’établissement des faits est de : i. Enquêter, documenter et faire rapport des violations et autres exactions au Burundi ; ii. Soumettre son rapport avec des recommandations au Conseil de paix et de sécurité ; ii. Objectifs spécifiques 4. Les objectifs spécifiques de la mission sont : − Enquêter sur toutes les violations des droits de l’homme et autres exactions commises au Burundi depuis le début de la crise en avril 2015 ; − Etablir les causes, les faits et les circonstances de ces violations sur la base de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et des instruments pertinents du droit international des droits de l`homme et du droit international humanitaire; − Spécifier et qualifier les violations des droits de l’homme et les autres exactions perpétrées depuis l’éclatement de la crise en actuelle ; − Présenter les faits et les informations dans son rapport et soumettre ses conclusions au Conseil de paix et de sécurité ; − Formuler et proposer au Conseil de paix et de sécurité des recommandations issues de ses investigations sur notamment : ✓ Les mesures urgentes à prendre pour la cessation des différentes violations des droits de l’homme et exactions en 3
✓ ✓ ✓ ✓ iii. cours comme étape importante dans la résolution de l’escalade de la crise; Les mesures que les différents acteurs doivent prendre pour s'assurer que les forces de sécurité du gouvernement et tous les autres groupes armés et les milices cessent de recourir à des violations des droits de l'homme et autres exactions ; La manière dont les questions liées aux droits de l’homme doivent et peuvent être adéquatement reflétées et prises en charge dans les efforts de médiation régionaux et de l’Union africaine ; Le problème de l’impunité à l’encontre des présumés auteurs des violations des droits de l’homme et autres exactions et de leurs obligations de rendre compte ; Les mécanismes de vérité, justice et réconciliation nationale et les réformes institutionnelles nécessaires, notamment les réformes du secteur de la sécurité et de l’administration de la justice pénale et la réforme législative et administrative de la liberté d’association et d’expression Composition de la délégation 5. La délégation était composée de : − L’honorable Commissaire Pansy Tlakula, Présidente de la Commission africaine et Rapporteure spéciale sur la Liberté d’expression et l’Accès à l’information en Afrique, commissaire en charge des droits de l’homme au Burundi, (Chef de la Délégation) − L’honorable Commissaire Reine Alapini-Gansou, Rapporteure spéciale sur les Défenseurs des droits de l’homme en Afrique ; − L’honorable Commissaire Maya Sahli-Fadel, Rapporteure spéciale sur les Réfugiés, les Demandeurs d’asile, les Personnes déplacées et les Migrants en Afrique ; − L’honorable Commissaire Jamesina Essie L. King, Présidente du Groupe de Travail sur les droits économiques, sociaux et culturels en Afrique; − L’honorable Commissaire Dr Solomon Ayele Dersso, Président du Groupe de Travail sur les Industries extractives, l’environnement et les violations des droits de l’homme en Afrique et Point focal sur la justice transitionnelle. 6. L’honorable Commissaire Maya Sahli-Fadel qui devait rejoindre la mission en cours ; n’a pu le faire du fait de l’annulation des vols suite aux événements de la nuit du 11 au 12 décembre 2015 et à l’insécurité qui a prévalu dans cette période. 4
7. La Délégation était accompagnée du personnel du Secrétariat de la Commission, à savoir : − − − − Madame Estelle Nkounkou Ngongo, juriste ; Monsieur Bruno Menzan, juriste Monsieur Valentine Tazi, interprète-traducteur Monsieur Frederick Tamakloe, Finance 8. Au cours de la mission, la Délégation a rencontré les différentes parties prenantes et d’autres acteurs clé. Elle a tenu des réunions avec les membres du gouvernement, les journalistes, les acteurs de la société civile ; les femmes, les membres de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNID) ; de la Commission, Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), et de la Commission Nationale du Dialogue Inter-burundais (CNDI), le maire de Bujumbura et son personnel , les membres du Corps diplomatique, les membres de l’Assemblée nationale, le directeur général de la police, les experts militaires et les observateurs des droits de l’homme de l’Union Africaine ; le personnel du Comité International de la Croix Rouge (CICR). La Délégation a également visité l’hôpital de Médecins sans Frontières (MSF) et la prison de Mpimba. 9. La Délégation a également eu des séances de travail avec le bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies au Burundi (HCDH-B). Pour des contraintes de temps, elle n’a pu visiter l’hôpital militaire de Bujumbura, ni rencontre certains acteurs tels que les représentants de confessions religieuses et certains membres des partis politiques. La Présidente de la Commission et chef de la Délégation l’honorable Commissaire Pansy Tlaklula et l’honorable Commissaire Reine Alapini-Gansou ont eu un entretien avec le premier vice-président de la République du Burundi. 10. Le présent rapport vise à présenter les conclusions de la Commission africaine sur les différents échanges qu’elle a eu avec les différentes parties prenantes à la crise burundaise avec une accent particulier sur les violations qui ont eu cours et qui surviennent dans le pays. La Délégation a été limitée dans ses déplacements, ainsi que sa capacité à rencontrer tous les acteurs concernés pour des questions de disponibilité et de sécurité. La Délégation a eu également à faire face à l’épineuse question de la protection des témoins, en ce que des cas de représailles concernant des personnes ayant collaboré avec des organisations régionales et sous régionales lui ont été rapportés. iv. Méthodologie utilisée 5
11. Ce rapport fait usage de plusieurs sources, tant primaires que secondaires ; en ce qui concerne les sources primaires nous avons, les échanges de la Délégation avec les différents acteurs, les témoignages des victimes et des témoins. Comme source secondaire nous avons, les rapports faits par les institutions actives sur le terrain comme les observateurs de l’Union Africaine, mais aussi les informations fournies par les membres de la société civile qui documente les violations depuis le début de la crise. La Délégation a analysé toutes les informations recueillies, les a classifiées en différentes catégories et après analyse, a formulé ses recommandations. 12. Bien que n’ayant eu le temps nécessaire à une telle mission, ni la possibilité de se déplacer pour rencontrer toutes les personnes qu’elles juge utiles en vue de recueillir des informations pertinentes, la délégation a pu aller à des analyses profondes sur la base des informations recueillies auprès des différentes personnes avec lesquelles elle a pu échanger, mais également sur la base des nombreux documents, notamment des rapports qui lui a été soumis. Ces rapports ainsi que les échanges qu’elle a eu avec les différents protagonistes lui ont permis d’évaluer le degré des violations des droits de l’homme en cours au Burundi. 13. La caractéristique principale de ce rapport est qu’il se concentre principalement sur les différentes violations des droits de l’homme ayant eu lieu et celles en cours dans la période de la mission et leur incidence sur l’évolution du conflit. L’analyse des violations s’est faite sur la base de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui comme son titre l’indique, promeut et protège les droits des peuples. Aussi le rapport de la Délégation se focalisera non seulement sur les violations des droits individuels, même si elles ont été commises à grande échelle ; mais aussi elle examinera les violations ayant trait aux droits des burundais en tant que peuple et leurs conséquences sur les populations. v. Structure du rapport 14. Le rapport comporte 4 grandes parties nommément : une partie introductive, rappelant le cadre juridique et l’origine de la mission, son mandat ainsi que la méthodologie utilisée. La seconde partie se focalise sur le contexte et les violations des droits de l’homme, notamment le contexte institutionnel, politique, juridique et historique, les causes ayant déclenché la crise et une identification des zones les plus touchées. La troisième partie traite des violations des droits de l’homme et des abus constatés et rapportés, notamment leur importance et ampleur, les implications de la crise sur les institutions de protection des droits de l’homme, l’identification, qualification et 6
description des différentes violations des droits humains et autres abus survenus à l’occasion de crise. Enfin la quatrième et dernière partie se concentre sur les résultats de la mission et les conclusions de celle-ci, à savoir, la nature et l’ampleur des violations, les victimes et les auteurs des violations des droits de l’homme ainsi que les recommandations de la Délégation à l’issue de cette mission. II- LE CONTEXTE DES VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME 15. Afin de mieux cerner la nature des violations des droits de l’homme et autre abus ayant cours au Burundi, il convient de rappeler l’historique de l’actuelle crise afin d’en comprendre davantage les tenants et les aboutissants ainsi que ses conséquences à travers l’analyse du contexte institutionnel, politique et juridique. i. Contexte institutionnel 16. L’histoire constitutionnelle du Burundi commence avant son accession à l’indépendance. La Constitution du Royaume du Burundi est proclamée le 23 novembre 1961, par le Mwami Mwambutsa IV 1. Une Constitution dite « définitive » du Royaume sera proclamée le 16 octobre 1962, avec entrée en vigueur rétroactive au 1er juillet 1962. Suite au renversement de la monarchie et la proclamation de la République le 28 novembre 1966, le Burundi aura plusieurs périodes de « vide constitutionnel », notamment après les différents coups d’Etat qui marquent son histoire politique.2Suite à l’adoption de la « Constitution définitive » du Royaume du Burundi, le Burundi en tant que république se dotera de plusieurs constitutions et autres textes ayant vocation à régir les institutions du pays au gré des soubresauts de son histoire politique, il s’agit notamment : − Constitution du 11 juillet 1974 − Constitution du 20 novembre 1981 − Charte de l'Unité nationale du 5 février 1991 − Constitution du 13 mars 1992, adopté par référendum du 9 mars 1992 − Décret-loi du 13 septembre 1996 portant organisation du Système Institutionnel de transition − Acte constitutionnel de transition du 6 juin 1998 − Constitution de transition du 28 octobre 2001 − Loi du 21 novembre 2003 portant amendement à la Constitution de Transition du 28 octobre 2001 1 Roi du Royaume du Burundi du 16 décembre 1915 au 8 juillet 1966 2 Le Burundi a connu quatre (04) coups d’Etats dont trois (03) ont réussi. 1 novembre 1976 renversement du président Michel Micombero (novembre 1966-novembre 1976), 3 septembre 1987 renversement du président Jean-Baptiste Bagaza (novembre 1976-septembre 1987), 25 juillet 1996 renversement du président Sylvestre Htibantungaya (avril 1994-juillet 1996) ; 13 mai 2015 tentative avortée de coup d’Etat contre le président Pierre Nkunriziza. 7
− Constitution intérimaire post-transition du 20 octobre 2004 − Constitution du 18 mars 2005 17. Le 9 et 10 octobre 2013, un projet de loi portant modification de certaines dispositions de la Constitution du Burundi fut adopté par le Conseil des Ministres. Ce projet avait pour objectif l’abrogation et le remplacement en lieu et place de la révision de la Constitution du 18 mars 2005. Après plusieurs amendements du texte initialement adopté, un projet de loi portant révision de certaines dispositions de la Constitution fut soumis à l'Assemblée nationale. Cependant n’ayant pu recueillir le pourcentage de voix requis, ce dernier ne fut pas adopté par l’Assemblée.3 18. En 1992, le Burundi institua sa première Cour constitutionnelle, qui sera supprimée, après le coup d’Etat de Pierre Buyoya4 par le DécretLoi du 13 septembre 1996 portant organisation du système institutionnel de transition5. Une nouvelle Cour constitutionnelle sera créée par l’Acte constitutionnel de transition du 6 juin 1998. La Constitution de transition du 28 octobre 2001 et la Constitution du 18 mars 2005(cette dernière est celle qui est actuellement en vigueur), instituent également une Cour Constitutionnelle.6 19. Depuis l’Accord d’Arusha du 28 août 2000, les institutions burundaises fonctionnent selon les bases instituées par ces Accords et renforcées par la Constitution de 2005 ; notamment la modification de la composition ethnique de l'armée et de l'administration, c'est-à-dire un rééquilibrage ethnique de ces deux institutions, l'exécutif Hutu-Tutsi. 20. D’ailleurs afin de garantir le succès de la mise en œuvre de ses accords de nombreuses recommandations, comme l’importance d’une présidence pluriethnique, d’un gouvernement d’union nationale, des fortes majorités nécessaires pour la prise de décisions, la nécessité d’une Cour constitutionnelle forte, l’importance de l’inclusion de nombreuses dispositions interdisant la discrimination, et l’exclusion et la haine ethnique entre autres furent l'objet de notes explicatives sur le protocole d’Accord ; résumant les propositions sur la constitution et la période de transition du Burundi.7 Le modèle imposé par l’Accord d’Arusha a fonctionné et le Burundi a respecté les dispositions des Accords d’Arusha avec plus ou moins de succès. 3https://www.uantwerpen.be/en/rg/iob/centre-great-lakes/dpp-burundi/constitution/aper-u-hist- const/ 4Ancien président de la République de septembre à juillet 1993 puis de juillet 1996 à avril 2003 5https://www.uantwerpen.be/en/rg/iob/centre-great-lakes/dpp-burundi/constitution/courconstitutionnel/ 6 Voir note précédente 7Accords d’Arusha, http://bnub.unmissions.org/Portals/bnub-french/accorddarusha.pdf 8
21. La question du troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, particulièrement les différentes interprétations des articles 96 et 302 de la Constitution de 2005, sur la limitation des mandats, ainsi que les conséquences désastreuses qui s’en sont suivies ont remis en cause la stabilité institutionnelle et politique du Burundi. L’enjeu véritable de ce conflit était plus la survie de l’Accord d’Arusha plus que la reconduction au pouvoir du président Pierre Nkurunziza. Bien que les institutions continuent à travailler, d’aucuns doutent de la qualité de leur travail, notamment sur le plan de la crédibilité, ceci concerne particulièrement les institutions garantes de la protection des droits des citoyens et particulièrement des droits de l’homme. 22. En effet, de plus en plus le Ministère de la Justice, la Commission nationale des droits de l’homme ; de même que les forces de police sont perçus par de nombreux observateurs comme étant devenus partiaux. La population semble également prendre ses distances avec ces institutions, qu’elles que ne considèrent plus comme étant en mesure de répondre convenablement à leurs préoccupations, notamment en leur apportant justice et protection. ii. Contexte politique 23. La crise burundaise actuelle est la dernière d’une longue liste dont le Burundi est malheureusement familier, en effet, depuis les indépendances à ce jour le pays a connu plusieurs grandes crises 8 dont la plus sanglante est sans conteste celle de 1993 qui a résulté en une guerre civile de près de 8 ans. C’est pour mettre fin à cette guerre meurtrière9 que le 28 août 2000 fut signé un accord de paix. à Arusha, en Tanzanie, sous l'égide de Nelson Mandela. 24. Il y a eu 17 partis politiques ont signé l’Accord d’Arusha notamment − l’Alliance Burundo-Africaine pour le Salut (ABAS) − l’Alliance Nationale pour le Droit et le Développement (ANADDE), − l’Alliance des Vaillants (AV-INTWARI), − Le Conseil National pour la Défense de la Démocratie (CNDD), − Le Front pour la Démocratie au Burundi (FRODEBU), − Le Front pour la Libération Nationale (FROLINA), − Le Parti Socialiste et Panafricaniste (INKINZO), 8Le 29 avril 1972, des groupes hutu sous la houlette de l'organisation UBU, Umugambwew'Abakozib'Uburundi ou Parti des Travailleurs du Burundi, tentent de prendre le pouvoir tout en éliminant les Tutsis. Aussitôt l'insurrection déclenchée, l'ex-roi Ntare V est assassiné, ce qui met fin à toute possibilité de retour à la monarchie puisque NtareNdizeye était le dernier mâle de la dynastie ganwa et partant le seul prétendant légitime au trône. Les insurgés seront réprimés avec une grande férocité, au prix du massacre d'environ 100 000 personnes. Une nouvelle explosion de violence eut lieu encore à Bujumbura et dans le Nord-Ouest en octobre 1991 mais ne s’étendit pas sur d’autres territoires.https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Burundi 9
− − − − − − − − Le Parti pour la Libération du Peuple Hutu (PALIPEHUTU), Le Parti pour le Redressement National (PARENA), Le Parti Indépendant pour les Travailleurs (PIT), Le Parti Libéral (PL), Le Parti du Peuple (PP), Le Parti pour la Réconciliation du Peuple (PRP), Le Parti Social-Démocrate (PSD), Le Ralliement pour la Démocratie et le Développement Économique et Social (RADDES), − Le Rassemblement du Peuple Burundais (RPB) et de − l’Union pour le Progrès National (UPRONA), 25. Cependant ; depuis 2005, le paysage politique burundais est dominé par le Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), dirigé par Pierre Nkurunziza, qui sorti grand vainqueur des élections communales du 5 juin 2005 où il remporta 1 781 sièges sur les 3 225 à pourvoir avec 62,9 % des voix, contre 20,5 % pour le FRODEBU et seulement 5,3 % pour l'UPRONA. Le CNDD-FDD, majoritairement Hutu10, a obtenu également, la majorité absolue dans 11 des 17 provinces du pays. Cette écrasante victoire du CNND-FDD avait sonné le glas de la domination du paysage politique par l'UPRONA et le FRODEBU. La dominance du CNDD-FDD se confirmera avec les élections de 2010 où ce dernier sera en tête dans la quasi-totalité des 129 communes et son président Pierre Nkurinziza réélu à la tête du pays. 26. Aujourd’hui, la dominance du CNDD-FDD persiste et beaucoup de partis ont quasiment disparus de paysage politique, d’autres ont fusionnés comme l’Alliance Burundo-Africaine pour le Salut (ABASA), le Parti pour la Concorde Nationale (PACONA) et le Parti pour la paix, la démocratie, la réconciliation et la reconstruction (PPDRR) afin de créer un nouveau parti, le « Parti pour la science, le développement et l’ environnement » (PASIDE) ,un parti écologiste.11 27. En avril 2015 à l’annonce de l’intention du Président Pierre Nkunriziza de se présenter pour une troisième mandat, cinq partis d'opposition ainsi que des dissidents du parti de M. Nkurunziza, le CNDD-FDD, avaient lancé une "campagne" pour empêcher ce dernier de se présenter à nouveau. Le 31 juillet 2015 à AddisAbeba, 9 partis politiques,12 des 10 La population burundaise est composée des Hutus (85%) ; de Tutsi (14%) et de Twa (1%) le pouvoir est reparti entre les représentants des trois ethnies selon un système de quotas défini par l’Accord d’Arusha 11http://www.burundi-forum.org/trois-partis-politiques-fusionnent 12 CNDD, CNDD-FDD Abqryumyeko, CNDD-FDD Epris de paix, IIMBONO Charisma, MSD,PartiSahwanya, Parti UPD Ziyamibanga et le Parti UPRONA. 10
membres de la société civile, deux anciens présidents13 et quelques officiels créer le Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha et la Restauration d’un État de Droit au Burundi (CNARED), coalition de tous les groupes opposés au troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza. Malgré la victoire du président Pierre Nkurunziza aux élections de juillet 2015, la création du CNARED avec en son sein plusieurs fractions du CNDD-FDD montre la fragilisation du pouvoir du président qui doit faire face à la scission de son propre parti. iii. Contexte juridique 28. La protection et de la promotion juridique des droits de l’Homme au Burundi est garanti par la Constitution à travers l’intégration dans l’ordonnancement juridique interne de bon nombre d’instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme signés et/ ou ratifiés. L’article 19 de la Constitution qui fait référence à la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), aux Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques (1966), aux droits économiques, sociaux et culturels (1966) ainsi que leurs protocoles, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1981), la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme (1979) et la Convention relative aux droits de l’enfant (1989) font partie intégrante de la Constitution de la République du Burundi. Le Burundi, a également, ratifié des textes relatifs à la protection catégorielle de certains groupes au niveau africain, notamment la convention régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés (1951), de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (1990) et du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relative aux droits de la femme en Afrique (2003). 29. En vue du respect de ses engagements internationaux en matière des droits de l’homme, le Burundi respecte la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) et a mis en place des institutions indépendantes garanties par la constitution. Il s’agit du Médiateur de la République et de la Commission électorale nationale indépendante. Par ailleurs, il existe des institutions non constitutionnelles comme les Bashingantahe14qui contribuent, significativement, au respect à la promotion et à la protection des droits de l’homme notamment la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH). La séparation des pouvoirs et l’indépendance du pouvoir judiciaire ont été introduites par la Constitution du 13 mars 1992 et Il s’agit des anciens présidents Sylvestre Ntibantungaya (avril 1994-juillet 1996) et Domitien Ndayiziye (30 avril 2003 – 26 août 2005) 14 Ce sont des sages issus des ethnies Baganwa, Bahutu et Batutsi qui étaient des juges et des conseillers à tous les niveaux du pouvoir et constituait, entre autres éléments, un facteur de cohésion (Accord d’Arusha) 13 11
sont consacrées par l’actuelle Constitution. Cependant, malgré son indépendance garantie par la Constitution depuis deux décennies, la justice burundaise a fait l’objet de multiples critiques, analyses et propositions de réforme. iv. L’Accord d’Arusha 30. C’est l’instrument fondateur de la paix au Burundi. Le modèle consociatif de partage du pouvoir entre la majorité Hutu (85 % de la population), aujourd’hui au pouvoir, et la minorité Tutsi (14 % des Burundais), longtemps à la tête du pays, a été la solution à une guerre civile de plusieurs décennies.15L’Accord d’Arusha qui entra en vigueur le 1er novembre 2001 avait mis en place une assemblée nationale de transition, avec pour président Jean Minani, président du Front pour la démocratie au Burundi (FRODEBU) et prévoyait en attentant les élections législatives et municipales prévues pour 2003 et présidentielles pour 2004, une période de transition de 3 ans avec pour président le major Pierre Buyoya et Domitien Ndayizeye comme vice-président pour une période de 18 mois. L'alternance prévue fut respectée. Les différents portefeuilles du gouvernement furent partagés entre l'Union pour le progrès national (UPRONA) et le FRODEBU. Le 4 février 2002, le Sénat de transition élit Libère Bararunyeretse (UPRONA) à sa présidence. v. Accord de paix (protocole de Pretoria) 31. En juillet 2003, les forces Hutus du CNDD-FDD, en coalition avec le PALIPEHUTU-FNL attaquent Bujumbura, causant le déplacement massif de la population (près de 40 000 habitants fuient la capitale). Pour mettre fin à ce nouveau confit, un accord de paix (Protocole de Pretoria) sera signé entre le président Ndayizeye et le chef des CNDD-FDD le 15 novembre 2003 à Pretoria on Afrique du Sud. Cet accord permettra au CNDD-FDD d’entrer au gouvernement, au sein duquel elle détiendra quatre ministères et disposera de postes de haut rang dans les autres institutions, conformément à l'Accord d'Arusha. vi. Les causes et les facteurs déclencheurs de la crise actuelle 32. Pour beaucoup d’observateurs, y compris les parties prenantes, les origines de la crise sont plus lointaines qu’avril 2015, en effet, cette large hostilité populaire à ce qu’elle considérait comme une violation de la Constitution est nourrie par un mécontentement quasi général contre la gestion du pays durant le deuxième mandat de l’actuel président. Les 15« Burundi: l’accord d’Arusha en danger, la paix en sursis ? » Violette Tournier https://afriquedecryptages.wordpress.com/2014/06/11/burundi-laccord-darusha-en-danger-la-paixen-sursis/ 12
manifestations organisées par des partis politiques et la société civile opposés au troisième mandat du Président Nkurunziza, ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre et de sécurité faisant plus d’une centaine de morts, la destruction des médias privés, de nombreuses arrestations de militaires soupçonnés d’avoir commandité et tenté de renverser le régime. 33. Au-delà des divergences d’opinions dans l’interprétation des dispositions de l’Accord d’Arusha, nombreux sont ceux qui soutiennent que la vrai question sous-jacente était l’ascension au pouvoir et pour certains par tous les moyens, quoique les manifestations soient intervenues en avril, après l’annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza, d’aucuns prétendent que celles-ci auraient été préparées depuis longtemps et l’annonce de la candidature aura été le prétexte idéal pour les déclencher. 34. En effet, pour les partisans du troisième mandat, l’article 96 de la Constitution est clair quant au nombre de mandat en ce sens qu’il dispose que « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois.» ce qui rejoint parfaitement l’esprit de l’accord d’Arusha qui dit que : «Le Président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels». Ainsi en soutient de leur thèse, les partisans du troisième mandat font valoir que lors de sa première élection le président Pierre Nkunriziza avait été élu au suffrage universel indirect, ce qui fait que seul l’élection de 2010 doit être considéré comme étant son premier mandat, car ayant été élu au suffrage universel direct conformément aux dispositions de l’article 96 de la Constitution. 35. Pour les opposants au troisième mandat, la thèse avancée par le camp présidentiel n’est pas défendable car, la limite à deux mandats est sans équivoque selon les termes de l’article 96.16 L’exception sur le mode d’élection inscrite à l’article 302, alinéa 1, de la Constitution de 2005 qui dispose qu’«à titre exceptionnel, le premier Président de la période posttransition est élu par l’Assemblée Nationale et le Sénat élus réunis en Congrès, à la majorité des deux tiers des membres….» n’a rien à voir avec la limitation de mandats présidentiels. Elle n’est qu’une dérogation à la précision apportée par le texte constitutionnel de 2005 par rapport à l’Accord d’Arusha quant au mode d’élection du Président de la République, à savoir le suffrage universel direct.17Il ne peut en aucun cas être utilisé comme argument valable pour justifier la violation de l’obligation de limitation de mandat, consacrée à l’article 96 de la Constitution. 16 « 2015 : Le Burundi à la croisée des chemins » Isaac Nizigamahttp://www.arib.info/Isaac-Nizigama2015-Le-Burundi-a-la%20croisee-des-chemins.pdf 17 Voir note précedente 13
36. Ainsi pour les opposants, le premier mandat pour lequel il avait été élu par suffrage universel indirect en vertu de l’article 302 doit être comptabilisé comme étant son premier mandat et celui de 2010 comme étant le second. Car c’est le nombre de mandat et non le mode de scrutin qui importe, aussi, le troisième mandat est une violation de la Constitution et de l’Accord d’Arusha. vii. La pression politique sur la Cour constitutionnelle 37. Selon les dispositions de l’Accord d’Arusha, la Cour constitutionnelle a reçu les pleins pouvoirs judiciaires pour faire appliquer la Constitution et agir en qualité de garant de cette Constitution, même si elle doit s’opposer à l’Exécutif et au Législatif. Le Sénat ethniquement équilibré doit confirmer les nominations à la Cour constitutionnelle et au sein d’autres tribunaux importants. 38. Cependant celle-ci sera privée de son indépendance lorsqu’elle sera amenée à se prononcer sur la validité de la candidature du président Pierre Nkurunziza pour un mandat supplémentaire, en effet selon les dires du Vice-président de la Cour constitutionnelle Sylvère Nimpagarit se maintenant en exil ; les membres de la Cour auraient subis des pressions de la part du pouvoir afin de valider la candidature, ainsi il a déclaré que : le soir du 30 avril, ils avaient déjà commencé à subir d’énormes pressions et même des menaces de morts, ceux s’opposant à la validation de la candidature aurait affirmé que si il ne s’étaient pas rallié à la cause, ils auraient contribué à humilié le président et de ce fait risquaient leurs vies. Sylvère Nimpagaritse, refusera de céder et prendra la route de l’exil. 39. Cette situation tout en contribuant à la détérioration de la situation, enleva l’opportunité aux partisans du troisième mandat d’avoir une véritable assise juridique de leurs revendications tout en confortant l’opposition dans sa conviction que le troisième mandat violait aussi bien la Constitution que l’Accord d’Arusha. viii. La situation économique 40. Au plan économique, le Burundi, est un pays en voie de développement dont l’économie est fondée essentiellement sur l’agriculture, les autres secteurs ne pesant que peu. A l’instar des pays post-conflits, il bénéficiait en raison de la crise, plusieurs partenaires ont suspendu leur aide, plongeant ainsi l’économie dans la récession.Les conséquences de la crise politique sont dramatiques pour les commerçants, mais aussi potentiellement désastreuses pour une économie nationale chancelante et un pouvoir déjà fragilisé. 14
41. Petit pays d'Afrique des Grands Lacs, le Burundi, meurtri par une longue guerre civile (1993-2006), est un des plus pauvres de la planète: revenu national brut de 260 dollars par tête, 58% de la population souffrant de malnutrition chronique, il exporte très peu, essentiellement du café, produit trop peu pour assurer son autosuffisance alimentaire et est miné par la corruption. 42. Avec les manifestations, une forte répression s’en est suivie, poussant ainsi des milliers de Burundais à fuir le pays. Parmi ces eux, de nombreux contribuables dont des hommes et femmes d’affaires. Les élections ainsi que la mise en place des institutions contestées par l’opposition et une partie de la communauté internationale n’ont pas encore permis de résoudre la crise économique en cours. ix. Le contexte historique marqué par l’impunité vis-à-vis des violations des droits humains 43. la question de l’’impunité au Burundi est au centre des nombreux conflits qu’a connu le Burundi jusqu’à ce jour. En effet, l’ampleur des violences observées depuis octobre 1993 s’explique par l’impunité des crimes graves du passé. Malgré l’unanimité sur la nécessité de mettre fin à ce fléau, la violence au sein de la population burundaise est devenue résiduel. Les amnisties ayant bénéficié aux acteurs des graves violations et autres abus lors des conflits passés, le burundais semble conforté dans le sentiment que l’impunité est une réalité. 44. Par ailleurs bon nombre des dirigeants actuels et ceux ayant été à la tête du pays à quelque exception près le sont devenus soit à la suite d’un coup d’Etat ou après avoir été dans la rébellion armée. Cet état de fait contribue grandement à alimenter les rancœurs, notamment celles des victimes qui se sentent doublement atteintes. Dans un une région ou les armes sont en circulation et où il est possible d’acheter une grenade pour moins de 10 dollars, la tentation de faire usage de la violence, surtout si on ne craint aucunes représailles est très forte. A cela s’ajoute la violence résiduelle profondément ancrée au sein de la population, pour beaucoup tuer est devenu normal. 45. Il est important de lutter contre l’impunité, mais plus encore de briser le cycle de la violence en éduquant la population au respect de la vie. Cependant cela ne pourra se faire sans qu’une véritable justice soit appliquée et que les responsables des crimes ne soient plus simplement absouts de leurs crimes ; mais mis face à leurs responsabilités, afin que les populations comprennent que la violence n’est pas sans conséquences et que l’on doit répondre de ses crimes. 46. La question de l’impunité n’a malheureusement pas été au centre de la politique gouvernementale burundaise ces dernières années et les 15
frustrations qu’elle a engendrées, ajoutées aux autres questions liées notamment, au chômage, la redistribution équitable des richesses, le pouvoir d’achat, etc., ont contribué grandement à l’éclatement de la présente crise. Car au-delà de la question du troisième mandat, plusieurs questions sous-jacentes dont celle de l’impunité sont à l’origine de cette crise et la résolution de cette dernière devra prendre en compte ces différents paramètres afin de trouver une solution pérenne pour mettre fin au cycle de la violence au Burundi. x. Les territoires les plus touchés par la violence et la survenue des violations des droits humains 47. Les manifestations ont eu lieu dans la capitale Bujumbura, plus précisément dans les quartiers Musaga, Jabe, Buyenzi, Kirundo, Nyakabiga, Bwiza, Cibitoke, Kanyosha, Mutakura, considérés comme les quartiers « contestataires ». Cependant, selon des sources fiables il a été rapporté que certains incidents auraient également lieu à l’intérieur du pays, notamment dans les collines et aux frontières du pays (Tanzanie ; République Démocratique du Congo et Rwanda). III. VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME ET AUTRES ABUS 48. Avant de lever le voile sur toutes les violations des droits de l’homme liées à la crise, Le rapport de mission de la Délégation procède à la présentation de l’étendue desdites violations et leurs effets sur les institutions de protection des droits de l’homme. i. L’étendue des violations des droits de l’homme dans la crise et Les effets de la crise sur les institutions18 de protection des droits de l’homme 49. Avant l’arrivée de la Délégation au Burundi, des rapports de diverses sources crédibles19 faisaient état de violations des droits de l’homme et autres abus perpétrés au Burundi. C’est d’ailleurs sur la base de ces allégations et dénonciations continuelles et au regard des développements inquiétants en cours au Burundi que le CPS de l’UA a requis que la Commission conduise une mission d’enquête approfondie sur les violations des droits de l’homme et autres abus qui découlent de la crise débutée matériellement le 26 avril 2015. 18 La notion d’ “Institutions de protection des droits de l’homme » est prise ici dans son sens le plus stricte et ne vise que les structures mises en place par l’Etat pour protéger spécifiquement les droits de l’homme. 19 Les medias, les organisations locales et internationales des droits de l’homme, les organisations humanitaires et le système des Nations Unies de même que les représentations diplomatiques accréditées au Burundi. 16
50. Au cours de sa mission, la Délégation a constaté que bien qu’étant concentrées dans la capitale Bujumbura, la crise et les violations des droits de l’homme qui en découlent ont un effet et des répliques sur tout le pays avec des évènements connexes notés de temps à autre dans certaines parties du pays en dehors de la capitale. La crise burundaise a eu pour effet de mettre à rudes épreuves toutes les articulations du pays et les institutions de protections des droits de l’homme ne sont pas épargnées. Ainsi, du Médiateur de la République au système judiciaire en passant par la Commission Nationale Indépendante des Droits de l'Homme(CNIDH), toutes les institutions font face aux défis générées par la crise dans la conduite de leur mission de protection des droits de l’homme. 51. En effet, en ce qui concerne l’Ombudsman, le détenteur du poste le Dr Mohamed Rukaka a quitté le pays courant juillet 2015 après un discours présentant le rôle de sa structure dans la prévention des conflits avant et pendant la crise et qui dénonçait les différentes violations des droits de l’homme et appelait les parties en conflit au dialogue. Concernant la CNIDH, selon les entretiens que la Délégation a eus avec le président de cette institution et avec divers acteurs sur le terrain, son positionnement dans la crise est délicat et même très controversé. Ainsi, selon eux la CNIDH est accusée de partialité par les groupements opposés au gouvernement actuel et de défendre les « criminels » qui veulent déstabiliser les institutions « légales et légitimes » en place par le gouvernement, par le pouvoir en place selon les prises de positions que l’institution peut avoir. 52. Quant au système judiciaire, la crise sous laquelle celui-ci était avant la crise s’est exacerbée avec un impact sur sa capacité à répondre avec diligence et impartialité à sa mission dans la mesure où la crise a accru les cas judicaires a provoqué une totale méfiance voire, défiance de la part des opposants. Bien plus, des partenaires ont interrompu leur appui technique et financier au système judiciaire.20 Ce qui préjudicie fortement à l’efficacité du système. 53. La résultante commune de la crise sur ces institutions est que ces institutions qui doivent servir de remparts contre toutes formes de violations des droits de l’homme ont perdu tout crédit. Elles se retrouvent de par leur inaptitude à mener leur mission eu égard au contexte, dans une position d’acteurs de fait de la détérioration de la situation des droits de l’homme dans le pays. 20 En illustration l’on peut citer le cas de la suspension de la coopération belge qui, selon les analyses de certains acteurs rencontrés, aurait un impact négatif sur le système judiciaire avec le défaut de célérité et manquements dans les poursuites au niveau de la justice. 17
ii. Détermination, description et qualification des violations des droits de l’homme et autres abus survenus au cours des différentes phases de la crise 54. La Délégation a fait ses analyses au regard des droits protégés par la Charte africaine. Ainsi, comme exposé ci-dessous, la Délégation note une violation de la quasi-totalité des droits protégés par la Charte africaine. • Atteintes au droit à la non-discrimination (Article 2) 55. La Délégation déduit la violation du droit à la non-discrimination suite à la polarisation des positions des chacune des parties opposées dans le conflit burundais. Cette polarisation politique dont le nœud gordien est la question du troisième mandat, elle-même issue du désaccord dans l’interprétation de l’accord d’Arusha et de la Constitution burundaise, met en antagonisme deux camps qui s’agressent de façon continue et quotidienne en commentant des violations des droits de l’homme basées sur l’opinion et l’appartenance politique réelle ou supposée. 56. La Délégation a constaté des assassinats ciblés de leaders politiques et militaires, des arrestations et détentions arbitraires des manifestants contre le troisième mandat, la destruction et fermeture de medias et la suspension d’organisations de la société civile sur la présomption que ces personnes et entités étaient opposées au gouvernement en place. Par ailleurs, la Police et les forces de sécurité de même que les partisans du troisième mandat et du gouvernement actuel sont ciblés sur la base de leur appartenance et opinion politique supposées ou réelles. Ceci constitue donc une discrimination basée sur l’opinion politique, en violation des droits garantis par la Charte africaine en son article 2. • Atteintes au droit à l’égalité devant la loi et au droit à l’égale protection de la loi (Article 3) 57. La Délégation a constaté qu’il régné une instabilité dans certaines localités du pays où les populations qui y vivent ne sont pas protégées au même titre que celles qui sont dans les zones plus ou moins sécurisées. Par ailleurs les entretiens avec différents acteurs ont mis en lumière, le peu de diligence et à la lenteur des efforts et procédures mise en œuvre en ce qui concerne les cas de violations dont ont été victimes les opposants au troisième mandat, l’appareil étatique mettant plus de célérité à traiter les questions touchant ses partisans. C’est le cas par exemple des dossiers concernant le coup d’Etat et l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana21 dans lesquels les auteurs présumés sont en détention et les procédures en cours, alors qu’en ce qui concerne les cas des leaders d’opposition et défenseurs des droits de l’homme attaqués ou tués, les 21 Voir la suite du rapport. 18
autorités indiquent que les enquêtes sont toujours en cours sans preuves tangibles de résultats imminents. 58. La Délégation a également pu recueillir des témoignages soutenant qu’il y avait eu des discriminations dans le droit à manifester. En effet, alors que les manifestations publiques sont interdites, les partisans du pouvoir en place sont autorisés à manifester à tout moment sous protection des forces de sécurité, tandis que les manifestations de l’opposition sont réprimées de façon violente. • Atteintes au droit à la vie (Article 4) 59. La Délégation a été informée des cas d’atteintes au droit à la vie liées à la crise. Les statistiques disponibles22 n’ont pu faire l’objet de vérifications approfondies, la Délégation ne disposant pas des moyens techniques et logistiques à cet effet. Cependant, au cours de la mission, des incidents d’une violence inouïe se sont produit de façon quasi-quotidienne avec un pic atteint dans la nuit du 10 au 11 décembre 2015. Ces incidents auraient couté la vie à au moins une centaine de personnes appartenant toute origine de confondues. 60. La Délégation a été informée de l’attaque par des individus armés non identifiés contre trois camps militaires de Bujumbura contre lesquelles les forces de sécurité régulières auraient riposté. Au cours du ratissage organisé afin d’identifier et d’arrêter les présumés coupables des exécutions sommaires auraient eu lieu. L’existence de fosses communes a également été rapportée à la Délégation. Bien que toutes ces allégations n’aient pu être matériellement vérifiées par la Délégation, celle-ci a été témoin depuis son lieu d’hébergement des déflagrations et autres bruits assourdissants qui ont duré plus de 24 heures et qui manifestement sont la preuve d’affrontement violents entre les opposants et les forces de sécurités. Par ailleurs, les autorités militaires ont elles-mêmes communiqué un bilan de 87 morts au terme des opérations militaires. 61. Le Burundi ayant aboli la peine de mort23, il a ainsi fait valoir l’importance qu’il accorde au droit à la vie. Aussi toute atteinte à la vie, quelque soit le contexte (paix-conflit armé) est condamnable. En tant que premier garant de ce droit l’Etat devrait faire preuve de retenue, particulièrement lorsqu’elle organise des opérations de ratissage en vue d’appréhender les présumés coupables. La Délégation note que concernant le droit à la vie le chiffre de 400 morts et plus selon certaines sources est avancée, cependant comme précisé précédemment, ce chiffre n’a pas être vérifié. Les violations du droit à la vie porté à l’attention de la Délégation incluent les assassinats ciblés et des exécutions sommaires. 22 Le décompte des décès liés à la crise frôlait les 400 cas au moment de la mission de la Délégation. 23 Voir Code Pénal du Burundi promulgué le 22 avril 2009. 19
62. Les assassinats ciblés ont concernés certaines personnalités et leaders de partis politiques ou de la société civile. Du 05 août au 22 septembre, il a été dénombré des assassinats ciblés dont 3 concernent des personnalités bien connues. Il s’agit du Colonel Jean Bikomagu, ancien Chef d’Etat-major, de Potien Barutiwanayo, administrateur de la commune d’Isale, membre du Front National de Mibération (FNL) d’Agathon Rwasa et de Patrice Gahungu, porte-parole de l’Union pour la paix et le développement (UPD).24 63. Les cas d’assassinats de militants de partis politiques et de personnes non identifiées ont également été documentés. A titre indicatif, Abel Sabimana, un enseignant, membre du Mouvement pour la Solidarité et le Développement (MSD), un parti politique d’opposition radicale, a été tué. Sa femme Annick Nininahawze, blessée a été internée à l’hôpital Arche de Kigobe géré par Médecins sans frontières (MSF). Le parti MSD compte plus de victimes car il fut le premier parti à s’être illustré aux côtés de la société civile dès le mois de mars dans la contestation populaire contre le 3ème mandat. 64. Entre le 19 Août et le 28 Septembre 2015, 22 cas de corps sans vie retrouvés dans certains endroits de la ville de Bujumbura et à l’intérieur du pays ont enregistré. La majorité des corps sans vie n’ont pas encore été identifiée. Pour ceux l’ayant été, il s’agissait du corps d’un militaire et de membres de partis politiques notamment le MSD. Il y aurait également eu des cas d’assassinats ou de tentatives d’assassinats sur des militants du parti CNDD-FDD, des partis alliés, et des personnalités militaires. 65. Le 11 septembre, le Chef d’état-major des Forces armées, le Général Prime Niyongabo, a été l’objet d’une tentative d’assassinat alors qu’il se rendait à son bureau. Par ailleurs près de 55 cas d’exécution sommaires auraient été enregistré au cours du mois d’octobre 2015. 66. Au vue des exemples cités il indéniable que le droit de la vie tel que consacrée par l’article 3 de la Charte africaine a été violé. Par ailleurs selon la jurisprudence internationale et celle de la Commission25 il y a violation du droit à la vie lorsque l’Etat ne prend pas les mesures pour enquêter et établir les responsabilités lorsque ses agents des forces de l’ordre causent la mort par l’utilisation de leurs armes. Malgré ses demandes répétées, la Délégation n’a pu obtenir des autorités, des preuves démontrant que des mesures avaient été prises en vue d’établir les responsabilités et sanctionner les responsables. 24 Informations recueillies auprès des observateurs des droits de l’homme de l’Union Africaine déployer au Burundi, pour la surveillance des violations des droits de l’homme dans le cadre de la crise. 25 Communication 288/04 Gabriel Shumba v Zimbabwe, mai 2012. 20
• Atteintes à l’interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains et dégradants (Article 5) 67. Des rapports de torture, traitements cruels, inhumains et dégradants ont été fait à la Délégation au cours de sa mission. Les acteurs ont rapporté des cas de violentes bastonnades, de l’’utilisation d’acide, d’actes de torture par injection, de suspension d’objets lourds par les parties génitales males entre autres. Selon les rapports reçus la plupart des victimes seraient des membres ou des sympathisants des partis politiques d’opposition, des personnes accusées de participation dans des bandes armées ou de participation à un mouvement rebelles. Les victimes refusent de porter plainte par crainte de représailles. Certains cas d’allégations de tortures, mauvais traitements et autres traitements dégradants ont été confirmés par la CNIDH. 68. Selon les rapports les lieux de survenances de ces actes sont multiples. Il s’agirait d’endroits où se seraient tenus des manifestations contre le troisième mandat, des locaux de la Service Nationale de Renseignements (SNR), de la police judiciaire, des lieux d’arrestations ou à proximité et des lieux de garde à vue à travers Bujumbura, des check-points érigés par les groupes d’auto-défense et de vigilance, etc. 69. Concernant les statistiques, les données reçues par la délégation varient selon les sources mais selon les sources concordantes il y aurait à ce jour un peu plus de 142 cas de torture et de mauvais traitement répertoriés depuis le début de la crise.26 A l’analyse de ses informations, la Délégation pense que la torture, les traitements inhumains et dégradants tendent à devenir systématiques. • Atteintes au droit à la liberté et à la sécurité de la personne (Article 6) 70. De nombreux cas de violation relatif à l’article 6 de la Charte africaine ont été rapportés à la Délégation. Les informations recueillies lui ont permis de reconstituer le cadre et les contextes dans lesquels les arrestations et détentions arbitraires ont lieu. Ainsi, au cours dela période allant du 26 avril, première phase de la crise à la veille du coup d’Etat manqué le 12 mai 2015, toutes les personnes soupçonnées à tort ou à raison de prendre part aux manifestations contre le troisième mandat étaient susceptibles d’être arrêtées et détenues pour participation à une manifestation illégale et trouble à l’ordre public. 71. Par la suite au cours de la période qui constitue la deuxième phase de la crise et qui se situe après le coup d’Etat manqué et les élections de juillet 26 Par exemple pour le seul mois d’octobre 2015, une organisation a pu documenter 55 cas de tortures survenus dans les locaux de la SNR seulement. 21
2015. L’objectif principal était de mettre aux arrêts toutes les personnes soupçonnées à tort ou à raison d’avoir participé ou soutenu le coup d’Etat. En outre, selon certains témoignages, le gouvernement voulait museler au moyen de la détention toutes les voix qui s’élevaient contre la tenue des élections de juillet 2015. 72. La phase actuelle de la crise à débuter après la fin des élections de juillet 2015. Les détentions et arrestations arbitraires été alors dirigées contre toutes les personnes soupçonnées à tort ou à raison d’être contre le gouvernement en place. Cela inclut la poursuite des arrestations et détentions des personnes qui auraient participé aux manifestations contre le troisième mandat, celles ayant soutenu ou participé au coup d’Etat manqué et toutes les personnes actives dans le conflit que mènent des groupes armés non identifiés contre les forces de l’ordre régulières. 73. Au vue des moyens et méthodes dont il a été fait usages au cours de ses arrestations et détentions, de même que les motifs tendant à la justifier (simple suspicion), la Délégation estime que celles-ci sont pour leurs grandes majorités arbitraires. Par ailleurs, il faut également souligner que de nombreux autres droits comme les droits à la défense ont également été violés. Ainsi, les personnes détenues n’ont pas été informées des charges retenues contre elles, ni informées de leurs droits. De plus nombreuses n’ont pas accès à leurs familles et avocats et elles sont souvent détenues au secret. Ajouter à cela, les délais de détention provisoire anormalement longs dus à l’affaiblissement du système judiciaire suite au retrait des partenaires financiers et techniques qui le soutenaient et à l’affluence des cas devant la justice depuis le début de la crise. 74. La Délégation à constater que les arrestations et détentions arbitraires sont les violations les plus courantes pendant cette crise. En effet, les statistiques obtenues auprès des acteurs présents sur le terrain démontrent qu’elles ne sont pas constantes. Par exemple, le Ministère de la Justice parle de plus de 100 jeunes manifestants détenus dans le cadre de la crise et d’autres sources évaluent à plus de 1400 le nombre approximatif de personnes arrêtées en relation avec la crise tout en précisant que certaines ont été entre temps libérées. • Atteintes au droit à un procès équitable et à l’indépendance des tribunaux (Articles 7 et 26) 75. La Délégation a conclu à des atteintes aux droits garantis aux articles 7 et 26 de la Charte africaine suite à l’analyse des informations fournies par les différents acteurs rencontrés au cours de la mission. D’une part avant la crise, au niveau du système judiciaire, il existait selon certains rapports des dysfonctionnements faisant peser un réel doute sur la capacité de celui-ci de remplir son rôle de troisième pouvoir dans une démocratie en 22
toute indépendance, impartialité et de manière compétente. Cette position est corroborée par certains rapports d’experts comme préciser précédemment. 76. D’autre part, les faiblesses du système judiciaire identifiées ci-dessus, se sont accentuées dans le contexte de la crise avec la forte pression du pouvoir sur certaines hautes juridictions dont la Cour Constitutionnelle qui a vu la défection et l’exil de son vice-président27suite aux tensions relatives au débat juridico-politique sur le troisième mandat. L’une des conséquences de la pression et du dirigisme étatique dans le système judiciaire est la non élucidation de nombreux cas de violations des droits de l’homme commis à l’endroit des personnes identifiées comme faisant partir du camp opposé au gouvernement, tandis que les situations relatives aux personnes soutenant le gouvernement sont traitées avec diligence. 77. La Délégation note aussi à cet égard les cas de détentions provisoires excessivement prolongées, le manque d’assistance juridique pour la majorité des prévenus démunis et autres dysfonctionnements dans le système dus selon les sources convergentes, à la suspension des aides techniques et financières de certains partenaires internationaux du fait de la crise. • Atteintes au droit à l'information et liberté d'expression (Article 9) 78. La Délégation conforme l’existence d’atteintes au droit à l’information et au droit à la liberté d’expression sur plusieurs éléments matériels. Il y’a eu des fermetures arbitraire de medias ou des actes intimidation et autres à l’encontre de ces derniers afin de les obliger à « contrôler » leur ligne éditoriale, limiter leur couverture spéciale et leur audience ou simplement à cesser toute activités.28 79. S’en est suivit des attaques et destruction de medias à au cours des affrontements. Les medias visés sont ; la radio Isanganiro, la Radio Publique Africaine (RPA), la Radio-Télé Renaissance, Bonesha-FM qui ont été attaqués, pillés ou détruits par les partisans du pouvoir. La radio Rema a été saccagée par les manifestants contre le troisième mandat. Quant à la Radiotélévision Nationale du Burundi (RTBN), elle fut l’objet de combats entre les putschistes et les loyalistes et a subi des dégâts. 80. La Délégation a pu échanger avec des professionnels des medias en exil suite aux atteintes à leurs droits fondamentaux. Elle a été informée qu’il 27 Il s’agit de Sylvère Nimpagaritse, vice-président de la Cour Constitutionnelle qui a fui le Burundi en mai 2015. 28 Par exemple, les médias tels que la RPA, la Radio Bonesha, la Radio Isaganiro, la RMA fm-Tv, la Radio Renaissance-Tv et la Radio Humuriza ont eu à être fermées par les autorités. 23
y’aurait plus de 100 professionnels des medias en exil et d’autres seraient en clandestinité dans le pays, craignant pour leur vie. Le paysage médiatique à burundais est devenu quasiment unipolaire et beaucoup de professionnels des médias pratiquent l’autocensure afin de ne pas s’attirer les foudres du pouvoir en place. Ceci limite les populations à accéder à une diversité de sources d’information, mais également à pouvoir s’exprimer librement sur les questions d’intérêt public sans crainte de représailles. • Atteintes au droit à la liberté d'association et au droit à la liberté de réunion (Article 10 et 11) 81. La Délégation a obtenu des acteurs présent sur le terrain, les preuves de la suspension d’au moins 10 organisations de la société civile sur le motif qu’elles auraient été impliquées dans la tentative de renversement du pouvoir survenu le 13 mai 2015 et seraient aussi la cheville ouvrière des manifestations en contestation du troisième mandat.29 82. La Délégation considère que cette suspension arbitraire et que les autorités semblent faire une confusion entre la responsabilité individuelle (qui d’ailleurs n’est point encore établie par la justice) et la responsabilité collective. Ce qui pourrait porter gravement atteinte à la liberté d’association des populations burundaises. Les interdictions d’activités et les gels des avoirs à l’encontre des organisations de la société civile les plus actives au Burundi porte également atteinte à la liberté de réunion des membres de ces organisations. • Atteintes au droit à la liberté de mouvement (Article 12) 83. Au cours de la crise, de nombreuses violations de la liberté de mouvement ont été observés. Les violations ont débuté avec les manifestations contre le troisième mandat qui ont entrainé la fermeture des plusieurs quartiers entiers et empêchant les populations qui voulaient vaquer à leurs activités de le faire. Ensuite, l’instauration des patrouilles et check-points par les forces de l’ordre limitent les mouvements des populations au prétexte de la nécessité de sécuriser les biens et les personnes. A cet effet, la Délégation a pu elle-même expérimenter l’impossibilité de circuler librement pendant les affrontements du 10 et 11 décembre 2015. Les fermetures contrôlées des quartiers dits contestataires par les autorités pour des opérations de désarmements. Celles-ci mettent en quarantaine pendant de longues heures des populations qui ne peuvent plus se déplacer librement. 84. Les personnes fuyant le conflit soit pour les pays voisins ou l’intérieur du pays sont souvent détenues arbitrairement sur des accusations de 29 Voir liste des organisations suspendues et l’arrêté de suspension en annexe. 24
participation ou soutien à un mouvement insurrectionnel. La Délégation a reçues des informations selon lesquelles, tant dans les quartiers dits « contestataires » que dans les parties du pays totalement contrôlés par le gouvernement et ses alliés, des groupes d’auto-défense et de vigilance se sont constitués et empêchent les populations de circuler librement se substituant ainsi à la police. Tout cela a transformé Bujumbura en une ville sous couvre-feu de facto parce que personne ne veut et ne peut être hors de son domicile ou dehors à la nuit tombée (18h). • Atteintes au droit à la participation à la vie publique (Article 13) 85. La Délégation note que la polémique autour du troisième mandat avec la violence qui y est rattachée a fortement entachée la crédibilité des élections qui ont eu lieu selon des nombreux d’observateurs. Ainsi, le boycott des élections par une grande partie des acteurs politiques, de même que les mouvements de populations ayant fui leurs localités habituelles, il apparait évident que le droit à la participation à la vie publique tel que garanti à l’article 13 de la Charte africaine n’a pu être exercé par des nombreux burundais, non seulement durant la période électorale, mais même bien au-delà. 86. En effet, l’absence du libre arbitre et le choix éclairé a fait défaut dans un contexte de crise avec violence. Considérant que la position ou le positionnement politique vis-à-vis de la question relatif aux règles gouvernant le processus de participation à la vie publique, constitue le nœud gordien de la présente crise, il serait inapproprié de conclure que dans le contexte actuel permet la mise en œuvre du droit à la participation à la vie publique. • Atteintes au droit à la protection de la famille et des groupes vulnérables (Article 18) 87. La Délégation est d’avis que le contexte de crise tel que décrit par les personnes rencontrées lors de sa mission ne peut aucunement garantir la protection de la famille et des groupes vulnérables. Pour la Délégation, la crise a déstructuré l’unité de certaines familles qui ont dû fuir hors du pays ou dont les membres se sont éparpillés dans divers endroits du fait de la crise. 88. En ce qui concerne les personnes vulnérables, leur vulnérabilité s’est accentuée avec la crise. Ainsi, la Maison Shalom, une organisation qui s’occupe des plus démunies, dont les orphelins vu ses comptes gelés par le gouvernement au motif qu’elle finançait des actions subversifs. Cela a eu des implications désastreuses sur les personnes dépendantes de ses services. Au-delà de ce cas, il y acelui de milliers de réfugiés qui sont en situation dans une préoccupante et dont les besoins sont de plus en plus 25
difficiles à prendre en charge par les structures qui travaillent avec les réfugiés. 89. La Délégation a été informé de la détention de certains mineurs dans le cadre de la crise même si ces derniers ont pour la plupart été libérés à un moment donné. A cela il faut ajouter les informations non vérifiées mais persistantes sur le recrutement de mineurs par des groupes armés. • Atteintes au droit à la propriété (Article 14) 90. La Délégation a recueilli des informations qui allèguent que des biens et propriétés de personnes privées ou publiques ont été détruits au cours de la crise. Les manifestants se sont attaqués aux symboles et édifices de l’Etat lors de la contestation. Ainsi, les locaux des collectivités territoriales, les véhicules officiels et autres ont fait l’objet d’actes de vandalisme. Il y a également eu des destructions de biens meubles et immeubles comme les habitations, les voitures et autres affaires des particuliers mais aussi des opérateurs économiques privés. 91. Des personnes ont par ailleurs rapporté à la Délégation que les opérations de désarmement menées par les forces de l’ordre et l’activité de police de fait de certains groupes armés sont suivis de dépossession des populations de leurs biens matériels. • Atteintes au droit au travail (Article 15) 92. La Délégation se base d’une part sur les indicateurs économiques depuis la crise pour déduire que les difficultés économiques ont un impact sur le droit au travail des populations. Le fait que les opérateurs économique soient obligés de cesser leurs activités pour cause d’insécurité comme c’est le cas de nombreux investisseurs30, ) mis à risque l’emploi de plusieurs burundais. 93. D’autre part, l’analyse conjointement des difficultés de mouvements, les risques que font courir certaines places publiques comme les bars sujets à attaques à la grenade, et la fuite vers l’extérieur des populations civiles, aide à comprendre que de nombreux burundais et autres ont été forcés de quitter leur travail du fait de la crise. • Atteintes au droit à la santé (Article 16) 94. La fermeture des quartiers opérés par les forces de l’ordre aux fins de désarmement ou de recherche d’insurgés à des conséquences sur les personnes malades et autres personnes blessées nécessitant des soins , qui ne peuvent se rendre dans les centres de santé par manque de moyen de locomotion et par crainte d’être pris pour cible en chemin. Par ailleurs, 30 Des observateurs sur place ont pu confirmer à la Délégation cet état de fait. 26
certains rapports faits à la Délégation soutiennent que certaines personnes blessées auraient été poursuivies jusque dans les hôpitaux, des arrestations de blessés auraient été effectuées par les forces de l’ordre. • Atteintes au droit à l'éducation (Article 17) 95. Il est de notoriété publique que sans sécurité, il est difficile pour les élèves et étudiants d’assister au cours. La situation du Burundi ne permet pas le fonctionnement normal de structures éducatives (préscolaires, élémentaires, secondaires et universitaires). Par ailleurs, les fermetures de quartiers opérés par les deux parties en conflit et le déplacement massif des population à l’intérieur du pays ou vers l’extérieur ne sont pas de nature à favoriser la garanti du droit à l’éducation. • Atteintes au droit des peuples à la paix, au droit au développement économique, social et culturel, et au droit des peuples à un environnement satisfaisant et propice à leur développement (Articles 22 ; 23 et 24) 96. La Délégation est d’avis que seule la paix peut favoriser le développement économique, social et culturel en créant un environnement propice au développement en général. Selon son analyse, la situation d’insécurité qui prévaut dans certaines parties du pays où les activités de tous ordres sont au ralenti du fait de la peur, la méfiance et la défiance de certaines populations vis-à-vis des institutions de la république, et de nature à engendrer des violations des articles 22, 23 et 24 de la Charte africaine. • Les autres abus 97. La Délégation a noté qu’en plus des violations des droits garantis par la Charte africaine, d’autres abus tels que l’intimidation, les arrestations contre rançon et le chantage en cours au Burundi. Ces abus sont connexes aux violations des droits de l’homme énumérés et sont occasionnés par l’absence d’un ordre sécuritaire stable permettant de signifier aux autorités compétentes lesdits abus. 98. Les cas typiques sont ceux où des hommes en armes (forces régulières ou non), des groupes de jeunes et autres personnes détenant un pouvoir de fait ; du fait de la crise, intimident, rançonnent, humilient, et posent des actes de chantage ou même pillent des populations qui se retrouvent sans recours au moment des faits et même après. 27
IV. LES CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS DE LA MISSION I. Les conclusions de la mission 99. Au terme de sa mission, la Délégation a tirées certaines conclusions relatives à la nature et à l’ampleur des violations des droits de l’homme, aux victimes des violations et à l’identification des auteurs de ces violations. i. nature et ampleur des violations 100. La Délégation est d’avis que les violations survenues au Burundi sur la période visée par sa mission peuvent être qualifiées de graves, massives, systématiques et généralisées dans une certaine mesure. D’autres peuvent être catégorisés comme étant continue. 101. Ainsi, pour la Délégation, la nature très grave des violations tient à ce qu’elles impliquent la violation du droit à la vie sans lequel aucun droit n’existe et aussi à ce qu’elles prennent des formes des plus ingénieuses dans la violence au point de déshumaniser à la fois les auteurs et les victimes desdites violations. Par exemple, la cruauté observée dans les pratiques de la torture rapportés à la Délégation et les sévices qu’il est possible de constater sur les corps sans vie découverts dans les rues à une fréquence quasi-journalière. 102. Concernant le caractère massif, celui-ci est mis en exergue par le rythme auxquels ces violations sont commisses, leur nombre élevés et celui des victimes de celles-ci. Pour preuve, les statistiques du nombre de tués par jour ont atteint en la seule journée du 11 décembre 2015 le nombre de 87 selon les sources gouvernementales. Il faut souligner qu’à la fin de la mission, il y avait au minimum un nombre total officiel de près 400 morts pour la seule période de fin avril à la deuxième semaine de décembre 2015. 103. La Délégation a également pris en considération le nombre de réfugiés qui s’élevait à plus de 215 000 et de déplacés internes dont les statistiques ne sont pas disponibles mais qui devrait être important au regard du mouvement massif des populations des quartiers dits « contestataires » ou des « insurgés » vers ceux qui sont perçus comme sécurisés. 104. La Délégation estime que la crise et les violations des droits de l’homme qui en découlent touchent la quasi-totalité des populations burundaises dans la mesure où elles sont atteintes tant au plan social, culturel, politique, sécuritaire et économique, avec t un impact plus ou moins appuyé selon les localités. 28
105. Pour la Délégation, les caractères systématiques, généralisés et continus des violations tiennent à la forte polarisation des positions et parties antagonistes. En effet, la systématisation découle de la volonté de chacune des parties de neutraliser par tous les moyens les tenants de la partie opposée et cela aboutit à une généralisation de la crise et des violations. 106. La Délégation note par ailleurs le caractère continu des violations du fait que la crise et les violations des droits de l’homme subséquentes perdurent depuis son déclenchement matériel en avril 2015 jusqu’au départ de la mission et il n’existait pas en ce moment de signes indiquant qu’elles s’arrêteraient dans un futur proche. ii. Les victimes des violations des droits de l’homme 107. La Délégation note que même si la population burundaise dans son ensemble pâtit de la situation de crise qui prévaut dans le pays et des violations des droits de l’homme qui en découlent, certaines catégories spécifiques de cette population sont particulièrement touchées par ces violations ; ce sont notamment ; les jeunes, les femmes, les enfants, les membres des forces de sécurité, les medias, les défenseurs des droits de l’homme et les organisations de la société civile. 108. Cependant il convient de les classifier selon le critère qui a prévalu dans leur ciblage par les auteurs des violations dont ils sont devenus victimes. Ainsi, toutes les franges de la population citées plus haut se comptent parmi les victimes des violations et ont été ciblées soit sur la base de l’opinion réelle ou perçue de l’appartenance à l’une des parties en conflit ou tout au moins au soutien actif ou tacite de l’une d’entre elles ; ou soit par le fait du pur hasard ou l’opportunisme des parties en conflit, dans le cas des dommages collatéraux liés aux affrontements. • Les manifestants (réels ou perçus comme tels) contre le troisième mandat devenus contestataires (réels ou perçus comme tels) du gouvernement en place 109. Les témoignages et entretiens ont révélé que la majorité des victimes de la crise se trouve parmi cette catégorie de personnes. Elles sont les cibles de la force publique représentée par la police et les forces de sécurité, auxquels on peut ajouter les groupes alliés pour la mise en œuvre du rôle régalien de l’Etat en ce qui concerne le maintien de la sécurité, est utilisée pour commettre les violations de types cités plus haut dans ce rapport. 110. La Délégation a ainsi noté qu’au cours des entretiens qu’elle a eu avec les interlocuteurs parlant des victimes de la crise, ces derniers 29
mentionnaient toujours le cas des jeunes de sexe masculin, qui sont sommairement abattus ou qui sont enlevés, arrêtés, détenus et dont les corps sans vie sont retrouvés dans les rues. La Délégation a pu observer par le biais de photos et vidéos des corps de jeunes victimes de sexe masculin retrouvés dans les rues les corps criblés de balles et les mains souvent liées dans le dos. Pour illustration, les évènements du 11 décembre 2015 qui selon le gouvernement a entrainé la mort de 87 personnes à démontré que les jeunes de sexe masculin constitue la majorité des victimes. 111. Par ailleurs à quelques exceptions près, ils sont également les principales victimes des atteintes au droit à la vie, des actes de tortures, traitements cruels et dégradants et autres arrestations et détentions arbitraires. La raison de ce constat est que la jeunesse et particulièrement les jeunes garçons, ont été les fers de lance de la contestation contre le troisième mandat et plus tard contre le pouvoir issue des élections de juillet 2015. En conséquence, la dynamique de répression et de contrerépression à laquelle le Burundi est confrontée depuis avril 2015 a pour cause essentiellement des victimes au sein des acteurs étant majoritairement le terrain. 112. Les femmes, les hommes politiques, les medias, les défenseurs des droits de l’homme, et les membres des organisations de la société civile et même des membres des forces de défenses et de sécurité ayant rejoint la contestation ou étant perçus comme la soutenant d’une façon ou d’une autre, sont aussi visés. Ces derniers sont également victimes des actes de violence et autres violations des droits de l’homme. 113. Pour ce qui est des femmes, elles vivent dans un climat de perpétuelle peur selon les témoignages reçus. Cependant ; il y a très peu de rapports faisant état de violences basées sur le genre, mais elles sont victimes d’autres formes de violations au même titre que les hommes même si c’est à une moindre échelle. 114. Concernant les hommes politiques membres de l’opposition ou perçus comme tels, plusieurs ont quittés le pays suite à la vague d’assassinats ciblés dirigés contre eux. Il y a à ce jour un peu plus de 100 professionnels des medias, défenseurs des droits de l’homme et leaders de la société civile en exil auxquels s’ajoutent les politiciens. Ces chiffres sont approximatifs et n’incluent pas les personnes qui sont dans la clandestinité à l’intérieur du pays craignant pour leur vie et pour fuir les mandats internationaux lancés contre la majorité de tous les acteurs en relation avec le coup d’Etat du 13 mai 2015. 115. Il est difficile à ce stade d’établir la proportion exacte de toutes les catégories citées en termes de personnes tuées, blessées, arrêtées ou 30
détenues arbitrairement, depuis le début de la crise, sur la base des statistiques disponibles. De même les quotas de chacune des catégories parmi les quelques 215 000 réfugiés et au nombre inconnu de déplacés internes ne peuvent être établis. 116. La Délégation note sur la base de témoignages concordants, que la répression excessive par le gouvernement et l’inexistence de dialogue entre les parties ont poussé une partie des opposants au troisième mandat à la radicalisation. Depuis un certain temps cette partie radicalisée fait de la résistance armée et les conséquences sont dramatiques, car accentuées par les affrontements violents quasi quotidiens avec les forces de sécurité qui font de victimes. 117. L’usage excessif de la force publique et de la violence n’est pas justifiable, particulièrement lorsque celle-ci s’exerce à l’encontre d’une personne ou un groupe dont l’opinion n’épouse pas celle de l’autorité : Cela est d’autant plus condamnable lorsque la cible visée est juste soupçonnée ou perçue comme étant coupable. Dans le cas du Burundi, la tendance devenue systématique, est celle qui consiste pour la force publique et les groupes alliés à s’attaquer de façon indiscriminée aux personnes, groupes ou structures perçues comme défendant ou soutenant les opposants au gouvernement actuel. 118. Les exemples de ce type sont légions et ont été rapportés à la Délégation avec pour illustration la description du modus operandides pratiques répressives des forces de sécurité de la Police Nationale du Burundi. Ainsi, selon les témoignages recueillis, lorsque la Police est la cible d’attaques au cours d’une de ses patrouilles, en guise de représailles, elle mène des opérations visant à rechercher les présumés auteurs de l’attaque et ceci donne souvent lieu à des arrestations arbitraires, des traitements cruels inhumains et dégradants, des enlèvements et même parfois des exécutions sommaires, sans compter les cas d’agressions sexuelles sur les femmes et les vols de biens des populations civiles innocentes. 119. La Délégation a été informée de plusieurs cas emblématiques qui illustrent l’ampleur des violences à l’égard des personnes et entités opposées au troisième mandat ou supposées l’être.Il s’agit notamment de: − ZediFeruzi, Président de l’Union pour la Paix et la Démocratie (UPD); assassiné le 23 mai 2015 en rentrant chez lui dans le quartier de Ngagara ; − Pierre-Claver Mbonimpa, défenseur des droits de l'homme éminent, victimed’une tentative d’assassinat le 3 août 2015, il fut atteint d’une balle au visage, tirée par des inconnus à moto à Bujumbura ; 31
− Patrice Gahungu, porte-parole d'un parti d'opposition UPDabattu par balles le lundi 7 septembre par des individus non identifiés alors qu’il rentrait chez lui dans le quartier de Gihosha (nord de Bujumbura) ; − Welli Nzitonda, fils de Pierre-Claver Mbonimpa. Il aurait été retrouvé mort le 6 novembre 2015 quelques heures après avoir été arrêté par la police. 120. Au cours de sa mission, la Délégation a été informé de l’enlèvement présumée par des forces de sécurité de madame Marie Claudette Kwizera, trésorière de la Ligue ITEKA, une organisation de la société civile et qui jusqu’au moment de la rédaction de ce rapport demeure introuvable. 121. Pour ce qui est des entités, les medias et les organisations de la société civile paient aussi un lourd tribut dans la crise. La Délégation fait référence à la fermeture et destruction de plusieurs medias et à la suspension des activités d’au moins 10 organisations de la société civile locales du Burundi. • Les défenseurs et soutiens (réels ou perçus comme tels) du troisième mandat devenus ceux du gouvernement en place (réels ou perçus comme tels) 122. Selon certains témoignages que la Délégation n’a pu vérifier, les premières victimes en termes de pertes en vies humaines auraient été enregistrées au sein de la jeunesse du parti au pouvoir. Ces allégations indique qu’il y a également eu des victimes de la crise au sein des défenseurs et soutiens (réels ou perçus comme tels) du troisième mandat devenus ceux du gouvernement (réels ou perçus comme tels) issue des élections de juillet 2015. Les actes de violences rapportés ont été les faits des partisans du camp opposé au troisième mandat, puis au gouvernement. 123. Ainsi, selon les divers témoignages reçus par la Délégation, les personnes tuées, blessées, victimes de traitement cruel, inhumain et dégradant, celles ayant subi la destruction de leurs biens, celles victimes d’autres abus comme le harcèlement et l’interdiction de circuler l’ont été aussi bien dans le camp des partisans au troisième mandat et au gouvernement que de ceux opposés au troisième mandat et au gouvernement. 124. En effet, la Délégation a été informée du viol et du violent assassinat de la nommée Jacqueline Hakizimana, pour son appartenance à la jeunesse du parti au pouvoir. La Délégation a également reçu des informations sur les attaques ciblées qui viseraient les hommes politiques et les personnalités importantes du système soutenant les autorités en place. C’est le cas notamment de l’assassinat, lors d’une 32
embuscade le 2 août 2015 du général Adolphe Nshimirimana, ancien chef d’Etat-major adjoint et ex chef des services de renseignements burundais et chargé de mission à la présidence au moment de sa mort. 125. L’assassinat de l’ancien chef d’Etat-major de l’armée burundaise, colonel Jean Bikomagu le 15 aout 2015 ; par individus armés à moto, celui de l’attentat manqué du 11 septembre 2015 perpétré par un commando en tenues militaires contre le général Prime Niyongabo, chef d’Etat-major en exercice de l’armée burundaise; sont quelques exemples qui illustrent bien que la violence n’est pas le seul apanage des autorités en place. 126. Lors de sa mission, la Délégation a par ailleurs été informée par les 2 premiers responsables de la police nationale, du nombre de victimes enregistré auprès de la police. Ainsi, selon les informations qu’ils ont partagées avec la Délégation, il y aurait au jour de cet échange, environ 39 policiers tués, 318 blessés dont 9 handicapés à vie des suites de leurs blessures. A toutes ces victimes il faut ajouter celles qui ne le sont victimes anonymes des conséquences de la crise. • Les victimes du fait des dommages collatéraux des affrontements entre les parties 127. Il y a une catégorie de victimes qui ne peut être classée dans aucun des deux camps en opposition ni du point de vue objectif ni sur la base d’une perception simple. Ces victimes qui se comptent dans toutes les couches de la population le sont par simple opportunisme de la part des parties en conflit et de certaines personnes versées dans la criminalité ordinaire qui prend de la proportion avec la crise. D’autres sont victimes car ayant été au mauvais endroit au mauvais moment. 128. Ces cas ont été constatés lors des attaques à la grenade dans les endroits publics tels que les bars ou des simples passants sont blessés ou tués, les attaques à main armés et les autres actes criminels n’ayant aucun lien avec les enjeux de la crise, mais qui sont favorisées par celle-ci du fait de l’insécurité générale et de l’accès facile aux armes et autres moyens de commission de crimes. iii. Les auteurs et responsables des violations des droits de l’homme • Les forces de sécurité et en particulier la Police Nationale du Burundi 129. Toutes les personnes rencontrées par la Délégation ont rapportés les violations commises par les forces de sécurité, particulièrement celles mettant en cause, la Police nationale burundaise (PBN) et le Service nationale de renseignement (SNR) et dans une moindre mesure l’armée. 33
Pour ce qui concerne le SNR, il est cité dans les cas de torture et de traitements cruels, inhumains et dégradants ainsi e sur les cas de détentions arbitraires et enlèvements. 130. S’agissant de la PNB, selon les entretiens, elle fut en première ligne dans la répression violente des manifestations, et continue de commettre des violations des droits de l’homme, comme des atteintes à l’intégrité physique, arrestations arbitraires, exécutions sommaires, enlèvements et atteintes au droit de propriété, etc. Deux unités de la PNB à savoir la Police en charge de la Protection des Institutions et la Police Judiciaire ont été identifiées comme étant les plus actives dans la commission des violations. 131. Pour ce qui est de l’armée, son rôle reste assez limité dans la crise et les observateurs de même que les victimes l’accusent de violations des droits de l’homme par abstention, ou en ayant échoué à protéger les populations. Cette accusation est celle qui a certainement motivé le coup d’Etat manqué au terme duquel il y a eu un nombre considérable de violations des droits de l’homme. • Les supplétifs de la Police Nationale du Burundi et/ou les Imbonerakure 132. La Délégation a eu de nombreuses informations selon lesquelles la PNB a en son sein des supplétifs qui commettent des violations des droits de l’homme. Elle a également reçu que ces supplétifs seraient issus des rangs de la jeunesse du parti au pouvoir connue sous le nom de « Imbonerakure ». 133. Ayant soulevée la question de ces allégations avec les ministres en charge de la sécurité et les plus haute autorités de la police, ces derniers ont opposé un déni catégorie quant à la véracité de ces allégations. Cependant, dans l’impossibilité de vérifier ces allégations, la Délégation conclu que leur persistance et les précédents rapports à ce sujet plaident en faveur de la véracité des informations reçues qui font état de l’existence d’éléments au sein de la PNB qui ne sont des membres réguliers du PNB. 134. De nombreux témoignages corroborent la thèse selon laquelle la jeunesse du parti au pouvoir dénommée « Imbonerakure » agi et se meut en public comme une force à discipline ayant des attitudes militaires. et est serait coupable selon la population de certaines violations des droits de l’homme. Par ailleurs, la Délégation a également constaté que des jeunes du parti au pouvoir se sont constitués en comités de vigilance dans les quartiers et d’autres groupes semblable mais se réclamant de l’opposition ou étant impliqués dans de nombreux d’actes irréguliers comme la tenue de checkpoints, et des patrouilles de sécurisation dans des zones et quartiers. Cela a 34
pour conséquence des nombreux abus qui leurs sont imputables. Des rapports indiquent que ces derniers procèdent souvent à des arrestations ou à la fouille pour le désarmement en conjonction avec la police régulière sous le couvert de la collaboration police-population. • Le gouvernement burundais et certaines hautes autorités 135. L’obligation générale de protéger qui incombe au gouvernement aux termes de la Charte africaine, fait peser sur lui une responsabilité générale à concernant les violations survenues au cours de la période faisait l’objet de la mission d’établissement des faits. En effet, la sécurité, la paix, le développement et les autres éléments indispensables à la préservation et la protection des droits de l’homme dans un Etat sont la responsabilité première de l’Etat. En conséquence, selon la jurisprudence en matière des droits de l’homme et particulièrement celle de la Commission, fait obligation aux « États à protéger les citoyens ou les personnes relevant de leurs juridictions contre les actes nuisibles des tiers. Ainsi, un acte posé par une personne privée, et donc pas directement imputable à un État peut générer la responsabilité de l'Etat, pas à cause de l'acte lui-même, mais à cause du manque de diligence raisonnable pour empêcher la violation ou le manquement à prendre les mesures nécessaires pour accorder des réparations aux victimes. »31 136. Ainsi, le gouvernement dans son ensemble et toutes les hautes autorités qui auraient eu le pouvoir et la capacité d’agir en vue de prévenir les violations des droits de l’homme, ou de faire en sorte que les coupables soient identifiés et punis avec réparation aux victimes, et qui se seraient abstenu de le faire, se sont rendu complice de ses violations. La Délégation a identifié les appels à la violence et à l’intolérance contre les partisans et tenants du camp opposé au gouvernement. Ces attitudes qui ne vont pas dans le sens de l’apaisement et ni ne condamnent ou découragent fermement la commission des violations des droits de l’homme, mais de façon manifeste ou subtile les encouragent, engagent la responsabilité de ces autorités et personnalités étatiques. 137. La Délégation a été particulièrement interpellée par le cas du Président du Senat qui a publiquement incité à la répression et la dénonciation des personnes opposées au troisième mandat et au pouvoir en place illustre bien cet état de fait. Dans le contexte de crise comme celui que vit le Burundi, personne ne devrait agir et tenir un langage pouvant être interprété comme tolérant la violation des droits de l’homme ou appelant à en commettre sous quelque justification que ce soit. 31 Voir la position de la Commission dans la Communication 245/02 Zimbabwe Human Rights NGO Forum / Zimbabwe qui elle-même reprenait une jurisprudence dans ce sens de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme dans l’affaire Velásquez-Rodríguez. 35
• Les manifestants et jeunes des quartiers dits « contestataires » 138. La Délégation considère que les deux groupes sont responsables de certaines violations des droits de l’homme, car selon les témoignages, les jeunes ayant manifesté contre le troisième mandat sont les mêmes qui contrôlent les quartiers dit contestataires et où ils imposent leur loi. 139. En effet, bien que les différents instruments ratifiés par le Burundi dont la Charte africaine garanti le droit de manifestation pacifique, ces mêmes instruments listes les conditions dans lesquelles elles doivent se tenir et celles pouvant justifier leur limitation par les autorités. L’un d’elle étant le caractère pacifique de la manifestation. Aussi, lorsque les manifestants contre le troisième mandat ont fait preuve de violence, les autorités étaient en droit d’y mettre un terme, afin de rétablir le respect de l’ordre public. On s’opposant avec violence aux forces de l’ordre et en se rendant coupable de dégradation des biens publiques et privées, les manifestants sont allés au-delà de leur droit à manifester et commis des violations qui tombent sous le coup de la loi. 140. Par ailleurs ; suite aux témoignages recueillis, le modus operandis de certains manifestants aux barrages qu’ils avaient dressés révélaient qu’ils avaient reçu une certaine formation militaire. C’est ainsi que répondant à la répression des forces de l’ordre, certains manifestants se sont comportés en véritables bourreaux de celles-ci et de toutes personnes identifiées à tort ou à raison comme opposées à leurs manifestations. Il est vrai que parmi les manifestants, certains ont agi en état de légitime défense face à la violence des forces de l’ordre. Cependant, lorsque des manifestants poursuivent et capturent des membres des forces de l’ordre et d’autres personnes, afin de faire des exactions sur elles, le Rubicon est franchi et ses actes deviennent des violations des droits de l’homme. 141. Pour ce qui concerne les jeunes des quartiers dits « contestataires », leur constitution en comité d’auto-défense se substituant de facto à la force publique, ils sont entrés dans l’illégalité et tous leurs actes sont considérés comme tels et cela, plus particulièrement quand ces derniers portent préjudice aux droits fondamentaux des populations, comme la liberté de mouvement, le droit à la sécurité de sa personne, le droit de propriété et autres. Pour rappel, de nombreux témoignages indiquent que ces jeunes sont souvent auteurs de rançonnements, d’intimidation et autres abus dans les quartiers sous leur contrôle. • Les groupes armés non identifiés ou la rébellion embryonnaire 142. De nombreux témoignages des différents acteurs présents sur le terrain, confirment l’existence de groupes armés plus ou moins structurés qui forment une rébellion embryonnaire en développement sur le 36
territoire burundais. Ces groupes que le pouvoir burundais appelle les « insurgés », les « terroristes » ou encore les « criminels » mènent des attaques contre tous les symboles de la république qu’incarne le pouvoir actuel. Ils sont soupçonnés d’être les auteurs des attaques perpétrées par des groupes armés non identifiés souvent en tenues militaires contre les positions de la police, les autorités politiques et militaires du gouvernement, les bars et autres endroits publics. Les armes utilisées sont des armes de de guerre comme les grenades lancées de façon quasiquotidienne dans la capitale burundaise. 143. La Délégation a été informée de plusieurs attaques dont ces groupes armés non identifiés seraient les auteurs, ceci comprend également l’attaque simultanée de trois camps militaires survenue les 10 et 11 décembre 2015. Le lourd bilan de ces deux jours est de la responsabilité commune de ces groupes et des autorités. • Certains opposants politiques, militaires et certains leaders d’opinion 144. La Délégation range dans cette catégorie des auteurs des violations des droits de l’homme, tous les opposants politiques, les leaders politiques et d’opinion qui auraient eu une attitude ou tenu des propos allant dans le sens de faire barrage au troisième mandat par la violence et les armes. Ces attitudes et propos sont de nature à encourager la violence qui occasionne la violation des droits de l’homme et autres abus, et rien ne saurait justifier que ces personnes échappent au mécanisme de détermination des responsabilités en ce qui concerne ces violations. 145. En effet, bien qu’étant pour la plupart hors du pays, des opposants politiques et autres leaders d’opinion continuent de soutenir un éventuel renversement du pouvoir par la force. Ainsi, les auteurs du coup d’Etat manqué du 13 mai 2015 et tous leurs soutiens ayant échappé aux arrestations effectuées par les autorités suite au coup d’Etat. Ce sont rendus coupable de violations des droits de l’homme par cet acte qui a occasionné des victimes et contribuer à la détérioration d’une situation sécuritaire déjà délétère. Ainsi, suite au coup d’Etat manqué, des nombreuses poudrières ont été vidées, la circulation des armes s’est généralisée avec des désertions des éléments des forces de sécurité qui ont rejoint la résistance armée par choix délibéré ou par nécessité, afin de se protéger de la chasse aux présumés auteurs du coup d’Etat. 146. Le discours et l’attitude de ces personnes, trahissent leur implication directe ou leur soutien aux actes de violence en cours au Burundi et qui visent à la prise de pouvoir par les armes. Par conséquent, les violations des droits de l’homme qui découlent des actes des groupes armés et autres 37
qui agissent sous leur impulsion directe ou indirecte doivent leur être imputées aussi bien qu’aux autres responsables précédemment identifiés. II. Recommandations 147. La Délégation a identifié un certains nombres de recommandations urgentes à mettre en œuvre par les différents acteurs pour l’arrêt immédiat de la violence, mettre un terme aux violations des droits de l’homme et autres abus, résoudre la grave crise que vit le Burundi, ainsi que pour la création des conditions devant favoriser le retour d’une paix durable et définitive dans le pays. i. • Aux parties au conflit Au Gouvernement Burundais et alliés − Cesser sans délai ni conditions, toutes formes de violences et actes indiscriminées envers ceux perçus comme opposés au gouvernement en place; − Prendre toutes les mesures nécessaires en conformité avec les standards applicables en l’espèce pour assurer la sécurité des biens et des personnes sur toute l’étendue du territoire burundais et particulièrement là où règne l’insécurité; − S’assurer que les opérations de sécurisation et de protection des personnes et des biens respectent le principe de légalité je ne comprends pas ce que vient chercher le principe de légalité ici. et les standards contenus dans les lois nationales et instruments internationaux opposables au Burundi; − Renouer immédiatement et sans conditions avec le processus de médiation initié par les partenaires internationaux dont la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), l’Union Africaine (UA), l’Union Européenne (UE) et les Nations Unies (NU); − Prendre toutes les mesures nécessaires pour créer les conditions de confiance qui favoriseront le dialogue entre les protagonistes de la crise ; − Mettre en place et opérationnaliser effectivement un processus de justice transitionnelle permettant d’établir les faits et les responsabilités en ce qui concerne les violations des droits de l’homme et autres abus survenus au cours de la crise ; − Lutter contre l’impunité en engageant des poursuites contre les présumés auteurs de toutes les violations des droits de l’homme liées à la crise ; − Mettre en place un mécanisme de réparation au profit des victimes des violations des droits de l’homme et autres abus liés à la crise ; 38
− Prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir la non répétition des violations des droits de l’homme et autres abus observés ; − Prêter une attention particulière aux groupes vulnérables, tels que les femmes, les enfants et autres, dont les droits sont violés et leur offrir une protection spécifique ; et ce en collaboration avec les partenaires internationaux; − Offrir sa pleine collaboration aux partenaires internationaux tels que l’UA, l’NU, l’UE, les organisations humanitaires et autres qui formulent des solutions en appui à la résolution de la crise et à la cessation des violations des droits de l’homme ; − Autoriser un nouveau déploiement d’observateurs des droits de l’homme et des experts militaires de l’UA, et collaborer pleinement avec eux en finalisant le cadre juridique nécessaire à leur opérationnalisation effective et in fine, autoriser le déploiement de la Mission Africaine de Prévention et de Protection au Burundi (MAPROBU) comme décidé par le CPS de l’UA ; − Permettre un accès libre sans obstacle aux travailleurs des organisations humanitaires opérant au Burundi; • Aux Groupes Armés − Cesser immédiatement et sans conditions préalables tous actes de violence dans le pays ; − Renoncer sans conditions préalables à la violence comme moyen de conquête du pouvoir politique ou de résistance au gouvernement contesté; − Mettre à la disposition de la justice tous leurs membres qui se seront rendus coupables de violations des droits de l’homme et autres abus au cours de la crise ; − S’engager pleinement dans les processus de médiation ou dialogue en cours et avenir visant à la résolution définitive de la crise; − S’abstenir de mettre des obstacles aux activités des partenaires locaux et internationaux impartiaux visant à apporter un soutien aux populations dans le besoin et à aider à régler la crise ; • Aux parties politiques d’opposition et alliés − S’engager sans délai et sans conditions préalables dans les processus de médiation et de dialogue pour rétablir un climat de paix où la conquête du pouvoir politique respecte les règles démocratiques ; 39
− Cesser de soutenir ou d’user de toute rhétorique à connotation belliqueuse ou dont l’interprétation pourrait engendrer des actes de violence et de violation des droits de l’homme ; − Respecter le principe de la légalité et inscrire toutes leurs actions dans les cadres juridiques définis par les lois burundaises conforment aux standards internationaux tout en respectant la règle de droit dans la contestation de toutes irrégularités vraies ou supposés dans le cadre juridique et politique Burundais; − S’abstenir de mettre des obstacles aux activités des partenaires locaux et internationaux impartiaux visant à apporter un soutien aux populations dans le besoin et à aider à régler la crise ; • A la société civile burundaise − Faire preuve d’une véritablement indépendance et afin d’éviter d’être perçue comme alliée à l’une ou l’autre des parties en conflit ; − Soutenir par la sensibilisation, le plaidoyer et autres moyens appropriés les efforts des processus de médiation et de dialogue visant à rétablir une paix définitive et durable au Burundi ; − Contribuer à l’établissement des faits et à la détermination des responsabilités vis-à-vis des violations des droits de l’homme et autres abus à travers des enquêtes et une documentation impartiale des cas de violation ; − Soutenir et être au cœur d’une synergie à équidistance des parties en conflits en vue d’être un facilitateur fiable pour toutes les parties ; • Aux medias burundais − Se limiter strictement à leur rôle tout en se conformant aux règles d’éthique et professionnelles internationalement reconnues; − S’abstenir de s’allier à l’une ou l’autre des parties en conflit et contribuer aux efforts visant à régler le conflit par la médiation et le dialogue ; − S’abstenir de servir de canal par lequel tout discours de haine ou empreint de violence est véhiculé par les parties en conflits ou tous autres acteurs impliqués ; − Se positionner comme le héraut de la paix et de la démocratie à travers la diffusion des messages allant dans ce sens, par l’éducation et la sensibilisation des populations ; − S’abstenir de mettre des obstacles aux activités des partenaires locaux et internationaux impartiaux visant à apporter un 40
soutien aux populations dans le besoin et à aider à régler la crise ; • A la médiation ougandaise mandatée par la Communauté de l’Afrique de l’Est − Mettre tout en œuvre pour plaider auprès des parties en conflit en vue de la cessation immédiate de la violence et des violations des droits de l’homme en cours ; − Poursuivre et accentuer les efforts et consultations entamés pour rapprocher les parties en conflit afin d’engager le dialogue et finaliser un accord visant à la résolution définitive de la crise ; − Requérir toutes assistances, et pressions nécessaires au niveau local et auprès des partenaires internationaux, en vue de définir plan de sortie de crise en collaboration avec tous les acteurs impliqués dans la crise; • A la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est − Soutenir pleinement la médiation qu’elle a initiée en y affectant les moyens humains, financiers, logistiques et autres nécessaires à la réussite de cette mission; − Entamer des consultations internes avec ses membres afin d’avoir une position unique et consensuelle sur la question du Burundi afin de s’exprimer d’une seule et même voix sur ce dossier ; − Mettre en place des mesures contraignantes visant à limiter la mauvaise foi de certains acteurs au conflit qui seraient tentés de porter préjudice au processus de médiation et à la finalisation d’un accord de sortie de crise au Burundi ; • A l’Union Africaine − Déployer tous les efforts nécessaires en collaboration avec les partenaires internationaux et locaux y compris l’NU, l’UE, la CAE, le gouvernement burundais et les acteurs locaux non étatiques afin de faire cesser immédiatement la violence et les violations des droits de l’homme au Burundi ; en particulier : ✓ Faire pression sur les acteurs qui utilisent la violence comme moyen pour expression leurs revendications et conquérir le pouvoir, afin qu’ils renoncent immédiatement à tous actes de violence ; ✓ Faire pression sur le gouvernement burundais afin qu’il cesse d’user de la force excessive et indiscriminée dans sa mission régalienne de sécurisation des biens et des personnes au Burundi ; 41
✓ Multiplier le nombre des observateurs des droits de l’homme et des experts militaires et mettre à leur disposition tous les moyens nécessaires pour la conduite effective leur mission ; ✓ Négocier avec le gouvernement burundais et toutes les parties pertinentes afin que la MAPROBU puisse effectivement être déployée au Burundi et mener sa mission telle que décidée par le CPS ; ✓ Préparer plusieurs plans de contingence pour parer à la possible dégradation brusque et généralisée de la crise avec l’éventualité d’un conflit ouvert où les populations civiles seraient à fort risque ; ✓ Référer les cas de violations graves des droits de l’homme aux mécanismes en place ou à mettre en place pour sanctionner les auteurs de ces violations et réparer les dommages causés aux victimes ; − Soutenir sans réserve les initiatives de médiation et de dialogue en cours ou futurs en leur apportant les moyens diplomatiques, humains, logistiques, financiers, techniques et autres ; − Se concerter continuellement avec les partenaires internationaux que sont l’NU, l’UE et autres afin de mobiliser les ressources et moyens nécessaires à régler le conflit burundais depuis ses racines ; • Aux autres partenaires internationaux (NU, UE, organisations humanitaires et autres) − Soutenir les efforts et initiatives africaines de règlement de la crise en coordonnant leurs actions avec celles en cours et à futures au niveau africain. 42

Created 16 juin 2026 · Edited 30 juin 2026