Rapports de Mission

Rapport de mission d’information au Zimbabwe Juin 2002

Fr Zimbabwe Summary Report of Fact-finding mission June 2002.pdf
UNION AFRICAINE AFRICAN UNION UNIÃO AFRICANA African Commission on Human & Peoples’ Rights Commission Africaine des Droits de ’Homme & des Peuples 90, Kairaba Avenue, P. O. Box 673, Banjul, The Gambia Tel: (220) 392 962 / 372070; Fax: (220) 390 764 E-mail: achpr@achpr.gm; Website: www.achpr.org Résumé version définitive Rapport de mission d’information au Zimbabwe Juin 2002 1
INTRODUCTION La Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples a effectué une mission d’information en République du Zimbabwe, du 24 au 28 juin 2002. La mission a été mandatée par la 29ème Session ordinaire de la Commission Africaine tenue à Tripoli, Libye, suite à des rapports de violations massives des droits de l’homme au Zimbabwe. La Commissaire Jainaba Johm, Vice-Présidente de la Commission Africaine, dirigeait la mission. Le Commissaire N. Barney Pityana, Commissaire chargé de couvrir le Zimbabwe, accompagné de Mlle Fiona Adolu, juriste au Secrétariat de la Commission Africaine basée à Banjul, Gambie, ont apporté leur assistance professionnelle. La République du Zimbabwe est un Etat partie à divers traités internationaux parmi lesquels on peut noter la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuple qu’il a ratifiée le 30 mai 1986. En tant qu’Etat partie à la Charte Africaine, le Zimbabwe a été un signataire exemplaire. Il a participé aux activités de la Commission Africaine et s’est acquitté de ses obligations au titre du traité. Depuis que le Zimbabwe est devenu un Etat partie à la Charte Africaine, la Commission n’a reçu aucune communication sur la violation des droits de l’homme dans le pays. Depuis la 27ème Session ordinaire de la Commission tenue à Alger, du 27 avril au 11 mai 1999, des déclarations d’ONG ont fait état de violations massives des droits de l’homme au Zimbabwe. L’attention de la Commission Africaine a été portée sur ces rapports et des déclarations ont été faites en vue d’une intervention urgente de la part de la Commission Africaine. La Commission Africaine s’est abstenue d’adopter une résolution sur la situation des droits de l’homme au Zimbabwe et a essayé en lieu et place de chercher à engager l’Etat partie concerné dans un dialogue, d’où l’envoi d’une mission d’information de la Commission Africaine. L’objectif de la mission était de réunir des informations sur la situation des droits de l’homme au Zimbabwe. A cet égard, la Mission a cherché à rencontrer des représentants du Gouvernement de la République du Zimbabwe, d’organes d’application de la loi, du Judiciaire, des parties politiques et d’organisations de la société civile, en particulier celles engagées dans la défense des droits de l’homme. La méthode adoptée par l’équipe de la mission d’information consistait à écouter les gens et à observer la situation qui prévaut dans le pays sous divers angles, à écouter les déclarations et témoignages de plusieurs acteurs dans le pays et d’engager le dialogue avec les autorités gouvernementales et d’autres organismes publics. Nous étions conscients du fait que la Mission ne pouvait pas être une mission d’enquête. Nous ne disposions ni des ressources, ni du temps nécessaires pour mener une telle enquête sur les allégations et les contre2
accusations dont on nous a fait part. Même si nous l’avions voulu, nous n’aurions pas pu entreprendre pendant la durée de notre séjour, une quelconque mission sur le terrain ou visite de prisons, d’hôpitaux ou lieux de détention, bien que tout cela nous ait été proposé. Plusieurs documents nous été soumis pour examen ainsi que des photos et d’autres formes de preuves. Plusieurs documents devaient être examinés soigneusement. La Mission a été bien reçue par M. D. Mangota, Permanent Secretary (Secrétaire générale) du Ministère de la Justice, des affaires juridiques et parlementaires et par le personnel du Ministère. Elle a bénéficié de toutes les facilités et de l’hospitalité du Gouvernement de la République du Zimbabwe. Les dispositions logistiques étaient parfaites. Le programme était établi en liaison avec le Secrétariat de la Commission Africaine. L’équipe de la Mission a également pu rencontrer toute personne susceptible de faire de notre visite un succès. Durant la visite, davantage de demandes ont été reçues et insérées dans le programme. Il en a résulté un programme chargé et aucune visite n’a pu être effectuée en dehors de Harare. Des fonctionnaires des Ministères de la Justice, des Affaires étrangères et de la Publicité et de l’Information accompagnaient l’équipe. Toutefois, les fonctionnaires n’ont pas assisté à nos réunions avec les ONG ou à une quelconque autre rencontre où les participants ne souhaitaient pas leur présence. HISTORIQUE DE LA MISSION En réponse aux demandes de révision de la Constitution du Zimbabwe, le Gouvernement a mis sur pied, en 1999, une Commission chargée de faire une large consultation et de présenter une constitution pour adoption par le Parlement. Bien que ce processus ait suscité des débats sur la qualité de membre, le rôle de la société civile et les termes de référence, le Projet de Constitution de 2000 a été soumis à un Référendum national du 13 au 14 février 2000. La ‘‘National Constitutional Assembly’’ (NCA) (Assemblée constitutionnelle nationale) qui est une coalition d’ONG, d’organismes religieux et d’autres forces sociales était à la tête de la société civile dans le processus de révision de la constitution. La NCA a finalement mené une campagne pour le rejet du projet de constitution parce qu’elle estimait qu’il donnait trop de pouvoir au Président et qu’il aurait permis au Président R. G. Mugabe de se représenter pour un autre mandat. Pour ce qui le concerne, le Gouvernement a introduit une disposition dans le projet de constitution qui était censée régulariser et alléger la réforme agraire dans le pays. En fait, le projet de constitution a été rejeté par le Référendum national. Ce processus a été accompagné de vives tensions dans le pays. Déjà en 1999, il y a eu des rapports sur l’occupation de terres et l’expulsion des fermiers blancs. Il y a même eu des rapports de meurtres. Il y a également eu des 3
preuves d’affrontements entre la police et les ‘‘envahisseurs de terre’’ et des témoignages d’une application inégale de la loi. Les sections en cause du projet de constitution ont ensuite été promulguées en loi, par amendement de la constitution en 2000. Suite au rejet du projet de constitution, les invasions de terre se sont largement répandues à travers le pays. Les élections législatives devaient avoir lieu à la fin de cette année et la tension a été vive pendant toute cette période. Il y a des rapports d’arrestations de journalistes pour avoir publié de fausses informations ou des informations qui auraient apporté la peur et la consternation. Il y a au aussi des rapports d’arrestations arbitraires de journalistes et de torture de dirigeants et membres de l’opposition pendant qu’ils étaient en garde à vue à la police (Chavunduka contre le Ministre de l’Intérieur, 2000(1) ZLR 552(S)). Des demandes de politique de réforme agraire faites plutôt ont été mises en cause dans les tribunaux et déclarées inconstitutionnelles. Le tribunal a également trouvé que les invasions de fermes commerciales étaient illégales et il a rendu une ordonnance demandant à la police de veiller à ce que les envahisseurs quittent les fermes. La police en a fait fi et il n’y a eu aucune conséquence (Commercial Farmers Union contre le Ministre de l’Administration territoriale ; 2000(2) ZLR 469(S) ; Law Society of Zimbabwe contre le Ministre des Finances ; 1999(2) ZLR 231(S)). Dans un cas, le tribunal a déclaré inconstitutionnelle, la ‘‘General Laws Amendment Act’’ (Loi sur l’amendement des lois générales) de 2001 qui interdit aux ONG de participer à l’éducation des électeurs lors des élections. La même loi a été maintenue, après recours à la ‘‘Presidential Powers (Temporary Measures) Act’’ (Loi sur (les mesures provisoires) des pouvoirs présidentiels). La situation des droits de l’homme au Zimbabwe a retenu l’attention internationale depuis ces événements. Suite au Référendum national, des élections législatives ont été organisées en juin 2000. Durant ces élections, le nouveau parti de l’opposition, le Mouvement pour le Changement démocratique, a obtenu pour la première fois presque le même nombre de sièges que le parti au pouvoir, la ZANU (PF). Cependant, dans le nouveau parlement, le soutien du parti au pouvoir a été considérablement renforcé par l’introduction de membres désignés d’office. Les élections présidentielles de 2002 ont été fortement contestées. Le Président R. G. Mugabe a été réélu avec une majorité extrêmement réduite et les observateurs internationaux étaient divisés quant au caractère libre et démocratique des élections. Le parti d’opposition MDC a toutefois refusé de reconnaître la légitimité des résultats et une poursuite judiciaire est engagée. Entre temps, le Chef de l’opposition, M. Morgan Tsvangirai et deux hauts fonctionnaires sont jugés pour trahison sur la base d’allégations de complot d’assassinat du Président ; des députés de l’opposition et des journalistes ont été arrêtés et des 4
allégations de torture pendant leur détention ont été systématiquement faites. Un membre de l’opposition a trouvé la mort pendant qu’il était en garde à vue à la police. Suite aux allégations de menaces et de pression à l’égard des juges, ces derniers ont démissionné ou ont été mis à la retraite pour diverses raisons. De nouvelles nominations ont été faites et la vision du judiciaire a désormais changé. BREVES INFORMATONS En préparation à la visite, le Secrétariat a élaboré un document d’information sur le Zimbabwe et les questions soulevées par la Commission Africaine. Le document est devenu un document de base utile lorsque l’on écoute les informations sur le Zimbabwe ou que l’observe la situation qui y prévaut pendant que l’on s’y trouve. Le jour de notre arrivée, M. D. Mangota et le personnel du Ministère des Affaires juridiques, constitutionnelles et parlementaires ont eu une réunion d’information avec l’équipe. La réunion concernait les dispositions logistiques prises, le programme de la visite et les personnes à contacter durant la visite. Dans le cadre des rencontres d’information, nous avons eu une réunion importante avec le Directeur exécutif de la Southern African Human Rights Trust (SAHRIT) qui est une organisation non gouvernementale (ONG) présente dans 12 pays sur les 14 de la région de la SADC. L’organisation renforce les capacités de la société civile et des institutions gouvernementales concernant le respect des droits de l’homme, traite des questions relatives à la corruption, entreprend des programmes sur l’obligation des Etats de faire rapport aux organes créés par traité, organise des cours sur les droits de l’homme, le suivi, la recherche et la documentation sur les droits de l’homme. Le Directeur exécutif a indiqué que les raisons pour lesquelles la question de la redistribution des terres est devenue un problème aujourd’hui et non en 1990, lorsque le Zimbabwe s’est libéré des contraintes de l’Accord de Lancaster, sont essentiellement l’absence d’une bonne gouvernance. Au fil des ans, le gouvernement a manqué à ses promesses d’entreprendre une réforme agraire. En conséquence, il se sert actuellement de la question des terres comme base de campagne pour rester au pouvoir afin de rendre la terre aux zimbabwéens autochtones. Il a informé la délégation que les occupations illégales des terres ont commencé par des manifestations de mécontentement contre les politiques agraires qui permettaient surtout aux blancs d’être propriétaires fonciers. Les manifestants ont perdu la vie et les personnes ayant manifesté plus tard ont 5
refusé de quitter les fermes, ce qui a dégénéré en une violence contre les occupants illégaux. Le Directeur exécutif a déclaré que, bien qu’il se réjouisse de la réforme agraire et de la redistribution des terres par le gouvernement, il était préoccupé par le fait que le programme avait réinstallé des personnes qui n’étaient pas des fermiers proprement dit, ce qui a contribué à l’effondrement de l’économie zimbabwéenne. CONCLUSION La délégation était en mission au Zimbabwe pendant 5 jours ouvrables durant lesquels elle a eu un programme complet. La délégation a essayé de rencontrer toutes les personnes ayant exprimé un intérêt à faire part de leurs préoccupations à la Commission et lorsque cela n’était pas possible, elle a collecté des rapports et documents pour examen. La délégation est consciente qu’une visite uniquement dans la capitale du Zimbabwe, Harare, ne donnait pas une idée complète de la situation dans le pays. Nous avons reçu des invitations pour visiter certaines fermes commerciales affectées à de nouveaux propriétaires ; nous avons également jugé nécessaire de visiter l’une des prisons et la Police centrale de Harare dont on nous a beaucoup parlé. L’Archevêque catholique de Bulawayo nous a également invités à une cérémonie à Bulawayo le samedi, jour de notre départ. Nous reconnaissons donc que notre rapport a manqué de donner une image complète de la situation au Zimbabwe. Nous nous félicitons toutefois du fait que, pendant que l’on se trouvait à Harare, nous avons pu rencontrer divers acteurs sociaux et politiques du pays. Nous apprécions sincèrement l’accueil que nous ont réservé les autorités gouvernementales de la République du Zimbabwe et des dispositions prises pour le bon déroulement de notre mission. Nous n’avons jamais senti que les autorités gouvernementales essayaient de faire échouer ou de saper notre mission d’une quelconque façon. Elles ont réagi à nos demandes avec courtoisie et un parfait professionnalisme, d’où l’atmosphère d’ouverture et de franchise dans laquelle nous avons travaillé, ce qui a amené les personnes avec qui nous avons eu des entretiens à s’exprimer librement. Nous n’avons jamais entendu de rapports ou des raisons qui nous auront amenés à penser que les témoins et les personnes qui se sont présentés devant nous étaient intimidées ou sous une quelconque menace. 6
Toutefois, nous ne serions pas sincères si nous n’indiquions pas que l’impression générale que nous avons eue du Zimbabwe était que c’était une société extrêmement polarisée. Les opinions politiques sont fortement maintenues. Les porte-parole du gouvernement ont énergiquement défendu leur cause. Ils ont accusé les opposants d’être influencés et financés par des agents défendant les intérêts britanniques. L’on ne comprenait pas qu’il y ait une différence réelle de points de vue concernant les priorités nationales et la nature de la démocratie que les zimbabwéens ont recherchée ensemble. Dans plusieurs cas, mais pas tous, certains porte-parole du gouvernement ont donné l’impression d’être intolérants envers l’opposition et incapables de gérer diverses opinions politiques au sein d’une démocratie. Du côté du gouvernement, l’internationalisation de la situation du Zimbabwe a été regrettable. La campagne en faveur de sanctions et de l’exclusion des dirigeants zimbabwéens, orchestrée et soutenue par l’opposition politique et certaines ONG de défense des droits de l’homme, donne un sentiment amer d’absence de patriotisme. Le gouvernement estime que la société civile des droits de l’homme a effectivement sapé sa propre intégrité et son indépendance en faisant partie de l’opposition et qu’elle sera en conséquence traitée comme l’opposition politique dans le débat politique animé. Au sein de la communauté des ONG, on s’est rendu compte que la peur prédominait. Il avait été signal�� qu’il se développait au Zimbabwe une militarisation de la société avec la création, au sein de la police, d’une unité de l’ordre public chargée d’enquêter sur les crimes politiques, certains agents de la ‘‘Central Intelligence Organisation’’ (service de renseignements généraux) ont été accusés de violence et de torture, la police et l’armée ont été accusées de partialité et des milices de jeunes sont aisément déployées pour s’attaquer à des prétendus opposants politiques. Les soi-disant anciens combattants étaient très craints et il a été allégué qu’ils opéraient en dehors de la loi. Aussi, l’image que l’on a eue est celle d’une impunité généralisée, que même bien-intentionnés, les fonctionnaires de police étaient sujets à la pression politique et étaient donc impuissants. Les juges et les magistrats étaient également soumis à des pressions politiques de sorte que leur degré de confiance en l’indépendance du judiciaire était faible. Au milieu de tout cela, il y a eu la politique agraire. Aucune des personnes que nous avons rencontrées n’a nié le fait que la réforme agraire soit devenue un impératif politique au Zimbabwe. Que, bien entendu, il a été exprimé à différents degrés d’intensité. Le Gouvernement croyait que certains juges étaient impliqués dans la question des terres et que leur jugement manquait de crédibilité. L’on pensait que la question foncière allait bientôt être résolue et que le fond politique, économique et moral de la politique de réforme agraire ne pourrait pas être remis en question. Le gouvernement a reconnu que certains abus ont pu avoir lieu dans le cadre de 7
l’application de la politique. Ces abus ne faisaient toutefois pas partie de la politique du gouvernement qui a admis que le bruit fait autour de la question des terres était compréhensible ; que la patience des zimbabwéens avait assez durée et que le gouvernement était déterminé à régler ce problème une fois pour toutes. La communauté organisée des fermiers a reconnu que la réforme agraire était nécessaire. Les fermiers blancs ont pensé que le dialogue avec le gouvernement était nécessaire et déclaré qu’ils étaient prêts à contribuer au règlement du problème. Ils participaient en toute bonne foi au forum de consultation dirigé par le gouvernement. Leurs principales préoccupations étaient que, à plusieurs égards, les invasions et occupations illégales des terres étaient contraires à la politique prévue, que l’ordre public s’était effondré et que la violence et même les meurtres sont devenus chose courante. Dans de nombreux cas, ces pratiques ont été commises avec des motivations racistes et les fermiers ont senti que leur vie et leurs biens étaient constamment menacés. Les représentants de la société civile étaient également divisés. Certains ont accusé le gouvernement de se servir de la question des terres comme un écran politique pour couvrir ses propres échecs de politique générale depuis l’indépendance. Une question à laquelle les zimbabwéens attachaient beaucoup d’importance a été politisée de sorte à exprimer la politique du parti au pouvoir. Toutefois, ce que l’on considérait primordial, c’était la question foncière et la manière dont elle était traitée et aussi le fait que les violations des droits de l’homme sont venues après pour justifier les invasions comme nécessaires pour rendre la terre aux populations. Entre temps, la liberté d’expression et l’indépendance des médias, la liberté d’association politique et un ensemble d’autres libertés civiles, en particulier la prévalence de la torture, la violence politique et l’état de droit, sont des questions qui méritent une attention immédiate. Résultats 1. Nous sommes parvenus à la conclusion selon laquelle la société zimbabwéenne est extrêmement polarisée. C’est une société divisée profondément ancrée dans ses positions. La question foncière n’est pas en elle-m��me la cause de la division. Il semble qu’au cœur, se trouve une société à la recherche de moyens pour parvenir à des changements et divisée sur la question de savoir comment mieux réaliser ces changements, après deux décennies de domination par un parti politique qui a porté les espoirs et aspirations de la population zimbabwéenne à travers la lutte de libération qui a mené à l’indépendance. 8
2. Nul doute que du point de vue de l’équipe de mission d’information, la question foncière est cruciale et que les Zimbabwéens, allaient l’aborder tôt ou tard. L’équipe a toujours maintenu que du point de vue des droits de l’homme, la réforme agraire doit être l’apanage du gouvernement zimbabwéen. Nous avons noté que l’article 14 de la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples stipule : « Le droit de propriété est garanti. Il ne peut y être porté atteinte que par nécessité publique ou dans l’intérêt général de la collectivité, ce, conformément aux dispositions des lois appropriées. » L’on s’est rendu compte que le Gouvernement du Zimbabwe a essayé d’introduire cette question dans le système juridique et constitutionnel du pays. Cela signifie maintenant que la réforme agraire et la répartition des terres peut désormais avoir lieu de manière légale et ordonnée. 3. On nous a présenté assez de témoignages faisant état de violations des droits de l’homme au Zimbabwe. Nous avons reçu le témoigne de personnes victimes de violence politique et d’autres victimes de torture alors qu’elles étaient en garde à vue à la police. Il y a eu des preuves d’arrestations arbitraires, en particulier celle du Président de la ‘Law Society of Zimbabwe’ et de journalistes, notamment Peta Thorncroft, Geoffrey Nyarota, parmi tant d’autres, les arrestations et la torture de députés de l’opposition et d’avocats des droits de l’homme comme Gabriel Shumba. 4. Nous n’avons toutefois pas pu établir de manière certaine qu’il y a eu des violations des droits de l’homme commises dans plusieurs cas par des agents de l’Etat et des militants du parti, et cela fait partie d’une politique orchestrée par le gouvernement du Zimbabwe. Nous avons reçu suffisamment de témoignages de la part du Chef de l’Etat, des ministres et des dirigeants du parti au pouvoir, selon lesquels il n’y a jamais eu de plan ou de politique de violence, de perturbation ou de toute forme de violations des droits de l’homme, essayant de nous faire accepter de telles assurances. Ce à quoi nous sommes préparés et en quoi nous pouvons décider, c’est que le gouvernement ne peut pas se dégager totalement de la responsabilité de ce qui est arrivé. Il est évident qu’il prévaut un climat surchargé, de nombreux militants de la question foncière ont entrepris leurs actions illégales dans la perspective que le gouvernement les comprenait et que la police n’allait pas agir contre eux. Beaucoup d’entre eux étaient des anciens combattants et ils ont prétendu agir en tant qu’anciens combattants et militants de parti. Avec ses déclarations et sa rhétorique politique et en faisant respecter l’état de droit, le gouvernement n’a pas réagi assez 9
rapidement et fermement pour tracer la voie qui montrait un engagement vis-à-vis de l’état de droit. 5. Il y a eu une vague de nouvelles législations et la relance des anciennes lois utilisées sous le régime Rhodésien de Smith pour contrôler et manipuler l’opinion publique, ce qui a restreint les libertés civiles. Notre attention a surtout été attirée par la Loi de 2002 sur l’Ordre public et la Sécurité et la Loi de 2002 sur l’accès à l’Information et sur la Protection de la Vie privée. Ces lois ont été utilisées pour exiger l’enregistrement des journalistes et leurs poursuites judiciaires pour publication de ‘‘fausses informations’’. Bien entendu, tout cela aurait un ‘‘effet paralysant’’ sur la liberté d’expression et introduirait un nuage de peur dans le cercle des media. La Loi sur les Organismes bénévoles privés a été revue pour légiférer sur l’enregistrement des ONG et la divulgation de leurs activités et sources de financement. 6. A l’exception du Bureau du Procureur général, aucune institution au Zimbabwe n’a le pouvoir de contrôler les actes illégaux de la police ou de recevoir des plaintes contre la police. Le Bureau du Médiateur est une institution indépendante dont le mandat a été récemment élargi pour inclure la protection et la promotion des droits de l’homme. Il nous est apparu évident que le Bureau était équipé de manière inadéquate pour mener une telle tâche et que l’idée prédominante que l’on a particulièrement du Médiateur, n’était pas une idée ayant suscité la confiance du public. Au moment de notre visite, le Bureau était juste sur le point de publier son premier rapport annuel, qui aurait dû l’être depuis cinq ans. Madame le Médiateur a déclaré que son Bureau n’avait encore reçu aucun rapport de violations des droits de l’homme. Cela ne nous a pas surpris, vu que dans sa déclaration à la presse faite au terme de notre visite, et sans entreprendre une quelconque enquête sur les allégations faites contre la milice des jeunes, Madame le Médiateur était sur la défensive concernant les allégations faites contre la milice. Si le Bureau du Médiateur doit effectivement servir de bureau bénéficiant de la confiance du public, il doit être indépendant pour gagner confiance du public. Sa mission devrait être élargie, son indépendance garantie et ses responsabilités bien définies. 7. Ce fut un privilège de rencontrer le Président de la Cour suprême et le Président du Tribunal de grande instance. Nous avons également rencontré le Procureur général et les cadres de son cabinet. Nous avons été frappés par le fait que le Judiciaire avait été corrompu et même sous ses nouvelles attributions, il subit le manque de confiance 10
qui découle des conditions politiques du moment. Nous avons eu plaisir à noter que le Président de la Cour suprême était conscient de la responsabilité de faire renaître la confiance du public. A cet égard, on nous a informé qu’un code de conduite pour le Judiciaire était à l’étude. Le Cabinet du Procureur général joue un rôle important dans la défense et la protection des droits de l’homme et pour mieux accomplir sa mission, il doit être en mesure d’appliquer les ordonnances rendues, les ordonnances des tribunaux doivent être respectées par la police et enfin, son jugement professionnel doit être respecté. 8. Nous avons noté avec satisfaction la dynamique et la diversité des formations de la société civile au Zimbabwe. La société civile est très engagée dans les questions de développement de la société et entretient des relations importantes avec le gouvernement. Nous croyons sincèrement que la société civile est essentielle pour soutenir une société et un gouvernement responsables. Une relation saine, bien que critique, entre le gouvernement et la société civile est essentielle pour une bonne gouvernance et la démocratie. 11
RECOMMANDATIONS A la lumière de nos résultats et conclusions, nous faisons les recommandations suivantes: Le Dialogue national et la Réconciliation Outre nos observations sur le manque de confiance entre le gouvernement et certaines organisations de la société civile, en particulier celles engagées dans la défense des droits de l’homme, notant le fait que le Zimbabwe soit une société divisée et considérant par ailleurs qu’il existe une différence de politique concernant les questions telles que la terre et l’identité nationale, il s’avère que le Zimbabwe a besoin d’assistance pour sortir du gouffre. Le pays a besoin de médiateurs et de réconciliateurs dévoués à la promotion du dialogue et de l’entente. Les organisations religieuses sont mieux placées pour jouer ce rôle et les media ont besoin d’être libérés du contrôle pour exprimer de vive voix leurs opinions et refléter librement les croyances sociales. La création d’un climat favorable au respect des droits de l’homme Nous estimons qu’en signe de bonne volonté, le gouvernement devrait se conformer aux jugements de la Cour suprême et annuler les sections de la Loi sur l’accès à l’information qui viole la liberté d’expression de l’opinion publique. La Loi sur l’Ordre public doit également être révisée. La législation qui interdit la participation des ONG à l’éducation du public et le counselling eu égard aux droits de l’homme doit être revue. La ‘‘Private Voluntary Organisations Act’’ (Loi sur les Organismes bénévoles privés) devrait être abrogées. Les institutions nationales indépendantes Le Gouvernement est prié de mettre sur pied des institutions nationales crédibles et indépendantes qui suivent et empêchent les violations des droits de l’homme, la corruption et les abus administratifs. La mission du Médiateur devrait être revue et la législation qui lui donne les pouvoirs définis par les Principes de Paris devrait être adoptée. La possibilité de création d’un Bureau indépendant chargé de recevoir et d’enquêter sur des plaintes contre la police devrait être examinée, à moins qu’il ne soit confié au Médiateur des pouvoirs supplémentaires pour enquêter sur les plaintes contre la police. La création d’une Commission de supervision électorale est également importante. L’idée est largement répandue que Commission de Supervision électorale a été gravement compromise. Une plus grande autonomie accordée par la législation renforcerait son prestige et susciterait la confiance du public. 12
L’indépendance du Judiciaire Le pouvoir judiciaire a été récemment sous pression. Il semble que leurs conditions de travail ne protègent pas les juges de la pression politique ; la nomination des juges pourrait s’effectuer de sorte qu’ils puissent être à l’abri du stigmate de l’influence politique. Les forces de sécurité au Tribunal correctionnel et au Tribunal de grande instance devraient assurer la protection des présidents de séance. L’indépendance du Judiciaire devrait être garantie dans la pratique et les ordonnances judiciaires respectées. Le gouvernement et les media ont la responsabilité de garantir la haute estime et le respect dus aux membres du judiciaire en s’abstenant de procéder à des attaques ou d’user d’un langage incitatif contre les juges et les magistrats. Un Code de conduite pour les juges pourrait être adopté et géré par les juges eux-mêmes. Une Police professionnelle Des efforts doivent être déployés en vue d’éviter toute politisation de la Police. Les unités de police politique telles que l’unité de l’ordre public, les camps de milice de jeunes et les agents de la CIO qui semblent être engagés dans des enquêtes devraient être dissous. La police devrait être formée en tant que service entièrement professionnel, avec des conditions de service comparables et la protection contre l’influence politique. Les Médias Des médias puissants et critiques sont essentiels à l’instauration de la démocratie. Des exemples de pratiques contraires à l’éthique de la part de journaliste ont été fournis. La Commission Media et Ethique qui a été créée pourrait faire beaucoup de choses pour faire progresser les pratiques journalistiques et apporter une assistance grâce à la professionnalisation des journalistes. La Commission Media et Ethique souffre de la méfiance de ceux avec qui elle est censée travailler. La ‘‘Zimbabwe Union of Journalists’’ (Union Zimbabwéenne des Journalistes) pourrait jouir d’un statut consultatif au sein de la Commission Media et Ethique. La Loi sur l’Ordre public et la sécurité et la Loi sur l’Accès à l’information devraient être amendées pour se conformer aux normes internationales en matière de liberté d’expression. L’obligation de présentation de rapports à la Commission Africaine L’équipe note que la République du Zimbabwe a trois rapports à soumettre pour remplir ses obligations aux termes de l’article 62 de la Charte Africaine. L’Article premier de la Charte stipule que « les Etats parties à la Charte Africaine reconnaissent les droits, devoirs et libertés énoncés dans cette Charte et s’engagent à adopter des mesures législatives ou autres pour les appliquer ». L’article 62 de la Charte Africaine stipule que : « Chaque Etat partie s’engage à présenter tous les deux ans, à compter de la date d’entrée en vigueur de la présente Charte, un rapport sur 13
les mesures d’ordre législatif ou autre, prises en vue de donner effet aux droits et libertés reconnus et garantis dans la présente Charte ». La mission d’information rappelle par conséquent au Gouvernement de la République du Zimbabwe ses obligations et l’exhorte à prendre des mesures urgentes pour s’acquitter de ses obligations de présentation de rapport. La mission invite donc le Gouvernement de la République du Zimbabwe à présenter ses rapports dans la mesure où ces recommandations ont été examinées et appliquées. Remerciements La Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples reconnaît avec gratitude l’assistance du Gouvernement et du peuple zimbabwéens, en particulier le Président de la République, Son Excellence Monsieur R. G. Mugabe qui a montré la voie par son ouverture en déclarant que le Zimbabwe n’avait rien à craindre. Il a accueilli la supervision internationale parce que le Zimbabwe savait sincèrement qu’elle agissait dans l’intérêt de son peuple et pour corriger les erreurs du passé. Cela a donné le ton à nos visites au Vice-President John Msika, aux Ministres John Nkomo et Jonathan Moyo, au Président de l’Assemblé, M. Emmerson Mnangagwa, à des fonctionnaires du gouvernement tels que ceux du Procureur général, Ministre de Affaires judiciaires, juridiques et constitutionnelles, du Service de Police et des Prisons de la République du Zimbabwe. Le Président de la Cour suprême et le Président du Tribunal de grande instance nous ont reçus avec amabilité et nos échanges, bien qu’approfondis et francs, ont été menés dans un esprit de véritable enquête. Nous avons apprécié la confiance placée en notre mission par un grand nombre de membres de la société civile zimbabwéenne. Un nombre considérable d’ONG, d’églises et d’organes professionnels ainsi que les partis politiques étaient impatients de partager avec nous l’histoire du Zimbabwe. Ils n’étaient pas tous opposés aux politiques gouvernementales, mais beaucoup d’entre eux ont parlé avec passion de leur amour pour leur pays, de leur peine quant à la détérioration de la situation des droits de l’homme et du climat d’intolérance qui n’était pas zimbabwéen. Il y a eu également des gens ordinaires qui sont venus apporter leurs témoignages sur leurs expériences vécues entre les mains de la police. On nous a montré des preuves de torture. Etant donné que notre mission n’était pas une mission d’enquête, nous nous sommes abstenus de faire des conclusions spécifiques sur la responsabilité. Nous avons bon espoir que ce rapport aidera, tant soit peu, à affirmer leur confiance en l’avenir du Zimbabwe. 14
Notre visite n’aurait pu être fructueuse sans l’assistance de M. D Mangota, ‘Permanent Secretary’ au Ministère des Affaires judiciaires, juridiques et constitutionnelles. Son personnel a apporté un soutien et rendu des services des plus professionnels à la Mission d’information. Le Ministère des Affaires étrangères ainsi que le Ministère de l’Information et de la Publicité ont apporté toute l’aide possible. Le Procureur général, M. A.R. Chigovera est un collègue membre de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Son assurance et sa présence nous ont montré qu’il mérite tout à fait l’honneur et le respect dont il jouit au Zimbabwe. Nous les remercions tous sincèrement. Le Secr��tariat de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples basé à Banjul, Gambie, a facilité la visite. Nos remerciements vont particulièrement à Mlle Fiona Adolu, juriste au Secrétariat, qui a apporté son assistance technique à la Mission d’information. Mme Jainaba Johm Vice-Présidente de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et Chef de Mission Prof N. B. Pityana COMMISSAIRE Banjul, 29 avril 2003 15

Created 16 juin 2026 · Edited 22 juin 2026