Rapports de Mission

Rapport de mission Soudan du 26 mars au 2 avril 2002

SUDAN- Promotion Report, frn.doc.pdf
ACHPR/37/OS/11/426/draft AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA African Commission on Human & Peoples’ Rights Commission Africaine des Droits de l’Homme & des Peuples Kairaba Avenue, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 392 962; Fax: (220) 390 764 E-mail: achpr@achpr.gm; Website: http://www.achpr.org PROJET DE RAPPORT DE MISSION DU COMMISSAIRE YASIR SID AHMAD EL HASSAN AU SOUDAN (du 26 mars au 2 avril 2002)
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan PROJET DE RAPPORT DE MISSION DU COMMISSAIRE YASIR SID AHMAD EL HASSAN AU SOUDAN (du 26 mars au 2 avril 2002) CONTENU DU RAPPORT I- INTRODUCTION II- TERMES DE REFERENCE DE LA MISSION DE PROMOTION AU SOUDAN : A- INFORMATIONS GENERALES SUR LE SOUDAN B- OBECTIFS DE LA MISSION C- COMPOSITION DE LA DELEGATION DE LA MISSION III- DÉROULEMENT DE LA MISSION A- RÉUNION AVEC DES RESPONSABLES GOUVERNEMENTAUX ET DES REPRESENTANTS DE LA SOCIETE CIVILE B- VISITE À LA PRISON D’UNDURMAN IV- CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS D- CONCLUSIONS E- RECOMMANDATIONS 2
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan PROJET DE RAPPORT DE MISSION DU COMMISSAIRE YASIR SID AHMAD EL HASSAN AU SOUDAN (du 26 mars au 2 avril 2002) I- INTRODUCTION : 1. Lors de l’exécution de son mandat de promotion et de protection des droits humains partout en Afrique, la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (ci-après dénommée Commission africaine ou Commission) accorde une attention particulière au dialogue avec les États parties à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (habituellement dénommée Charte africaine ou Charte). Une autre préoccupation importante de la Commission consiste à recueillir des informations exactes sur la situation prévalant dans les États parties à la Charte, en sus des nombreuses informations que pourraient lui faire parvenir les diverses ONG africaines et internationales de défense des droits humain à ce propos. C’est dans ce cadre que la Commission, sous réserve de l’autorisation des gouvernements respectifs, planifie et effectue, aussi souvent que possible et selon les ressources financières disponibles, des missions de promotion dans les États parties. 2. C’est dans ce cadre que Commissaire Yasir Sid Ahmad El Hassan, chargé des activités de promotion en République du Soudan entre autres1, a décidé d’entreprendre une mission d’une semaine, du 26 mars au 2 avril 2002, au Soudan. M. Robert Ayéda Kotchani l’accompagnait et l’assistait dans sa mission. 3. Les objectifs de la mission de promotion au Soudan ainsi que les questions à soulever et devant faire l’objet de discussion avec les autorités gouvernementales respectives, les membres de la société civile ainsi que les autres parties intéressées que la délégation doit rencontrer sont décrits dans le projet de Termes de référence de la mission au Soudan, figurant ci-après. D’une manière générale, la délégation a pu rencontrer toutes les parties intéressées prévues au programme, sinon plus, et à avoir avec elles des entretiens francs et fructueux. I- TERMES DE REFERENCE DE LA MISSION DE PROMOTION AU SOUDAN : A- Informations générales 1. Le Soudan est une ancienne colonie britannique qui a obtenu son indépendance en 1956. Sa population, près de 30 millions, est constituée de 19 groupes ethniques subdivisés en 597 sous-groupes. 2. D’après des estimations prudentes, les Arabes constituent 40 % de la population, les Dinka 12 %, les Beja 7 %, un groupe dénommé Ouest-Africains 6 %, d’autres groupes se partageant le pourcentage restant. Entre 70 et 80% adhèrent à la 1 Une répartition géographique des États parties membres de la Commission fait en sorte que chaque État membre est responsable de mener des activités de promotion dans un certain nombre d’États parties. C’est ainsi que Commissaire El Hassan est chargé des activités de promotion pour le Soudan, la Somalie, Djibouti et le Tchad. 3
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan religion de l’État, l’Islam, près de 20 % pratiquent des religions traditionnelles tandis que les adhérents à des religions chrétiennes constituent 5 % de la population. La langue officielle est l’arabe, mais presque tous les fonctionnaires du gouvernement comprennent l’anglais. Cent dix-neuf (119) autres langues se parlent dans le pays. 3. Les Musulmans se divisent en un certain nombres de groupes (par exemple les Ansar, les Ansar al Sunna et les Khatmiyya). Les chrétiens comprennent des catholiques et des protestants. 4. Le Soudan a un système décentralisé et est divisé en 26 Willayats (Etats). À cause de ses terres fertiles dans le Sud, il fut un temps ou le Soudan était considéré comme un pays capable de produire suffisamment de nourriture pour nourrir l’ensemble du continent africain. L’on sait également que le sud et l’ouest du pays renferme des gisements pétroliers. L’exploitation du pétrole aurait forcé des milliers de populations à abandonner leurs maisons et leurs terres. 5. Malgré ces richesses, la guerre civile qui ravage le pays depuis la veille de l’indépendance du pays, à l’exception de la période 1972–1983, a tellement bouleversé l’économie que ce pays est aujourd’hui classé pays pauvre. À cause de cette guerre civile, des milliers de personnes sont mortes, blessées ou déplacées. Elle serait également responsable des famines périodiques, causes de la mort de milliers de personne et de bétails. 6. Les pratiques coutumières des populations, surtout celles du sud du pays, l’influence de la domination coloniale entre 1897 –1956 et l’ère précolo au Soudan a doté le pays d’un système juridique à plusieurs facettes : la loi de la Shariaa, le Droit coutumier et la Common law. 7. Comme indiqué plus haut, le Soudant a accédé à l’indépendance en 1956. Il a passé les trente ans (30) qui ont suivi sous des régimes militaires, celui du Général Abboud, celui du Général Ja’afar Numeiri et celui du Lieutenant-Général Omar Al-Bashir. 8. La République du Soudan a ratifié la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples le 18/2/1986. Aux termes de l’article 62 de la Charte, le rapport initial du Soudan était dû en février 1988, mais c’est le 24 octobre 1996 que le Soudan a soumis un rapport initial renfermant tous les rapports dus. Ce rapport initial a été examiné par la Commission africaine en avril 1997 à sa 21ème Session ordinaire. Le suivant était dû en février 1999. À ce jour, la Commission ne l’a pas encore reçu. De même qu’elle n’a pas reçu les rapports périodiques pour 1999 et 2001. B- Objectifs de la mission: 9. La présente mission fait suite à une première mission de promotion entreprise par la Commission au Soudan en décembre 1996 à la suite d’allégations d’arrestations et de détentions arbitraires, de pratiques esclaves et de travaux forcés, d’absence de liberté religieuse et de violation d’autres droits de l’homme, politiques, économiques et culturels sous le régime du Lieutenant-Général Omar Al-Bashir, venu au pouvoir en 1989. La seconde mission de la Commission était 4
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan ainsi une mission de suivi visant à observer les progrès réalisés à la suite de la première mission, mais aussi à examiner d’autres cas de violation de droits humains qui existeraient dans le pays. 10. En envoyant cette mission en République du Soudan, la Commission visait en outre à resserrer les liens avec cet État partie à la Charte africaine, en abordant avec les responsables gouvernementaux toutes les questions d’intérêt commun. Au programme des entretins du Commissaire El-Hassan et les autorités locales figuraient les points suivants : a) Mieux faire connaître la Commission et ses activités aux autorités soudanaises ainsi qu’aux organisations et aux membres de la société civile ; b) Rappeler aux autorités gouvernementales les obligations du Soudan en sa qualité d’État partie à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples : soumission et présentation de rapports nationaux, participation aux activités de la Commission, nommément aux sessions de la Commission, collaboration avec la Commission eu égard aux questions des droits humains, etc. La Commission envisageait également de signaler sa disponibilité et volonté d’aider le Soudan, le cas échéant, à mettre en œuvre les dispositions de la Charte africaine ; c) Insister sur la nécessité pour le Soudan de soumettre les rapports dus, couvrant la période 1999-20012; d) Signaler aux autorités soudanaises les instruments des droits humains non encore ratifiés par le Soudan, à savoir la Charte africaine des droits de du bien-être de l’enfant, le Protocole à la Charte africaine portant création de la Cour africaine de justice, etc. e) Rappeler la nécessité pour le Gouvernement soudanais d’appliquer pleinement les dispositions de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, ainsi que les autres instruments de défense des droits humains auxquels la République du Soudan est partie ; f) Soulever la question de l’importance pour le Soudan d’envoyer des représentants aux sessions de la Commission et d’encourager les ONG de défense des droits humains à faire de même ; g) S’informer auprès du Gouvernement soudanais sur la guerre civile qui se poursuit depuis années au Soudan, ses conséquences en matière de droits humains et les efforts engagés par le gouvernement en vue d’essayer de protéger les droits humains des populations, notamment les plus vulnérables, à savoir les personnes âgées, les femmes et les enfants ; 2 Depuis l’émission de la Note verbale ACHPR/PR/A046 le 30 mars 1995, la Commission accepte que les États partie combinent les rapports dus en un rapport unique couvrant la période concernée. 5
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan h) Chercher à mieux connaître les perspectives quant aux négociations entre le gouvernement et les forces de rébellion : où en sont les négociations, les obstacles possibles ainsi que les moyens de les contourner ; i) Se renseigner sur la situation relative aux récentes attaques aériennes perpétrées par des avions de l’armée soudanaise sur des populations civile à Bieh, Western Upper Nile, attaques au cours desquelles des dizaines de personnes, y compris des femmes, des enfants et des personnes âgées auraient été froidement tuées et d’autres, plus nombreuses, blessées ; j) Obtenir des autorités soudanaises des informations sur les sanctions imposées aux auteurs de l’incident mentionné ci-dessus et les mesures prises par le gouvernement en faveur des blessés, des parents des personnes décédées et en vue d’empêcher que de tels incidents ne se répètent ; k) S’informer sur la situation réelle en ce qui concerne les allégations d’esclavage au Soudan, de violation de la liberté religieuse, l) Chercher à mieux connaître les effets négatifs, en termes des droits humains et de l’environnement, de l’exploitation pétrolière sur les populations du sud du Soudan et les mesures prises par le gouvernement à cet égard ; m) Mieux se renseigner à propos des allégations d’arrestation et de détentions arbitraires régulières exercées par les forces de sécurité; n) Recueillir, si l’occasion se présente, des informations sur des dossiers de communications contre le Soudan en instance ; o) Visiter les ONG de défense des droits humains opérant au Soudan3, s’informer sur leurs activités et les voies et moyens permettant d’établir/de renforcer la coopération entre elles et la Commission ; p) La diffusion à grande échelle de tous les documents de promotion apportés par la délégation, tels que des copies de la Charte africaine, du Règlement intérieur de la Commission africaine et les Critères de demande de statut d’affilié/observateur, du Protocole portant création de la Cour africaine de justice, du Projet de Protocole sur les droits des femmes en Afrique, de la Brochure de la Commission ; q) La visite de prisons et de centres de détention à Khartoum était également inscrite au programme de la mission. 3 L’ONG « Sudan Human Rights Organisation » jouit du statut d’observateur depuis octobre 1992. Elle a déjà fait parvenir à la Commission deux rapports à ce jour. Deux sont encore dus : celui de 1998 et celui de 2000. 6
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan C- Composition de la délégation de la mission de promotion : 11. La mission de promotion au Soudan était conduite par Commissaire Yasir Sid Ahmaad El-Hassa accompagné et assisté par M. Robert Kotchani, Conseiller juridique au Secrétariat de la Commission 12. Afin de recueillir le maximum d’information auprès de toutes les sources possibles, notamment le Ministre des Affaires étrangères, le Ministre de la Justice, le Président du Parlement, le Président de la Cour suprême, le Ministre de l’Intérieur, le « Minister for Guidance », le Président et les autres membres de la Cour constitutionnelle, le Secrétaire à l’enregistrement des partis politiques, le Commissaire chargé de l’aide humanitaire et toute autre personnalité chargée de questions de droits humains. 13. Il était également prévu que l’équipe de la mission de promotion serait reçue en audience par les chefs des principaux partis politiques du Soudan, le chef de l’Association des avocats, les différentes parties intéressées de la société civile et de défense des droits humains (notamment l’Union soudanaise des juristes et l’Association des avocats du Soudan4) II- DÉROULEMENT DE LA MISSION A- Personnalités et autres parties intéressées rencontrées par la délégation ; et teneur des discussions Mardi 26 mars 2002 : • Entretin avec Dr Mutrig Sideeg ali, Secrétaire au Ministère des Affaires étrangères : 14. Après avoir remercié Dr Ali de l’audience accordée à la délégation, Commissaire El-Hassan lui a fourni des informations générales sur la Charte africaine et sur la Commission (l’historique, la composition, le mandat, les activités, et autres). Il a ensuite abordé les objectifs de la mission au Soudan en mettant l’accent sur les obligations du Soudan aux termes de l’Article 62 de la Charte (soumission et présentation des rapports nationaux) et en rappelant les communications soumises à la Commission contre le Soudan. 15. Le chef de la délégation a par ailleurs souligné l’esprit de dialogue auquel la Commission a toujours fait recours dans ses relations avec les États parties et a encouragé le Soudan à accueillir une des sessions de la Commission. Abordant les activités spécifiques de la Commission, Commissaire El-Hassan a évoqué les problèmes rencontrés et a suggéré que le Soudan apporte son aide en remédiant au manque de personnel capable de parler arabe. Les publications de la Commission et leur contenu pourraient ainsi atteindre les populations de langue arabe. 16. Commissaire El-Hassan a également souligné la nécessité pour le Soudan de 4 Les deux ONG jouissent du statut d’observateur auprès de la Commission africaine depuis 1997 et 2001, respectivement. 7
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan ratifier quelques-uns uns des instruments régionaux de défense des droits humains tels que la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant et le Protocole portant création de la Cour africaine de justice. Par ailleurs, il a mis Dr Ali au courant du processus d’élaboration du Projet de Protocole sur les droits des femmes en Afrique, et a demandé des renseignements sur la situation générale des droits humains dans le pays, eu égard aux allégations d’esclavage, d’arrestations et de détentions arbitraires, du processus de paix, etc. 17. À son tour, Dr Ali a remercié la Commission et la délégation de l’intérêt porté à la situation des droits humains au Soudan et de s’être déplacée pour s’en informer. Il a assuré que compte tenu de son engagement envers les droits humains, il n’y avait pas de doute que le Soudan continue à entretenir des relations fructueuses avec la Commission. Commissaire El-Hassan a ajouté qu’il communiquerait aux autorités concernées la suggestion de voir le Soudan accueillir une session de la Commission au Soudan, pour approbation et pour que l’activité soit prévue au budget dans un avenir proche. 18. Se référant au récent rapport de visite d’une mission des Nations Unies, Dr Ali a fait remarquer que la situation au Soudan était dans la bonne direction, rappelant que les violations les plus graves se perpétraient dans les régions où se poursuivait la guerre civile. Il a toutefois ajouté que la guerre allait bientôt prendre fin. Dr Ali a en outre promis que le Soudan fera en sorte que les instruments de défense des droits humains qui ne le sont pas encore soient ratifiés et mis en œuvre, ajoutant que le pays envisageait de prendre une part active dans le processus d’élaboration des instruments. Il a enfin assuré que le Soudan mettrait tout en œuvre pour soumettre et présenter, dans les meilleurs délais, les rapports encore dus. 19. Commentant spécifiquement le processus de paix dans le nord du pays, Dr Ali a confié que certains États étrangers, tels que les États-Unis étaient en train de jouer un rôle décisif à cet égard et qu’à la suite de la signature du cessez-le-feu le 19012002 en Suisse, les perspectives d’avenir étaient positives. En conclusion il a annoncé que toutes les parties intéressées se montraient désireuses de mettre fin à la guerre, ce qui augurait une conclusion heureuse aux négociations en cours. Dr Ali a fait observer que l’Afrique vivait aujourd’hui une transition porteuse d’espoir pour les populations et que toutes les parties intéressées devraient joindre leurs forces en vue de la mise en œuvre de l’Acte constitutif de l’Union africaine. 20. Concernant les allégations d’existence d’esclavage au Soudan, Dr Ali a annoncé que dans un avenir prochain une équipe internationale d’enquête visiterait le Soudan en vue de trancher sur ces allégations, ajoutant qu’à son avis il n’y avait pas d’esclavage au Soudan. Seule existait une pratique tribale, ancienne et partagée par toutes les populations nomades, qui consistait à enlever des membres des tribus vaincues à la suite d’une guerre ou d’un conflit. Il a reconnu qu’il s’agissait là d’un grave problème pour lequel il fallait trouver une solution, mais qui ne constituait pas pour autant une pratique esclave. • Rencontre avec M. Murgani Mansour Badawi, Ministre d’État chargé du Bien-être social et du développement 21. Après les échanges de civilités habituels, Commissaire El-Hassan a mis son 8
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan interlocuteur au courant des activités de la Commission en général, tout en insistant sur les objectifs de sa mission actuelle. Soulignant qu’il s’agissait d’une deuxième mission de la Commission au Soudan, il a attiré l’attention du ministre sur le fait que ce pays n’avait pas soumis ses rapports à la Commission conformément aux stipulations la Charte africaine dans son Article 62. Il a en outre exprimé le souhait d’être mis au courant de la situation des droits des enfants, des personnes handicapées, des personnes âgées et d’autres couches vulnérables de la société. Il s’est également intéressé aux effets négatifs de l’exploitation pétrolière du point de vue social et de l’environnement. 22. Le ministre a souhaité la bienvenue à la délégation et a remercié la Commission africaine de l’envoi de la mission et de l’esprit de dialogue dont la Commission fait preuve dans ses relations avec les États. Il a ensuite décrit le ministère dont il avait la charge, avant de céder la parole à ses collègues pour qu’ils puissent s’exprimer selon leurs domaines de compétence respectifs. Tous ont affirmé qu’il n’y avait rien à cacher, puisque la transparence était le mot d’ordre du ministère. Ils ont reconnu que la pauvreté était un sérieux sujet de préoccupation au Soudan, soulignant qu’à ce propos le phénomène d’enfants de rue constituait une sérieuse préoccupation au Soudan : on trouvait près de 34 000 enfants de rue à Khartoum seulement. Ils ont déclaré que les enfants de rue relevaient d’une police et d’une cour spéciale et qu’avec l’assistance et la collaboration de l’Unicef et d’ONG des centres gouvernementaux étaient entrain de mettre en œuvre une stratégie d’insertion de ces enfants dans la société. 23. Concernant la situation des personnes handicapées, il est ressorti de leurs informations qu’il n’existait pas de statistiques relatives à cette catégorie de population, mais qu’il était certain que leur nombre était élevé. Pour assurer leur insertion sociale et éviter qu’ils ne souffrent de discrimination fondée sur leur situation, en collaboration avec les parties concernées, le gouvernement pourvoit à aux besoin de ces enfants par l’intermédiaire d’un certain nombre de projets et de 6 différentes institutions. Les personnes handicapées bénéficient de certains avantages dans les services de transport, de l’éducation et de la santé. L’État et un réseau d’ONG sont en train d’œuvrer ensemble pour mettre à la disposition des personnes handicapées certaines prothèses, gratuitement ou à coûts réduits. Récemment, une discrimination positive en faveur des personnes handicapées a été instaurée afin de permettre leur insertion dans la société : ils doivent former au moins 5 pour cent (5 %) de l’ensemble des fonctionnaires recrutés. 24. S’agissant des personnes âgées, on dit qu’elles sont respectées pour leur valeur et en vertu des coutumes et des traditions du pays. Par ailleurs, l’État et les autres parties intéressées font tout leur possible pour que cette catégorie de la population soit bien prise en charge. 25. Les représentantes du Département des Affaires féminines ont déclaré que leur cible principale consistait à éradiquer la pauvreté et à venir à l’aide aux couches des sociétés démunies et vulnérables. Elles ont reconnu que la Constitution ainsi que d’autres législations nationales comportent des dispositions de défense des droits des femmes, mais que celles-ci ne sont pas mises en application. Elles ont pose le problème de l’autorisation dont les femmes ont besoin de leur tuteur ou époux pour voyager hors du pays. Elles ont en outre insisté sur le fait qu’aunce loi ne dispose ainsi mais qu’il s’agit d’une règle administrative utilisée par les 9
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan services de l’immigration. Elles ont ajouté que ces questions sont en cours de discussion. Les représentantes ont affirmé que leur Département était au courant du processus d’élaboration du Projet de Protocole sur les droits des femmes en Afrique, qu’il avait participé à la Première Réunion des Experts et qu’il avait l’intention de participer à la deuxième. Même si l’on dit que le VIH/SIDA et la violence contre les femmes ne constituent pas une question préoccupante au Soudan, des mesures sont tout de même prises en vue de les prévenir. Elles ont en outre affirmé que les femmes sont assez bien représentées aux niveaux de prise de décisions du pays. • Entretien avec Amma Abdel Rahman, Secrétaire exécutive du Comité National du Soudan sur l’Éradication des pratiques traditionnelles dangereuses 26. Mme Abdel Rahman a commencé par souhaiter la bienvenue à la délégation et lui présenter l’institution dont elle a la direction, en précisant que ladite institution est dotée de représentations locales sur tout le territoire, à l’exception des zones ravagées par la guerre. Elle a ajouté que l’institution, qui est une organisation entièrement dirigée par des femmes, a beaucoup œuvré pour faire connaître la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. 27. Prenant la parole, à son tour, Commissaire El-Hassan a présenté la Commission et décrit ses activités en insistant sur le fait que la délégation avait été incitée à visiter le Comité par l’importance du réseau que celui –ci avait établi et la qualité de son travail. Il a ensuite suggéré au Comité de faire campagne pour que le Soudan ratifie la Charte des droits et du bien-être de l’enfant et l’a fortement invité à obtenir le statut d’observateur auprès de la Commission afin de resserrer les liens de coopération avec celle-ci. Commissaire El-Hassan a par ailleurs fourni au Comité des informations relatives au Projet de Protocole sur les droits des femmes en Afrique, le Comité étant par ailleurs bien au fait de ce Projet pour y avoir joué un rôle important en plaidant pour l’inclusion de dispositions relatives aux pratiques traditionnelles dangereuses et en intervenant auprès des responsables gouvernementaux pendant la première réunion des experts. 28. Prenant la parole à son tour, Mme Abdel Rahman a constaté que les mariages des adolescents et les Mutilations génitales féminines (MGF) figurent parmi les défis les plus importants que le Soudan ait à relever. Elle a ajouté que la MGF est communément pratiquée dans un certain nombre de pays frontaliers (Djibouti, la Mauritanie, l’Égypte et la Somalie), Mme Abdel Rahman et a plaidé en faveur de l’organisation d’un séminaire régional en vue de débattre de questions. Mme Abdel Rahman a également fait état d’efforts déployés sans succès par le Comité et d’autres parties intéressées en faveur de l’adoption d’une fatwa condamnant la pratique, mais que cela ne les empêchera pas de poursuivre la lutte. Mercredi 27 mars 2002 : • Entretien avec M. Jalal Ali Lutfi, Président de la Cour constitutionnelle du Soudan, en présence de ses collaborateurs : 29. Commissaire El-Hassan a fourni au Président de la Cour Constitutionnelle, des informations générales sur la Commission, son mandat aux termes de la Charte, 10
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan sa composition, son travail, sa coopération avec les États, les ONG et les Institutions nationales des droits de l’homme, etc. Il a également signalé au Président de la Cour constitutionnelle les instruments encore en attente de ratification par le Soudan. Enfin il a cherché à obtenir des renseignements en ce qui concerne l’indépendance du système judiciaire au Soudan et les allégations d’arrestations et de détentions arbitraires par les forces de sécurité. 30. Après avoir souhaité la bienvenue à la délégation le Président Ali Lufti a assuré que le système judiciaire était indépendant au Soudan. Il a indiqué avoir travaillé dans le système judiciaire dans les années 50, et qu’alors, il avait prononcé de nombreux jugements à l’encontre du gouvernement sans subir aucune menace ou pression. Concernant les arrestations et les détentions arbitraires, il a reconnu que les forces de sécurité y recouraient, mais, que lorsqu’il en était informé, il ordonnait toujours le relâchement immédiat des victimes, si toutefois rien n’indiquait que ces personnes représentaient un danger pour la sécurité du pays. Il a en outre rappelé que les Etats-Unis agissaient de même aujourd’hui. Enfin il a affirmé n’avoir jamais reçu à ce jour de plaintes relatives à des cas de torture. 31. À la question s’enquérant du niveau de sensibilisation des membres de la Cour eu égard aux droits humains, le Président a affirmé qu’ils étaient bien au fait de cette question. Il a déclaré que toutes les décisions de la Cour étaient mises en application, ajoutant que quelques temps auparavant, des associations des femmes l’ayant saisi, il avait prononcé un jugement contre un Walli interdisant le travail des femmes dans certains endroits. • Entretien avec M. Abdel Aleem, Vice Commissaire aux réfugiés : 32. Après expliqué à M. Agbash les objectifs de sa mission au Soudan, Commissaire El-Hassan lui a demandé des informations sur la situation des réfugiés dans le pays. 33. M. Abdel Aleem a déclaré que le Soudan est partie à la Convention de l’OUA sur les réfugié ainsi qu’à la Convention et au Protocole de Genève sur les réfugiés, et qu’à ce titre, il souscrivait pleinement à la mise en œuvre de ces instruments et qu’il faisait de son mieux à cet égard. Il a cependant ajouté que plus d’un million de réfugiés en provenance de pays où sévissait la guerre, comme l’Ouganda, l’Éthiopie, l’Erythrée, la RDC et le Tchad s’étaient installés au Sud, à l’Est et à l’Ouest du Soudan, et même à Khartoum sans assistance de la part de la communauté internationale. Abdel Aleem a fait observer que lorsque enfin l’aide internationale a commencé à intervenir, de centaines de réfugiés ont été rapatriés, mais que plus de 500 000 vivaient encore au Soudan. À cet égard, il en appelait au HCR pour qu’une sélection soit effectuée afin de déterminer les personnes qui ont des raisons valables de ne pas retourner dans leurs pays. 34. Interrogé à propos du système juridique appliqué par le Soudan à l’égard des réfugiés, M. Abdel Aleem expliqué que ces derniers avaient mis en place leurs propres tribunaux pour résoudre leurs problèmes, ne faisant appel aux tribunaux soudanais que lorsqu’ils ne parvenaient pas jà trouver de solution à un litige donné. 35. En ce qui concerne l’application de la clause de cessation pour les réfugiés 11
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan Ethiopiens au Soudan, M. Abdel Aleem a indiqué que cette clause avait été adoptée par le HCR, pour tous les réfugiés Ethiopiens partout dans le monde et pas seulement au Soudan. La Commission pour les réfugiés au soudan, avec l’assistance du HCR, a établi un comité chargé d’examiner et de décider au cas par cas, de la situation des réfugiés qui ne sont disposés dans leur pays d’origine par peur de persécutions. • Entretien avec M. Tahir Hamdallah Mohmmd El Manzul, Chef de l’Organisation soudanaise d’aide juridique et des droits humains (Sudanese Legal Aid and Human Rights Organization) en présence de son personnel : 36. Commissaire El-Hassan s’est félicité de rencontrer cette ONG dédiée à la défense des droits humains et a exprimé sa volonté d’en savoir plus sur ladite organisation. 37. M. El Manzul a déclaré qu’il dirigeait une organisation récemment établie, gérée par des avocats soudanais, axée sur les droits humains en général mais avec un intérêt particulier pour les droits de l’enfant, les prisons et les conditions de détention. M. El Manzul s’est dit très désireux de collaborer avec les ONG et institutions régionales et internationales. 38. Commissaire El-Hassan a parlé à ses interlocuteurs de la Charte africaine et de la Commission, de la procédure d’introduction de communications auprès de la Commission, du mécanisme de Rapporteur spécial et du statut d’observateur et d’affilié auprès de la Commission. Pour conclure, il a exhorté l’Organisation à introduire la demande d’un statut d’observateur afin de resserrer les liens avec la Commission. • Entretien avec les ONG membres du Conseil soudanais des Organisations bénévoles (SCOVA) 39. Après avoir remercié ses interlocuteurs d’avoir bien voulu le rencontrer, Commissaire El-Hassan leur a fourni d’amples informations sur la Charte africaine et la Commission, ainsi que sur les objectifs de la mission au Soudan. Il a ensuite souligné la nécessité pour un réseau efficace comme la SCOVA d’établir une collaboration et des contacts étroits avec la Commission, suggérant à l’Organisation d’introduire une demande de statut d’observateur auprès de la Commission. 40. M. Ibrahim Mohmmed Ibrahim, Chef du SCOVA a donné à la délégation des informations de fond sur la SCOVA, un Conseil de plus de 100 ONG membres, dont les centres d’intérêt sont la formation, la sensibilisation et l’action dans le domaine des droits humains. Il a en outre assuré la délégation que son réseau était prêt à collaborer avec la Commission africaine. 41. Interrogé sur les allégations d’esclavage au Soudan, M. Ibrahim Abdel Ibrahim a déclaré qu’il fallait absolument établir une différence entre la pratique d’enlèvement et l’esclavage, affirmant que l’esclavage n’existe pas au Soudan. Cette intervention a été suivie d’un riche débat à la suite duquel les interlocuteurs ont convenu que les droits humains ne doivent pas être politisés. Certains d’entre 12
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan eux ont avancé que la soi-disant pratique d’esclavage a été souvent utilisée par des individus dans leurs propres intérêts égoïstes. Les deux parties se sont accordées sur la nécessité d’abolir la pratique de l’enlèvement. 42. Commissaire El-Hassan à nouveau insisté sur l’importance du rôle joué par la société civile au niveau de la Commission, encourageant le réseau à intervenir auprès du gouvernement pour le convaincre de ratifier les instruments de défense des droits humains qui ne l’étaient pas encore. Il a également informé ses interlocuteurs de la visite prochaine de la Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique au Soudan pour discuter de cette question. Jeudi 26 mars 2002 : Entretien avec M. Osman Yagoub, Directeur adjoint de la Police nationale du Soudan : 43. Après lui avoir longuement parlé de la composition, le mandat et les activités de la Commission africaine, Commissaire El-Hassan a demandé à M. Yagoub si la police soudanaise était formée en matière des droits humains et lui a posé des questions sur les allégations d’arrestations et de détentions arbitraires exercées par les forces de sécurité, sur la procédure d’émigration des femmes, sur la situation des réfugiés etc. 44. M. Yagoub a répondu que la police avait un bagage juridique et qu’elle avait également bénéficié d’une formation en matière des droits humains. Sur le problème de l’autorisation préalable de leurs époux pour que les femmes puissent entreprendre un voyage à l’étranger, M. Yagoub a déclaré que ces restrictions concernent celles voyageant dans certains pays comme le Royaume d’Arabie Saoudite et qu’avec l’aide des femmes elles-mêmes, il était absolument nécessaire de trouver une solution à ce problème, marquant ainsi un pas dans l’engagement du Soudan envers ses obligations internationales. Abordant les allégations d’arrestations et de détentions arbitraires, il a déclaré que la police faisait de son mieux pour s’acquitter de ses tâches dans le strict respect de la législation nationale, mais que malheureusement il existait des cas individuels regrettables que lui-même était en train de combattre. Sur la question des réfugiés, M. Yagoub a affirmé que la police était soucieuse de traiter les demandeurs d’asile conformément à la législation gouvernant le statut de réfugiés. • Réunion avec Unité chargée des droits humains à l’Association des juristes du Soudan : 45. La réunion a débuté par une discussion générale sur la coopération entre la CADHP et les ONG de défense des droits humains pour se concentrer ensuite sur la situation des réfugiés au Soudan. À ce niveau les juristes ont exprimé des critiques sur le système de sélection pratiquée par le HCR en application de la clause de cessation pour le réfugiés Ethiopiens. Ils ont déclaré que seules 200 personnes sur les milliers de demandeurs de statut de réfugiés avaient été sélectionnées, les autres étant abandonnées à leur sort, alors qu’elles ne pouvaient pas retourner dans leur pays parce que leur vie y était en danger. Ils ont en outre déclaré que la correspondance envoyée à ce propos au Haut Commissariat aux réfugiés à Genève restait sans réponse, et que pour toutes ces raisons ils envisageaient de porter la situation devant la Commission si aucune solution n’était trouvée. 13
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan 46. Après les avoir remerciés du travail accompli en matière des droits humains, et plus particulièrement en faveur des réfugiés, Commissaire El-Hassan leur demandé d’intervenir auprès du gouvernement du Soudan pour qu’il soumette et présente à la Commission son rapport en instance, conformément aux dispositions de l’Article 62 de la Charte africaine. Par ailleurs, il a fait remarquer aux membres de l’Association que la Commission pourrait faire appel à eux du fait de leur capacité en langue arabe. L’Association des juristes du Soudan a promis de considérer la possibilité d’envoyer auprès du Secrétariat des stagiaires capables de travailler en arabe. Samedi 30 mars 2002 : • Entretien avec M. Mohamed Hamad Abusen, Juge en chef adjoint : 47. Le Commissaire El Hassa a remercié M. Abusen pour l’audience accordée à la délégation et l’a informé sur la Charte et la Commission Africaine ainsi que sur le travail des Commissaires : background historique, composition, mandat, activités, etc. Il a ensuite mentionné les objectifs de la mission au Soudan, insistant sur les obligations du Soudan au titre de la Charte : mise en ouevre des dispositions de la Charte au plan national et l’influence que la Charte doit avoir sur les arrêts des différentes cours, de même que les dossiers de communications déposés contre le Soudan. 48. Le chef de la délégation a en outré mentionné que l’esprit de dialogue, dont la Commission use toujours dans ses relations avec les organes judiciaires des Etats respectifs. 49. Le Commissaire El Hassan a également insisté sur la nécessité pour le Soudan de ratifier un certain nombre d’instruments comme la Charte sur les Droits et le Bien Etre de l’Enfant et le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples portant création d’une Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et a informé M. Abusen de l’évolution de l’élaboration du Projet de Protocole relatif aux Droits de la Femme en Afrique. Il a ensuite pose des questions sur la situation générale du système judiciaire dans le pays, en ce qui concerne les allégations de non indépendance et du bien être des juges de même que la question de leur formation. 50. Le Commissaire El Hassan a spécifiquement posé des questions sur les mauvaises conditions de détention découvertes dans la prison de Omdurman, insistant sur la situation des détenus qui n’avaient pas d’avocats et ceux qui étaient détenus pendant une longue période temps sans être présentés à un juge. El Hassan a aussi déploré le fait que certains prisonniers ayant purge leur peine étaient toujours en détention pour n’avoir pu payer l’amende dont ladite peine était assortie. 51. L’Adjoint au juge en chef a promis d’examiner toutes les questions soulevées et a révélé que tous les directeurs de prison avaient été instruis de libérer les détenus qui avaient purgé leur peine mais qui étaient incapables de payer la peine pécuniaire. Il a en outre fait la promesse de porter devant le Juge en chef la question des retards dans l’examen des causes, pour qu’en consultation avec les 14
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan ONG et les autres parties intéressées une solution durable soit trouvée au problème. 52. L’adjoint au juge en chef a informé la délégation sur le système judiciaire au Soudan et a déclaré que le judiciaire est totalement indépendant de l’exécutif et est administré par un conseil présidé par le juge en chef lui-même, et qui décide librement de toutes les questions concernant le Judiciaire, y compris le recrutement, les promotions et la supervision des juges, approbation du budget indépendant, approbation sans interférence de l’exécutif. Il a également soumis un document à la délégation, sur les lois régissant le système judiciaire, sa structure et l’état des cas traités ou pendants devant les différents tribunaux. 53. Avant la fin de la mission au Soudan, la délégation a appris que le juge en chef, en réponse aux recommandations de la mission, a mis sur pied un comité pour examiner les dossiers des détenus de la prison de Omdurman, en particulier, ceux coupables de délits mineurs. Ensuite, un nombre de prisonniers dont des femmes, a été libéré. • Entretien avec M. Mohhamed Ahmed Salim, Secrétaire à l’enregistrement des partis politiques au Soudan : 54. Le Secrétaire a déclaré que le Soudan pratiquait le multipartisme bien avant son indépendance, bien que les premières expériences se soient avérées difficiles. Il a ajouté que l’organisme sous sa direction était indépendant, avant d’identifier les exigences liées à l’enregistrement d’un parti politique au Soudan : être ouverts et d’envergure nationale, sans motivations religieuses, tribales ou ethniques, publier régulièrement leurs états financiers et communiquer au Secrétaire la source de leurs financements. Il a signalé que depuis sa prise de fonction en 1999, 22 partis politiques s’étaient fait enregistrer. 55. Par ailleurs, M. Salim a informé la délégation que les partis politiques avaient l’autorisation de fonctionner sans se faire enregistrer. Ils doivent seulement informer le Secrétaire à l’enregistrement de leur création. Toutefois, la seule restriction est que de tels partis n’ont pas le droit de prendre part à des élections. Il en existe 36 du genre au Soudan. Ce choix est motivé par le fait qu’ainsi ils n’ont pas à payer des frais d’enregistrement ni ne sont tenus à présenter un programme. 56. En guise de conclusion M. Salim a souligné que même s’il a la capacité de rejeter la demande d’enregistrement d’un parti, il n’en reste que celui-ci peut contester sa décision devant la Cour constitutionnelle. • Entretien avec M. Anglo BEDA, Vice-président au Parlement soudanais : 57. Au cours de son entretien avec le vice-président du Parlement, le Commissaire El-Hassan a fourni des informations générales sur la Commission et a demandé si les droits humains constituaient une question intéressant le Parlement soudanais. Par ailleurs il a exhorté ce dernier d’intervenir auprès du gouvernement pour l’amener à remplir ses obligations, conformément aux dispositions de l’Article 62 de la Charte africaine. 15
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan 58. Dans sa réponse, le vice-président a déclaré, en présence de deux dames (des prsidentes de Comités Parlementaires) que le Parlement était honoré de recevoir la visite de la délégation de la Commission africaine. Commentant la soi-disant pratique d’esclavage au Soudan, il a affirmé qu’étant lui-même, du Sud, il la connaissait bien et qu’il s’agissait plutôt d’une pratique d’enlèvement reliée à des guerres intestines, notamment à propos de propriétés terriennes ou du bétail. Les nombreuses tentatives de l’État pour mettre fin à cette pratique se sont soldées par un ��chec à cause de la taille du territoire, précisant que des efforts dignes d’éloge étaient cependant en cours. Le vice-président a accusé certaines ONG de tirer profit de cette pratique au lieu de la combattre de concert avec le gouvernement. Il a toutefois reconnu qu’il existait de nombreux problèmes au Soudan en matière des droits humains, mais que la volonté d’en venir à bout était de plus en plus forte. 59. M. Anglo a ensuite affirmé que les droits humains représentaient une préoccupation réelle pour le Parlement soudanais du fait que l’histoire de ce pays a toujours été marquée par de nombreuses et sérieuses violations des droits humains, la plupart d’entre elles entraînées par la guerre. Concernant la constitution, il a déclaré qu’elle garantit les droits humains et qu’elle constitue une base juridique des activités du Parlement, qui visite des prisons et participe à des activités de sensibilisation en matière des droits humains. À cet effet, une section du Parlement est chargée de défense des droits humains et suit de près les développements qui s’opèrent à ce niveau en Afrique. 60. Il a ajouté que les droits de l’homme au sein de l’exécutif est sous la responsabilité du Ministre de la Justice et qu’il existe un organe consultatif qui s’occupe de ces questions. 61. Parlant de domaines possibles de coopération avec la Commission, le viceprésident a noté qu’il serait très utile que la Commission joigne sa voix à celles des militants en faveur de la fin de la guerre au Soudan. Enfin il a reproché à la rébellion de ne pas répondre favorablement aux efforts déployés par le gouvernement pour restaurer la paix sous les auspices des Américains et des Européens. B- Lieux visités au cours de la Mission : Vendredi 29 mars 2002 Visite de la Prison de femmes de omdurman : 62. Commissaire El-Hassan a présenté la délégation à M. Mohamed Yahia, Directeur de prison, et lui a parlé de la Commission africaine et de ses activités, en mettant un accent particulier sur le fait que les prisons et les conditions de détention constituaient des éléments importants pour la Commission qui avait nommé un Rapporteur spécial à cet effet. Il a ensuite posé des questions précises sur le statut des femmes prisonnières, sur le niveau de sensibilisation des gardiens de prison eu égard aux droits humains et sur tout autre programme spécifiquement prévu en vue de la réhabilitation sociale des prisonniers. 63. Le Directeur des prisons s’est félicité de la visite de la mission de la Commission, 16
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan tout en précisant qu’il n’avait rien à cacher et que la délégation était libre de visiter la prison et de parler aux prisonniers à sa guise. Il a toutefois reconnu l’existence de nombreux problèmes dans la prison, un vieil immeuble qui ne peut subir de modification ou de restauration du fait qu’il était d’antan le palais d’un sultan. Il a réaffirmé qu’il n’y avait rien à cacher en invitant la délégation à visiter les cellules et à s’adresser aux détenus, le cas échéant. 64. La délégation a appris que le bâtiment qui abritait la prison avait été construit en 1888, résidence d’un Calife. Elle a également constaté que les cellules étaient propres mais surpeuplées. Elles n’étaient pas munies de portes ni de fenêtres. Certains détenus ne bénéficiaient pas des services d’un avocat. La délégation a en outre constaté qu’il n’y avait pas de séparation entre les prisonniers déjà condamnés et ceux en détention préventive. Les détenus parlaient librement aux membres de la délégation malgré la présence des gardiens, se plaignant de leurs conditions de détention et des retards dans l’examen de leurs causes. Certains prisonniers se plaignaient du fait qu’ayant purgé leur sentence, ils étaient obligés de rester parce qu’ils ne pouvaient pas payer la peine pécuniaire s’y rattachant, de sorte que leur emprisonnement ne connaissait pas de fin. Certains parmis les prisonniers avaient des enfants dont un certain nombre devaient être envoyés à l’école. Le personnel de prison contribue à la scolarisation des enfants, mais ceuxci éprouvent des problèmes à cause de la situation de leurs parents. 65. La délégation a promis aux détenus qui avaient de sérieux problèmes de retard dans le traitement de leur dossiers, de soulever cette question avec les autorités concernées, en particulier le Ministre de la Justice et le système judiciaire au cas où la délégation serait reçue en audience par ces autorités. • Réunion avec l’Union des juristes du Soudan (SJU)5 66. Commissaire El-Hassan a expliqué aux juristes les objectifs de sa mission au Soudan, en soulignant le fait que de nouveaux critères d’obtention et de préservation du statut d’observateur auprès de la Commission étaient actuellement en vigueurs, en invitant la SJU à s’y conformer et à envoyer périodiquement des rapports à la Commission. Il a également fait observer à ses interlocuteurs que la Commission comptait sur eux pour encourager le gouvernement à préparer et à soumettre ses rapports nationaux en conformité aux dispositions de l’article 62 de la Charte africaine, et l’assister dans cette entreprise. Commissaire El-Hassan a en outre demandé à l’Association d’aider la Commission à mettre sur pied au sein du Secrétariat une division arabe. Et pour finir, il s’est enquis de la situation des droits humains au Soudan. 67. Le chef de la SJU, Dr. Malik Hussien, a déclaré qu’une rupture de communication entre la Commission et son organisation était responsable du fait que cette dernière n’avait pas soumis ses rapports régulièrement, affirmant que l’Union allait y remédier dans les plus brefs délais. Fournissant à la délégation les données nouvelles sur l’Union, il a promis que celle-ci allait participer à la prochaine session de la Commission. 68. Concernant la situation des droits humains au Soudan, il a reconnu que ce qui 5 ONG qui jouit d’un statut d’observateur auprès de la Commission depuis................ 17
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan avait été fait à M. Hassan El Tourabi n’était pas juste et qu’il devrait être relâché. Il a par ailleurs expliqué que la police avait interdit de facto le parti de ce dernier sans aucune justification juridique, ajoutant que l’état d’urgence sous lequel vivait le pays n’avait aucune raison d’être, si ce n’est peut-être d’encourager des violations des droits humains et qu’en conséquence il devrait être levé. 69. Déclarant partager la même analyse que celle déjà exposée à la délégation au cours de la mission, le chef de la SJU a affirmé que l’esclavage n’existe pas au Soudan. Sur la question du bombardement des civils il a émis l’avis que les ONG opérant au Soudan devraient fonctionner d’une manière plus coordonnée et effectuer une enquête sur des allégations de ce genre au lieu de se contenter d’informations fournies par les émissions radiodiffusées ou la presse écrite. Il a déploré les arrestations et les détentions arbitraires intervenues dans le pays et reconnu que quoique liés à la situation de guerre prévalant dans le pays, il y avait de nombreux abus à cet égard. Il a ensuite cité 8 noms de personnes qui seraient détenues arbitrairement (tous des partisans du Dr Tourabi) et a ajouté que leurs avocats étaient harcelés par les autorités. Il a en outre affirmé que la liberté d’expression était fréquemment violée, les maisons de presse menacées ou fermées pour avoir publié des informations relatives à certains détenus. Etant luimême un parlementaire, le dirigeant de la SJU qui a compétit Durant les dernières elections présidentielles, a déploré l’information selon laquelle le Parlement allait adopter dans un futur prochain une loi accordant des pouvoirs plus importants à la police, craignant que les droits humains et les libertés au Soudan n’en souffrent, et a demandé au Commissaire d’en approcher les autorités compétentes afin que une telle loi ne soit adoptée. Dimanche 31 mars 2002: • Entretien avec le Secrétaire général du Conseil pour le bien-être de l’enfant 70. Le président du Conseil, Dr. Attiyat, a expliqué le fonctionnement de l’organisme à la délégation, en décrivant ses réalisations et les problèmes rencontrés et en soulignant le fait que l’Afrique doive avoir et mettre en œuvre un programme en faveur des enfants, qui tienne compte de ses particularités propres. 71. Interrogé sur le fait que le Soudan figurait parmi les États n’ayant pas encore ratifié la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, aujourd’hui en vigueur, le président du Conseil a déclaré qu’il serait opportun d’organiser une réunion au niveau panafricain en vue d’examiner le problème des États qui ne ratifiaient pas les instruments régionaux de défense des droits humains. En particulier les Etats de l’Afrique du Nord qui semblent, selon elle, avoir des problèmes avec la Charte. Il a aussi informé la délégation que la Charte est en train d’être étudiée par la Conseil. • Entretien avec le Secrétaire général du Ministère de la Justice, Honorable Judge Abd Al-daiem ZUMRAWI : 72. Commissaire El-Hassan a décrit brièvement les parties rencontrées et les lieux visités au cours de la mission, avant de soulever le problème des rapports nationaux dus par le Soudan. Il a également fait mention des présentations écrites que le Soudan devait encore soumettre eu égard à six communications et exhorté 18
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan le Conseil de plaider pour la ratification, par le Soudan, de certains instruments régionaux de défense des droits humains, tels que le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples portant création de la Cour africaine de justice et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Il a enfin suggéré d’introduire une demande de statut d’organisation affiliée à la Commission au nom du Conseil consultatif pour les droits de l’homme (ACHR). 73. En guise de réponse, le SG a remercié la Commission de l’envoi de la mission au Soudan et a assuré à la délégation que le rapport national était en voie de préparation et qu’il serait envoyé et présenté à la Commission dans un futur rapproché. Il a ajouté que le Soudan maintiendrait ses bonnes relations avec la Commission et qu’il continuerait à envoyer des délégations aux sessions de celleci. Il a également promis de faire le nécessaire en ce qui concerne les présentations écrites et que son département assurerait le suivi de la ratification des instruments régionaux de défense des droits humains, comme suggéré par la délégation. Il a conclu en déclarant qu’une demande sera introduite pour l’octroi du statut d’affilié au Conseil consultatif pour les droits de l’homme du Soudan. 74. Prenant la parole, Commissaire El-Hassan a exprimé la préoccupation de la société civile eu égard à la création d’une police spéciale pour les jeunes. Le SG a trouvé l’idée pertinente et a assuré qu’il était possible de la mettre en oeuvre en consultation avec le Ministère de l’Intérieur. 75. Commissaire El-Hassan a ensuite introduit la question des prisonniers ayant purgé leur sentence mais qui demeuraient en détention pour n’avoir pas payé leur peine pécuniaire, en s’enquérant de la mesure prise par le Ministère de la Justice à cet égard. Le SG a annoncé que son ministère avait ordonné de libérer tous les prisonniers dont la sentence avait été purgée, peine pécuniaire ou non, s’étonnant que cette mesure n’ait pas encore été mise en application. Et il a promis que son ministère allait mener un examen minutieux de cette question en collaboration avec les parties concernées. 76. Mis au courant de la préoccupation profonde ressentie par la société civile à propos de la nouvelle loi relative à au Code de procédure pénale, sur le point d’être adoptée et qui investirait la police et les forces de sécurité des pouvoirs plus importants, le SG a répondu que les amendements en question sont en cours d’étude par le Parlement et que de nouvelles propositions ont été faites sur le projet existant et que si lesdites propositions étaient adoptées, il s’agirait d’un pas positif. Il a souligné par ailleurs que le Ministère de la Justice veillerait à ce qu’il ne soit adopté aucune loi contraire au texte de la Constitution du Soudan. Commissaire El-Hassan l’en a remercié et les deux ont convenu de suivre de près cette question. • Réunion avec un groupe d’ONG soudanaises de défense des droits humains (non membres du SCOVA networks) 77. Commissaire El-Hassan a fourni à ces ONG des informations sur la Charte africaine et autres instruments connexes ainsi que sur tous les aspects des activités de la Commission, invitant les ONG n’ayant pas encore le statut d’affilié d’en faire la demande et celles l’ayant déjà, de la garder. 19
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan 78. À leur tour, les ONG ont fourni à la délégation des informations sur leur travail au Soudan. Elles ont demandé de plus amples informations sur la procédure de demande de statut d’observateur auprès de la Commission. Commissaire ElHassan a souligné le fait que les ONG jouissant du statut d’observateur auprès de la Commission pouvaient également présenter une cause auprès de la future Cour africaine de justice. Certaines ONG se sont plaintes des problèmes que leur posaient les autorités pour leur enregistrement officiel en tant ONG de défense des droits humains. Entretien avec M Abd-al-RAhman M.H. SOWARAL-ZAHB leader of El Daawa Al Islamiya6et ex-president du Soudan 79. Après avoir expliqué en détail le travail de la Commission africaine en application de la Charte africaine, Commissaire El-Hassan a remercié cette organisation reconnue et respectable qui a une large présence et des activités dans une grande partie de l’Afrique, spécialement dans le domaine économique, social et culturel et dans celui des droits culturels pour l’excellence de son travail partout dans le monde et lui a suggéré d’introduire une demande de statut d’observateur afin de resserrer les liens de collaboration avec la Commission. Il a également sollicité sa contribution en ce qui concerne les activités que la Commission doit mener en arabe. 80. Le dirigeant de l’organisation a souhaité la bienvenue à la délégation et l’a informée des activités de son ONG qui est aussi active dans les autres continents, notamment dans le domaine de l’éducation, et a ajouté que son organisation a construit plus de 68 établissements cette année, rien qu’en Afrique. 81. Il a aussi invite la délégation à faire un tour des locaux et la délégation a regardé un élément vidéo sur la présence et les activités de l’organisation. • Réunion avec Mesieurs Mohmmed Al-Amien Khalifa et Bashier RAHAM, responsables du « Popular Congress », parti politique de Monsieur Hassan El Tourabi 82. Des responsables de sources variées ont participé à l’entretien, notamment le fonctionnaire chargé des questions des droits humains au sein du parti et celui chargé de l’information. Ils ont tous exprimé leur plaisir de rencontrer la délégation de la Commission au Soudan, en prêtant une oreille attentive aux informations attendues sur la Charte africaine et la Commission. 83. Prenant la parole, les politiciens ont déclaré que les droits humains constituent une préoccupation majeure du Soudan et que la recherche d’une paix durable est une priorité pour leur parti, du fait des souffrances profondes infligées aux populations par la guerre continue. Ils ont expliqué l’action qui avait été 6 Cette organisation basée au Soudan, s’occupe de la lutte contre la pauvreté et les maladies en Afrique et sur d’autres continents. Elle construit des écoles et accorde aux élèves et étudiants, des bourses. 20
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan entreprise par leur parti à cet effet lorsque M. Tourabi était le président du Parlement, déplorant sa détention ainsi que celle d’autres membres du parti pendant de deux ans pour un engagement d’une telle noblesse. Ils ont lancé un appel pour le relâchement de ces détenus et réaffirmé l’engagement de leur parti envers la paix et la démocratie par des voies pacifiques. Ils se sont plaints du fait que malgré l’enregistrement officiel de leur parti, celui-ci ne pouvait mener des activités politiques parce que son siège, ses journaux et ses véhicules, etc. avaient été confisqués. 84. Commissaire El-Hassan a demandé à savoir pourquoi le parti ne portait pas le cas devant les tribunaux afin de trouver une solution à ce problème. Il lui a été répondu que les tribunaux au Soudan n’étaient pas efficaces car sous la dépendance de l’exécutif. 85. Ils ont également déploré le plan du gouvernement d’amender la loi et d’introduire un Walis qui prévoit l’élection des partis, qui n’est pas conforme à la Constitution. Ils ont également déploré l’état d’urgence en cours ainsi que le projet d’amendement visant à donner plus de pouvoir à la police, ajoutant qu’il n’y avait aucune justification pour toutes ces mesures. Au sujet des récentes initiatives de paix au Soudan, ils ont déclaré que la restauration de la paix revient aux Soudanais qui ne doivent faire appel aux initiatives étrangères qu’en cas d’échec des efforts internes. 86. Interrogé sur la soi-disant pratique d’esclavage au Soudan, ils en ont nié l’existence en disant qu’il s’agissait plutôt de pratiques d’enlèvement. Lundi 1 avril 2002 : • Entretien avec Son Excellence Sadhek El Mahdi, ex-Premier Ministre du Soudan et Chef du Parit UMA (parti d’opposition qui n’est pas enregistré mais active après avoir notifié le Régistraire de son existence) 87. Après avoir fourni à M. Mahdi des explications détaillées sur le système régional africain de défense des droits humains, Commissaire El-Hassan a demandé des informations sur la situation des droits humains au Soudan. 88. En guise de réponse, M. Mahdi a déclaré qu’en Afrique les droits humains constituaient un domaine présentant de nombreuses faiblesses, du fait que les gouvernements ne sont pas fondés sur le consentement ni sur l’obligation de rendre compte. Abordant le cas précis du Soudan, il a déclaré que l’état de guerre contribue à empirer la situation, même s’il faut reconnaître l’existence d’une volonté publique d’engager un dialogue et d’œuvrer pour la paix et le pluralisme. 89. Tout en reconnaissant que la situation de guerre prolongée est responsable de nombreux abus, M. Mahdi a également déploré les législations restreignant l’exercice de la démocratie au Soudan, suggérant de transformer l’actuel Conseil consultatif pour les droits de l’homme en une véritable institution de promotion et de protection des droits humains au Soudan, et d’en faire de même dans les autres pays africains. 90. Prenant la parole, le chef de la division des droits humains au parti UMA a décrit 21
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan les activités de sa section récemment créée, en ajoutant que son parti essayait d’encourager le gouvernement à créer une véritable institution nationale des droits humains au Soudan. 91. À propos des allégations d’esclavage au Soudan, le chef du parti UMA a donné à la délégation une longue explication sur l’histoire de la pratique d’enlèvement à la suite de conflits, en précisant qu’il ne s’agissait pas d’esclavage même cette pratique, qui a empiré après 1989 à cause de la guerre et l’abolition du système de chefs dans certaines régions du pays, doit être abolie. 92. Commissaire El-Hassan lui a ensuite demandé son avis sur le Comité national pour l’éradication de la pratique d’enlèvement au Soudan. M. Mahdi a répondu que tant le Comité que le Conseil consultatif pour les droits de l’homme ne sont crédibles et qu’ils devraient, pour ce, être abolis. 93. Sur le processus de paix, il a déclaré que l’UMA appuyait pleinement tout effort visant à instaurer un État de droit au Soudan par la voie de la réconciliation et de la pacification du pays. Concernant le cas Tourabi, il a déclaré que le leader doit être relâché du fait que les mesures prises contre lui ne sont pas conformes à la loi ni à la Shariaa. Il a condamné les tentatives du gouvernement de donner à la police plus de pouvoir. Et il a déclaré que son parti ne s’était pas enregistré par qu’il ne faisait pas confiance au Registraire. De toute façon, a-t-il ajouté, le parti UMA ne participerait à aucune élection à moins qu’il n’y ait de preuves irréfutables que des telles élections seraient libres, justes et transparentes. Jeudi 2 avril 2002 • Conférence de presse de Commissaire El-Hassan au Ministère de la Justice 94. Au cours de la conférence de presse à laquelle ont assisté quelque treize représentants de quotidiens, le Commissaire El-Hassan a fourni aux journalistes et aux autres membres de la presse des informations sur la mission qu’il venait d’effectuer au Soudan. Il leur a également donné des explications détaillées sur les activités de la Commission en application de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, en mettant un accent particulier sur le rôle joué par les média dans la promotion et la protection des droits humains en Afrique et dans le monde. 95. Les journalistes ont posé de nombreuses et pertinentes questions sur la Charte africaine et la Commission et sur les liens entre la Commission et les Nations Unies ainsi qu’avec d’autres institutions internationales de défense des droits humains. Certains journalistes ont exprimé leur volonté de connaître les effets des décisions adoptées par la Commission depuis sa création. 96. Commissaire El-Hassan a donné des réponses satisfaisantes à toutes ces questions et a encouragé les journalistes et tous les autres membres de la presse de poursuivre leurs efforts en vue de la promotion des droits humains en Afrique et dans le monde. Conclusions et recommandations : 22
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan CONCLUSIONS: 97. A la fin de la mission de promotion, la délégation a formulé les conclusions suivantes : a) La délégation a noté avec satisfaction que la mission au soudan s’est déroulée avec succès et que le Gouvernement n’aé épargné aucin effort pour aboutir à ce résultat, mettant à la disposition de la délégation, tous les moyens possibles et autorisant le libre accès à toute personne qu’elle voulait rencontrer. b) La mission a également pris note avec satisfaction du fait que le gouvernement soudanais est désireux d’entreprendre des mesures positives en vue de mieux promouvoir et protéger les droits humains au Soudan ; c) L’équipe de mission a apprécié la volonté du gouvernement de poursuivre et d’intensifier le dialogue avec la Commission Africaine eu égard aux droits humains ; d) Le processus démocratique au Soudan a besoin d’être renforcé et ouvert à tous les partis politiques opérant dans le pays ; e) L’application du principe de l’État de droit est nécessaire, et toutes les parties doivent s’y conformer ; f) De nombreuses violations des droits humains se perpetrent dans le pays, certaines d’entre elles li��es directement à la situation de guerre prévalant dans le nord du pays. Plus spécifiquement, les doirts humains civils et politiques des populations soudanaises sont souvent violés, et d’autre part, le Gouvernement, malgré le manque de ressources, a la volonté et est engagé à mettre fin à ces violations. g)Le processus de paix doit être mené jusqu’au bout afin d’apporter une paix véritable, juste et durable au Soudan ; h) La délégation de la mission a pris note du fait que toutes les parties qui se sont rencontréés ont convenu qu’il n’y a pas d’esclavage au Soudan, mais plutôt une pratique traditionnelle d’enlèvement, qui non seulement a des effets négatifs, mais également doit être abolie parce que ne respectant pas les droits humains aux termes de la Charte africaine et d’autres instruments internationaux des droits humains . i) La société civile est désireuse de collaborer avec le gouvernement et demande qu’un cadre de travail juridiques ainsi que d’autres mécanismes soient mis en place à cet effet. RECOMMANDATIONS: • Recommandations concenrant le gouvrnement du Soudan : The Government should: Le gouvernement devrait : j) Déployer d’authentiques efforts et explorer toutes les possibilités pour ramener la paix dans le pays ; 23
African Commission on Human and Peoples’ Rights: Promotion Mission Report of Commissioner Yasir Sid Ahmad El Hassan to the Sudan k) Libérer tous les détenus politiques, lever l’état d’urgence dès que possible pour créer un environnement plus propice pour la communion politique de tous les Soudanais et mettre les lois nationales en conformité avec les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme auxquels le Soudan est partie ; l) Associer tous les partis politiques à la vie politique du pays ; m) Intensifier le dialogue avec la rebellion afin de réaliser et de préserver un accord de paix véritable au Soudan ; n) Créer une Institution nationale des droits de l’homme fonctionnant en conformité avec les normes internationales établies par les Nations Unies et la Commission africaine ; o) S’assurer dans le nouveau code de procédure pénale, que tout le pouvoir donné à la police et aux forces de sécurité soit conforme aux dispositions de la Consititutiion et des lois du Soudan et ne violent pas la Charte Africaine ; p) ; q) Améliorer les conditions de détention ; r) Soumettre et présenter dans les meilleurs délais à la Commission les rapports nationaus conformément à l’Article 62 de la Charte africaine ; s) Engager tous les efforts possibles en vue d’abolir la pratique d’enlèvement, contraire aux termes de la Charte africaine à laquelle le Soudan est partie ; t) Maintenir un dialogue constant et constructif avec la Commission ; u) Prendre une part significative dans les activités de la Commission ; - Recommandations à l’intention de la Société civile du Soudan : • Les ONG de défense des droits humains doivent travailler en partenariat avec le gouvernement en vue de résoudre ensemble les problèmes des droits humains dans le pays ; Ls ONG de défense des droits humaisn doivent maintenir des liens étroits avec la Commission africaine et faire tout leur possible pour avoir une part significative dans les activités de la Commission ; Les partis politiques doivent jouer leur rôle en conformité avec le texte de la Constitution et des lois du pays, et en faisant de la recherche de la paix et de la reconciliation nationale une priorité. • • - Recommandation en direction de la Commission Africiane des Droits de l’Homme et des Peuples • • • • La Commission Africaine devrait : Renforcer ses relation avec la société civile du pays et faire mieux connaître son travail et explorer les possibilités d’améliorer la situation des populations ; Produire et rendre disponible en Arabe, tous ses documents, tout en créant et en renforçant une section Arabe dans son Secrétariat ; Faire le suivi des recommandation qu’elle émet en direction de cet Etat; et Assiter l’Etat dans ses efforts pour ramener la paix sur son territoire, promouvoir et protéger les droits de l’Homme dans le pays. 24

Created 1 juil. 2026 · Edited 1 juil. 2026