Rapports de Mission

Rapport de la mission de promotion en République démocratique du Congo 12 - 24 Janvier 2004

DRC- Draft Promotion Report, 12-24 jan 2004_ FRN.pdf
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE UNIÃO AFRICANA African Commission on Human & Peoples’ Rights Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples 90, Kairaba Av, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 4392 962 Fax: (220) 4390 764 E-mail: achpr@achpr.orgWeb www.achpr.org RAPPORT DE LA MISSION DE PROMOTION EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO 12 - 24 JANVIER 2004 1
INTRODUCTION La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples prévoit la création de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Le 18ème Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’OUA réuni à Nairobi, Kenya a adopté la Charte africaine le 26 juin 1981. Elle est entrée en vigueur le 21 octobre 1986 après ratification par le nombre requis des Etats membres. Les premiers membres de la Commission africaine ont été élus par la 23ème session de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’OUA en juillet 1987 et la session inaugurale de la Commission a eu lieu en novembre 1987. Au titre de la Charte africaine, la Commission africaine a le mandat de promouvoir le respect de la Charte africaine, d’assurer le suivi de sa mise en oeuvre et de veiller à la protection des droits et des libertés énoncés dans la Charte à travers le continent, interpréter les dispositions de la Charte et conseiller les Etats sur sa mise en oeuvre. La fonction de promotion de la Commission africaine demande à cette dernière d’effectuer des missions de promotion dans les Etats parties à la Charte. Les missions de promotion constituent un aspect important de ses activités dans la mesure où elles lui permettent d’établir la communication et les relations avec les Etats membres ainsi que de sensibiliser les Etats et les autres parties prenantes sur les dispositions de la Charte africaine. La République démocratique du Congo est un Etat partie à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle a ratifié la Charte le 20 juillet 1987. A BREF HISTORIQUE POLITIQUE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO Période pré-independance Le peuplement de l’actuel territoire de la République démocratique du Congo date d’il y a 10 000 ans et les populations sont des Bantus venus de l’actuel Nigeria au cours du 7ème et du 8ème siècles AJC. Entre les 14ème et 18ème siècles, les populations du Congo étaient réparties dans plusieurs Etats, essentiellement le Royaume du Kongo (15ème siècle), le Royaume du Kuba (17ème siècle), le Luba (16ème siècle) et le Lunda (17ème siècle). En 1482, Le navigateur Portugais, Diego Cao, est devenu le premier Européen à visiter le Congo, ouvrant la voie àl’établissement de relations entre les Portugais et le Royaume du Kongo. Tout au long des 16ème et 17ème siècles, le territoire de la RDC est devenu une importante source des exclaves pour les marchés de l’Arabie, le Moyen Orient, et le nouveau monde comme les marchands européens qui pratiquaient la traite des exclaves en passant par le Kongo. La 2
traite a eu des effets dévastateurs aussi bien sur les communautés du Kongo que d’ailleurs pendant plus de 400 ans, ce qui a occasionné beaucoup de rébellions internes et de conflits ethniques. Le pays a été explore par Henry Morton Stanley à la fin des années 1870 et a été officiellement colonisé en 1885 comme une propriété personnelle du Roi des Belges Léopold II qui l’a baptisé Etat libre du Congo. Stanley a fondé un certain nombre de stations le long du fleuve moyen Congo et a signé des traits avec plusieurs dirigeants africains qui lui auraient donné la souveraineté royale de ces régions. Pendant pratiquement toute la durée de l’Etat libre du Congo (1885—1908), les populations de la présente RDC ont connu une série de guerres successives, de répressions et de dirigisme. Des millions de Congolais auraient été tués ou exploités à mort au cours de la période où Léopold avait le contrôle du pays. Avec le temps, des rapports ont été publiés sur la brutalité du traitement des Africains, ce qui a engendré des campagnes populaires demandant à la Belgique de retirer l’Etat à Léopold, et en 1908, l’administration du Congo est passé au Gouvernement de Belgique et le pays a été rebaptisé Congo Belge. Sous l’administration belge, les exactions de l’Etat libre ont progressivement disparu, mais aucune disposition n’a été prise pour donner aux Africains un rôle significatif dans la gestion des affaires de l’Etat ou de l’économie. Comme les Nations Unies devenaient un forum important de promotion des aspirations des peuples colonisées au cours de cette période, le sentiment anti-colonial a émergé sur la scène internationale et un profond désir de changements sociaux et économiques a commencé à agiter la conscience collective des Africains. Le mouvement pour l’indépendance Au cours de la période du Congo Belge, les nationalistes Congolais, essentiellement Joseph Kasavubu (chef de l’ABAKO, un parti politique base chez les peuples Kongo) et Patrice Lumumba (chef du mouvement national congolais gauchiste), sont devenus de plus en plus véhéments. En janvier 1959, il y a eu des émeutes nationalistes à Kinshasa, et par après les Belges ont rapidement perdu le contrôle des événements au Congo. Finalement, il a été décidé que le Congo Belge devienne totalement indépendant le 30 juin 1960. Indépendance et conflits Après les élections de juin 1960, Lumumba est devenu Premier Ministre et Kasavubu Chef de l’Etat. Cependant, la République du Congo (comme la nation s’appelait à l’époque) a commencer à se fractionner sur des bases ethniques et personnelles. Le 4 juillet, l’armée congolaise a fait une mutinerie et le 11 juillet, Moise Tshombe, Président intérimaire du Katanga, a déclaré la province indépendante. 3
Le 14 juillet, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté l’envoi d’une force au Congo pour aider é rétablir l’ordre. Néanmoins, la force nétait pas mandatée pour intervenr dans les affaires intérieures et elle n’a pas pu empêcher la sécession du Katanga. Ainsi, Lumumba s’est tourney vers l’Union soviétique pour l’assistance, mais il a été destitué comme Premier Ministre par Kasavubu. Le Colonel Joseph Mobutu, chef de l’armée a pris le pouvoir et destitué Kasavubu. Le 1er décembre, Lumumba a été arrête par l’armée et il est mort dans des circonstances mystérieuses tandis que Mobutu rendait enfin de compte le pouvoir à Kasavubu. La sécession du Katanga, territoire avec beaucoup de ressources minières, a particulièrement affaibli le gouvernement national. En août 1961, les forces de l’ONU ont commencé à désarmer les combattants katangais, et en décembre l’ONU et les forces Katangaises sont entrées en guerre. Tshombe a été forcé de céder, et en janvier 1963, il a accepté de mettre fin à la sécession du Katanga. A la fin de juin 1964, les dernières troupes de l’ONU se sont retirées du pays. En désespoir, Kasavubu a nommé Tshombe en qualité de Premier Ministre, mais cela a entraîné des rébellions à grande échelle. Avec l’aide de l’armée américaine, des troupes belges et des mercenaires blancs, le gouvernement central a progressivement repris le contrôle du pays. Néanmoins, la politique nationale est restée chaotique. En novembre 1965, Mobutu est intervenu une fois de plus, en destituant Kasavubu et s’auto-proclamant Président. Le régime Mobutu En s’embarquant dans une campagne de “l’authenticité culturelle”, Mobutu a rebaptisé le pays République du Zaïre, changé son nom pour s’appeler Mobutu Sese Seko et encourage les citoyens à le suivre. Au cours de son règne, Mobutu a établi l’un des régimes les plus corrompus et les cleptomanes du monde. Il a servi les intérêts et les plans géostratégiques des Français et de la guerre froide des Américains en Afrique centrale pour leur assurer la survie politique et en retour, la France et les Etats-Unis ont utilisé le Zaïre comme une base de leurs activités contre des pays voisins, particulièrement l’Angola léniniste marxiste. L’administration corrompue et les mauvaises politiques économiques de Mobutu ont entraîné l’effondrement économique du pays. Mobutu était le chef du parti politique unique, le Mouvement populaire pour la révolution (MPR) et en 1970, il a été élu à l’unanimité Président pour un mandat de sept ans. Au début des années 1970, il a centralise l’administration du pays, encourage la participation des entreprises étrangères au développement économique, amélioré les relations avec les pays voisins indépendants et entretenu de bons rapports avec les pays de l’Ouest. En même temps, le gouvernement devait faire face à une opposition politique active, accompagnée de la détérioration croissante de l’économique. Sa politique d’investir des membres de sa propre ethnie (les Ngbande), des compétences sur les questions 4
de sécurité a entraîné des conflits ethniques et une succession de tentatives de coups d’état entre 1975 et 1978. Après avoir promis des réformes politiques, le gouvernement n’a fait que des changements superficiels, tandis que la détention des dissidents et les affrontements violents entre les militaires et les étudiants se poursuivaient. Avec la fin de la guerre froide, les pressions intérieures et extérieures sur Mobutu se sont accentuées. A la fin de 1989 et au début de 1990, Mobutu a été affaibli par une série de protestations internes, des critiques très sévères au niveau international contre les pratiques du régime en matière de droits de l’homme et une économie déclinante. En avril 1990, Mobutu a accepté le principe d’un système multipartite avec des élections et une constitution. Rébellion et guerre civile Rébellion et guerre civile La perte de confiance dans le gouvernement du Zaïre et les insurrections des soldats à Kinshasa ont amené Mobutu à accepter un gouvernement de coalition avec les dirigeants de l'opposition en 1991. L'effondrement de l'économie a continué avec la même intensité ainsi qu’une sérieuse détérioration de l'infrastructure nationale. Les problèmes du pays ont été aggravés par l'afflux de réfugiés Hutu du Rwanda et ses conséquences de conflit ethnique entre les Hutu et les Tutsi du Zaïre. En octobre 1996, les troupes rwandaises (APR) sont entrées au Zaïre en même temps que se créait une coalition armée dirigée par Laurent Désiré Kabila connue sous le nom de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo Zaïre (AFDL). Dans l'objectif de forcer Mobutu à quitter le pouvoir, l’AFDL, soutenue par le Rwanda et l'Ouganda, a commencé une opération militaire vers Kinshasa. Après l'échec des pourparlers de paix entre Mobutu et Kabila en 1997, Mobutu a quitté le pays et Kabila a marché sur Kinshasa le 17 mai 1997. Laurent Kabila s'est déclaré Président et il a consolidé le pouvoir autour de l’AFDL et de lui-même, et il a rebaptisé le pays République démocratique du Congo (RDC). Mobutu s'est enfui vers le Maroc où il est décédé quelques temps après. Le Chef de l'armée de Kabila et le Secrétaire général de l'AFDL étaient des Rwandais et des unités de l’APR continuaient d’opérer aux côtés de l’armée de la RDC. Cependant, au cours de l'année suivante, les relations entre Kabila et ses soutiens étrangers se sont détériorées. En juillet 1998, Kabila a ordonné le retrait de la RDC de toutes les troupes étrangères, mais la plupart ont refusé de partir. Le 2 août, un conflit a éclaté à travers la RDC avec la « mutinerie » des troupes rwandaises et l’entrée de nouvelles troupes rwandaises et ougandaises sur le territoire de la RDC. Deux jours plus tard, les troupes rwandaises se sont rendues au Bas Congo, dans l’intention de marcher sur Kinshasa, renverser 5
Laurent Kabila et le remplacer par un nouveau groupe de rebelles nouvellement créé avec l’appui du Rwanda appelé le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). L’opération rwandaise a été contenue à la dernière minute lorsque les troupes angolaises, zimbabwéennes et namibiennes sont intervenues au nom du Gouvernement de la RDC. Les Rwandais et le RCD se sont retirés à l’Est de la RDC où ils ont établi un contrôle de fait sur la partie Est de la RDC et ont continué à combattre l'armée congolaise et ses alliés étrangers. En février 1999, l'Ouganda a soutenu la création d'un groupe rebelle appelé Mouvement pour la libération du Congo (M. L. C.), qui s’est mobilisé un appui au sein des exMobutistes. Ensemble, l'Ouganda et le Mouvement pour la libération du Congo (M. L. C.) ont établi le contrôle sur la partie Nord de la RDC. Finalement, la RDC a été divisée de fait en trois segments, et les parties contrôlant chaque segment étaient dans une impasse militaire. En juillet 1999, l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka a été proposé et a été signé en fin de compte par les chefs des six gouvernements impliqués dans le conflit (RDC, Ouganda, Rwanda, Namibie, Angola et Zimbabwe) et les dirigeants des deux principaux groupes rebelles congolais (MLC et RCD) en automne de la même année. En mettant en place d’un cadre du processus de dialogue national et de réconciliation entre les congolais, l'accord avait pour l'intention de jeter les bases des élections libres, démocratiques et transparentes ainsi que l'élaboration d'une nouvelle constitution. Pour maintenir la liaison entre les parties, le Conseil de sécurité a mis sur pied, le 30 novembre 1999, la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUC), composée du personnel de l'ONU autorisé par les résolutions antérieures. À la fin de 1999 cependant, la mise en oeuvre de l'Accord a été bloquée et le cessez-le feu menaçait de voler aux éclats. Processus de paix Le 16 janvier 2001, le Président Kabila a été fusillé et tué par un de ses gardes du corps. Son fils, Joseph Kabila, a été investi nouveau Président 10 jours plus tard. Il s'est engagé à mettre en oeuvre l’Accord de Lusaka, d’assurer une ouverture de la politique intérieure, d’améliorer la situation des droits de l'homme et de libéraliser l'économie. Au cours de l'année suivante, la MONUC s’est déployée à travers tout le pays et le dialogue congolais s'est poursuivi. Au cours de cette période, les troupes ougandaises, angolaises, namibienne et zimbabwéennes ont commencé à se retirer de la RDC en nombres variables. En octobre 2001, le dialogue congolais a commencé à Addis-Abeba sous l'égide du Facilitateur Ketumile Massire (ancien président du Botswana). Les réunions initiales n'ont pas marqué beaucoup de progrès et elles ont été ajournées. Le 25 février 2002, le dialogue a été convoqué de nouveau en Afrique du Sud. Y participaient des représentants du gouvernement, des groupes rebelles, de l'opposition politique, de la société civile et des Mai Mai (les milices congolaises 6
de défense locale). Les pourparlers se sont terminés le 19 avril sans aucun accord de toutes les parties sur la voie de la transition vers un gouvernement élu. Le 30 juillet 2002, les Présidents de la RDC et du Rwanda ont signé un accord de paix à Pretoria, Afrique du Sud. En collaboration avec la MONUC, le gouvernement de la RDC a démantelé les forces responsables du génocide rwandais basées en RDC qui tandis qu'en retour, l'armée rwandaise s'est complètement retirée du territoire de la RDC en octobre 2002. Nouvelle constitution Avec l'engagement actif de la communauté internationale, un accord de paix inter congolais a été finalement signé en décembre 2002 en Afrique du Sud entre le Gouvernement de Kinshasa, les principaux groupes armés et les membres de l'opposition politique sur la formation d’un gouvernement national de transition. Cet accord a été formellement conclu par les parties le 2 avril 2003 et le Gouvernement de transition a été promulgué le 30 juin 2003. La nouvelle constitution intérimaire prévoit un gouvernement de transition comprenant les groupes rebelles et les parties de l’opposition, qui gouvernera pendant une période de deux ans et demi, après quoi se tiendront les premières élections démocratiques en quatre décennies. Au cours de cette période, Kabila restera le Chef de l'État appuyé par quatre Vice-présidents représentants et les principaux groupes de l’opposition. En mai 2003, les dernières troupes ougandaises ont quitté la partie Est de la RCD après les affrontements entre milices rivales dans la région de Bunia. Les conflits ethniques à caractère économique ont éclaté dans le district d’Ituri, riche en ressources naturelles, entre les milices Hema et Lendu, causant le départ de 200 000 à 350 000 personnes qui fuyaient les combats qui s'aggravaient. Des milliers de civils ont cherché asile en Ouganda et l'ONU a mis en garde contre les possibilités de génocide. En raison de l'insécurité qui prévalait, le 30 mai, le Conseil de sécurité a autorisé le déploiement d'une force multinationale d'urgence intérimaire à Bunia pour stabiliser la situation sécuritaire. La force a été officiellement lancé dans le cadre de la politique européenne de défense et de sécurité de l'UE et a été appelée Opération Artémis. Cette force conduite par l'Union européenne à Bunia est supposée terminer ses opérations le 1er septembre, lorsque les troupes de la MONUC prendront la relève. Le gouvernement de transition de la RDC s'est réuni pour la première fois le 25 juillet 2003, ce qui a suscité l’espoir de la fin de cette guerre qui avait duré cinq ans. La réunion était présidée par le Président Kabila. Y participaient aussi les quatre vice-présidents, deux d'entre eux sont des dirigeants des principaux groupes rebelles, Azarias Ruberwa pour le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD – Goma) et Jean-Pierre Bemba pour le Mouvement pour la 7
libération du Congo (MLC). Les autres sont Abdoulaye Ndombasi et Arthur Z'ahidi Ngoma, représentant le gouvernement et les partis politiques de l'opposition respectivement. Le nouveau gouvernement comprend aussi 36 ministres et 25 vice-ministres. Au cours de sa première réunion, les ministres du nouveau gouvernement de la RDC se sont engagés à faire du règlement du conflit dans le District de l’Ituri une grande priorité. Les autres décisions prises au cours de cette réunion inaugurale du gouvernement étaient notamment l'autorisation de la libre circulation des personnes et des biens à travers le pays, le retour à une monnaie unique et l'utilisation de symboles nationaux uniformes. Structure politique Même si la paix reste très fragile, le partage de pouvoir par le gouvernement de transition et la nouvelle constitution représentent un changement important du système de gouvernement fort centralisé, vers un système de plus en plus représentatif. Il y a plusieurs partis politiques actifs dans le pays et le nouveau gouvernement de transition implique quatre principaux groupes à savoir : le Gouvernement de Kinshasa (Parti pour la réconciliation et le développement PPRD) ; l’opposition officielle et les deux groupes rebelles : le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et le Mouvement pour la libération du Congo (MLC). Jusqu'au récent Accord de paix, les conditions politiques étaient les suivantes : Branche exécutive Le Président, en même temps Chef de l'État et Chef du Gouvernement. Il nomme un Gouvernement composé de 25 ministres appelé Conseil exécutif national. L'administration de la RDC est divisée en 10 provinces (Bandundu, Bas-Congo, Equateur, Kasai-Occidental, Kasai-Oriental, Katanga, Maniema, Nord-Kivu, Orientale, Sud-Kivu) et une capitale (Kinshasa). Chaque province est administrée par un Gouverneur de province qui est nommé et révoqué par le Président. Branche législative : Elle est constituée d'une Assemblée nationale de transition composée de 500 membres qui a été établie en août 2000 par Laurent Kabila. Le statut de l'Assemblée nationale de transition, nommé par l'exécutif est incertain après la conclusion des récents accords politiques signés par les principales forces politiques du pays. Il est probable que l’Assemblée soit remplacée par une nouvelle Assemblée composée de délégués des différentes parties impliquées dans le nouveau gouvernement de transition. 8
Constitution: Laurent Kabila a aboli la constitution antérieure et toutes les institutions de l’Etat à l’exception de la magistrature. Un décret constitutionnel a déclaré que les institutions de la République étaient le Président, le Gouvernement et les courts et tribunaux. Tous les pouvoirs sont exercés par le Chef de l’Etat en attendant l’adoption d’une nouvelle constitution. En octobre 1997, Kabila a nommé une Commission constitutionnelle composée de 42 membres, chargée d’élaborer le projet d’une nouvelle constitution. Ce projet de constitution devait être présenté à une Assemblée composée de 300 membres en mars 1998, pour l’examiner et le soumettre à un référendum national. Cependant, à cause des troubles, l’Assemblée n’a pas pu se réunir. Sous Joseph Kabila, le processus d’élaboration d’une nouvelle constitution de transition a commencé en juin 2002 et finalement, en avril 2003, une nouvelle constitution de transition a été promulguée. Elections: Les dernières élections ont été tenues le 29 juillet 1984 lorsque Mobutu Sese Seko s’est présenté comme seul candidat du parti unique et a été élu pour un mandat de sept ans. Lorsque Laurent Kabila a pris le pouvoir, il s’est engagé à organiser des élections en avril 1999. En décembre 1998, il a annoncé que les élections seraient reportées jusqu’au retrait complet de toutes les forces militaires étrangères qui tentaient de renverser le gouvernement. Cela signifie que la RDC n’a pas tenu d’élections législatives multipartites depuis 1965 et qu’elle n’a jamais tenu d’élections présidentielles multipartites. Structure du système judiciaire La magistrature civile est composée de juridictions inférieures, des cours d’appel, de la Cour suprême et de la Cour de la sécurité de l’Etat. Il y a aussi des tribunaux militaires qui sont compétents pour juger les civils. Un pouvoir judiciaire informel s’est aussi développé sous forme de services de sécurité, de milices, de dirigeants locaux et de seigneurs de guerre, de rebelles et d’autres factions exerçant un pouvoir judiciaire informel. Les codes civil et pénal sont bases sur le droit belge et coutumier. La loi prévoit le droit aux délais raisonnables des procès, la présomption d’innocence, l’assistance judiciaire à tous les niveaux de la procédure. Cependant, le Gouvernement continue d’ignorer ces droits dans la pratique. L’avocat désigné d’office aux frais de l’Etat, et lorsque les tribunaux le demandent, est un droit prévu par la loi. Cependant, le Gouvernement donne un Conseil à sa discrétion. 9
La magistrature L’Acte constitutionnel de transition du régime Mobutu et Décret-loi no 3 de Laurent Kabila prévoit l'indépendance de la magistrature. En pratique, cependant, le gouvernement n'a pas défini le cadre juridique pour assurer l'indépendance de la magistrature. Beaucoup d'obstacles se sont dressés contre l'indépendance de la magistrature, y compris l'absence de l'autonomie financière des organes judiciaires, la tendance des autorités exécutives et législatives à exercer la pression sur la magistrature et la corruption qui prévaut au niveau des juges et des magistrats. La corruption a été facilitée par les très maigres salaires ou, dans certains cas, l'absence total des salaires. La magistrature de RDC vit dans des conditions financières désespérées. Les juges sont très mal payés et, seulement, d’une manière intermittente. Il y a un manque considérable de personnel, d’équipement et des infrastructures. INFORMATIONS GENERALES SUR LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO Pays et population La RDC se trouve sur l’équateur, à la frontière de la République du Congo, la République centrafricaine, le Soudan, l'Angola, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et l'Angola et elle a une petite ligne côtière sur l'Atlantique. La région centrale à un climat équatorial avec des températures élevées et de fortes pluviosités. Les cycles climatiques sont différents dans le Nord et dans le Sud. La RDC est riche en ressources naturelles avec la plus grande forêt pluviale du monde, des sols fertiles, de fortes pluviosités et des ressources minières considérables et variées y compris le cobalt, le cuivre, le cadmium, le pétrole, le bort et le diamant de joaillerie, l’or, l'argent, le zinc, le manganèse, l’étain, le germanium, l'uranium, le radium, la bauxite, les minerais de fer et le charbon. Même si la RDC possèdent ces ressources considérables, la détérioration de son économie et les conflits de longue date ont entraîné un certain nombre de menaces contre l'environnement y compris le braconnage, la pollution de l'eau, la déforestation causée par des réfugiés, l'érosion du sol et l'exploitation minière responsable. Il y a plus de 200 groupes ethniques africains représentés en RDC, dont la majorité sont des Bantu. Les quatre plus grandes tribus - Mongo, Luba, Kongo (tous des Bantu), et les Mangbtu-Azande (Hamites) constituent environ 45 % de la population. La langue officielle est le français avec le lingala (lingua franca), le Kiswahili (ou le Swahili), le Kikongo et le Tshiluba qui sont aussi largement parlés. 50 % de la population s'identifient comme à l’Eglise Catholique romaine, 20 % comme des protestants,10 % des kimbanguistes , 10 % des musulmans et 10 % d’autres sectes syncrétiques et croyances autochtone. 10
La population de la RDC est estimée à 52 millions avec un taux de croissance d'environ 2,79 %. 48,2 % de la population est âgée de 0 à 14 ans, 49,3 % entre 15 et 64 ans et seulement 2,5 % vivant au-delà de l'âge de 65 ans. Le taux de mortalité infantile est de 98,05 décès pour 1000 naissances vivantes. L'espérance de vie à la naissance pour la population lassée de la population est de 49,13 pouls pour 100 de 13 ans. L'espérance de vie à la naissance pour toute la population est de 49, 13 ans. L’espérance de vie de la population masculine est estimée à 47,19 et 51,13 ans pour les femmes. Depuis l'indépendance, des efforts ont été déployés pour accroître l'accès à l'éducation, et beaucoup de congolais ont eu accès à l'enseignement secondaire et supérieur. Selon les estimations de 2000, 41,7 % de la population ne sont pas scolarisés, 42,2 % ont fait l’école primaire, 15,4 % l'école secondaire et 0,7 % l'université. À tous les niveaux de l'éducation, le nombre des garçons dépasse celui des filles. Le taux d'alphabétisation de la RDC (signifiant les personnes âgées de 15 ans et plus qui peuvent lire et écrire le français, le lingala, le Kiswahili ou le Tshiluba) sur toute la population est de 77,3 %, dont 86,6 % sont des hommes et 67,7 % des femmes. L'économie de la RDC s'est sensiblement détériorée depuis le milieu des années 1980 en raison des diverses mesures infructueuses du gouvernement, des conflits en cours, des séquelles du régime colonial et de la corruption. Il a été estimé que la RDC constitue la partie du monde la plus riche en minerais, mais son histoire récente a été caractérisée par des conflits internes. La guerre a sensiblement réduit la production nationale et les recettes publiques et a augmenté la dette extérieure. Les entreprises étrangères ont réduit leurs opérations à cause de l'incertitude quant à l’issu du conflit, du manque d’infrastructures et des conditions difficiles. La guerre a aggravé les problèmes déjà existants à savoir : le cadre juridique incertain, la corruption, l’inflation galopante et le manque d'ouverture des politiques économiques et des opérations financières du gouvernement. En RDC, le commerce a été sérieusement retardé par les conflits et les effets dévastateurs que ces derniers ont exercés sur l'infrastructure nationale. Le niveau élevé de corruption est un autre problème, surtout au niveau des agents des douanes qui demandent des pots-de-vin pour l'octroi des licences commerciales. Néanmoins, la RDC exporter des produits comme le diamant, le cuivre, le café, le cobalt et le pétrole brut. Ses principaux partenaires d'exportation sont notamment le Benelux (62 %), les États-Unis d'Amérique (18 %), l’Afrique du Sud, la Finlande et l’Italie. Le pays importe des produits alimentaires, des machines pour l'industrie minière et autre, l'équipement de transport et divers carburants ; et ses principaux partenaires d'importation sont notamment l'Afrique du Sud (28 %), le Benelux (14 %), le Nigeria (9 %), le Kenya (7 %) et la Chine. Composition de la délégation M. Andrew Ranganayi Chigovera, Membre de la Commission 11
Mme Sanji Monageng, Membre de la Commission Mme Annie R Mulumba, Juriste au Secrétariat de la Commission. Correspondance entre le Secrétariat et le Gouvernement de la RDC au sujet de la mission Le 1er avril 2003, le Secrétariat de la Commission africaine a envoyé une note verbale au Ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale de la République démocratique du Congo informant ce dernier de l'intention de la Commission d'envoyer une délégation en mission de promotion dans le pays du 14 au 31 juillet 2003. Des copies de cette note verbale ont été envoyées à la Présidence, aux Ministères des droits de l'homme et de la justice. Des lettres de rappel ont été envoyées aux autorités de la RDC le 18 juin et le 15 novembre 2003. Par note verbale datée du 8 décembre 2003, le Ministre des droits de l'homme a informé le Secrétariat de la Commission africaine qu'ils étaient prêts à recevoir la mission de la Commission du 12 aux 24 janvier 2004. Le Secrétariat de la Commission africaine a demandé au ministère d'élaborer un projet de programme de la visite. Le Ministère des droits de l'homme a coordonné les préparatifs de la mission au nom du Gouvernement en collaboration avec le Secrétariat de la Commission africaine. M. Olela, Directeur général au Ministère des droits de l'homme, a reçu la délégation et l’a assistée et accompagnée à certaines de ses rencontres. La délégation voudrait exprimer sa gratitude au Ministère des droits de l'homme pour avoir facilité la mission. LA MISSION DE PROMOTION M. Andrew Ranganayi Chigovera est le Commissaire responsable des activités de promotion en République démocratique du Congo (RDC). La mission de promotion en RDC a été effectuée du 12 au 24 janvier 2004. RENCONTRES A KINSHASA Organisations non gouvernementales La délégation a tenu une réunion avec un certain nombre d’ONG des droits de l'homme basées à Kinshasa. La réunion s'est tenue dans la salle de réunion du siège de la mission de l'ONU. Vingt ONG étaient représentées à cette réunion. La mission voudrait exprimer ses remerciements au Président de l'Association africaine de défense des droits de l'homme -- ASADHO), M. Amigo Ngonde, pour l’assistance apportée afin de rassembler les membres de la communauté des ONG des droits de l'homme. 12
La réunion était présidée par le Commissaire Andrew R. Chigovera qui a présenté la délégation et a brièvement informé les ONG du mandat de la Commission africaine ainsi que de l'objectif de la mission. Il a indiqué que la mission avait pour but de sensibiliser le Gouvernement, la société civile et la communauté des ONG sur l'existence de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et sur les mécanismes mis en place par la Charte. Le Commissaire Chigovera a élaboré sur les attentes de la Commission africaine vis-à-vis de la communauté des ONG des droits de l'homme. Les participants à la réunion ont été informés que la Commission africaine considérait les ONG comme des partenaires importants dans la promotion et la protection des droits de l'homme en Afrique. En conséquence, la Commission africaine a adopté une résolution sur les critères d'octroi du statut d'observateur aux ONG afin de renforcer la coopération et le partenariat avec les ONG oeuvrant dans le domaine des droits de l'homme. Le statut d'observateur facilite la communication entre la Commission et les ONG et donne aux ONG le droit de participer aux séances publiques des sessions de la Commission africaine. En raison de leur position sur le terrain, les ONG sont pour la Commission une source importante d'informations lui permettant d'évaluer la situation des droits de l'homme dans les pays respectifs. La Commissaire Sanji M. Monageng a réaffirmé la nécessité pour les ONG de participer à l’élaboration des rapports des Etats, en insistant sur le fait que les gouvernements devraient donner aux ONG au moins une copie du rapport. La Commissaire Monageng a ajouté que les ONG étaient « les yeux et les oreilles » de la commission. Elles devraient s'intéresser particulièrement à l'élaboration/ préparation des rapports des Etats à présenter à la Commission africaine et présenter des rapports parallèles à la Commission africaine, le cas échéant. Les participants à la réunion ont voulu savoir l'action que prend la Commission africaine en cas de violations massives des droits de l'homme dans les situations de troubles sociaux dans les Etats membres. Le Commissaire Chigovera a informé les ONG que lorsque la Commission africaine est confrontée à une telle situation, l'action à prendre varie avec les situations, si oui ou non la Commission africaine a le mandat d'agir. Dans l’affirmative, elle transmet immédiatement l'information au Gouvernement concerné en lui demandant de prendre des mesures en vue de redresser ces violations. Elle peut adopter une résolution ou envoyer une mission d'enquête dans le pays concerné. Cependant, il convient de noter que la Commission africaine ne peut envoyer une mission d'enquête dans un pays que si ce dernier le lui permet. Il a également rappelé aux ONG que la mission fondamentale de la Commission africaine est d'assister les Etats membres à développer une culture des droits de l'homme au sein des pays par diverses activités et non de les condamner tout le temps. 13
Une préoccupation générale exprimée par la communauté des ONG concernait l’état de la mise en place des cinq institutions chargées d’accompagner le processus démocratique prévues par l'Accord global de toutes les parties sur la transition en République démocratique du Congo (RDC), signé à Prétoria, Afrique du Sud le 17 décembre 2002. Ces institutions sont les suivantes: 1. 2. 3. 4. 5. La Commission électorale indépendante ; L’Observatoire national des droits de l'homme ; La Haute Autorité des médias ; La Commission vérité et réconciliation ; La Commission de l'éthique et de la lutte contre la corruption. Les ONG étaient préoccupées par le fait que bien que ces institutions avaient été établies, elles n’étaient pas encore opérationnelles parce que leurs structures et leurs missions n'avaient pas encore été définies par une loi organique. Les mêmes institutions été politisées dans ce sens que beaucoup de leurs membres étaient des anciens combattants et non des membres de la société civile, comme préconisée par l'Accord global de toutes les parties. Le Commissaire Chigovera a indiqué qu'il pensait que ces institutions étaient bonnes pour la démocratie et que la Commission africaine n'a pas le mandat d'organiser les institutions établies par ses Etats membres. Cependant, si la structure est telle que cela affecte l'application de la Charte par le gouvernement, alors la Commission africaine a un rôle à jouer. Il a promis néanmoins de soulever cette question dans ses discussions avec les autorités compétentes. Répondant à la question sur le non-respect par les Etats membres des décisions de la Commission africaine, le Commissaire Chigovera a reconnu que la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples n'avait pas de pouvoir coercitif pour obliger les Etats à mettre en exécution ses décisions. Il a ensuite indiqué que des rapports d'activité de la Commission africaine étaient présentés chaque année à la Conférence des Chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine pour adopter et mettre en oeuvre les décisions de la Commission et des notifications sont adressées aux gouvernements pour leur rappeler leur obligation de mettre en oeuvre les décisions de la Commission africaine. En conclusion, le Commissaire Chigovera a exposé les contraintes que la Commission africaine rencontre et qui affectent son travail de temps à autre. Cependant, il a encouragé les ONG présentes à continuer d'assister la Commission africaine dans l'accomplissement de sa mission et leur a lancé un appel pour qu'elles établissent de bonnes relations avec les organes du gouvernement et qu’elles oeuvrent à la promotion et la protection des droits de l'homme dans le pays. 14
À la fin de la réunion, Les ONG des droits de l'homme présentes ont remis à la délégation de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples un Mémorandum (annexé au présent rapport). Observatoire national des droits de l'homme (ONDH) La délégation a rencontré M. Mpinga Tshibasu, Président de l'Observatoire national des droits de l'homme et trois de ses assistants. Le Commissaire Chigovera a présenté la Commission africaine en tant qu'organe de l'Union africaine établie par la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Il a expliqué la responsabilité des Commissaires, qui est de superviser la mise en oeuvre de la Charte africaine. Il a ajouté que les Commissaires effectuaient des missions de promotion dans les Etats membres avec l'objectif de diffuser la Charte africaine, rappeler aux Etats leurs obligations à l'égard de la Charte et discuter des questions des droits de l'homme d'intérêt ou de préoccupation pour les Etats parties. Le Commissaire Chigovera a souligné le fait que la délégation attache beaucoup d'importance à cette mission particulière parce qu'elle se passe au moment où tous les pays africains espèrent un règlement pacifique des problèmes de la République démocratique du Congo. La Commission africaine pense qu'elle peut, dans une certaine mesure, apporter une contribution au processus de démocratisation du Congo. Le Commissaire Chigovera a posé des questions sur le rôle de l'Observatoire national. M. Tshibasu a informé la délégation que l'Observatoire national était établi par la Constitution et que ses pouvoirs étaient énoncés dans la loi organique qui devait encore être promulguée. L'Observatoire national sera en organe consultatif du gouvernement sur les questions des droits de l'homme. Son mandat comprenait notamment la surveillance de la situation des droits de l'homme dans le pays, le suivi de la ratification/ mise en oeuvre des instruments nationaux et internationaux, et l'initiation des enquêtes sur les rapports de violations des droits de l'homme et l'assistance aux plaignants pour s'assurer que les décisions en leur faveur sont mises en application. Le Président a déclaré qu’en vue de la réalisation de son mandat, l'Observatoire avait besoin de mettre en place sa structure organisationnelle, y compris des ressources financières et humaines nécessaires. À cet égard, le Président a exprimé le besoin d'avoir un lien solide et une collaboration étroite avec la Commission africaine pour sensibiliser les gouvernements afin de s'assurer que les institutions nationales des droits de l'homme sont indépendantes des organes qui les ont créées. Répondant à la question relative à la composition des cinq institutions d’appui à la démocratie, le Président Tshibasu a exprimé l'espoir que la société civile aura une représentation visible dans les cinq institutions d’appui à la démocratie. Une fois de plus, il a plaidé auprès de la Commission africaine afin qu'elle intervienne auprès des autorités en vue d’une composition transparente et représentative de ces institutions. Il a exprimé une préoccupation au sujet de la structure de 15
l'Observatoire national en déclarant que si les membres des anciens groupes rebelles sont dominants, les espoirs de la population ne seraient pas satisfaits de dans la mesure où cela compromettrait le bon déroulement des enquêtes sur les violations des droits de l'homme. En réaction à la déclaration du Président de l'Observatoire national, le Commissaire Chigovera a promis que cette question de la composition serait certainement discutée avec les autorités gouvernementales, même si la Commission africaine n'était pas habilitée à donner des instructions sur la composition de ces institutions. Il a proposé que cette préoccupation soit prise en compte dans la loi organique. Il était donc nécessaire de faire le plaidoyer pour assurer l'indépendance et la représentation de la société civile afin de renforcer la démocratisation de la République démocratique du Congo. Il est très important que la loi organique soit promulguée rapidement pour assurer l’opérationnalisation des institutions démocratiques comme le prévoit la Constitution. Le Commissaire Chigovera a fait remarquer que la capacité de l'institution à assurer le suivi/donner des conseils au gouvernement sur les questions des droits de l'homme et de prendre des décisions impartiales dépendra de son indépendance, y compris financières. La source de financement doit être garantie par la loi organique qui devrait prévoir au moins l’obligation d’allouer aux institutions d’appui à la démocratie leur propre budget, venant directement du Parlement. La loi organique devrait aussi permettre à ces institutions de chercher des financements extra budgétaires sans aucune restriction. La délégation a aussi été informée que l'Observatoire national des droits de l'homme avait introduit sa demande de statut d'affilié auprès de la Commission africaine lors de la 34e session ordinaire. Le Commissaire Chigovera a promis de suivre cette question avec le Secrétariat de la Commission africaine. La Commissaire Monageng a félicité le Président Tshibasu et son équipe pour les efforts déployés en vue de la promotion de l'Observatoire national des droits de l'homme. Elle a exprimé l’intérêt de la Commission africaine à s'assurer que cette institution qui constituait le fondement de la démocratie, réussissait. Elle a remercié le Président pour avoir accepté de rencontrer la délégation dans un délai très bref ainsi que pour la discussion franche et ouverte qu’ils avaient eu avec eux. Le Barreau des avocats Le Commissaire Chigovera a informé les avocats que par ses missions de promotion, la Commission africaine était à même de sensibiliser les gouvernements, les praticiens des droits de l'homme et la société civile sur les dispositions de la Charte et sur la manière dont la Commission africaine traitait les plaintes relatives aux violations des droits de l'homme. 16
Une question a été soulevée en ce qui concerne les pouvoirs coercitifs de la Commission au regard de ses décisions. Le Commissaire Chigovera a répondu que la Commission, comme tout autre organe chargé de la supervision des traités, n'avait aucun pouvoir coercitif. Il ne s'agit pas d'une cour de justice, mais d’un organe quasi-judiciaire. Dans l’exercice de ses fonctions, elle prend des décisions, qui n'ont aucune force comme les décisions des tribunaux. Ses décisions sont présentées chaque année à la Conférence des Chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine. En termes de mise en oeuvre, premièrement il est anticipé que le Sommet porte à l'attention de ses membres les questions relatives aux décisions de la Commission et le cas échéant, le Sommet pourrait utiliser ses pouvoirs pour convaincre les Etats afin qu'ils respectent ces décisions. Pour sa part, la Commission africaine communique les décisions aux deux parties et demande à l'État concerné d'assurer l'application des décisions et d'informer la Commission sur les dispositions prises en vue de faire suite à ses décisions lorsqu’il présente tous les deux ans son rapport périodique. Les Commissaires assurent le suivi de ces actions lors des missions de promotion dans les pays concernés. Concernant la question posée sur les attentes de la Commission africaine vis-àvis du Barreau, le Commissaire Chigovera a révélé que dans tous les pays, la Commission africaine considérait le Barreau comme l'un des piliers des droits de l'homme. Les avocats sont des défenseurs des droits de l’hommes : ils défendent, portent plainte et réclament des indemnisations. Le Barreau est le fondement des droits de l'homme dans un pays. La Commission africaine s'attend à ce que les Barreaux l'approchent pour le redressement des violations des droits de l'homme lorsque les voies de recours internes ont été épuisées. Le Commissaire Chigovera a exprimé l'espoir que le Barreau établira des relations avec la Commission afin d'accéder à l'information dont dispose la Commission. Ces relations peuvent être établies en demandant le statut d'observateur auprès de la Commission. Cela permettra au Barreau de participer aux séances publiques des sessions de la Commission africaine et d'être à même de proposer des points à l'ordre du jour des sessions de la Commission. Les membres du Barreau ont demandé si, en termes de suivi de la situation des droits de l'homme dans les pays, une mission de promotion suffisait. Le Commissaire Chigovera a expliqué qu’une mission de promotion n'était pas une mission de surveillance. Lorsque la Commission africaine traite d’une situation de crise, une mission d'enquête est envoyée dans le pays particulier. C'est pour cela que la Commission africaine voudrait établir des liens avec les défenseurs des droits de l’homme, les ONG et autres institutions pour qu’ils deviennent une source très importante d'information. À titre d'exemple, en RDC, l’ASADHO a été une source d'information régulière pour la Commission africaine. Outre les institutions nationales, la Commission reçoit des informations des ONG et autres organisations internationales telles que Amnesty International, le HCR avec qui la Commission africaine a conclu un Mémorandum d'accord relatif à la situation 17
des réfugiés. Au niveau international, la Commission africaine est encore considérée comme une jeune organisation de suivi des droits de l'homme. Elle a des capacités limitées en termes de personnel et de moyens financiers. En réponse à la question posée par les avocats sur les sources de financement de la Commission africaine, le Commissaire Chigovera a expliqué qu'aux termes de la Charte africaine, la principale source de financement de la Commission africaine est l'Union africaine elle-même. L'Union africaine alloue un budget à la commission, mais ce budget est très insuffisant. En conséquence, la Commission africaine est autorisée à approcher des donateurs pour demander le financement de ses activités. À titre d'exemple, la Commission n'a pas suffisamment de personnel juridique au titre du budget de l'Union africaine et elle a approché certains donateurs qui financent d'autres postes de juristes. Les avocats ont demandé comment la Commission traitait les problèmes de la sécurité des défenseurs des droits de l'homme. En réponse, le Commissaire Chigovera a expliqué en détails comment la Commission traitait des appels urgents, lorsqu’elle était informée que les défenseurs des droits de l'homme sont en difficultés. Par exemple lorsque des journalistes ou des avocats ont été arrêtés, la Commission africaine écrit, par le canal de son Président, au gouvernement concerné, en lui demandant des clarifications sur la situation, et en demandant la libération de la personne. Si la victime est accusée d'avoir commis une infraction, elle demande qu’elle soit inculpée et jugée conformément aux règles internationales. En conclusion, il a informé les avocats que lors de sa 34e session, la Commission avait nommé un Point focal sur les défenseurs des droits de l'homme. Haute Autorité des médias La délégation a rencontré M. Sakombi Inongo, deuxième Vice-Président et deuxième rapporteur de la Haute Autorité des médias (HAM). Il a informé la délégation que le Parlement était en voie de promulguer la loi organique établissant la haute Autorité des médias. La HAM réglementait les médias. Elle a été mise sur pied suite à la demande du peuple congolais. Le rôle majeur de la HAM est d'assurer la neutralité, l'impartialité et l'obligation de rendre compte aussi bien des médias publics que privés. Les élections démocratiques libres et transparentes dépendront de cette institution particulière. Elle doit jouer un rôle clé au niveau des politiciens. Son rôle sera d'allouer un temps égal aux médias au cours des campagnes politiques. Elle fonctionnera en synergie avec la Commission électorale indépendante. Actuellement, le processus de promulgation de la loi organique qui définira les paramètres de la HAM est en cours et une fois qu'elle sera adoptée par le Parlement, elle deviendra la loi établissant la vision, la stratégie et le fonctionnement des médias. 18
Son Plan d'action est basé sur 4 piliers, répartis sur la période pré élections, un plan à court terme jusqu'à 2004 et le plan à moyen terme, jusqu'en 2005, qui est la période des élections : 1) Mise en oeuvre et développement des institutions 2) Réglementation de la Haute Autorité des médias 3) Contrôle des médias et surveillance de la mise de l'application de la loi sur les médias 4) Promotion et développement des médias et accès à la nouvelle technologie. Le Commissaire Chigovera a informé le vice-président que la Commission avait adopté une Déclaration sur la liberté d'expression pour définir les conditions minimales requises pour la liberté d'expression. Le Commissaire Chigovera a recommandé à M. Sakombi de lire la Charte et les principes contenus dans la Déclaration sur la liberté d'expression et a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une loi mais de lignes directrices sur les normes minimales attendues. Le Commissaire Chigovera a informé les membres de la Commission des médias qu'il était l'un des architectes de la Déclaration et qu’en sa qualité de Point focal, il pensait que la liberté d'expression était la pierre de l'angle de la démocratie et qu'elle devait être prise au sérieux. Le Commissaire a indiqué que la Commission africaine place beaucoup d'espoirs dans la création de cette Haute Autorité des médias en cette période cruciale pour le pays, afin de lui assurer des élections libres et justes. Il n'y a aucun doute que les principes de l’impartialité et de la neutralité guideront la Haute Autorité des médias. Il a aussi exprimé l'espoir que la Haute Autorité continuera au-delà de 2005, en tant qu’organe de suivi de la liberté d'expression. Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) La délégation a eu des discussions très intéressantes avec M. Roberto Ricci, Chef de la Section des droits de l'homme de la MONUC qui a présenté les activités de la MONUC dans le pays. La MONUC collaborait étroitement avec le Bureau du Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme. Le mandat de la MONUC est établi par la résolution 1493 du Conseil de sécurité, qui prévoit que le programme de travail actuel de la MONUC prendra fin mai/ début juin 2004. La MONUC a été mandatée pour surveiller et faire des enquêtes sur la situation des droits de l'homme. Elle a une unité spéciale d'enquête. La Section des droits de l'homme de la MONUC est composée de 55 éléments, y compris les assistants administratifs et tout le personnel national et international dont 45 fonctionnaires de la catégorie professionnelle. La MONUC a des bureau dans tout le pays y compris Kinshasa, Kisangani, Bunia, Beni, Goma, Kindu, Bukavu, Katanga, Kalemi, Lubumbashi, etc. Dans tous les Etats, il y a le même nombre de fonctionnaires, le Libéria qui est un plus petit pays par exemple a le même effectif que la RDC. 19
Les principaux points de concentration de la MONUC sont notamment la surveillance des droits de l'homme, la primauté du droit, la prévention/l’arrêt de la violence, notamment les attentats à la vie, les détentions arbitraires, la privation de la liberté, la torture et la violence sexuelle. Le système opérationnel de la MONUC est de contrôler le fonctionnement de la justice, organiser une série de séminaires/ateliers afin de fournir des données sur la justice et faire des recommandations. Il s'agit de revoir les données initiales et de s'assurer que les autorités congolaises s'approprient progressivement le processus. La MONUC publie des rapports sur la base de l’investigation spéciale. L’unité est en train de finaliser trois rapports thématiques : 1) Evénements de l’Ituri au cours des deux dernières années ; 2) Présentation des principales violations au Congo au cours des deux dernières années ; 3) Rapports sur les violences sexuelles. La Commissaire Monageng a posé des questions sur les allégations de violence sexuelle dans l’Est du Congo. M. Ricci a souligné le fait qu'il n'avait jamais entendu une telle violence sexuelle à grande échelle (M. Ricci était au Rwanda en 1995). Le conflit généralisé dans la région a été aggravé par les violences sexuelles massives à tous les niveaux de la société. La violence sexuelle a été commise par les militaires dans tout le pays, y compris dans les zones anciennement sous le contrôle du gouvernement. Elle est souvent véhiculée par militaires qui utilisent des hommes comme travailleurs et des femmes comme esclaves sexuels. Il y a eu des cas de femmes enlevées et abusées pendant une semaine ou 10 jours, a observé M. Ricci. Il y a des cas de viol perpétré contre des enfants âgés de 3 ans et des femmes âgées jusqu'à 80 ans. La violence physique consiste souvent à fouetter ou arracher les yeux. Actuellement, la MONUC a des données sur le Sud Kivu, où environ 1000 cas d'abus sexuels ont été enregistrés. M. Ricci a souligné le fait qu'ils avaient actuellement un accès très limité à certaines régions et que la plupart des auteurs étaient des Mai Mai et des Interahamwe, mais aussi des éléments d'autres forces. Le Commissaire Chigovera a posé des questions sur les rapports faisant état de la violence contre les pygmées, suite à des rapports d'esclavage, de brutalité et de cannibalisation. M. Ricci a répondu que certaines bases de données avaient été mises au point sur ces incidents mais que tous les faits n'avaient pas été analysés. Il a indiqué qu'il n'était pas sûr que les pygmées avaient été particulièrement ciblés mais qu’il y a une culture de discrimination contre eux qui avait été aggravée par le conflit. Pour conclure, le Commissaire Chigovera a exprimé la préoccupation sur la composition de la Commission vérité et réconciliation. Il a voulu connaître la 20
composition de la Commission vérité et réconciliation et savoir dans quelle mesure toutes les couches de la société étaient représentées dans le processus. En réponse, M. Ricci a indiqué qu’à son avis, il n'y avait pas eu suffisamment de consultations pour la nomination des membres de la Commission vérité et réconciliation. Il a noté que la plupart des membres nommés étaient des politiciens, principalement des anciens combattants. À son avis, cette composition risquait de compromettre l'efficacité de la Commission vérité et réconciliation. Il a aussi informé la délégation que la Commission était chargée d'enquêter sur les violations des droits de l'homme depuis 1960. M. Ricci a en outre exprimé la crainte qu'en raison de la nature des cinq institutions d’appui à la démocratie, si une ne fonctionne pas adéquatement, le fonctionnement des autres en sera affecté. Il a aussi fait remarquer que pour renforcer ces institutions et assurer leur efficacité, il faudrait avoir suffisamment de ressources financières, humaines et autres. En réponse à la question de savoir si le système de la justice sera opérationnel avant les élections, M. Ricci a indiqué que l'administration de la justice était du domaine des tribunaux nationaux. Il n’espérait rien avant les élections. Les outils de base sont insuffisants, notamment le manque/insuffisance des salaires des magistrats et du personnel. En conséquence, il faudra beaucoup de temps pour mettre en marche l’administration de la justice. Ministre des droits de l'homme La délégation a eu dés discussions pertinentes avec Mme Marie-Madeleine Kalala, Ministre des droits de l'homme, qui a souligné le fait que le Ministère était dominé par des membres de la société civile. C'est pour cela que l'approche du Ministère aux droits de l'homme était conforme aux idées exprimées par les membres de la société civile. À cet égard, il y a de bons rapports de collaboration entre le Ministre des droits de l'homme et la communauté des ONG en ce qui concerne la promotion de la protection des droits de l'homme en RDC. La Ministre a encouragé la présence de la Commission africaine en RDC, en indiquant que c’était à son avis l’occasion de se faire l’image exacte de la situation des droits de l'homme sur le terrain. La Ministre a rappelé à la délégation que la Commission africaine devrait garder à l'esprit le fait que le pays est dans une situation post-conflit. Il y a eu une certaine amélioration en ce qui concerne la situation civile, politique, sociale et culturelle. Il y a moins de harcèlements des défenseurs des droits de l'homme par rapport au passé. Le Commissaire Chigovera a fait part au Ministre de la principale préoccupation exprimée par la communauté des ONG, à savoir leur appréhension quant à la composition des cinq institutions démocratiques d'appui à la démocratie. Elles craignaient que ces institutions ne soient dominées par des politiciens. Il a indiqué qu’il espérait que le gouvernement soutiendrait une plus grande 21
implication de la société civile, particulièrement dans l'Observatoire des droits de l'homme. Leur crainte était que si ces institutions étaient à majorité politiques, beaucoup d'aspects risquaient d'être sacrifiés. La Ministre a répondu en soulignant le fait qu'elle était membre actif de la communauté des ONG avant d'être nommé ministre. Elle s’est dite préoccupée par le fait que sa position sur cette question dans la mesure où elle a des obligations vis-à-vis du gouvernement et vis-à-vis de la société civile. Le problème de la composition de ces cinq institutions trouvait ses origines dans l'Accord de paix de Pretoria. Etant le fondement de toutes les institutions de la transition, l'Accord de paix prescrit la participation de toutes les composantes sur une base d’égalité. Il incombe aux parties de faire le plaidoyer pour avoir des représentants d’une grande capacité et intégrité pour s'affirmer. En tant que ancien membre de la société civile, elle pense que la société civile n'avait pas été suffisamment courageuse pour défendre cette question et pour résoudre la question de sa représentation dans les nouvelles institutions. Maintenant il n'est pas approprié de débattre de cette question dans la mesure où le gouvernement appliquait les résolutions adoptées par l'Accord de paix de Pretoria. Le Commissaire Chigovera a demandé l'avis du ministre sur l’impact de la grève des magistrats. Le ministre a affirmé que la récente grève des magistrats aurait un sérieux impact sur l'administration de la justice, compte tenu de l’insuffisance du nombre de magistrats dans le pays. La grève avait initiée par l’Union des magistrats et les protestations concernaient l'ajustement du budget de 2004. Les magistrats demandent un salaire d'au moins 1000 $ EU mais le gouvernement n’est pas capable de le payer. Le gouvernement offre généralement 100 $ EU en bas de l'échelle et 200 $ EU au sommet. Les salaires des magistrats varient entre 30 et 60 $ EU par mois. Le Commissaire Chigovera a demandé si le système de justice était fonctionnel à travers tout le pays ou seulement dans certaines régions. En répondant, la Ministre a soulign�� la nécessité pour le gouvernement d'assurer le contrôle effectif de toutes les régions avant de s'assurer que le système de la justice fonctionne. Dans la région de l'Est, la participation de la MONUC a fait une différence dans la protection des populations : la sécurité s'est améliorée, il y a une libre circulation. Il y a un peu d'amélioration même si les violations continuaient dans certaines régions où la police et les militaires ne sont pas déployés. Les femmes sont encore violées et le gouvernement en est informé. A Kisangani, il y a un commandant mais le défi est d’amener les militaires à obéir à ses ordres, et par extension, aux ordres du gouvernement. Le Commandant a assuré une sorte d’accalmie dans la région et il est bien respecté. La Commissaire Monageng a demandé à la Ministre comment le gouvernement traitait la question de violation des droits de la femme. En réponse, la Ministre a 22
fait remarquer qu'il y avait un effort délibéré au niveau national et international pour traiter de la violence contre les femmes. Le nouveau code pénal criminalisera toute forme de violence contre les femmes. Le PNUD a mis au point un programme pour prodiguer des conseils et assurer d'autres formes d'assistance aux femmes victimes de violence familiale. Le ministère des affaires féminines s'est aussi engagé défendre cette question de représentation des femmes au Parlement. À cette fin, le Ministère des affaires féminines a encouragé le gouvernement à adopter la résolution de la SADC qui exige à chaque Etat membre un quota de 30 % de représentation des femmes au Parlement. Réunion avec le Procureur général de la République Au cours de la réunion avec M. Tshimanga Mukeba, Procureur général (PG), le Commissaire Chigovera a mis en exergue l’importance du bureau du Procureur général. Il a demandé au procureur général des explications sur le rôle de son bureau dans le contexte des droits de l'homme. Le Procureur général a expliqué la substance de son mandat qui s’étend au-delà de la période de transition. L’essentiel de son mandat est d’enquêter sur les plaintes reçues, avec l'assistance de la police et de présenter les plaintes au tribunal conformément à la loi. Le Procureur général est habilité à poursuivre notamment d'autres magistrats, des ministres et des hauts fonctionnaires après l'approbation du parlement à la majorité des 2/3. Il a affirmé que son bureau n'avait pas encore reçu de plainte de violations massives des droits de l'homme et que le gouvernement assure l'aide judiciaire aux indigents. Le Juge Président de la Cour suprême Au cours de la réunion avec le Juge Kamba, Président de la Cour suprême, la délégation a été informée des fonctions de la Cour suprême. Le Commissaire Chigovera a présenté les membres de la délégation et a expliqué l'objectif de la mission. Il a aussi parlé de la création de la Commission au titre de la Charte africaine ainsi que des responsabilités des Etats parties. Le Commissaire Chigovera a informé le Juge Président de la procédure des communications de la Commission africaine et la manière dont la Charte africaine peut être appliquée au niveau national. Le Commissaire a indiqué que la délégation était venue rencontrer le Président pour l’informer de que fait la Commission africaine et échanger des idées sur les questions d'intérêt commun là où c'est possible. La Commission africaine a son site Internet où les décisions et d'autres informations peuvent être consultées. Le président a souligné le fait que l'expérience de la guerre dans le pays avait entraîné une multitude de violations des droits de l'homme. C'est de la responsabilité des tribunaux de s'assurer que justice est faite, malgré les ressources limitées dont dispose le système judiciaire. Le Président a indiqué 23
qu'il avait entendu parler de la Charte africaine mais que c'était la première fois qu’il était en contact avec des membres de la Commission africaine. La mise en oeuvre de la Charte africaine exige l’incorporation de ses dispositions dans les lois nationales et ce processus a commencé. Certaines dispositions de la CPI et de la Charte africaine seront incorporées. Le Juge Président est aussi informé de la création de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples et qu'il voudrait savoir les relations qu'il y aura entre la Commission africaine et la Cour africaine. Le Protocole portant création de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples a été ratifié par le nombre requis des Etats membres et la Cour sera établie. La Cour africaine a été créée pour renforcer le travail de la Commission africaine. La Commission africaine peut faire des recommandations sur la manière dont les violations des droits de l'homme peuvent être redressées. La Cour africaine, qui aura des pouvoirs coercitifs, prendra des décisions spécifiques, y compris l'évaluation des dédommagements. Même après l'entrée en vigueur de la Cour, plusieurs questions seront encore soumises à la Commission africaine pour décisions. La Cour africaine enverra aussi des questions de recevabilité à la Commission. Le résultat net est que la Commission continuera de s'occuper des questions nécessitant des recommandations et des conseils à l'intention des Etats membres. Aussi bien le Juge Président que les Commissaires ont convenu de la nécessité pour les tribunaux nationaux de collaborer avec la Commission africaine, de se familiariser avec la Charte africaine et d'appliquer les principes de la Charte dans le traitement des questions qui leur sont soumises au tribunal, en particulier les questions relatives aux abus des droits de l'homme. Dans un esprit de collaboration à l'avenir, il a été convenu que les membres de la Commission africaine pourraient être invités à assister dans la formation aux droits de l'homme en qualité de personnes ressources. S'agissant des discussions sur les maigres salaires des magistrats, le Juge Président a admis qu'il était bien conscient des difficiles conditions de travail des magistrats. Il a demandé à la délégation de poser cette question aux autorités pertinentes dans la mesure où les recommandations de la Commission africaine auraient plus de poids. Ministre de la justice Au cours de l’entretien avec M. Kisimba Ngoy, Ministre de la justice, le Commissaire Chigovera a expliqué la création, le mandat et les activités de la Commission africaine ainsi que l'objectif de la mission. Il y a alors demandé comment SE M. le Ministre percevait le système de la justice et la situation générale des droits de l'homme dans le pays. 24
Le Ministre a fourni à la délégation des explications sur le fonctionnement général des tribunaux. Dans la région de l’Ituri, le système judiciaire s’était avec la guerre. Au cours de la deuxième semaine de janvier 2004, un certain nombre de magistrats avaient été envoyés dans la région de l’Est; le Ministre pensait qu’au moment de la visite de la délégation, les tribunaux fonctionnaient dans la région. Le gouvernement reçoit l’appui des donateurs pour remettre sur pied le système judiciaire là où il s’est effondré. En ce qui concerne la droit, le Ministre a indiqué qu’il y avait un Code mais que ce dernier avait besoin de révision à la lumière des obligations internationales de la RDC. Il y a des contradictions, notamment en ce qui concerne la question de la peine de mort. En réponse à la question relative à la grève des magistrats, le Ministre a informé la délégation que la magistrature du pays avait été dépassée non seulement par la guerre, mais aussi par la grève des magistrates. Il a reconnu qu’il était très difficile pour la magistrature de fonctionner adéquatement dans les conditions salariales et autres du moment. La conséquence est qu’il y a une corrélation entre la corruption et les ventres affamés. Le Ministre a parlé des institutions d’appui à la démocratie en s’arrêtant particulièrement sur la Commission vérité et réconciliation qui a été créée pour lutter contre l’impunité. Il a exprimé l’espoir qu’en essayant de trouver la meilleure solution aux violations massives des droits de l’homme, beaucoup de problèmes jonchant le chemin de la réconciliation seront résolus. Haut Commissariat pour les droits de l’homme M. Mahamane Cisse-Gouro, Directeur Adjoint du Haut Commissariat pour les droits de l’homme a explkiqué à la delegation que son Bureau était un bureau permanent établi par les Nations Unies pour surveiller le respect des droits de l’homme par la RDC et de les aider dans la formation aux droits de l’homme. Il a donné ç la délagatioàns des informations sur la situation des droitsde l’homme dans le pays en insistant sur le fait qu’il avait encore des violations massives des droits de l’homme à l’Est. La MONUC tente de prévenir ces violations. Il a insisté sur le besoin d’une armée intégrée et de la présence du gouvernement sur tout le territoire pour s’assurer que le gouvernement de la RDC assume toutes ces obligations envers tous ses citoyens. 25
Réunions à Lubumbashi Gouverneur La première réunion prévue était une visite de courtoisie à M. Ngoy Mukena, Gouverneur de la province du Katanga. Le Commissaire Chigovera a informé le Gouverneur des objectifs de la mission. Il a souligné la nécessité d’une collaboration entre le gouvernement et les ONG des droits de l’homme en ce qui concerne le suivi. Il a également demandé des informations sur la situation générale des droits de l’homme dans la province. Le Gouverneur a reconnu que la MONUC avait investi beaucoup d’efforts dans cette collaboration et qu’elle avait amené les ONG à se comporter d’une manière plus ouverte à l’égard du gouvernement. Le gouvernement est le principal protecteur des droits de l’homme et il devrait tout faire pour assurer la protection des droits humains de ses citoyens. Pour ce faire, les ONG sont les yeux et les oreilles du gouvernement et elles devraient l’aider à mieux être au courant de ce qui se passe sur le terrain. Les ONG ne devraient pas être considérées comme des parties de l’opposition. S’agissant de la situation des droits de l’homme, il y a encore des rapports de violations, spécialement par la police. Le Bureau du Gouverneur met tout en œuvre pour améliorer cette situation avec l’aide des ONG. Il est nécessaire d’organiser la formation de la police afin d’améliorer les relations entre la polices et la population. Visite au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kasapa Conformément au programme de la délégation et aux préparatifs de la mission, une visite a été effectuée à la prison de Kasapa. La délégation a rencontré le responsable de la prison qui a expliqué qu’il avait besoin d’une autorisation spécifique de ses supérieurs. Il a insisté sur le besoin d’une autorisation écrite pour permettre à la délégation de visiter la prison. Il a en outre déclaré que cette autorisation écrite était un préalable pour que la délégation puisse accéder à la prison. Il n’a donc pas été possible de discuter ni de l’objectif de la mission ni de toute autre question relative aux conditions de cette prison particulière. Il est devenu évident, au cours de la visite de la délégation à Lubumbashi qu’aucun arrangement formel n’avait été fait pour la visite de la délégation. La délégation ne comptait que sur le représentant de la MONUC et de l’ASADHO pour faciliter ces rencontres avec les autorités administratives. La délégation apprécie l’assistance inestimable de M. Louis Marie Buaka de la MONUC et de M. Freddy Kitoko de l’ASADHO sans laquelle la mission de la délégation à Lubumbashi aurait été difficile. 26
ONG des droits de l’homme à Katanga S’adressant aux membres des ONG, le Commissaire Chigovera a parlé de la création et du mandat de la Commission africaine, ses relations avec les Etats parties et l’Union Africaine. Le Commissaire a expliqué aux ONG comment elles pouvaient accéder à la Commission en demandant le statut d’observateur. Il a en outre expliqué la fonction de protection de la Commission africaine. Au court des discussions, il est devenu apparent que la plupart des participants à cette réunion ne connaissaient pas la Commission africaine. Ils ont demandé à la délégation de rester plus longtemps afin de pouvoir échanger des informations. Pour ce qui étaient informés du système africain des droits de l’homme, il pensait que trop d’instituions africaines étaient créés sans avoir suffisamment de ressources. Tout en reconnaissant le besoin de collaboration avec le gouvernement, la communauté des ONG de Lubumbashi était sceptiques quant à la sincérité de l’engagement du Gouverneur à collaborer avec les ONG locales. Le Commissaire Chigovera a souligné la nécessité de collaborer avec la MONUC afin d’éviter le double emploi dans l’éducation aux droits de l’homme et la sensibilisation de la population en vue des prochaines élections. Réunion avec le Président de la Cour d’Appel etle Procureur de la province du Katanga. Après la présentation formelle de la délégation et de l’objectif de la mission, le Commissaire Chigovera a pose des questions sur la gestion des dossiers pénaux, la situation de la détention préventive, l’aide judiciaire aux indigents et la prise en compte de la Charte africaine et des conventions internationales ratifiées par la RDC et dans quelle mesure les magistrates les appliquaient dans l’instruction des dossiers qui leur sont soumis. En réponse, M. Kikunguru, Président de la Cour d’ Appel a informé la delegation du rôle de la Cour d’Appel dans la gestion des dossiers pénaux. Il a indiqué que la Cour n’avait pas accès aux instruments internationaux et qu’elle n’avait donc pas d’informations sur la mise en oeuvre de ces instruments pour pouvoir les appliquer dans les jugements dont ils ont la charge. Il a en outre fait remarqué que même un traité international était cite, il serait difficile pour le Président de la Cour de l’appliquer, dans la mesure où il ne sait pas comment interpréter ce texte. M. Munoko, Procureur, a indiqué que la Constitution de la RDC contient plusieurs dispositions semblables à celles qui sont énoncées dans la Charte africaine. Il a reconnu la necessité pour les tribunaux d’avoir accès aux décisions 27
de la Commission africaine et a exprimé l’espoir que cette mission n’était pas la dernière. Le Président de la Cour a soulevé la question relative aux conditions de travail des magistrates, particulièrement les mauvaises conditions salariales, en indiquant que cette situation n’était pas favorable à une bonne administration de la justice et qu’elle encourageait la corruption. Le Commissaire Chigovera a insisté sur l’urgence qu’il y a à résoudre le problème des salaires des magistrats et a affirmé qu’il avait pose cette question au Ministre de la justice qu’il a indiqué que les dispositions étaient prises pour améliorer la situation des magistrates. La délégation a promis de suivre cette question avec beaucoup d’intérêt. Du fait que la délégation n’avait pu visiter aucune prison à Lubumbashi, elle a pose des questions sur les conditions de détention en RDC. En réponse, le Procureur a informé la délégation qu’il y avait une congestion parce que la capacité des prisons n’avait pas été améliorée vue que les prisons actuelles contiennent plus de prisonniers que ne le permet leurs capacités initiales, certaines prisons ayant été construites avant l’indépendance. En outre, il a affirmé que même les infrastructures existantes n’avaient pas été rénovées par manqué de ressources. En effet, certaines structures se sont effondrées. Certaines prisons par exemple n’avaient pas d’eau courante. Il y a donc un grave problème de logement et d’espaces pour les prisonniers en détention préventive que pour les condamnés mineurs et adultes. Le Procureur a informé la délégation que suite à l’insuffisance des ressources, les prisonniers avaient un repas pour les deux jours. Les conditions de détention sont aggravées par le fait qu’il y a très peu d’officiers judiciaires chargés de traiter les cas des prisonniers et par le manque de moyen de transport pour que les prisonniers se rendent au tribunal. S’agissant du traitement des prisonniers, la délégation a été informée que chaque mois, les magistrates inspectaient les prisons et que dans des situations urgentes, ces visites pouvaient se multiplier. Les ONG et certaines organisations internationales étaient également autorisées à visiter les prisons de temps à autre. Quant à l’aide judiciaire, la délégation a été informée que le Barreau assignait des avocats pour défendre gratuitement les indigents. Le Barreau Au court des discussions avec la délégation, M. Jean Claude Muyambo, Président du Barreau du Katanga a indiqué que tandis que la situation s’était améliorée avec la transition, les cas de violation des droits de l’homme dans la province étaient encore nombreux. 28
En ce qui concerne l’administration de la justice, beaucoup de dossiers attendaient devant les tribunaux à cause de l’incapacité d’assurer une assistance juridique suffisante aux citoyens. Le président a expliqué que le Barreau assignait des avocats pour aider les prévenus devant les tribunaux. Il a indiqué que les avocats étaient encore confrontés à des problèmes d’accès à leurs clients détenus par la police. Il a affirmé que dans son effort d’assurer l’accès aux avocats, le gouvernement avait donné au Barreau un terrain pour la construction de ses bureaux. Certains avocats, finançaient la construction de ces bureaux avec l’aide des hommes d’affaires et du gouvernement. Dans le domaine des droits de l’homme, le président a informé la délégation que le 10 juillet de chaque année, le Barreau conduit un exercice d’éducation juridique du public en visitant diverses parties de la province. Au court de ces campagnes d’éducation publiques, les avocats recueillent des informations auprès de la population et choisissent des cas à soumettre au tribunal. Cependant, les avocats ont encore des difficultés à accéder aux victimes dans certaines parties de la province, spécialement les victimes qui ont été abusés par certaines autorités. Dans un effort de restaurer la profession juridique, le Bareau a publié un livre pour aider ses membres à se familiariser avec les règles de procédures. Le président a reconnu que les avocats de la province n’étaient pas informés des disposition de la Charte africaine et qu’ils profiteraient de la présence de la mission pour accéder à l’information sur la Commission africaine sur son site internet. Le Commissaire Chigovera a encouragé le Barreau à demander le statut d’observateur et de soumettre des plaintes à la Commission africaine. Il s’est félicité du travail considérable accompli par le Barreau du Katanga dans des conditions très difficiles, particulièrement les contraintes financières. Il a recommandé au gouvernement de penser à une forme de compensation pour les avocats afin de renforcer les capacités du Barreau à défendre le plus de victimes possible. Pour conclure, le Commissaire Chigovera a expliqué que la Commission africaine était disposé à assurer aux membres du Barreau la formation aux droits de l’homme au titre de la Charte africaine, si cela lui était demandé. Cour militaire du Katanga Après une présentation générale de la mission, le Commissaire Chigovera a demandé des informations sur la qualité et le respect de la justice, le droit au processus équitable et la procédure d’appel. En réponse, M. Nzambi Mbombo, Juge Président de la Cour militaire a informé la délégation de l’évolution de cette cour militaire établie par Décret N. 03-001 du 15 avril 2003. Le Juge Président a informé la délégation que l’ancienne Cour d'Ordre Militaire établie 29
par Décret No 019 du 23 août 1997 utilisait des procédures extrajudiciaires. Même si la COM avait été établie pour assurer la discipline au sein de l’armée, sa compétence mal définie a encouragée le jugement de civiles pour des infractions telles que le vol à main armée, la mauvaise gestion des fonds publics ou toute autre activité perçue comme une menace à la sécurité de l’Etat. Il y avait des cas de pillages et de confiscation illégales des biens des condamnés et beaucoup de peines de mort étaient exécutées et appliquées aux mineurs. De même, la COM avait réduit l’autorité de la magistrature civile en jugeant divers cas, y compris ceux qui étaient clairement de la compétence des tribunaux réguliers. Le Juge Président a expliqué à la délégation qu’aujourd’hui, il y a un nouveau code judiciaire et un nouveau code pénal militaire conformes aux instruments internationaux. Cette nouvelle cour militaire reconnaît aux condamnés le droit d’appel. Dans le cas de peine capitale, l’exécution n’est pas immédiate. Le condamné a l’opportunité de demander soit la grâce présidentielle ou la possibilité que sa peine soit commuée en emprisonnement à vie. Devant la Cour militaire, l’accusé ne peut être représenté que par un avocat congolais. Le Juge Président a informé la délégation que la compétence du tribunal militaire s’étendait aux civiles lorsque les civils sont impliqués dans des infractions militaires. Il a indiqué que tous les membres des forces de la défense sont soumis aux procédures de la Cour militaire, que ce soit pour des infractions civiles, militaires ou pénales. Commandant provincial - Police du Katanga Au cours de la réunion avec le Commandant provincial adjoint, Colonel Bazenga, le Commissaire Chigovera a présenté la délégation, expliqué l’objectif de la mission et posé des questions sur la situation des droits de l’homme dans la province. Le Colonel Bazenga a transmis les excuses du chef de la police, Commandant Kabulo, qui était absent. Il a souhaité la bienvenue à la délégation et a expliqué la situation du droit et de l’ordre dans la province du Katanga. Il a indiqué que la situation des droits de l’homme s’était améliorée même s’il y avait encore des sujets de préoccupation dans le Nord de la province. Le Commandant a expliqué à la délégation le rôle de la police dans la protection des droits de l’homme. Il a affirmé que le service de la police est l’une des ces institutions en contact permanent avec le public en général au cours de l’exercice de ses fonctions et qu’ainsi, il était très important qu’elle respecte les droits humains du public en général qu’elle est appelée à servir. En outre, il a affirmé que les relations entre la police et les populations s’étaient améliorées. A cet égard, le département des relations publiques de la police organise régulièrement des programmes à la radio et à la télévision pour expliquer le rôle de la police et sensibiliser la population sur ses droits. 30
Le Commissaire Chigovera a voulu savoir s’il y avait un organe indépendant chargé d’enquêter sur les cas de mauvais traitements de suspects par les agents de police. Le Colonel Bazenga a répondu qu’il n’y avait pas d’organe indépendant sur les plaintes de violation des droits de l’homme. Mais, lorsque ces cas se présentent, la police discipline ou poursuit l’agent responsable dès la réception de la plainte. Il a aussi informé la délégation qu’il n’y avait pas de formations aux droits de l’homme pour les agents de la police. La Commissaire Monageng a posé des questions sur le respect du délai de détention de 48 heures. Le Commandant a affirmé que la loi permet la détention des suspects jusqu’à 48 heures. Avant l’arrestation, toutes les investigations nécessaires sont effectuées et le Commandant de la police inspecte chaque jour les lieux de détention, les suspects sont comptés le matin et le soir. Pour terminer, le Commissaire Chigovera a expliqué que si cela lui était demandé, la Commission était disposée à assister dans la formation aux droits de l’homme au titre de la Charte africaine pour les agents de la polices. MONUC-KATANGA Le Représentant de la Monuc à Kinshasa, M. Roberto Ricci a informé la délégation de la mise sur pied du bureau dans le pays. Mme Magda et M. LouisMarie Buaka ont expliqué la situation des droits de l’homme dans la province. Mme Magda a déclaré que tandis que la province du Katanga n’était pas touchée par la plus récente guerre de la RDC, plusieurs autres questions des droits de l’homme nécessitaient l’attention des autorités de la province. Il y a encore des violations des droits de l’homme spécialement dans le Nord du Katanga. Outre le Nord, il y a des rapports d’abus des droits de l’homme, d’extorsion d’argent et d’arrestations arbitraires par des membres des forces en uniformes. M. Buaka a souligné la nécessité pour les bureaux de la MONUC dans la province d’aider à créer l’environnement favorable à la tenue des élections libres et justes. A cet égard, le bureau de la MONUC dans le Katanga a demandé une station de radio pour aider dans l’éducation des électeurs, dans la mesure où la génération actuelle n’a jamais participé aux élections, les dernières datant de 1984. Au cours des discussions sur les conditions de détention, Mme. Magda a confirmé que les prisons de la province étaient surpeuplées en raison de l’insuffisance des ressources allouées aux lieux de détention. Le traitement des dossiers de certains prisonniers posait des problèmes dans la mesure où des détenus étaient souvent tranférés d’une prison à une autre sans leurs dossiers. Cela entraînait des retards dans le traitement des dossiers de ces détenus. 31
Parlement (Kinshasa) Pendant la réunion avec le Président du Parlement, l’honorable Oliver Kamitatu, le Commissaire Chigovera a expliqué l’objectif de la mission de promotion. Il a affirmé que la Commission africaine cherchait à forger les relations avec l’organe législatif des Etats membres qui est l’organisme de surveillance des excès du gouvernement et du fait que le gouvernement doit obtenir l’accord du parlement avant la ratification de tout instrument international. Le Commissaire Chigovera a informé l’Honorable Kamitatu des rencontres que la délégation a eues jusqu’à ce jour et a ajouté que la mission espérait que le gouvernement respecterait ses engagements de ratification des deux instruments régionaux des droits de l’homme à savoir: le Protocole à la Charte africaine instituant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et le Protocole sur les droits de la femme. L’Honorable Kamitatu a informé la délégation que le parlement était composé de toutes les parties impliquées dans la transition, avec 500 membres au total. Il a aussi expliqué que le parlement avait le pouvoir d’adopter les lois qui lui sont généralement présentées par les organes exécutifs. Le Parlement est habilité de passer, modifier ou annuler toute loi. Il était informé de l’existence de la Commission africaine. Le Président a exprimé le souhait d’une collaboration entre la Commission africaine et le parlement afin d’éclairer les parlementaires sur les dispositions de la Charte africaine et de s’assurer que les parlementaires prennent en compte ces dispositions dans la promulgation des divers projets de loi. Le président a ajouté que la collaboration entre son parlement et la Commission africaine aiderait le parlement à avoir les informations sur les ONG des droits de l’homme œuvrant en RDC, particulièrement celles qui ont le statut d’observateur auprès de la Commission africaine afin de renforcer la connaissance des droits de l’homme et les dispositions de la Charte africaine par les parlementaires. S'agissant des cinq institutions d'appui à la démocratie, le Président a fait remarquer que les deux plus importantes étaient les suivantes : la Commission vérité et réconciliation et l'Observatoire national des droits de l'homme. Le Président a exprimé l'espoir que la loi organique établissant ces cinq institutions d’appui à la démocratie serait adoptée fin février 2004. Il a informé la délégation que l’adoption de la loi organique avait pris trop longtemps compte tenu du besoin de réunir un certain consensus au sein des huit composantes du gouvernement de transition (les cinq principales composantes des anciens groupes rebelles et les trois composantes de l’opposition non armé). De même, il a exprimé l'espoir que toutes les dispositions requises par la loi organique de transition, y compris le contrôle de tout le territoire du pays par un gouvernement unique, seraient mises en place au plus tard en juillet 2004 pour 32
permettre la préparation adéquate des prochaines élections. Il s'agit notamment des actions suivantes: - promulgation de la loi organique nécessaire pour l'établissement des institutions d’appui à la démocratie ; promulgation de toutes les lois nécessaires pour la transition ; intégration des diverses armées en une armée unique et affirmation de l'autorité du gouvernement central sur toutes les autres composantes; démobilisation et réhabilitation des soldats et les intégrer dans une armée unique ; réhabilitation de la magistrature ; définition par le gouvernement de toutes les infractions qui bénéficieront de l'amnistie qui afin de finaliser d'urgence la loi d'amnistie. En outre, le Président a indiqué qu’il serait très utile que les parlementaires soient sensibilisés sur les instruments internationaux auxquels la RDC est partie et qui doivent être incorporés dans la Constitution. Le Commissaire Chigovera a informé le Président de l'Assemblée que la Commission africaine était disposée à collaborer avec les parlementaires congolais. Il a également indiqué que si la RDC l’y invite, la Commission africaine serait heureuse de participer aux réunions, à la formation ou au débat sur la constitution ou la loi organique, pour ce qui concerne leur conformité aux dispositions de la Charte africaine. Commissaire de la Police (Kinshasa) Le Commissaire Chigovera a présenté la délégation et a expliqué à l'Inspecteur général de Police, M. Katsuva le système africain des droits de l'homme, la création de la Commission africaine, sa composition, son mandat et l'objectif de la mission de promotion en cours. L'Inspecteur de Police a passé en revue la situation du droit et de l'ordre dans le pays. Le Commissaire Chigovera a saisi l'opportunité de la réunion pour discuter des conditions de travail de la Police en RDC. En réponse à la question du Commissaire Chigovera sur les besoins de formation aux droits de l'homme des agents de police, le Commissaire de Police a admis que depuis 1997, la police n'avait organisé aucune formation aux droits de l'homme pour son personnel en raison de la situation de guerre prévalant dans le pays. Cependant, depuis la mise en place de la transition, un accent particulier est mis sur les droits de l'homme. La Police a un service des droits de l'homme, qui traite des allégations d'abus des droits de l'homme portées à son attention. S'agissant des allégations de brutalité par les agents de la police, le Commissaire a indiqué que le public devrait s'efforcer d'utiliser les procédures légales mises à sa disposition pour porter ces infractions à l'attention de la 33
Police. Cependant, lorsqu’il y a eu des rapports substantiels de meurtres commis par des agents de police, les coupables ont été arêtes et traduits en justice. En outre, des cas de torture et d’agressions par des agents de la police peuvent être portés à l'attention des tribunaux de police qui disciplinent les agents égarés. L'autre alternatif est l'autorité de plaintes contre la police qui, bien qu’elle ne soit pas fonctionnelle en ce moment, pourrait traiter des plaintes relatives aux meurtres ou aux blessures graves causés par des agents de la police. Le Commissaire de police a exprimé l'espoir que les institutions établies pour accompagner la démocratie dans le pays pourront adéquatement assurer le respect des droits de l'homme afin de pouvoir tenir des élections libres et justes. Il a fait remarquer que la police était bien consciente de son rôle primordial de facilitation du processus des élections. À cette fin, il a demandé l’assistance de la Commission africaine d’aider dans la formation aux droits de l'homme des agents de la police. Visite au Centre pénitentiaire de rééducation et de réhabilitation de Makala Le Responsable du Centre pénitentiaire de rééducation et de réhabilitation, M. Dieudonné Kitungulu a reçu la délégation à Makala. Au cours de la Réunion, le Commissioner Chigovera a expliqué le rôle de la Commission africaine, la mission de promotion et son mandat général. Il a indiqué que par la réhabilitation et le traitement des détenus par exemple, les prisons jouaient un rôle crucial dans la promotion et la protection des droits humains des prisonniers. Les conditions de détention portent entre autres sur la santé des prisonniers, le régime alimentaire et le traitement en prison ainsi que l’environnement dans lequel ils vivent. Le Commissaire Chigovera a affirmé que dans le cadre du mécanisme des rapporteurs spéciaux de la Commission africaine, il y a un Rapporteur spécial sur les prisons et les conditions de détention en Afrique. La Commissaire Vera Chirwa qui est l’actuel Rapporteur spécial sur les prisons et les conditions de détention en Afrique, a le mandat d’examiner la situation des prisons et les conditions de détention en Afrique et d’assurer la protection des personnes détenues. Le responsable de la prison a informé la délégation qu’il avait été décidé de transformer cette prison était en Centre de rééducation et de réhabilitation. Suite à cette conversion, les règles normalement régissant les prisons y sont assouplies et les conditions ont été améliorées pour les rendre plus humaines. Les autorités ont informé la délégation que la prison comptait un nombre de 2 600 prisonniers alors qu’elle n’a qu’une capacité de 1 500. 34
Après la réunion, la délégation a été conduite dans une visite du centre pénitentiaire. Cette visite a révélé que ce lieu de détention était plus ou moins comme une prison ouverte et qu’elle était légèrement congestionnée. Contrairement à beaucoup d’autres prisons, les prisons passent leur temps (de 8 heures à 16 heures) à l’extérieur de leurs cellules, à circuler dans l’enceinte de la prison sans trop de surveillance. En effet, les prisonniers sont formés à une certaine gestion de leurs affaires et de la sécurité des prisonniers pour s’assurer qu’ils sont traités équitablement. Visites et repas: Les prisonniers, aussi bien les condamnés que ceux qui sont en détention préventive, sont autorisés à recevoir de la visite trois fois par semaine (les mercredis, les vendredis et les dimanches). La famille peut apporter de la nourriture ainsi que d’autres effets aux prisonniers. Cependant, la délégation a remarqué que la nourriture fournie par le Centre n’est pas suffisante et ne répond pas aux normes internationales. Les prisonniers masculins reçoivent un repas par jour tandis que les femmes et les mineurs reçoivent de la bouillie le matin et un repas pendant la journée. Activités: Diverses activités de réhabilitation sont menées à la prison, notamment l’éducation formelle dispensée spécialement aux mineurs, en collaboration avec des ONG, la formation à la menuiserie, la couture, ainsi que des activités sportives et la télévision pour permettre aux prisonniers d’avoir accès à l’information. Santé: Le centre de detention a la possibilité de recevoir des infirmières de l’extérieur pour prendre soin des femmes enceintes Préoccupation: Il y a de sérieuses contraintes de ressources, y compris la non disponibilité des moyens de transport pour faire parvenir les prisonniers au tribunal. Les magistrats doivent se déplacer et venir siéger à la prison. Il convient de noter que les détenus ayant de jeunes enfants n’ont pas de services de garderie. Ils partagent les mêmes dortoirs que les autres détenus condamnés et non condamnés. Les garçons mineurs partagent aussi les dortoirs avec les hommes plus âgés. CONCLUSION La délégation a rencontré et discuté de diverses questions des droits de l’homme avec un certain nombre de responsables du gouvernement, de la MONU et des ONG oeuvrant en RDC. La délégation leur a fait savoir que par le biais du Commissaire chargé de la RDC, la Commission africaine était disposée à collaborer, à assister et à participer à leurs activités. La délégation a expliqué que le mandate de la Commission africaine était essentiellement d’aider les Etats parties à développer une culture des droits de 35
l’homme et, par les missions de promotion dans les Etats membres, la Commission africaine était en mesure d’évaluer la situation des droits de l’homme dans les pays et de sensibiliser les acteurs des droits de l’homme sur les dispositions de la Charte. A toutes ces occasions, les Commissaires ont expliqué le travail de la Commission africaine, son mandat, ses aspirations et ses lacunes. La délégation a clairement indiqué que la Commission africaine était disposée à travailler avec quiconque cherche sa collaboration et à contribuer aux efforts de mise en oeuvre de la Charte. Il est espéré que le niveau de compréhension réalisé sera nourri et exploité pour amener la Charte africaine plus près de ses bénéficiaires. La délégation voudrait exprimer sa gratitude au Ministère des droits de l’homme, à l’ASADHO et à la MONUC pour avoir facilité sa mission de promotion en République démocratique du Congo. OBSERVATIONS 1. Au cours de la préparation de cette mission de promotion en RDC, le Secrétariat a clairement indiqué aux Ministères des droits de l’homme et des Affaires étrangères que la délégation souhaiterait rencontrer les autorités de ces ministères et beaucoup d’autres responsables et institutions énumérés, ainsi que des institutions de la société civile, y compris des ONG. Cependant, aucune réunion n’avait été arrangée ni avec le Ministère des Affaires étrangères ni avec aucun autre ministère ou aucune institution avant l’arrivée de la délégation. Les arrangements faits à la dernière minute après l’arrivée de la délégation ont eu une portée très limitée, dans la mesure où la délégation n’a pas pu rencontrer les responsables de certains ministères et institutions clefs. La délégation n’était jamais sûre de ce qu’elle devait faire chaque jour, ce qui fait qu’iI lui était difficile de se concentrer sur des questions particulières. 2. Pendant toute la durée de la mission, le gouvernement n’a pas assuré le transport de la délégation sur place. 3. Il n’y avait absolument aucune coordination entre Kinshasa et Lubumbashi en ce qui concerne le programme de la délégation à Lubumbashi. C’est ainsi que la mission n’a pas pu visiter la prison à Lubumbashi. 4. Initialement, la délégation avait prévu de se rendre à Goma, à l’Est du pays. Cela n’a pas été possible parce que les horaires de vols ne lui permettaient pas de rencontrer les personnes clefs avec lesquelles elle souhaitait s’entretenir. 5. La délégation n’a pas été à même de faire un impact sur la questions des peuples autochtones, particulièrement les pygmées, parce qu’elle n’a pas 36
pu rencontrer les responsables des ministères compétents et qu’elle n’a pas pu effectuer le déplacement à l’Est de la RDC où ce problème est plus visible. RESULTATS En substance, la délégation de la Commission africaine a note que la révision des lois et la restructuration des institutions démocratiques étaient vitales pour la transition. Il est impératif que toutes les parties impliquées, y compris le gouvernement de la RDC, les Nations Unies, l’Union africaine et la communauté internationale prennent des dispositions d’urgence pour s’assurer que ces questions sont réglées afin de garantir une transition harmonieuse vers les élections. Il est particulièrement impératif que le gouvernement central de Kinshasa établisse sa souveraineté sur tout le territoire de la RDC. Magistrature Il ressort très clairement des discussions que la délégation a eues que le système de la justice n’est pas approprié pour assurer l’administration de la justice pour tous les citoyens. La République démocratique du Congo a besoin d’urgence de ressources suffisantes pour lui permettre d’ajuster ses lois aux normes internationales et de réorganiser son système judiciaire par le recrutement, la formation des agents, y compris les magistrats debout. Il y a également urgence à améliorer les conditions de travail des magistrats, particulièrement les salaires, pour réduire autant que possible la corruption et leur assurer de meilleures conditions de travail. La partie de l’Est du pays a particulièrement besoin d’attention dans la mesure où la délégation a été informée que dans cette partie le système judiciaire s’était complètement effondré. Il y a lieu de se féliciter du travail formidable mené par le Barreau du Katanga dans des conditions particulièrement difficiles, particulièrement les contraintes financières. Le gouvernement devrait considérer la mise à disposition de ressources pour renforcer la capacité du Barreau à représenter le plus de victimes possible. De même, le Barreau du Katanga est encourage à collaborer avec la Commission africaine dans le but de pouvoir accéder au matériel de la Commission et de l’utiliser pour la formation de ses membres et les équiper adéquatement pour défendre les droits humains des personnes qu’ils défendent. La délégation a note que le Procureur général était habilité à poursuivre entre autres les magistrates, les ministres et autres responsables avec l’approbation de la majorité de 2/3 du Parlement. C’est situation plutôt curieuse parce qu’elle peut entraîner des circonstances où des responsables sont intouchables et au-dessus de la loi. 37
La délégation a constaté que le Bureau du Procureur général n’avait reçu aucune plainte de violation des droits de l’homme malgré la situation prévalant dans le pays. La délégation est préoccupée par le fait que le Tribunal militaire a la compétence de juger les civils qui auront des difficultés à comprendre les procédures et les règles de discipline militaires, ainsi que par l’inexistence de possibilités d’appel. La délégation est préoccupée par l’interprétation de l’article 2 du Décret 03-001 du 15 avril 2003 qui stipule que: “En attendant l’adoption et la promulgation de a loi d’amnistie par l’Assemblée nationale, les infractions qui ont été énumérées pour bénéficier de l’amnistie sont les crimes de guerre, les crimes politiques commis et les opinions exprimées du 2 août 1998 au 4 avril 2003, à l’exception des crimes de guerre, du génocide et des crimes contre l’humanité.” Il découle des discussions que la délégation a eues avec différentes autorités qu’il y a une préoccupation générale quant à l’interprétation controversée des dispositions de ce décret qui ne définit pas l’expression “Actes de guerre”. La délégation demande donc instamment au gouvernement de s’assurer que cette expression “Actes de guerre” est clairement définie. Président du Parlement Il est clair que le Président du Parlement voudrait que ce dernier établisse une certaine collaboration avec la Commission africaine dans le but de faciliter la prise de conscience du Parlement des obligations internationales de la RDC pour pouvoir les prendre en compte dans la promulgation des lois, spécialement celles qui portent sur la mise en place des institutions démocratiques et sur la protection des droits de l'homme. Le Président du Parlement a reconnu qu’il était nécessaire d’incorporer les dispositions de la Charte africaine dans la Constitutions de la RDC. Organisations non gouvernementales Il a été constaté que les ONG de Lubumbashi (à l’exception de l’ASADHO) avaient une connaissance limitée des instruments internationaux des droits de l'homme, ce qui influe négativement sur leur efficacité en tant que défenseurs des droits de normes. Les Prisons La délégation a reconnu que le concept de réhabilitation et de rééducation des prisons comme dans le cas de la prison de Makala mérite des éloges et pense qu’il serait utile de le répliquer ailleurs, surtout en cette période de transition. Il 38
semble produire des résultats très encourageants. À titre d'exemple, le contact de la délégation avec les prisonniers n'a suscité aucune forme d'anxiété de leur part, malgré les maigres provisions alimentaires. Les prisonniers semblaient généralement satisfaits de l'environnement. Malgré le fait que la prison contient beaucoup de condamnés, y compris ceux qui attendent la peine de mort, aucune évasion n'a été signalée. Une autre caractéristique intéressante est la gestion de la prison par laquelle des prisonniers formés en gestion supervisent les autres prisonniers. La délégation pense que ce concept produirait de meilleurs résultats si davantage de ressources étaient fournies au Centre pénitentiaire pour lui permettre d'introduire d'autres types de formation notamment l’enseignement formel, et pour lui permettre de subvenir à ses propres besoins, notamment les besoins alimentaires. Il est malheureux de noter qu'un certain nombre d'enfants vivent avec leurs mères dans la prison, partageant les dortoirs avec plusieurs autres détenus. Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme Il est nécessaire que les infrastructures du Haut Commissariat aux droits de l'homme soient améliorées pour accroître la taille et la capacité du bureau et impliquer la Commission africaine si les ressources le permettent. RECOMMANDATIONS A. La magistrature La délégation magistrature : formule les recommandations suivantes concernant la 1. Que la Commission africaine établisse et maintienne des liens avec la magistrature de la République démocratique du Congo et l’impliquer dans ses activités afin d’assurer une publication et une distribution adéquates de ses travaux et de ses décisions auprès des tribunaux nationaux en Afrique. 2. Que la Commission africaine considère la possibilité d'encourager les tribunaux nationaux africains à lui envoyer leurs jugements respectifs et en particulier les jugements à caractère constitutionnel afin de renforcer sa connaissance de l’appréciation des droits humains par les tribunaux nationaux ; 3. Que la Commission africaine considère sérieusement la nécessité exprimée par le Président du Parlement d’incorporer les dispositions de la Charte africaine dans la Constitution de la RDC dans le but de s'assurer que la 39
Commission africaine contribue au processus de démocratisation de la RDC, conformément à son mandat aux termes de la Charte africaine ; 4. Que la Commission africaine recommande que les graves violations des droits de l’homme, particulièrement le génocide, les crimes contre l'humanité commis au cours en RDC ne soient pas couverts par l'amnistie et que leurs auteurs soient poursuivis pour décourager l'impunité ; 5. Que la Commission africaine demande à la RDC d’entreprendre des réformes de sa législation afin qu’elle soit conforme aux engagements de l'État à l'échelle internationale, notamment à l’égard de la Charte africaine et d'initier des réformes pour prévenir d'autres violations des droits de l'homme à l'avenir ; 6. Que la Commission africaine recommande au gouvernement d’accorder une importance particulière à la formation aux droits de l’homme et à la familiarisation des avocats aux dispositions des instruments internationaux des droits de l'homme, en particulier la Charte africaine. B. Institutions d'appui à la démocratie en RDC La délégation a insisté sur le fonctionnement des cinq institutions d'appui à la démocratie et formule les recommandations suivantes : 7. Que la communauté internationale apporte suffisamment de ressources pour leur permettre de s’acquitter convenablement de leur mission ; 8. Que les ONG nationales et internationales appuient ces institutions en leur fournissant suffisamment d'informations, de rapports de recherche, de personnel et d’équipements afin qu’elle puisse réaliser leurs objectifs ; 9. Que le gouvernement appuie pleinement et s'efforce, autant que faire se peut, de mettre en œuvre toutes les recommandations de ces institutions. Toutes les différentes parties devraient collaborer avec ces institutions, particulièrement la Commission vérité et réconciliation, en encourageant leurs membres et partisans à se présenter devant ses organes lorsqu’ils le leur demandent ; 10. Que la Commission africaine demande au gouvernement de la RDC d’adopter la loi organique établissant les cinq institutions d’appui à la démocratie; 11. Que la Commission africaine recommande au gouvernement de la RDC de veiller à ce que les institutions d'appui au processus de démocratisation sont indépendantes des organes qui les ont créées. 40
C. La police 12. Que la Commission africaine recommande au gouvernement de la République démocratique du Congo d'initier de vastes programmes de sensibilisation aux droits de l'homme pour les membres des services de la police et des prisons. Plus particulièrement, le gouvernement devrait envisager d'assurer la formation aux droits de l'homme pour les agents de police, qui sont constamment en contact avec la population. Les agents de police devraient être formés pour permettre à la population d'adopter une attitude appropriée dans ses relations avec les responsables de la mise en application de la loi. 13. Que la Commission africaine demande au gouvernement de mettre en place un cadre de pacification, y compris la loi régissant l'armée et la police. D. Les prisons 14. La délégation a noté que tandis que l'orientation du Centre pénitentiaire de rééducation et de réhabilitation est excellente et qu’elle aide les détenus à être de meilleurs citoyens, il a été constaté par ailleurs que, s'il est impératif que les mineurs soient incarcérés, ils ne devraient pas être avec les adultes. En conséquence, la Commission africaine recommande au gouvernement de la République démocratique du Congo d'envisager la libération sous caution des prisonniers, particulièrement les mineurs accusés d’infractions mineures, afin de réduire la congestion des prisons. 15. Il a été constaté au cours de la mission que le problème de congestion dans les prisons était le résultat du nombre de prisonniers en détention préventive. La Commission africaine recommande au gouvernement de la République démocratique du Congo d'accroître la capacité de la magistrature pour lui permettre de résoudre le problème des dossiers en souffrance. 16. La Commission africaine recommande qu'il est impératif que de meilleures infrastructures de détention soient construites d'urgence et que celles qui existent soient fermées ou rénovées pour assurer de meilleures conditions d'hygiène pour les prisonniers ; 17. La Commission africaine recommande qu'une alimentation adéquate et suffisante soit assurée aux prisonniers pour répondre aux exigences des règles minima des Nations Unies, et qu’en outre, le système judiciaire de la RDC envisage d'autres formes de sanctions que l'emprisonnement pour des infractions mineures. 41
E. Recommandations générales 18. La délégation recommande que la Commission africaine et des organisations comme l’ASADHO assistent dans la formation aux droits de l'homme et au renforcement de capacités des organisations locales qui n'ont pas accès aux bailleurs de fonds, comme la plupart d'entre elles opèrent souvent sur une base volontaire et à leurs propres frais. 19. Que la Commission africaine demande au gouvernement d'accélérer le processus de réunification de tout le territoire national afin de se préparer aux prochaines élections ; 20. Que la Commission africaine invite le gouvernement à déposer les instruments de ratification des conventions internationales, y compris la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, le Protocole portant création de la Cour africaine et le Protocole sur les droits de la femme en Afrique. Andrew R. Chigovera, Commissaire Sanji Monageng, Commissaire Annie R. Mulumba, Juriste 42
ANNEXES MEMORANDUM ADRESSE AUX MEMBRES DE LA DELEGATION DE LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L'HOMME ET DES PEUPLES EN MISSION EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO INTRODUCTION Le 19 et le 12 janvier 2004, les organisations des droits de l'homme basées à Kinshasa se sont réunies au siège de l'Association africaine de défense des droits de l'homme (ASADHO), sise au 11, Avenue de la paix dans la commune de Gombe. L’ASADHO et la Campagne pour les droits de l'homme au Congo (CDHC) ont invité ces organisations pour discuter des stratégies appropriées à mettre en place pour tirer pleinement profit de la mission de promotion envoyée par la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples en République démocratique du Congo, du 12 au 24 janvier 2004. Afin d'éviter de rencontrer la délégation dans un ordre dispersé et d’affaiblir ainsi leur efficacité, ces organisations des droits de l'homme se sont rencontrées dans l'objectif suivant : 1. 2. 3. 4. Discuter de la situation actuelle des droits de l'homme en République démocratique du Congo ; Exprimer leur préoccupation sur cette situation ; Formuler des recommandations concrètes propres à contribuer à l'amélioration de la situation des droits de l'homme ; Remettre à la délégation de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples le présent Mémorandum, qui reprend les préoccupations fondamentales suivies de propositions concrètes. Ces organisations espèrent que le présent Mémorandum servira d'outil utile pour la défense des droits de l'homme par la délégation auprès des différentes autorités congolaises. Pour les besoins de clarté, le présent Mémorandum est structuré en trois points, à savoir : 1. 2. 3. État de la situation des droits de l'homme en République démocratique du Congo depuis l'arrivée du gouvernement de transition le 30 juin 2003 ; Etat d’avancement du processus de pacification et de réunification du pays ; Etat d'avancement du processus de création des cinq institutions destinées à accompagner la démocratie, prévues par l’Accord global de toutes les parties sur la transition en RDC, signé à Pretoria, Afrique du Sud, le 17 décembre 2002. 43
Les associations des droits de l'homme basées à Kinshasa voudraient saisir cette opportunité non seulement pour présenter leurs meilleures voeux à la Commission africaine, et en particulier les membres de la délégation en mission RDC, mais aussi souhaiter aux membres de la délégation un séjour agréable et heureux en République démocratique du Congo. I. Situation des droits de l'homme depuis l'arrivée du gouvernement de transition Nous constatons que la situation des droits de l'homme en RDC ne s’est pas beaucoup améliorée. 1. Le problème relatif aux conditions de détention des prisonniers en détention préventive est resté le même. Dans la Province de l’Equateur, à l’Est et à l'intérieur du pays, aucun tribunal approprié n'a encore été mis sur pied. 2. Le décret d’amnistie pour tous les prisonniers énumérés par le Président de la République en 2003 a été appliqué de manière sélective. Certains des bénéficiaires visés par le décret d’amnistie sont encore en détention. 3. Depuis l'arrivée des ex-rebelles en 2003, y compris Thomas Lubanga, Jean-Pierre Bemba, Roger Lumbala et Azarias Ruberwa et leurs partisans, de nouvelles formes de criminalité ont fait leur apparition. 4. Au centre pénitentiaire de rééducation de Kinshasa, les organisations des droits de l'homme ont enregistr�� plusieurs cas de détention arbitraire. 5. Malgré « l'Opération Kimia » qui veut dire opération de paix dans la langue locale Lingala (cette opération a été entreprise à la mi-octobre 2003 par le Ministres de l'intérieur en collaboration avec la police nationale pour mettre fin à la prévalence des violations des droits de l'homme dans tout Kinshasa), les violations des droits de l'homme sont toujours commises quotidiennement, notamment la détention arbitraire des populations dans divers postes de police, la lenteur de l’instruction des dossiers, les pots de vins et d'autres exactions de la police, le vol et le meurtre. 6. Dans la région du Nord-Kivu, les membres de l'armée rwandaise posent des mines. 7. Les citoyens et leurs biens sont toujours dans les sécurités. 44
8. Quant au Programme de démobilisation, de désarmement et de réinsertion, qui a été entrepris par le gouvernement en collaboration avec la MONUC (mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo) et les ONG nationales oeuvrant dans le domaine de la démobilisation, aucune mesure n'a été prise pour la socialisation aussi bien des enfants que des adultes démilitarisés. 9. La situation des femmes qui vivaient avec les membres des armées étrangères qui ont maintenant quitté le pays (y compris des Zimbabwéens, des Ougandais, des Angolais, etc.) est déplorable, parce que ces femmes et leurs enfants ont été abandonnés. 10. Les femmes du Centre pénitentiaire de rééducation de Kinshasa sont maltraitées et elles sont obligées de se prostituer. 11. Ces incidents de mauvais traitements et de prostitution mentionnés sont connus et facilités par les gardiennes femmes du Centre pénitentiaire de rééducation de Kinshasa. 12. Les femmes continuent d’être violées dans les parties rurales du pays qui n'ont pas encore été sécurisées. 13. Le harcèlement sexuel des filles et des femmes est courant dans les lieux de travail. 14. Le principe d'assurer la représentation des femmes dans le processus de pacification et de réunification et au gouvernement n'est pas encore respecté. 15. L'échec de la récente grève des magistrats (qui a duré presque deux mois et qui dénonçait notamment les mauvais salaires payés aux fonctionnaires) risque d'accentuer les violations des droits de ceux qui ont recours aux tribunaux. Particulièrement, le droit à un jugement équitable est souvent violé par des incidents de corruption, le marchandage sur les jugements et la lenteur de l'administration de la justice. 16. Incapacité de respecter l'indépendance de la magistrature. 17. Le manque de respect des droits de l'homme est reflété par l’incapacité du gouvernement à déposer les instruments de ratification des conventions internationales. 18. Les principales violations des droits de l'enfant sont notamment le fait de ne pas enregistrer les bébés à la naissance à travers tout le pays ; 45
le mauvais traitement des enfants accusés d'être des sorciers ; le non respect du programme de démobilisation des enfants soldats, de sorte que ces enfants se retrouvent dans d'autres armées ou sont utilisés comme des esclaves sexuels ; et le fait qu’aucune attention n’est accordée aux droits de ces jeunes filles, ainsi que les problèmes du système successoral qui font que les enfants sont privés de leur héritage légitime à la mort de leurs parents. II. 19. Une culture d’impunité règne à travers tout le pays. Le cas du massacre de retour de Drodro au Katanga n’est qu’un exemple. 20. Le Retard dans l'adoption de la législation pour la mise en oeuvre du Statut de Rome portant création de la Cour pénale internationale que la RDC a ratifié. Cette culture de l’impunité est aussi renforcée par le fait que la RDC a signé un accord bilatéral avec les États-Unis par lequel la RDC s'est engagée à ne pas livrer les citoyens américains à la Cour pénale internationale. 21. Le pillage des ressources naturelles du Congo constitue une violation des droits économiques du peuple congolais. LE PROCESSUS DE PACIFICATION ET DE REUNIFICATION DU PAYS Du point de vue pratique, il n'y a pas eu beaucoup de progrès dans le processus de pacification et de réunification du pays. Il convient de noter les éléments suivants : 1. 2. 3. 4. 5. Actuellement, l'armée n'est pas unifiée. Chaque entité gouvernementale continue de gérer l'administration des provinces qu'elle contrôlait avant la guerre. Certains membres de l'armée n’obéissent qu'aux ordres donnés par leurs anciens seigneurs de guerre. Dans le Nord-Kivu, le Major Bora (qui était l’une des personnes accusées de l'assassinat de l'ancien Président Laurent Kabila et qui s'est évadée de la prison de Kinshasa) a créé une autre milice, qui a commencé une autre rébellion à l’Est. La libre circulation des personnes et de leurs biens n'est pas encore assurée. Le mouvement des personnes et des biens est contrôlé par les dirigeants des soi-disant « composantes », terme utilisé dans la Constitution de transition pour désigner les différents groupes qui constituent le gouvernement de transition, en l'occurence le gouvernement de Joseph Kabila, les groupes rebelles, y compris le MLC (Mouvement pour la libération du Congo), le RCD-N (Rassemblement congolais pour la démocratie National), RCD-ML (Rassemblement congolais pour la démocratie- 46
6. 7. 8. III. Mouvement de libération) et RCD-Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma), l'opposition politique non armée ainsi que la société civile. La corruption et le détournement de fonds publics sont rampants. Il y a eu un retard dans l’exécution du calendrier de mise en œuvre de l’Accord global de toutes les parties et la Constitution de transition. Le manque de collaboration sincère entre les dirigeants des différentes composantes dans la gestion du patrimoine de l'État est un élément qui a contribué au ralentissement du processus de pacification et de réunification. INSTITUTIONS D’APPUI TABAC A LA DEMOCRATIE L'Accord global de toutes les parties de la transition en RDC prévoie la création des cinq institutions suivantes pour appuyer le processus de démocratisation: 1) 2) 3) 4) 5) La Commission électorale indépendante ; L'Observatoire national des droits de l'homme ; La Haute Autorité des médias ; La Commission vérité et réconciliation ; La Commission de l'éthique et de la lutte contre la corruption. Selon l'article 155 de la Constitution de transition, la mission de ces institutions est la suivante : 1) Garantir la neutralité et l'impartialité dans l'organisation des élections démocratiques libres et transparentes ; 2) Assurer la neutralité des médias ; 3) Consolider l'unité nationale par un véritable processus de réconciliation des congolais ; 4) Encourager la pratique des valeurs morales et républicaines. S'agissant de ces institutions, il faudrait noter ce qui suit : 1. 2. 3. Ces institutions ont été établies, mais leur structure et leur mission n'ont pas encore été définies dans par une loi organique. Ainsi, elles ne sont pas encore pleinement opérationnelles. Ces institutions sont politisées, dans la mesure où un grand nombre de leurs membres appartiennent aux soi disantes composantes et non à la société civile comme le prévoit l'Accord global de toutes les parties. Le retard constaté dans le fonctionnement de quatre de ces cinq institutions (il semblerait que la Commission électorale indépendante est sur pied et qu’elle fonctionne) est dû au 47
retard de l’adoption de la loi organique qui doit autoriser leur fonctionnement. Il faut noter que la période de transition doit durer deux ans et que nous sommes déjà dans le septième mois. RECOMMANDATIONS 1. De la situation des droits de l'homme en RDC a) b) c) d) e) f) g) h) i) Demander au gouvernement de redoubler d'efforts pour assurer le respect et la promotion des droits de l'homme en initiant des programmes d'éducation aux droits de l'homme. Demander au gouvernement de mettre en place des tribunaux militaires dans les parties du pays anciennement contrôlées par les rebelles, dans le but de lutter contre l’impunité qui persiste. Demander au gouvernement congolais d'adopter le plus vite possible la loi relative à la mise en oeuvre du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. Demander au gouvernement de faire de la torture une infraction punissable conformément à la Convention contre la torture dont la RDC est signataire. Et que le harcèlement sexuel soit déclaré une infraction au regard de la loi. Demander au gouvernement, conformément à la Convention contre la torture, d’interdire la torture à tous les niveaux de l'administration, et de faire une déclaration reconnaissant la compétence du Comité contre la torture établi au titre de cette Convention. Demander au gouvernement de s'assurer que l'enseignement primaire est gratuit pour tous les enfants. Demander au gouvernement de déposer les instruments de ratification requis des conventions internationales, y compris la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant. Demande au gouvernement de recruter et d’affecter des magistrats à travers tout le pays. Demander au gouvernement de rappeler aux membres des composantes politiques qui sont actuellement impliquées dans les assemblées générales des institutions d’appui à la démocratie. 48
2. De l’accélération du processus de pacification et de réunification du territoire. a) b) c) 3. Demander au gouvernement d'accélérer le processus de réunification de tout le territoire national. Demander au gouvernement de mettre en place un cadre de pacification, y compris la loi régissant l'armée et la police. Demander au gouvernement d'organiser des séminaires de recyclage sur la nouvelle situation politique à l'intention des membres de la police et de l'armée à travers la République. Des institutions d'appui à la démocratie a) b) c) d) e) Demander au gouvernement d'accélérer le processus de mise en place des institutions d’appui à la démocratie. Demander au gouvernement de s'abstenir de tout blocage du processus de mise en place de ces institutions. Demander au Parlement d’accorder la priorité à l'adoption de la loi structurelle de ces institutions. Demandes à tous les pays africains qui ont ratifié le Statut de Rome de décourager les efforts du gouvernement américain qui cherche à les intimider en leur demandant de signer des accords bilatéraux qui les empêchent de livrer des ressortissants américains à la Cour pénale internationale. Demander au gouvernement d’appuyer le travail de la Commission vérité et réconciliation. Fait à Kinshasa, le 12 janvier 2004 Signataires ASADHO (Association africaine pour la défense des droits de l’homme) Amigo NGONDE Funsu, Président Nicole ODIA (signé) CDHC (Campagne pour les droits de l’homme au Congo) Valentin MAKIDI Kombe (signé) OCDH (Observatoire congolais des droits de l’homme) 49
Christian LUFUTA (signé) Guy Joseph IMBANZA (signé) LINELIT (Ligue nationale pour les élections libres et transparentes) Marie Louise BAKAMUBIA (signée) PIDEN (Projet intégré pour le développement des entités nationales) Clovis KADDA (signé) GADERES (Groupe d’action pour la démobilisation et la réinsertion des enfants soldats) Clovis KADDA (signé) FCDD (Femmes chrétiennes pour le droit et la démocratie) Anne Marie MUKWAYANZO (signée) RAF (Réseau de l’Action des femmes) Marie MOSSI (signée) LIGUE DES ELECTEURS Paul SAMPU (signé) Zouzou BUZUNE (signé) APIC (Agence internationale pour la paix et la réconciliation par l’intégration culturelle) Sylvain MBUSA (signé) TOGES NOIRES Gauthier TAUNYA (signé) MUTOMBO (signé) SYNCASS Willy MAKANDA (signé) ACPD Hubert ALUTAS 50
PRINCIPAUX ACTEURS DE LA TRANSITION EXECUTIF LEGISLATIF CHEF DE L’ETAT Vice-Président Commission pour Développement et Infrastructure PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE Vice-Président Commission Sécurité Défense et Politique PRESIDENT DE LA COMMISSION ELECTORALE INDEPENDANTE PRESIDENT DU SENAT Vice-Président Commission Finances et Affaires économiques JUDICIAIRE PRESIDENT DE LA COUR SUPREME INSTITUTION D’APPUI A LA DEMOCRATIE PROCUREUR GENERAL DE LA REPUBLIQUE Vice-Président Commission Affaires sociales et culturelles PRESIDENT DE L’OBSERVATOIRE NATIONAL DES DROITS DE L’HOMME PRESIDENT DE LA HAUTE AUTORITE DES MEDIAS PRESIDENT DE LA COMMISSION VERITE ET RECONCILIATION PRESIDENT DE LA COMMISSION SUR L’ETHIQUE ET LA LUTTE CONTRE CORRUPTION 51

Created 30 juin 2026 · Edited 30 juin 2026