Rapports de Mission

Résumé exécutif du Rapport du Groupe de travail sur les populations/communautés autochtones en Afrique : Mission en République de Namibie, 26 juillet – 5 août 2005

Executive summary to the report of namibia, 26 july - 05 aug.2005 _Fr.pdf
Résumé Exécutif du rapport de mission en Namibie Introduction Le Groupe de Travail des populations/communautés autochtones en Afrique a effectuée une mission du 15 au 23 juin 2005 en République du Botswana. La délégation était constituée comme suit : - le Commissaire Andrew Ranganayi Chigovera - membre de la Commission et président du Groupe de travail de la Commission africaine sur les populations et les communautés autochtones et - Dr. Naomi Kipuri - membre du Groupe de travail. La mission était accompagnée par M. Robert Eno, Juriste au secrétariat de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Objectif de la mission L’objectif général de la mission était donc d'exécuter le mandat du Groupe de travail et de la Commission africaine. Les objectifs spécifiques de la mission étaient notamment les suivants : - rassembler les informations sur la situation des populations autochtones en Namibie; - amener le gouvernement de la République de Namibie à instaurer le dialogue sur la situation des populations autochtones en particulier et ses relations avec la Commission africaine dans l'ensemble; - engager la société civile sur son rôle de protection des droits des populations autochtones en Namibie; et - visiter et discuter avec les communautés autochtones pour comprendre les problèmes éventuels qui affectent la jouissance effective de leurs droits humains. Aperçu historique de la Namibie L'Allemagne a annexé le Sud-Ouest africain (maintenant Namibie) en 1885 en vertu des accords conclus lors de la Conférence de Berlin. La reddition des forces allemandes au Sud-Ouest africain face à l'armée de l'Union de l'Afrique du Sud en 1917 a marqué le début de la domination de la Namibie par l'Afrique du Sud. Avec l'adoption du Traité de Versailles en 1919, le Sud-Ouest africain allemand a été déclaré mandat de la Ligue des nations sous l'administration sudafricaine. Les Nations Unies ont retiré le mandat à l’Afrique du Sud en 1966. L'Afrique du Sud a refusé de remettre le contrôle du pays à l'ONU. La SWAPO, sous la direction de SAM Nujoma, a alors lancé une lutte armée de libération. La majeure partie de cette lutte a eu lieu dans l’Ovamboland, à la frontière avec l’Angola, dans le Nord-Ouest.
Les tractations diplomatiques entre l'ONU, l'Afrique du Sud et la lutte armée de la SWAPO ont duré 23 ans. En date du 11 novembre 1989, les premières élections libres de l'assemblée constitutionnelle ont été tenues. La SWAPO a gagné les élections avec 57% des voix. En 1990, la Constitution a été modifiée. SAM Nujoma est devenu Président et la Namibie le 151ième membre des Nations Unies. Finalement, l’enclave de Walvis, le seul port maritime namibien d'importance économique, a été cédée par l'Afrique du Sud en 1994 et ce fut la dernière phase du processus qui a conduit à l'indépendance de la Namibie. Géographie Avec une superficie d'environ 824 000 kilomètres carrés, la Namibie est plus de trois fois la Grande-Bretagne. Les pays frontaliers sont l'Angola au Nord (1 376 kilomètres), le Botswana à l'Est (1 360 kilomètres), l’Afrique du Sud au Sud (855 kilomètres), la Zambie au Nord-Est (233 kilomètres). L'Ouest est bordé par l'Océan Atlantique. La longueur Nord- Sud du pays est de 1 500 kilomètres, alors que la largeur Est-Ouest oscille autour de 600 kilomètres au Sud et de 1 100 kilomètres au Nord. La densité de la population est très basse (1,8 millions d’habitants), soit 2,2 habitants par km2. A l’exception des fleuves frontaliers Orange au Sud, et le Kunene, Okavango et Zambezi au Nord – tous les fleuves de Namibie sont secs. Population et Composition ethnique Le pays a une population d'environ 1,8 millions d’habitants. La population namibienne est composée de 87,5% d’africains, 6% de blancs et 6,5% de métis. Environ 50% de la population appartiennent à la tribu Ovambo et 9% à la tribu Kavango; d'autres groupes ethniques sont: les Herero 7%, les Damara 7%, les Nama 5%, les Capriviens 4%, les San 3%, les Baster 2%, les Tswana 0,5% Divisions administratives La Namibie est divisée en 13 régions administratives, à savoir Caprivi, Erongo, Hardap, Karas, Khomas, Kunene, Ohangwena, Okavango, Omaheke, Omusati, Oshana, Oshikoto et Otjozondjupa. Obligations internationales eu égard aux droits humains La République de la Namibie a ratifiée plusieurs instruments internationaux des droits de l’homme y compris la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, la Convention de l’OUA régissant les aspects propres aux problèmes de réfugiés en Afrique, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Néanmoins, le pays
n’a pas encore ratifié la Convention N° 169 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur les populations autochtones et tribales. Missions antérieure Du 2 au 6 juillet 2001 et du 17 au 28 septembre 2001, les Commissaires Andrew Chigovera et Vera Chirwa ont entrepris respectivement des missions de promotion en Namibie, la dernier en sa capacité de rapporteure spéciale sur les prisons. Situation des peuples autochtones en Namibie - bref profil des groupes autochtones San et Himba Les San Les habitants autochtones namibiens sont les San, également appelés les boshimans. Les données disponibles indiquent qu'ils ont habité la Namibie pour une longue période avoisinant 20,000 ans. La Namibie est aujourd'hui peuplée de 30 000 à 33 000 San, soit moins de 2% de la population nationale. L'administration de l’Apartheid leur a assigné une zone de bantoustan à l'Ouest de Tsumkwe, mais les bochimans sont naturellement et traditionnellement un peuple nomade: ainsi cela ne leur convenait pas. Leur établissement dans l’ancien domaine des bochimans semble désespérément triste. L'alcoolisme règne et, par dessus de tout les Herero gardent leurs troupeaux dans le domaine des bochimans. Pendant la guerre d'indépendance, l'armée sud-africaine a utilisé les bochimans comme éclaireurs. Le gouvernement de la SWAPO ne les a pas vraiment encore pardonnés et, en conséquence, les bochimans sont restés marginalisés depuis l'indépendance. Malgré le fait qu’elles sont maintenant largement utilisées, les étiquettes 'San' et 'bochimans' sont étymologiquement péjoratives et ne se rapportent pas à une simple communauté linguistique ou culturelle qui s’y identifie. Les San sont composés d’un certain nombre de communautés linguistiquement, culturellement et économiquement variées avec une histoire et des pratiques culturelles distinctes. Les Himba Étroitement apparentés aux Herero, environ 10 000 Himba vivent loin dans le Kaokoland (50 000 kilomètres carrés d’étendue), dans la région sèche et montagneuse du Nord-ouest de Kunene. Les Himbas gardent toujours leur mode traditionnel de vie semi-nomade. Ils parlent la même langue que les Herero, otjiherero, et vivent exclusivement de leur bétail. Les Himbas ont migré et se sont établis dans le Nord-Ouest namibien et le SudOuest de l’Angola, le long du fleuve de Kunene, aux 16ème et 17ème siècles. Ils
se sont déplacés à l’intérieur des frontières de la Namibie actuelle dans le cadre d'une plus grande migration des peuples de l’Afrique orientale de langue bantou il y a plusieurs centaines d'années. Les Himba sont politiquement organisés en quatre chefferies le long du bassin du fleuve Kunene. Pendant des décennies, ils ont vécu dans un isolement relatif, et même les administrations coloniales successives communiquaient rarement avec eux. Récemment, le principal contact des Himba avec l’extérieur s’est fait avec les soldats pendant la guerre de libération de la Namibie avec l'Afrique du Sud, et plus récemment encore avec les touristes et les scientifiques qui ont fréquenté la région. Ils sont parfois appelés les peaux rouges parce qu'ils couvrent traditionnellement leurs corps, les poils et les peaux d'animaux qu'ils portent d’un mélange de matière grasse et de poudre d'ocre rectifiée du minerai de fer. Les femmes mariées portent un petit bandeau en peau souple sur les cheveux tressés et ocrés. En outre, elles portent souvent un ornement lourd autour de leur cou, qui comprend des coquillages pendant entre les seins et une plaque en cuir constellée de métaux qui pend au centre du dos. Elles portent également des anneaux de métal lourd à la cheville ainsi que d'autres bijoux faits de cuivre, de coquilles d'autruche ou de roseaux tissés. Les hommes du village étaient moins distinctifs dans leur accoutrement et certains avaient appris à porter des pantalons et des T-shirts de style occidental. Certains hommes quittent le village et vont du travail dans d'autres régions du pays et deviennent ainsi plus exposés à l’influence extérieure. Les institutions et les personnes rencontrées durant la mission Tout au long de la mission, la délégation a rencontré et a tenu des discussions fructueuses avec un large éventail de personnes et d'institutions dans le but d’être correctement informée de la situation des populations autochtones dans le pays. La délégation a rencontré les fonctionnaires du gouvernement, notamment le Sous-secrétaire général du gouvernement, un représentant du ministère des Affaires foncières, de la réinstallation et de la réhabilitation, un représentant du ministère de la Justice, un représentant du ministère de l'Education, un représentant du ministère de l'Agriculture et la sylviculture et le porte parole de l'Assemblée nationale. La délégation a également rencontré d'autres institutions pertinentes dont le Médiateur namibien, la Law Society de Namibie, l'Université de Namibie, le Centre namibien des droits de l'homme et de la documentation ainsi qu’un groupe d'ONG basées à Windhoek qui s’intéressent aux questions des autochtones. Le 5 août 2005, la délégation a rencontré et a tenu des discussions fructueuses avec l’ Honorable Royal JK ui /o/oo MP, le seul San MP du pays à l'heure actuelle. Cette réunion portait sur diverses questions concernant la situation des droits humains de la communauté autochtone San. La délégation a également rendu visite aux communautés San dans quatre régions du pays - notamment: Caprivi, Kavango, Otjozondjupa, et Omaheke.
Ces visites ont conduit la délégation aux communautés Khwe de Kongola à Divundu, le Ju/'hoansi dans la réserve de Nyae Nyae, le!Kung dans la réserve de N‡a Jaqna et le Ju/'hoansi dans le projet de réinstallation de la ferme de Skoonheid. Au cours de ces réunions, les communautés ont librement échangé avec la délégation, dans un dialogue franc et parfois riche d’émotions au sujet de leur situation. Par manque de temps, la délégation n’a pas pu se rendre dans la région de Kunene pour rencontrer le groupe autochtone Himba, ni rendre visite à un plus grand nombre de communautés San comme elle l’aurait souhaité. Cependant, la délégation a soulevé la question concernant la situation de tous les peuples autochtones avec les fonctionnaires du gouvernement et d'autres parties prenantes et croit que les personnes rencontrées et les discussions tenues avec les différentes institutions lui ont permis d’avoir des informations détaillées et de mieux comprendre les problèmes des populations autochtones de ce pays. Résultats et observations de la délégation la délégation a discutée de la situation des droits de l'homme des communautés San en termes de droits sur la terre et sur les ressources, la santé, l’éducation, la faim, la pauvreté, l’emploi, le leadership traditionnel et la représentation politique ainsi que d'autres politiques du gouvernement. Droits des San sur la terre et les ressources Les San et autres namibiens autochtones n’ont pas pu exercer entièrement ces droits en raison de l'éternel accès limité à l’enseignement et aux opportunités économiques sous le règne colonial, aggravés par leur isolement dans ces régions éloignées du pays. Dans toutes les régions visitées, à l’exception de Tsumkwe, les San ont fait état du manque d'accès à la faune et à la flore auxquelles ils étaient habitués. Ils se sont également plaints de leur incapacité de pratiquer l’exploitation agricole commerciale à grande échelle non seulement par manque de ressources mais aussi de formation. La plupart d'entre eux dépendent presque entièrement de l'aide alimentaire du gouvernement qui est très irrégulière. Le gouvernement namibien et les conseils de gestion des terres communautaires étaient peu disposés à reconnaître et accorder les droits à la terre aux groupes qui réclament leurs droits sur la base du droit coutumier et du système traditionnel. Stéréotype et discrimination Le terme San est employé pour désigner un groupe varié de populations autochtones qui habitent en Afrique australe et qui partagent les liens historiques et linguistiques. Le terme "Boshimans" n'est plus officiellement utilisé en
Namibie. Malheureusement, les San ont été traditionnellement considérés comme des citoyens de deuxième-classe en Namibie par les Européens et les peuples -parlant les langues Bantou. Ils ont été historiquement exploités par d'autres groupes ethniques. Tout au long de l’histoire, les membres de la Communauté San ont subi l'exploitation et la discrimination par leurs semblables. Cela inclut l'exploitation par les forces coloniales qui les employaient comme éclaireurs et qui les ont laissés sans assistance dans les anciens camps militaires. Actuellement, les populations San sont au service des agriculteurs dans les zones communautaires et commerciales ainsi que d'autres types d'employeurs qui les marginalisent et les assujettissent à des conditions d’emploi injustes dans de mauvaises conditions de logement. Les autres groupes ethniques les considèrent comme incapables, paresseux et primitifs. L'attitude stéréotypée de leurs voisins a inculqué aux San un sentiment de désespoir et de perte de l’estime de soi. Bon nombre d'entre eux refusent de révéler leur identité en public. Cette attitude a été confirmée par l’Honorable Royal Jonas et son souci est que cela mine sérieusement la culture San puisque beaucoup de jeunes ne s'y attachent plus. Pauvreté et chômage De tous les groupes ethniques namibiens, les San sont indéniablement dans la pire des situations et leur niveau de pauvreté est inégalé dans tout le pays. Leur indice de développement humain est inférieur à la moitié de la moyenne nationale, alors que leur indice de pauvreté humaine est plus du double de la moyenne nationale. Le revenu par habitant San est le plus bas parmi tous les groupes linguistiques de Namibie, et la majorité de la population n’a pas accès aux activités génératrices de revenus. Il semblerait que la majorité d’entre eux n'ont aucune perspective d’emploi et qu’ils n’ont accès à l'enseignement et aux services de base. Dans l'ensemble, leurs communautés sont affamées et le taux de mortalité va en grandissant à cause de la faim et des maladies non traitées telles que la tuberculose, la fièvre typhoïde et le paludisme. La sécurité alimentaire est un problème important - avec environ 70% de la population namibienne San dépendant des programmes d'aide alimentaire. D'autres problèmes rencontrés par la population incluent le manque de terre et d'éducation, la pauvreté extrême et la dépendance, ainsi que la vulnérabilité aux maladies liées à la pauvreté. Alimentation et soins de santé Comme la plupart de San sont au plus bas niveau de l'échelle sociale, leur pauvreté et vulnérabilité les rend plus enclins à l’infection aux maladies traitables comme la tuberculose et la malaria. Il est rapporté que le taux du VIH/SIDA est
en progression parmi les communautés San. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les communautés San qui jusqu'ici étaient isolées des autres groupes ethniques ont été exposées à ces groupes. De même, le tourisme a été encouragé dans la plupart des communautés San, les exposant davantage aux visiteurs provenant d'autres régions. L'espérance de vie moyenne du San est de 46 ans, soit est environ 25% de moins que la moyenne nationale qui est d’environ 61. Le niveau d’accès aux soins de santé est moins élevé chez les San que pour tous les autres namibiens avec plus de 80% d'entre eux vivant à plus de 80 kilomètres (environ à une heure de route) de toute sorte d'infrastructure de Santé, et le déplacement coûte très cher. Ils dépendent des centres mobiles qui sont souvent mal équipés pour traiter des problèmes compliqués que la population pourrait potentiellement avoir. Les cliniques mobiles font des visites irrégulières aux communautés San et il n'y a aucun arrangement pour les urgences. Les San et l'éducation en Namibie Les San restent la classe de la population la moins instruite en Namibie. On avance qu'aucun autre groupe linguistique n’est aussi bas que les San en ce qui concerne l'enseignement. Le taux d'instruction des San est le plus bas, juste 23% par rapport au niveau national de 66%. 1 Les taux d'inscription montrent qu'au fil des ans, il y a eu une augmentation du nombre d'enfants San inscrits à l’école. Mais le niveau est toujours considérablement insatisfaisant et quelques chercheurs pensent que si tous les enfants San en âge de scolarité devaient aller à l'école, on aurait besoin de créer dans le système 8 –10 000 places additionnelles pour eux. 2 L'accroissement du taux d’inscription n'est pas malheureusement allé de pair avec l'augmentation du nombre des enseignants et du matériel didactique. Il y a une carence prononcée d’enseignants et de matériel didactique dans les écoles San pour les enseignants ainsi que de fournitures scolaires pour les élèves. A Masambo, par exemple, il y avait seulement deux enseignants pour trois classes et à Omega III, il y avait seulement cinq enseignants pour toute une école allant jusqu’à la 7ème année. Les enseignants se sont plaints du manque de matériel didactique tel que les livres, le tableau noir, la craie, etc... Il n'y a aucun logement pour les enseignants et dans le cas d'Omega III, le directeur logeait dans le magasin de l'école avec un autre enseignant. 1 Suzman, James. Une évaluation de la situation des San en Namibie. Centre d’assistance juridique. Windhoek: Avril 2001. 2 Ibid.
L'accroissement du taux d’inscription est contrebalancé par l’augmentation correspondante des taux d’abandons d’écoles par les enfants San. On avance qu'à mesure que les San progressent dans les classes, le taux d’abandons augmente. En conséquence, il y a très peu d'enfants San dans les premiers cycles de l’école secondaire, et moins encore dans le deuxième cycle du secondaire et l’absence prononcée dans les institutions supérieures. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ce taux élevé d’abandon. Certains pensent que ces raisons varient en fonction de la progression dans le système éducatif. Dans les écoles primaires, il y a moins d’abandons parce que les élèves vont à une école proche de leurs parents et se mélangent rarement avec les élèves d'autres groupes ethniques. A l'école secondaire, ils s’éloignent de leurs parents et sont mis dans les foyers scolaires où ils doivent côtoyer les enfants des autres groupes ethniques. Selon Suzman, dans de telles circonstances, beaucoup d'enfants San subissent des moqueries à caractère ethnique de la part des autres groupes et même des enseignants, ce qui entraîne une faible participation et une mauvaise performance. En Namibie, l'enseignement des San est gratuit de la 1ère à la 10ème année, qui est l’équivalent de « Form 3 ». Après la 10ème année cependant, le gouvernement cesse de soutenir les San et exige que les parents ou les organismes philanthropiques prennent la relève. La suppression des frais de scolarité, d’uniformes et des frais d’internat pour les San tient compte du fait que les San ont été marginalisés pendant une période très longue et ont le plus bas taux d'instruction dans le pays. C'est également en reconnaissance du fait que les parents San sont pauvres et ne peuvent pas payer les frais de scolarité de leurs enfants. Un autre problème qui se pose à l'éducation des San est l’absence d'instruction en langue maternelle dans les écoles primaires. L'enseignement en langue maternelle a été introduit dans très peu d'écoles de la région de Tsumkwe. Beaucoup de groupes San reconnaissent l'importance de l'enseignement en langue maternelle pendant au moins les trois premières années de l'école. Ces groupes privilégient le développement de la réflexion ainsi que la promotion de la rétention des langues et du patrimoine culturel menacés. Autorité traditionnelle San Selon l'article 102(5) de la Constitution namibienne, un Conseil des chefs traditionnels est établi "afin de conseiller le Président sur le contrôle et l’utilisation des terres communautaires et sur toutes les autres questions qui peuvent leur être soumises pour avis ". Actuellement, plus de 40 chefs traditionnels namibiens officiellement reconnus jouent un rôle essentiel dans l’allocation des terres communautaires – ce qui représente, selon Harring et Odendaal, 41% sur les
"82,4 millions d’hectares de la superficie en Namibie". Les chefs traditionnels distribuent la terre pour les besoins de résidence, d’agriculture ou de pâturage. A ce jour, le gouvernement namibien n’a officiellement reconnu que deux des six chefs traditionnels namibiens San, à savoir le chef traditionnel !Kung à l'Ouest de la zone de Tsumkwe (autrefois Bushmanland occidental) et le chef traditionnel Ju|'hoan de Nyae Nyae. Une des obligations primordiales d'un chef traditionnel est "de s'assurer que les membres de sa communauté traditionnelle utilisent les ressources naturelles à leur disposition d’une façon durable" 3. Les chefs traditionnels !Kung et Ju|'hoan soutiennent l'établissement des réserves de N‡a Jaqna (!Kung) et Nyae Nyae (Ju|') hoan respectivement, mais ils ne sont pas directement impliqués dans les affaires de la réserve. Beaucoup de namibiens dont certains fonctionnaires du gouvernement croient que les San constituent un groupe homogène et qu’ils n’ont donc besoin que d’un seul chef traditionnel. Les populations pensent également que les San n’ont pas de structure d’organisation, qu’ils parlent la même langue et qu’ils ne sont attachés à aucune terre parce qu'ils sont nomades. Si le gouvernement continue de leur refuser la reconnaissance officielle, ils resteront exclus des conseils de la terre responsables de l’allocation des terres communautaires aux membres de la Communauté. Ce refus de reconnaissance affaiblit leur position et renforce la domination actuelle de leurs populations par d'autres groupes ethniques, perpétuant ainsi la marginalisation des San dans les affaires politiques locales. Représentation politique Les San sont les moins représentés dans les structures du gouvernement. En dehors de la circonscription de Tsumkwe où ils sont représentés au Parlement et ont la majorité San comme conseillers supérieurs et subalternes, ils sont insignifiants dans d'autres régions et au niveau national. Le seul MP San semble ne pas représenter toutes les communautés étant donné que ceux qui vivent hors de Tsumkwe semblent ne pas le connaître et qu’ils se plaignent du fait qu'il ne défend pas leurs doléances au Parlement. Conclusions et recommandations Conclusions Le Groupe de Travail recommande à la Commission Africaine de adoptée les recommandations suivants : Selon le Groupe de Travail, la mission a réussi à établir le dialogue entre la Commission africaine, le Gouvernement de la République de la Namibie, les 3 Loi relative aux chefs traditionnels de 2000: 3(2)(c).
organisations locales de la société civile et les communautés autochtones ellesmêmes. L’objectif principal de la mission était d’œuvrer en collaboration avec l’ensemble des partenaires à l’amélioration de la situation des droits humains des communautés autochtones du pays. Les approches visant la réalisation de cet objectif pourraient être différentes mais la Commission africaine estime que, grâce au dialogue, un terrain d’entente pourrait être trouvé. Le Groupe de Travail a fait les recommandations suivantes en espérant qu’elles seront adoptées par la Commission et mises en oeuvre par le Gouvernement comme premier pas vers la promotion des droits des communautés autochtones du pays. Les recommandations sont faites compte dûment tenu des mesures déjà prise par le gouvernement pour améliorer les situation des personnes autochtones ainsi que la situation socioéconomique et politique du pays, étant entendu que la Commission africaine serait disponible à tout moment pour soutenir le gouvernement dans leur mise en oeuvre. Les recommandations ouvrent également la voie au dialogue entre la Commission africaine et le Gouvernement de la République de la Namibie. Education Les enfants San qui échouent aux examens de la 10ème année devraient être appuyés par le gouvernement pour refaire l’année et ceux qui abandonnent l'école devraient être encouragés à retourner ou bénéficier d’une formation professionnelle répondant aux besoins de développement économique du pays. La formation professionnelle devrait également introduite pour ces qui abandonne l’école et d'autres de la classe 10 incapables de procéder en classe 11 pour éviter le gaspillage des ressources humaines. Le gouvernement devrait assurer l'éducation en langue maternelle pour tous les élèves San jusqu'à la classe 3 et former des professeurs San pour les enseigner. Ceux qui abandonnent en 10ème année pourraient être formés pour être des instructeurs de langue maternelle dans leurs communautés. Les plaintes au sujet de la discrimination et le langage stéréotypé contre les San devraient être examinés sérieusement et sanctionnés. Le gouvernement devrait criminaliser la discrimination sous toutes ses formes, et plus particulièrement celle qui est fondée sur la race ou l'appartenance ethnique conformément à l'article 4 de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale et à l'article 2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Formation Le gouvernement devrait assurer la formation agricole aux San qui souhaitent s'engager dans l’agriculture ou l’élevage. Droits sur la terre et le leadership traditionnel
Les communautés San devraient recevoir une terre communautaire qu'elles pourraient considérer comme la leur. Leur chef traditionnel devrait également être reconnu par le gouvernement. Insistant sur la certitude que le principe de laisser un groupe ethnique particulier tel que les Khwe San du Caprivi occidental être dirigé par un autre groupe ethnique, les Mbukushu, entraîne invariablement le désordre et des conflits éventuels. La représentation politique Le gouvernement devrait légiférer sur la discrimination positive pour accroître la représentation des San et d'autres communautés autochtones dans les structures de gestion des affaires publiques telles que le Parlement, le Conseil national et les structures du gouvernement local. Un système de quota devrait être adopté pour donner aux communautés autochtones un certain pourcentage dans ces structures. Santé Le gouvernement devrait créer des centres de santé plus proches des communautés San ou garantir que les centres mobiles leur rendent visites régulièrement. Emploi Le gouvernement devrait encourager le développement des activités génératrices des revenus autour des communautés San et leur accorder la priorité dans le recrutement aux postes vacants. Faim Les communautés San devraient être encouragées à pratiquer l’agriculture de subsistance. Ceux qui vivent dans des parcs devraient se voir allouer des endroits sûrs où leurs cultures ne seraient pas détruites par les animaux et dans le cas où les cultures sont détruites, elles devraient avoir droit à une compensation de la part du gouvernement. L’aide alimentaire et de lutte contre la sécheresse devrait être contrôlée de façon régulière et les responsables locaux devraient recevoir des moyens adéquats pour leur permettre de distribuer l'aide alimentaire aux communautés. La délégation a été étonnée d'apprendre que des tonnes de maïs ont pourri dans un entrepôt de Katima Mulilo dans la région de Caprivi alors que les résidants San de la région venaient de passer des mois sans nourriture. Les San devraient également recevoir des permis spéciaux de chasse des animaux spécifiques pouvant compléter leur alimentation ou leurs revenus.

Created 1 juil. 2026 · Edited 1 juil. 2026