Rapports de Mission

Rapport de la Mission de promotion conjointe au Royaume de Swaziland- 7-11 mars 2016

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RAPPORT DE LA MISSION CONJOINTE DE PROMOTION AU ROYAUME DU SWAZILAND PAR COMMISSAIRE PANSY TLAKULA & COMMISSAIRE SOLOMON DERSSO 07 AU 11 MARS 2016 Présenté à la 59ème Session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, tenue du 21 octobre au 04 novembre 2016, à Banjul, République Islamique de Gambie
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TABLE DES MATIÈRES Remerciements Introduction Termes de référence de la Mission Méthodologie Informations générales sur le Swaziland Déroulement de la Mission 1. Visite de courtoisie au Ministre de la Justice 2. Rencontre avec le Premier Ministre 3. Rencontre avec le Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération internationale …. .. 13 4. Rencontre avec le vice-Premier Ministre 5. Rencontre avec le Chief Justice (Chief Justice) …. .. 15 6. Rencontre avec le Commissaire (Directeur) de la Police …. .. 18 7. Rencontre avec le Commissaire chargés des Services pénitentiaires (Directeur de l’Administration pénitentiaire) 8. Visite de lieux de détention 9. Rencontre avec les responsables de la Commission des droits de l’homme et l’Administration publique /Intégrité du Swaziland 10. Rencontre avec la Commission électorale et de délimitation des circonscriptions 11. Rencontre avec l’Institut des médias d’Afrique australe (Media Institute of Southern Africa- MISASwaziland) 12. Rencontre avec l’Honorable M. Phiwayinkhosi Mabuza, remplaçant le Ministre de l’Information, de la Communication et des Technologies 13. Rencontre avec le Président du Parlement 14. Rencontre avec des ONG, facilitée par l’Assemblée de coordination des Organisations nongouvernementales (CANGO) 15. Visite de courtoisie au Recteur de l’Université du Swaziland 16. Rencontre avec le Directeur des Services de gestion, Ministère de la Fonction publique 17. Rencontre avec des responsables du Comité l national de riposte d’urgence au VIH/SIDA 18. Rencontre avec le Sous-secrétaire du Ministère du Travail et de la Sécurité sociale 19. Rencontre avec des représentants de Syndicats 20. Rencontre avec le Barreau du Swaziland 21. Rencontre avec le Ministre des Ressources naturelles et de l’Énergie 22. Rencontre avec le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies, Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement …. .. 23. Rencontre avec le Ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles 24. Rencontre avec l’Ambassadeur de la Délégation de l’Union européenne au Royaume du Swaziland Observations et Analyse de la Commission Recommandations 3
REMERCIEMENTS La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) souhaite exprimer sa profonde gratitude au Gouvernement du Royaume du Swaziland (Swaziland) pour avoir autorisé cette Mission de promotion, et mis à la disposition de sa délégation toutes les facilités et le personnel nécessaires pour assurer le succès de la mission. La Commission tient à remercier tout particulièrement le Ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles et le personnel de son département , ainsi que le Secrétaire exécutif de la Commission des droits de l’homme et de l’Administration publique/Intégrité , pour les excellentes dispositions prises qui ont permis à la délégation de rencontrer un échantillon représentatif de la société swazie et d’avoir une assez bonne idée de la situation des droits de l’homme dans le pays. La Commission souhaite également remercier tous les représentants des différents départements ministériels, les Organisations non-gouvernementales (ONG), les organismes statutaires indépendants, ainsi que les particuliers qui, malgré un emploi du temps chargé, ont pris la peine de rencontrer la délégation. 4
I. INTRODUCTION 1. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine) a institué, en son article 30, la Commission africaine de l’homme et des peuples (la « Commission »). La Charte est entrée en vigueur le 21 octobre 1986. Les premiers membres de la Commission ont été élus lors de la 23ème Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), devenue l’Union africaine (UA) depuis juillet 1987, et la session inaugurale de la Commission s’est tenue en novembre 1987. 2. Aux termes de la Charte africaine, la Commission a expressément pour mandat de promouvoir le respect des droits garantis par la Charte africaine, de faire le suivi de son application, d’assurer la protection des droits et libertés y énoncés, mais également de l’interpréter et d’émettre des avis sur sa mise en oeuvre. 3. Créée en vertu de l’article 30 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine), la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission), est chargée, aux termes de l’article 45 (1) de la Charte africaine, de promouvoir les droits de l’homme et des peuples, notamment à travers des études et des travaux de recherche, ainsi que des visites dans les États parties afin de recueillir des informations sur les droits de l’homme et des peuples, mais également de formuler des principes et règlements que les États parties peuvent utiliser dans le cadre de la formulation et de la mise en œuvre de leurs politiques et lois en matière de droits de l’homme. 4. En application de l’article 45 (1) de la Charte, les membres de la Commission s’acquittent de la fonction de promotion de la Commission en effectuant des missions dans les États parties à la Charte. Les missions de promotion constituent un volet important des activités de la Commission car elles lui permettent de disposer de données de première main sur la situation des droits de l'homme et des peuples dans les États membres et de nouer des contacts et des liens avec les États membres. 5. Le Royaume du (Swaziland) est partie à la Charte africaine, qu’il a ratifiée le 15 septembre 1995. 6. La Commission a entrepris sa première mission de promotion au Royaume du Swaziland par le biais de l’Honorable Commissaire Pansy Tlakula du 21 au 25 août 2006. 7. La deuxième mission de promotion de la Commission a été effectuée dans le pays, à l'invitation du Gouvernement, du 07 au 11 mars 2016. Les membres de la Commission ayant entrepris cette mission étaient: i. L’Honorable Commissaire Pansy Tlakula, Présidente de la Commission, Commissaire Rapporteure pour la situation des droits de l'homme dans le Royaume du Swaziland et Rapporteure spéciale sur la liberté d'expression et l'accès à l'information en Afrique (la Présidente); et 5
ii. L’Honorable Commissaire Solomon Derso, Président du Groupe de travail sur les Industries extractives, l’environnement et les violations des droits de l’homme en Afrique (Commissaire Dersso). 8. La délégation était assistée par Mme Abiola Idowu-Ojo et Mlle Eva Shemmayah Heza, juristes au Secrétariat de la Commission. II. TERMES DE RÉFÉRENCE DE LA MISSION 9. Les Termes de référence de la mission se présentent comme suit : i. Promouvoir la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (la Charte africaine), et les autres instruments juridiques régionaux relatifs aux droits de l’homme, à travers des échanges de vues et le partage d’expériences avec le Gouvernement du Swaziland et les principaux acteurs intervenant dans le domaine des droits de l’homme; ii. Plaider en faveur de la ratification par le Swaziland des instruments juridiques régionaux et internationaux relatifs aux droits de l'homme qui ne l'ont pas été ; iii. Sensibiliser davantage aux activités de la Commission au Swaziland, notamment auprès des départements ministériels concernés et des Organisations de la société civile (OSC); iv. Recueillir des informations sur certains sujets liés aux droits de l’homme qui préoccupent particulièrement la Commission, notamment, l’abolition en droit de la peine de mort; la prévention de la torture; la situation des droits humains des femmes et des enfants; la liberté d'association et de réunion; l'indépendance du pouvoir judiciaire; les industries extractives; les personnes âgées; les personnes handicapées; et les personnes vivant avec le VIH / SIDA; v. Effectuer des visites de prisons au Swaziland pour déterminer dans quelle mesure les conditions de détention répondent aux normes régionales et internationales, et discuter avec les responsables de l’administration pénitentiaire et d’autres parties prenantes de questions relatives à la détention et aux prisons, ainsi que du travail de la Commission en la matière; vi. Engager un dialogue constructif avec le Gouvernement sur l’importance du droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information en général, avant et après les élections ; vii. Tenir des discussions sur les dispositions législatives et politiques, ainsi que les pratiques relatives à la presse nationale au Swaziland eu égard aux normes régissant la liberté d'expression et l'accès à l'information, en général, et la Déclaration de principes sur la liberté d'expression en Afrique, en particulier; viii. Faire le suivi des recommandations formulées suite à la Mission de promotion effectuée par la Commission au Royaume du Swaziland en 2006; ix. Faire le suivi de la mise en oeuvre des Recommandations de la Commission formulées dans la décision relative à la Communication 251/02: Lawyers of Human Rights c. Swaziland, rendue lors de la 37ème Session ordinaire en 2005; x. S’enquérir de la suite donnée aux Résolutions et Communiqués de presse publiés par la Commission et concernant le Royaume du Swaziland; et 6
xi. Encourager le Gouvernement du Royaume du Swaziland à soumettre ses rapports périodiques en retard, et à participer régulièrement aux activités de la Commission, y compris prendre part aux sessions de cette dernière. III. MÉTHODOLOGIE 10. Au cours de la mission, la délégation a rencontré divers acteurs de haut niveau du gouvernement, des Organisations de la société civile, des médias, des syndicats, ainsi que d’autres parties prenantes impliquées dans la protection et la promotion des droits de l’homme en Swaziland, pour échanger des vues et recueillir les informations nécessaires à la détermination de la situation des droits de l’homme dans le pays, mais également voir comment la Commission pourrait aider l’État à s’acquitter de ses obligations régionales et internationales connexes. 11. La délégation a rencontré les plus hautes autorités du pays, notamment, le Premier Ministre du Swaziland; le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale; Le vice-Premier ministre; le Président du Parlement; le Chief Justice (Président de la Cour Suprême), le ministre de la Justice, le ministre de l'Information, de la Communication et des Technologies; le ministre des Ressources naturelles et de l'Énergie; le Sous-secrétaire du Ministère du Travail; et le Directeur des Services de gestion du Ministère de la Fonction Publique. 12. La délégation a également rencontré différentes institutions nationales, notamment la Police royale du Swaziland, le Chef des Services pénitentiaires de Sa Majesté, la Commission électorale et de délimitation des circonscriptions, la Commission des droits de l'homme et de l'Administration publique / l’Intégrité du Swaziland (SCHRPA) et le Comité national de riposte d’urgence au VIH / sida. 13. En outre, les membres de la mission ont rencontré des représentants de la Délégation de l'Union européenne au Royaume du Swaziland, du Programme des Nations Unies pour le développement, de l'Université du Swaziland, du Barreau du Swaziland et diverses OSC travaillant au Swaziland. 14. La délégation a visité le Centre pénitentiaire de Matsapha, le Centre pénitentiaire pour femmes de Mawelawela et l'École Vulamasango, où des mineurs en conflit avec la loi reçoivent un enseignement, et où ils ont rencontré des membres du personnel de l'administration de la prison. 15. La Mission s’est terminée par un point de presse tenu conjointement avec le Premier Ministre du Swaziland, suivi d’une conférence de presse élargie. IV. INFORMATIONS GÉNÉRALES SUR LE SWAZILAND (a) Bref historique et contexte politique 16. Le Royaume du Swaziland, quelque fois appelé kangwane ou Eswatini, est un État souverain d’Afrique australe. Les peuples qui habitaient le Swaziland étaient des clans d'origine bantoue qui ont émigré vers la région et se sont installés au Swaziland au XVIIIe siècle. Suite à un appel de soutien du souverain, Mswazi, 7
contre les Zoulous, les gouvernements britannique et du Transvaal ont garanti l'indépendance du Swaziland en 1881. 17. L'Afrique du Sud a administré le Swaziland comme protectorat de 1894 à 1899, mais après la guerre des Boers, en 1902, il a été transféré à l'administration britannique. Après avoir été mis à nouveau sous protectorat en 1963, ce territoire est devenu la nation indépendante du Swaziland en 1968. 18. Le 12 avril 1973, le Roi Sobhuza II a publié la Proclamation du Roi n ° 12 de 1973, par laquelle il déclarait assumer le pouvoir suprême dans le Royaume du Swaziland et que tout pouvoir législatif, exécutif et judiciaire lui était dévolu. Cela impliquait également la suspension de la Constitution et l'interdiction des activités politiques concurrentielles, y compris des partis politiques. Le Swaziland a ensuite conçu un système politique appelé le Tinkhundla, faisant du Roi un monarque absolu. 19. Le Roi Sobhuza II, qui a dirigé le pays par décret suite à la suspension de la Constitution, est décédé en 1982, après un règne de 61 ans, ce qui fait de lui le monarque ayant le plus long règne de l'histoire. Une «régence» a été instaurée à sa mort, avec la Reine Dzeliwe Shongwe comme régente chef d'État jusqu'en 1984 quand elle a été déposée par Liqoqo (Conseil national swazi) et remplacée par la Reine Mère Ntfombi Tfwala. Mswati III, fils de Ntfombi, a été couronné roi en 1986. (b) Situation politique actuelle 20. Le Royaume du Swaziland a introduit une nouvelle constitution en 2005 qui en a fait une monarchie constitutionnelle. C’est cette Constitution de 2005 qui est actuellement en vigueur. 21. Les dernières élections se sont tenues le 20 septembre 2013. Le scrutin a été organisé sans la participation de partis politiques, et l’ensemble du processus électoral avait été supervisé par la Commission électorale et de délimitation des circonscriptions. 22. Au plan administratif, le Swaziland est divisé en quatre régions (Hhohho, Lubombo, Manzini, Shiselweni), chacune dirigée par un administrateur nommé par le Roi. Parallèlement à la structure gouvernementale nous avons le système traditionnel, composé du Roi et de ses conseillers, des tribunaux traditionnels et de cinquante-cinq (55) districts sous-régionaux regroupant des chefs traditionnels. 23. Le statut des partis politiques au Swaziland n'est pas clairement défini. En effet, les partis politiques ont été interdits au Swaziland en 1973 par le roi Sobhuza II et cette proclamation n'a pas été abrogée. La Constitution de 2005 ne fait pas mention des partis politiques, mais garantit la liberté d'association et, sur cette base, le Parti démocratique uni a été légalement constitué comme parti politique. 24. Le Swaziland ne dispose pas d’une législation régissant la reconnaissance, la réglementation, le financement ou le contrôle financier des partis politiques. 8
(c) Structure de Gouvernement actuelle Le Chef de l’État 25. L'actuel chef de l'État est Son Altesse Royale, le Roi Mswati III. L’Exécutif 26. Le pouvoir exécutif est entre les mains du Roi qui l'exerce directement ou par l’entremise du Cabinet des ministres. Le Premier ministre, qui préside le Cabinet (Conseil des ministres) et dirige les affaires gouvernementales, est nommé par le Roi, parmi les membres de l’Assemblée, sur recommandation du Conseil Consultatif, et peut être démis de ses fonctions pour incompétence par le Roi. 27. L'Exécutif est composé du Cabinet et des fonctionnaires. Le Cabinet est constitué du Premier Ministre, du Vice-Premier Ministre et de dix-huit (18) autres Ministres. Ils sont responsables de l'élaboration des politiques, de l'administration et de l'exécution des fonctions du gouvernement. Le Roi nomme les Ministres, sur recommandation du Premier Ministre, parmi les membres des deux Chambres du Parlement. Au moins la moitié des ministres sont nommés parmi les membres élus de l’Assemblée. Le Pouvoir législatif 28. Le Parlement bicaméral swazi ou Libandla est composé du Sénat qui comprend 30 sénateurs (10 nommés par l’Assemblée et 20 par le Roi, pour un mandat de cinq ans) et de l’Assemblée qui compte 65 députés (10 désignés par le Monarque et 55 élus au suffrage universel, pour un mandat de cinq ans). Les élections ont lieu tous les cinq ans après dissolution du Parlement par le Roi. Le Pouvoir judiciaire 29. Le système judiciaire du pays est composé des tribunaux de juridiction générale, de la Cour suprême, de la Haute Cour et des tribunaux d’instance et d'autres tribunaux spécialisés, tels que les tribunaux swazis ou coutumiers. Il y a aussi le tribunal du travail et la cour d'appel du travail, qui sont des tribunaux spécialisés dont la compétence se limite aux conflits du travail. Le système judiciaire est dirigé par un Chief Justice (Président de la Cour suprême). 30. Les juges des juridictions supérieures sont nommés par le Roi, sur avis de la Commission des services judiciaires. Les juges peuvent être démis de leurs fonctions par le Roi pour incompétence ou mauvaise conduite, uniquement sur recommandation de la Commission des services judiciaires. Les fonctionnaires des tribunaux swazis, chargés d’administrer le droit et la coutume swazis, sont nommés par le Roi, indépendamment de la Commission des Services Judiciaires. (d) Informations générales sur le Swaziland : Le Territoire et la Population 31. Le Swaziland est un pays sans littoral d’Afrique australe, situé entre le Mozambique et l'Afrique du Sud. Il a un territoire d’une superficie de 17 363 kilomètres carrés, dont 160 est recouvert d'eau. Les principales régions du pays sont Lowveld, Midveld et Highveld. La capitale du pays est Mbabane. Au 1er janvier 2016, la population du Swaziland était estimée à 1 291 298 habitants. 9
32. La majorité de la population du Swaziland est d’ethnie Swazi ethnique, mélangée à un petit nombre de Zoulous et d'Africains blancs, essentiellement d'origine britannique et afrikaner. Cette population comprend également en son sein un petit segment métissé à ces différentes ascendances. Le Swaziland abrite aussi des colons portugais et des réfugiés noirs originaires du Mozambique. 33. Traditionnellement, les Swazis sont des agriculteurs et des éleveurs de subsistance, mais la plupart travaillent aujourd’hui dans l'économie urbaine en pleine expansion ou dans le gouvernement. Certains Swazis travaillent dans les mines en Afrique du Sud. 34. Le Swaziland est une société essentiellement religieuse, le christianisme et la religion traditionnelle swazie étant les religions les plus pratiquées. 82,70% de la population adhère au christianisme, ce qui en fait la religion dominante. Le christianisme au Swaziland est parfois mélangé avec des croyances et des pratiques traditionnelles. La plupart des Swazis attribuent un rôle spirituel particulier à la famille royale swazie. 35. Les langues officielles du pays sont le Siswati (une langue liée au zoulou) et l'anglais. Les affaires publiques et commerciales sont principalement menées en anglais. Les Asiatiques, les Afrikaners, les Portugais, et les noirs Mozambicains parlent leur propre langue. 36. Le Swaziland possède les ressources naturelles suivantes : amiante, charbon, argile, cassitérite, hydroélectricité, forêts, petits gisements d'or et de diamants, pierre de carrière et talc. 670km des terres du pays sont irriguées. 37. Le climat du Swaziland varie du type tropical à celui de proche tempéré. En règle générale, la pluie tombe surtout pendant les mois d'été, souvent sous la forme d'orages. L'hiver est la saison sèche. La pluviométrie annuelle est la plus élevée dans la région du Highveld à l'ouest, avec 1000 à 2000 mm d’eau selon l'année. Plus on avance vers l'Est, moins les pluies sont importantes, la région du Lowveld enregistrant 500 à 900 mm par an. Les variations de la température sont également liées à l'altitude des différentes régions. (e) Ratification des Instruments internationaux/régionaux relatifs aux droits de l’homme 38. Le Swaziland a ratifié les instruments internationaux ci-après, ou y a adhéré : - La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant; Le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo); La Convention de l'Union africaine sur la Protection et l'Assistance aux Personnes déplacées en Afrique ; Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes ; La Convention contre la Torture et les autres Peines ou Traitements cruels, inhumains ou dégradants (CAT); 10
- - 39. La Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale; Convention sur les droits de l'enfant; Le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés; Le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants; La Convention relative aux droits des personnes handicapées; et Le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Le Swaziland n’a pas les instruments internationaux ci-après : - Le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples portant création d’une Cour africaine des droits et des peuples; Le Protocole de Malabo Protocole portant Statut de la Cour africaine de justice et des droits de l’homme ; La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ; La Charte africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance ; Le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort ; le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; Le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la Torture et les autres Peines ou Traitements cruels, inhumains ou dégradants ; la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées; et La Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. V. DÉROULEMENT DE LA MISSION 40. Cette section du rapport résume les points saillants de la série de rencontres tenues avec divers acteurs qui jouent un rôle important dans la promotion et la protection des droits de l'homme et des peuples au Swaziland. Visite de courtoisie au ministre de la Justice 41. La mission a débuté par une brève visite de courtoisie au Cabinet du ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, S.E. M. Edgar Hillary, qui a reçu la délégation. Cette dernière a exprimé sa gratitude pour l'autorisation accordée à la mission et a brièvement évoqué avec le ministre des questions portant sur: i) l'application de la décision de la Commission dans la Communication [Lawyers for Human Rights c. Swaziland]; Et ii) les rapports périodiques dus par le Swaziland en vertu de la Charte africaine et du Protocole de Maputo. Au terme de cette visite, le ministre de la Justice a conduit la délégation au Cabinet du Premier Ministre. Rencontre avec le Premier Ministre 11
42. La délégation a rendu une visite de courtoisie au Premier ministre du Swaziland, S.E. Dr Barnabas Sibusiso Dlamini, avec lequel elle a tenu une réunion de travail. Étaient également présents à cette réunion, le ministre de la Justice et d'autres fonctionnaires, dont le Secrétaire permanent du Cabinet du Premier ministre, le Secrétaire permanent du ministère de la Justice et l’Attaché de presse au Cabinet du Premier ministre, entre autres. 43. Le Premier Ministre a souhaité la bienvenue à la délégation et fait part de l'engagement du Gouvernement à veiller à la réussite de la mission. 44. Dans ses remarques préliminaires, la Présidente de la Commission a informé le Premier Ministre des objectifs de la Mission de promotion, qui comprenaient une évaluation de l'état de la mise en œuvre des obligations du Swaziland au titre de la Charte africaine et le suivi des recommandations et décisions antérieures de la Commission africaine concernant le Royaume du Swaziland. La Présidente a également invité le Gouvernement à ratifier les instruments internationaux et régionaux en matière de droits de l'homme non encore ratifiés et à soumettre ses rapports périodiques en souffrance, conformément aux obligations qui lui incombent en vertu des dispositions de la Charte africaine et du Protocole de Maputo. 45. Le Premier Ministre et les autres fonctionnaires présents ont informé la délégation des efforts déployés par le Gouvernement swazi pour honorer ses obligations, notamment l'inclusion d'une Déclaration des droits dans la Constitution du Swaziland et la création d'une institution nationale des droits de l'homme, à savoir la Commission des droits de l'homme et de l'administration publique / Intégrité. Au cours de la discussion, la délégation a soulevé un certain nombre de questions, notamment sur la liberté d'association, en particulier en ce qui concerne les partis politiques et leur participation aux élections; la peine de mort; l'indépendance du pouvoir judiciaire; la liberté d'expression et la liberté des médias; les droits des femmes et les pratiques culturelles néfastes pour les femmes; et l'espace réservé aux organisations de la société civile et aux autres acteurs non étatiques impliqués dans la promotion et la protection des droits de l'homme au Swaziland. 46. S'agissant de la question de la liberté d'association par rapport aux partis politiques, le Premier ministre a noté que les citoyens swazis se sont prononcés sur la question en décidant que la représentation au Parlement devrait se faire sur une base individuelle et non selon l’appartenance politique. À cet égard, il a noté que tout citoyen peut briguer des élections une fois qu'il a le soutien de dix personnes, donnant ainsi à tous les chances égales de se présenter aux élections législatives, par opposition aux candidats qui pourraient être imposés par les partis politiques. Il a indiqué qu’il s’agit d’un système politique démocratique « propre » au peuple swazi, et bénéficie du soutien de ce dernier. Il a également relevé que les élections sont âprement disputées, comme en témoigne, par exemple, le taux de participation aux dernières élections, qui était de plus de 80%. Il a toutefois ajouté que, malgré ce système politique préféré, il existe des partis politiques et que des personnes appartenant à ces partis participent librement aux élections et ont été élues au parlement, bien que ce soit à titre individuel et non sur la plate-forme des partis politiques. En outre, la question a été posée de savoir pourquoi les acteurs extérieurs continuent de soulever ce point en dépit de l'expression claire de la 12
position du peuple swazi sur les partis politiques, mais aussi de savoir si les partis politiques devraient être imposés au peuple même s'ils n’en veulent pas. La Présidente de la Commission a indiqué que le problème est que, bien qu'aucun modèle de démocratie ne soit prescrit, le Swaziland est partie aux instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l'homme qui garantissent la liberté d'association et le droit de participer aux affaires publiques, y compris par le biais de partis politiques. 47. En ce qui concerne la peine de mort, le Premier Ministre a relevé qu’elle n’est maintenue dans la législation du pays qu’à titre dissuasif car, en pratique, aucune condamnation à mort n'a été prononcée au Swaziland depuis 1982. Il a également fait remarquer que Sa Majesté le Roi gracie presque tous les ans des condamnés à mort, et qu'à cette date, un seul prisonnier restait dans le couloir de la mort après avoir été reconnu coupable d'avoir assassiné vingt-trois (23) femmes. Il a rn outre noté que le ministre de la Justice est membre de l'équipe sur la prérogative royale de clémence. 48. S'agissant de l'indépendance du pouvoir judiciaire, le Premier Ministre a indiqué qu'il y avait effectivement des problèmes sous la présidence du Chief Justice précédent, qui, selon des enquêtes dument menées, était influencé par des forces extérieures. Ce Chief Justice a, par la suite, volontairement rendu sa démission, et un nouveau Chief Justice a été nommé depuis, et investi du mandat de s'assurer que le corps judiciaire s’acquitte de ses fonctions de manière correcte et indépendante. 49. Réagissant à la question sur les rapports périodiques en souffrance, le ministre de la Justice a promis que le Gouvernement du Swaziland soumettrait le rapport dû avant la session ordinaire de la Commission prévue en novembre 2016. Rencontre avec le ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération internationale 50. La délégation a ensuite rencontré le ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération internationale, S.E. Chief Mgwagwa Gamedze, à qui elle a exprimé sa gratitude pour son assistance en facilitant l'autorisation de la Mission. Le Ministre a souhaité la bienvenue à la délégation, et réitéré l'engagement du Gouvernement de ne ménager aucun effort pour assurer la réussite de la mission. 51. Au cours des discussions qui ont suivi, les questions suivantes ont été soulevées : la ratification de certains instruments relatifs aux droits de l'homme; la soumission des rapports d’État périodiques en souffrance; et la clarification du canal de transmission des correspondances adressées à l'État eu égard aux Communications pendantes devant la Commission; et la protection des droits humains des lesbiennes, des gays, des bisexuels, des transsexuels et des homosexuels (LGBTI). 52. À cet égard, le Ministre a fait part de la volonté du Gouvernement de ratifier tous les instruments pertinents relatifs aux droits de l'homme et de soumettre à la Commission son rapport périodique en souffrance. Il a fait remarquer que le Swaziland était en train de finaliser son rapport pour l'Examen périodique universel et que, une fois celui-ci terminé, le Gouvernement prendrait des mesures pour soumettre son rapport d'État périodique à la Commission. Dans ce contexte, il a 13
également évoqué les efforts déployés par le Gouvernement pour équiper la CDH afin de lui permettre d’accomplir efficacement sa mission. 53. En ce qui concerne les personnes LGBTI, le Ministre a noté que les États africains ont pris une position à ce sujet, que le Gouvernement swazi ne peut pas opposer. Toutefois, le ministre a noté que les personnes LGBTI au Swaziland ont accès à des services tels que la santé et l'éducation et ne font pas l’objet de discrimination ou de poursuites. Il a également souligné la nécessité d’éduquer et de sensibiliser la société à accepter l'existence de personnes LGBTI. Sur cette question, la Présidente a informé l'Honorable ministre de la Résolution de la Commission ACHPR / Res. 275 (LV) 14: Résolution sur la protection contre la violence et les autres violations des droits de l'homme commises contre des personnes sur la base de leur orientation sexuelle réelle ou imputée ou de leur identité de genre; expliquant que l’objectif de cette dernière est d'interdire la discrimination et la violence contre les personnes LGBTI. Rencontre avec le vice-Premier Ministre 54. La délégation a rencontré le vice-premier ministre, S.E. Sénateur Paul Dlamini, à son cabinet. Dans ses propos liminaires, la délégation a relevé que l'Unité de coordination des questions de sexo spécificité était installée dans les locaux du Cabinet du Vice-Premier ministre et, à cet égard, a réitéré les obligations du Swaziland en matière de présentation de rapports dans le cadre du Protocole de Maputo. Par la suite, la délégation a demandé des informations sur les derniers développements concernant certains sujets de préoccupation liés au genre au Swaziland, notamment, l’égalité des sexes et les pratiques culturelles ; le mariage d'enfants; ainsi que les femmes et l'héritage. 55. Dans sa réponse, le vice-premier ministre a relevé et affirmé l'importance de respecter les obligations du Swaziland en matière de présentation de rapports au titre du Protocole de Maputo. En ce qui concerne la question du genre dans le Royaume, il a indiqué que des progrès significatifs ont été accomplis, mais que les croyances et pratiques culturelles continuent de poser des problèmes, y compris la perception que les femmes ont d'elles-mêmes par rapport aux hommes. Il a indiqué que les femmes se considèrent généralement inférieures aux hommes et qu'elles ne s'expriment donc pas librement dans des rencontres communautaires impliquant des hommes et sont très faiblement représentées au Parlement, surtout depuis les dernières élections, et pour des raisons inexpliquées, une seule candidate a été élue au Parlement, en dépit des campagnes de sensibilisation menées par le gouvernement pour encourager l'élection des femmes. 56. S’agissant de la droite successibilité des femmes, la délégation a appris que le mélange de la culture traditionnelle et des idéaux occidentaux complique la question. En effet, selon le vice-premier ministre, dans la culture traditionnelle, la famille élargie décidait de la succession des biens de l'homme décédé et que, sous ce système, une veuve pouvait prendre en charge les biens de son mari, mais que les idéaux occidentaux ont introduit la notion de partage égal des biens. Il a également noté que la question de l'héritage reste exacerbée par le fait que les jeunes femmes célibataires ne peuvent pas hériter de biens et a indiqué que son Cabinet continuait à travaillait sur cette question. 14
57. En ce qui concerne le régime foncier, la délégation a été informée que la terre est détenue par le Roi et partagée entre les Chefs, et que, pour des raisons culturelles, il n'existe pas de Chef femme. 58. S'agissant de l'acquisition de biens par des femmes, le vice-premier ministre a reconnu la pratique actuelle selon laquelle les femmes doivent acquérir des biens par l'entremise d'un parent de sexe masculin en raison du fait qu’elles ne peuvent acquérir directement des terres, et a indiqué que son Cabinet a mis en place des programmes visant à promouvoir l’égalité des chances pour les femmes. 59. Même si le Premier ministre a considéré comme une chance pour son cabinet le fait que la Reine Mère se fait le chantre de l'autonomisation des femmes, il a noté que le système électoral qui implique une représentation directe, et exige donc que les candidates féminines fassent campagne elles-mêmes, semble avoir pour effet de les désavantager. En ce qui concerne la protection des femmes contre la violence sexiste, la délégation de la Commission a fait remarquer que le projet de loi sur les infractions sexuelles et la violence conjugale était en instance d’examen depuis dix ans au Parlement et a voulu savoir son état actuel. Dans sa réponse, le vice-premier ministre a informé la délégation que le projet de loi avait été finalisé et devrait être adopté par l'actuelle 10ème législature. 60. Concernant les mutilations génitales féminines (MGF), la délégation a appris que cette pratique n’a pas cours au Swaziland, mais qu'en attendant l'adoption du projet de loi sur les infractions sexuelles et la violence conjugale, le gouvernement avait mis en place un certain nombre de programmes destinés à lutter contre toutes formes de violence à l'égard des femmes, notamment par la création d'un Guichet unique qui traite de ces abus. 61. S'agissant de la question du mariage d’enfants et des grossesses précoces, la délégation a été informée que ces phénomènes restent un sujet de préoccupation majeure au Swaziland, et sont fréquents chez les enfants orphelins et vulnérables. Il a également été noté que des programmes et activités ont été élaborés pour apporter assistance et protection à ces enfants vulnérables et que, si l'accent avait été mis auparavant sur la petite fille, les programmes ont par la suite été étendus aux garçons afin d'assurer une résolution globale du problème. La délégation a également été informée de l’existence d’un projet de loi, à savoir la loi de 2012 sur la protection et le bien-être des enfants, qui interdit les mariages d'enfants, ainsi que de l’organisation de formations et de séminaires à l’intention des fonctionnaires judiciaires afin de les aider à mieux gérer le problème du mariage d’enfants. 62. En conclusion, le vice-premier ministre a souligné que le principal défi à relever était la désintégration de la famille nucléaire, d’autant que seules 23% des familles étaient mariées. 63. En conclusion, la délégation a demandé des statistiques sur la représentation des femmes au gouvernement, ainsi que la liste des programmes actuellement en place et axés sur l'intégration de la dimension genre. 15
Rencontre avec le Chief Justice (Président de la Cour suprême) 64. La délégation a été reçue par le Chief Justice, l’Honorable juge Bheki Maphalala. Un exposé a été fait sur le mandat de la Commission, ainsi que sur les objectifs de la mission, notamment s'enquérir de la suite donnée aux problèmes soulevés lors de la précédente mission en 2006 concernant l'indépendance de la magistrature au Swaziland. 65. La délégation a notamment demandé des renseignements sur les efforts que déploie le Gouvernement pour répondre aux allégations de corruption dans le corps judiciaire; l'indépendance de la magistrature ; les recrutements dans la magistrature; les arriérés d’affaires judiciaires ; la détention provisoire; et la séparation des pouvoirs. L'échange avec le Chief Justice a mis en lumière la pléthore de défis institutionnels, éthiques et techniques qui affligent le système judiciaire et l’administration de la justice dans le Royaume. 66. En ce qui concerne les allégations de corruption au sein de la magistrature, le Chief Justice a noté qu'avant sa nomination en mai 2015, le corps judiciaire connaissait certaines difficultés, qui avaient engendré une animosité entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, et conduit à l’ouverture d'une enquête sur les allégations de malhonnêteté dirigées contre l'ancien Chief Justice et à son renvoi subséquent sur recommandation de la Commission des services judiciaires. 67. En réponse à la question de savoir si la corruption dans le système judiciaire sous la présidence de l'ancien Chief Justice était à l'échelle de l'institution, la délégation a été informée que l’unique cas de corruption signalé impliquait l'ancien Chief Justice, l’ancien ministre de la Justice et un juge de la Haute Cour, et que suite à la Commission d'enquête établie par le Roi pour se pencher sur ses allégations, le Chief Justice et le ministre de la Justice ont été démis de leurs fonctions et le juge de la Haute Cour a été suspendu. 68. En ce qui concerne l'indépendance du corps judiciaire, le Chief Justice a déclaré que le pouvoir judiciaire au Swaziland est indépendant dans l'exercice de son mandat et qu'il n'y a pas d'ingérence de la part du pouvoir exécutif. Il a noté qu'il n'y avait eu qu'un seul cas d'ingérence de l'Exécutif dans le fonctionnement de l’appareil judiciaire en 2002 lorsque le gouvernement a décidé de ne pas appliquer une décision de la Cour suprême et que cet incident avait entrainé la démission de tous les juges de la Cour suprême. Le Chief Justice a indiqué que, depuis cet incident, la magistrature s’acquitte librement de ses fonctions et qu'il n'y a pas d'ingérence dans les affaires judiciaires de la part de l'Exécutif. 69. Au sujet de la nomination des juges, le Chief Justice a noté que l'une des principales clauses de la Constitution de 2005 était d’arrêter progressivement la nomination des juges étrangers. Il a indiqué que cette disposition s’explique par le fait qu'au départ, tous les juges de la Cour suprême étaient des juges sud-africains blancs à la retraite et qu’un changement avait été opéré à la fin des années 2000, en faveur de l'emploi de juges originaires des pays du Commonwealth sur le continent africain. Le Chief Justice a également noté qu'après sa prise de fonction, tous les juges étrangers de la Cour suprême qui avaient dépassé l’âge de la retraite ont été mis à la retraite, conformément à la Constitution. 16
70. Par ailleurs, le Chief Justice a indiqué qu'il y avait une pénurie de juges, et qu'il s’efforçait de constituer un collège permanent de juges locaux pour la Cour suprême avant sa première audience prévue en mai 2016. Il a déclaré que d’ordinaire, la Cour suprême ne siège que deux fois par an; en mai et novembre. Toutefois, en raison du grand nombre d’arriérés d’affaires judiciaires, il a proposé que la Cour suprême siège tout au long de l'année. 71. En ce qui concerne les affaires en souffrance devant les tribunaux, le Chief Justice a attribué le problème à un certain nombre de contraintes auxquelles l’appareil judiciaire est confronté. Il a indiqué que le système judiciaire ne dispose pas de ressources financières suffisantes, notamment pour assurer une formation juridique continue aux juges, ce qui nuit à la qualité de la justice rendue. 72. Tout en admettant que les affaires en souffrance constituaient effectivement un problème sérieux pour le système judiciaire, il a expliqué que cette situation était due à l’insuffisance du nombre de juges dans le pays, puisqu'il n'y avait auparavant que deux à trois juges pour la Haute Cour, et en début 2015, six (6) pour l'ensemble du pays, ce qui fait que certains dossiers sont en souffrance depuis 1994 pour les affaires civiles et 2000 pour les affaires pénales, et que des milliers de cas sont concernés. Il a en outre noté qu'il avait demandé et obtenu du Pouvoir Exécutif quatre (4) postes supplémentaires, portant le nombre de juges à dix (10), depuis la fin de 2015. Toutefois, selon lui, ce nombre reste inférieur au minimum exigé par la Constitution, à savoir quinze juges. La délégation a également été informée qu'il y avait vingt (20) magistrats pour l'ensemble du pays, couvrant quatre (4) régions ; un effectif qui était également insuffisant. 73. Un autre défi que le Chief Justice a évoqué est le manque d'indépendance institutionnelle de la magistrature. Il a fait remarquer que, même si la Constitution prévoit son indépendance administrative et financière, dans la réalité, l’ordre judiciaire n’est pas maître de son destin. Ainsi, le corps judiciaire ne peut pas créer de nouveaux postes de sa propre initiative. Au contraire, les nouveaux postes que le Chief Justice cherche à pourvoir nécessitent l'autorisation de l'Exécutif, ce qui empêche le recrutement de nouveaux juges. Il a informé la délégation qu'il attendait l'approbation de la demande faite en octobre 2015 concernant le pourvoi de cinq postes pour la Haute Cour, sept pour la Cour suprême, trois pour le tribunal du travail et cinq pour la cour d'appel du travail. 74. De même, le Chief Justice a souligné que le pouvoir judiciaire n'avait pas d'indépendance financière. Au lieu de présenter son propre budget directement au ministre des Finances, le pouvoir judiciaire soumet son budget au ministre de la Justice et, par conséquent, n’avait aucune prise sur son propre budget. La délégation a également appris que le corps judiciaire s’est vu allouer le faible montant dans le budget adopté par le Parlement en mars 2016, ce qui est révélateur du niveau de priorité accordé par le gouvernement à l'administration de la justice, et a de graves conséquences pour la lutte contre les crimes et l’application de la justice. 75. Par ailleurs, la délégation a appris qu'il n'existait pas de collège de juges permanent pour la Cour d'appel du travail et que, de ce fait, les juges de la Haute Cour devaient siéger en qualité de juges intérimaires de la cour d'appel du travail, ce qui 17
augmentait le nombre d'affaires en souffrance devant la Haute Cour. En outre, les juges de la Haute Cour statuent sur les recours formés contre les décisions des Tribunaux d’instance. Au regard de ce qui précède, fait observer le Chief Justice, les juges de la Haute Cour étaient en réalité submergés, contrairement à la perception selon laquelle qu'ils ne travaillent pas. 76. Le Chief Justice a informé la délégation de défis similaires, notamment la pénurie grave de magistrats et les arriérés d’affaires devant les tribunaux d’instance. En effet, il n’y a que 22 magistrats pour tout le pays. 77. Le Chief Justice a souligné la nécessité pour le Conseil des services judiciaires d’assurer le recrutement des postes requis dans le corps judiciaire, au lieu dépendre de l'Exécutif, comme c’est le cas actuellement. En ce qui concerne la qualité des recrues, la délégation a appris que les fonctionnaires judiciaires sont mal payés, et que pour cela, il est difficile d'attirer et de recruter les candidats les plus qualifiés et les plus compétents en raison des mauvaises conditions d'emploi. 78. Une autre question évoquée par le Chief Justice concernant l'arriéré judiciaire est le manque de salles d'audience. La délégation a appris que la Cour suprême, le Tribunal du travail et la Cour d'appel du tribunal de travail partagent les mêmes locaux que la Haute Cour, situés dans le cabinet du Chief Justice. En conséquence, les différents tribunaux sont obligés d’utiliser les salles d'audience existantes à tour de rôle et, pour résoudre ce problème, le Chief Justice a demandé à l’Exécutif de dégager des fonds pour la construction de bâtiments séparés pour les différentes juridictions. Il a également été noté que les tribunaux d’instance ont besoin de salles d'audience supplémentaires. 79. Dans le cadre des efforts déployés pour remédier à l'arriéré des cas de détention provisoire, la délégation a appris que, dès sa prise de fonction, le Chief Justice a entamé des procédures pour leur libération et pour promouvoir la culture de la justice, notamment le principe constitutionnel de la présomption d'innocence. Il a également informé la délégation qu'il n'existait actuellement aucun détenu ou prisonnier politique dans le pays. 80. Enfin, sur la séparation des pouvoirs et l'indépendance de la magistrature relativement au pouvoir décisionnel ultime du Roi sur les trois branches du gouvernement, la délégation a été informée que, dans la pratique, le Roi s'appuie sur les avis des trois branches du gouvernement et que, par conséquent, ses décisions sont prises après consultation des parties concernées. En ce qui concerne la question connexe de la Directive de 2011 mettant le Roi à l’abri de toutes poursuites, et en vertu de laquelle toutes les actions impliquant le Roi sont non recevables, la délégation a appris que cette mesure n’émanait pas du Roi, ni du Conseil des services judicaires, mais plutôt de l’ancien Chief Justice, et que le Roi n'a besoin d’aucune directive pour être protégé, l’étant déjà par la Constitution. La délégation a en outre appris que la compatibilité de la Directive avec la Constitution était en train d’être examinée. 18
Rencontre avec le Commissaire (Directeur) de la Police 81. La délégation a rencontré le Commissaire national de la Police royale du Swaziland, M. Isaac Mmemo Magagula en présence d’autres hauts responsables de la police, au siège de l’institution. 82. Après les remarques préliminaires expliquant l'objet de la mission de la Commission, la délégation a demandé à connaitre les progrès réalisés par la police depuis la dernière mission de promotion de la Commission dans le pays en 2006, ainsi que des défis qu’elle rencontre dans l'application et la protection des droits de l'homme et des peuples au titre de la Charte africaine. La délégation a notamment posé des questions, sur les efforts menés pour combattre la torture et les brutalités policières dans le pays, le cas échéant, et assurer réparation aux victimes; les mesures prises pour dispenser une formation en matière de droits de l'homme à la police; la détention provisoire; et les mesures prises pour réaliser l'équilibre des sexes au sein de la police. 83. Le Commissaire de la police a informé la délégation que des efforts considérables étaient déployés pour assurer que les activités de maintien de l'ordre sont menées dans le respect des droits constitutionnels et conformément aux lois applicables, mais qu'en réalité certains cas nécessitaient l’usage de la force pour garantir la sécurité, l'ordre public dans le pays. Il a indiqué que la police avait subi une transformation profonde depuis la dernière mission de promotion, et qu’il ne restait qu’à la professionnaliser. En ce qui concerne les questions liées au genre, la délégation a appris que les femmes sont activement présentes dans les services de police et que leur nombre a augmenté, en atteste le fait que le Directeur adjoint et remplaçant potentiel du Commissaire de la Police, soit une femme. En outre, il a été signalé qu'un agent sur trois dans l'échelon supérieur de la police est une femme, et que les femmes occupent 4 des 9 portefeuilles stratégiques de la haute direction de la police. 84. En ce qui concerne la formation aux droits de l'homme, la délégation a été informée que le programme de formation de l'École de police comprenait une composante droits de l'homme et que, en général, toutes les formations policières ont un contenu relatif aux droits de l'homme. Il existe également des formations spéciales axées sur la place des droits humains dans l’action policière. 85. S'agissant spécifiquement de la torture, il a été noté que, même si des allégations de cette nature sont de plus en plus fréquentes, une telle pratique n'est pas jugée acceptable et ternit l'image de la police. En conséquence, il existe des politiques, des instructions et des formations pour la police, lesquelles mettent toutes en avant le caractère inacceptable de la torture, et la police est sensibilisée et formée sur la façon de traiter les suspects, en mettant l'accent sur la «philosophie de l'enquête avant l’arrestation », selon les circonstances de chaque cas. Ce principe exige la collecte et la compilation de l’information, contrairement à l'obtention de l’aveu sous la contrainte. Il a également été indiqué que de solides formations étaient dispensées à l’École de police sous la forme de modules de courte durée centrés sur la torture. 19
86. Le Commissaire de la police a néanmoins reconnu que certaines conditions influent sur la conduite de la police dans le traitement des suspects. Il en a cité trois, à savoir la propension à obtenir des éléments de preuve au moyen de l’interrogatoire, dans les cas où la police n'a pas recueilli ses propres informations, le stress et le manque de professionnalisme. 87. En ce qui concerne les mécanismes de traitement des allégations de torture, la délégation a été informée que la procédure consistait à enquêter sur les allégations par les soins de l'unité de discipline et d’enquêtes internes , après quoi l’affaire serait renvoyée à l’Unité de Discipline et d’Enquêtes du Bureau du Directeur des poursuites pénales (DPP). Si l’enquête conclut à la responsabilité du mis en cause, ce dernier pourrait faire l’objet d'une sanction professionnelle et / ou d'inculpation devant les tribunaux et encourt, sur déclaration de culpabilité, la radiation de la police, selon le cas. Il a toutefois été noté qu'il n'y avait d'entité indépendante chargée de conduire ces enquêtes, mais plutôt des enquêtes dirigées par la police, souvent suspectes, en fonction de l’issue. En revanche, il a fait observer que la mise en place d’une entité indépendante aurait des conséquences financières. 88. En réponse à la question de savoir s'il existe des mécanismes indépendants de vérification par les OSC, la délégation a été informée que si le phénomène était d’une grande ampleur, le Premier ministre ordonnerait une enquête indépendante pour veiller à ce que justice soit faite. En outre, les particuliers, en droit, peuvent initier des enquêtes et des poursuites privées en vertu du code pénal, sous réserve de l'autorisation des autorités compétentes. La délégation a en outre appris que les ONG, y compris étrangères, et autres acteurs de la société civile sont autorisés à visiter les lieux de détention, et que la Commission des droits de l'homme et de l'administration publique / Intégrité (SCHRPA) peut également mener des enquêtes indépendantes et demander des informations à la police. 89. La délégation a également été informée qu'il existait une Unité de soutien aux victimes et que la loi prévoyait une indemnisation pour les cas établis de torture ou d'atteinte aux droits des suspects ou des détenus. Le Commissaire de la police a conclu sur ce point en informant la délégation que la police jouit d'une certaine confiance du public, mais qu'il y avait beaucoup d’améliorations à faire. 90. La discussion a également fait ressortir certaines des questions relatives aux droits de l'homme impliquant la police. Il s'agit de la corruption, de la torture, du recours excessif à la force et de la brutalité policière. Le problème de redevabilité pour ces violations a également été soulevé. À cet égard, la délégation a appris que les cas pareils mettaient trop de temps à être finalisés en raison du grand nombre de dossiers en souffrance devant les tribunaux et qu'il y avait à ce moment-là soixantecinq (65) affaires connexes en instance, ce qui a pour effet d’encourager l'impunité. 91. La délégation a partagé avec le Commissaire de la police sur le travail de la Commission concernant l'interdiction et la prévention de la torture, notamment les Lignes directrices et mesures relatives à l'interdiction et à la prévention de la torture, des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Lignes directrices de Robben Island Guidelines) et les Lignes directrices sur les conditions d'arrestation, de garde à vue et de détention provisoire. Le Commissaire de la police s'est félicité de l'information fournie et a exprimé le souhait de recevoir ces instruments de 20
sensibilisation qui pourraient être utilisés pour compléter la formation de la police. S'agissant de l'adoption d'une législation nationale pour l'interdiction et la prévention de la torture, il a fait observer que le Swaziland a ratifié la Convention contre la torture, mais qu’il ne savait pas si cet instrument avait été incorporé dans le droit interne, vu qu’il y a souvent une lacune entre la ratification des traités internationaux pertinents relatifs aux droits de l'homme et leur transposition. Il a toutefois indiqué que le pays était en train de rédiger une loi anti-torture. 92. En ce qui concerne la détention provisoire et les conditions de détention, la délégation a été informée que les prévenus et les prisonniers mineurs étaient séparés des adultes; les criminels endurcis des délinquants primaires; et les criminels hommes des femmes. Il a également été noté que si certains des établissements pénitentiaires et autres centres de détention étaient de normes coloniales, d’autres remplissaient les normes internationales. 93. Enfin, répondant à une question sur la peine de mort, le Commissaire de la police a informé la délégation que, même si cette disposition figurait encore dans le code des lois du Swaziland, elle n'est pas, ni ne sera, appliquée, le pays étant une nation civilisée qui a abandonné cette pratique archaïque. Rencontre avec le Commissaire chargés des Services pénitentiaires (Directeur de l’Administration pénitentiaire) 94. La délégation a été reçue par le Commissaire général, M. IM Ntshangase, en présence du Commissaire général adjoint, Mme PM Dlamini, et d'autres hauts fonctionnaires des Services pénitentiaires de Sa Majesté. 95. Dans son exposé, le Commissaire général a noté que les Services pénitentiaires de Sa Majesté, sont mandatés par la loi sur les prisons (1964), de même que la Constitution du Swaziland (2005), d’assurer avec efficacité et efficience la sécurité, la réadaptation et la réinsertion sociale des délinquants, ainsi que des services pénitentiaires communautaires. En ce qui concerne la composition des Services pénitentiaires, le Commissaire général a fait remarquer que le pays compte seize (16) structures pénitentiaires , dont quatorze (14) établissements pénitentiaires, un (1) collège et un (1) siège social. L’Administration pénitentiaire dispose d’un effectif de deux mille dix-neuf (2019) agents. Au total, trois mille trois cent soixante neuf (3 369) délinquants séjournaient dans les établissements pénitentiaires, bien que la capacité réelle de ces structures soit de deux mille huit cent trente-huit (2 838) détenus. 96. En ce qui concerne le traitement des détenus, la délégation a appris que ces derniers reçoivent trois (3) repas équilibrés par jour, bénéficient de conditions de logement raisonnables avec de l'eau chaude, des matelas et des lits, ainsi que des couvertures et des uniformes. Ils disposent également d'installations médicales et sanitaires, vu que tous les centres pénitentiaires ont des cliniques qui fonctionnent 24 heures par jour, 7 jours par semaine, avec des infirmières qualifiées et des médecins de département, les cas compliqués étant référés aux hôpitaux publics. Les détenus sont autorisés à recevoir la visite de leurs parents et autres proches et ont accès à l'information et à la communication, notamment au moyen de cabines téléphoniques, de téléviseurs, ainsi que par l'envoi et la réception de lettres. Ils 21
suivent des programmes de réinsertion axés sur l'éducation formelle et la formation professionnelle, notamment la construction, la soudure, le câblage électrique, la peinture et l'agriculture. 97. La délégation a également appris que les jeunes délinquants fréquentent la même école que les enfants du personnel pénitentiaire; ils portent des uniformes scolaires normaux et non des uniformes de la prison à l'école, alors que leurs enseignants portent des vêtements civils; et que leurs performances scolaires sont très bonnes. 98. La délégation a en outre été informée que des peines de substitution sont appliquées pour les délinquants primaires et secondaires, lesquels bénéficient d’aménagements raisonnables pour leur travail et leur emploi du temps scolaires. La délégation a par ailleurs appris l’existence d’un programme de réconciliation des victimes et des délinquants et de réinstallation des ex-condamnés, une pratique louable qui imprègne des approches traditionnelles africaines utiles au système de justice pénale. 99. Parmi les défis auxquels les Services pénitentiaires sont confrontés, on peut citer la pénurie de professionnels, l’insuffisance d’équipements opérationnels, les contraintes budgétaires, le manque de possibilités de formation ainsi que la surpopulation carcérale. 100. La délégation a ensuite sollicité de la part des autorités pénitentiaires des informations et éclaircissements concernant les prisonniers condamnés à mort et l'application de la peine de mort; les cas d'aveux forcés et le recours à la torture; et les installations pour les soins de santé et le bien-être des détenus, y compris les actions de prévention, de traitement, de prise en charge et de soutien en matière de VIH / SIDA. 101. L’Administration pénitentiaire a informé la délégation que sur une population carcérale totale de trois mille cinq cent dix (3 510) délinquants, seuls deux cent cinquante-cinq (255) étaient des femmes. Elles sont détenues dans une prison d’une capacité d’accueil de 120 détenus. Sur la population totale de femmes détenues, 57 sont des condamnées. La délégation a appris que le pourcentage de détenues femmes vivant avec le VIH / sida s'établissait à 68%, ce qui est beaucoup plus élevé que le pourcentage de détenus de sexe masculin. 102. Il a été noté qu'en raison du grand nombre d’affaires judiciaires en souffrance devant les tribunaux, les dossiers de nombreux prévenus, environ huit cents (800), étaient pendants devant la justice, ce qui contribuait à l’engorgement des prisons. Cependant, il a été indiqué que des efforts étaient déployés pour décongestionner les prisons, notamment en élargissant les établissements et en recourant à des peines alternatives. À cet égard, il a été signalé qu'une demande avait été faite au gouvernement de construire un centre supplémentaire à Lubombo, et qu’un projet de loi sur les services pénitentiaires avait été déposé devant le Parlement, lequel donnerait une plus grande marge de manœuvre pour l’application de peines de travail d’intérêt général, ce qui permettrait ainsi de remédier à l’engorgement des prisons. 22
103. S'agissant des prisonniers condamnés à mort et de la peine capitale, la délégation a été informée qu'il n'y avait qu'un (1) détenu dans le couloir de la mort, le Roi ayant gracié les autres condamnés à mort et leur peine commuée en prison à vie. 104. Concernant le VIH / sida en milieu carcéral, la délégation a été informée que le taux des personnes vivant avec le VIH dans les prisons était légèrement supérieur à 50% (50%) par rapport à la population carcérale, et que cela fait peser un lourd fardeau sur les établissements pénitentiaire. Le dépistage s'effectue à l'admission en milieu carcéral au moyen d'un test volontaire et d'un counselling approprié. 105. En outre, en ce qui concerne les droits de visite, la délégation a appris que les journalistes et les ONG pouvaient se rendre dans les prisons, mais sous réserve d’arrangements préalables avec le Service des relations publiques des prisons, pour des raisons de sécurité. Visite de lieux de détention 106. Par la suite, la délégation s'est rendue dans certains lieux de détention, notamment, le Centre pénitentiaire de Matsapha, le Centre pénitentiaire pour femmes Mawelawela et l'École Vulamasango, où sont formés des mineurs en conflit avec la loi, et où ils ont rencontré des membres du personnel de l'administration pénitentiaire, ainsi que des prisonniers. La délégation était accompagnée du Commissaire général adjoint, Mme P.M. Dlamini et d'autres hauts fonctionnaires de l’administration pénitentiaire. Cette section du rapport fait la synthèse des observations de la délégation. Centre pénitentiaire Matsapha 107. La délégation a visité le Centre pénitentiaire de Matsapha, situé à Manzini, et a entendu un exposé du Responsable adjoint, M. Musawenkhosi Shongwe (Surintendant principal). 108. Ce dernier a indiqué à la délégation que Matsapaha est la prison de sécurité maximale qui reçoit les délinquants adultes au Swaziland; sa capacité d’accueil maximale est de 550 détenus. Il a ajouté que la prison renferme au total 864 détenus, dont 126 détenus à sécurité maximale. La délégation a été informée que les détenus sont classés à l'admission selon l'âge, le crime commis et qu’ils soient fumeurs ou non-fumeurs. Il a également indiqué que, en plus des Agents pénitentiaires, le personnel comprenait un psychologue du développement et un aumônier. Il a relevé que l'établissement offre des services éducatifs, du niveau de base au niveau tertiaire, de formation professionnelle pour les compétences de la vie, dont le travail des métaux, et la menuiserie, entre autres. 109. Pendant la visite, la délégation a inspecté physiquement les installations de la prison et a constaté que, en dépit d'un surpeuplement apparent, l’établissement contient de cellules dont l’état physique était assez bon en plus d’être propres. Les détenus ont accès à l’eau courante, à l’intérieur comme à l’extérieur des cellules. La prison dispose d’un registre officiel où sont consignées les informations de base des détenus, d’un centre médical avec 1 médecin et 3 infirmières, qui semblait plutôt étroit par rapport au nombre de détenus, d’une bibliothèque, et d’une boutique 23
vendant des articles essentiels aux détenus à des prix raisonnables. Parmi les autres installations de la prison figurent la cuisine, où sont préparés les repas (y compris les régimes spéciaux) servis aux détenus trois fois par jour, les unités d'acquisition de compétences, notamment une boulangerie et un conservatoire de musique, en plus d’offrir des services de soins physiques, psychologiques et spirituels aux détenus. 110. Par ailleurs, la délégation a appris qu'il existe une procédure de règlement des griefs destinée à répondre aux allégations et préoccupations des détenus, en organisant des rencontres hebdomadaires avec ces derniers ou en tant que de besoin. Cette procédure est supervisée par un comité de griefs composé de l'assistant social, de l'aumônier et d’un haut fonctionnaire de la prison, et les détenus peuvent demander l’enclenchement de la procédure en déposant une demande par le biais du cahier de demandes ou de l’officier responsable, ou après avoir purgé leur peine. 111. En ce qui concerne la situation du VIH / SIDA dans la prison, la délégation a appris que la maladie y constitue un problème réel. Les services de santé offerts dans l’établissement répondent aux normes de l'OMS, les antirétroviraux y sont distribués, et les détenus nouvellement admis subissent des tests de dépistage pour le VIH, la tuberculose et d'autres maladies infectieuses, ce qui aide à ralentir la pandémie. Il a également été signalé que tous les produits essentiels sont disponibles, et font l’objet de suivi par le ministère de la Santé, bien que les préservatifs n’y soient pas distribués. Les détenus bénéficient également de services de dépistage, de suivi et de traitement pour d'autres maladies mortelles, notamment le diabète et l'hypertension. En outre, la délégation a appris que la prison n’avait connu qu'un seul cas d’épidémie dans le passé. 112. En ce qui concerne les défis qui se posent dans la prison, la délégation a appris que l'administration pénitentiaire est confrontée à deux problèmes, la contrebande d'objets interdits, y compris les objets tranchants, et le «gangstérisme». 113. L'entretien privé que la délégation a eu avec un prisonnier, M. Boisi Gama, a fait ressortir certains sujets de préoccupation pour les détenus. M. Gama a informé la délégation que le traitement réservé aux détenus dépendait de leur comportement. Par exemple, quiconque viole les règles de la prison, comme le fait de se livrer au «gangstérisme», est séparé de la population générale et placé dans une cellule isolée. Il a indiqué à la délégation qu'il étudiait et s'était inscrit aux programmes d’éducation et de formation professionnelle offerts dans la prison, et avait réussi ses examens externes. L'une des préoccupations qu'il a soulevées concerne le fait que les détenus qui ont été réhabilités et qui réagissent positivement au programme ne soient pas séparés des criminels endurcis. Il s'est également plaint du gangstérisme dans la prison, qui entrave les programmes de réinsertion. Sur un plan personnel, il a déclaré qu'il avait avide de conseils psychologiques. Bien que sa condamnation à mort ait été commuée en prison à vie en 2001 et que les condamnés à perpétuité purgent une peine de 25 ans aux termes de la nouvelle Constitution (2005), il ne pourrait être libéré qu'à l'âge de 75 ans, vu qu’il devrait purger la totalité des 25 ans, en plus du temps qu'il avait déjà passé dans la prison. 114. Un membre de la délégation de la Commission des droits de l'homme et de l'Administration publique / Intégrité du Swaziland (SCHRPA) s'est engagé à suivre la question auprès du ministère de la Justice. 24
Centre pénitentiaire pour femmes de Mawelawela 115. Au cours de la visite de la délégation au Centre pénitentiaire pour femmes de Mawelawela, le Responsable, M. Meshack Simelane (SSP), a noté que le Centre pénitentiaire accueillait 210 détenues femmes alors que sa capacité réelle était de 120 personnes. La population de la prison est composée comme suit : 57 condamnées, 133 adolescentes, 16 prévenues et 3 détenues effectuant des travaux d’intérêt général. Il y avait également 12 enfants avec leurs mères. 116. La délégation a visité les installations de la prison, y compris les quartiers bien entretenus où les détenues dorment, les garderies pour enfants, les centres d'acquisition de compétences, notamment un salon de coiffure, et un atelier de couture où les uniformes des gardiens de la prison sont cousus. 117. En outre, la délégation a, lors de sa visite, pu prendre connaissance de l'état de la prison, des services offerts dans la prison et du traitement accordé aux détenues. Il existe sept différents dortoirs affectés aux pensionnaires selon la nature du crime pour lequel elles ont été condamnées ou retenues. Les détenues ont droit à trois repas par jour et sont bien traitées. Bien que l'âge des détenues varie de 13 à 54 ans, les adolescentes sont séparées des adultes et fréquentent l’école. La prison dispose de divers services, notamment de formations professionnelles ou formelles pour faciliter la réhabilitation des détenues. En ce qui concerne les services de santé, il existe une clinique avec un médecin qualifié et des installations pour la pédiatrie, une infirmerie et une salle de pédiatrie. Le taux de prévalence du VIH / SIDA y est d'environ 68%, mais il existe un programme de prise en charge du VIH qui comprend la fourniture d'antirétroviraux à toutes les personnes vivant avec le VIH / sida et la prévention de la transmission mère-enfant. Ce qui a fait que tous les bébés de la prison sont séronégatifs. Les nouvelles mères se voient accorder 3 mois pour se reposer et allaiter exclusivement leur bébé, alors que les enfants sont autorisés à rester avec leur mère jusqu'à l'âge de 3 ans. Le Phalala Medical Referral Fund, un fonds dédié au financement des soins médicaux mis par le gouvernement à la disposition des citoyens swazis, est également accessible aux détenues et, au besoin, elles peuvent bénéficier de soins médicaux à l'étranger par le biais du fonds. Les détenues condamnées sont autorisées à recevoir des visiteurs le week-end, alors que les prévenues peuvent en recevoir tous les jours. La délégation a, toutefois, appris qu'il n'existait pas de structures permettant l'exercice des droits conjugaux et que cette question était abordée, entre autres, par la loi n°20 de 2015 sur les services pénitentiaires, qui était en instance d'examen au Parlement. La délégation a également appris que la prison est utilisée pour loger des migrants illégaux et des réfugiés, dans l’attente du traitement de leurs dossiers pour une éventuelle déportation. École Vulamasango 118. Enfin, la délégation a visité l'école Vulamasango à Malkerns, où les mineurs délinquants reçoivent un enseignement. Selon les informations reçues de M. Dan Mavuso, le directeur de l'École, il y avait 470 délinquants mineurs dans l'établissement, composés de garçons et de filles. Les garçons logent dans des dortoirs dans l’enceinte de l'école, alors que les filles sont logées à Mawelawela. 25
Toutefois, l’établissement n’accueille pas de filles enceintes. Il est à noter que l'école est ouverte à toute la communauté et que les jeunes contrevenants se mélangent librement avec les autres enfants, y compris les enfants du personnel pénitentiaire, qui fréquentent la même école sans aucune discrimination entre eux, y compris dans le port d’uniformes scolaires. L'école offre des formations académiques, professionnelles et artistiques. Rencontre avec les responsables de la Commission des droits de l’homme et l’Administration publique/Intégrité du Swaziland (SCHRPA) 119. La délégation s’est également rendue la SCHRPA. Après les remarques liminaires de la chef de délégation sur le rôle de la Commission et l’objet de la visite, M. Masuku, qui a reçu la délégation, en compagnie du Secrétaire exécutif et d’autres membres de la SCHPRA, a fait une brève présentation sur la mission de l’organisme qu’il dirige. Il a informé la délégation que la SCHRPA a été créée en vertu de la Constitution de 2005 et que ses premiers membres ont été nommés en 2009 et le Secrétariat de la SCHRPA n’a été installé qu’en 2015. Les membres de la SCHRPA sont nommés par le Roi sur recommandation de la Commission des services judiciaires, pour les mandants suivants: Commissaire - 5 ans renouvelable une fois; et Commissaire adjoint - 7 ans renouvelable. La SCHRPA était dans l’attente de l'adoption de sa loi habilitante, à savoir le projet de loi sur les droits de l'homme (2011), qui devrait traiter, entre autres, de l'indépendance opérationnelle et financière de la structure. 120. S'agissant de sa mission, la délégation a appris que la Commission reçoit et instruit des plaintes pour violations des droits de l'homme, du public, et peut mener des enquêtes de sa propre initiative ou à la demande du Parlement. À l’issue de telles enquêtes, elle peut publier des rapports et formuler des recommandations. Elle a également le pouvoir de demander la divulgation de renseignements pertinents dans le cadre de ces enquêtes. Toutefois, sa compétence exclut les affaires pendantes devant les tribunaux, les affaires désignées par la Constitution comme relevant de la prérogative royale, ainsi les questions intergouvernementales. La SCHRPA cherche à être investie de pouvoirs quasi judiciaires. La délégation a appris que, aux termes de son mandat, la SCHRPA doit soumettre des rapports annuels au Parlement. 121. Suite à cet exposé, la délégation a soulevé un certain nombre de questions sur les relations entre la SCHRPA et le gouvernement, la réforme du droit pour aligner les lois du pays sur la Déclaration des droits figurant dans la Constitution de 2005; la situation des partis politiques et la liberté d'association, ainsi que la liberté d'expression dans le pays. La délégation a également demandé à connaitre le rôle joué par la SCHRPA dans l'enquête de coroner menée en 2009. 122. En ce qui concerne les relations entre la SCHRPA avec le Gouvernement, la délégation a notamment appris que celle-ci invite les agents de l’État à participer aux affaires dont elle est saisie et conseille le gouvernement en tant que titulaire de devoirs. Elle est également consultée dans le cadre de la préparation des rapports d’État, mais, puisque le Gouvernement a le dernier mot, elle peut préparer ses propres rapports alternatifs / parallèles. S'agissant de son rôle possible de suivi de la mise en œuvre des recommandations et décisions de la Commission, la délégation 26
a été informée que la SCHRPA envisageait de demander le statut d'organisation affiliée auprès de la Commission. 123. Concernant la réforme législative, la délégation a noté l'absence de structure et de processus clairs pour la réforme du droit. La délégation a été informée que tout effort isolé ou ponctuel visant à assurer la compatibilité des lois serait vain sans une révision des lois. Il a été noté qu'un exercice de révision / réforme des lois financé par le PNUD a été mené de 2008 à 2009, à l'issue duquel un certain nombre de projets de loi ont été rédigés. La nécessité d'une plus grande sensibilisation du Parlement, ainsi que du ministère de la Justice, pour la poursuite de la réforme du droit, a été relevée. 124. En ce qui concerne les partis politiques et la liberté d'association, la délégation a appris que, même si la SCHRPA a eu à recevoir une plainte d’un parti politique pour non-reconnaissance, le plaignant n'avait pas poursuivi l’affaire, ce qui n'a pas permis à la SCHRPA de se prononcer sur la question. Il a toutefois été noté que le pays était confronté à un problème en ce qui concerne le droit à la liberté d'association. 125. Pour ce qui est de la liberté d'expression, la délégation a appris que la SCHRPA n'avait pas non plus eu l'occasion de se prononcer sur la question, mais que l’exercice de ce droit posait problème dans le pays. Par exemple, il a été mention d’une affaire en instance devant la Cour suprême tendant à contester la loi sur le terrorisme, mais également de processus en cours visant la modification des lois qui contreviennent au droit à la liberté d'expression, comme le projet de loi sur l’ordre public. 126. En conclusion, il a été noté que la SCHRPA était confrontée à un certain nombre de défis, y compris des ressources insuffisantes pour lui permettre de s'acquitter de son mandat, l’absence d'autonomie financière, étant donné qu'elle devait passer par le ministère de la Justice pour obtenir ses fonds, et le retard accusé dans la nomination du personnel clé de son secrétariat. Il a également été relevé qu’une loi habilitante était nécessaire pour que le SCHRPA puisse fonctionner efficacement. Rencontre avec la Commission électorale et de la délimitation des circonscriptions 127. La délégation a rencontré les membres et le personnel de la Commission électorale et de délimitation des circonscriptions (EBC), et a été reçue par le Président de l'EBC Chief Gija Dlamini, en présence de 2 membres de l’ECB et du Chef par intérim du Secrétariat. 128. Après une brève introduction par la chef de la délégation, Chief Dlamini a fait un exposé sur le travail de l'EBC. La délégation a été informée que l'EBC a été créée en vertu de la Constitution (2005), qui définit également son mandat et sa composition. En ce qui concerne ce dernier point, la délégation a appris que, même si la Constitution prévoit 5 membres, l'EBC ne comptait à ce moment que trois membres avec le décès d'un membre et la nomination d'un autre en qualité de juge à la Haute 27
Cour en 2012, à la suite de quoi leurs postes sont devenus vacants. Il a toutefois été noté que l'EBC disposait du quorum requis pour mener à bien ses activités. En outre, il a été noté que les nominations au sein de l’EBC sont faites par le Roi, sur recommandation du Conseil des services judiciaires. 129. Chief Dlamini a expliqué que les fonctions de l'EBC sont de surveiller et de superviser l'inscription des électeurs, d'assurer des élections libres et équitables, en plus de veiller au respect des règles électorales. L'EBC est également responsable de la révision des limites des zones tinkhundla, c'est-à-dire circonscriptions, pour les besoins des élections. 130. Répondant à une question de la délégation concernant la non-participation des partis politiques aux élections, il a expliqué que la majorité des Swazis avaient fait ce choix et qu’ils sont à l'aise avec cette représentation directe fondée sur les mérites individuels, et non sur des partis politiques. Il a ajouté que cette question avait été tranchée lors de rencontres consultatives avec les citoyens à trois reprises et que les citoyens avaient rejeté la proposition de mettre en place un système politique multipartite. 131. Le Président de l’EBC a toutefois souligné que le système électoral n'empêche pas les individus de s'organiser en partis politiques. Les membres des partis politiques pouvaient participer aux élections, bien que ce soit sur une base individuelle et non en tant que candidats d’un parti, et pouvaient donc exercer leur droit à la liberté d'association et à la participation politique. La délégation a également appris qu'il y avait eu des agitations en faveur de la participation politique basée sur des partis en vertu des dispositions des articles 24 et 25 de la Constitution. Le président de l'EBC a noté que l'appel à l'introduction d'élections fondées sur les partis n’était pas du ressort du mandat de l'EBC mais dépendait de la volonté du peuple swazi. Tout en faisant remarquer que la question n'avait pas encore fait l'objet d'un référendum, il a souligné que dans des consultations antérieures, les Swazis avaient fait part de leur crainte que l'utilisation de partis politiques à des fins électorales ne risque de causer des divisions potentielles et de compromettre l'égalité des chances quant à la participation des citoyens aux élections. 132. En ce qui concerne le système tinkhundla, Chief Dlamini a indiqué qu'il s'agissait d'un système fondé sur les circonscriptions électorales qui divisait le pays en 55 circonscriptions, composées de collectivités, dont chacune dispose de bureaux de vote où sont organisées les élections locales, de l’exécutif et parlementaires. Lors des élections, au niveau tinkhundla, les électeurs élisent leurs délégués à l’Assemblée et au Sénat parmi les candidats, par un vote à bulletin secret. 133. La délégation a appris que diverses réformes avaient été introduites avant les dernières élections de 2013, lesquelles ont abouti à l’entrée en vigueur de six lois électorales en 2013, à savoir, la Loi électorale, la Loi relative à la Commission électorale et de délimitation des circonscriptions, la Loi sur les dépenses électorales; la Loi sur l'inscription des électeurs; la Loi sur le Sénat (Élections); et la Loi sur les pétitions au Parlement. Parmi les améliorations électorales apportées par ces lois, citons le scrutin secret, le dépouillement et l'annonce des résultats des élections le même jour, ainsi que les nominations ouvertes des candidats et l'éducation civique sur ces nouvelles lois. La délégation a appris que l'EBC continue d’œuvrer, sur la 28
base des recommandations de l'Union africaine, de la Communauté de développement de l'Afrique australe et d'autres parties prenantes, à l’amélioration de ses méthodes de travail. 134. La discussion avec l'EBC a révélé qu'il était difficile de garantir la représentation des groupes marginaux, y compris les femmes, les jeunes et les handicapés. Par ailleurs, le président de l’EBC a noté que, malgré l'éducation civique et électorale menée en direction des femmes, les candidates femmes aux élections de 2013 avaient obtenu de piètres résultats. Il a également souligné que les contraintes budgétaires de l'EBC limitaient le soutien qu'elle pouvait apporter aux candidates et l’empêchaient de mener les activités voulues en matière d'éducation civique, de recherche et de relations publiques. Aussi, il a appelé au renforcement de l’EBC, y compris par de par l’octroi de ressources financières suffisantes et la révision de sa structure. 135. En outre, sur la représentation des femmes au Parlement, le Président de la Commission a noté que l'article 86 de la Constitution exige la nomination de 4 femmes à l’Assemblée par le Parlement, si le seuil minimum de 30% de représentation des femmes n'est pas atteint. Toutefois, ces nominations n'ont pas été faites malgré que ce seuil minimum n’ait pas été atteint lors des élections de 2013. 136. Par ailleurs, en ce qui concerne l'éducation civique et électorale, il a été noté que toute ONG ou OSC qui souhaite s’investir dans des actions pareilles est libre de le faire, sous réserve de l’agrément de l'EBC. Rencontre avec l’Institut des médias d’Afrique australe (Media Institute of Southern Africa-MISA-Swaziland) 137. La délégation a tenu une réunion avec l'Institut des médias de l'Afrique australe (MISA-Swaziland), dirigée par M. Alec Lushaba, président du Conseil directeur national de MISA-Swaziland, en présence de divers représentants d’organes de presse basés au Swaziland. 138. La délégation a demandé à connaitre l'état de la liberté d'expression dans le pays, notamment si la situation s'était améliorée depuis la dernière mission de promotion en 2006, et s'il y avait des lois en place qui entravent la liberté d’expression ou qui favorisent l'accès à l'information. 139. M. Lushaba a indiqué que l'une de ses principales préoccupations était l'absence de réforme du droit pour aligner les lois régissant la presse sur les dispositions de la Constitution (2005). Il a noté que, bien qu'il y ait eu un certain nombre de projets de loi en 2006, aucun progrès n’avait été enregistré, sauf dans le secteur des télécommunications, où des efforts sont faits en vue de sa démonopolisation. Il a déclaré que les médias sont toujours fortement contrôlés par l'État et que les médias électroniques restent fermés. En ce qui concerne la presse écrite, bien que l'espace soit ouvert, il y a encore beaucoup d'autocensure. La délégation a été informée que la demande d'adoption d'une loi réglementant les stations de radio communautaires est restée sans suite. 29
140. Concernant la diffamation, la délégation a appris que, même si les journalistes sont rarement accusés de diffamation criminelle, il y a eu récemment le cas du rédacteur en chef Bheki Makhubu et de l'avocat des droits de l'homme Thulani Maseko. Il a été noté que les actions dirigées contre des journalistes pour diffamation sont des stratagèmes visant à museler et à faire taire les médias. Il a été relevé qu'il y a actuellement 33 lois, qui restreignent les médias et la pratique libre du journalisme au Swaziland. À cet égard, il a été souligné que la loi contre le terrorisme est utilisée par l'État pour museler les opinions dissidentes, au nom de la lutte contre le terrorisme. Des préoccupations ont également été exprimées au sujet de l'exode des journalistes vers les forces de sécurité gouvernementales et du recrutement ciblé de journalistes. 141. En ce qui concerne l'état de la presse, la délégation a appris que le pays compte actuellement 2 grands journaux, 2 radiodiffuseurs publics, 1 chaine de télévision privée, 1 chaine religieuse, 2 magazines périodiques et quelques jeunes organes de presse écrite. En plus de la Loi sur les communications, il y a le projet de loi sur les médias et les communications en instance d'examen au Parlement. Depuis 2013, la Commission des plaintes relatives aux médias du Swaziland (MCC) existe en tant qu'organe d'autorégulation des journalistes et autres travailleurs des médias, mais reste confrontée à des problèmes de financement, de visibilité, et de soutien de la part du gouvernement. 142. Des inquiétudes ont également été exprimées quant aux implications du projet de loi relatif à la Commission sur les médias au Swaziland. Il a été noté que ce projet de loi a certes des aspects positifs, comme les dispositions relatives à la formation des journalistes, mais qu’il pourrait être utilisé par le gouvernement pour réguler les médias en exigeant que seuls des journalistes qualifiés puissent être autorisés à exercer dans le pays. D'autres préoccupations sont que le projet de loi exige que les journalistes soient agréés ou accrédités, et que la Commission sur les médias pourrait concurrencer la Commission des plaintes relatives aux médias, qui est l’organe d'autorégulation des médias. D'autres lois en instance comprennent le projet de loi sur la société de radiodiffusion du Swaziland et le projet de loi sur l'accès à l'information (projet de loi AI) qui ont été élaborés en collaboration avec le ministère de l'Information, des Communications et de la Technologie en 2007, mais qui tardent être soumis au Parlement pour examen. 143. Une autre préoccupation a été soulevée concernant l'accès à l'information. Il a notamment été relevé que les Lignes directrices sur la radiodiffusion publique entravent l'accès aux médias en réglementant l'accès à la presse et ce que les membres du parlement pouvaient dire. Il a été noté que les parlementaires doivent obtenir la permission du chef d'une circonscription pour s'adresser aux médias sur une question particulière. Il a également été indiqué que les syndicats du secteur public ne pouvaient pas non plus s’exprimer à travers le radiodiffuseur public. 144. Concernant les médias sociaux, dont la portée reste limitée, les préoccupations soulevées portent sur le taux élevé de données pour l'accès à Internet et l'impact du projet de Loi sur la preuve électronique, qui menace la vie privée dans les médias sociaux, vu que le gouvernement pourrait recueillir des preuves des médias électroniques, et se servir de données à caractère privé. 30
Rencontre avec l’Honorable M. Phiwayinkhosi Mabuza, remplaçant le Ministre de l’Information, des Communications et de la Technologie 145. La rencontre qui s’est tenue en présence de l'Honorable M. Phiwayinkhosi Mabuza et de hauts fonctionnaires du ministère a discuté du mandat du ministère et des questions soulevées lors de l'interaction avec les membres de la presse. Il a été noté que le ministère est chargé de promouvoir un cadre national propice à l'information, à la communication et aux technologies pour faciliter l'accès aux TIC. S’agissant du cadre législatif, en particulier du projet de loi sur la société de radiodiffusion et du projet de loi sur la radiodiffusion , la délégation a appris que ces projets de loi devraient libéraliser et ouvrir l'espace médiatique et créer un environnement propice à la presse, en ce qui concerne la radiodiffusion publique, privée et communautaire, dans le pays. La délégation a appris que les deux projets de loi sont en train d’être fusionnés pour être présentés à la nouvelle législature. 146. Concernant le processus de réforme du droit dans le pays, les fonctionnaires présents ont repris à leur compte le sentiment selon lequel les lois actuelles sur les médias doivent être mises en conformité avec la Constitution (2005) et les obligations conventionnelles du Swaziland, notant que ce travail relève du mandat du Ministère de la Justice. En ce qui concerne les préoccupations au sujet du projet de loi sur les communications et les médias, la délégation a été informée que ce projet de loi met l'accent sur la nécessité d'assurer la qualification des journalistes et prévoit une rémunération minimale des journalistes. La nécessité de répondre aux préoccupations des médias selon lesquelles ce projet de loi, une fois adopté, pourrait être utilisé pour restreindre l'espace médiatique, et pourrait interférer avec le travail de la Commission des plaintes relatives aux médias a été relevée. 147. La délégation a été informée que les Lignes directrices pour la radiodiffusion publique avaient été élaborées en réponse aux abus observés dans l’utilisation de chaines de radio à des fins de campagnes électorales et comme tribunes d’échanges diffamatoires. Les responsables présents ont déclaré que les Lignes directrices, qui exigent la permission de la circonscription d’origine du membre du parlement pour obtenir un temps d'antenne, sont censées créer de l'ordre et assurer un équilibre dans la panoplie de questions de développement discutées plutôt que de museler les opinions. 148. En conclusion , la délégation a exhorté le ministère des TIC et le gouvernement à procéder à la finalisation des divers projets de loi en instance; appliquer les normes internationales telles que la Loi type de la Commission sur l'accès à l’information, au moment de l'examen des diverses lois sur les médias; à veiller à ce que le processus de passage au numérique n'ait pas d'impact négatif sur les communautés rurales; et à réviser ces lois, y compris les Lignes directrices sur la radiodiffusion publique, afin d'en éliminer l'impact sur la liberté d'expression et l'accès à l'information. Rencontre avec le Président du Parlement 149. La délégation a rencontré l'Honorable Themba Msibi, Président du Parlement du Royaume du Swaziland. Après avoir exposé l’objet de sa mission, la délégation a 31
indiqué les points sur lesquels elle souhaitait avoir les éclaircissements du Président, notamment le processus de réforme du droit dans l’impasse; le nombre de projets de loi en instance au Parlement; le rôle du Président dans la ratification et l'intégration des instruments internationaux et régionaux des droits de l'homme; et le rôle que joue le Parlement pour encourager la mise en œuvre des recommandations de la Commission par le gouvernement. 150. En réponse, l'Honorable Msibi a noté que les protocoles et conventions sont soumis au Parlement par les ministres pour approbation, et que le retard accusé dans le dépôt de divers instruments, qui avaient été ratifiés, devant le Parlement en vue de leur incorporation dans le droit interne, fait que le Swaziland a accusé du retard dans la transposition d'un certain nombre d’instruments importants déjà ratifiés par le pays. En ce qui concerne le processus de réforme du droit, le Président a fait remarquer que le Parlement dépend de l’Exécutif qui est censé lui présenter des projets de loi pour adoption par motion, mais que ce processus est trop lent. Bien que le Président ait noté que ce problème pourrait être réglé en partie par une loi habilitante donnant effet à la disposition de la Constitution qui prévoit des projets de loi d'initiative parlementaire, cela n'est pas pratique du fait de l'absence d'un cadre juridique favorable et des conséquences financières connexes. 151. S’agissant de la fonction contrôle du Parlement, tout en notant en général que la pratique du pays est similaire à ce qui se fait ailleurs, le Président a relevé un certain nombre de défis, notamment le manque de séparation effective des pouvoirs et l’absence d'autonomie financière de l’institution parlementaire. En ce qui a trait à la séparation des pouvoirs, le Président a souligné que cela reste un problème et entrave le travail du Parlement dans sa fonction de contrôle de l'Exécutif. Par exemple, il a noté qu'un nouveau poste de ministre chargé des affaires parlementaires a été créé par la loi de 2015 sur les services parlementaires (PSA) et que ce poste est actuellement occupé par le Premier ministre, ce qui pose problème pour le Président en termes de contrôle et de fonctionnement du Parlement. Il a souligné que la loi sur les services parlementaires confère au Premier ministre un pouvoir sur le Parlement, ce qui crée une subordination du législatif à l’exécutif, compromettant ainsi l’autonomie et l’efficacité du parlement. 152. En ce qui concerne l'autonomie financière, le Président Msibi a fait remarquer que le Parlement n'a aucun contrôle sur son budget, et doit plutôt obtenir l'approbation du Premier ministre pour ses dépenses, y compris pour ses réunions statutaires. Il a souligné que le Parlement ne peut ni influencer ni modifier les budgets présentés par le Cabinet; au contraire, il ne fait que recevoir et adopter ce budget sur justification. En conséquence, selon le Président, l'Exécutif dispose d'un pouvoir discrétionnaire en matière d’établissement des priorités du budget. 153. Répondant à une question de la délégation sur le rôle du Parlement dans l’application des dispositions de la Déclaration des droits consacrée figurant la Constitution, le Président a fait remarquer que les connaissances limitées des membres du Parlement quant à leur mission fait qu’ils ne présentent pas de motions pour susciter le débat sur des questions relatives aux droits de l'homme et que, sans cela, le Parlement ne peut pas contrôler l’application des droits garantis par la Constitution. Il a, toutefois, indiqué que les parlementaires consultent régulièrement leurs circonscriptions respectives. 32
154. S’agissant de l'impact de la représentation des partis politiques, le Président a fait remarquer que les partis politiques ne sont pas nécessaires à l'efficacité parlementaire et que si les membres sont sensibilisés à leur rôle de surveillance, ils peuvent accomplir efficacement leur mandat même dans le cadre de la Constitution actuelle du Swaziland; et que les parlementaires peuvent mieux mettre la pression les uns sur les autres et se rallier autour d’enjeux particuliers sans suivre des lignes de conduite dictées par des partis. 155. Abordant la question des Lignes directrices sur la radiodiffusion publique, le Président a, après avoir relevé que l’adoption de ce texte découlait de la nécessité d'offrir des chances égales lors des élections de 2013, indiqué que leur application aurait dû cesser. Il a ajouté que la question faisait encore l’objet d’une Parlement et qu'il n'avait pas connaissance de l’arrestation d’un journaliste pour avoir parlé à un parlementaire. Il a également réaffirmé l'importance d’avoir des journalistes qui font leur travail avec intégrité et de façon non partisane. 156. Concernant les liens hiérarchiques entre le Parlement et la SCHRPA et l’EBC, la délégation a appris que ces deux organes n'avaient pas directement accès au Parlement, mais que, au contraire, ils lui transmettent leurs rapports combinés par l’entremise du ministère de la Justice. Étant donné que la Constitution prévoit un lien hiérarchique direct, il a été noté que permettre à ces organes de présenter directement leurs rapports au Parlement aiderait à garantir leur indépendance. Rencontre avec des ONG, facilitée par l’Assemblée de coordination des Organisations non-gouvernementales (CANGO) 157. 158. 159. La délégation a rencontré des représentants de diverses ONG basées au Swaziland, lors d'une réunion facilitée par l'Assemblée de coordination des organisations non gouvernementales (CANGO - Swaziland). Les représentants des ONG présentes à la réunion ont communiqué à la délégation des informations sur divers sujets liés aux droits de l'homme dans le pays. Il a été souligné qu’en raison du non-respect des diverses dispositions positives et progressives de la Constitution celle-ci est devenue inefficace. Diverses préoccupations ont été soulevées concernant la liberté d’association, notamment les restrictions sur la reconnaissance des syndicats et leur participation à la vie politique. Plus précisément, on a fait remarquer que le projet de loi sur la fonction publique, proposé par le ministère de la Fonction publique, aurait de graves répercussions sur le secteur public, étant donné qu'il réduirait effectivement les droits des fonctionnaires de participer à l’action politique et / ou de se prononcer sur des questions sociales, économiques, politiques ou de justice. Les participants ont également fait remarquer que l'exclusion de la plate-forme des partis politiques comme base de participation aux élections a limité la portée de la liberté d'association des citoyens. Ils ont contesté l’argument selon lequel cette position sur les partis politiques reflétait la volonté du peuple. Les représentants à la réunion ont également informé la délégation d'un projet de loi en instance sur les Chefs traditionnels, qui accorderaient davantage de pouvoirs à ces derniers, et leur garantirait l'immunité de poursuites, notant que si cette loi était 33
adoptée, l'accès aux recours judiciaires dans les situations impliquant les Chefs serait impossible. 160. La délégation a appris qu'un certain nombre de faits entravent la jouissance des droits des femmes au Swaziland. Hormis l'absence d'une loi définitive et complète pour répondre aux questions relatives aux droits des femmes, les femmes sont affectées par le manque de cohérence entre la législation existante, la coutume et les avis ou édits du Roi. On a cité l’exemple d'un avis du roi sur la dote, dans lequel il a déclaré que celle-ci ne pouvait pas être rendue. Il a été noté que l'effet de cette déclaration est qu'il serait impossible d'annuler les mariages coutumiers, même après avoir passé par les procédures établies par la coutume. Parmi les autres questions soulevées figurent la discrimination à l'égard des femmes au niveau des organes du gouvernement et dans les charges publiques et ce même si elles possèdent les qualifications requise. La très faible représentation des femmes au Parlement et dans le système judiciaire et le fait que le Parlement ne nomme pas en sein les 4 femmes qu’exigent les dispositions de la Constitution sur l'action positive, le déni par la coutume du droit des femmes à posséder leurs propres terres et l'absence d’égalité dans le mariage, sont autant de points qui ont été évoqués. Des représentantes de groupes de femmes ont également souligné l’absence de progrès concernant le projet de loi sur les infractions sexuelles et la violence conjugale, alors qu'il est en instance d’examen au Parlement depuis 10 ans. Pour ce qui est des droits en matière de santé sexuelle, il a été signalé que, malgré les dispositions constitutionnelles qui autorisent l'avortement dans certaines circonstances, l'avortement reste criminalisé dans le pays et des femmes sont emprisonnées pour avoir commis l'avortement. On signale en outre que la moitié des femmes incarcérées à l'établissement pénitentiaire de Mawelawela l’ont été pour avoir commis un avortement. 161. S'agissant de la liberté d'expression, la délégation a appris que les médias sont contrôlés par le gouvernement et qu'il n'y a pas d’espace pour l’expression d’idées dissidentes. En ce qui concerne la Loi sur la sédition et les activités subversives, les participants ont informé la délégation que les peines prescrites en vertu de cette loi sont très sévères et que toute personne accusée au titre de ladite loi, a le fardeau de prouver que son intention n'était pas séditieuse. 162. Pour ce qui est des visites dans les prisons et des prisonniers politiques, il a été indiqué que les détenus ne sont pas autorisés à recevoir de la visite et que les cas de décès en détention ne feraient pas l’objet d’enquête. 163. La délégation a également été informée de l'état des droits de l'enfant, les représentants des ONG présents à la réunion notant que la loi sur la protection de l'enfance n'est pas appliquée dans la pratique et que le Conseil national de coordination des enfants, qui avait été créé au sein du cabinet du Vice-premier, a été dissout. Il a en outre été noté que les enfants handicapés n'étaient pas suffisamment protégés par le gouvernement et qu'il y avait des cas de violence faite aux enfants, d'abandon d’enfants et d'enfants envoyés dans des centres pour mineurs où ils se mêlaient à des enfants en conflit avec la loi. 34
164. En ce qui concerne les droits sociaux et économiques, la délégation a été informée que 60% de la population vit dans la pauvreté. Elle a appris que l'économie du pays dépend essentiellement de l'agriculture, et que la sécheresse récente dans le pays y a installé une crise socio-économique. Il a également été noté que, même si le changement climatique a été déclaré une urgence nationale, des efforts suffisants n’étaient pas consentis pour enrayer son impact sur la vie des citoyens ordinaires, en particulier des groupes vulnérables. La délégation a par ailleurs appris que le budget présenté récemment au Parlement ne prenait pas en considération les préoccupations des citoyens swazis, vu que, par exemple, les groupes vulnérables comme les personnes âgées se sont vu attribuer des sommes dérisoires, alors que l'affectation des fonds était fortement liée aux projets de la monarchie. En ce qui concerne les droits à la santé, la délégation a appris que le gouvernement s’était engagé à fournir des soins médicaux, y compris des ARV, aux personnes vivant avec le VIH / SIDA, mais que l’insuffisance des ressources financières fait que les établissements médicaux manquent d’infrastructures et de médicaments de base comme l'insuline; les services d’admission font également défaut, comme à l'hôpital de Mbabane. 165. En ce qui concerne la SCHRPA, il a été noté que, bien qu'elle ait été créé en 2009, elle n’a été dotée de personnel qu’en 2015. Il a également été noté que le gouvernement du Swaziland a la réputation de s’ingérer dans le travail des organes de surveillance, et que pour permettre à la SCHRPA de s’acquitter correctement de ses fonctions, il est nécessaire d'avoir une loi habilitante, mais également de lui allouer des ressources financières adéquates. 166. 169. Concernant l'éducation, il a été noté qu'en dépit de la politique de l'enseignement primaire universel gratuit, certaines écoles demandent de l'argent aux parents, en raison des faibles ressources financières allouées par le gouvernement. Le sort des filles enceintes a également été évoqué, en ce qu’elles ne sont pas autorisées à aller à l'école pendant leur grossesse et se voient ainsi refuser le droit à l’éducation. Parmi les autres questions soulevés, on peut citer, notamment l’accès limité à la justice; la nécessité d'un système d'aide juridique; les attaques contre les défenseurs des droits humains; les cas de décès en détention; la stérilisation forcée de femmes du fait de leur séropositivité; la collaboration des OSC avec la Commission, notamment en demandant le statut d'observateur auprès de cette dernière. Visite de courtoisie au Recteur de l’Université du Swaziland 170. La délégation a profité de la mission dans le pays pour rendre une visite de courtoisie au recteur de l'Université du Swaziland, Professeur Cisco Magagula et échanger avec des membres du corps professoral, ainsi que les étudiants sur l'éducation aux droits de l'homme et le rôle de la Commission africaine. Un certain nombre de questions ont été soulevées et débattues, notamment la mesure dans laquelle la Faculté de droit, en tant que centre d'apprentissage, participe à la réforme du droit et à la formulation des politiques, pour façonner l’opinion publique et le discours sur les droits humains ; l'intégration des droits de l'homme dans les programmes de la Faculté de droit et l'étendue de l'enseignement et de la recherche dans le domaine du droit relatif aux droits de l'homme; la mesure dans laquelle la jurisprudence de la Commission est incorporée au programme d'études de la Faculté 35
de droit; et les points de vue de la Faculté de droit sur des questions telles que la séparation des pouvoirs et les droits à la liberté d'association et de réunion au Swaziland. 171. La délégation a été informée que l'Université mène des travaux de recherche sur divers sujets, jugés pertinents et bénéfiques pour la société, y compris en apportant son expertise sur les questions liées à la gouvernance et aux politiques, le cas échéant, notamment en contribuant au programme de formation de l’École de police en matière de droits de l'homme et d’affaires constitutionnelles, en participant aux processus d’élaboration de la Loi sur la protection et le bien-être des enfants (2012) et en participant à un projet de recherche sur l'État de droit et la justice au Swaziland. Il a également été noté que la police avait exprimé le souhait de nouer un partenariat avec l'Université, en vue professionnaliser son effectif. Les étudiants en droit suivent également des cours sur le droit constitutionnel, le droit international ainsi que le droit international relatif aux droits de l’homme et participent au concours panafricain annuel de Procès simulé. . 172. Certains ont déploré que l'espace universitaire soit en train de se rétrécir et que les universitaires engagés dans les questions relatives aux droits de l'homme ne disposent pas d'un environnement propice, ce qui fait que ces universitaires font de l’autocensure. Il a été noté qu’en dépit du manque d’engagement du public envers les universitaires, ces derniers ont conscience de leur obligation d'intervenir là où il y a possibilité de créer de la valeur ajoutée, quand bien même la crainte de s’attirer des ennuis est réelle. Rencontre avec le Directeur des Services de gestion, Ministère de la Fonction publique 173. Rappelant sa rencontre avec le Chief Justice, la délégation a informé le Directeur des services de gestion du Ministère de la Fonction publique, M. Maxwell Masuku, que la pénurie de juges dans le corps judiciaire aurait entraîné un important arriéré judiciaire et un manque d'accès à justice dans le pays et, à cet égard, a réaffirmé la nécessité exprimée par le Chief Justice de pourvoir d'urgence aux postes suivants: 5 juges de la Haute Cour; 7 juges de la Cour suprême; 3 juges du tribunal du travail; 5 juges pour la Cour d'appel du travail ; et 22 magistrats. 174. Même si le Directeur a reconnu le besoin de nouveaux juges et indiqué avoir introduit des demandes en conséquence, il a fait remarquer que le Ministère attribue de nouveaux postes une fois par exercice financier sur la base du budget qui lui est alloué et qu'une décision avait été prise par le Cabinet des ministres de ne créer aucun nouveau poste dans aucun des ministères. À la suite d'une réunion avec le Chief Justice dans laquelle il a été discuté de la priorité accordée aux besoins les plus urgents de la magistrature et de la nécessité de réduire l'arriéré judiciaire, le Chief Justice avait demandé la nomination de juges à titre temporaire. En conséquence, il a indiqué qu'au plus tard le 1er avril 2016, la moitié des postes nécessaires dans l’appareil judiciaire seraient pourvus de juges temporaires. En ce qui concerne le manque de salles d'audience, le Directeur a noté que cela relève du portefeuille du ministère des Travaux publics et des Transports, qui est responsable de la construction des salles supplémentaires dont le pouvoir judiciaire a besoin. 36
175. En conclusion, le Directeur a indiqué que le budget alloué au Ministère avait considérablement diminué et que, par conséquent, les vacances de postes au niveau de la magistrature, de la SCHRPA et des différents ministères n'étaient pas voulues, mais étaient plutôt une conséquence de la situation financière actuelle dans le pays. Rencontre avec des responsables du Comité national de riposte d’urgence au VIH/SIDA (NERCHA) 176. La délégation a visité les locaux du Conseil national de riposte d'urgence au VIH / sida (NERCHA), où ils ont été reçus par le Directeur exécutif du NERCHA, M. Khanya Mabuza qui leur a présenté un exposé sur la structure, en présence de membres de l'équipe de la haute direction. 177. La délégation a été informée que le NERCHA a été mis sur pied pour coordonner et faciliter la riposte multisectorielle nationale au VIH / SIDA, en plus de superviser la mise en œuvre des plans et cadres stratégiques nationaux de lutte contre la pandémie. Le NERCHA a été créé par une loi du Parlement, à savoir la loi n°8 / 2003 du Conseil national de riposte d'urgence au VIH/SIDA. 178. M. Mabuza a signalé que le pays a un taux de prévalence de 26% et, à cet égard, a noté que de nombreuses personnes vivent de plus en plus longtemps après leur diagnostic, des progrès qu'il attribue aux programmes du NERCHA et à la volonté politique du gouvernement de s'attaquer au fléau. Il a indiqué que les programmes du NERCHA de 2003 à 2005 avaient mis l'accent sur l'intensification du traitement afin de s’attaquer aux taux de mortalité élev��s enregistrés en 2003. Il a également fait remarquer que le NERCHA avait un très bon taux de réussite en ce qui concerne la transmission de la mère à l'enfant , dont le taux a été réduit de 96%, tout en notant que cette intervention faisait peser un énorme fardeau financier sur le système de santé. 179. Par ailleurs, M. Mabuza a noté que l'un des problèmes qui affectent l'espérance de vie des personnes vivant avec le VIH est le taux de pauvreté élevé dans le pays. En outre, il a noté qu'il y a toujours des problèmes de nouvelles infections, en notant que les facteurs contributifs incluent les comportements sexuels à risque; la violence sexiste; le fait que la plupart des hommes ne font pas le test de dépistage même s'ils sont de grands transmetteurs; les relations sexuelles intergénérationnelles; et les relations sexuelles transactionnelles en raison des inégalités économiques. De plus, il a signalé qu'il y a un taux de transmission élevé des hommes aux jeunes filles, et que ces hommes, qui, en général n’ont pas fait le test de dépistage, ont des rapports sexuels non protégés avec de jeunes filles. Par conséquent, selon lui, le NERCHA a constaté une hausse des infections chez les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans. Il a relevé que des facteurs économiques contribuent à l'augmentation des taux d'infection chez les jeunes filles, ajoutant que les filles issues de familles à faible revenu sont les plus touchées, en raison des relations sexuelles transactionnelles. Il a, en revanche, noté que chez les garçons âgés de 18 ans et moins, le taux d'infection est de 0%. 180. Par ailleurs, M. Mabuza a signalé que les femmes sont touchées de manière disproportionnée, avec un pourcentage d'infection supérieur à 4,1%. Il a, à cet égard, souligné la nécessité d’offrir des possibilités économiques aux femmes et de prendre 37
en compte la dimension et les facteurs économiques du fléau, en particulier sa prévalence chez les femmes et les filles. Il a également souligné la prévalence de la violence sexiste; signalant que 1 femme sur 3 dans le pays, est victime de violences sexuelles avant l’âge de 18 ans. 181. M. Mabuza a évoqué le faible taux de participation des femmes et des jeunes filles aux programmes du NERCHA, et a ajouté que, si rien n’est fait à ce sujet, les taux d'infection continueraient à augmenter en raison des rapports sexuels transactionnels. À cet égard, il a indiqué que le NERCHA s’investit dans des programmes ciblant les jeunes, dont on espère qu'ils auront un effet au cours des dix prochaines années. Il a fait observer que les jeunes représentent plus de 60% de la population du Swaziland et qu'en conséquence, les investissements et les priorités du gouvernement en matière d'interventions contre le VIH / SIDA sont adaptés à cette tendance de l'épidémie. 182. Répondant aux questions de la délégation, M. Mabuza a notamment souligné l’existence d’un cadre juridique et politique favorable pour lutter contre le VIH / sida dans le pays, notamment les dispositions constitutionnelles sur l'égalité et la non-discrimination et la politique de VIH / SIDA (2016). Il a toutefois indiqué que ce cadre présente certaines limites, comme par exemple, le fait que les programmes de lutte contre le VIH dans les établissements pénitentiaires n'incluent pas la distribution de préservatifs; le défi que représentent la stigmatisation et la discrimination à l'égard des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) entraînant parfois le suicide de ces dernières , mais auquel le NERCHA tente répondre en travaillant avec le réseau des PVVIH pour lutter contre la stigmatisation au travail et dans d'autres lieux dans la communauté. Le NERCHA collabore avec les professionnels du sexe et les LGBTI, en particulier les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), pour s’attaquer au fort taux de prévalence noté dans ce milieu et veiller à l’offre de soins à ces groupes vulnérables. Le NERCHA a déjà préparé un rapport sur l'évaluation de l'environnement juridique, à présenter au gouvernement, et qui recommande une révision des programmes publics pour y inclure les personnes LGBTI. Des informations font également état de cas isolés de stérilisation forcée de femmes séropositives, une question à laquelle le ministère de la Santé doit s’atteler de façon plus concertée. 183. En outre, à la question de savoir si la polygamie est un facteur aggravant du VIH / sida dans le pays, la délégation a appris que chez les hommes dans les mariages polygames le taux d’infection était moins de 2%. Cependant, il a été noté que davantage devait être fait pour inciter les hommes à faire le test du VIH et, si nécessaire, commencer le traitement. À cet égard, M. Mabuza a souligné le problème de l'usage irrégulier du préservatif par des hommes qui ignorent leur statut, ce qui entraîne inévitablement la propagation de la maladie. Il a également fait remarquer qu'entre 60 et 70% des hommes ne sont circoncis, une pratique qui ne fait pas partie de la culture swazi et cela contribue à la propagation de la maladie. 184. En conclusion, il a été relevé que le NERCHA s'est engagé à faire en sorte que l'objectif du gouvernement d'atteindre la prévalence de 0% d'ici 2022 soit atteint. Rencontre avec le Sous-secrétaire du Ministère du Travail et de la Sécurité sociale 38
185. La délégation a tenu une réunion avec le Sous-secrétaire du ministère du Travail et de la Sécurité sociale, M. Norman Gamedze, en présence de deux hauts fonctionnaires du département. 186. Le Ministère a été créé en 2008, suite à un réalignement des portefeuilles par le Gouvernement. En conséquence, les attributions du ministère provenaient de différents départements ministériels, notamment ceux de l'Administration du travail et des Relations professionnelles, de l’ancien ministère des Entreprises et de l'Emploi, de la Planification et du Développement des ressources humaines, du ministère de la Fonction publique, de l'Administration des bourses du Ministère de l'Éducation. Le Ministère s'efforce d'améliorer le niveau de vie grâce à la fourniture d’emplois décents et de services de protection sociale. Ses activités de base visent à améliorer la croissance économique en assurant, l’émergence d’une nation instruite et compétente; le dialogue social; des relations professionnelles harmonieuses; la protection et l'autonomisation des groupes vulnérables à l’aide de la sécurité sociale; et l'amélioration de la prestation des services grâce à la décentralisation de la plupart des services. Il fonctionne à travers une structure tripartite comprenant la Direction du Travail; la Direction des Services nationaux de l'emploi; et la Direction de la sécurité sociale. Il dispose également d’un Comité de pilotage national sur le dialogue social; d’un Conseil consultatif du travail; d’une Commission de conciliation et d'arbitrage; d’un Fonds national de prévoyance; et d’une Commission des services essentiels. 187. En réponse aux questions de la délégation, M. Gamedze a noté, en ce qui concerne les demandes de reconnaissance des syndicats, que ces derniers étaient tous reconnus, à l'exception du Syndicat fusionné du Swaziland (ATUSWA), pour lequel des informations d’ordre général étaient demandées, et qui serait dûment reconnu une fois ces renseignements fournis. 188. En ce qui concerne la sécurité sociale, la délégation a été informée que la Commission de la sécurité sociale gère le Fonds de prévoyance, notant que l'OIT a aidé à la mise en place du Fonds. Pour ce qui est du cadre juridique, il a été noté que le ministère avait l'intention de créer un fonds d'indemnisation des accidents du travail grâce au projet de loi sur le Fonds d'assurance-accidents et que le bureau du Procureur général était en train de rédiger un projet de loi sur la Caisse nationale de retraite, qui transformera le fonds de prévoyance en un fonds de pension. 189. En réponse à une question de la délégation concernant le droit de grève, M. Gamedze a indiqué que ce droit était protégé dans le pays, en vertu de la loi sur les relations de travail, mais sous réserve de certaines exigences procédurales, qui ne sont pas lourdes, et ne sont pas censées le contrecarrer. Il a fait état de l’organisation de nombreuses grèves et manifestations dans le pays, et noté et que toute grève doit se rapporter aux conditions d'emploi, à la politique du gouvernement et aux questions socio-économiques relatives aux droits des travailleurs, et non à des questions portant sur les droits civils ou politiques. En outre, il a été relevé que la loi ne prévoit pas de grèves de solidarité, mais que les manifestations de solidarité sont autorisées, ainsi que les piquets de grève. De plus, la délégation a appris que le Cabinet des ministres révisait la loi sur l'ordre public, avec l'aide de l'Organisation internationale du travail (OIT), pour traiter plus efficacement les questions liées à l'ordre public et aux grèves. 39
190. En ce qui concerne le travail des enfants, la délégation a été informée que le Plan d'action national du Ministère contenait des dispositions destinées à lutter contre le travail des enfants, mais que ce problème n'était pas répandu dans le pays. 191. Enfin, la délégation a appris que les principaux sujets de désaccord entre le gouvernement et les syndicats concernent la brutalité policière, la liberté syndicale et les questions de reconnaissance. Il a également été noté que des codes de conduite étaient en cours d'élaboration pour toutes les parties prenantes. Rencontre avec des représentants de Syndicats 192. Suite à une brève rencontre avec des fonctionnaires du ministère du Travail, la délégation s’est entretenue avec quelques représentants de syndicats au Swaziland, lors d'une réunion qui a été facilitée par le Ministère. 193. La délégation a notamment demandé des informations sur les défis auxquels que rencontrent les syndicats en ce qui concerne la liberté d’association et le droit de syndiquer, de liberté de réunion, la reconnaissance, le salaire minimum, le droit de grève et la réglementation des secteurs vulnérables, comme les travailleurs domestiques et les enfants travailleurs. 194. En réponse, la délégation a été informée que le problème de la reconnaissance des syndicats au Swaziland avait été en grande partie résolu, suite à la modification de la loi de 2014 sur les relations de travail. Toutefois, il a été signalé qu'il y avait des préoccupations non réglées, étant donné qu'aucun délai n'est prévu pour la reconnaissance d’un syndicat après la présentation d'une demande, ce qui fait que cette reconnaissance est laissée à la discrétion du ministre du Travail. 195. Un autre défi relevé a été le manque de réactions du ministère du Travail en ce qui concerne les plaintes signalées de violations des droits de l'homme et, à cet égard, il a été rapporté que le ministère n'avait réagi que par rapport à 2 cas sur les 20 qui lui avaient été soumis conformément à la Loi sur l'emploi. 196. En ce qui concerne les salaires des travailleurs, la délégation a été informée de la situation du personnel de soutien des écoles publiques, qui n'avaient pas reçu de salaire depuis plus de cinq mois. À cet égard, il a été indiqué que lorsque le gouvernement a lancé la politique de l'enseignement primaire universel gratuit, les écoles ont commencé à demander aux parents d'élèves de payer des droits supplémentaires, parce que les budgets alloués aux écoles étaient trop faibles, et que ces droits supplémentaires servaient à payer le personnel de soutien. En réponse aux plaintes concernant cet incident, le Ministère avait mis en place une équipe spéciale chargée d'examiner la question, mais le rapport de ses conclusions n'a pas été rendu public. 197. En ce qui concerne les travailleurs domestiques, les représentants syndicaux ont indiqué qu'ils étaient les plus vulnérables dans le secteur de l'emploi, tandis que le représentant du ministère du Travail présent à la réunion a noté la difficulté de suivre et d'évaluer la situation des travailleurs domestiques dans tous les ménages du pays, car cela constituerait une atteinte à la vie privée. Il a, toutefois, évoqué, sur 40
une note positive, l’existence d’une proposition qui permettrait aux travailleurs domestiques de bénéficier du Fonds de prévoyance swazi, qui reste à être mise en œuvre. 198. S'agissant de la liberté d'expression, il a été noté que celle-ci est restreinte principalement à cause de la loi sur l'ordre public, et que cette loi devrait être modifiée pour remédier aux restrictions à la liberté d'expression au Swaziland. 199. La réunion a également fait observer que les syndicats ont besoin de partenaires de coopération pour renforcer leurs capacités, afin d’être mieux outillés pour les négociations collectives et d'être à même d’interpeller les parlementaires sur des questions cruciales. 200. En ce qui concerne la reconnaissance des syndicats, les représentants syndicaux ont noté que l'ATUSWA attendait d’être reconnu et, à cet égard, le représentant du ministère du Travail a noté que 50% des questions figurant sur la demande de reconnaissance d'ATUSWA avaient été traitées, mais qu’il restait un certain nombre d’aspects à finaliser. 201. Un dernier point a été relevé, à savoir le projet de loi sur la fonction publique, qui vise à empêcher les fonctionnaires de s’impliquer activement dans les syndicats et organisations considérés par le gouvernement comme étant à caractère politique. Le projet de loi interdit à tout agent de l’État d'occuper un poste dans une formation ou à une organisation politique ou d'en être visiblement associé. À cet égard, le représentant du ministère du Travail a fait remarquer que le projet de loi était toujours débattu au niveau de la commission parlementaire concernée. La délégation a également appris que la loi sur l'emploi était en cours de révision pour assurer que ses dispositions respectent les normes internationales en matière de protection des migrants. Rencontre avec le Barreau du Swaziland 202. La délégation a également rencontré le trésorier du Barreau du Swaziland, M. Lucky Howe, et M. Nkosiwathi Manzini, membre du barreau. Les discussions ont porté sur l'accès à la justice, les réformes législatives, la séparation des pouvoirs, la liberté d'association et la liberté d'expression dans le pays. 203. Au cours des échanges, la délégation a été informée des défis auxquels qui assaillent le corps judiciaire. Il a été noté que le pouvoir judiciaire est effectivement confronté à un manque criard d'infrastructures et de ressources, notamment un déficit de magistrats et de juges; le manque d’électricité et l’absence de systèmes d'enregistrement dans certaines salles d'audience; le manque de mobilier et de sécurité dans les chambres des magistrats; la très mauvaise qualité des infrastructures des tribunaux ruraux. La mauvaise gestion des ressources disponibles, des juges et du personnel judiciaire a également été soulignée. On a cité l’exemple de plaideurs qui se rendent au tribunal, s’attendant à un jugement, mais qui trouvent des salles d'audience vides parce que les juges n'ont pas siégé. 204. D'autres questions soulevées, en ce qui concerne le pouvoir judiciaire, sont le manque d'objectivité dans l’administration de la justice, le manque d'accès aux 41
dossiers des tribunaux, le fait que les dossiers ne sont pas assignés aux juges compétents, la mauvaise gouvernance et l'inefficacité. 205. Sur la question de l'aide juridique, il a été signalé qu'un projet de loi sur l'aide juridique avait été élaboré à la suite d'un processus piloté par l'ONU, mais que cette loi n'était pas encore entrée en vigueur. La délégation a également appris que le Barreau n'avait pas ét�� convenablement consulté lors de la rédaction de ce projet de loi et que, même s'il n'existe pas encore de cadre juridique substantiel pour l'aide juridique, environ 40% du travail effectué par les avocats au Swaziland est gratuit, même si ces efforts sont à peine reconnus. Il a été noté que les avocats commis d’office par l'État dans les affaires capitales sont très mal payés, même si les avocats swazis s’acquittent de ce travail avec la plus grande diligence. Le manque de moyens du gouvernement pour financer convenablement le système d'aide juridique, une fois entré en vigueur, a également été souligné. 206. En ce qui concerne la question de la séparation des pouvoirs, il a été indiqué qu’elle ne saurait être une réalité dans le pays, étant donné que l'autorité ultime appartient au Roi. L’exemple a été donné d’un vote de défiance contre le premier ministre, qui a été annulé par le Roi. 207. Enfin, la réunion a discuté de la question des partis politiques, au sujet de laquelle il a été noté qu'au cours d'un rassemblement à Sibaya en 2012, les citoyens avaient exprimé leur intérêt pour la démocratie multipartite, mais que le rapport de la réunion n'a pas été rendu public. En conséquence, les représentants du Barreau ont signalé qu'ils avaient saisi la justice, pour demander la publication du rapport Sibaya 2012. Rencontre avec le Ministre des Ressources naturelles et de l’Énergie 208. La délégation a également rencontré le ministre des Ressources naturelles et de l'Énergie, l'Honorable Sénateur Jabulile Mashwama, en présence de hauts fonctionnaires de son département. 209. Après une brève présentation des mandats et activités de la Commission, en particulier son mécanisme spécial sur les industries extractives, l’environnement et les violations des droits de l’homme, la délégation a sollicité du ministre des informations et éclaircissements, notamment sur les types de ressources naturelles qui existent au Swaziland; les politiques et les instruments juridiques en place pour garantir une négociation transparente et avantageuse des concessions dans les industries extractives; le processus de négociation des concessions et son degré de transparence; la consultation et la participation des membres des communautés affectées dans la négociation de concessions; les procédures d'expropriation et les garanties prévues par la loi, y compris en matière d'indemnisation. 210. Dans sa réponse, le ministre a informé la délégation que le Swaziland exploite actuellement l'or et le charbon, tandis que le diamant, l'amiante et le minerai de fer restent à être à explorés. La délégation a appris que le Swaziland prend des mesures visant à assurer que les recettes du pétrole et du gaz extraits dans le pays sont utilisées au profit de tous les citoyens et, à cet égard, le gouvernement a mis en place des lois et des politiques destinées à réglementer le secteur, notamment la 42
Constitution et la Loi sur les mines et les minéraux (n°4 de 2011). La délégation a également appris que la Constitution définit le cadre et l’esprit de l'exploration des minéraux dans le pays, notamment en ce qui concerne la propriété des minéraux, le droit à la propriété et l'indemnisation en cas d'expropriation. De son côté, la Loi sur les mines et les minéraux (n° 4 de 2011) contiendrait tous les principes et pratiques exemplaires en matière de valorisation des ressources. Toutefois, il a été noté que les textes d’application de la Loi étaient en instance d’adoption. Il a également été signalé que le Swaziland avait été admis comme membre à part entière dans le Processus de Kimberley depuis 2011. 211. Il a également été signalé qu'un Conseil de gestion des minéraux multipartites (le Conseil) a été mis sur pied. Il est chargé d’examiner les demandes de concessions minières et relève directement du gouvernement. Le Conseil est créé en vertu de la Constitution et se compose du Commissaire aux Mines, d’un ingénieur des mines, d’un économiste, d’un juriste et trois autres personnes, qui sont toutes, y compris le Président, nommées par le Roi sur l'avis du Ministre en charge des Mines. Le Commissaire aux mines est la seule personne légalement autorisée en vertu de la Constitution à administrer les dispositions de toutes les lois minières. Il est l'autorité compétente en ce qui concerne la délivrance des licences d’exploitation minière et fait office d'administrateur général de toutes les mines du pays. Toute personne qui souhaite acquérir un droit minier doit en faire la demande auprès du Commissaire aux Mines, lequel présentera ensuite la demande au Conseil d'administration pour examen et évaluation, après quoi il recommande la proposition de projet la plus complète, pour l’octroi éventuel du droit sollicité. 212. En ce qui concerne la consultation préalable des communautés touchées, il a été signalé que le Bureau du Commissaire aux Mines le faisait dans le cadre d'un processus ouvert et transparent, mais que les membres de ces communautés ne sont pas représentés dans les organes décisionnels réglementant les concessions minières. Il a également été signalé que la conduite d’études d'impact sur l'environnement et l’élaboration de plans d'atténuation complets sont obligatoires avant la réalisation d’un quelconque projet minier. Les rapports correspondants doivent également être examinés de façon totalement ouverte et transparente, en donnant à toutes les parties prenantes la possibilité d’apporter leurs contributions. De plus, il a été noté que ces évaluations sont effectuées pendant toutes les phases de la concession minière, jusqu'à la fermeture de la mine. 213. S’agissant de la propriété foncière et l'impact des industries extractives, on a fait remarquer que, certes les individus possèdent des terres, mais ils ne propriétaires des ressources naturelles qui s’y trouvent et que celles-ci appartiennent à la nation toute entière. Par conséquent, les négociations avec les propriétaires fonciers touchés par des activités extractives ne concernent que la propriété foncière et les droits fonciers. Il a également été noté qu'il existe des cas où les ressources naturelles se trouvent non pas sur des terres privées, mais sur les terres de la nation swazie, détenues par le Roi pour le peuple. Il a été noté que, dans tous les cas, une indemnisation juste est versée et qu'une réinstallation est faite, et que lorsqu'une demande est reçue pour l'extraction de ressources naturelles, les terres concernées sont rezonisées et des moyens convenables d'indemnisation sont convenus et distribués aux personnes affectées. 43
214. En ce qui concerne la propriété foncière en général, la délégation a appris que, sous l'administration tinkundla, les chefs attribuent des terres aux citoyens swazis. Pour ce qui est de l'accès des femmes à la terre, il a été signalé que les femmes peuvent posséder des terres privées en leur nom propre, mais doivent avoir le consentement de leur conjoint pour en disposer. Les biens communs sont désormais enregistrés sous les noms de l’époux et de l'épouse, et leur consentement mutuel est exigé pour leur aliénation. 215. En ce qui concerne la répartition des recettes tirées de l’exploitation des ressources naturelles, 25% de ces recettes sont versées au gouvernement swazi, 25% au Roi en fiducie au nom du peuple et 50% à la société minière concernée. De plus, il a été noté que les sociétés minières ont l'obligation légale d'investir dans la collectivité locale où les ressources sont extraites, dans des projets qui répondent aux besoins de la population locale et que, à cette fin, des lignes directrices ont été adoptées. Les entreprises / investisseurs sont également tenus de soumettre des rapports trimestriels au Commissaire aux Mines. Le ministère des Ressources naturelles et de l'Énergie présente également au Parlement des rapports trimestriels sur les concessions accordées, les redevances encaissées et les recettes provenant de l'industrie minière. Rencontre avec le Coordonnateur résident des Nations Unies, Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) 216. La délégation a également rencontré le coordonnateur résident des Nations Unies au Swaziland, M. Israel Dessalegne. Ce dernier a expliqué à la délégation la mission du bureau du PNUD dans le pays, qui porte, entre autres, sur les questions relatives aux droits de l'homme dans le contexte de la gouvernance. 217. M. Dessalegne a indiqué que les programmes du PNUD comprenaient le renforcement des capacités des institutions clés, par exemple le renforcement des organes de contrôle tels que le Parlement. À cet égard, il a fait remarquer que le PNUD apportait son soutien au Parlement dans l'élaboration d'un plan stratégique, assorti d'objectifs, de renforcement des capacités. Il a également noté que le PNUD était déterminé à aider à la transposition des conventions signées par le gouvernement, mais a toutefois noté que ce processus s'était avéré indûment long en raison du système de gouvernement qui combine des formes modernes et traditionnelles de gouvernance. Il a également souligné que, dans les limites de son mandat, le PNUD apportait son soutien aux OSC du pays. 218. En ce qui concerne le processus de réforme du droit, M. Dessalegne a fait part de la disposition permanente du PNUD à accompagner le Gouvernement. 219. Il a également noté que le PNUD travaillait en étroite collaboration avec le pouvoir judiciaire. À cet égard, il a signalé que le PNUD avait aidé à l'élaboration d'un système de gestion des affaires, tout en notant qu'une analyse systématique et complète des besoins de la magistrature était nécessaire pour déterminer les domaines d'assistance, et que le PNUD était en train de s’atteler à cette tâche. Il a également noté que le PNUD avait eu certaines difficultés à travailler avec le Chief Justice précédent, qui n'était pas réactif. 44
220. Dans sa conclusion, M. Dessalegne a relevé que la dynamique politique du pays et le manque de volonté politique de prendre les décisions nécessaires faisaient souvent obstacle aux activités de renforcement des capacités et autres interventions. Il a également souligné la nécessité de s'engager pleinement dans la mise en œuvre des activités requises et d’adopter une approche ascendante dans le traitement des questions. Rencontre avec le Ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles 221. La délégation a également eu une rencontre avec S.E. M. Edgar Hillary, ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, en présence de hauts fonctionnaires de son département. 222. Au cours de la rencontre, la délégation a fait part de ses observations préliminaires sur la mission. En ce qui concerne les questions relatives au Ministère de la justice et des Affaires constitutionnelles, la délégation a noté que le processus de réforme du droit avait été évoqué comme un sujet de préoccupation, notamment la lenteur du processus de révision des lois en conflit avec la Constitution. Un autre sujet de préoccupation est la non-application de certaines de la Constitution, y compris celles relatives à la nomination de personnes non qualifiées à des postes constitutionnels, ainsi que l'absence de procédure régulière en ce sens, contrairement aux dispositions de la Constitution. Aussi, la nécessité de rendre la Constitution et ses dispositions pleinement opérationnelles a été soulignée. Concernant la magistrature, les questions, comme la pénurie de juges, le manque d'infrastructures et d'installations comme des salles d'audience et des systèmes d'enregistrement, en plus de la faiblesse des ressources allouées à l’ordre judiciaire, ont également été soulevées. De plus, les problèmes tels que les processus indûment longs d'adoption des lois, la formation et la professionnalisation de la police, ainsi que la séparation des pouvoirs ont été soulevés. 223. En réponse, le ministre été reconnu que le processus de réforme du droit était en effet bloqué et posait problème. Il a noté à titre préliminaire que le Parlement avait le devoir de prendre les reines du processus de réforme du droit. Néanmoins, il a été signalé que du côté du ministère, il était prévu de créer une unité de révision constitutionnelle / unité de réforme du droit, qui serait dédiée au processus de réforme du droit. En revanche, il a été fait cas du petit nombre de projets de loi en raison de l’insuffisance de rédacteurs juridiques au sein du Ministère, ce qui a eu des répercussions sur l'élaboration des projets de loi nécessaires. 224. En ce qui concerne les informations faisant état de l’envoi tardif de projets de loi au Parlement par le Ministère, il a été indiqué que le Parlement devait établir des priorités et élaborer un programme législatif annuel afin d'adopter des lois à un rythme plus rapide. 225. Concernant le corps judiciaire, il a été noté que le Gouvernement était en train de recruter des juges supplémentaires, ce qui aiderait à réduire l'arriéré d’affaires. Il a également été relevé que le Gouvernement s'était engagé à construire de nouvelles salles d'audience et à mettre à la disposition de la magistrature des infrastructures et installations adéquates, mais que ses ressources étaient limitées. En outre, il a été relevé que les juges sur le terrain ne sont pas pleinement engagés, car certains 45
d'entre eux ne se donnent pas pleinement à leur travail, et donc prêtent le flanc. D'autres questions évoquées à cet égard sont la possibilité de créer des divisions géographiques au sein de la Haute Cour pour faciliter le traitement des affaires, ainsi que la recommandation de la Banque mondiale au gouvernement de réduire la masse salariale, ce qui aura un impact sur le recrutement. 226. Sur la procédure de nomination des juges, il a été noté que le Conseil des services judiciaires, qui est dirigé par le Chief Justice, avait élaboré sa propre procédure en la matière. 227. En ce qui concerne l'indépendance de la magistrature, il a été noté qu’elle est constitutionnellement garantie et implique à la fois l'indépendance administrative et financière. Toutefois, concernant son budget, il a été noté que le Chief Justice le soumet au ministre de la Justice qui le présente au Parlement, vu que le Chief Justice ne se présente pas devant le Parlement. 228. Parmi les autres questions soulevées, on peut citer, la transmission des documents à la Commission et en provenance de celle-ci, avec la proposition de désigner un point de contact au sein du ministère de la Justice; la visite dans les prisons, au sujet de laquelle la délégation a fait des observations préliminaires; la délégation a salué la sincérité de toutes les parties prenantes rencontrées; et il a été proposé que le pays envisage d'organiser un référendum sur la question des partis politiques afin de régler définitivement cette affaire. 229. En conclusion, la délégation a remercié le ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles pour avoir facilité les différentes rencontres qui ont eu lieu et réitéré l'importance pour le pays de soumettre ses rapports périodiques, conformément aux obligations qui lui incombent en vertu de la Charte africaine et du Protocole de Maputo. Rencontre avec l’Ambassadeur de la Délégation de l’Union européenne au Royaume du Swaziland 230. La délégation a également eu une brève rencontre avec l'Ambassadeur de l'Union européenne au Swaziland, M. Nicola Bellomo, au cours de laquelle ce dernier a évoqué un certain nombre de sujets de préoccupation. En ce qui concerne les lois en instance d’adoption, M. Bellomo a indiqué que le projet de loi sur les infractions sexuelles et la violence conjugale ne contenait pas de dispositions criminalisant le viol conjugal, et a noté l'absence de progrès dans la modification de la Loi sur l'ordre public et la loi sur la répression du terrorisme, qui contiennent toutes les deux des dispositions qui restreignent les droits de l’homme. En outre, il a noté avec préoccupation les dispositions du projet de loi sur la fonction publique, qui auraient pour effet de limiter les droits des fonctionnaires. Il a également évoqué la question de la quasi-absence de représentation des femmes au Parlement actuel et du nonrespect de la Constitution à ce sujet. 231. En ce qui concerne le travail de la délégation de l'UE dans le pays, M. Bellomo a fait savoir que le bureau de l'UE avait soutenu le processus de l'Examen périodique universel (EPU) et avait également présenté un rapport parallèle. Il a également 46
indiqué que l'UE étudiait les possibilités de collaboration entre le gouvernement et les acteurs non étatiques. 232. Par ailleurs, M. Bellomo a évoqué le potentiel inexploité d'énergie renouvelable dans le pays, qui pourrait accroître la production d'électricité nationale. À cet égard, il a souligné la nécessité d’adopter de nouvelles mesures spécifiquement destinées à encourager l'industrie sucrière à investir dans des machines et équipements éconergétiques pour stimuler la production d'électricité à partir de la bagasse. Dernière séance d’informations avec le Premier ministre et Conférence de presse. 233. Le dernier jour de la mission, la délégation a assisté à une séance d’informations avec le Premier Ministre, à laquelle avaient également pris part le Ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, le Président de la SCHPRA, le Directeur des Poursuites pénales, de hauts fonctionnaires du Cabinet du Premier ministre et du ministre de la Justice, ainsi que des membres de la presse, en l’occurrence de la chaine de radio-télédiffusion nationale. 234. La délégation a fait un exposé sur ses observations et conclusions préliminaires tirées de la mission et a saisi l'occasion pour remercier le Premier Ministre et le Ministère de la Justice de lui avoir facilité l'accès aux différentes parties, tout en se félicitant de l'ouverture et de la sincérité qui ont marqué les différentes rencontres tenues avec les parties prenantes. Pour sa part, le Premier ministre a remercié la délégation d'avoir accepté l'invitation d’entreprendre la mission en vue de faire une évaluation de l'état des droits de l'homme au Swaziland et lui a exprimé sa gratitude pour avoir partagé les conclusions et expériences tirées de celle-ci. Il a réitéré l'engagement du Gouvernement du Swaziland à respecter les dispositions de la Charte africaine et, en particulier, son obligation de présenter des rapports d’État. 235. Sur certains points soulevés au cours de la séance, le Premier ministre a sollicité les conseils de la délégation. Plus particulièrement, il a noté que sur les questions que rencontre la magistrature, le gouvernement faisait face à un dilemme car les réformes qu'il initie étaient perçues comme une atteinte à l'indépendance de la justice. La délégation a fait observer qu'une option pour réaliser une réforme judiciaire sans ingérence politique serait de recourir à une commission indépendante, avec la participation d'experts internationaux. 236. Enfin, la délégation a tenu une conférence de presse à laquelle ont participé des journalistes de la presse écrite et électronique. La chef de délégation a lu un communiqué de presse, dans lequel elle a dressé un bilan préliminaire de la mission, mis en exergue certains domaines de préoccupation et formulé des recommandations. Il s’en est suivi une séance de questions-réponses avec la presse, au cours de laquelle la délégation a apporté des informations supplémentaires en réponse aux questions posées. La chef de la délégation a également accordé des entrevues à quelques membres de la presse présents. VI. OBSERVATIONS ET ANALYSE 47
237. Cette section du rapport présente les observations et conclusions g��nérales tirées de la mission de promotion sur la base des visites effectuées et des informations recueillies lors des rencontres et discussions avec les différentes parties prenantes. 238. La mission a duré cinq jours au cours desquels la délégation a visité la capitale, ainsi que des établissements pénitentiaires à Manzini. La mission a donné à la délégation l'occasion de rencontrer et d'interagir avec un échantillon représentatif des parties prenantes intervenant dans le domaine des droits de l'homme. 239. La Mission s'est déroulée dans d'excellentes conditions et a bénéficié du soutien total du Ministère de la Justice et des Affaires constitutionnelle qui a veillé à ce que toutes les rencontres et visites prévues soient effectuées, à la satisfaction de la délégation. Aussi, la délégation se félicite d’avoir a rencontré un large éventail d'acteurs concernés, ce qui lui a donné une idée générale de la situation des droits de l'homme dans le pays et qui constitue la base des observations formulées ci-après. ASPECTS POSITIFS 240. La Commission prend note et se réjouit des points suivants comme étant des éléments positifs dans la promotion et la protection des droits de l’homme au Swaziland : i. L'autorisation accordée à la Commission d'entreprendre la Mission de promotion, et qui montre la volonté du Gouvernement à coopérer avec la Commission pour traiter les questions relatives aux droits de l'homme dans le pays; ii. Prend note des possibilités qu’offrent la Déclaration des droits et autres dispositions progressives de la Constitution (2005) en matière de promotion et de protection des droits de l'homme dans le pays; iii. Salue la ratification du Protocole de Maputo le 5 octobre 2012; iv. Salue également la mise sur pied et l'opérationnalisation de la Commission des droits de l'homme et de l'Administration publique /Intégrité du Swaziland (SCHRPA); v. Se félicite du fait que la peine de mort n'ait pas été appliquée depuis 1982, mais également de la commutation d'un certain nombre de condamnations à mort à la réclusion à perpétuité; vi. Note les efforts que déploie le Gouvernement swazi pour améliorer le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire; vii. Salue les efforts entrepris pour accroître l’effectif des femmes dans la police; viii. Se félicite de l’application de peines de substitution pour les délinquants primaires et secondaires; 48
ix. Note avec satisfaction le programme de réinstallation des exdélinquants; x. Salue l'incorporation des droits de l'homme dans la formation de la Police royale du Swaziland, ainsi que les efforts de professionnalisation de ses membres. xi. Note avec satisfaction les facilités offertes aux détenus en matière d'éducation et d'acquisition d’autres compétences; xii. Se félicite en outre de l'adoption de la loi de 2012 sur la protection et le bien-être des enfants, qui interdit le mariage d’enfants, et prie instamment le gouvernement d'en assurer l'application intégrale et effective; xiii. Accueille avec satisfaction l'élaboration d'une politique visant à garantir l'universalité et la gratuité de l'enseignement primaire dans le pays; xiv. Prend note des stratégies et mesures mises en place par le Gouvernement dans le cadre de la lutte contre la pandémie du VIH / sida dans le pays; xv. Note l'engagement du Gouverment à s’attaquer aux effets du changement climatique, notamment en déclarant le changement climatique une urgence nationale. DOMAINES DE PRÉOCCUPATION 241. En revanche, la délégation a noté et reste préoccupée par certains défis qui entravent la pleine réalisation et jouissance des droits de l’homme par les citoyens, et, à cet égard, souhaite souligner ce qui suit : Généralités i. Le fait de n’avoir pas incorporé dans son droit interne des instruments régionaux et internationaux de droits de l'homme dûment ratifiés par le Swaziland, y compris la Charte africaine et le Protocole de Maputo; ii. L'omission de soumettre des rapports périodiques pour s'acquitter des obligations qui lui incombent en vertu de la Charte africaine et du Protocole de Maputo; iii. Le retard pris pour enclencher un processus de réforme globale du droit, afin d'aligner toutes les lois existantes sur la Constitution et, en particulier, sur la Déclaration des droits; iv. L'absence d'application pleine et effective de certaines dispositions de la Constitution, y compris en ce qui concerne la nomination à des postes constitutionnels; 49
v. Le retard pris dans l'adoption de la législation habilitante pertinente pour rendre opérationnelles les dispositions de la Constitution concernant la Commission des droits de l'homme et de l'administration publique / intégrité du Swaziland (SCHRPA); vi. Le retard pris dans la nomination du personnel requis pour assurer le bon fonctionnement de la SCHRPA ; vii. Le manque d'indépendance financière et de financement des organes de surveillance, notamment la Commission des droits de l'homme et de l'administration publique / Intégrité et la Commission électorale et de délimitation des circonscriptions ; viii. Le retard pris dans l'adoption de projets de loi et de politiques susceptibles d'améliorer la jouissance des droits de l'homme, notamment: - le projet de loi sur les droits de l’homme, le projet de loi sur les infractions sexuelles et la violence conjugale, Le projet de loi sur l’accès à l’information; Le projet de loi sur l’emploi; Le projet de loi sur le Fonds national de retraite; Le projet de loi sur le Fonds des accidents du travail; Le projet de loi sur la radio-télédiffusion au Swaziland; Le projet de loi sur la Société de radiodiffusion du Swaziland; Le projet de Politique foncière. ix. L'existence de projets de loi susceptibles d'entraver la jouissance des droits de l'homme, tels que le projet de loi sur la fonction publique et le projet de loi sur la preuve électronique; x. L'absence de séparation effective et adéquate des pouvoirs, qui entrave l’exercice plein et efficace de la fonction de contrôle du Parlement et l’administration de la justice par le corps judiciaire; Ratification et intégration des instruments internationaux xi. Le Swaziland n'a pas ratifié un certain nombre d'instruments régionaux et internationaux importants, comme indiqué au paragraphe 40 du présent rapport; Égalité et non-discrimination xii. L'absence d'égalité entre les sexes au sein du pouvoir judiciaire et du Parlement, y compris la non-application de l'article 86 de la Constitution; xiii. L'absence d'une politique claire pour remédier aux obstacles qui entravent l'élection des femmes au Parlement; La Peine de mort xiv. Le maintien de la peine de mort dans le code des lois, bien qu'aucune condamnation à mort n'ait été prononcée depuis 1983; 50
La Torture xv. Le manque d'informations concrètes sur le processus d’internalisation de la CAT, ainsi que le retard pris dans l'adoption d'une législation criminalisant la torture; xvi. L'absence d'un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur les allégations d’actes de torture commis par les agents de police et pénitentiaires; xvii. L'omission d'incorporer les Directives de Robben Island et les Directives de Luanda dans les manuels de formation des agents de police et pénitentiaires; Prisons xviii. Le surpeuplement des prisons de Matsapha; xix. La nécessité de moderniser les centres de détention construits à l’époque coloniale; xx. Les difficultés que rencontrent les Services pénitentiaires, notamment le déficit de professionnels, le manque d'équipements opérationnels, les contraintes budgétaires et l’inadéquation de la formation ; xxi. L'absence de catégorisation entre les prisonniers réhabilités et les prisonniers violents dans les cellules des prisons; Accès et administration de la justice xxii. Le déficit criard de juges, l'insuffisance des moyens du corps judiciaire et la mauvaise gestion supposée, exacerbant l’arriéré judiciaire et entravant l'accès à la justice; xxiii. Le manque de fonds pour la formation des juges et autres fonctionnaires judiciaires; xxiv. Les dispositions du projet de loi sur les Chefs qui mettent les Chefs traditionnels à l’abri des actions de justice, ce qui aurait pour effet d'empêcher l'accès aux voies de recours; xxv. L'absence d'une politique nationale en matière d'aide juridique; Liberté d’expression et Accès à l’information xxvi. Le maintien dans l’arsenal juridique du pays de plusieurs lois qui restreignent le droit à la liberté d'expression, comme la loi sur la répression du terrorisme, ainsi que les lois criminalisant la diffamation et la sédition; xxvii. L'absence de législation sur l'accès à l'information ; 51
xxviii. L’absence de jouissance pleine et entière du droit à la liberté d'expression, en particulier la liberté de la presse, entraînant l'autocensure par les médias, et potentiellement l'inhibition de la liberté académique; xxix. Les Lignes directrices sur la radiodiffusion publique, qui limitent l'accès aux médias et restreignent la liberté d'expression des parlementaires; xxx. L'absence d'une loi facilitant la création de chaines de radio communautaires au Swaziland; Liberté d’association et de réunion xxxi. L'absence d’exercice plein du droit à la liberté d'association, en particulier la non-reconnaissance et la non-participation des partis politiques; xxxii. L'absence de législation régissant la reconnaissance, la réglementation, le financement et le contrôle financier des partis politiques; xxxiii. Les dispositions du projet de loi sur la fonction publique qui pourraient restreindre les droits à la liberté d'association et de réunion des fonctionnaires; Droits économiques, sociaux et culturels xxxiv. Les informations indiquant que 65% de la population du pays vit dans la pauvreté; xxxv. Les informations faisant état d’une faible allocation budgétaire pour la santé, entraînant le manque de fournitures médicales dans les établissements de santé, notamment une pénurie de médicaments de base dans certains cas, et dans d’autres, l’exigence faite aux citoyens d'acheter des vaccins essentiels; xxxvi. Les cas signalés de criminalisation de l'avortement, en violation des dispositions du Protocole de Maputo et des dispositions de la loi qui autorisent l'avortement dans certaines circonstances; xxxvii. L'absence d'une politique claire visant à assurer la protection des droits des travailleurs domestiques; xxxviii. Les cas signalés d'expulsion forcée, suite à la vente de terres à des propriétaires privés ou à des organismes parapublics; xxxix. Tout en louant l'accès universel à l'enseignement primaire, les plaintes d’une faible allocation de fonds par le gouvernement, entrainant des situations où les parents seraient obligés de payer des frais scolaires supplémentaires; Femmes et enfants 52
xl. L'omission de remédier convenablement aux pratiques culturelles qui empêchent l'accès des femmes à la terre ou exigent qu'un membre masculin de la famille enregistre les terres; xli. L'absence de cadre juridique propre à promouvoir l'égalité des sexes et à renforcer les droits des femmes, y compris sur des questions telles que l'accès à la terre et l'égalité des sexes dans le mariage; xlii. Les cas signalés de mariage d'enfants, au mépris des dispositions de la loi de 2012 sur la protection et le bien-être des enfants qui interdisent le mariage d'enfants; xliii. Les informations faisant état de la dissolution du Conseil national de coordination des enfants, créé au sein du Cabinet du Vice-Premier ministre; xliv. L'absence d'une politique claire sur la protection des enfants handicapés; Industries extractives xlv. Tout en se félicitant de l'adoption de la Loi sur les mines et les minéraux (2013), qui vise à assurer l’enrichissement des ressources minières au bénéfice des citoyens swazis, la législation de suivi de ladite loi est toujours en instance d’adoption; xlvi. Le défaut de fournir des informations détaillées, comme demandé, sur le processus de consultation et d’indemnisation des communautés touchées par les activités extractives; VIH / SIDA xlvii. La nécessité d'une politique concertée pour lutter contre la stérilisation involontaire des femmes vivant avec le VIH / SIDA; xlviii. L'augmentation sans précédent des taux d'infection chez les jeunes filles et les femmes âgées de 15 à 24 ans, malgré les mesures adoptées par le gouvernement; xlix. L’absence de distribution de préservatifs dans les établissements pénitentiaires malgré les cas signalés de sodomie, ce qui expose les personnes incarcérées au VIH / SIDA et aux autres maladies sexuellement transmissibles; l. La nécessité d'une révision des programmes publics de lutte contre le VIH pour y inclure les personnes LGBTI, et plus particulièrement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) chez qui les taux de prévalence seraient élevés; Défenseurs des droits de l’homme 53
li. Les informations faisant état de restrictions imposées aux organisations de la société civile et autres acteurs non-étatiques œuvrant pour la promotion et la protection des droits de l'homme au Swaziland; Protection des droits des personnes LGBTI lii. L'absence de législation ou de politique destinée à assurer la protection des personnes LGBTI contre les agressions, telles que la violence et les abus, commises sur la base de leur identité sexuelle ou de leur orientation sexuelle supposée ou réelle. RECOMMANDATIONS 242. En revanche, la délégation a noté et reste préoccupée par certains défis qui entravent la pleine réalisation et jouissance des droits de l’homme par les citoyens, et, à cet égard, souhaite souligner ce qui suit : Généralités i. Incorporer dans le droit interne tous les instruments régionaux et internationaux de droits de l'homme dûment ratifiés par le Swaziland, y compris la Charte africaine et le Protocole de Maputo; ii. Soumettre les rapports d’État périodiques en souffrance, conformément aux obligations qui lui incombent en vertu de la Charte africaine et du Protocole de Maputo; iii. Enclencher sans délai un processus de réforme globale du droit, à l’effet d'aligner toutes les lois existantes sur la Constitution et, en particulier, sur la Déclaration des droits; iv. Assurer l’application pleine et effective de certaines dispositions de la Constitution, y compris celles concernant la nomination à des postes constitutionnels; v. Adopter toutes les lois habilitantes pertinentes pour rendre opérationnelles les dispositions de la Constitution relatives à la Commission des droits de l'homme et de l'administration publique / intégrité du Swaziland (SCHRPA); vi. Veiller à la nomination du personnel nécessaire au bon fonctionnement de la SCHRPA ; vii. Garantir l’indépendance financière et le financement des institutions de surveillance, notamment la Commission des droits de l'homme et de l'Administration publique / Intégrité et la Commission électorale et de délimitation des circonscriptions; viii. Accélérer la promulgation des projets de loi et politiques susceptibles d'améliorer la jouissance des droits de l'homme, y compris ceux qui sont mentionnés dans les Domaines de préoccupation; 54
ix. Réviser tous les projets de loi susceptibles d'entraver la jouissance des droits de l'homme, tels que le projet de loi sur la fonction publique et le projet de loi sur la preuve électronique; x. Garantir la séparation effective et adéquate des pouvoirs, pour permettre l’exercice plein et effectif de la fonction de contrôle du Parlement et l’administration de la justice par le pouvoir judiciaire; Ratification et intégration des instruments internationaux xi. Ratifier les instruments régionaux et internationaux mentionnés au paragraphe 40 du présent rapport, en plus de faire la déclaration prévue à l'article 34 (6) du Protocole de la Cour permettant aux particuliers et aux ONG de saisir directement à la Cour africaine; Égalité et non-discrimination xii. Assurer l'égalité des sexes au sein de l’appareil judiciaire et du Parlement, notamment par l’application de l'article 86 de la Constitution; xiii. Élaborer une politique claire visant à lever les obstacles qui entravent l'élection des femmes à des postes du Parlement; La Peine de mort xiv. Abroger du code des lois les dispositions qui prévoient la peine de mort, mais également formaliser le moratoire sur la peine de mort, comme un pas vers l'abolition effective de la peine de mort; La Torture xv. Veiller à l’incorporation de la CAT dans l’ordre juridique du pays, et promulguer une législation qui criminalise la torture; xvi. Mettre en place un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur les allégations de cas torture commis par des agents de police et pénitentiaires; xvii. Incorporer les Directives de Robben Island et les Directives de Luanda dans les manuels de formation des agents de police et pénitentiaires; Prisons xviii. Prendre des mesures pour remédier au surpeuplement de la prison de Matsapha, notamment en adoptant des programmes de peines de substitution et en appliquant des peines non privatives de liberté; xix. Procéder à la rénovation des centres de détention qui avaient été construits à l’époque coloniale; xx. Assurer une dotation en ressources humaines et matérielles suffisantes aux Services pénitentiaires, et renforcer les programmes de formation offerts au personnel pénitentiaire; xxi. Assurer la classification des détenus de manière à séparer les prisonniers réhabilités de ceux qui sont violents; 55
Accès et administration de la justice xxii. Remédier au déficit criard de juges, ainsi qu’à l’insuffisance des infrastructures à la disposition de la magistrature; xxiii. Assurer la fourniture de fonds suffisants pour la formation des juges et autres fonctionnaires judiciaires; xxiv. Modifier le projet de loi sur Ces chefs, qui vise à protéger les chefs contre des actions de justice, afin d'éviter toute entrave à l'accès à la justice; xxv. Mettre en place une politique nationale globale en matière d'aide juridique; Liberté d’expression et Accès à l’information xxvi. Modifier sans délai toutes les lois qui restreignent le droit à la liberté d'expression, y compris celle sur la répression du terrorisme, ainsi que les lois qui criminalisent la diffamation et la sédition; xxvii. Adopter une loi sur l'accès à l'information ; xxviii. Assurer la jouissance du droit à la liberté d'expression, notamment en ce qui concerne la liberté de la presse et la liberté académique; xxix. Modifier les dispositions des Lignes directrices sur la radiodiffusion publique qui ont pour effet de restreindre la liberté d'expression des parlementaires; xxx. Adopter une loi régissant les chaines de radio communautaires au Swaziland; Liberté d’association et de réunion xxxi. Envisager la tenue d’un référendum sur la participation des partis politiques aux élections, afin de régler cette affaire définitivement; xxxii. Songer à adopter une loi régissant la reconnaissance, la réglementation, le financement et le contrôle financier des partis politiques; xxxiii. Modifier les dispositions du projet de loi sur la fonction publique qui sont de nature à limiter les droits à la liberté d'association et de réunion des fonctionnaires; Droits économiques, sociaux et culturels xxxiv. Prendre des mesures immédiates et efficaces pour combattre la pauvreté; 56
xxxv. Intensifier les efforts visant à assurer que les établissements de santé disposent des ressources matérielles nécessaires, notamment des médicaments de base et des vaccins; xxxvi. Adopter une législation ou une politique pour assurer que l'avortement n'est pas criminalisé, conformément aux dispositions du Protocole de Maputo et aux dispositions de la législation nationale qui autorisent l'avortement dans certaines circonstances; xxxvii. Élaborer une politique claire visant à assurer la protection des droits des travailleurs domestiques; xxxviii. Enquêter sur les cas signalés d'expulsion forcée, suite à la vente de terres à des propriétaires privés ou des organismes parapublics; et adopter une politique claire prenant en charge les cas d’expulsion forcée; XXXIX. Veiller à une allocation de fonds suffisants aux écoles dans le budget national, afin de faciliter le programme universel d'éducation primaire; Femmes et enfants xli. Élaborer des politiques concrètes pour lutter contre les pratiques culturelles qui empêchent l'accès des femmes à la terre et mener la sensibilisation nécessaire auprès du grand public; xlii. Mettre sur pied un cadre juridique propre à promouvoir l'égalité des sexes et à renforcer les droits des femmes, y compris sur des questions telles que l'accès à la terre et l'égalité des sexes dans le mariage; xliii. Enquêter sur les cas signalés de mariage d'enfants qui violent la Loi sur la protection et le bien-être des enfants de 2012, en vue de traduire en justice les auteurs de tels actes; xliv. Prendre toutes les mesures nécessaires pour rétablir le Conseil national de coordination des enfants, créé au sein du cabinet du Vice-premier ministre; xlv. Élaborer sans délai une politique claire de protection des enfants handicapés; Industries extractives xlvi. Veiller à l'adoption des textes d’application de la Loi sur les mines et les minéraux (2013); VIH / SIDA xlvii. Élaborer sans délai une politique concertée de lutte contre la stérilisation involontaire des femmes vivant avec le VIH / SIDA; xlviii. Prendre toutes les mesures nécessaires pour s’attaquer à l'augmentation sans précédent des taux d'infection chez les jeunes filles et les femmes âgées de 15 à 24 ans; 57
xlix. Envisager la distribution de préservatifs dans les établissements pénitentiaires, afin d'assurer la protection des personnes incarcérées qui sont vulnérables au VIH / sida et aux autres maladies sexuellement transmissibles; l. Élaborer des programmes de lutte contre le VIH / SIDA axés sur les personnes LGBTI, et plus particulièrement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH); Défenseurs des droits de l’homme li. Lever les restrictions imposées aux organisations de la société civile et aux autres acteurs non étatiques, lesquelles ont pour effet de restreindre la liberté de réunion et d'association et de limiter les activités des ONG impliqués dans la promotion et la protection des droits de l'homme au Swaziland; lii. Élaborer un cadre juridique pour la protection des défenseurs des droits de l'homme, conformément à la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l'homme 1998 et aux Résolutions de la Commission sur les défenseurs des droits de l'homme, notamment les Résolutions, ACHPR/Rés. 69 (XXXV) 04, ACHPR/Res. 119 (XXXXII) 07, et ACHPR / Res.196 (L) 11; Protection des droits des personnes LGBTI liii. Adopter des mesures législatives ou politiques visant à assurer la protection des personnes LGBTI contre les agressions, telles que la violence et la maltraitance, commises sur la base de leur identité sexuelle ou de leur orientation sexuelle supposée ou réelle. 58

Created 16 juin 2026 · Edited 30 juin 2026