Rapports de Mission

Rapport de la mission d’etablissement des faits en république centrafricaine du 10 au 14 septembre 2014

FR-Rapport de la Mission d'Etablissement des Faits en RCA _ 10 AU 14 SEPTEMBRE 2014.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA Commission Africaine des Droits de l’Homme & African Commission on Human & des Peuples Peoples’ Rights No. 31 Bijilo Annex Lay-out, Kombo North District, Western Region, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 441 05 05 /441 05 06, Fax: (220) 441 05 04 E-mail: au-banjul@africa-union.org; Web www.achpr.org RAPPORT DE LA MISSION D’ETABLISSEMENT DES FAITS EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE DU 10 AU 14 SEPTEMBRE 2014 1
REMERCIEMENTS La Commission africaine des droits de l’homme et des Peuples (la Commission) voudrait exprimer sa gratitude au Gouvernement de la République Centrafricaine pour avoir bien voulu accueillir la mission d’établissement des faits qu’elle a effectuée dans ce pays du 10 au 14 Septembre 2014. La Commission adresse ses sincères remerciements aux plus Hautes Autorités de l’Etat pour avoir mis à la disposition de la Délégation les moyens nécessaires y compris le personnel requis pour le bon déroulement de la mission. 2
I. Introduction 1. L’Article 45 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine) donne pour mandat à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales sur le continent africain. C’est ainsi que dans le cadre de son mandat de protection, la Commission, peut entreprendre, de sa propre initiative ou à la demande de l’Union africaine des missions d’établissement des faits dans les Etats parties, en cas d’allégations de violations graves ou massives des droits de l’homme. 2. C’est en vertu de ce mandat et en application des dispositions pertinentes de son Règlement intérieur, qu’une Délégation de la Commission a entrepris, du 10 au 14 septembre 2014, une mission d’établissement des faits sur les violations des droits de l’homme commises depuis décembre 2012 en République Centrafricaine (RCA). La mission initiée de sa propre volonté faisait suite aux allégations de violations graves et massives des droits de l’homme en RCA portées à sa connaissance. II. Composition de la Délégation 3. La Délégation était composée de trois (3) membres de la Commission : - - - L’honorable Kayitesi Zainabo Sylvie, Présidente de la Commission et Présidente du Groupe de Travail sur la Peine de mort et les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires en Afrique (chef de la Délégation) ; L’honorable Mohamed Béchir Khalfallah, Vice-Président de la Commission, Président du Groupe de travail sur les droits économiques, sociaux et culturels en Afrique et Commissaire en charge du suivi de la promotion et de la protection des droits de l’homme en RCA ; L’honorable Maya Sahli-Fadel, Rapporteure Spéciale sur les réfugiés, les demandeurs d'asile, les personnes déplacées et les migrants en Afrique. 4. Les membres de la Commission étaient accompagnés et assistés par le personnel du Secrétariat de la Commission. III. Termes de référence de la de la mission 3
5. La délégation avait pour objectif de mener des enquêtes sur les allégations de violations graves et massives des droits de l’homme en RCA portées à sa connaissance, notamment en ce qui concerne : - les violations des droits de l’homme causées par les affrontements entre différents groupes armés ; - les atteintes aux droits à la vie et les actes de tortures et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants infligées aux populations civiles ; - les exécutions sommaires et extrajudiciaires de civils ; - Recrutement d’enfants soldats ; - les violences sexuelles faites aux femmes et aux jeunes filles ; - les cas de mutilations; - Les disparitions forcées ; - Les actes de violences fondées sur l’appartenance religieuse ; IV. Méthodologie 6. Au cours de la mission, la Délégation a collecté des informations nécessaires à l’établissement des faits afin de pouvoir situer les responsabilités des différents auteurs des violations à travers divers entretiens et échanges avec divers acteurs. 7. Elle s’est entretenu avec les plus hautes autorités du gouvernement de transition de la République Centrafricaine. La Délégation a également eu des entretiens avec les Représentants du Conseil National de Transition et des Représentants de différentes juridictions de Bangui. Des échanges ont également eu lieu avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme et à la Gouvernance et la Commission mixte d’enquête. 8. En outre la Délégation a échangé avec les Représentants de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) et ceux des organisations du système des Nations Unies, plus précisément la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République Centrafricaine(MINUSCA), l’UNICEF, le HautCommissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). Elle a eu des échanges avec les représentants des Confessions religieuses et un large éventail de représentants de la société civile et des ONG locales et internationales travaillant dans le domaine des droits de l’homme et du droit international humanitaire. 9. La Délégation a recueilli des témoignages auprès des ayant-droits des victimes des différentes exactions occasionnées par la crise. Elle a également rencontré 4
les victimes des Ex Séléka et Anti-Balaka. Elle a reçu une forte délégation composée surtout de femmes du camp de Mpoko situé à l’aéroport de Bangui qui lui ont décrit les violences subies. Ces différents interlocuteurs ont également fourni à la Délégation des rapports sur la situation des droits de l’homme en général Centrafrique. 10. La Délégation s’est également penchée sur la situation des personnes déplacées internes et le niveau de jouissance de leurs droits ainsi que les défis auxquels elles font face. Enfin, elle a jugé nécessaire de se pencher sur toute autre violation des droits de l’homme portée à sa connaissance. 11. Enfin la Délégation a visité les déplacées de la Grande Mosquée du Km 5 au troisième arrondissement et où les habitants se considèrent « interdits de sortir », pour s’enquérir de leurs conditions de vie. Elle s’est également rendue à la Prison Centrale de Ngaragba où elle a entendu des prévenus, en détention préventive depuis plusieurs mois, dont la détention est liée aux différentes violations commises dans le pays durant la période susmentionnée. V. Contexte de la mission 12. La mission à eu lieu durant une période où les conditions sécuritaires n’étaient pas réunies. Ainsi, la Délégation n’a pas pu se rendre à l’intérieur du pays, ni dans certaines parties de Bangui. Ceci a rendu difficile la conduite des enquêtes, car de nombreuses victimes n’ont pu être entendues et certains sites n’ont pas pu être visités par la délégation. Néanmoins, la Délégation à pu s’entretenir avec des personnes ayant été en contact avec les victimes, notamment l’Unité Droits de l’Homme, Protection des Civils et Genre (UDHPCG) la MISCA qui a recueillit les témoignages de ces victimes qu’ils ont partagés avec la Délégation. même si les violations qu’elles ont subies ont été rapportées à la Délégation. Par ailleurs la Délégation n’a pas été en mesure de mener toutes les rencontres prévues, à cause des contretemps liées à la passation entre la MISCA et la MINUSCA VI. Informations générales et contexte A- Historique de la Centrafrique 5
13. La République Centrafricaine aussi appelé Centrafrique, est située en Afrique centrale. Elle est d’une superficie d'environ 623 000 km² et est limitée à l'ouest par le Cameroun, au nord par le Tchad, à l’est par le Soudan et le Soudan du Sud, au sud par la République démocratique du Congo et la République du Congo. La population de la RCA est composée de 80% de chrétiens, 10 % de musulmans et de de 10 % d’animistes. Elle est membre de l’Union africaine, de la Communauté économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) et de la Communauté des Etats sahélo-sahariens. La République Centrafricaine dispose de nombreuses ressources naturelles, notamment l’uranium, l’or, les diamants et du bois précieux. 14. La Centrafrique est caractérisée par une instabilité sociopolitique, conséquence de l’instabilité existant dans la sous-région d’où l’infiltration de groupes armés et la circulation des armes légères. Le pays s’est également illustré, par une spirale de crises politico-militaires, sous forme de mutineries au sein des Forces Armées Centrafricaines(FACA). Ainsi, pour n’évoquer que les évènements récents, de 1996 à 1998, différentes crises éclateront dans le pays, suivies d’une tentative de coup d’Etat en 2001 qui déclenchera la guerre civile et se conclura par l’ascension au pouvoir du Président Bozizé. 15. Suite aux élections présidentielles en 2005, plusieurs mouvements rebelles hostiles au pouvoir se sont créés, dont l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UDFR), le plus important d’entre eux dans le nordest du pays, conduit par Michel Am Nondokro Djotodia. L'UFDR dispose de plusieurs alliés : le Groupe d'action patriotique pour la libération de Centrafrique (GAPLC), le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), et le Front démocratique centrafricain (FDC). 16. En novembre 2006, les rebelles de l'UFDR prennent le contrôle de SamOuandja, une ville située dans le nord de la RCA et d’une autre ville, Ouada. Cette crise qui prendra fin avec la signature de l’accord de paix signé avec le gouvernement en avril 2007, découlera à la reconnaissance de l’UFDR en tant que parti politique. 17. En novembre 2010, les rebelles de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP) s’emparent de la ville de Birao qui sera reprise par l’armée Tchadienne en décembre 2010 pour le compte du gouvernement centrafricain. En décembre 2012, la coalition rebelle de Séléka, formée par des membres de la Convention des patriotes pour le salut du Kodro (CPSK), 6
de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), de l’UFDR, et du Front démocratique du peuple centrafricain avec à sa tête Michel Am Nondokro Djotodia reprend les armes et conquis un certain nombre de villes au nord, au centre et à l'est du pays, et progresse vers la capitale pour faire tomber le pouvoir en place. 18. Le 24 mars 2013, la coalition rebelle Séléka prend le contrôle de Bangui. Le président François Bozizé fuit le pays et le chef de file de la Séléka, Michel Am Nondokro Djotodia, s'autoproclame président par intérim. Au lendemain de ce coup d’état, l’Union africaine prendra la décision de suspendre la RCA de toutes ses activités et imposera des sanctions aux dirigeants de la Seleka dont son chef Michel Am Nondokro Djotodia. 19. Au début du mois de septembre, des combats entre partisans de François Bozizé et des hommes de la Séléka font plusieurs morts dans la région de Bossangoa, à 300 km au nord de la capitale. Les affrontements entre la Séléka, composée majoritairement de musulmans contre les milices d'autodéfense chrétiennes dénommés "anti-balaka" particulièrement violents, ont fait de nombreuses victimes et causé des déplacements massifs des populations. La violence des affrontements conduit au lancement de l’opération « Sangaris » le 6 décembre 2013, conjointement par les forces françaises et africaines MISCA en Centrafrique avec pour objectif le rétablissement de la sécurité dans le pays. 20. Le 10 janvier 2014, le président par intérim Michel Am Nondokro Djotodia démissionne sous la pression des dirigeants de la CEEAC réunis en sommet à N'Djamena. Le 14 janvier le Conseil national de transition se réunit pour désigner un successeur à Michel Am Nondokro Djotodia et désigne Mme Catherine Samba-Panza présidente de la transition le 20 janvier 2014. VII. Genèse, causes et nature du conflit en Centrafrique 21. Le conflit Centrafricain actuel est la conséquence des multiples crises qu’a connues le pays et qui n’ont été que partiellement résolues, les causes profondes n’étant pas explorées et laissées de côté. L’accumulation des frustrations et la multiplication de discriminations ajoutées à la paupérisation accélérée du pays, conséquence de la mauvaise gestion des différents gouvernements gangrénés par la corruption, ont creusé le lit de la rébellion des ex-Séléka entrainant le pays dans une crise sans précédent en Centrafrique. 7
22. Lors des différentes rencontres effectuées au cours de la mission, les personnes interrogées ont tenu à clarifier la nature du conflit centrafricain qui pour la grande majorité n’est pas religieux, mais plutôt politique. La connotation religieuse est la résultante des agissements des deux milices principales, impliquées dans le conflit se réclamant, des musulmans pour la Séléka1 et des chrétiens pour les anti-balaka. 2 23. Les principales causes ayant contribué à l’escalade de la violence en Centrafrique sont : la mauvaise gouvernance, la faiblesse de l’armée, l’impunité, la dégradation des conditions de vie des populations, et principalement l’antagonisme entre les milices anti-balaka et Séléka. A. La mauvaise gouvernance 24. Des divers entretiens menés par la Délégation, il est ressorti que l’état de faillite actuel de la Centrafrique est le fait des divers gouvernements qui se sont succédé, détruisant progressivement tant l’appareil étatique, judiciaire que le système économique. 25. Les interlocuteurs ont souligné l’inaction de l’Etat face aux nombreuses violations des droits de l’homme, particulièrement dans le domaine des droits sociaux et économiques, mais aussi à cause de certaines discriminations envers les populations musulmanes. En outre, l’impunité prévalant dans le pays a donné lieu à de multiples exactions qui perdurent à ce jour. Le niveau de pauvreté des populations, couplé à la faillite de l’Etat et la corruption ont également contribué à la détérioration de la situation socio-économique et politique de la Centrafrique. Ainsi, un haut fonctionnaire de l’Etat a fait remarquer que bien que les revendications des ex-Séléka étaient pour certaines légitimes, les moyens utilisés pour les revendiquer auraient pu être autres. 1 La Séléka (Coalition » en Sango), est une coalition constituée de partis politiques et de forces rebelles opposés au président centrafricain François Bozizé. Composée en partie de mercenaires tchadiens, libyens et soudanais, elle a été créée en août 2012 et a été dissoute officiellement en septembre 2013. 2 Les Anti-balaka « anti-machette »(en sango, machette se dit balaka) sont les milices d'auto-défense créées en 2009 par des paysans, pour lutter contre les « Zaraguinas », les coupeurs de routes actifs au nord et à l’ouest de la Centrafrique. Au début du conflit, le terme anti-balaka est étendu aux insurgés, majoritairement chrétiens, qui ont pris les armes contre les Séléka, mais aussi aux partisans du président Bozizé et à d'anciens soldats des Forces armées centrafricaines (FACA) hostiles au nouveau président, Michel Djotodia. 8
B. La faiblesse de l’armée 26. L’armée centrafricaine victime des multiples crises qu’a traversé le pays au cours de la dernière décennie, a été considérablement affaiblie et désorganisée par les enrôlements successifs des ex-rebelles issues des différentes crises survenues en RCA. En plus, le manque de moyens et de formations ajoutées au non paiement des soldes ont fortement contribué à pousser de nombreux officiers à rejoindre les différentes milices, Séléka d’abord et ensuite anti-balaka. 27. L’intégration à la Séléka par certains officiers de la FACA, a été motivée par les frustrations générées par le pouvoir en place, qui n’a pas tenu les promesses d’amélioration des conditions de vie des populations couplées à la concentration du pouvoir entre les mains d’un noyau restreint depuis plus d’une décennie. Pour ceux ayant rejoint les anti-balaka en majorité chrétiens, la motivation première était de contrer les ex-Séléka, mais par la suite, l’impunité aidant, nombreux sont restés afin de profiter des éventuels gains et avantages tirés des différents rackets et autres exactions que commettent les anti-balaka. C. Impunité 28. L’impunité est l’un des facteurs déterminant de la crise centrafricaine et de sa longévité. Le système judiciaire assez fragile par le passé a été totalement détruit au cours de la crise. Les magistrats victimes d’attaques ont peur de dire le droit et ont dû s’exiler, pour certains, afin d’avoir la vie sauve. D’autres ont été assassinés, comme le Directeur de la Section Judiciaire, assassiné en novembre 2013 par un groupe armé. Les tribunaux et les cours de Bangui et des localités à l’intérieur du pays ont été systématiquement détruits, avec pour objectif avoué la destruction des dossiers de certaines personnes visées par des procédures judiciaires. 29. Par ailleurs, les autorités participent à la culture de l’impunité, en faisant libérer des nombreux criminels 3, notamment des personnes qui susceptibles d’être pénalement poursuivies devant les tribunaux. 3Les évasions de la prison de Ngaragba auraient apparemment été organisées par les autorités pour permettre à certains grands criminels ayant des connections avec les autorités de s’échapper en vue de se soustraire à la justice. 9
30. De l’avis de nombreuses personnes avec lesquelles la Délégation a échangé (chrétiennes ou musulmanes), la crise est fortement liée à l’impunité, la cause religieuse étant le résultat d’une manipulation politicienne afin de couvrir les agissements des politiques notamment celles favorisant l’impunité. D. Dégradation des conditions de vie des populations 31. Conséquences des nombreuses crises survenues dans le pays, les conditions de vie des populations centrafricaines se sont progressivement dégradées. Ainsi, il y a un déficit chronique de ressources à pratiquement tous les niveaux (humain, matériel, financier). Les nombreuses insuffisances de l’administration incapable de maintenir les rares services que procure encore l’Etat. 32. Le système de santé étant quasiment inexistant ; avec des hôpitaux sous équipés et en manque de personnel. L’accès aux besoins de base comme l’eau, la nourriture ou l’électricité n’est pas assuré et la malnutrition est à un niveau élevé chez les jeunes enfants. La plupart des habitations sont insalubres et les logements précaires. 33. La vie économique reposait essentiellement sur le système informel, faible car n’ayant bénéficié d’aucun programme d’investissement digne de ce nom. Enfin, la corruption et la concentration de pouvoirs entre les mains d’un petit groupe n’a pas permis la redistribution équitable des faibles ressources dont dispose le pays. E. La discrimination sociale envers la communauté musulmane 34. La discrimination institutionnelle et structurelle dont serait victime la communauté musulmane (10%) a également nourri le conflit. Pratiquée par tous les régimes qui se sont succédé au pouvoir en Centrafrique, qui l’ont justifié par le fait que les musulmans ne seraient pas de « vrais » centrafricains mais plutôt des étrangers venus principalement du Tchad, du Soudan et du Cameroun. Ils n’accèdent pas facilement à la fonction publique et la majorité travaille dans le secteur informel où ils exercent et réussissent dans le commerce, ce qui alimente la jalousie et la haine des autres.. F. Antagonisme entre anti-balaka et ex-Séléka 10
35. La rivalité permanente entre anti-balaka et ex-Séléka a considérablement contribué à l’escalade du conflit et à sa longévité. Les deux groupes armés semblant se réclamer chacun d’une communauté religieuse ont cristallisé les méfiances et étendu le conflit au reste de la population, créant rapidement un amalgame. Ainsi, pour les chrétiens, tout musulman est un Séléka alors que les musulmans considèrent les chrétiens comme supportant les actions des anti-balaka. Ceci a été renforcé par le fait que les anti-balaka ont la faculté de se fondre dans la masse et se faire passer pour des citoyens lambda, rendant difficile leur identification, d’où l’amalgame. 36. Pour ce qui est de l’assimilation des musulmans aux ex-Séléka, lors de l’arrivée de ces derniers à Bangui, ils étaient pour leur grande majorité constitués de mercenaires Tchadiens, Soudanais, de peuhl, ceux-ci parlant majoritairement arabe la confusion s’est vite installée. Ainsi après les massacres commis sur les populations par ces derniers, les anti-balaka auraient répliqué en assimilant tous les musulmans à des Séléka. 37. En 2013, suite à l’accroissement des tensions entre les communautés musulmane et chrétienne après la prise de pouvoir par les Séléka, les antibalaka prennent les armes pour « protéger » la communauté chrétienne des exactions des Séléka, qui ont pris cause pour la communauté musulmane dans les conflits qui opposent ces deux communautés. Quoique se posant comme les défenseurs de la population chrétienne, les anti-balaka sont majoritairement animistes et sont reconnaissables par les nombreux gris-gris qu’ils portent, cependant certains sont chrétiens ou musulmans. VIII. Cadre juridique des droits de l’homme en Centrafrique 38. La Centrafrique est partie à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples qu’elle a ratifiée le 26 avril 1986. Elle a également ratifié ou adhéré à différents textes et conventions régionaux et internationaux sur les droits de l’homme, comme la Convention Internationale sur l’élimination de toutes les formes de Discrimination Raciale, ratifiée le 16 mars 1971, le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, ratifié le 08 mai 1981; le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels ratifié le 08 mai 1981 ; le Protocole Facultatif au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, ratifié le 08 mai 1981 ; la Convention Internationale sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes, ratifiée le 21 juin 1991 ; et la Convention relative aux Droits de l’Enfant, ratifiée le 23 avril 1992. 11
39. Au niveau national, la loi No 13.001 adoptée le 18 juillet 2013 portant « Charte Constitutionnelle de Transition » (Charte Constitutionnelle) organise la promotion et la protection des droits de l’homme. Dans son Préambule la Charte Constitutionnelle, réaffirme son adhésion à plusieurs conventions relatives aux droits de l’Homme et son Titre I « Des bases fondamentales de la société » consacre 18 articles aux droits fondamentaux du citoyen centrafricain. IX. Résultats des investigations concernant les violations des droits de l’homme commises pendant le conflit en Centrafrique 40. Suite à ses investigations, la Délégation a constaté que de nombreuses violations avaient été commises, notamment : - des exécutions sommaires - des atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique - des restrictions à la liberté de mouvement - des actes de vandalisme, de destruction et de pillage des biens publics et privés - des recrutements d’enfants soldats ; - des violences sexuelles faites aux femmes et aux jeunes filles ; - des cas de mutilations; - des cas de disparitions forcées ; - des actes de violences fondées sur l’appartenance religieuse ; 41. La Délégation s’est également penchée sur la situation des détenus et des déplacés internes. Par ailleurs de nombreuses violations ont également été causées par les affrontements entre différents groupes armés, mais également par certains contingents militaires de la MISCA ; notamment à Bouali (contingent congolais) et à Bambari (contingent gabonais). A cela s’ajoute, la destruction totale du tissu social et des nombreuses crises intercommunautaires. A- Exécutions sommaires 42. Plusieurs exécutions sommaires ont eu lieu tant dans la capitale Bangui que dans les provinces, notamment à Bossembélé où les Séléka ont été désignés comme les principaux auteurs de ces exécutions. Cependant, les anti-balaka se sont également rendus coupables de plusieurs exécutions sommaires, 12
certaines relevant d’une cruauté manifeste, car découpant leurs victimes en multiples morceaux avec des machettes. 43. Ces exécutions se sont faites dans le cadre d’actes de justice expéditive et sommaire perpétrés par les deux forces antagonistes en fonction de leur hégémonie sur les zones dont ils ont le contrôle. 44. En guise d’exemple, l’on peut citer l’immolation de personnes (souvent des femmes âgées) accusées d’actes de sorcellerie, par les antibalaka et/ou les exécutions et les actes de tortures (passage par les armes, hors de la justice conventionnelle) d’éléments ex Seleka ou de personnes civiles par des commandants de l’ex Seleka B- Atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique 45. Les combats en Centrafrique ont été d’une telle violence qu’il est impossible d’avoir un nombre exact de victimes. De nombreuses personnes (homme, femme, enfant) ont été massacrés par les différents groupes armés ex Séléka et Anti-Balaka ou encore les milices fidèles à l’ancien président Bozizé, tant dans la capitale qu’à l’intérieur du pays. 46. Plusieurs charniers ont été également découverts à Bangui ; le premier situé au lieu-dit « la colline des panthères » comptait environ 30 corps, le second découvert dans l’enceinte d’un camp militaire à Bangui « bataillon de soutien à des services (BSS) » avait environ 13 corps. Des familles entières ont été exterminées. Des actes de cannibalisme aussi ont été signalés dans la ville de Bangui. 47. Selon les informations recueillies de différentes sources concordantes, 1544 cas d’atteinte aux droits à la vie et 1353 cas d’atteinte à l’intégrité physique auraient été comptabilisés dans la ville de Bangui et les localités adjacentes pour la seule période allant du 5 décembre 2013 au 31 juillet 2014. 48. Ces cas sont souvent la conséquence des affrontements directs entre la milice anti-Balaka et les forces ex Séléka souvent suivis de représailles contre les populations civiles, des exécutions et des exactions commises contre des civils en fonction de leur appartenance confessionnelle ainsi que des cas de règlements de compte. 13
49. La Délégation a été informée par la Communauté musulmane et les membres de la croix rouge que certains cadavres avaient subis des sévices tels qu’il était impossible de les montrer aux familles de peur de soulever des émeutes. Ainsi, les Imams s’occupaient avec des corps et certaines personnes étaient désignées pour les enterrer. D’autres corps ont été récupérés et enterrer par la croix rouge. C- Restriction à la liberté de mouvements 50. La population du quartier Km5 à majorité musulmane vit dans un cantonnement de fait depuis le 4 décembre 2013, n’ayant pas le droit de dépasser une limite virtuelle symbolisé par le cimetière. Les populations rencontrées ont déclaré ne pas savoir pourquoi elles sont cantonnées. Au sein du Km5 se trouve un camp de déplacés établit à la grande mosquée. 51. Les habitants des quartiers environnant peuvent venir au Km5 même si très peu s’y risquent, mais ceux du km5 n’ont pas le droit de sortir hors du périmètre défini. Ainsi de nombreux étudiants ont raté leur année académique car ne pouvant se rendre à l’université situé dans un autre quartier. Les fonctionnaires sont également cantonnés dans le quartier et ne peuvent plus se rendre à leur lieu de travail. Il a également été rapporté que les personnes ayant des proches en prison ne sont pas autorisées à leur rendre visite, laissant ces derniers abandonnés à leur sort. Cet état de fait n’est pas sans créer de violentes frustrations. 52. De plus les populations ont rapporté qu’elles sont régulièrement attaquées par des anti-balaka qui considèrent ce quartier comme étant le bastion des ex-Séléka. Les habitants ont déclaré qu’il n’y avait pas d’ex-Séléka parmi eux et considèrent que ces derniers ont porté préjudice à la communauté musulmane en contribuant à créer l’amalgame Séléka égale musulman dont ils estiment subir les conséquences. 53. Cependant, quoique reconnaissant ne pas abriter d’ex-Séléka en leur sein, les habitants ont reconnu qu’ils avaient reçu l’ordre de certaines autorités de pratiquer la légitime défense. C’est ainsi que des groupes de jeunes se sont organisés pour défendre le quartier contre les incursions des anti-balaka, avec les armes qu’ils récupèrent après les combats. D- Dégradation de la situation socio-économique 14
54. La majorité des bâtiments publics ont été détruits par les bombardements ou les pillages. De nombreuses maisons de particuliers ont également fait l’objet de pillages lorsqu’elles n’ont pas été réquisitionnées de force par les groupes armés. La Délégation a été informée que les actes de pillages commis par les ex-Séléka à Bangui avaient pour cause l’incapacité des chefs de guerre à payer les combattants, encourageant ces derniers à se livrer à des actes de pillages. Les anti-balaka se sont également livrés à des actes de vandalismes et autres malversations. Ainsi, la quasi-totalité des ministères publiques, des hôpitaux et des écoles ont été pillés et détruits à Bangui, de même que dans l’arrière-pays selon les informations reçues. E- Recrutement d’enfants soldats 55. Les enfants ont été les victimes directes et indirectes du conflit. Victime directe en participant au conflit en tant qu’enfant soldat et indirecte en tant que victimes collatérales du conflit. On estime aux environs de 8000 à 10 000 enfants associés aux différents groupes armés. Les enfants ont été utilisés au plus fort des combats, lors de la prise de Bangui par les ex-Séléka, où ils étaient en première ligne. Généralement drogués ou alcoolisés après avoir été arrachés à leurs familles, ils sont utilisés pour diverses tâches : combat, vol, espionnage, cuisine, esclave sexuelle (particulièrement les filles), et à d’autres buts selon les besoins. 56. Environ 910 enfants présumés associés aux anti-balaka ont été identifiés sur 7 sites dans la commune de Boali.4 721 sur les 910 dont une centaine de filles ont été confirmées comme enfant associés aux groupes à la milice antibalaka. A Boye-Yabe (4eme arrondissement de Bangui) les anti-balaka ont affirmé avoir 159 enfants soldats avec eux. Seuls 25 de ces enfants ont pu être formellement identifiés. Parmi eux, quatre filles dont deux qui avaient été enrôlées en provinces, dans le village de PK 55 et à Boda. 5 Il a été rapporté que de nombreux enfants soldats auraient été tués ou blessés entre janvier et mars 2014 (38 tués, 172 blessés ; 8 cas de viols et 11 enlèvements). Mais certaines de ses allégations n’ont pu être formellement vérifiées. 6 57. Environ 1500 enfants ont été pris en charge par L’UNICEF à travers un programme de Démobilisation, Désarmement et Réinsertion (DDR), mais 4 Informations fournies par l’unité des droits de l’homme de la MISCA 5 Voir note précédente 6Les chiffres mis à la disposition de la Délégation, concernent la période de janvier 2014 à septembre 2014 15
certains enfants auraient quitté le camp de réinsertion à l’instigation des chefs de guerre qui continuent à avoir prise sur eux. F- Violences sexuelles faites aux femmes et aux jeunes filles 58. Le nombre exact des violences basées sur le genre commis en Centrafrique est difficile à évaluer car plusieurs cas n’ont pas été signalés. Cependant, des nombreuses femmes ont subies des violences sexuelles, et plusieurs jeunes filles victimes de mariage précoce et forcé (particulièrement celles associées aux groupes armés), des grossesses non désirées et de viols ont ét�� rapportés. 59. Les violences envers les femmes avant la crise existaient déjà, notamment les mutilations génitales féminines(MGF), les violences associées aux accusations de sorcellerie et les violences conjugales. Ces violences se sont accentuées drastiquement avec la crise. Au total 4367 cas auraient été signalés entre décembre 2013 et mars 2014, 7 dont 1015 rapportés pour le premier trimestre 2014 avec 13% de viols commis sur des mineurs (-18). Il a également été rapporté que 74% des cas avaient été le fait d’hommes en armes. 8 60. Parmi les femmes déplacées, nombreuses ont déclaré avoir été victimes de viols, certaines de viols collectifs. Une victime a déclarée avoir fait l’objet d’un viol collectif après que son fils ait été abattu. Les femmes déplacées ont informé la Délégation que les violences avaient toujours cours, notamment dans le camp de déplacés de M’poko où les anti-balaka s’infiltrent régulièrement. 9 G- Mutilations 61. Plusieurs cas de mutilations ont été rapportés, au Km5, la Délégation a été informée que certains corps étaient difficilement identifiables suite aux mutilations qu’ils avaient subies ; les anti-balaka sont ceux qui pratiquent le plus la mutilation, coupant les membres et décapitant les cadavres. Par ailleurs des cas de soustractions d’organes génitaux sur des cadavres ont également été recensés. Les décapitations, l’amputation et l’émasculation 7 Voir note précédente 8 Source unité des droits de l’homme de la MISCA 9 Lorsqu’ils enlèvent les gris-gris dont ils s’affublent et qui les caractérisent il devient difficile de les identifier. 16
des personnes tuées sont devenues courantes. Pour d’autres interlocuteurs, la soustraction d’organes serviraient à des pratiques occultes ou comme preuve que la victime a été réellement tuée. H- Disparitions forcées 62. De nombreux cas de disparitions ont été signalés, mais il est difficile d’évaluer le nombre exact et les causes varient entre le décès (corps non retrouvé à ce jour) ou la séparation, notamment en ce qui concerne les enfants séparés de leurs parents à cause du conflit. Néanmoins, un cas de disparition concernant près de 12 personnes et imputé au contingent congolais de la MISCA a été rapporté (voir paragraphe 63) I- Actes de violences fondées sur l’appartenance religieuse 63. Plusieurs actes de violence ont été commis et continuent à être perpétrés contre les personnes du fait de leur appartenance à une communauté religieuse donnée, (chrétienne ou musulmane). La cristallisation de l’antagonisme entre ex-Séléka et anti-balaka se posant comme défenseurs de l’une ou l’autre des communautés (chrétienne pour les anti-balaka et musulmane pour les ex-Séléka) a contribué à donner une connotation religieuse au conflit en créant l’amalgame musulman=Séléka et chrétien=anti-balaka. 64. De nombreux musulmans ont été tués car assimilés au Séléka, à tel enseigne que les populations musulmanes du Km5 se sont révoltés contre ces derniers car ayant contribué à créer cette confusion qui leur a été préjudiciable. De même, des chrétiens ont été agressés et tués pour leur affinité supposé avec les anti-balaka du fait de leur religion. Paradoxalement, des chrétiens qui ont aidé les musulmans et vice-versa ont été attaqués par l’un ou l’autre des groupes, car étant considérés comme des traitres à leur communauté. 65. Divers massacres ont été perpétrés sur l’ensemble du territoire. Tant par les anti-balaka sur les populations musulmanes et par les Séléka sur les non musulmans. La préfecture de l’Ombella-Mpoko a été le théâtre de nombreux massacres perpétrés par les deux groupes. Ainsi, le 8 janvier 2014, plus de 30 personnes ont été massacrées à Boyali sur la route de Boali. Entre le 16 et le 18 janvier 2014, environ 43 corps de personnes musulmanes tuées par les anti-balaka auraient été retrouvés à Bossembélé. 17
66. Par ailleurs, près d’une centaine de victimes de confessions chrétiennes ont été répertoriés dans la préfecture de Nana-Mambéré, suite au massacre commis par les ex-Séléka et les civils musulmans le 22 janvier 2014. J- Violation du droit à l’éducation 67. Le conflit armé qui sévit sur l’ensemble du territoire centrafricain a occasionné les pillages et la destruction des infrastructures scolaires, ce qui a entraîné la fermeture des écoles, avec pour conséquence, un nombre important d’enfants déscolarisés. Seules l’Université de Bangui et les écoles privées et confessionnelles sont toujours opérationnelles. K- Violations commises par les contingents militaires de la MISCA 68. Les contingents militaires de la MISCA auraient également commis certaines exactions, c’est le cas notamment du contingent congolais à Boali et du contingent gabonais à Bambari. a. Cas de Boali 69. En mars 2014 dans la localité de Boali à 80 km de Bangui, le contingent congolais en poste à Boali a été accusé d’avoir été impliqué dans la disparition forcée de civils dans cette localité. Selon les informations reçue l’UDHPCG, les militaires congolais auraient encerclé la maison d’un chef anti-balaka et capturé au moins 11 personnes qui seraient portées disparues à ce jour. 70. Une enquête a été diligentée après avoir attiré l’attention des autorités congolaises sur cet incident, le Représentant spécial de la Commission de l’UA et chef de la MISCA a décidé de suspendre provisoirement de ses fonctions le Commandant en charge du contingent présent à Boali et de relever tous les soldats de l’unité qui était en poste dans cette localité lors de l’incident. Le contingent a par la suite été rapatrié, mais les investigations sont toujours en cours. b. Cas de Bambari 71. A Bambari, la proximité entre la population et les troupes ont donné lieu à des actes d’abus sexuels de la part des troupes sur les populations, 18
majoritairement les femmes et les jeunes filles. Ceci a pour cause principale l’état de pauvreté des populations vivant dans le camp et particulièrement la gente féminine, dont la vulnérabilité en fait des proies faciles. L- Situation des déplacés 72. Les multiples violations des droits de l’homme commises par les différents groupes armés ont entraîné des déplacements massifs des populations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Il y a eu plus de 100 sites de déplacés à Bangui, et près de 600.000déplacés. Suite à l’amélioration de la situation sécuritaire, certains ont fermé mais nombreux demeurent opérationnels 73. Selon les informations recueillies auprès de l’Unité droits de l’homme de la MISCA, la RCA comptait, au 10 septembre 2014, 490.024 personnes déplacées, dont 65.024 à Bangui répartis dans 37 sites et en famille d’accueil et 425000 sur le reste du territoire centrafricain. 74. Selon la même source, le nombre de la population centrafricaine réfugiée dans les pays voisins était estimée à la même date à environ 416.437, y compris 179.915 arrivés depuis décembre 2013. 75. La Délégation a visité le camp installé dans la grande Mosquée du Km 5. Elle n’a pas pu se rendre au camp de M’poko comme prévu car il a été rapporté que deux personnes auraient été tuées aux alentours, ce qui a eu pour conséquence de restreindre l’accès au camp. La Délégation a cependant rencontré les déplacés du camp de M’poko (en majorité des femmes) en dehors du camp. 76. Au cours des discussions avec ces déplacés, la Délégation a été informée des violences sexuelles, notamment des viols qui surviennent régulièrement sur le site et de l’insécurité persistante. Les déplacés ont indiqué qu’il y a des incursions des anti-balaka qui se fondent dans la population du site. En effet, les anti-balaka s’introduisent régulièrement sur le site pour commettre des exactions après s’être dépouillés de leurs gris-gris. Les militaires n’étant pas autorisés à l’intérieur du camp, il est difficile d’assurer une véritable sécurisation du site. Ainsi la semaine précédant la mission, une femme aurait été victime d’un viol collectif dans le camp après que son mari ait été tué. 19
77. La plupart des déplacés ont peur de rentrer chez eux à cause de l’insécurité. Cependant, nombreux sortent du camp dans la journée pour vaquer à leurs occupations et ne rentrent que le soir pour passer la nuit sur le site. Beaucoup veulent quitter le camp mais sont freinés par l’insécurité et le manque d’abris, leurs maisons ayant été complètement détruites. Le HCR a mis en place une stratégie pour encourager les gens à rentrer chez eux en ouvrant un site accueillant les gens seulement pour la nuit. Le site a d’ailleurs commencé à se vider avec l’arrivée des forces internationales qui ont contribué à l’amélioration de la sécurité. Néanmoins, certains restent dans les sites afin de bénéficier des soins gratuits. Il y a eu une entente avec le Ministère des affaires humanitaires pour organiser des soins gratuits dans les quartiers afin de désengorger les sites. 78. La situation des déplacés de la grande mosquée du Km5 est particulière, étant situé dans un quartier subissant un cantonnement de fait, ceci rend la dépendance des déplacés envers les aides humanitaires importante. Ils ne disposent que des aides des ONG et des organisations des Nations Unies pour survivre. 79. Les déplacés ont indiqué que MSF distribue des médicaments, mais ils ont des difficultés à se nourrir, car le PAM ne distribuerait plus de ration depuis le mois de mars. Les femmes rencontrées par la Délégation ont informé que Caritas a donné des rations pour les enfants, mais déplorent que le HCR ne fasse pas plus pour les déplacés du camp. M- Situation des détenus 80. La visite de la prison de Ngaraba, unique prison opérationnelle de Bangui, en plus de la prison de Bimbo pour les femmes, La prison d’une capacité de 500 places accueille actuellement 425 prisonniers. Les autorités pénitentiaires ont indiqué que beaucoup de détenus ont été déférés sans mandat de dépôt, mais que la justice travaillait à régulariser leur situation. Lors de notre visite, la prison dénombrait 105 détenus sans mandat de dépôt dont la situation n’était pas encore régularisée. 81. La Délégation a également constaté que les délais de détention provisoires sont pour certains très longs, non seulement suite aux disfonctionnements des juridictions mais aussi faute de compétence territoriale pour les juridictions de Bangui à connaitre des infractions commises en dehors de sa circonscription, notamment pour les détenus en provenance de la Préfecture 20
de Mamberé K Kadée (Berberati et Carnot), de Nana Mambéré (Bouar et Gaho), Songha Mbaéré (Nola) et Kemio (Sibut). 82. Ils ont également informé que les anti-balaka et les ex-Séléka étaient détenus ensemble ; même si au début il y a eu quelques frictions, la situation s’est améliorée entre les deux groupes. Les infractions pour lesquelles ils sont inculpés sont : le vol, tentative de vol, pillage, destruction de biens, coups et blessures, détention illégale d’armes, escroqueries, abus de confiance, atteinte à la pudeur, faux et usage de faux, détournement de biens. Parmi les détenus, il y a environ 16 mineurs. 83. Il apparait que la lutte contre l’impunité demeure un défi. Très peu de détenus sont en connexion direct avec le conflit, les rares protagonistes de la crise qui sont arrêtés, ou ceux qui l’ont été, ont été vite libérés soit sur ordre de certaines hautes autorités du pays ou pris la fuite la faveur d’une évasion. N- Les crises intercommunautaires 84. Plusieurs crises communautaires ont éclaté un peu partout sur le territoire suite au conflit, alimentant la confusion entre conflit politique et conflit religieux. Ainsi de nombreux incidents sont survenus entre les communautés musulmanes et chrétiennes, certaines avec des conséquences plus ou moins graves. 85. En mars 2014, dans le quartier Fatima où les deux communautés vivaient en bonne intelligence avant la crise, une attaque à la grenade contre une famille chrétienne par un groupe de jeunes musulmans, sur fond de litige foncier a exacerbé les tensions déjà existantes. L’attaque a fait près de 12 morts et plus d’une vingtaine de blessés. 86. La Délégation a été informée qu’à Carnot dans l’ouest du pays, des affrontements entre la MISCA et les anti-balaka ont fait 8 morts et 8 blessés, entre le 23 et le 25 mai 2014. L’affrontement était dû au mécontentement des populations par rapport à la protection dont bénéficiaient les musulmans déplacés et relocalisés sur le site de l’Eglise catholique des Martyrs de l’Ouganda. Par ailleurs, la présence d’anti-balaka radicaux dans la ville a contribué à la montée en puissance de la haine envers les musulmans avec pour conséquence des attaques répétées du site. En plus, les éléments de la 21
MISCA se sont accrochés avec des anti-balaka refusant de se désarmer ; ce qui a causé des affrontements durant près de 3 jours. O- Actes de pillages ; destruction des maisons et des biens 87. A Boda une localité situé à 200 km de Bangui, des violents affrontements intercommunautaires ont également eu lieu. Les populations chrétiennes accusant les musulmans d’avoir soutenu l’ex-Séléka lors de leur arrivée dans la ville et de les avoir spoliés de leurs biens. Selon le rapport de l’Unité Droits de l’homme de la MISCA, près de 1150 maisons auraient été détruites et environ 506 magasins et étalages détruits et pillés, de même que la destruction et le pillage des administrations publiques. 10 Plusieurs décès ont été rapportés ainsi que de nombreux blessés. PQ- Destruction du tissu social 88. La destruction totale du tissu social est le plus grand défi que devra relever la Centrafrique dans le futur si elle veut parvenir à se reconstruire. La fracture entre les communautés est si profonde qu’il faudra des années pour la guérir. Par ailleurs si ce problème n’est pas traité avec précaution, il peut préparer le terrain pour un autre conflit qui aura des conséquences plus graves que le conflit actuel. 89. Ainsi, selon que l’on s’adresse à l’une ou l’autre des communautés, il apparait que « l’autre » (musulman ou chrétien) est le « problème » ou du moins la source de tous les problèmes. Bien que toutes les personnes rencontrées s’attachent à préciser que le conflit n’est pas religieux et qu’il y a eu une manipulation des politiques, il n’en demeure pas moins que la méfiance entre les deux communautés est bien ancrée. Ainsi, pour beaucoup de non-musulmans, les musulmans sont des étrangers, comme si il n’y a aucun musulman centrafricain et que les personnes de confessions musulmanes viennent tous d’ailleurs. X. 10 Les responsabilités des différentes violations commises Résultats des investigations de l’Unité des droits de l’homme de la MISCA 22
90. Des différents témoignages et rapports recueillis, il ressort que les auteurs principaux des violations identifiées restent les groupes armés. Toutefois, la responsabilité des autorités gouvernementales ainsi que celle de l’armée doit être prise en considération. A- Responsabilité des groupes armés 91. Les anti-balaka ont commis de nombreux massacres contre les civils musulmans, à tel enseigne qu’ils ont été accusés par des organisations de droits de l’homme de pratiquer un nettoyage ethnique à cause de leurs attaques ciblées sur les populations musulmanes. Les plus radicaux continuent de commettre régulièrement des massacres contre les civils (musulmans et même non musulmans). 92. Les ex-Séléka ont commis de nombreuses exactions, et ont perpétré des représailles contre les populations qui ne leur apportaient pas leur soutien au cours de leur progression vers Bangui. Les représailles (morts d’hommes, viols et pillages) ont visé particulièrement les populations chrétiennes. Malgré leur dissolution en septembre 2013 par Michel Am Nondokro Djotodia, ils ont continué à commettre des exactions jusqu’à ce jour. En ciblant les populations chrétiennes, ils ont contribué à l’instauration de la méfiance entre les communautés et la destruction du tissu social. B- Responsabilité des autorités gouvernementales 93. Les promesses non tenues par les différents gouvernements, additionnées à la résolution superficielle des précédentes crises ont nourri les frustrations et contribué à la création de la rébellion de la Séléka. Par ailleurs, l’Etat est responsable de l’escalade de la violence en Centrafrique par son incapacité à protéger les populations contre les exactions des groupes armés, mais également de son armée dont certains éléments ont commis des exactions. C- Responsabilité de l’armée 94. La désorganisation et la faiblesse de l’armée l’a rendu incapable de protéger les populations contre les attaques des groupes armés. La défaite subie face aux rebelles de l’ex-Séléka, a poussé bon nombre d’officiers à rejoindre les anti-balaka. Ces derniers ont pris part aux exactions commises par les anti balaka et ont contribué à les rendre plus dangereux, grâce à l’expertise et aux armes qu’ils leurs ont apportées en les rejoignant. Il a également été 23
rapporté que l’armée est indisciplinée et commet beaucoup d’exécutions sommaires. D. Responsabilité des contingents de la MISCA 95. La Délégation a relevé des cas de violations des droits de l’homme commises par des contingents de la MISCA. Cependant, elle constate qu’aucune poursuite n’a été engagée contre leurs auteurs à ce jour. Les auteurs présumés de ces violations doivent être traduits devant les juridictions compétentes en vue de répondre de leurs actes. XI. Actions entreprises pour la lutte contre l’impunité, la résolution du conflit et le retour de la paix 96. Depuis la mise en place du gouvernement de transition, certaines mesures ont été prises pour rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. Ainsi, une procédure spéciale a été mise en place pour accélérer la délivrance des mandats de dépôts des nombreux détenus déférés sans inculpation formelle. Une cellule spéciale d’enquête a été mise en place et certains cas seront prochainement transmis à la Cour Pénale Internationale (CPI). Un ministère de la Communication et de la Réconciliation Nationale a été également créé pour mettre en œuvre le programme du gouvernement sur les questions de cohésion sociale et de réconciliation. Il sied de signaler qu’une loi pour la protection des biens des personnes déplacées et réfugiées afin de garantir leur retour est en voie d’adoption A. Loi pour la protection des biens des personnes déplacées et réfugiés La loi a pour objectif de protéger les biens des personnes qui ont dû fuir leurs maisons afin d’échapper aux exactions. Pour la plupart, leurs biens ont été confisqués par les groupes armés ou par les populations empêchant ces derniers de revenir dans leurs zones d’origine. A travers cette loi, le gouvernement de transition entend encourager les personnes à rentrer chez elles et quitter les sites des déplacés, mais aussi renforcer la cohésion sociale et reconstruire la vie en communauté. B. Les poursuites judiciaires 97. Pour répondre aux problèmes de juridiction liés aux questions de compétence que soulèvent certaines exactions, mais aussi pallier à la destruction de la chaine pénale (disfonctionnement et absence des 24
juridictions dans la plus part des régions), une cellule spéciale d’enquête a été mise en place pour instruire les différents cas liés à la crise, mais par manque de moyens, elle n’est pas encore déployée sur le terrain. 98. Concernant les crimes de droit international des droits de l’homme et de droit international humanitaire, la délégation a été rassuré que les dossiers y relatifs seront transmis à la Cour Pénale Internationale (CPI); un mémoire est prêt à cet effet. 99. Ensuite, dans le souci de régulariser la situation des détenus déférés à la prison de Ngaragbba sans mandat de dépôt ; une procédure spéciale a été adoptée par le parquet, pour accélérer le traitement des dossiers afin de pourvoir chaque détenu avec un titre de détention et les inculper formellement en vue de leurs procès. C. Création du Ministère de la Communication et de la Réconciliation Nationale 100. Le Ministère a la lourde tâche de réparer le tissu social en encourageant la cohésion sociale. Pour ce faire, il a initié une Stratégie Globale de Réconciliation qui comprend un plan d’urgence qui doit créer un impact immédiat pour contribuer au rétablissement de la sécurité, apaiser les tensions intercommunautaires et mettre fin aux violences extrêmes et amorcer un processus contre l’impunité. Le plan d’urgence est intitulé « Plan d’Action d’Urgence pour la Réconciliation et la Cohésion Sociale en Centrafrique ». D- Initiatives des confessions religieuses et de la société civile 101. Les confessions religieuses ont mis en place une plateforme composée des représentants de chaque communauté confessionnelle. Cette plateforme sert de cadre de sensibilisation des populations à la cohésion sociale ; a la réconciliation nationale et au pardon mutuel. C’est le cas également des organisations de la société civile qui ne ménagent aucun effort pour relayer des messages de paix auprès des populations XII. Conclusions et recommandations de la mission A- Conclusion 25
A l’issue de cette mission d’établissement des faits et suite au dialogue engagé avec toutes les parties prenantes, la Délégation a tiré les conclusions suivantes : 102. Le conflit qui mine la Centrafrique n’est pas religieux, mais politique. Cependant il s’est transposé dans les communautés, en opposant la communauté musulmane contre la communauté chrétienne ou animiste. Ce conflit est très complexe et il a plusieurs causes, notamment la mauvaise gestion des crises précédentes par les gouvernements successifs et leurs négligences quant à la résolution des besoins fondamentaux des populations, à savoir la santé, l’éducation, la question du chômage etc. créant ainsi des frustrations qui ont donné naissance à la Séléka avec les conséquences que nous connaissons. 103. La faillite totale du pays couplé à une armée faible et indisciplinée a également contribué à l’escalade de la violence. L’incapacité de l’armée à assurer la sécurité des populations, face aux exactions des Séléka et ensuite celles des anti-balaka ont concouru à discréditer l’Etat. Par ailleurs la collusion de certains éléments de l’armée avec les groupes armés n’est pas étrangère à la faiblesse de cette armée. 104. La délégation note également que malgré la volonté affichée du gouvernement de transition de mettre fin à la violence et restaurer la cohésion sociale, les efforts faits jusqu’alors ne sont pas conséquents et méritent d’être renforcés par des actions inclusives de toutes les communautés pour parvenir à une véritable reconstruction sociale. 105. La découverte des charniers dans Bangui, la violence des exactions, leur diversité et le ciblage des victimes que pratiquent les groupes armés ainsi que le nombre de personnes sur lesquelles elles ont été perpétrées ; amène la Délégation à conclure que des violations graves et massives des droits de l’homme ont été commises et continuent d’être commises en RCA. 106. La Délégation accueille avec satisfaction, la décision du gouvernement de transition de déférer certains de ces cas à la CPI. Ceci démontre de sa volonté à mettre fin à l’impunité ; mais elle déplore le fait que les présumés auteurs et/ou les commanditaires des violations commises sur l’ensemble du territoire ne soient pas concernés par ces mesures car n’ayant pas été pour la plupart arrêtés ou alors ont été libérés sur l’ordre des autorités ou pris la fuite à la faveur d’une évasion. 26
107. L’insécurité demeure un défi majeur et permanent suite à la prolifération des armes au sein de la population civile et les groupes armés sont encore potentiellement très nuisibles et constituent toujours une menace d’instabilité politique. 108. La situation des déplacés est très critique et qu’une solution pérenne doit y être apportée. Par ailleurs les habitants du Km5 doivent pouvoir retrouver leur liberté de mouvement dans les plus brefs délais afin de donner toutes ses chances au processus de réconciliation nationale et à la reconstruction du tissu social. Le retour progressif des déplacés dans leurs lieux d’habitation doit s’accompagner de certaines mesures comme notamment l’accès aux services de santé et à l’éducation pour leurs enfants, ainsi qu’un accompagnement alimentaire. 109. La Délégation note que la Centrafrique est un pays qui doit être totalement restructuré et reconstruit, non seulement à travers ses institutions, mais également par la réconciliation de son peuple. Elle voudrait donc encourager le gouvernement de transition, les autorités politiques, et toute la population centrafricaine à œuvrer dans le sens de la reconquête de la paix, de la sécurité, de la cohésion sociale et le bannissement totale de l’impunité et de la corruption. 110. Au regard donc de cette brève analyse ; la Délégation fait les recommandations qui suivent. B- Recommandations Aux autorités de transition de la République Centrafricaine Prendre et mettre en œuvre les mesures nécessaires en vue de : Redéployer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire ; a) Instaurer un régime démocratique et d’un Etat de droit capable de faire preuve de bonne gouvernance au triple plan politique, judiciaire et économique ; b) Lutter contre l’impunité en engageant des poursuites contre tous les auteurs et commanditaires des exactions commises en Centrafrique; et 27
éviter de sacrifier les droits de l’homme au bénéfice de quelques considérations que ce soit ; c) Renforcer et rendre opérationnelles les juridictions nationales cela à travers, entre autres, la réactivation rapide de la chaine pénale, la formation des magistrats et la création d’une chambre spéciale pour juger les auteurs des crimes commis pendant la crise; d) Réhabiliter les prisons dans tout le pays en vue de remédier au problème de compétence des juridictions pour les détenus en provenance des régions de l’arrière- pays ; e) Pourvoir des moyens financiers et matériels nécessaires au déploiement des magistrats en vue de faciliter l’accès à la justice des victimes des violations des droits de l’homme sur l’ensemble du territoire Centrafricain ; f) Mettre à la disposition de la Cellule spéciale d’enquête, des moyens de fonctionnement suffisants afin de lui permettre d’exercer sa mission ; g) Traduire devant les juridictions compétentes toutes les personnes civiles et militaires, présumées auteurs des violations des droits de l’homme ; h) Assurer la sécurité des habitants du Km5 et mettre fin au cantonnement de fait dont ils font l’objet. Ceci est un préalable à la mise en œuvre du « Plan d’Action d’Urgence pour la Réconciliation et la Cohésion Sociale en Centrafrique » i) j) Apporter la protection et l’assistance nécessaire aux personnes déplacés et travailler avec l’AU et le système des Nations Unies pour leur retour dans leurs zones d’origine. k) Réhabiliter les infrastructures en vue de permettre aux populations d’avoir accès aux services sociaux de base sur toute l’étendue du territoire ; l) Résoudre la question de la mauvaise gouvernance et du déplorés par la population ; laxisme 28
m) Renforcer l’armée centrafricaine en vue de mieux la préparer à faire face aux problèmes de sécurité de la Centrafrique et veiller à sa formation et son encadrement ; n) Pourvoir le Ministère de la Communication et de la Réconciliation Nationale des moyens matériels et humains nécessaires, en vue de lui permettre d’accomplir efficacement sa mission ; o) Prendre les mesures concrètes qui s’imposent en vue du désarmement de la population civile, p) Agir pour mettre fin au recrutement et à l’usage des enfants à des fins militaires et autres; q) Poursuivre les efforts de désarmement, réinsertion et réintégration (DDR) des enfants enrôlés dans les groupes armés et veiller à ce que tous les enfants soldats bénéficient du processus de DDR; r) Mettre en œuvre la convention de l’Union africaine sur l’assistance et la protection des personnes déplacées (Convention de Kampala). s) Réformer le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme conformément aux principes de Paris et le doter des moyens humains et financier afin qu’il s’acquitte de son mandat de promotion et de protection des droits de l’homme. t) Mettre en place une Commission Justice, Vérité et Réconciliation impartiale pour favoriser une véritable cohésion sociale en mettant l’accent sur la vérité et la justice. A l’UA et à la MINUSCA a) Poursuivre leurs actions en vue de soutenir les autorités centrafricaines pour l’instauration de la bonne gouvernance sur tout le territoire centrafricain ainsi que dans la lutte contre l’impunité ; b) Continuer d’apporter leur soutien aux autorités de transition pour le retour à la paix et à la sécurité en Centrafrique; 29
c) Encourager la mise en place urgente d’un tribunal spécial pour la République Centrafricaine d) Travailler en étroite collaboration avec la Commission africaine et l’Expert Indépendant des Nations Unies sur la Centrafrique en vue de la mise en œuvre efficiente des présentes recommandations. A l’UA a) Poursuivre les enquêtes en cours sur les violations commises par les contingents de la MISCA et s’assurer que les auteurs soient traduits et poursuivis devant les juridictions compétentes ; b) De s’assurer que les pays contributeurs de troupes prennent les mesures nécessaires pour participer aux enquêtes et poursuivre en justice les auteurs des violations. A la MINUSCA a) Poursuivre ses efforts en vue de la reconstruction d’un Etat respectant les principes du droit international et où les citoyens sont acteurs à part entière, égaux en droits et en devoirs. b) S’assurer que tous les membres des groupes armés (Ex Séléka et Anti-Balaka) soient également éligibles et inclus au programme DDR c) Appuyer l’Etat pour que la radio nationale puisse émettre sur tout le territoire en s’assurant que les messages véhiculés soient orientés sur la pacification des relations entre les différentes communautés ; Appuyer le Haut Commissariat aux droits de l’homme afin qu’il puisse assurer son mandat de promotion et protection des droits de l’homme. Aux Organisations internationales et à la Communauté internationale a) Renforcer la sécurité et améliorer les conditions de vie dans les camps de déplacés ; 30
b) Assister la RCA dans la reconstruction de son économie à travers des aides et des appuis stratégiques c) Apporter une assistance technique et financière aux autorités centrafricaines en vue de lutter contre l’impunité et la restauration de l’autorité de l’Etat ; d) Continuer à soutenir les efforts du Gouvernement Centrafricain dans la promotion et la protection des droits humains, la consolidation de la démocratie et l’état de droit.Appuyer et soutenir les initiatives des confessions religieuses et les organisations des droits de l’homme afin qu’elles appuient le gouvernement à promouvoir et protéger les droits de l’homme Aux responsables religieux - De continuer leurs efforts d’éducation et de sensibilisation de leurs communautés, à la paix et à la cohésion nationale, par des actions inter- communautaires en vue de réaliser « le vivre ensemble. Aux Organisations de la Société civile a) Assister les victimes dans la saisine des juridictions compétentes pour les violations dont ils ont fait l’objet ; b) Continuer à accomplir de façon impartiale leur mission d’observation des droits de l’homme ; c) Accorder la priorité au partage de l’information et au réseautage en vue du renforcement de la coordination entre les différents acteurs opérant dans le domaine des droits de l’homme en Centrafrique. d) S’impliquer davantage dans la vie économique, sociale et culturelle de leur pays en se rappelant que « l’Union fait la force ». e) Participer activement à l’émergence d’une conscience nationale au-delà des choix philosophiques ou religieux de chacun. Prendre conscience de sa capacité à résoudre ses problèmes et non attendre des solutions venant de l’étranger. 31

Created 16 juin 2026 · Edited 22 juin 2026