Résumé Exécutif du rapport de mission en Namibie
Introduction
Le Groupe de Travail des populations/communautés autochtones en Afrique a
effectuée une mission du 15 au 23 juin 2005 en République du Botswana. La
délégation était constituée comme suit :
- le Commissaire Andrew Ranganayi Chigovera - membre de la
Commission et président du Groupe de travail de la Commission africaine
sur les populations et les communautés autochtones et
- Dr. Naomi Kipuri - membre du Groupe de travail.
La mission était accompagnée par M. Robert Eno, Juriste au secrétariat de la
Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.
Objectif de la mission
L’objectif général de la mission était donc d'exécuter le mandat du Groupe de
travail et de la Commission africaine. Les objectifs spécifiques de la mission
étaient notamment les suivants :
- rassembler les informations sur la situation des populations
autochtones en Namibie;
- amener le gouvernement de la République de Namibie à instaurer
le dialogue sur la situation des populations autochtones en
particulier et ses relations avec la Commission africaine dans
l'ensemble;
- engager la société civile sur son rôle de protection des droits des
populations autochtones en Namibie; et
- visiter et discuter avec les communautés autochtones pour
comprendre les problèmes éventuels qui affectent la jouissance
effective de leurs droits humains.
Aperçu historique de la Namibie
L'Allemagne a annexé le Sud-Ouest africain (maintenant Namibie) en 1885 en
vertu des accords conclus lors de la Conférence de Berlin. La reddition des
forces allemandes au Sud-Ouest africain face à l'armée de l'Union de l'Afrique du
Sud en 1917 a marqué le début de la domination de la Namibie par l'Afrique du
Sud. Avec l'adoption du Traité de Versailles en 1919, le Sud-Ouest africain
allemand a été déclaré mandat de la Ligue des nations sous l'administration sudafricaine. Les Nations Unies ont retiré le mandat à l’Afrique du Sud en 1966.
L'Afrique du Sud a refusé de remettre le contrôle du pays à l'ONU. La SWAPO,
sous la direction de SAM Nujoma, a alors lancé une lutte armée de libération. La
majeure partie de cette lutte a eu lieu dans l’Ovamboland, à la frontière avec
l’Angola, dans le Nord-Ouest.
Les tractations diplomatiques entre l'ONU, l'Afrique du Sud et la lutte armée de la
SWAPO ont duré 23 ans. En date du 11 novembre 1989, les premières
élections libres de l'assemblée constitutionnelle ont été tenues. La SWAPO a
gagné les élections avec 57% des voix. En 1990, la Constitution a été modifiée.
SAM Nujoma est devenu Président et la Namibie le 151ième membre des Nations
Unies.
Finalement, l’enclave de Walvis, le seul port maritime namibien
d'importance économique, a été cédée par l'Afrique du Sud en 1994 et ce fut la
dernière phase du processus qui a conduit à l'indépendance de la Namibie.
Géographie
Avec une superficie d'environ 824 000 kilomètres carrés, la Namibie est plus de
trois fois la Grande-Bretagne. Les pays frontaliers sont l'Angola au Nord (1 376
kilomètres), le Botswana à l'Est (1 360 kilomètres), l’Afrique du Sud au Sud (855
kilomètres), la Zambie au Nord-Est (233 kilomètres). L'Ouest est bordé par
l'Océan Atlantique. La longueur Nord- Sud du pays est de 1 500 kilomètres,
alors que la largeur Est-Ouest oscille autour de 600 kilomètres au Sud et de 1
100 kilomètres au Nord. La densité de la population est très basse (1,8 millions
d’habitants), soit 2,2 habitants par km2. A l’exception des fleuves frontaliers Orange au Sud, et le Kunene, Okavango et Zambezi au Nord – tous les fleuves
de Namibie sont secs.
Population et Composition ethnique
Le pays a une population d'environ 1,8 millions d’habitants. La population
namibienne est composée de 87,5% d’africains, 6% de blancs et 6,5% de métis.
Environ 50% de la population appartiennent à la tribu Ovambo et 9% à la tribu
Kavango; d'autres groupes ethniques sont: les Herero 7%, les Damara 7%, les
Nama 5%, les Capriviens 4%, les San 3%, les Baster 2%, les Tswana 0,5%
Divisions administratives
La Namibie est divisée en 13 régions administratives, à savoir Caprivi, Erongo,
Hardap, Karas, Khomas, Kunene, Ohangwena, Okavango, Omaheke, Omusati,
Oshana, Oshikoto et Otjozondjupa.
Obligations internationales eu égard aux droits humains
La République de la Namibie a ratifiée plusieurs instruments internationaux des
droits de l’homme y compris la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des
Peuples, la Convention de l’OUA régissant les aspects propres aux problèmes
de réfugiés en Afrique, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant,
le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le
Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Néanmoins, le pays
n’a pas encore ratifié la Convention N° 169 de l’Organisation internationale du
Travail (OIT) sur les populations autochtones et tribales.
Missions antérieure
Du 2 au 6 juillet 2001 et du 17 au 28 septembre 2001, les Commissaires Andrew
Chigovera et Vera Chirwa ont entrepris respectivement des missions de
promotion en Namibie, la dernier en sa capacité de rapporteure spéciale sur les
prisons.
Situation des peuples autochtones en Namibie - bref profil des groupes
autochtones San et Himba
Les San
Les habitants autochtones namibiens sont les San, également appelés les
boshimans. Les données disponibles indiquent qu'ils ont habité la Namibie pour
une longue période avoisinant 20,000 ans. La Namibie est aujourd'hui peuplée
de 30 000 à 33 000 San, soit moins de 2% de la population nationale.
L'administration de l’Apartheid leur a assigné une zone de bantoustan à l'Ouest
de Tsumkwe, mais les bochimans sont naturellement et traditionnellement un
peuple nomade: ainsi cela ne leur convenait pas. Leur établissement dans
l’ancien domaine des bochimans semble désespérément triste. L'alcoolisme
règne et, par dessus de tout les Herero gardent leurs troupeaux dans le domaine
des bochimans. Pendant la guerre d'indépendance, l'armée sud-africaine a
utilisé les bochimans comme éclaireurs. Le gouvernement de la SWAPO ne les
a pas vraiment encore pardonnés et, en conséquence, les bochimans sont
restés marginalisés depuis l'indépendance.
Malgré le fait qu’elles sont maintenant largement utilisées, les étiquettes 'San' et
'bochimans' sont étymologiquement péjoratives et ne se rapportent pas à une
simple communauté linguistique ou culturelle qui s’y identifie. Les San sont
composés d’un certain nombre de communautés linguistiquement, culturellement
et économiquement variées avec une histoire et des pratiques culturelles
distinctes.
Les Himba
Étroitement apparentés aux Herero, environ 10 000 Himba vivent loin dans le
Kaokoland (50 000 kilomètres carrés d’étendue), dans la région sèche et
montagneuse du Nord-ouest de Kunene. Les Himbas gardent toujours leur
mode traditionnel de vie semi-nomade. Ils parlent la même langue que les
Herero, otjiherero, et vivent exclusivement de leur bétail.
Les Himbas ont migré et se sont établis dans le Nord-Ouest namibien et le SudOuest de l’Angola, le long du fleuve de Kunene, aux 16ème et 17ème siècles. Ils
se sont déplacés à l’intérieur des frontières de la Namibie actuelle dans le cadre
d'une plus grande migration des peuples de l’Afrique orientale de langue bantou
il y a plusieurs centaines d'années.
Les Himba sont politiquement organisés en quatre chefferies le long du bassin
du fleuve Kunene. Pendant des décennies, ils ont vécu dans un isolement
relatif, et même les administrations coloniales successives communiquaient
rarement avec eux. Récemment, le principal contact des Himba avec l’extérieur
s’est fait avec les soldats pendant la guerre de libération de la Namibie avec
l'Afrique du Sud, et plus récemment encore avec les touristes et les scientifiques
qui ont fréquenté la région.
Ils sont parfois appelés les peaux rouges parce qu'ils couvrent traditionnellement
leurs corps, les poils et les peaux d'animaux qu'ils portent d’un mélange de
matière grasse et de poudre d'ocre rectifiée du minerai de fer. Les femmes
mariées portent un petit bandeau en peau souple sur les cheveux tressés et
ocrés. En outre, elles portent souvent un ornement lourd autour de leur cou, qui
comprend des coquillages pendant entre les seins et une plaque en cuir
constellée de métaux qui pend au centre du dos. Elles portent également des
anneaux de métal lourd à la cheville ainsi que d'autres bijoux faits de cuivre, de
coquilles d'autruche ou de roseaux tissés. Les hommes du village étaient moins
distinctifs dans leur accoutrement et certains avaient appris à porter des
pantalons et des T-shirts de style occidental. Certains hommes quittent le village
et vont du travail dans d'autres régions du pays et deviennent ainsi plus exposés
à l’influence extérieure.
Les institutions et les personnes rencontrées durant la mission
Tout au long de la mission, la délégation a rencontré et a tenu des discussions
fructueuses avec un large éventail de personnes et d'institutions dans le but
d’être correctement informée de la situation des populations autochtones dans le
pays. La délégation a rencontré les fonctionnaires du gouvernement, notamment
le Sous-secrétaire général du gouvernement, un représentant du ministère des
Affaires foncières, de la réinstallation et de la réhabilitation, un représentant du
ministère de la Justice, un représentant du ministère de l'Education, un
représentant du ministère de l'Agriculture et la sylviculture et le porte parole de
l'Assemblée nationale. La délégation a également rencontré d'autres institutions
pertinentes dont le Médiateur namibien, la Law Society de Namibie, l'Université
de Namibie, le Centre namibien des droits de l'homme et de la documentation
ainsi qu’un groupe d'ONG basées à Windhoek qui s’intéressent aux questions
des autochtones. Le 5 août 2005, la délégation a rencontré et a tenu des
discussions fructueuses avec l’ Honorable Royal JK ui /o/oo MP, le seul San MP
du pays à l'heure actuelle. Cette réunion portait sur diverses questions
concernant la situation des droits humains de la communauté autochtone San.
La délégation a également rendu visite aux communautés San dans quatre
régions du pays - notamment: Caprivi, Kavango, Otjozondjupa, et Omaheke.
Ces visites ont conduit la délégation aux communautés Khwe de Kongola à
Divundu, le Ju/'hoansi dans la réserve de Nyae Nyae, le!Kung dans la réserve de
N‡a Jaqna et le Ju/'hoansi dans le projet de réinstallation de la ferme de
Skoonheid. Au cours de ces réunions, les communautés ont librement échangé
avec la délégation, dans un dialogue franc et parfois riche d’émotions au sujet de
leur situation.
Par manque de temps, la délégation n’a pas pu se rendre dans la région de
Kunene pour rencontrer le groupe autochtone Himba, ni rendre visite à un plus
grand nombre de communautés San comme elle l’aurait souhaité. Cependant, la
délégation a soulevé la question concernant la situation de tous les peuples
autochtones avec les fonctionnaires du gouvernement et d'autres parties
prenantes et croit que les personnes rencontrées et les discussions tenues avec
les différentes institutions lui ont permis d’avoir des informations détaillées et de
mieux comprendre les problèmes des populations autochtones de ce pays.
Résultats et observations de la délégation
la délégation a discutée de la situation des droits de l'homme des communautés
San en termes de droits sur la terre et sur les ressources, la santé, l’éducation, la
faim, la pauvreté, l’emploi, le leadership traditionnel et la représentation politique
ainsi que d'autres politiques du gouvernement.
Droits des San sur la terre et les ressources
Les San et autres namibiens autochtones n’ont pas pu exercer entièrement ces
droits en raison de l'éternel accès limité à l’enseignement et aux opportunités
économiques sous le règne colonial, aggravés par leur isolement dans ces
régions éloignées du pays. Dans toutes les régions visitées, à l’exception de
Tsumkwe, les San ont fait état du manque d'accès à la faune et à la flore
auxquelles ils étaient habitués. Ils se sont également plaints de leur incapacité
de pratiquer l’exploitation agricole commerciale à grande échelle non seulement
par manque de ressources mais aussi de formation. La plupart d'entre eux
dépendent presque entièrement de l'aide alimentaire du gouvernement qui est
très irrégulière.
Le gouvernement namibien et les conseils de gestion des terres communautaires
étaient peu disposés à reconnaître et accorder les droits à la terre aux groupes
qui réclament leurs droits sur la base du droit coutumier et du système
traditionnel.
Stéréotype et discrimination
Le terme San est employé pour désigner un groupe varié de populations
autochtones qui habitent en Afrique australe et qui partagent les liens historiques
et linguistiques. Le terme "Boshimans" n'est plus officiellement utilisé en
Namibie. Malheureusement, les San ont été traditionnellement considérés
comme des citoyens de deuxième-classe en Namibie par les Européens et les
peuples -parlant les langues Bantou. Ils ont été historiquement exploités par
d'autres groupes ethniques. Tout au long de l’histoire, les membres de la
Communauté San ont subi l'exploitation et la discrimination par leurs semblables.
Cela inclut l'exploitation par les forces coloniales qui les employaient comme
éclaireurs et qui les ont laissés sans assistance dans les anciens camps
militaires. Actuellement, les populations San sont au service des agriculteurs
dans les zones communautaires et commerciales ainsi que d'autres types
d'employeurs qui les marginalisent et les assujettissent à des conditions d’emploi
injustes dans de mauvaises conditions de logement.
Les autres groupes ethniques les considèrent comme incapables, paresseux et
primitifs. L'attitude stéréotypée de leurs voisins a inculqué aux San un sentiment
de désespoir et de perte de l’estime de soi. Bon nombre d'entre eux refusent de
révéler leur identité en public. Cette attitude a été confirmée par l’Honorable
Royal Jonas et son souci est que cela mine sérieusement la culture San puisque
beaucoup de jeunes ne s'y attachent plus.
Pauvreté et chômage
De tous les groupes ethniques namibiens, les San sont indéniablement dans la
pire des situations et leur niveau de pauvreté est inégalé dans tout le pays. Leur
indice de développement humain est inférieur à la moitié de la moyenne
nationale, alors que leur indice de pauvreté humaine est plus du double de la
moyenne nationale. Le revenu par habitant San est le plus bas parmi tous les
groupes linguistiques de Namibie, et la majorité de la population n’a pas accès
aux activités génératrices de revenus.
Il semblerait que la majorité d’entre eux n'ont aucune perspective d’emploi et
qu’ils n’ont accès à l'enseignement et aux services de base. Dans l'ensemble,
leurs communautés sont affamées et le taux de mortalité va en grandissant à
cause de la faim et des maladies non traitées telles que la tuberculose, la fièvre
typhoïde et le paludisme.
La sécurité alimentaire est un problème important - avec environ 70% de la
population namibienne San dépendant des programmes d'aide alimentaire.
D'autres problèmes rencontrés par la population incluent le manque de terre et
d'éducation, la pauvreté extrême et la dépendance, ainsi que la vulnérabilité aux
maladies liées à la pauvreté.
Alimentation et soins de santé
Comme la plupart de San sont au plus bas niveau de l'échelle sociale, leur
pauvreté et vulnérabilité les rend plus enclins à l’infection aux maladies traitables
comme la tuberculose et la malaria. Il est rapporté que le taux du VIH/SIDA est
en progression parmi les communautés San. Cela pourrait s’expliquer par le fait
que les communautés San qui jusqu'ici étaient isolées des autres groupes
ethniques ont été exposées à ces groupes. De même, le tourisme a été
encouragé dans la plupart des communautés San, les exposant davantage aux
visiteurs provenant d'autres régions. L'espérance de vie moyenne du San est de
46 ans, soit est environ 25% de moins que la moyenne nationale qui est
d’environ 61.
Le niveau d’accès aux soins de santé est moins élevé chez les San que pour
tous les autres namibiens avec plus de 80% d'entre eux vivant à plus de 80
kilomètres (environ à une heure de route) de toute sorte d'infrastructure de
Santé, et le déplacement coûte très cher. Ils dépendent des centres mobiles qui
sont souvent mal équipés pour traiter des problèmes compliqués que la
population pourrait potentiellement avoir. Les cliniques mobiles font des visites
irrégulières aux communautés San et il n'y a aucun arrangement pour les
urgences.
Les San et l'éducation en Namibie
Les San restent la classe de la population la moins instruite en Namibie. On
avance qu'aucun autre groupe linguistique n’est aussi bas que les San en ce qui
concerne l'enseignement. Le taux d'instruction des San est le plus bas, juste
23% par rapport au niveau national de 66%. 1
Les taux d'inscription montrent qu'au fil des ans, il y a eu une augmentation du
nombre d'enfants San inscrits à l’école.
Mais le niveau est toujours
considérablement insatisfaisant et quelques chercheurs pensent que si tous les
enfants San en âge de scolarité devaient aller à l'école, on aurait besoin de créer
dans le système 8 –10 000 places additionnelles pour eux. 2
L'accroissement du taux d’inscription n'est pas malheureusement allé de pair
avec l'augmentation du nombre des enseignants et du matériel didactique. Il y a
une carence prononcée d’enseignants et de matériel didactique dans les écoles
San pour les enseignants ainsi que de fournitures scolaires pour les élèves. A
Masambo, par exemple, il y avait seulement deux enseignants pour trois classes
et à Omega III, il y avait seulement cinq enseignants pour toute une école allant
jusqu’à la 7ème année. Les enseignants se sont plaints du manque de matériel
didactique tel que les livres, le tableau noir, la craie, etc... Il n'y a aucun
logement pour les enseignants et dans le cas d'Omega III, le directeur logeait
dans le magasin de l'école avec un autre enseignant.
1
Suzman, James. Une évaluation de la situation des San en Namibie. Centre d’assistance juridique.
Windhoek: Avril 2001.
2
Ibid.
L'accroissement du taux d’inscription est contrebalancé par l’augmentation
correspondante des taux d’abandons d’écoles par les enfants San. On avance
qu'à mesure que les San progressent dans les classes, le taux d’abandons
augmente. En conséquence, il y a très peu d'enfants San dans les premiers
cycles de l’école secondaire, et moins encore dans le deuxième cycle du
secondaire et l’absence prononcée dans les institutions supérieures.
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ce taux élevé d’abandon.
Certains pensent que ces raisons varient en fonction de la progression dans le
système éducatif. Dans les écoles primaires, il y a moins d’abandons parce que
les élèves vont à une école proche de leurs parents et se mélangent rarement
avec les élèves d'autres groupes ethniques. A l'école secondaire, ils s’éloignent
de leurs parents et sont mis dans les foyers scolaires où ils doivent côtoyer les
enfants des autres groupes ethniques.
Selon Suzman, dans de telles
circonstances, beaucoup d'enfants San subissent des moqueries à caractère
ethnique de la part des autres groupes et même des enseignants, ce qui
entraîne une faible participation et une mauvaise performance.
En Namibie, l'enseignement des San est gratuit de la 1ère à la 10ème année, qui
est l’équivalent de « Form 3 ».
Après la 10ème année cependant, le
gouvernement cesse de soutenir les San et exige que les parents ou les
organismes philanthropiques prennent la relève.
La suppression des frais de scolarité, d’uniformes et des frais d’internat pour les
San tient compte du fait que les San ont été marginalisés pendant une période
très longue et ont le plus bas taux d'instruction dans le pays. C'est également en
reconnaissance du fait que les parents San sont pauvres et ne peuvent pas
payer les frais de scolarité de leurs enfants.
Un autre problème qui se pose à l'éducation des San est l’absence d'instruction
en langue maternelle dans les écoles primaires. L'enseignement en langue
maternelle a été introduit dans très peu d'écoles de la région de Tsumkwe.
Beaucoup de groupes San reconnaissent l'importance de l'enseignement en
langue maternelle pendant au moins les trois premières années de l'école. Ces
groupes privilégient le développement de la réflexion ainsi que la promotion de la
rétention des langues et du patrimoine culturel menacés.
Autorité traditionnelle San
Selon l'article 102(5) de la Constitution namibienne, un Conseil des chefs
traditionnels est établi "afin de conseiller le Président sur le contrôle et l’utilisation
des terres communautaires et sur toutes les autres questions qui peuvent leur
être soumises pour avis ". Actuellement, plus de 40 chefs traditionnels namibiens
officiellement reconnus jouent un rôle essentiel dans l’allocation des terres
communautaires – ce qui représente, selon Harring et Odendaal, 41% sur les
"82,4 millions d’hectares de la superficie en Namibie". Les chefs traditionnels
distribuent la terre pour les besoins de résidence, d’agriculture ou de pâturage.
A ce jour, le gouvernement namibien n’a officiellement reconnu que deux des six
chefs traditionnels namibiens San, à savoir le chef traditionnel !Kung à l'Ouest de
la zone de Tsumkwe (autrefois Bushmanland occidental) et le chef traditionnel
Ju|'hoan de Nyae Nyae. Une des obligations primordiales d'un chef traditionnel
est "de s'assurer que les membres de sa communauté traditionnelle utilisent les
ressources naturelles à leur disposition d’une façon durable" 3. Les chefs
traditionnels !Kung et Ju|'hoan soutiennent l'établissement des réserves de N‡a
Jaqna (!Kung) et Nyae Nyae (Ju|') hoan respectivement, mais ils ne sont pas
directement impliqués dans les affaires de la réserve.
Beaucoup de namibiens dont certains fonctionnaires du gouvernement croient
que les San constituent un groupe homogène et qu’ils n’ont donc besoin que
d’un seul chef traditionnel. Les populations pensent également que les San n’ont
pas de structure d’organisation, qu’ils parlent la même langue et qu’ils ne sont
attachés à aucune terre parce qu'ils sont nomades.
Si le gouvernement continue de leur refuser la reconnaissance officielle, ils
resteront exclus des conseils de la terre responsables de l’allocation des terres
communautaires aux
membres de la Communauté.
Ce refus de
reconnaissance affaiblit leur position et renforce la domination actuelle de leurs
populations par d'autres groupes ethniques, perpétuant ainsi la marginalisation
des San dans les affaires politiques locales.
Représentation politique
Les San sont les moins représentés dans les structures du gouvernement. En
dehors de la circonscription de Tsumkwe où ils sont représentés au Parlement et
ont la majorité San comme conseillers supérieurs et subalternes, ils sont
insignifiants dans d'autres régions et au niveau national. Le seul MP San semble
ne pas représenter toutes les communautés étant donné que ceux qui vivent
hors de Tsumkwe semblent ne pas le connaître et qu’ils se plaignent du fait qu'il
ne défend pas leurs doléances au Parlement.
Conclusions et recommandations
Conclusions
Le Groupe de Travail recommande à la Commission Africaine de adoptée les
recommandations suivants :
Selon le Groupe de Travail, la mission a réussi à établir le dialogue entre la
Commission africaine, le Gouvernement de la République de la Namibie, les
3
Loi relative aux chefs traditionnels de 2000: 3(2)(c).
organisations locales de la société civile et les communautés autochtones ellesmêmes. L’objectif principal de la mission était d’œuvrer en collaboration avec
l’ensemble des partenaires à l’amélioration de la situation des droits humains des
communautés autochtones du pays. Les approches visant la réalisation de cet
objectif pourraient être différentes mais la Commission africaine estime que,
grâce au dialogue, un terrain d’entente pourrait être trouvé.
Le Groupe de Travail a fait les recommandations suivantes en espérant qu’elles
seront adoptées par la Commission et mises en oeuvre par le Gouvernement
comme premier pas vers la promotion des droits des communautés autochtones
du pays. Les recommandations sont faites compte dûment tenu des mesures
déjà prise par le gouvernement pour améliorer les situation des personnes
autochtones ainsi que la situation socioéconomique et politique du pays, étant
entendu que la Commission africaine serait disponible à tout moment pour
soutenir le gouvernement dans leur mise en oeuvre. Les recommandations
ouvrent également la voie au dialogue entre la Commission africaine et le
Gouvernement de la République de la Namibie.
Education
Les enfants San qui échouent aux examens de la 10ème année devraient être
appuyés par le gouvernement pour refaire l’année et ceux qui abandonnent
l'école devraient être encouragés à retourner ou bénéficier d’une formation
professionnelle répondant aux besoins de développement économique du pays.
La formation professionnelle devrait également introduite pour ces qui
abandonne l’école et d'autres de la classe 10 incapables de procéder en classe
11 pour éviter le gaspillage des ressources humaines.
Le gouvernement devrait assurer l'éducation en langue maternelle pour tous les
élèves San jusqu'à la classe 3 et former des professeurs San pour les enseigner.
Ceux qui abandonnent en 10ème année pourraient être formés pour être des
instructeurs de langue maternelle dans leurs communautés.
Les plaintes au sujet de la discrimination et le langage stéréotypé contre les San
devraient être examinés sérieusement et sanctionnés. Le gouvernement devrait
criminaliser la discrimination sous toutes ses formes, et plus particulièrement
celle qui est fondée sur la race ou l'appartenance ethnique conformément à
l'article 4 de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
raciale et à l'article 2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Formation
Le gouvernement devrait assurer la formation agricole aux San qui souhaitent
s'engager dans l’agriculture ou l’élevage.
Droits sur la terre et le leadership traditionnel
Les communautés San devraient recevoir une terre communautaire qu'elles
pourraient considérer comme la leur. Leur chef traditionnel devrait également
être reconnu par le gouvernement. Insistant sur la certitude que le principe de
laisser un groupe ethnique particulier tel que les Khwe San du Caprivi occidental
être dirigé par un autre groupe ethnique, les Mbukushu, entraîne invariablement
le désordre et des conflits éventuels.
La représentation politique
Le gouvernement devrait légiférer sur la discrimination positive pour accroître la
représentation des San et d'autres communautés autochtones dans les
structures de gestion des affaires publiques telles que le Parlement, le Conseil
national et les structures du gouvernement local. Un système de quota devrait
être adopté pour donner aux communautés autochtones un certain pourcentage
dans ces structures.
Santé
Le gouvernement devrait créer des centres de santé plus proches des
communautés San ou garantir que les centres mobiles leur rendent visites
régulièrement.
Emploi
Le gouvernement devrait encourager le développement des activités
génératrices des revenus autour des communautés San et leur accorder la
priorité dans le recrutement aux postes vacants.
Faim
Les communautés San devraient être encouragées à pratiquer l’agriculture de
subsistance. Ceux qui vivent dans des parcs devraient se voir allouer des
endroits sûrs où leurs cultures ne seraient pas détruites par les animaux et dans
le cas où les cultures sont détruites, elles devraient avoir droit à une
compensation de la part du gouvernement.
L’aide alimentaire et de lutte contre la sécheresse devrait être contrôlée de façon
régulière et les responsables locaux devraient recevoir des moyens adéquats
pour leur permettre de distribuer l'aide alimentaire aux communautés. La
délégation a été étonnée d'apprendre que des tonnes de maïs ont pourri dans un
entrepôt de Katima Mulilo dans la région de Caprivi alors que les résidants San
de la région venaient de passer des mois sans nourriture.
Les San devraient également recevoir des permis spéciaux de chasse des
animaux spécifiques pouvant compléter leur alimentation ou leurs revenus.